*4*

Lorsqu'Allison entra chez elle, tout était plongé dans la pénombre. Il n'était pas tard, mais de gros nuages noirs obscurcissaient encore le ciel. Le typhon n'avait pas causé trop de dégâts sur Beacon Hills, pourtant la pluie tombait toujours.

La jeune fille retira son imperméable et s'apprêtait à allumer la lumière de l'entrée lorsqu'un bruit étouffé la figea sur place. Elle tendit l'oreille, à l'affût.

Un autre bruit.

Quelqu'un ou quelque chose était dans la maison. À pas de loup, elle se faufila jusqu'à la cuisine et attrapa la première chose qu'elle y trouva, un hachoir, et monta sans bruit les escaliers. Il faisait encore plus sombre à l'étage. Seul le dressing était éclairé et la jeune fille entendit quelque chose remuer vigoureusement les tiroirs.

Elle avança lentement vers la source de lumière, son hachoir maintenu au-dessus de sa tête. Elle atteignit la porte du dressing, au moment où cette dernière s'ouvrait grand. Elle retint un cri et son père évita de justesse la lame du hachoir.

« Oh mon dieu ! Papa ! Mais j'aurais pu te tuer, qu'est-ce que tu fais là ?! »

« Jusqu'à preuve du contraire, c'est aussi ma maison », dit-il, les mains encore levées et les genoux fléchis. « Et toi, qu'est-ce que tu fabriques avec un hachoir ? »

« Euh... J'ai cru que tu étais un cambrioleur !... Et puis, c'est quoi cette odeur ? » Demanda-t-elle en plissant le nez. « Tu as vidé la bouteille de parfum sur toi ou quoi ? »

Son père ne répondit rien, se contentant de finir de boutonner sa chemise.

« Tu vas à un mariage ? »

« Ça fait mariage ? »

« Oui. Mariage cheap d'une vieille tante par alliance. »

Ce fut au tour du chasseur de grimacer. Allison esquissa un sourire espiègle et entra dans le dressing, farfouillant dans les étagères.

« Je savais bien que les interminables séances de shopping avec Lydia m'aideraient un jour », commenta-t-elle en tendant à son paternel les vêtements qu'elle lui avait choisis. « Je passais juste récupérer quelques affaires, d'ailleurs. Soirée film pop-corn avec Lydia, Scott et Stiles. »

Chris la regarda d'un air attendri. Il l'attira contre elle et embrassa son front. Les marques d'affection n'étaient pas chose courante avec lui, donc Allison ne s'en priva pas et le serra brièvement dans ses bras.

« Bonne chance », dit-elle en lui faisant un clin d'œil, avant de s'éclipser.

C'est en se contemplant dans le miroir que Chris Argent se demanda comment il en était arrivé là.

Et il se sentit absolument ridicule. Si ça se trouvait, il ne viendrait même pas.

Il avait quand même affaire à Peter Hale. Ce type était probablement le type le moins fiable de toute la Californie.

Pourquoi était-il dans tous ses états d'ailleurs ? Qu'il vienne ! Ça ne serait pas différent de toutes les fois où il s'était incrusté chez lui. Ce n'était pas un baiser profond et sulfureux… et diablement sexy, sous la pluie… qui allait modifier leur relation.

Chris entreprit de se changer pour la troisième fois afin de se mettre plus à l'aise, lorsque son portable sonna.

Peter. Tiens donc.

« Quoi ? »

« Eh bien ! Quel accueil. »

« Qu'est-ce que tu veux ? »

« Le dîner, tu n'avais pas oublié, j'espère ? »

Chris ravala le sourire de benêt qu'il sentait naître sur son visage et se racla la gorge.

« Ah, le dîner… Ça m'était sorti de la tête. Tu n'as qu'à passer à la maison. »

« J'ai une meilleure idée. Viens au loft, je t'attends. »

Et il raccrocha.

Chris observa un instant son téléphone portable, en proie à une intense réflexion. Même après ce qui s'était passé entre eux, le chasseur ne pouvait légitimement pas s'empêcher de rester sur ses gardes. Il n'avait pas spécialement envie de se battre, mais s'il le devait, il le ferait. De toute façon, avec Peter, c'était toujours tout ou rien.

Il récupéra sa veste en cuir et sortit de la maison.

OooOooOooO

« Oui, tu avais oublié. Assurément. »

Peter contempla avec malice la tenue de son invité. Il s'écarta de la grande porte blindée, l'invitant à entrer dans le loft.

Chris ne fit aucun commentaire.

« Derek n'est pas là ? »

« Sorti pour la soirée. »

« Hum. »

Le chasseur retira sa veste et l'abandonna sur le sofa, puis se mit à examiner la grande pièce impersonnelle.

Non, il n'était pas nerveux, non.

« Tu as l'air tendu, sweetheart. Anxieux de te retrouver seul dans la tanière du grand méchant loup ? »

« Il y a un grand méchant loup, ici ? » Contra le chasseur peut-être un peu trop froidement.

Le sourire de Peter s'élargit. Et Chris se dit qu'il aimerait bien le lui faire ravaler. Saleté de loup prétentieux et diablement sexy.

« Donc ? Qu'est-ce que je fais là ? »

« Il y a moins d'objets fragiles, ici », répondit Peter sur un ton provocateur.

Chris le considéra un moment. Pendant le trajet il avait longuement réfléchi à la situation. Et sa conclusion était...

« Il faut qu'on parle », annonça-t-il gravement.

Le loup fit un signe désinvolte de la main et se dirigea vers la cuisine, l'invitant à le rejoindre.

Chris consentit à le suivre en lâchant un soupir vaguement excédé. Peter lui tendit un verre de Brandy sans le quitter du regard. C'était plutôt dérangeant. À cet instant, il avait tout du prédateur.

L'humain se racla la gorge et but une gorgée d'alcool.

« Écoute, je pense qu'on devrait… »

« Oh, épargne-moi tes explications mélodramatiques ! Je te connais depuis plus de vingt ans, je sais ce que tu vas dire. »

« Vraiment ? » Railla le chasseur.

« Vraiment. Voilà ce que je te propose : si tu ne craques pas avant la fin de la soirée, je te laisse tranquille et on retourne à nos petites vies chacun de notre côté. J'avais pensé à jouer l'évolution de notre relation au bras de fer, mais je gagnerais à coup sûr… Aucun intérêt donc. »

Le visage de Chris se décomposa. Il était sérieux, là ? Ce type avait un réel problème.

« Quoi ? Tu préférerais un bras de fer ? Moi, ça me va », déclara Peter en posant un coude sur la banque de la cuisine, lui présentant sa poigne.

« Tu t'entends parler, des fois ? » S'exclama Chris, blasé.

« Oh que oui. Et j'adore ça. J'ajouterais même que je m'écoute avec délice. »

« Pas question que je rentre dans ton petit jeu ! Je le supporte assez tous les jours. »

« Très bien, alors passons aux choses sérieuses », fit Peter en contournant la banque.

Ses yeux se mirent à luire et il attrapa le chasseur par le col. Mais avant qu'il ne puisse esquisser un geste de plus, il sentit le canon d'un Beretta s'enfoncer dans son flanc gauche et ne put s'empêcher de menacer son adversaire de ses crocs.

« Tout doux, Peter. »

« Tire, si ça te chante. Je guéris vite. »

« Même avec des balles en argent enduites d'aconit ? Ça doit être douloureux. On essaie ? »

« Tu n'oserais pas », murmura Peter, le visage à quelques centimètres de celui de Chris.

« Si c'est pour te faire la peau que tu m'as demandé de venir ici, je crois que je peux accéder à ta requête. »

« Je préfère le bras de fer. »

« Je ne céderai pas », contra le chasseur, le regard sombre, perdu dans le bleu surnaturel du loup.

« Tout le monde pense déjà qu'on couche ensemble, il serait peut-être temps de leur donner raison, non ? »

« Je ne suis pas du genre à me jeter par la fenêtre quand on me le demande. »

Peter effleura ses lèvres, faisant glisser lentement une main dans son dos. Au dernier moment, le loup esquiva le baiser et retraça la ligne de sa mâchoire pour aller mordre doucement son cou puis le lécher avec autant de délicatesse. Chris ferma les yeux et pencha la tête légèrement en arrière, offrant un meilleur accès à Peter qu'il sentit sourire contre sa peau sensible.

Tant pis. Il allait se le faire. Au diable ses bonnes résolutions. Sa main libre flatta son flanc et se dirigea sans cérémonie vers son cul, qu'il agrippa avec fermeté. Le loup grogna, son bassin frottant contre le sien...

… Mais ils ne couchèrent pas ensemble.

Quelqu'un frappait à grands coups contre la porte blindée du loft et Peter et Chris se retrouvèrent bientôt assis tous deux sur le sofa, écoutant les divagations du livreur de pizza qui avait un débit verbal aussi impressionnant que celui de Stiles.

Chris acquiesçait de temps à autres, histoire de ne pas paraître malpoli devant ce jeune garçon enthousiaste. Peter faisait moins d'efforts, en revanche.

« … mais je ne veux pas vous déranger ! » S'exclama le garçon au bout de vingt minutes.

« C'est un peu tard pour s'excuser », ronchonna Peter avant de se prendre un coup de coude de la part de l'autre homme.

« Pas grave. C'était une histoire plutôt drôle, Kyle », commenta Chris.

Oh l'enfoiré, songea le loup. Il se leva et tenta de reconduire le livreur vers la sortie.

« Merci de m'avoir écouté, m'sieur ! Comme je travaille beaucoup et que j'ai pas trop de temps libre, je récite mes sketches aux clients ! Y'a pas mieux pour s'entraîner ! »

« Tu feras un bon humoriste », l'encouragea Chris en jetant des coups d'œil espiègles à Peter. « Tiens, voilà vingt dollars. Garde la monnaie. »

« Oh ! Merci, m'sieur ! »

L'adolescent salua une dernière fois les deux hommes et quitta enfin le loft. Peter s'empressa de verrouiller la porte en poussant un soupir de soulagement.

« Tu aimes la pizza froide, j'espère ? » Demanda le chasseur le plus innocemment du monde.

Le loup grogna. Il l'avait sous-estimé.

Chris ne céda pas.


A suivre...