Titre : Laissez-moi vivre – Bonus II.

Auteur : Rukyoshû & son alpha lecteur qui souhaite garder son anonymat.

Déclaration : Désolée pour les fautes, trop la flemme de relire .

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Bonne lecture !

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II – Où une séance de relookage se transforme en plan drague.

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Les jours les séparant des vacances passèrent bien trop vite aux yeux de Shinya qui ne se sentait pas réellement prêt à rencontrer Miyavi. D'après tout ce que son frère lui en avait dit, il était son opposé le plus total. Et Shinya se sentait nerveux rien qu'à l'imaginer s'occuper de lui. Il se mordilla la lèvre inférieure en se couchant la veille de sa venue et essaya de faire le vide dans son esprit pour s'endormir, ce qu'il ne tarda pas à faire.
Le réveil sonnait depuis une bonne dizaine de minutes. Cependant, personne ne semblait dormir dans le lit défait… Pas un bruit autre que cette musique agaçante ne brisait le silence. Et brusquement, Shinya sortit précipitamment de la salle de bain en jurant, réajustant son boxer.
« J'espère que ce putain de truc a pas réveillé Tochi. »
Il l'éteignit brutalement, constatant par la même occasion qu'il était déjà onze heures, enfila une jupe plissée noire et un chemisier blanc à l'ancienne avec de longues manches évasées, avant de descendre rapidement. Il s'était finalement convaincu que ça ne servait à rien de stresser pour si peu. Au pire, il ne lui plaisait pas et puis basta ! Il soupira en se dirigeant vers la cuisine. Il but un grand bol de lait, grignota un croissant, prit un verre de jus d'orange, et remonta après avoir tout rangé. Il alla se laver les dents, se parfuma légèrement et se brossa les cheveux pour les attacher en une jolie queue haute. Finalement, il pénétra silencieusement dans la chambre de son frère pour le réveiller. Il s'assit sur le bord du lit et caressa sa joue dans un geste fraternel.
« Tochi, debout, murmura-t-il. »

Une infime caresse sur sa joue lui donna des frissons, et il bougea dans son demi-sommeil.
« Tochi, debout, murmura-t-il. »
Ca ne pouvait être que son frère, et il lui répondit par un « Hm » autrement moins distingué.

Il pouffa légèrement.
« Allez gros paresseux, sinon tu ne seras pas prêt quand Miyavi sera là. »
Et il chatouilla légèrement son cou, le reste étant caché par une grosse couette.

Instinctivement, Toshiya se cacha un peu plus sous sa couette, comme s'il avait l'espoir qu'il pourrait dormir encore quelques heures tranquillement.
« 'Core deux minutes… marmonna-t-il en gardant résolument les yeux fermés. »

Il rit franchement.
« T'es pire qu'un gosse ! »
Et il tira sur la couette, découvrant le corps chaud de son frère.

C'était froid, d'un seul coup, et il se recroquevilla brusquement sur lui-même en râlant.
« Mais ! Y est quelle heure ? Veux encore dormir… »

« Il est onze heures et demi, peut-être même plus maintenant. »

« Déjà… geignit-il. Arrive quand Miyavi ? »

« Dans deux heures et quelques. »

Il soupira profondément, puis se décida enfin à ouvrir les yeux. La vue encore un peu floue, il distinguait vaguement la silhouette longiligne de son frère. En forçant un peu, il vit qu'il portait une jupe plissée noire, avec un chemisier qui lui allait à ravir. Quant à ses cheveux, ils mettaient particulièrement en valeur son visage.
« T'es joli, sourit Toshiya d'une voix ensommeillée. »

Il rougit vivement en souriant à son tour. Son frère arrivait toujours à le surprendre quand il le complimentait.
« Merci… »

« De rien… »
Il s'assit sur le bord de son lit, et se frotta les yeux avant de se lever.
« Je vais prendre ma douche en vitesse, j'espère qu'il reste de l'eau chaude. »

« Oui, j'ai fait attention à ne pas tout prendre. Je t'attends en bas. Je te prépare un petit déjeuner ou un déjeuner ? »

« C'est comme tu veux, mais j'ai faim en tout cas, sourit-il alors que son ventre réclamait déjà son dû. »
Oui, il passait pour un morfal, mais c'était souvent comme ça, quand il se levait, il avait faim.

« Je vais te préparer quelque chose de consistant alors. Bonne douche. »
Il se leva, posa un baiser sur la joue de son frère et ressortit de sa chambre pour se rendre à la cuisine.

Merci Shinya, sourit Toshiya en pensée avant de se rendre à la salle de bain de son côté. Dans un sens, quand on y réfléchissait, Shinya s'occupait plus de lui que sa propre mère. C'était véritablement un ange. En soupirant d'aise, il prit place sous le jet d'eau chaude, et réfléchit à ce qu'il pourrait mettre. Quand il sortit de la douche, il se sécha rapidement et opta pour un baggy noir et une chemise. Après tout, Miyavi n'était pas le chef suprême de l'univers non plus… Il passa un coup de peigne dans ses cheveux, s'arrangea pour avoir un air un peu plus réveillé, et descendit rejoindre son frère à la cuisine.

Il lui prépara un bol de riz et du poulet au curry avec soin, mit la table et attendit que son frère descende pour le servir. Quand il l'entendit arriver, il prépara son assiette et lui servit un verre d'eau.

« T'es vraiment un ange Shin-chan ! s'exclama-t-il en sentant la douce odeur qui venait le tenter. »

« Dis pas de bêtise et mange avant que ça refroidisse. »

Toshiya lui lança un grand sourire, puis vint s'asseoir pour commencer à manger. Il observa un instant son frère, avant de dire :
« Je me demande pourquoi j'ai demandé à Miyavi de venir, t'es parfait comme ça je trouve. »

« Tu l'as fait pour ton gentil petit frère adoré qui sait pas quoi acheter comme produits de maquillage. »
Il lui fit un clin d'œil et s'assit sur une chaise également, croisant les jambes.

Il prit quelques bouchées, avant de reprendre.
« Je suis certain qu'il va adorer s'occuper de toi. »

« Tu penses ? demanda-t-il en penchant la tête sur le côté. »

« Oui, j'en suis sûr. Bon, tu t'inquiètes pas, mais question caractère, il est vraiment aux antipodes de toi par contre… »

« C'est-à-dire ? fit-il en haussant un sourcil anxieux. »

« C'est quelqu'un… d'exubérant on va dire. Sa réputation n'est plus à faire au collège en tout cas. »

« J'ai pourtant jamais entendu parler de lui. »

« Tu verras ce que je veux dire tout à l'heure alors, sourit Toshiya. »
Il prit le temps de manger, puis fit la vaisselle avant même que Shinya n'ait pu protester, et chacun partit régler ses derniers détails en attendant l'arrivée de Miyavi. Toshiya espérait cependant que son ami n'en fasse pas des tonnes non plus.
Il descendit sa basse au salon, et travailla quelques accords en attendant, tandis que Shinya était resté à l'étage. Finalement, deux heures sonnèrent, et quelqu'un frappa à la porte. Quand il s'agissait de look, Miyavi n'était jamais en retard. Un sourire aux lèvres, Toshiya vint lui ouvrir. Et dieu merci, Miyavi avait misé sur des vêtements très classes, plutôt que certaines horreurs colorées qu'il mettait parfois. Et il en avait rajouté une couche en mettant des lunettes de soleil, un sourire aguicheur aux lèvres. Ce mec était une véritable provocation.

En attendant l'heure du rendez-vous, Shinya attrapa ses baguettes et s'installa derrière sa Ludwig chérie et adorée. Il vérifia chaque peau et se mit à jouer rapidement, se déchaînant sur ses caisses et ses cymbales pour se détendre.

« Entre et installe-toi, je vais aller chercher Shinya, il a pas dû entendre, fit Toshiya. »
« Attends, je peux y aller ? contra Miyavi. »
« Pourquoi ? »
« Bah allez, c'est mon modèle ! Et puis il est en retard, je vais lui passer un savon, plaisanta-t-il. »
« Comme tu veux, mais tu ranges tous tes trucs avant, hors de question que je m'en occupe ! »
Miyavi lui lança un sourire éclatant, puis traîna sa malle aux trésors dans le salon, avant de monter à l'étage. Il savait parfaitement où trouver son modèle, même s'il ne l'avait jamais vu. Arrivé en haut, il entendit vaguement un bruit de batterie, et il se dit que Shinya devait bosser. Il ne prit donc absolument pas la peine de frapper, de toute façon il ne l'entendrait même pas. Il ouvrit donc la porte, découvrant par la même occasion une cascade de boucles châtain roux relevée en queue de cheval qui déjà lui plaisait.
« Monsieur Terashi, on ne vous a jamais dit qu'il était très mal vu de faire attendre son styliste ? déclara alors Miyavi en entrant dans la chambre. Pour un premier rendez-vous en plus, ça ne fait pas très sérieux… »
Il se retint de pouffer de rire.

Il faillit en lâcher ses baguettes sur le coup mais les rattrapa du bout des doigts. Il les fit tournoyer dans ses mains et se retourna avec une mine contrite. Il bloqua un moment, mais se reprit bien vite pour ne pas sembler trop étrange. Miyavi était grand et mince, mais surtout il était splendide. Un sourire en coin craquant, des habits noirs et classes, des cheveux bruns qui tombaient avec élégance autour de son visage et les lunettes de soleil pour fignoler. Tout en lui était volupté et Shinya se sentit rougir délicatement en baissant les yeux.

Le sourire de Miyavi se radoucit, comme pour rassurer Shinya. En général, les gens timides étaient un peu effrayés par les sourires trop éclatants. Et ce charmant jeune homme aux allures de mannequin était timide, d'ailleurs son rougissement le confirma. Et il était splendide en plus de ça. Des jambes à faire pâlir la plus belle des femmes, des cheveux magnifiques, et une allure absolument sublime. Miyavi raccrocha son grand sourire, puis baissa ses lunettes sur son nez pour juger Shinya de ses propres yeux. Oui, c'était véritablement le modèle qu'il avait toujours recherché.
« Miyavi Ishihara pour vous servir, monsieur Terashi, déclara-t-il d'une voix grave, mais souple et maîtrisée. Enchanté de vous rencontrer enfin. »

« Appelle-moi juste… Shinya, c'est embarrassant… autrement, souffla-t-il. »
Surtout que c'était le nom de son père.

Miyavi retira ses lunettes pour les mettre dans la poche intérieure de sa veste, et avec un sourire, il approcha de Shinya. Vraiment magnifique. Un rien trop maigre peut-être, mais sans aucun défaut… Galamment, il lui tendit la main.

Un peu hésitant tout d'abord, il l'attrapa finalement avec grâce. Miyavi avait la peau la plus douce qu'il lui eut été donné de toucher. Ses yeux gris avaient un éclat particulier très attirant et le piercing qu'il avait à la lèvre semblait être là pour faire craquer tous ceux qui y posaient les yeux.

Avec un air un brin enjôleur, il embrassa délicatement la main de Shinya, comme à une demoiselle, puis l'aida à s'éloigner de sa batterie, même s'il n'en avait pas besoin.
« Alors ravi de faire ta connaissance, Shinya. »

Complètement décontenancé, les joues plus brûlantes que jamais, Shinya inclina la tête sous forme de respect.
« Enchanté également, Miyavi, murmura-t-il. »

La façon dont il prononça son nom le fit frissonner intérieurement, ce qui lui arracha un sourire en coin. Le mystérieux petit frère de Toshiya avait décidément tout pour plaire. Il finit par lui lâcher la main.
« Pouvons-nous passer au salon, puisqu'il paraît que tu as besoin de mon aide. »
Il avait failli dire « tu as besoin de moi »…

Il acquiesça d'un signe de tête.
« J'espère que tu sauras m'aider. »
Il avait déjà réussi à faire battre son cœur plus vite, ce qui n'était pas rien.

Miyavi eut un petit rire, et regagna le couloir, invitant son modèle à le suivre.
« Rien n'est impossible pour Miyavi… »

Il le suivit, un petit sourire aux lèvres, et ils retournèrent au salon où Toshiya attendait, vautré devant la télé.

« Alors là Tochi, franchement tu ressembles à rien comme ça… Aucune allure, déclara Miyavi en arrivant. »
« C'est pas pour moi que tu dois jouer les stylistes, répliqua celui-ci en éteignant la télé. »

Shinya pouffa.
« C'est pas une raison, répliqua-t-il avec un clin d'œil à son frère. »

Miyavi retint un rire, puis vint s'asseoir sur sa malle, en attendant de savoir ce qu'on attendait de lui. Pour sa part, il commençait déjà à avoir une idée précise de comment il pourrait arranger le charmant frère de Toshiya. Il était splendide, il devait encore sublimer ses avantages.
« Alors, en quoi puis-je vous être utile ? »
Toshiya eut un sourire. Miyavi entrait toujours droit dans le vif du sujet. Il lança un regard à son frère, après tout, c'est lui qui avait besoin d'aide.

Celui-ci leva les yeux au ciel, l'index sur le menton en signe de réflexion.
« J'aimerais quelques conseils esthétiques en ce qui concerne le maquillage, murmura-t-il. Pouvoir faire plus féminin sans en faire trop. »
C'était la première fois qu'il ne se sentait pas mal à l'aise avec un inconnu. Peut-être avait-il l'impression de le connaître parce que son frère en parlait souvent.

Miyavi plissa les yeux en le scrutant, son esprit tournait déjà en boucle afin de trouver la combinaison qui irait le mieux à ce jeune homme, qui décidément était délicieusement féminin.
« Hmmm… »
Il adorait faire rouler sa voix dans sa gorge quand il réfléchissait, il avait l'impression que son esprit fonctionnait à plein régime pour chercher ce qu'il fallait.

Ce simple son provoqua des millions de frissons dans tout le corps de Shinya. C'était délicieusement agréable mais aussi particulièrement désappointant.
« Il y a… un problème ? »

« Aucun ! s'exclama alors vivement Miyavi. Je cherche juste ce qui t'irait le mieux. Une jolie fleur n'est rien sans un bouquet pour la sublimer. »

Il se sentit rougir à nouveau et lança un regard à son frère. Miyavi était-il toujours aussi… il ne trouva aucun mot pour le décrire.

Toshiya eut un petit sourire amusé. Il était vrai que pour quelqu'un qui n'était pas habitué, Miyavi devait passer pour un fou. Quand il parlait, c'était dans un véritable bla-bla continu et uniforme, jusqu'à ce qu'il ne se mette à crier un mot ou deux, avec une lueur dans le regard particulièrement inquiétante. C'était comme ça, Miyavi était un artiste excentrique avant tout.

Shinya se contenta donc d'attendre sagement, debout devant son styliste, que le verdict tombe finalement.

Et mentalement, Miyavi se parlait à lui même, scrutant profondément Shinya de telle façon qu'on aurait pu facilement croire qu'il le déshabillait du regard. Il cherchait l'étincelle en lui, quelque chose qui lui ferait dire : « oui, c'est ça qu'il lui faut ! ». Après seulement il pourrait faire des tentatives pour voir si son idée était bonne, et savoir dans quelle direction avancer. Dis-moi qui tu es, Shinya...

Son regard était peut-être un peu trop insistant… Shinya rougit encore – il se sentait un peu ridicule à rester debout pendant qu'on le déshabillait du regard – et finit par s'asseoir sur le fauteuil, croisant les jambes et lissant sa jupe avant de poser ses mains sur ses genoux, toujours en attente.

On y était presque… Toshiya quant à lui, attendait tranquillement. Il avait l'habitude de la manière dont Miyavi procédait. Ca devait être plus gênant pour son frère.
« De quelle couleur sont tes yeux ? demanda alors Miyavi. »
Juste pour entendre ta voix…

« Noirs avec… peut-être… une touche de gris, répondit-il en haussant un sourcil interrogateur. »

« Je sais ce qu'il te faut… déclara alors instantanément Miyavi, presque en le coupant. »
Il ne manquait plus que sa voix pour savoir, et l'étincelle s'était montrée.

« D'a… d'accord… Je dois faire quoi ? »

« Juste être toi-même Shinya, je m'occupe de toi. »

« Tu préfères que… je m'installe où ? »

« A la lumière… répondit négligemment Miyavi en se levant de sa malle pour l'ouvrir. »

« Je reviens, dans ce cas… »
Il se releva et sortit gracieusement du salon pour remonter dans sa chambre. Il attrapa le tabouret qui traînait dans un coin et le descendit pour s'installer juste devant une fenêtre, en pleine lumière hivernale.

De son côté, Miyavi fouilla dans sa malle pour chercher la palette de maquillage qui conviendrait. Dans les tons roses à rouges, ça serait parfaitement en accord avec sa couleur de cheveux. Et du noir, pour faire le lien avec ses yeux. Et peut-être un rouge à lèvre très clair…

Il neigeait un peu, des tout petits flocons pareils à de la pluie.
« Tu es venu à pieds ? demanda-t-il en se tournant vers Miyavi. »

« Hm, nia-t-il, en moto. »
Il cherchait parmi toutes les couleurs celle qui conviendrait le mieux.

« Tu devrais faire attention en repartant, ça risque de glisser… »

« C'est gentil, sourit Miyavi, mais rien, ni même les conditions météos, ne pourrait m'arrêter. »
Toshiya pouffa de rire. Il était d'une grandiloquence sans borne.

« Jusqu'au jour où tu te casseras une jambe et que tu auras l'air bien bête… »
Il ponctua sa phrase d'un petit sourire en penchant la tête comme un enfant.

« Oh vraiment ? ironisa Miyavi avec un sourire en coin. »
« Tu viens de t'engager dans un sacré combat, mon cher frère, sourit Toshiya. »
Miyavi n'était pas homme à se laisser faire par qui ou quoi que ce soit, encore moins par une plaque de glace mal placée.

« Je ne m'engage en rien, j'énonce un fait quelconque qui a, malheureusement, toutes les chances de se réaliser un jour. »

« Il n'est rien en ce bas monde qui arrêta Miyavi, mon cher Shinya, fusse un climat quelque peu récalcitrant. »
Il ponctua lui sa phrase d'une légère grimace souriante dont il avait le secret.

« En ce cas, très cher, faites comme bon vous semble, mais si un jour vous finissez dans le plâtre, je serais le premier à dire 'je vous avais prévenu.'. »

« Ce jour n'arrivera pas, je peux te l'assurer. Je suis Miyavi, et Miyavi ne craint rien. »
Puis il s'avança vers lui, sa boîte de maquillage à la main.

Il s'assit bien droit sur son tabouret, les mains sur les cuisses, et attendit qu'il se mette à l'œuvre.

« Détends-toi, et sois naturel, conseilla Miyavi. Si tu surjoues les traits de ton visage, le maquillage ne prendra pas. Il faut qu'il épouse ta peau… »

« Très bien. »
Il ferma les yeux, inspira profondément et plongea son regard dans le sien.
« Je suis prêt. »

« Parfait, souffla Miyavi. »
De son côté, Toshiya reprit sa basse pour les laisser tranquille. Quand Miyavi créait, plus rien d'autre n'existait que lui et son œuvre.
En plissant les yeux pour réfléchir, Miyavi mémorisa le tracé du visage de son modèle, pour en retenir les moindres détails.

Fidèle à lui-même, Shinya l'observa par-dessous ses cils, comme il regardait le monde qui l'entourait avec discrétion. Il aimait apprendre et connaître, comprendre finalement, et Miyavi l'intriguait tellement qu'il ne pouvait plus détacher ses yeux de ses mimiques.

D'abord le fond de teint, pour éclairer son visage. Avec délicatesse et rapidité, il trouva la teinte qui lui conviendrait, puis l'étala sur sa peau. Il était fortement tenté de le faire avec ses doigts, pour connaître la texture de sa peau, mais ça aurait été un caprice de sa part. Il venait pour le maquiller, pas pour le tripoter.

Il fit une légère grimace.
« Hey, c'est pas agréable ton truc, tu peux pas le faire avec les doigts ? »
Non, ce n'était pas un caprice – quoique – mais il voulait sentir la douceur de ses doigts sur son visage. Après tout, il avait bien le droit d'en profiter un peu, non ?

« Excusez-moi, monsieur-peau-sensible, railla Miyavi en reposant son éponge. »
Toshiya pouffa de rire. Entre Miyavi et son frère, qui allait l'emporter ?

« Ne savez-vous pas qu'on doit prendre soin de ses modèles, monsieur-le-styliste ? »

« D'habitude, mes modèles, je les attache sur une chaise, estimez-vous chanceux, ironisa-t-il. »
Puis il plongea deux doigts dans le pot de fond de teint.

« Oh, je ne vous pensais pas aussi vil, feignit-il de s'offusquer. »

« Que voulez-vous, le monde du stylisme est ainsi fait mon cher. En général, les modèles ne protestent pas. »
Il eut un petit sourire, et commença à étaler le fond de teint. Shinya avait la peau très douce, entièrement lisse et sans défaut, un vrai régal pour les doigts.

Il ne protesta plus, fermant même les yeux. Ses doigts étaient vraiment trop doux pour qu'il pense à râler.

Il passa délicatement sur tout son front, descendant le long des tempes, puis de l'arête du nez, remontant de temps en temps pour allonger son visage sans l'affaisser. Puis il descendit le long de son cou, pour que la différence de teinte ne choque pas avec le reste.

Il se maîtrisa pour ne pas soupirer de contentement. C'était réellement agréable de se faire chouchouter, surtout que Miyavi était délicat avec lui.

Il osa jusqu'au décolleté, puis se frotta les mains. Le rendu était pas mal, restait maintenant à mettre la poudre.
« La peau de Monsieur est-elle satisfaite ? Peut-on passer à la suite ? »

« Je vous prie, faites donc. »
Il ne put retenir un sourire en coin.

Avec un petit sourire, il prit donc la poudre, en mit soigneusement sur son éponge, et la passa le plus délicatement possible sur la peau de Shinya. S'il râlait parce que c'était désagréable, c'est qu'il le faisait exprès.

« C'est doux, nota-t-il en fermant les yeux. »

« C'est fait spécialement pour les modèles qui râlent, déclara Miyavi en passant bien partout pour ne pas faire de tâches de couleurs différentes. »

« Je serai donc définitivement classé dans les modèles qui râlent ? »

« Il suffit d'une fois pour être catalogué, railla-t-il. Mais peut-être… en faisant des efforts… Miyavi oublierait… »
Il passait vraiment pour un égocentrique patenté quand il parlait comme ça, pensa Toshiya avec un sourire.

« Et que peut donc faire le petit Shinya pour satisfaire Monsieur Miyavi ? »

« Qu'avez-vous à me proposer ? pouffa-t-il en redescendant du côté du décolleté. »

« Et bien… fit-il en le regardant fixement. Je pourrais peut-être… vous servir de modèle un autre jour ? »

« Tention Miya, il est en train de te faire une proposition louche ! fit Toshiya en rigolant bêtement. »

Shinya rougit jusqu'à la racine des cheveux – ce qui passa pour un léger rougissement grâce au fond de teint – en fusillant son frère du regard.
« Tu racontes n'importe quoi, Tochi ! s'exclama-t-il, outré. »

« Mais Toshiya raconte souvent des bêtises, fit Miyavi, l'air de rien. T'inquiète pas, je t'appellerai si j'ai besoin d'un modèle. »
Et il le gratifia d'un charmant clin d'œil.

Qui n'arrangea pas les rougissements intempestifs de Shinya.

« Alors, si nous passions à vos yeux… »
Le lapsus sur passion vraiment très mal venu, pensa-t-il avec un sourire.

Il acquiesça d'un signe de tête en les fermant à nouveau pour le laisser procéder.

Il chercha rapidement son crayon noir, pour tracer la base, et après avoir délicatement posé ses doigts sur le visage de Shinya, il traça doucement les contours de l'œil.

Ses mains sur son visage étaient tellement tendres qu'il en frissonna doucement. La seul autre personne qui osait le toucher au visage était son père, et ces contacts étaient loin d'être aussi agréables, ils étaient plutôt brutaux et violents.

« Désolé si j'ai les mains froides… souffla Miyavi en se concentrant. »
Il avait senti Shinya trembler un peu.

« Non, ça va, t'en fais pas… souffla-t-il doucement. »

Rasséréné, il termina les contours en pointillé, puis continua ensuite à l'eye-liner.
« Ne bouge pas, le temps que ça sèche. Sinon tu vas mettre des traces partout. »

« Hm. »
Et il se figea, ne bougeant plus d'un millimètre.

« Impeccable. »
Il mit un peu de démaquillant sur un coton, puis vint adoucir les contours un peu trop aigus à son goût. Le noir lui allait bien.

« Tu fais quoi ? demanda-t-il, curieux. C'est frais… »

« Je corrige les contours, pour que ça soit plus rond et plus naturel. Ca adoucira ton visage… expliqua-t-il. »

« Tu as découvert ça comment ? »
Ce jeune homme était une énigme à lui tout seul et il avait piqué la curiosité de Shinya.

« En faisant les expériences sur moi, rit Miyavi. Quand ça me plaisait, je retenais, quand je trouvais ça horrible… et bien je retenais aussi pour pas recommencer ma connerie… »

Il ne put s'empêcher de cligner des yeux mais se força à les laisser fermer.
« Comment ça t'est venu cette idée de te maquiller ? »

« Je trouvais ça joli sur certaines filles, j'avais envie de voir ce que ça pouvait donner sur moi. »

« T'es le premier gars qui me dit ça. »
C'était le premier à lui parler tout court en dehors de son père et son frère.

« Les autres savent pas mettre en valeur ce qu'ils trouvent beau. Ils se trouvent déjà beaux, alors ils disent que c'est pas la peine d'en rajouter. Moi je trouve qu'avec le maquillage, tu peux cacher un défaut, comme sublimer un trait du visage. »

« Ou le rendre moche, pouffa-t-il en pensant à sa mère. »

« Evidemment, si on sait pas l'utiliser… Je vais passer à la deuxième couleur. »

« OK. »
C'était terrible de devoir garder les yeux fermés et de ne pas pouvoir admirer les traits fins de Miyavi.

Miyavi choisit avec soin la nuance de rouge qui suivrait le mieux avec la couleur de cheveux de Shinya, et s'appliqua à tracer délicatement le long de la bordure du noir avec le crayon.

Il respira le plus calmement possible pour ne pas le déranger dans son travail.

Une fois qu'il eut fini, il s'écarta d'un pas, et demanda à Shinya d'ouvrir les yeux. Il resta un moment à regarder son travail, avant d'émettre le même « Hmmm… » de réflexion que tout à l'heure.

« Je suis un mauvais modèle ? demanda-t-il avec une petite moue. »

« Bouge pas… »
Il fouilla trente secondes, le temps de mettre la main sur le gloss rose très pâle. Sans un mot, en se mordant la lèvre inférieure pour ne pas trembler, il attrapa doucement le menton de Shinya pour passer le gloss sur ses lèvres.

Il entrouvrit légèrement les lèvres en un souffle pour lui faciliter la tâche.

L'espace d'une seconde, Miyavi fut tenté d'effleurer ces lèvres offertes, pour essayer leur texture, les goûter. Mais il se reprit, c'était le petit frère de Toshiya, et son modèle. Alors il traça avec douceur leur contour, avant de s'écarter de nouveau.

En le sentant s'écarter, il eut comme un vide, mais se donna une claque mentale pour se remettre les idées en place. C'était Miyavi, le meilleur ami de son frère et son styliste. Point barre.

« Etale bien, histoire d'uniformiser, conseilla Miyavi en rangeant ses affaires. »
Quoique, je l'aurais bien fait moi même…

Il fit ce qu'il lui demandait, même s'il aurait bien aimé qu'il le fasse pour lui…
« Alors ? demanda-t-il finalement. »

Pour toute réponse, il lui tendit un miroir. Après tout, c'était pour lui qu'il l'avait fait.

Il hésita un instant avant de poser les yeux sur son reflet. Il resta complètement interdit.
« C'est… moi ? »

« Jusqu'à preuve du contraire, on t'a pas greffé une nouvelle tête, railla Toshiya. »

« J'en reviens pas, sourit-il doucement. T'es vraiment un pro, Miyavi. »

« Je sais, merci. »
Il eut un grand sourire. Miyavi avait toujours été énormément conscient de ses capacités.

Oh. Mon. Dieu. Il avait le plus beau sourire du monde. Et t'es complètement barré mon pauvre Shinya… Il détourna la tête et effleura son reflet du bout des doigts. C'était absolument incroyable.

Miyavi se pencha vers lui, plongea ses yeux dans les siens.
« Alors, heureuse ? »

Il resta quelques secondes sans bouger, hypnotisé par son regard avant d'hocher légèrement la tête en souriant.
« Très. »

« Eh ben voilà ! Maintenant, t'as plus qu'à retenir comment faire, comme ça tu pourras te débrouiller tout seul comme un grand. »

Il ouvrit des grands yeux.
« Mais… c'est… j'y arriverai jamais ! »

« Mais bien sûr que si ! Ca a rien de compliqué, faut juste pas se tromper dans l'ordre. »

« Et… c'est quoi l'ordre déjà ? demanda-t-il, penaud. »

« Retiens bien : fond de teint… poudre… eye-liner… crayon pour finir… Et oublie pas de rectifier les contours. »

« Fond de teint… poudre… eye-liner… crayon… D'accord ! »

« Plus le gloss pour les lèvres, si tu as envie. »
Et tout cas, avec ou sans… Miya, arrête !

« Hm, c'est noté, sourit-il. »
Il était particulièrement heureux.
« Vous avez pas faim, vous ? demanda-t-il en remarquant qu'il était déjà près de quatre heures. »

« Moi si, à mort ! intervint Toshiya. »

« Je vais nous préparer quelque chose, restez-là. »
Et il s'éclipsa rapidement dans la cuisine, faisant voler légèrement sa jupe dans son empressement.

Toshiya pouffa de rire, et se retourna vers Miyavi.
« Tant que t'y es, t'aurais dû lui rouler un patin. »
« J'te demande pardon ? fit Miyavi en rangeant sa trousse de maquillage. »
« Sérieux, t'es pas discret quand tu déshabilles les gens du regard. »
« Je vois pas pourquoi je devrais l'être. Il est mignon ton frère. Et puis si je lui avais roulé une pelle, je pense pas que t'aurais apprécié. »
Toshiya leva les yeux au ciel avec un sourire, puis se leva du canapé.

Une fois dans la cuisine, il soupira profondément et sortit trois tasses du placard pour les remplir de lait qu'il mit à chauffer. Puis il sortit un paquet de biscuits, versa du chocolat en poudre dans chaque tasse, posa le tout sur un plateau et retourna dans le salon.
« Messieurs sont servis, sourit-il en s'inclinant comme une serveuse. »

« T'es adorable Shin-chan, sourit son frère. »
« Merci mademoiselle ! fit Miyavi en souriant. »

« Il faut bien que quelqu'un prenne soin de deux asperges comme vous, pouffa-t-il en posant son plateau sur la table basse. »

« T'as de la chance de nous avoir quand même, fit remarquer Miyavi. »

Il lui répondit en levant les yeux au ciel, secouant la tête d'un air désespéré.
Le reste de l'après-midi se passa plutôt calmement, entre crises de fous rires pour les deux plus âgés et haussements de sourcils inquiets pour le plus jeune. Miyavi était un boute-en-train très agréable, et Shinya vint à penser que ça faisait du bien de passer un aussi bon moment avec quelqu'un, autre que son frère. Ce qui était assez étonnant pour quelqu'un d'aussi réservé et asocial que lui. Il allait lui proposer de rester dîner avec eux quand Miyavi reçut un coup de fil. Il décrocha dans le couloir et revint avec une mine dépitée.
« Désolé les mecs, faut que je me barre. Ma mère m'a tapé une crise parce que je n'étais pas à la maison. »
« Elle est pas censé être absente ? s'étonna Toshiya. »
« Si, mais elle appelle tous les jours pour savoir si on est en vie et elle veut parler à chacun de nous. C'est de la dictature… »
« Ah, ok… »
Ils se dirigèrent vers la porte d'entrée, constatant en l'ouvrant que le temps était réellement pourri.
« Neige verglacée, commenta Shinya, tu devrais réellement faire attention… »

« T'en fais pas pour moi, il m'arrivera rien, assura Miyavi avec un sourire désinvolte. »

« Si t'as un accident, je me bidonne. »
Après avoir paniqué.

« Alors je ne te donnerai pas l'occasion de rire, souffla Miyavi avec un clin d'œil. A plus vous deux ! »
Il frappa amicalement l'épaule de Toshiya, souffla un baiser à Shinya, puis regagna sa moto qui attendait à l'abri. Il enfila son blouson de motard, lança un grand sourire aux deux frères, puis démarra son monstre mécanique. En quelques secondes, il regagna le carrefour, et doublant négligemment les quelques voitures qui attendaient, il se faufila en début de file. Le feu passa au vert, et aux vues de la circulation, Miyavi décida d'emprunter les rues un peu moins fréquentées. Ca serait toujours du temps de gagner. Avec précaution, mais avec au moins autant d'assurance, il s'engagea dans la première rue à droite, complètement déserte. Il accéléra donc l'allure, mais c'était sans compter sur la plaque de verglas insidieusement placée sur son chemin. La roue avant glissa, entraînant le reste de la moto et son conducteur avec elle. Incapable de maîtriser plus longtemps son véhicule, il le fit déraper comme il put pour éviter les obstacles, mais fut cueillit sans douceur par un lampadaire. Miyavi eut juste le temps de rouler à terre, avant que sa moto n'aille glisser plus loin dans un fracas épouvantable.
Le pire s'était produit : Miyavi avait eu tort. Considérant sa moto d'un œil peu amical, il sortit son portable de sa poche, la mort dans l'âme, pour appeler Toshiya.

Shinya rougit et, une fois Miyavi parti, retourna à l'abri en frissonnant, suivi de près par Toshiya. Ce dernier attrapa sa basse pour la monter à l'étage. Il n'eut pas le temps de penser à redescendre que son portable vibra dans sa poche et il décrocha négligemment sans prendre garde au numéro.
« Ouais ? »

« C'est moi, maugréa Miyavi, de mauvaise humeur. »

« T'es déjà rentré ? s'étonna Toshiya. »

« A ton avis, est-ce que c'est possible d'arriver chez moi en cinq minutes sans se téléporter… »

Toshiya se tut un moment avant d'éclater de rire.
« Bon sang, me dis pas que Shin avait raison ? »

« Non, il avait pas raison. J'ai rien du tout… »

« Ah, Miyavi, tu me fais rire. T'es où là ? »

« La première à droite, après le carrefour… »

« Bouge pas, je viens te chercher. Ah, quand mon frère saura ça ! s'exclama-t-il joyeusement en descendant les escaliers. »

« Tu lui dis ça, et je te jure que je te défigure… »

« Quelle violence ! s'offusqua-t-il. Et je fais comment pour expliquer que je me barre ? »

« Parce que t'es obligé de lui dire ? s'étonna Miyavi. »

« Tu crois tout de même pas que je vais laisser mon petit frère tout seul chez moi sans le prévenir ? »

Miyavi soupira, puis ferma les yeux, résignés.
« OK, fais ce que tu veux… De toute façon j'ai pas le choix. »

Il pouffa à nouveau, le salua en raccrochant et plongea au salon où son frère était resté, lisant un bouquin sur le canapé.
« Shinya, je sors ! »
« Pourquoi ? demanda-t-il en levant la tête vers lui. »
« Miyavi a eu un problème, rien de grave t'inquiètes pas ! »
« J'avais raison, alors, sourit-il. »
« Faut croire. »
« Fais attention à toi, et à lui aussi par la même occasion. »
« D'accord ! A tout' ! »
Il posa un baiser sur le dessus de sa tête pour ne pas abîmer le maquillage et fila dans le garage pour prendre sa propre bécane. Moins de cinq minutes après, il était aux côtés de Miyavi et constatait les dégâts.
« Tu l'as pas loupé en plus… »

« Je. N'ai. Rien. Fait. D'accord ? »
Toshiya ne fit aucun commentaire, quand il avait tort, Miyavi était toujours de mauvaise foi. Et de mauvaise humeur. Surtout qu'il venait de perdre sa moto chérie. Ils appelèrent un dépanneur qui embarqua la pauvre machine, puis Toshiya le ramena chez lui. En faisant attention aux intempéries et au code de la route, bien naturellement.

« Vous voici chez vous, très cher, fit Toshiya en coupant le moteur. »
Il mourrait d'envie de charrier son ami sur son accident mais se retint de toutes ses forces.

« Ouais, je vais encore me faire incendier par Aoi… »

« Pourquoi donc ? »
Il se mordit la lèvre mais ne put s'en empêcher et rajouta :
« Parce que tu sais pas conduire ? »

« Je sais conduire ! s'exclama Miyavi. »

« Quand le climat ne t'est pas défavorable. Tu devrais écouter les conseils avisés de mon petit frère la prochaine fois. »

« Ouais… »
Il sortit ses clefs de sa poche intérieure, puis ouvrit la porte d'entrée.
« Salue-le de ma part… »

« Promis, salue tes frères de la mienne. »

« S'ils m'ont pas cassé la gueule avant. A plus ! »

« Bye ! »

Pendant ce temps là, Shinya était confortablement installé dans le canapé, lisant tranquillement un livre avec un petit air de piano pour fond sonore. Quand la clé tourna dans la serrure, il releva la tête pour regarder l'horloge murale. Ça ne pouvait pas être son frère, il n'avait pas pu mettre moins de dix minutes pour reconduire Miyavi chez lui. A moins qu'il ne l'ait ramené ici ?
« Tochi, c'est toi ? demanda-t-il pour savoir. »
Le bruit de pas de deux personnes lui parvinrent et il sut de qui il s'agissait avant même de voir son père pousser la porte du salon. Il baissa la tête en se cachant derrière ses cheveux, il allait passer un sale quart d'heure, il le sentait. En effet, il ne fallut pas longtemps pour que Monsieur Terashi ne remarque l'accoutrement de son fils. Il se précipita d'un pas rapide vers lui et lui arracha son livre des mains.
« Vas te changer, immédiatement ! ordonna-t-il en hurlant. »
Sa mère lui jeta un regard hautain avant de ressortir, certainement pour aller vers la cuisine. Il se releva fébrilement, créant un faible mouvement d'air qui vint soulever une légère mèche de cheveux.
« Qu'est-ce que… commença Monsieur Terashi. Tu te maquilles ?! éructa-t-il en attrapant sa queue haute pour lui faire relever la tête. »
Shinya vit les traits de son père devenir durs et haineux. Il sentit sa lèvre se fendre sous le coup qu'il reçut dans la mâchoire. Il eut le goût du sang dans la bouche en peu de temps et le râle de colère de son père sembla lui vriller les tympans. Il se fit repousser et tomba durement sur le sol. Monsieur Terashi se pencha vers lui, attrapant son fin menton entre ses gros doigts boudinés. Il frotta le visage de son fils avec sa main, éraflant sa peau de ses ongles au niveau de son cou, étalant le noir et ajoutant du rouge sur la peau d'ivoire de Shinya. Même le fond de teint n'avait pas réussi à lui faire garder un peu de couleur.
« Tu es la honte de la famille, susurra-t-il, une petite tapette qui n'arrivera jamais à rien dans la vie. »
Il repoussa sa tête en arrière et se réjouit de l'entendre claquer contre le sol.
« Tu as de la chance que je n'ai pas de couteau sous la main, tu aurais pu dire au revoir à tes chères boucles ! »
Il lui asséna un coup de poing dans le ventre et le tira par les cheveux pour le forcer à se redresser.
« Maintenant, dépêche-toi d'aller te changer et ne descends pas pour dîner ! »
Shinya baissa de nouveau la tête, essuya sa lèvre en sang et sortit dans la pièce en titubant légèrement sous le rire moqueur de son géniteur.
Shinya s'était enfermé dans sa chambre, verrouillant les deux portes pour que personne ne puisse entrer. Il savait que leur père était agressif, mais c'était la première fois qu'il levait la main sur lui. Et au fond, il le sentait, pas la dernière. Les larmes qui dévalaient ses joues finissaient de détruire l'œuvre de Miyavi et le sang qui avait séché au coin de ses lèvres formait un petit caillot. Il se laissa tomber sur son lit et se roula en boule sous les couvertures en tremblant, refermant ses bras sur son ventre douloureux. Il aurait certainement un bleu.

Pendant ce temps, Toshiya avait réfréné toute envie de rire afin de pouvoir contrôler sa conduite. Il neigeait toujours, rendant l'asphalte glissant. Il gara sa moto dans le garage, rangea son casque, puis ressortit pour rentrer chez lui. Il ouvrit la porte d'un coup de clef, en lançant un sonore « je suis rentré ! ». Et à sa grande stupéfaction, ce ne fut pas Shinya qui lui répondit, mais sa mère, en lui rappelant de bien retirer ses chaussures dans l'entrée. Intrigué, et peu rassuré à la fois, il entra dans le salon, et y découvrit son père, vautré devant la télévision. Mais… ils étaient rentrés ?
« Qu'est-ce que vous faites-là ? balbutia-t-il en l'entrée du salon. Et où est Shinya ? »

« Un problème au boulot, je dois retourner bosser demain alors on est rentré ce soir. Quant à ce vaurien, il est certainement en haut. De toute façon, il est bon à rien ! »

« J'te demande pardon, bon à rien ? »
Jamais son père ne lui avait paru aussi antipathique.

« T'as bien compris ! s'exclama-t-il en zappant. Il passe son temps à se travestir, il croit peut-être qu'il va gagner sa vie comme ça. Quand il se fera violer, je serai le premier à rire, il l'aura bien cherché ! »

« Nan mais t'es complètement con ou quoi ?! s'exclama Toshiya, incapable de se retenir. Est-ce que tu te rends compte que tu parles de ton fils !? »

Monsieur Terashi tourna la tête vers lui en serrant les dents.
« Mon seul fils se tient devant moi ! La petite chose fragile qui est dans sa chambre n'est pas et ne sera jamais mon fils, ce n'est qu'une lavette ! Maintenant monte dans ta chambre te préparer pour le dîner ! »

« Compte pas sur moi pour descendre, répliqua Toshiya d'un ton acerbe. En ce qui me concerne, j'ai un frère… Par contre des parents, je commence sérieusement à en douter… »
Et il monta à l'étage d'un pas furieux, complètement hors de lui.

« Tu ne diras plus ça dans quelques années, mon fils, susurra Monsieur Terashi pour lui-même en reportant son attention sur la télévision. »

Il finit par arriver devant la porte de Shinya. Il essaya de l'ouvrir, mais sans succès, alors il frappa doucement à la porte, se doutant que son frère s'était enfermé.
« Shinya, c'est moi ouvre s'il te plaît. »

Reniflant légèrement, il se resserra sous sa couette.
« Vas-t-en Tochi, tu ne devrais pas me voir comme ça… »

« Je m'en fous de ce que je devrais voir ou pas, ouvre-moi s'il te plaît. »

Se levant lentement, il chancela jusque la porte à laquelle il s'accrocha. Il la déverrouilla ensuite, fit entrer son frère et referma derrière lui, gardant la tête baissée.

Toshiya entra en silence, puis se tourna vers son frère, qui garda résolument la tête cachée derrière ses boucles. Alors avec délicatesse, il lui fit relever le menton, pour voir les dégâts qu'avait causés son père. Il ne restait plus rien de l'œuvre de Miyavi, si ce n'est des traînées noires et rouges, mêlées aux marques que lui avait sûrement infligées son père.
« Quel genre d'homme peut faire ça à son enfant, souffla Toshiya. »

Shinya détourna la tête, manquant de tomber par la même occasion, et se raccrocha à son frère.
« Tochi, pourquoi je suis pas comme les autres ? souffla-t-il contre son torse. »

« C'est pas parce que tu préfères être comme une fille que tu n'es pas comme les autres. Je préfère que tu sois comme ça, parce que je sais que tu te sens mieux comme ça, fit-il en le serrant doucement dans ses bras. »

Il courba légèrement le dos pour ne pas appuyer sur son ventre.
« Tochi… qu'est-ce qu'il va se passer, maintenant ? »

« J'en sais rien. Mais qu'il ose lever encore la main sur toi, et je te jure que j'en fais mon affaire… »

« Ne fais pas ça ! s'exclama-t-il en plongeant ses yeux dans ceux identiques de son frère. Ne t'en mêle pas, ça ne ferait qu'aggraver les choses… »

« Tu crois que je vais le laisser faire sans réagir ? C'est hors de question Shinya. »

« Toshiya, reste en dehors de ça. Que je prenne autant de coups qu'il le décide, je m'en fiche, mais je ne veux pas qu'il s'en prenne à toi. »

« Il ne s'en prendra pas à moi, souffla-t-il. Il a trop besoin de moi pour ses projets d'avenir. Et je crois que si je te laissais tomber, il y a quelqu'un qui m'en voudrait à mort. Et lui me casserait volontiers la gueule. »

Shinya se détacha légèrement de lui.
« Qui ? s'étonna-t-il. »

« Un mec complètement taré. Et il a beau attacher ses modèles sur une chaise, je crois qu'il n'aimerait pas savoir que je laisse son modèle préféré se faire taper dessus, sourit Toshiya. »

« Miyavi ! s'exclama-t-il soudain. Comment il va, il a rien eu ? Et sa moto ? »

« Sa moto est salement amochée. Mais lui, il est plutôt profondément blessé dans son amour-propre… »

« Ca m'étonne pas de lui… sourit-il avant de faire une grimace, posant une main sur sa joue. »

« Heureusement que je l'ai pas ramené ici, il aurait sûrement tué papa. Et je crois qu'il aurait pas supporté que tu ne puisses pas profiter de son travail plus longtemps. Ca va ta joue ? »

« C'est un peu douloureux. Mais moins que mon estomac. »

« Il t'a vraiment frappé ! s'exclama Toshiya, scandalisé. Montre-moi. »

Il dénia en reculant d'un pas.

« Shinya, comment tu veux guérir si tu ne me laisses pas voir… »

Il se mordit la langue, détourna la tête et ouvrit son chemisier pour lui montrer les dégâts.

La peau était encore marquée de rouge, bleuissant même par endroit, comme pour marquer la trace de la violence de son père, comme un tatouage… Toshiya serra les dents, et s'approcha doucement.
« Tu devrais passer de l'eau froide dessus. Même si ça ne fera pas disparaître, ça anesthésiera un minimum la douleur. »

« J'ai pas osé regarder le résultat… »

« Ca partira, t'en fais pas. Je peux m'en occuper, ou tu préfères le faire toi-même ? »

« Me laisse pas tout seul, souffla-t-il en attrapant son poignet. »

Il resta un instant silencieux, et plongea ses yeux dans les siens. Puis il passa une main sur sa joue.
« Ca, c'est hors de question. »

« Merci, murmura-t-il en tremblant un peu. »
Comment une journée qui avait si bien commencé pouvait-elle se finir en un cauchemar aussi horrible ?

« Eh, c'est normal… souffla Toshiya en prenant son visage entre ses mains. Je te laisserais pas tomber, d'accord ? »

Il acquiesça d'un signe de tête.
« J'ai eu peur Tochi… Le regard qu'il m'a lancé était si haineux… J'ai cru qu'il allait me tuer… »
Les larmes se remirent à couler, les nerfs avaient lâché.

« Pleure pas Shinya, souffla Toshiya en le reprenant contre lui avec délicatesse. C'est qu'un pauvre con, il pourra jamais comprendre le bonheur que c'est de t'avoir près de soi… »

« Je veux pas mourir… Je veux juste… juste être moi-même… Je sais qu'il me déteste… il m'a toujours détesté… mais c'est la première fois… qu'il me frappe… Je veux vivre Tochi, je veux vivre ! »

« Et tu vivras Shinya ! Et de la façon dont tu as envie, je te le promets. Il peut pas te l'interdire… De toute façon, il sait pas dans quelle guerre il vient de se lancer. »

« Ne fais rien d'inconsidéré, s'il te plaît grand frère, ne fais rien qui puisse te nuire, supplia-t-il. »

Il ferma les yeux, et resserra son frère un peu plus contre lui.
« Ne t'inquiète pas. Je ne suis pas tout seul. Et je t'ai avec moi. »

Il hocha la tête et s'accrocha à son frère. Depuis le début, il savait que ça finirait ainsi. Mais jamais il n'avait pensé que ce serait si douloureux.

« Ca va aller, ne t'en fais pas. Maintenant, faudrait qu'on s'occupe un peu de toi tu crois pas ? »

« Hm, tu as raison. »

Toshiya lui offrit un sourire, puis un baiser sur le front, avant de l'emmener à la salle de bain. Une fois là, il mouilla un gant d'eau froide, et l'appliqua délicatement sur le ventre blessé de son frère.

Il retint sa respiration, c'était froid et douloureux.

« J'espère que ça évitera au moins que tu aies un bleu… »

« Je… pense… pas… souffla-t-il en grimaçant. »

« Ca te fait mal ? »

« Oui. »
Et c'était un doux euphémisme.

« Tu devrais peut-être aller t'allonger. Ton corps doit se remettre du choc… »

« Hm. Tu veux bien… me démaquiller, s'il te plaît ? »
Dire au revoir au travail de Miyavi de cette façon, sans même avoir pu en garder un souvenir vivant, lui donna la nausée.

Toshiya hocha la tête en signe d'assentiment, et avec un léger malaise, il mouilla un coton de démaquillant et retira soigneusement le maquillage du visage de son frère.
« Au moins, ça te donnera l'occasion de revoir Miyavi… »
C'était dit sans joie, même si Miyavi serait ravi de le revoir.

« Hm. »
Quand son frère passa près de sa coupure à la lèvre, il grimaça de nouveau.
« Mais pas avant un moment. »

« T'inquiète pas qu'avec la tête que tu fais, il viendra te voir, même si c'est pas pour te maquiller… »

Il dénia.
« Je ne veux pas qu'il me voit comme ça. »
Pas dans un état de faiblesse aussi pitoyable.

« Malheureusement, personne n'y pourra rien. Quand il est décidé à quelque chose… »

Il ne répondit rien mais serra les poings. Le pire, c'est que Miyavi avait une bonne raison de venir. Dans moins de dix jours, il avait quatorze ans. Ridicule !

« T'en fais pas, on aura le temps de te soigner d'ici là. Ca n'a pas l'air trop grave. Tu te sens comment ? »

« En miettes. »

« J'ai terminé, tu devrais aller te coucher. »

« Hm. Merci. »
Il se leva et repartit lentement dans sa chambre.
« Bonne nuit, souffla-t-il avant de refermer la porte. »

« Si y a le moindre problème, tu m'appelles d'accord ? »

« T'en fais pas, ça ira. »
Il se laissa glisser dos contre la porte. Ca irait. Après être resté une bonne demi-heure sans bouger, il finit par se relever, ôta ses habits, enfila son large pantalon de pyjama et se faufila sous la couette pour essayer de dormir. Mais chaque fois qu'il fermait les yeux, il le revoyait lui lancer ce regard haineux. Il crispa ses doigts sur les draps en essayant de chasser son père de son esprit, de le remplacer par Miyavi. Il ne l'avait vu qu'une fois, mais il lui plaisait indéniablement. Il finit par s'endormir sur cette pensée. Pour se réveiller moins de deux heures plus tard en toussant. Il mit sa main devant sa bouche pour constater qu'il crachait du sang. Il se redressa brutalement, se donnant le tournis, avant de se lever pour filer dans la salle de bain. Un fin filet de sang coulait sur son menton. Il se lava les mains et essuya sa bouche. En vain, puisqu'il se remit à tousser l'instant d'après. Il hésita un quart de seconde avant de se précipiter dans la chambre de son frère.
« To… chi… appela-t-il en gardant une main devant sa bouche. »

Comme toujours, Toshiya avait du mal à se réveiller. Mais ça ne l'empêchait pas d'entendre.
« Hm, quoi ? marmonna-t-il. »

Maîtrisant son angoisse, il réussit à formuler une phrase à peu près cohérente.
« Tochi… je saigne… hôpital ! »

Son sang ne fit qu'un tour, et après avoir dit à son frère d'enfiler quelque chose, il se rhabilla à tout vitesse, avant de l'emmener au garage. Une fois là, il lui attacha un casque, avant de mettre le sien, et de filer vers l'hôpital le plus proche.

S'accrochant désespérément à son frère, il essayait de contrôler sa toux pour ne pas mettre du sang partout.

Ils finirent par arriver, une dizaine de minutes plus tard, et Toshiya soutint son frère jusqu'au niveau des urgences, où il fut prit en charge. Il essaya de rester avec lui, mais à force d'interdictions, il dut s'installer dans une salle d'attente, seul et désemparé.

On l'emmena faire plusieurs tests, lui posa toutes sortes de questions – Comment vous êtes-vous fait ce bleu ? Je me suis cogné… – et finalement, on alla chercher son frère pour les résultats.

« Qu'est-ce qu'il a ? C'est grave ? s'exclama Toshiya en manquant de bondir sur l'infirmière qui venait de se présenter à lui. »

« Non, ne vous inquiétez pas. Venez, je vous donnerai les résultats en même temps qu'à lui, et puis il vous réclame. »

Il hocha la tête et la suivit avec appréhension. Elle avait beau dire que ce n'était pas grave, avoir vu son frère cracher du sang, c'était tout sauf rassurant. Il finit par arriver dans une chambre, où il retrouva Shinya.

Shinya lui fit un sourire un peu tremblant.
« Bien, installez-vous jeune homme, proposa-t-elle à Toshiya. »

Il resta debout à côté de son frère, évitant de justesse de lui sauter dessus.

« Vous pouvez tous les deux respirer tranquillement, il n'est pas en danger. Le coup qu'il a prit au niveau de l'estomac lui a provoqué de légères lésions internes. Ce sont ces dommages qui lui ont fait cracher du sang, mais ils se résorberont rapidement, il n'y a rien à craindre. Nous le garderons tout de même cette nuit, pour surveiller son état. »

« D'accord, souffla Toshiya en serrant l'épaule de son frère. Je… peux rester avec lui ? »

« Je n'y vois pas d'inconvénient. Cependant, j'aimerais avoir une conversation avec vos parents. »

« Pourquoi ? »
Le mot était sorti tout seul. Il ne voulait pas donner la moindre satisfaction à son père.

« L'état de fatigue et la maigreur de votre frère sont inquiétants. Pour être franche, son corps est faible et manque de fer et de magnésium. J'aurais aimé en parler avec eux. »

« Je crois pas qu'ils se sentiront concernés par la chose, mais vous pouvez toujours essayer. Comment on peut faire pour soigner tout ça ? »

« Il faudrait qu'il mange et prenne des compléments alimentaires. Pour un adolescent de son âge, qui est en pleine croissance, il est important de bien se nourrir. »
Shinya attrapa la main de son frère et la serra fort dans la sienne.

« Hm, répondit Toshiya en serrant les doigts de son frère entre les siens. Vous lui conseillez quoi, exactement ? »

« Simplement de manger équilibré. Je vais vous prescrire également deux compléments alimentaires, un pour le fer et un pour le magnésium. Il lui faut également du repos. Profitez de ces vacances pour reprendre des forces. »
Elle leur fit un sourire.
« Si vous voulez bien me suivre jeune homme, j'aimerais vous parler, ajouta-t-elle à l'adresse de Toshiya. »

Il rassura Shinya d'un coup d'œil, serra ses doigts une dernière fois, puis suivit l'infirmière dans le couloir.

Elle l'emmena dans son bureau, quelques pas plus loin et lui demanda de s'asseoir en s'installant elle-même derrière son bureau.

« C'est plus grave que ça ? demanda-t-il immédiatement, le cœur battant à cent à l'heure. »

« Non. Seulement, il nous a dit s'être cogné pour nous expliquer son état. Cependant, la forme du coup et l'état de sa lèvre me poussent à penser qu'il s'agisse d'autre chose. Votre frère est-il du genre à se battre ? »

« Loin de là, je peux vous l'assurer. Il recherche surtout le calme. »

« A-t-il des ennemis, des gens qui pourraient s'en prendre à lui ? »

« Pas que je sache, non, répondit Toshiya. Il est plutôt solitaire. »

« Que font vos parents ? Sont-ils souvent présents ? »

« Pas vraiment non, on les croise les week-end… Notre père est PDG… »
Et un sale con.

« Très bien. Se pourrait-il que votre frère vous cache quelque chose ? »

« Quelque chose ? fit-il en faisant semblant de ne pas comprendre. »

« Violence scolaire, harcèlement… ce genre de chose. »

« C'est pas le genre à ne rien me dire, et je m'en serais aperçu… »

« Merci, sourit-elle. Je ne vais pas vous embêter plus longtemps, et puis votre frère doit vous attendre. »
Elle lui confia une ordonnance.
« Veillez à ce qu'il dorme bien et qu'il se nourrisse correctement. »

« D'accord, fit-il. Est-ce que… il y a un risque de rechutes ? »

« Non. Sauf s'il se cogne à nouveau. »

« OK. Merci à vous. »

« De rien. Au revoir jeune homme. »
Elle lui ouvrit la porte du bureau et l'accompagna jusque la chambre de Shinya.

Toshiya s'installa directement sur le bord du lit, et fixa son frère du regard.
« Comment tu te sens ? »

« Mal. Je veux sortir d'ici. »

« Mais il faut que tu restes ici cette nuit, sinon ça va empirer. »

« Et si les parents se rendent compte qu'on a déserté ? »

« Qu'est-ce que tu veux qu'ils fassent ? Tu as besoin de soin… »

« Tu vas dormir où ? »

« Dans le fauteuil. Au pire, j'irai demander à une infirmière… »

Il lui lança un regard, fronça les sourcils et se décala dans le lit.
« Dors avec moi. »

« Hors de question, et si je t'écrase en dormant ! protesta Toshiya. »

« S'il te plaît, supplia-t-il avec de petits yeux brillants. »

« Shinya… »
Il ne pouvait rien faire contre ça, il le savait, alors il s'assit sur le bord du lit, et retira ses chaussures pour venir s'installer près de son petit frère.

Il lui rendit un joli sourire avant de se blottir contre lui.
« Merci… »

« De rien. Maintenant, il faut que tu dormes. »

« Bonne nuit. »
Il posa son front contre le cou de son frère et ne tarda pas à s'endormir, épuisé.

« A toi aussi… murmura-t-il avant de fermer les yeux à son tour. »
Mais il ne s'endormit pas immédiatement, veillant sur Shinya.

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A suivre...

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