Titre : Laissez-moi vivre – Bonus II.

Auteur : Rukyoshû & son alpha lecteur qui souhaite garder son anonymat.

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Bonne lecture !

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III – Où on en apprend un peu plus sur la vie du petit Shinya.

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Le jour de la rentrée avait sonné. Shinya n'était pas enchanté mais il était pourtant soulagé de savoir que ses parents ne lui feraient plus rien. Il s'était rapidement remis après sa sortie de l'hôpital et son frère faisait attention à ce qu'il puisse manger matin, midi et soir et prenne ses cachets. Il se prépara rapidement, glissa ses cours dans son sac, fit un rapide saut dans la cuisine pour petit déjeuner, vérifia que son frère était bien sous la douche et fila au collège. Les écouteurs profondément enfoncés dans les oreilles, il enfouit le bas de son visage dans son écharpe pour échapper au froid, et glissa ses mains dans les poches de son jean. Depuis l'incident, il n'avait plus remis une seule jupe, optant pour un look pantalon/t-shirt, et s'attachait toujours les cheveux pour que son père ne puisse lui faire aucune remarque sur sa tenue. Soupirant, il voûta les épaules et entra dans la cour du collège pour aller se poser dans un coin en attendant le début des cours. D'un autre côté, il avait réussi à échapper à une fête d'anniversaire. Il trouvait ça débile, et détestait qu'on le lui souhaite. Il s'était tellement bien barricadé dans sa chambre que même ses parents avaient oublié. Seul Miyavi n'avait jamais abandonné l'idée de le voir, date d'anniversaire ou non. Il eut un léger sourire, ça lui faisait tout de même plaisir de savoir qu'il voulait le revoir.

Le jour de la rentrée avait sonné. Et Miyavi ne pensait plus qu'à une chose, revoir Shinya. C'était peut-être injuste pour Toshiya, mais il fallait être honnête, Miyavi brûlait littéralement de revoir son modèle des vacances. Il chercha activement dans toute la cour, se faisant remarquer par la même occasion. Il avait profité des vacances pour changer de coiffure, troquant ses cheveux noirs et lisses pour une crête multicolore, qui seyait beaucoup à sa personnalité. Question fringues, il n'avait pas fait le difficile, optant pour un jean, un t-shirt simple bleu clair, et avait endossé son manteau blanc rayé façon zèbre. C'est génial ! Il finit par repérer Shinya dans un coin, même s'il était beaucoup moins féminin que la première fois qu'ils s'étaient rencontrés. Avec un sourire en coin sur les lèvres, Miyavi s'approcha, puis vint s'installer négligemment sur le banc, à ses côtés, comme s'il visitait son domaine.

Quand il tourna la tête pour voir qui venait le déranger, il n'aperçut qu'une crête multicolore. Il se recula un peu, légèrement surpris, pour découvrir que ces superbes cheveux colorés appartenaient en fait à Miyavi. Il était habillé plutôt simplement pour une fois, la chevelure était de toute façon assez particulière comme ça, tout le monde se tournait vers eux. Shinya haussa les épaules et, tout en se replongeant dans les rythmiques de la batterie du son qui lui vrillait les tympans, il tourna son regard droit devant lui, ignorant royalement son nouvel ami, et repartit sans un mot. Il crevait d'envie de parler avec lui, mais ce serait tâcher la popularité de Miyavi.

Sur le coup, Miyavi bloqua. Complètement figé sur son banc, il regarda Shinya s'éloigner les yeux grands ouverts. Si ça, ce n'était pas le snober... Il eut une grimace, se passa la langue sur les lèvres, et avec un nouveau petit sourire en coin, il se leva pour suivre le fuyard. Arrivé à son niveau, il passa doucement son bras sous le sien, retira l'un de ses écouteurs et lui souffla à l'oreille :
« Tu n'as quand même pas l'intention de m'ignorer toute la journée, princesse… »

Il lui lança à peine un regard, récupéra son bras et reprit son chemin.
« Ne me suis pas, tu ne sais pas ce que tu risques. »

« Oh, ce sont des menaces que j'entends ? lança-t-il. »

« Non, juste un avertissement. »
Ce n'était pas lui qu'il devait craindre, mais les autres.

Il le rejoignit en quelques pas, et se planta devant lui.
« Voyez-vous ça, un avertissement… Et qui devrais-je craindre sur cette planète ? »

Shinya regarda autour de lui et ne mit pas longtemps à repérer les trois gus qui s'en prenaient régulièrement à lui, les yeux rivés vers eux.
« Tu le sauras bien assez tôt. »
Et lui offrant un sourire triste, il le contourna, prêt à repartir.

« Olà princesse, fit-il en l'attrapant par le poignet, tu crois quand même pas que je vais attendre qu'on me tombe sur le dos ? Et j'ai horreur qu'on m'ignore comme ça. »

« Je ne t'ignore pas, je sauve ta peau, souffla-t-il avec légèreté. Le fait que j'ai eu raison pour le verglas ne t'a-t-il pas suffi ? »
Il lui fit un petit sourire amusé.

Miyavi leva les yeux au ciel, et soupira.
« Le verglas, je peux pas lui casser la gueule… Mais avec un humain, c'est beaucoup plus simple. »

Il roula des yeux.
« T'es têtu, n'est-ce pas ? Mais, sais-tu qu'en plus de mettre ta popularité en jeu, tu mets aussi ma survie ? »
Chaque mot prononcé était un peu plus dur à sortir. Et chaque regard lancé à Miyavi était un filet en plus autour de son cœur.

« Ma popularité, j'en ai rien à battre sérieux. »
Puis il fronça les sourcils, resserrant ses doigts autour du poignet de Shinya.
« Ta survie, un peu moins… »
Et quel euphémisme c'était. Il suffisait qu'il regarde ce pauvre élève maigrichon pour avoir envie de commettre les pires folies.

« Chaque personne dans ce collège a sa place. Chaque élève sait les limites qu'il ne doit pas dépasser. Je suis désolé, Miyavi, mais ce n'est pas bon pour nous qu'on nous voit ensemble. »
Il lui lança un regard profondément triste, récupéra son poignet et partit rapidement en direction du couloir des quatrièmes.

De son côté, c'est avec une hargne particulièrement inaccoutumée que Miyavi regagna sa salle de classe. Et pour une fois, c'était Toshiya qui était arrivé en premier. Et celui-ci ne vit pas la nécessité de creuser le sujet, manifestement, Miyavi venait de se faire envoyer bouler par Shinya, et Toshiya ne pouvait rien y faire malheureusement.

Après une journée somme toute banale, Shinya récupéra calmement ses affaires, enclencha sa musique et repartit les mains dans les poches. Traversant la cour d'un pas lent, il finit par sortir enfin du collège. Pour se faire choper par trois gros lascars. Il soupira en sentant son dos entrer violemment en contact avec le mur. Il y était habitué maintenant. Le plus grand, et également le plus baraqué, le maintint immobile en appuyant sur ses épaules.
« Alors ma belle, on fricote avec Miyavi maintenant ? »
Il lui lança un regard morne.
« Pas particulièrement. »
« Pourquoi donc étiez-vous ensemble ce matin ? Serais-tu devenu son jouet à lui maintenant ? »
« Pas particulièrement, non. »
« Arrête de te foutre de nous, on a bien vu vos petits regards, cracha-t-il. »
Il se prit un coup dans le ventre qui lui coupa momentanément la respiration.
« C'est drôle, n'est-ce pas ? A croire que les pédales attirent les pédales. Ce doit être dans l'ordre des choses en même temps… »
Il lui fit un sourire mauvais et fit un signe de tête à ses amis en le relâchant. Ses deux comparses s'approchèrent alors de lui en faisant craquer leurs poings. Shinya ferma les yeux, il savait depuis le départ qu'il finirait par se faire battre.

18h, fin des cours. Miyavi s'étira ostensiblement en faisant craquer son dos, et jeta un coup d'œil à Toshiya, placé de l'autre côté de la salle. Ses indiscrétions coutumières venaient de lui offrir un interrogatoire serré avec le prof. Dans ces cas-là, il était convenu que l'autre n'attende pas, et mû par l'envie de s'expliquer avec Shinya, Miyavi ne se fit pas prier, et se jeta dans le couloir afin de fuir allègrement le bâtiment. Il n'avait aucune idée de l'endroit où il pourrait retrouver son modèle, il décida donc de se poster à la sortie pour avoir une vue d'ensemble. Et là, il vit. Et ce qu'il vit fit bouillir son sang, à tel point qu'il cessa tout bonnement de réfléchir. Comme mû par une volonté propre, son pied s'éleva dans les airs, pour venir fracasser les côtes du côté gauche d'une espèce de monstre qui menaçait Shinya, SON Shinya, cloué contre un mur.

Rien ne vint. Il entrouvrit un œil et constata avec étonnement que Miyavi venait de débarquer. Le chef eut un rire malsain et se pencha vers Shinya, laissant les deux autres s'occuper de Miyavi.
« Ose me répéter qu'il n'y a rien entre vous, souffla-t-il à son oreille avant de lui donner un coup de poing dans la mâchoire. »
Shinya se sentit partir en arrière et se retint de justesse pour ne pas que sa tête entre en collision avec le mur. Puis lançant un regard à la bagarre, il se tourna vers le chef et lui balança son poing dans le nez. Il était absolument hors de question que Miyavi pense qu'il n'était capable que de se laisser faire.

Miyavi avait l'habitude de ce genre de conflit, il y était sans arrêts confronté depuis qu'il s'était fait sa première teinture, son premier piercing, ou son premier tatouage. Certes, il n'avait pas le gabarit le plus imposant qui soit, mais c'était quelqu'un de très sportif, et surtout, à la volonté de fer.
Il ne rechigna donc pas à la tâche contre deux adversaires, et après quelques esquives, il réussit à en mettre un au tapis, tandis que l'autre prenait la fuite aux vues de la tournure des choses. A force d'énervement, Miyavi avait tellement serré les dents que sa lèvre inférieure saignait un peu, mais rien ne comptait plus que l'état de Shinya.

Le boss grogna en posant une main sur son nez en sang, lui lança un regard glacial et sortit un couteau de son manteau. Shinya fit un pas en arrière tandis que l'autre avançait vers lui. Il lui envoya un coup de pied dans le tibia et sentit la lame déchirer sa veste et frôler la peau de son bras quand le chef tomba vers l'avant. Il lui envoya un nouveau coup de pied, dans la mâchoire cette fois-ci, et se tourna vers Miyavi.

Celui-ci ne perdit pas plus de temps, après un dernier coup de rangers dans le dernier des mecs, il attrapa la main de Shinya et l'entraîna dans sa course, pressé de s'éloigner d'ici. Il courut sans discontinuer, jusqu'à être certain d'être assez loin du collège, puis emmena Shinya dans une ruelle, histoire d'assurer leurs arrières et de souffler un peu.

Il s'appuya sur ses cuisses, se pliant en deux pour récupérer son souffle.
« Tu n'as rien ? demanda-t-il à Miyavi. »

« Ca va, t'en fais pas pour moi, répondit-il en essuyant sa lèvre du revers de la manche. Et toi ? »

« Disons que j'ai échappé à une défiguration, sourit-il en se redressant pour s'appuyer sur le mur. »

« C'est ça, tes avertissements de ce matin ? demanda Miyavi en reprenant son souffle, les yeux fixés sur Shinya. »

« Peut-être, peut-être pas, souffla-t-il en fermant les yeux. »
Il ne prit conscience de sa blessure au bras qu'à ce moment-là. Ça pulsait douloureusement.

Miyavi soupira profondément, puis se rapprocha de Shinya pour prendre son visage entre ses mains.
« Pourquoi est-ce que tu t'évertues à ne rien dire… »
C'était dit sans aucune expression, aucune tonalité. Il voulait juste une réponse.

Il souleva lentement les paupières pour plonger son regard dans les yeux gris de Miyavi.
« Je t'ai dit ce matin que tout le monde avait une place mais… Je ne suis pas sûr d'en avoir une autre que celle de punching-ball. Je ne suis pas fait pour ce monde, et tout ce que j'aurais gagné à m'être défendu est le droit de me cacher à chaque pause pour ne pas subir d'attaques surprises. A quoi cela servirait-il que les gens le sachent ? A quoi cela me servirait-il, à part qu'ils aient pitié de moi ? Je ne veux pas d'une amitié qui serait basée sur la pitié. »

Les sourcils de Miyavi se froncèrent, et son regard durcit légèrement.
« Tu trouves que je suis le genre à pêcher mes amis dans la pitié ? »

« Je n'ai jamais parlé de toi, Miyavi, répliqua-t-il sans aucune émotion. »
Il leva les yeux en l'air, essayant d'apercevoir ne serait-ce qu'un simple carré de ciel. Mais tout ce qu'il distinguait étaient des toits, et peut-être un morceau de nuage. Finalement, même le ciel l'abandonnait à son destin.
« Mais tu ne seras pas toujours là pour me protéger, tu ne seras pas toujours là… J'ai accepté depuis longtemps le rôle qu'on m'a donné. »

« Qu'est-ce qui te dit que je ne serais pas toujours là… »
Les dents serrées, il savait qu'il commençait à se dévoiler, mais c'était particulièrement agaçant de voir Shinya aussi résigné sur son sort.

« Parce que c'est ainsi. Tu ne peux pas être physiquement à deux endroits à la fois. Tu ne peux pas changer le monde, tu ne peux pas les empêcher de me suivre, tu ne peux pas les obliger à arrêter. Aussi fort que tu puisses être, tu ne seras pas toujours là. Et quoique tu dises ne changera jamais ça. »

Regardant brusquement ailleurs, peut-être même encore plus en colère que pendant la bagarre, Miyavi recula et se retint de justesse de shooter dans la poubelle la plus proche. Comment il pouvait être résolu à ce point ! Comment il pouvait accepter de se laisser faire ! C'était impensable ! Le ton monocorde de Shinya commençait sérieusement à lui mettre les nerfs en boule.
« Désolé, mais si toi tu acceptes ça, moi non… »

« Je ne l'accepte pas, répliqua-t-il d'une voix tremblante. Je ne l'ai jamais accepté. Mais je n'ai pas le choix. Regarde-moi Miyavi, regarde-moi ! Comment crois-tu que je puisse me défendre ? Je n'ai rien d'autre que ma peau qui colle à mes os, je n'ai rien d'autre que mon esprit pour m'emmener dans un autre monde. Ça ne me plaît pas Miyavi, ça ne me plaît pas d'être le souffre-douleur de tout un lycée, ça me fait mal, mais je n'y peux rien. Je ne referais jamais l'erreur de me défendre seul contre tous. »

« L'erreur ? Tu trouves que c'est une… erreur de se défendre ? »
Ses mots furent plus durs qu'il l'aurait cru, mais cette situation était impossible.

« Si tu savais ce qu'ils sont capables de faire quand tu te défends, tu serais surpris. »
Il avait retrouvé un ton monocorde.

Miyavi eut un sourire railleur, dépourvu de toute joie.
« Surpris, vraiment… Peu de choses me surprenne tu sais. »

« Vraiment ? Tu ne seras donc pas surpris si je te dis que je me suis défendu la première fois. Tu ne seras donc pas surpris si je te dis que ça ne leur a pas plu. Tu ne seras donc pas surpris si je te dis qu'ils m'ont choppé à la sortie, qu'ils m'ont traîné jusqu'à une ruelle et qu'ils m'ont roué de coups jusqu'à ce que je les supplie d'arrêter. Tu ne seras donc pas surpris si je te dis que j'ai cru mourir mais que je m'en suis sorti et que j'ai réussi à faire croire à mon frère que je m'étais 'simplement battu avec un camarade de classe'. »
Sa voix se faisait de plus en plus basse à mesure que la boule dans sa gorge grossissait. Mais il serra les dents, il ne pleurerait pas devant lui.

Miyavi plongea ses yeux dans les siens, se retenant de ne pas le prendre dans ses bras et de le serrer à l'en étouffer.
« Non je ne suis pas surpris, parce que je sais ce que c'est. OK, peut-être que j'ai toujours eu assez de force, ou assez de bol, pour m'en sortir sans me faire casser quelque chose. OK, maintenant j'ai la vie tranquille. Mais je sais ce que c'est. Et c'est bien pour ça que je n'ai pas envie que ça recommence pour toi, Shinya. »

Il détourna la tête.
« C'est trop tard Miyavi. Et si tu t'en mêles, ça ne finira bien pour aucun d'entre nous. »
Une larme dévala sa joue.
« Je ne veux pas qu'il vous arrive quelque chose. Ni à toi, ni à Tochi. »

« Mais Toshiya n'est pas au courant, donc ne t'en fais pas pour lui. Et c'est un grand garçon. Reste moi. Et moi, j'ai vraiment pas l'intention de me laisser faire. »
Il approcha de son modèle, et essuya la larme du bout des doigts.
« Et je ne compte pas fermer les yeux sur ça. Je ne peux pas. »

Il releva ses grands yeux humides vers lui.
« Alors garde-les grand ouvert, parce que tu en auras besoin. »

« Qu'est-ce que tu crois, que je vais m'endormir ? sourit Miyavi. C'est hors de question princesse. »

« Tu parles d'une princesse… »

« Tu sais, il paraît que la Belle au Bois Dormant était très moche au réveil, même avec son maquillage. Alors bon, je crois que t'as encore de la marge. »

« En même temps, après avoir dormi cent ans, qui serait encore beau ? »

« Moi, avoua Miyavi sans complexe, un grand sourire aux lèvres. »

« Hm, ça reste à voir… »

« Oh, vous en doutez très cher ? »

Pour toute réponse, il lui offrit un regard par-dessous ses longs cils et un petit sourire en coin.

Miyavi lui lança un regard éclatant, et prit son visage entre ses doigts délicats.
« Allez, je suis un styliste exigeant. Je veux un grand sourire de mon modèle préféré. »

« Je… Je sais pas si… »
Ses doigts étaient toujours aussi doux et il se retint de fermer les yeux pour profiter de ce moment. Maintenant que la situation était redevenue normale, il recommençait à faire attention à Miyavi et seulement à Miyavi.

« Et moi je suis sûr que si, assura Miyavi, qui donnait l'impression d'avoir de petits ronronnements cachés dans la gorge. »
Un peu comme quand il réfléchissait.

Rougissant à l'avance, il étira les coins de ses lèvres en un beau et doux sourire.

« Hey, c'est mieux comme ça, sourit Miyavi. Je suis sûr que tu peux faire mieux, mais c'est un bon début. »

« C'est trop embarrassant, souffla-t-il en baissant la tête. »

« Embarrassant ? Mais y a rien de plus facile ! »
Et pour lui prouver, il lui releva doucement le visage et lui offrit un de ses plus éclatants sourires.

Ebloui un instant, il ne réagit que quelques secondes plus tard.
« Je ne sais pas sourire comme ça. »

« En quoi c'est si dur ? »

« J'en sais rien… C'est… Je sais pas. »
Miyavi le troublait au point où ça en frisait le ridicule.

Il eut un petit rire, et passa délicatement un doigt sur les lèvres de Shinya, sans aucune arrière-pensée.
« Pourtant, avec une aussi jolie bouche, on devrait pouvoir faire de grands sourires… »

Il rougit vivement mais ses yeux pétillèrent comme jamais. Il baissa la tête et frissonna.
« Tu dois attendre Tochi ou on peut y aller ? »

« Je sais pas combien de temps notre prof va le retenir en otage, alors… je peux toujours te raccompagner si tu veux, proposa-t-il d'un ton léger. »

Il accepta en le remerciant généreusement. Il ne se sentait pas la force de rentrer seul chez lui.

« Parfait. Alors en route princesse ! »

« Hm. »
Il lui fit un sourire et se mit à marcher, resserrant son écharpe autour de son cou et croisant les bras pour se protéger du froid. Il poussa un gémissement de douleur quand il appuya sur son bras blessé.
« T'inquiète pas, répliqua-t-il avant toute intervention de Miyavi. Ça ira. »

« T'es sûr, tu veux pas que je regarde ? »

« Pour le moment, je veux juste rentrer chez moi, j'ai trop froid. »
Et il accéléra un peu l'allure.

« Ok, on verra ça plus tard… soupira Miyavi en allongeant ses pas pour revenir à son niveau. De toute façon, si c'est plus grave, Toshiya s'en occupera… »

« Je ne lui dirai rien du tout. Et ne t'avise pas de lui avouer quoique ce soit, menaça-t-il. »

« Tu crois que tu me fais peur ? railla Miyavi en souriant. »

« Non, mais j'ai un moyen de pression, sourit-il mystérieusement. »

Miyavi haussa un sourcil, étonné.
« Un moyen de pression… »

« Je peux toujours te menacer de te trouver un autre modèle. »
Et, lui tirant la langue, il eut un rire léger en partant en courant.

« Hey, tu peux pas me faire ça ! protesta Miyavi en partant à sa suite. Shinya, reviens ici ! »

« Tu m'auras pas si facilement, pouffa-t-il en lui jetant un coup d'œil avant de bifurquer à gauche. »

Complètement interloqué, Miyavi accéléra l'allure et suivit Shinya à gauche.
« La prochaine fois, je t'attache ! prévint-il. »

« Je me laisserai pas faire ! »
Leur grande maison finit par apparaître dans son champ de vision et il accéléra également.

« Tu rêves princesse, je t'enfermerai dans un donjon, et je te laisserai sortir que pour mes expériences ! s'écria Miyavi en gagnant du terrain. »

« Ouh, la vilaine sorcière ! »
Il rit à nouveau et s'engagea dans l'allée de chez lui. D'ailleurs, il ne se souvenait pas que l'allée était aussi longue que ça d'habitude.

En quelques pas, Miyavi finit par rejoindre le fuyard, et le stoppa en l'attrapant délicatement par les hanches.
« Trop tard princesse, la sorcière a gagné ! »

« Ah non, c'est pas possible, la sorcière gagne jamais dans les contes. »
Essoufflé, il lui fit son sourire le plus rayonnant et, profitant de l'hébétement de Miyavi, fuit jusque chez lui.
« Perdu ! s'exclama-t-il joyeusement. »

« Hey, t'as triché ! protesta Miyavi. »
Puis il eut un sourire en coin.
« Mais joli sourire, avoua-t-il. »

« Tu n'avais pas précisé que je n'avais pas le droit de sourire. Tu entres ? proposa-t-il en ouvrant la porte. »

« Tant qu'il n'y a pas de bûcher à sorcière qui m'attend à l'intérieur… »

« Seulement une cheminée pour nous réchauffer et un chocolat chaud si tu es sage. »

« Ca sera dur, mais… je veux bien faire un effort, sourit-il en entrant à sa suite. »

Il referma la porte derrière lui et ôta ses chaussures en constatant avec soulagement que ses parents n'étaient pas là. Puis il lança son sac au bas de l'escalier, enleva son écharpe et sa veste avant de se diriger vers le salon, disant à Miyavi de le suivre. Il alluma la cheminée rapidement et indiqua le canapé à son ami.

Même s'il ne savait pas combien de temps il allait rester, Miyavi retira ses chaussures, et vint se lover dans le canapé, plongeant son regard dans les jeunes flammes de la cheminée. Il avait l'impression de se contempler ainsi. Shinya avait sur lui des effets non prévisibles…

« Un chocolat chaud ou un thé ? demanda Shinya en penchant la tête devant lui. »

Miyavi recula légèrement sous cette apparition soudaine.
« Choco s'il vous plaît mademoiselle, répondit-il avec un sourire en coin pour masquer sa surprise. »

« Tout de suite monsieur, pouffa-t-il en se dirigeant gracieusement vers la cuisine. »
Il prépara rapidement deux chocolats chauds, glissa un paquet de gâteaux dans sa poche et retourna au salon où il posa les tasses et les gâteaux sur la table basse.
« Et voilà ! »

« Tu ferais une parfaite maîtresse de maison, dis donc, fit remarquer Miyavi avant de se rendre compte du mot qu'il venait d'employer. »

Shinya haussa les épaules en se contrôlant pour ne pas rougir.
« Peut-être. »

« En tout cas, tu sais parfaitement t'occuper des invités, sourit-il pour dévier la conversation. »
Bizarrement, c'était bien la première fois qu'un mot en particulier le dérangeait avec quelqu'un en particulier.

« Je fais de mon mieux, fit-il en s'asseyant. »

« C'est un honneur, sourit Miyavi en prenant une gorgée sans lâcher une seconde Shinya du regard. »

Il prit une gorgée également, reposa sa tasse, ôta sa chemise à présent trouée et releva légèrement la manche de son t-shirt pour analyser sa blessure. C'était superficiel, rien de bien méchant. Il faudrait qu'il pense à la désinfecter et ça irait.

Délicieusement mince, pensa Miyavi en le regardant retirer sa chemise sans gêne aucune. Jusqu'à ce qu'il se rende compte de ses pensées, et ne manque de s'étrangler avec son chocolat.

« Ca va ? s'inquiéta Shinya en entendant Miyavi tousser. »

« Impeccable, assura Miyavi en reprenant sa contenance habituelle. »
Mais bon sang, quel crétin tu fais…

« Au fait, pourquoi mon frère a été retenu par un prof ? »

« Parce qu'il est pas assez discret quand il fait autre chose qu'étudier en cours, pouffa Miyavi. »

Shinya eut un petit rire.
« M'étonne même pas de lui. »

« S'il était aussi discret que moi, souffla Miyavi d'un air pseudo désespéré. »

« J'ai beaucoup de mal à t'imaginer discret… »

« Que veux-tu, j'ai beaucoup de talents cachés… »
Il reposa sa tasse, et étala ses bras sur le dossier du canapé avec un sourire.

« Comme quoi ? demanda-t-il en haussant un sourcil. »

« Des tas de choses, éluda-t-il sans entrer dans le vif du sujet. »

« Mouais… Il en a pour longtemps ? »

« J'en sais rien du tout, admit-il. Pourquoi ? »

« Pour savoir ce que je lui fais à manger. »

« OK. Tu veux que je lui envoie un message ? »

« Non, c'est rien. Je verrais bien. Au pire, je lui ferai des pâtes. »

« Je suis sûr que t'es un pro en cuisine. »

« Je me débrouille, répondit-il. Oh, ils vont pas être inquiets de ne pas te voir revenir chez toi ? »

« Mes frères, ils seront tranquilles, railla-t-il. Mais ma mère va hurler… »
Il poussa un soupir. Il n'avait pas envie de rentrer.

« Nos parents rentreront tard, tu peux appeler chez toi pour manger avec nous si ça te dit. »

Sur le coup, Miyavi bloqua, et ne put retenir le grand sourire qui naquit sur ses lèvres.
« Si ça te dérange pas, avec plaisir. »

« Ca mettra un peu d'ambiance à la maison. Je te laisse appeler, tu peux utiliser le fixe si ça te dit, je suis à la cuisine. »

Il approuva d'un signe de tête, s'étala de tout son long sur le canapé et attrapa le combiné. Il était venu tellement de fois voir Toshiya qu'il connaissait la maison par cœur. Pour son bonheur, ce fut Aoi qui décrocha, et il ne fit pas le difficile. Au contraire, il serait débarrassé de son cadet pour la soirée. Un grand sourire aux lèvres, Miyavi raccrocha.

Shinya avait décidé de cuisiner un plat qu'il affectionnait particulièrement. Il se lava les mains, les essuya sur son jean, refit sa queue de cheval pour que ses cheveux ne le gênent pas et sortit les ingrédients. Il coupa le poulet en morceaux, suivirent les poivrons et les poireaux. Puis il ajouta le lait de coco et fit mijoter le tout en assaisonnant. Il espérait que Miyavi apprécierait. Il adorait le mélange de toutes les saveurs sur sa langue.

« Tu cuisines quoi ? demanda Miyavi en arrivant dans la cuisine, attiré par l'odeur. »

« Surprise ! s'exclama-t-il en remuant le tout. »

Il eut une moue mi-agacée mi-impatiente, et s'approcha de Shinya, essayant de deviner ce qu'il faisait en regardant par dessus son épaule.

« Oh, Monsieur n'aimerait-il pas être tenu dans l'ignorance ? fit Shinya, particulièrement amusé. »

« Absolument, Monsieur aime tout savoir, répliqua Miyavi. Alors tu avoues, ou je dois te torturer ? »

« Tu ne sauras rien de ma bouche ! »

L'espace d'un instant, Miyavi fut tenté de glisser ses mains sur les hanches de Shinya pour venir le chatouiller, mais il s'en abstint. Au contraire il recula même. Se connaissant, il était capable de faire n'importe quoi.

« Tu abandonnes ? pouffa-t-il. Ne t'inquiète pas, Tochi reconnaîtra l'odeur et se précipitera dans la cuisine à son retour. »

« Y a intérêt… souffla-t-il en s'adossant à un meuble, les bras croisés. »

« Oh, Monsieur boude, se moqua-t-il. »
Puis il goûta sa cuisine, fit une petite moue et donna une cuillère à Miyavi.
« Dis-moi ce que tu en penses. »

Sans se faire prier, Miyavi posa ses doigts sur la main de Shinya, et goûta délicatement la cuillère. C'était…
« Génialissime ! fit-il en ouvrant de grands yeux. »

« Tu trouves ? J'ai pourtant l'impression qu'il manque de quelques choses. »

« Un rien d'épices je dirais, fit-il en plongeant son regard dans le sien. »

« Des épices ? Quel genre d'épices ? »
Il ne pouvait pas assortir n'importe quoi.

« Hey, c'est pas moi le cuisinier ici, sourit Miyavi. Invente ! »

Il poussa un gémissement plaintif, se tourna vers son repas, goûta, réfléchit un instant, ajouta un peu de curry et de poivre, goûta de nouveau et, satisfait du résultat, tendit une autre cuillérée à Miyavi.

Celui-ci goûta de nouveau, et un sourire éclaira son visage.
« Parfait, aussi doux que piquant. »

« Je suis content, alors. »

« Tu as appris à cuisiner tout seul ? »

Il acquiesça d'un signe de tête en retournant touiller dans son mélange et baisser un peu le feu.

« Félicitations, c'est super ! approuva-t-il avec un sourire. »

« Merci, ça me fait plaisir. »

« De rien. »
Il souffla un instant, puis sans qu'il s'en rende vraiment compte, son regard dériva vers son hôte. Le long de ses longues et fines jambes… Contournant ses hanches… Glissant dans le creux de sa taille… Effleurant les courbes à peine marquées de son dos… Remontant sur ses épaules… Frôlant sa nuque… Intriguant, mystérieux, et attirant.

« Je me demande ce que mon frère peut bien faire, questionna-t-il en surveillant de près la cuisson. »

« Hm… répondit-il à peine, plongé dans ses divagations. »
Ses cheveux flottaient au rythme de sa respiration… C'était reposant. Sa voix grave, en totale contradiction avec son physique… Envoûtante. Sa peau pâle et si fine… Attirante, très attirante.

Oubliant légèrement la présence de Miyavi et se concentrant sur ce qu'il faisait, il se mit à fredonner doucement un air calme. A cet instant précis, en dépit de ce qu'il s'était passé il y a près d'une heure, il se sentait serein.

Gagné par la plénitude, Miyavi perdit tout sourire, son visage se détendant à mesure que Shinya chantonnait. C'était plaisant de le voir comme ça, et pour rien au monde Miyavi ne l'aurait dérangé. Il aimait bien le voir cuisiner.

« S'il ne se dépêche pas, ça finira par être trop cuit, bougonna-t-il. »
Il soupira doucement, haussa les épaules, baissa un peu plus le feu et se remit à fredonner.

« Tant pis pour lui… souffla Miyavi d'un air un peu absent. »

Shinya sursauta en se retournant.
« Pardon ! s'exclama-t-il en s'inclinant. J'étais tellement pris dans ce que je faisais que j'avais oublié que j'avais un invité. Je suis vraiment confus, ajouta-t-il en rougissant. »

« Quoi ? s'étonna Miyavi en reprenant pied sur terre. Oh, c'est rien t'inquiète pas ! »
D'autant qu'il l'avait maté sans retenue depuis tout à l'heure… Mieux valait qu'il ne l'ait pas remarqué.

« Tant mieux, sourit-il. Tu veux bien surveiller la cuisson pendant que je mets la table ? »

« Avec plaisir princesse. »

Il le remercia d'un sourire en lui tendant la cuillère en bois et se dirigea vers les placards pour sortir des assiettes et des couverts. Comme d'habitude, les assiettes creuses étaient légèrement trop hautes pour lui, ne servant que très peu, et il dut se mettre sur la pointe des pieds pour les attraper, soulevant son t-shirt. Il frissonna légèrement en sentant un courant d'air sur la peau de son ventre et de son dos et se dépêcha de sortir les assiettes du placard, prit les couverts et alla disposer le tout sur la table. Puis il prépara un grand plat pour le repas et retourna auprès de Miyavi.

« Tu t'es pas fait manger par le placard ? demanda Miyavi avec un sourire. »

« C'est pas drôle ! protesta-t-il en lui donnant une tape amicale sur la tête. »

« Hey, je l'ai vu ! C'est un pervers ton placard, j'en suis sûr ! »

« Arrête de raconter n'importe quoi, je vais finir par croire que t'es pire que mon frère ! »

Miyavi pouffa de rire.
« Mais je suis pire que lui, mon pauvre Shinya ! »
« Ca, pour être pire, je te le fais pas dire ! s'exclama alors le concerné d'une voix joyeuse en rentrant dans la cuisine. »

« Tochi ! s'écria Shinya en allant lui faire une bise. Tu tombes bien, c'est cuit ! »

« Je suis trop balèze ! »

« C'est l'appel de ton estomac, surtout. Ça s'est bien passé avec ton professeur ? demanda-t-il en versant le dîner dans le plat. »

« Ouais, juste les sermons habituels, il m'a donné des lignes de règlement à copier et tout, soupira-t-il. »
« Sérieux ? pouffa Miyavi. »

« J'espère que ça t'apprendra à être plus discret, à défaut d'être plus sérieux. »

« Mais, c'est de la faute de Miya en plus ! »

Shinya haussa les sourcils en posant le plat sur la table et se tourna vers le concerné.
« Ah bon ? »

« La balance, c'est totalement faux ! nia ce dernier avec aplomb. »

« Si vous ne m'expliquez pas ce qui se passe, je vous prive de dîner ! »

« Nan, tu peux pas faire ça ! protesta Toshiya. Miyavi ! »
« OK, je lui ai juste envoyé un message pendant le cours… »

« Et ? »

« Mon portable… »
« … a sonné. »

« C'est pas vrai, soupira Shinya. On t'a jamais dit qu'on met son téléphone sur silencieux en cours ? »

« Hey, c'est lui qui fait la connerie, c'est moi qu'on engueule ! »

« Et toi, s'exclama-t-il en pointant un index accusateur sur Miyavi, tu devrais avoir honte de faire des choses aussi stupides ! Et maintenant asseyez-vous pour manger ! »

« La princesse se rebelle, railla Miyavi en s'exécutant tout de même. »

« Il faut bien vous remettre dans le droit chemin, bande de chenapans ! rigola-t-il en s'asseyant. »

Toshiya lui tira la langue, puis enchaîna avec un grand sourire.
« On peut se servir ? »

« Vas-y, espèce d'estomac sur pattes ! »

« Merci ! »
Il se servit donc copieusement, avant de passer le plat à son frère.

« Faut tout t'apprendre à toi, les invités d'abord ! »
Et il tendit le plat à Miyavi.

« Merci princesse, sourit-il, alors que Toshiya manquait de s'étrangler. »
« Depuis quand tu l'appelles princesse ??! »

« C'est vrai ça, depuis quand tu m'appelles princesse ? demanda-t-il avec un clin d'œil amusé. »

« Et depuis quand vous vous faites des clins d'œils ???! »
« Eh, d'abord je fais pas de clins d'œil. Et j'en sais rien moi, c'est venu comme ça. »

Shinya pouffa en ébouriffant les cheveux de son frère.
« Laisse tomber Tochi, et mange avant que ce soit froid. »

« Mouais, ché bijarre quand même, mâchonna-t-il en fixant Miyavi. »

« On parle pas la bouche pleine, mal élevé ! rouspéta Shinya en se servant une petite assiette. »

« Et toi mange. »
« Ca m'a l'air animé les repas ici, dites donc, fit Miyavi avec ravissement. »

Il leur tira la langue à tous les deux, attrapa ses couverts et prit une bouchée.

« Shinya, on tire pas la langue, c'est mal élevé, fit négligemment Toshiya. »
« Et c'est pas digne d'une princesse. »

Il ne daigna pas répondre ni même lever la tête de son assiette et se contenta de continuer à savourer son repas.

« Tu nous boudes ? demanda Miyavi de sa voix ronronnante. »

Il se concentra de façon à rester indifférent et à ne surtout pas le regarder avec un sourire. C'était à la fois très désagréable et impressionnant de se sentir ainsi hors de contrôle dans son propre corps.

« Shin-chaaaaan, dis quelque chose ! fit Toshiya en venant le chatouiller. »

Il avala de travers avant de rire en toussant.
« Ah, tu triches, arrête ! »

« Olala, t'es sensible ! Retiens Miyavi ! »
Celui-ci pouffa de rire, comme si c'était la remarque la plus incongrue qu'il ait jamais entendu. Mais mentalement, il n'avait pas besoin de lui dire…

« Tss, dis-moi pas que tu l'ignorais, imbécile ! protesta-t-il en repoussant son frère. »

« Bah si, dit-il innocemment. »

« Crétin, répliqua-t-il en lui donnant une tape sur le front. Retourne manger et laisse-moi tranquille ! »

« Comment t'es méchant avec Princesse, souffla Miyavi. »
« Même pas vrai, bouda Toshiya. »

« Mince, j'ai oublié mes médicaments, s'exclama-t-il brusquement en se levant. Je reviens, ne vous entretuez pas, ce serait sympa. C'est moi qui fais le ménage ! »
Et il fila rapidement dans sa chambre pour prendre ses boîtes de cachets.

« Du caractère, apprécia Miyavi en souriant. »
« Franchement t'abuses, je te donne plein d'occasions, tu les saisis même pas, soupira Toshiya. »
« Quoi des occasions ? »
« Pour vous rapprocher, ce genre de choses… Tu crois que je suis aveugle ? »
« Mais n'importe quoi… »
« Pourquoi tu nies l'évidence, sourit Toshiya. »
« Tu joues les entremetteuses, je te jure que je t'arrache la tête. »
« Bah fais quelque chose alors. »
« Mais arrête un peu avec ton délire Tochi… »

Il fouilla dans sa table de chevet, sans résultat, pas de trace non plus sur son bureau. Il soupira. Où les avait-il mis ?

« Mais avoue qu'il te plaît… »
« Tochi, on dirait que tu veux me le vendre, c'est pathétique. »
« Mais nan ! Mais il a besoin de quelqu'un, et toi aussi. »
« Et toi alors, t'es toujours célibataire à ce que je sache. »
« C'est pas pareil… »
« Si. Alors fous-moi la paix avec tes conneries, sinon je te mords. »
« Essaye tiens. »

Ah si, dans le salon. Il descendit en vitesse et se précipita dans la pièce. Mais, après avoir fouillé, il ne les avait pas plus trouvés que dans sa chambre.
« Fait chier ! »

« Je suis sûr que t'as passé la fin d'après-midi à le mater, t'as profité que j'étais pas là. »
« Tochi… »
« Et si ça se trouve, vous avez même profité ! »
« Toshiya, merde ! »
« Mais Miya, t'es lourd quand même ! Agis ! »
« J'y crois pas, c'est toi qui me traites de lourd ! »

Retournant dans la cuisine, il ne leur dit pas un mot et fouilla partout. Manquant de se casser la figure en se prenant les pieds dans son jean trop long, il se rattrapa de justesse au plan de travail et remarqua quelque chose d'étrange dans la poubelle.
« Oh non, putain ! s'exclama-t-il en se prenant la tête à deux mains. »

« Diantre, mon cher frère, quel langage employez-vous donc ! fit semblant de s'offusquer Toshiya. »
« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Il récupéra sa boîte de cachet et la lança sur la table.
« Voilà ce qu'il se passe ! »

« Et ça veut dire quoi ça ? »

Il eut un rire sinistre.
« Ca veut seulement dire qu'en plus de s'en prendre à moi moralement, mes parents feront tout ce qu'ils peuvent pour me détruire physiquement. »

« Ils pourront pas faire ça, contra Toshiya. Tu prendras tes médicaments, qu'ils le veuillent ou non. »

« Et je fais comment maintenant qu'ils sont dans la poubelle ? »
Il était prêt à s'effondrer d'une minute à l'autre. C'était trop en une journée. Il ne manquait plus que leurs parents arrivent pour clore la soirée…

« On ira en chercher demain, t'en fais pas pour ça. Je les garderai dans mes affaires, ils les trouveront pas. »

Il inspira profondément et se passa les mains sur le visage.
« Hm, tu as raison. Tout ira bien. »

Toshiya lui prit la main, et la serra doucement.
« Ils te feront rien, c'est promis. »
Miyavi fronça un sourcil.

« Hm, je te fais confiance. »

« Un problème ? fit Miyavi, perplexe. »

Shinya dénia de la tête et revint s'installer à sa place, la tête baissée.

Miyavi soupira, mais n'ajouta rien. Il avait déjà eu assez de mal tout à l'heure, pas la peine de réessayer maintenant. De toute façon, vu le regard que lui lança Toshiya, il saurait bien tôt ou tard.

Reniflant piteusement, Shinya frotta ses yeux et finit de manger en silence.

Miyavi en fit de même, gardant un silence total pour se concentrer. Il se passait trop de choses pas claires pour qu'il n'ait pas envie de passer à côté. Il s'en mêlerait, quoi que puisse dire Shinya. Son heure viendrait…

Sans relever la tête, il se mit debout.
« Je suis désolé, je vais vous laisser, je suis fatigué. Merci pour tout à l'heure Miyavi, bonne nuit à tous les deux. »
Il fit un petit signe de main et partit rapidement.

Toshiya le laissa partir, et après un coup d'œil entendu à Miyavi, ils décidèrent qu'il était temps d'en rester là aujourd'hui. De toute manière, ils se verraient le lendemain, ce serait l'occasion de mettre les choses au clair.

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A suivre...

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