Titre : Laissez-moi vivre – Bonus II.
Auteur : Rukyoshû & son alpha lecteur qui souhaite garder son anonymat.
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Bonne lecture !
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IV – Où on se venge en détruisant une voiture à coups de batte et de canif.
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Deux semaines. Ca faisait seulement deux semaines que Shinya évitait consciencieusement son frère et Miyavi. Il s'en était plutôt bien sorti jusqu'à maintenant. Mais ça devenait de plus en plus dur. Chaque fois qu'il apercevait Miyavi quelque part, il crevait d'envie d'aller le saluer, rien que pour le plaisir de le voir sourire. Indéniablement, il se sentait attiré physiquement et mentalement par cet hyperactif surprenant. Et ça lui faisait un peu peur tout de même. Shinya soupira en roulant sur son lit pour s'installer sur le ventre. C'est fou ce qu'il pouvait s'ennuyer. Etant samedi soir, Toshiya était parti dormir chez Miyavi. Il avait d'ailleurs pris soin de laisser son téléphone portable dans la salle de bain avec un petit mot qui disait simplement « En cas de problème, appelle Miya. », court mais précis. Jetant un coup d'œil à son réveil, il se leva pour aller manger. Normalement, ses parents n'étaient pas là. Il enfila rapidement une chemise par-dessus son jean et descendit, portable en poche. Une fois la porte de la cuisine poussée, il se dit que finalement, il aurait mieux fait d'attendre encore un peu. Son père était installé à table, se goinfrait d'amuse-gueule et buvait ce qui ressemblait à du rhum. Il releva brusquement la tête vers lui et ses traits devinrent durs. Shinya fit un pas en arrière alors que son père se levait.
« Qu'est-ce tu fous là, tapette ? Dégage ! »
Les vapeurs d'alcool arrivèrent jusqu'à lui et il recula à nouveau, manquant de tomber par la même occasion.
« Et puis c'est quoi cette tenue, tu pourrais t'habiller convenablement pour te présenter devant ton père, bon à rien ! »
Il fit quelques pas hésitants vers son fils alors que celui-ci continuait de s'éloigner dans le couloir.
« Tu as peur hein ? Ca sent la terreur à plein nez ! »
Shinya dénia de la tête en déglutissant avec difficulté. Il se demanda combien de chances il avait d'échapper à son père en se retournant pour s'enfuir. Certainement plus qu'à marcher ainsi à reculons en le regardant s'approcher dangereusement. Il se retourna alors vivement et courut jusqu'à la porte menant au hall d'entrée. Malheureusement, le ciel était contre lui et sa chemise se prit dans la poignée de la porte. Il se libéra hâtivement, mais son père arriva rapidement et il lui attrapa la cheville alors qu'il commençait à peine à monter les escaliers. Shinya perdit alors l'équilibre et tomba durement contre les marches sous le rire moqueur de son père qui l'entraîna au salon en le tirant par les cheveux. Il le lâcha ensuite brutalement avant de lui asséner un coup de pieds dans le ventre.
« Tu n'es qu'une merde, vaurien ! »
Shinya accusa le coup avec difficulté, se roulant en boule pour reprendre son souffle et attendre les autres coups. Mais son père, aussi saoul soit-il, n'en était pas devenu stupide. Il attrapa son fils par sa chemise et le força à se redresser avant de lui porter une rafale de coups de poing là où il pouvait l'atteindre. Essayant de se protéger tant bien que mal, Shinya se sentit comme un misérable chaton qu'on tue à la naissance, alors qu'il est sans défense et tout chétif. Lui envoyant son genou dans la mâchoire, son père partit vers le petit meuble dans le coin de la pièce. Shinya essaya de ramper vers la sortie, sonné, le nez en sang et le corps en morceaux. Mais Monsieur Terashi fut plus rapide que lui et lui balança son pied dans les côtes.
« Je n'en ai pas fini avec toi. Tu finiras par ressembler à un homme ! »
Les larmes aux yeux, Shinya releva la tête vers son géniteur et remarqua avec horreur la paire de ciseaux qu'il avait dans les mains. Puisant dans le peu de forces qu'il lui restait, il réussit à le repousser vers les canapés et à se traîner rapidement jusque la porte d'entrée qu'il ouvrit précipitamment avant de s'enfuir. Tout son corps protestait, mais il fallait qu'il s'en aille le plus loin possible.
« Crève bâtard ! entendit-il son père hurler. »
Puis un claquement de porte, et Shinya s'effondra en sanglots sur le trottoir. Il sortit alors le portable de son frère, qui avait survécu aux coups reçus, et chercha d'une main tremblante le numéro de Miyavi avant d'appuyer sur la touche d'appel.
A moitié vautré sur son lit, les yeux fermés, Tochi jouant de la basse juste à côté de lui, Miyavi ne regarda même pas le numéro qui s'afficha sur l'écran de son portable. Il décrocha machinalement.
« Allô… »
Inspirant difficilement, Shinya trembla un peu plus fortement.
« A… l'aide… articula-t-il dans un sanglot. »
« Shinya ? fit Miyavi, attirant immédiatement l'attention de Toshiya. T'es où ? »
« Devant… la maison… indiqua-t-il en essayant de se relever. »
Malheureusement, il chuta à nouveau, le portable s'échappant de ses doigts.
« Miya… appela-t-il en se roulant en boule sur le sol. »
Gardant l'appareil collé à l'oreille, Miyavi se leva brusquement pour sortir de la chambre, faisant signe à Toshiya.
« Magne, on décroche d'ici. »
Sans attendre, ils dévalèrent la maison pour sortir la moto de Miyavi du garage, et confia son portable à Toshiya au cas où, alors qu'il démarrait en trombe. Vingt minutes plus tard, et sans réfléchir aux limitations de vitesse malgré l'obscurité et le temps, ils arrivèrent près de la maison, et Miyavi se gara presque en dérapage, Toshiya appelant son frère.
Frigorifié, et couvert de sang, il mit un moment à comprendre qu'on l'appelait.
« Tochi ? souffla-t-il en tentant de se redresser. »
Toshiya ne tarda pas à le retrouver, et se jeta près de lui.
« Bordel, mais qu'est-ce qui s'est passé ?! s'exclama-t-il. »
« Pa… pa… murmura-t-il en fermant les yeux. »
« Faut appeler une ambulance, souffla Miyavi en essayant de ne pas perdre son sang-froid et de commettre un meurtre. Jamais on pourra le transporter dans cet état. »
« OK… »
« Fais-le, je vais m'occuper de lui, d'accord ? »
Toshiya faillit refuser, mais il avait confiance en Miyavi, il ne commettrait pas d'impair.
« Shinya, souffla-t-il en posant une main sur sa joue glacée. »
Fronçant les sourcils, il se força à soulever les paupières et mit quelques secondes à faire le point.
« Miya… J'ai mal… »
« Je sais princesse, force pas. On va s'occuper de toi. »
Il chercha sa main à tâtons et la serra légèrement entre ses doigts, grimaçant un peu sous la douleur.
« Désolé… de t'avoir fui… »
« Chut… souffla-t-il en posant les doigts de sa main valide sur les lèvres tremblantes de son modèle. Ne parle pas, garde tes forces. »
Il toussa et du sang glissa le long de son menton. Sa respiration sifflait légèrement et il crispa ses doigts sur ceux de Miyavi.
« Ils arrivent, souffla Toshiya en s'approchant de son frère. »
« Tiens bon princesse, fit Miyavi en resserrant ses doigts sur ceux de Shinya. »
« Je… je suis pas… un bâtard… ni un vaurien… articula-t-il. »
« Bien sûr que non, siffla son frère en fronçant les sourcils. »
« Alors pourquoi… il me bat ? demanda-t-il en toussant pour cracher le sang qui s'accumulait dans sa bouche. »
« Parce que c'est qu'un abruti, répliqua sèchement Miyavi. Un type qui n'a aucune conscience… »
« Hm… J'ai froid… souffla Shinya en fermant à nouveau les yeux. »
Toshiya retira alors sa veste, Miyavi étant coincé par la prise de sa main, et la posa doucement sur le corps de son petit frère.
« Les secours arrivent, tiens bon. »
Son torse se soulevait de plus en plus difficilement, et Shinya avait du mal à continuer de lutter, ses doigts se desserrant de plus en plus autour de la main de Miyavi.
Finalement, l'ambulance finit par arriver, et Miyavi dut consentir à lâcher la main de Shinya pour que les ambulanciers puissent s'en occuper. Avec une infinie douceur, ils installèrent Shinya dans une espèce de coquille, pour ne pas aggraver de supposées fractures, puis l'emmenèrent à l'intérieur de l'ambulance. Toshiya grimpa avec lui, et Miyavi suivit à moto jusqu'à l'hôpital.
Les médecins lui donnèrent les premiers soins dans le véhicule et, une fois à l'hôpital, l'emmenèrent directement en bloc opératoire pour hémorragie interne.
Miyavi rejoignit Toshiya dans la salle d'attente, et incapable de se retenir plus longtemps, il explosa.
« Je vais le tuer… siffla Toshiya. »
« Attends que Shinya soit remis avant de faire des conneries. Ca me démange aussi, mais la priorité, c'est ton frère. »
« Qu'il ait pu profiter de mon absence… »
« Hey, calme toi OK. C'est un lâche, tu le sais depuis longtemps. Et c'est pas ta faute. Tout ce qu'on doit faire, c'est attendre… »
Et c'est ce qu'ils commencèrent à faire dans un silence religieux, et agaçant, véritablement éprouvant pour les nerfs.
Au bout d'une petite heure, un jeune chirurgien sortit du bloc. Il avait déjà vu quelques cas de coups et blessures, mais jamais à une telle échelle. Ce gosse avait dû réellement souffrir.
« Alors, il va bien ?! s'exclama Toshiya en voyant un médecin arriver dans la salle, sans même savoir si c'était lui qui s'était occupé de son frère. »
« Si vous parlez du jeune garçon battu, oui. Il devra rester en observation, mais il est tiré d'affaires. »
Toshiya souffla, et se laissa tomber sur le banc le plus proche.
« Combien de temps il devra rester ici ? demanda alors Miyavi. »
« Une semaine, le temps de voir si son état se stabilise correctement. »
« Et selon vous, quel est le pronostic ? »
« C'est un battant. Il a résisté jusqu'à ce qu'on l'emmène au bloc, alors il s'en sortira. »
« OK… »
Maintenant, il pouvait respirer tranquillement. Shinya s'en sortirait.
« On l'a transféré dans une chambre. Vous pourrez aller le voir d'ici une vingtaine de minutes. Vous pourrez demander le numéro de chambre à l'accueil. »
« D'accord, soupira Toshiya. Merci de vous en être occupé. »
« Je n'ai fait que mon travail. »
Il les salua d'un sourire et s'apprêtait à partir avant de se tourner à nouveau vers eux.
« Ce gosse est vraiment courageux. Protégez-le bien. »
Et il s'en alla sans autre commentaire.
Miyavi et Toshiya passèrent les minutes qui suivirent à faire le point en silence, évitant de se parler ou quoi que ce soit. Shinya était sauf, c'était l'essentiel. Le reste viendrait plus tard, et c'était inutile d'en débattre maintenant. Mais les choses ne pourraient pas poursuivre de cette manière, c'était hors de question. Si ça continuait ainsi… mieux valait ne pas y penser.
Quelques temps plus tard, une infirmière vint les prévenir qu'ils pouvaient aller voir le jeune blessé. Ils se levèrent le plus calmement possible que leur permettait leur impatience, et ils gagnèrent la chambre de Shinya.
Shinya était paisiblement endormi. On pouvait apercevoir plusieurs ecchymoses sur sa peau laiteuse, et il était si fin qu'il passait presque inaperçu dans ce grand lit blanc. Mais il semblait serein et c'était le plus important.
Avec lenteur, Miyavi partit s'installer dans un fauteuil de la chambre, laissant à Toshiya le loisir de veiller son frère d'un peu plus près. De toute manière, mieux valait qu'il ne se réveille pas maintenant. Il avait trop à récupérer et à encaisser. Le réveil serait sûrement dur, autant le repousser le plus possible, le temps que son corps se remette du choc.
Toshiya s'approcha du lit de son frère et prit délicatement sa main dans la sienne. Elle était froide. Il serra les dents.
« Je te jure qu'il va payer… »
« Reste calme, sinon tu vas le réveiller… souffla Miyavi. C'est pas le moment de t'énerver. Moi aussi j'ai envie d'aller lui péter les dents, mais ça attendra. »
« Pourquoi il faut qu'il rentre chaque fois que je suis absent ? soupira-t-il en se laissant tomber dans la chaise près du lit. »
« C'est pas ta faute Tochi. »
Se passant une main dans les cheveux, il posa son regard sur son frère avant de le reporter sur Miyavi.
« Peut-être que si… C'est moi qui l'ai encouragé à être comme il est. »
Miyavi fronça les sourcils.
« Et alors… Il a pas à se priver d'être comme il est le mieux à cause d'un abruti. »
« Peut-être, mais il serait pas en train de crever sur un lit d'hôpital… »
Il poussa un profond soupir.
« Je vois pas où a eu lieu le bug. Je comprends pas ce qui a pu se passer pour que nos parents deviennent ces espèces de crevards… »
« Cherche pas, y a des choses qui s'expliquent pas. T'auras tout le temps de creuser, crois-moi… Mais faudra faire quelque chose, parce que ça ne peut pas continuer comme ça. »
« Je refuse qu'il retourne à la maison. Mes parents s'en prendront jamais à moi, sont trop cons pour ça, mais il est hors de question qu'il remette les pieds là-bas. »
« Il peut toujours venir chez moi… »
Il haussa un sourcil.
« Et tu vas le caser où ? Avec tes frères, ça va pas être la galère ? »
« Ils sont peut-être chiants, mais ils comprendront. Il peut toujours dormir dans ma chambre, et de toute façon, c'est pas la place qui manque chez moi. »
« Dans ta chambre ? Seul avec toi ? Hm… Faudra que je pense à installer de caméras de surveillance partout ! plaisanta-t-il. »
« Quoi, t'as peur qu'il me saute dessus ? demanda Miyavi d'un ton innocent. Je le croyais pas comme ça… »
« Il osera jamais, mais toi… j'en suis pas si sûr… »
« Tochi, tu sais bien que je suis pas comme ça voyons… »
« Je ne le sais pas justement. Je suis sûr que tu serais capable d'en profiter. »
« Ton manque de confiance m'attriste, mon cher ami… »
Il allait répliquer quand il sentit les doigts de son frère bouger entre les siens. Il reporta son attention sur lui et le vit papilloter des paupières un moment avant de finalement ouvrir ses yeux sur le monde.
« Tochi ? »
« Je suis là, tout va bien, sourit-il en serrant doucement ses doigts sur les siens. »
Il referma les yeux un moment, respirant difficilement sous la douleur de son corps.
« Miya ? demanda-t-il faiblement. »
« Chuis là aussi princesse. Mais force pas, t'es pas en état. Tu devrais plutôt essayer de dormir. Tout va bien maintenant. »
« Hm. »
Il lui fit un sourire plus que tremblant et fragile avant de se laisser à nouveau glisser dans l'inconscience.
Toshiya serra les dents.
« Tu appelles tes parents de suite pour savoir s'il peut venir à sa sortie ? demanda-t-il à son ami. On pourra aller chercher ses affaires chez moi, en espérant que je ne tombe pas sur sa face de gros con sans quoi il passera un très mauvais quart d'heure. »
« Ouais, je vais m'en occuper. Tu restes ici pour pas le laisser tout seul, je passe dans le couloir. »
Il se leva en silence, et après un dernier regard à Shinya, il referma la porte en sortant son portable de sa poche. Il laissa sonner un moment, et comme souvent, ce fut Aoi qui décrocha. Il était préposé au téléphone ou quoi ? Il n'eut cependant pas besoin de lui expliquer la situation deux fois. Après avoir parlé un moment avec sa mère, il fut convenu que Shinya pourrait s'installer chez eux dès sa sortie de l'hôpital. Ses parents ne posèrent aucune question superflue, il devait bien leur reconnaître ça. Shinya dormirait dans sa chambre, il y avait bien assez de place pour ça. Après… et bien après ils verraient comment évolueraient les choses.
« C'est OK, souffla-t-il en rentrant dans la chambre. »
« D'accord. Ça te dérange que je vienne dormir chez toi ce soir ? Je vais pas tenir sinon. Surtout qu'il doit y avoir du sang partout, ça va me foutre les boules. »
« Nan t'inquiète, je te l'aurais proposé de toute manière. J'ai pas envie que tu déprimes tout seul dans ton coin. »
Toshiya le remercia d'un signe de tête et reporta son attention sur son frère.
« On pourra aller chercher ses affaires ce soir, comme ça se sera fait. Puis, à défaut de casser la gueule à notre géniteur, on pourra pourrir sa voiture, sourit-il méchamment. »
« Yeah, je suis partant… siffla Miyavi avec un sourire en coin. Dommage que ça soit pas ton père, mais on pourra bien se contenter de sa bagnole pour l'instant. »
« Je pense que le plus dur pour mon frère sera de se passer de sa batterie chérie et adorée. Mais on trouvera bien un moyen. Au pire, je louerai un petit studio pour lui. »
« Hm, tu peux toujours la mettre chez moi, c'est pas la place qui manque. Et ça permettra à ton frère de mieux s'intégrer. »
« Sérieux ? »
« Bah oui. Tu crois quoi, que je vais le laisser se morfondre tout seul chez moi ? »
« Non, mais t'es sûr que vous avez la place pour sa batterie ? Elle est imposante quand même… »
« Et alors, moi aussi, et on a toujours fait avec. T'inquiète pas je te dis. Maintenant, vaut mieux se bouger pour aller chercher ses affaires… »
« T'as un bout de papier pour qu'on puisse lui laisser un mot ? »
« Je dois avoir… »
Il fouilla un instant ses poches de blouson, avant de retrouver enfin un vieux tract dont le verso était blanc, et un crayon. Il lui écrivit un mot pour lui dire de ne pas s'inquiéter, puis passa le relais à Toshiya.
Celui-ci l'attrapa vivement, expliqua qu'il était parti installer ses affaires chez Miyavi et qu'ils reviendraient aussi vite que possible.
Ils sortirent de la pièce en silence, puis Miyavi reprit sa place de conducteur sur sa moto, et Toshiya s'installa derrière lui comme tout à l'heure. Ils mirent à peu près une vingtaine de minutes pour regagner la maison, et Miyavi jeta un regard sadique à la voiture garée dehors.
« Avant ou après ? »
« Après, comme ça on pourra bien se défouler avant de partir. »
« Sans problème. On monte à deux, ou tu préfères que je monte la garde en bas ? Même si je suis pas sûr de pouvoir me retenir si je croise ton père… »
« Viens avec moi, j'ai peur de ne jamais ressortir sinon. »
« OK. »
Il resserra son manteau autour de lui, comme pour contenir sa rage intérieure, puis ils finirent par rentrer. Ils montèrent directement à l'étage sans un bruit, et se faufilèrent dans la chambre de Shinya. Tout semblait tellement mort sans sa présence pour faire briller chaque objet, songea Miyavi.
« On prend quoi ? »
« Des fringues, les baguettes de sa batterie, ses produits de soin. J'irai chercher ses médicaments en bas après. Prends tout ce que tu peux ici, je m'occupe de la salle de bain. »
Il sortit un sac d'en dessous du lit et lui laissa avant d'entrer dans la pièce annexe.
Sans réfléchir, il ouvrit tous les placards, et jeta pêle-mêle tous les vêtements qui tombaient sous sa main sans chercher à comprendre. Bientôt, le sac fut rempli à ras bord de tout un tas indistinct de vêtements. Chaque armoire et commode avaient été vidées de son contenu, et Miyavi avait tenté vainement de réfréner quelques idées égarées en tombant sur les sous-vêtements de Shinya. Mais peu importe, il n'était pas là pour fantasmer sur sa demoiselle en détresse, mais pour la sauver. Alors il finit de tout vider, et passa sa tête dans la salle de bain.
« J'ai fini, je fais quoi ? »
Toshiya récupéra un sac dans sa propre chambre pour pouvoir y mettre tous les produits de Shinya : gel douche, shampoing, brosse, peigne, pinces, cire, et tout ce qui n'était pas à lui. Puis il croisa son reflet angoissé et il s'arrêta brusquement. Il avait le même air que son frère. Et ça lui faisait peur. Depuis combien de temps Shinya était-il sujet à tant de stress ? Que lui cachait-il ? Il serra les dents et se passa de l'eau sur le visage, ce n'était pas le moment d'y penser.
« J'ai fini, je fais quoi ? demanda alors subitement la voix de Miyavi. »
Il se tourna vers lui brutalement, récupéra le sac et revint dans la chambre.
« On va chercher ses médocs, on sort de cette baraque, on bousille cette putain de caisse et on rentre chez toi. »
« Le programme me plaît, ça marche. »
Chacun endossa le sac dont il avait la charge, et ils redescendirent à pas de loup pour aller gagner le salon. Et ce qu'il vit fit serrer les dents à Miyavi, ses doigts se crispant sur la lanière de son sac.
« Je te jure que je vais le buter… »
Toshiya ne put qu'acquiescer d'un vague mouvement de tête. Il avait envie de vomir. Le tapis qui se trouvait à leurs pieds était tâché de petites gouttes de sang par endroit, par de grosses traînées carmines à d'autre. Il arrivait très facilement à imaginer la scène et il dut détourner les yeux pour ne pas se mettre à tout détruire, voire même à sangloter. Il se dirigea rapidement vers la bibliothèque et en sortit les cachets de son frère de derrière des livres. Seul endroit où ils étaient sûrs que leurs parents n'iraient pas chercher. Puis il retourna en vitesse grand V jusque Miyavi, l'attrapant par le bras.
« On se casse d'ici au plus vite. »
Et Miyavi ne se fit pas prier, il n'avait pas envie de rester une seconde de plus dans cette maison emplie de l'odeur du sang. Il n'y avait pas vraiment fait attention en arrivant, mais maintenant c'était flagrant. A moins que ce ne soit son esprit qui lui joue un sale tour. Mais qu'importe, ils ne devaient pas rester ici. Ils déposèrent les sacs près de la moto, puis Miyavi se tourna vers Toshiya.
« Comment on détruit la bagnole ? »
Il était évident qu'ils n'allaient pas se contenter de simples rayures.
Toshiya sortit son canif de sa poche.
« Avec ça, dit-il en lui mettant dans les mains. »
Puis il contourna la voiture pour passer de l'autre côté de la maison. Il revint quelques minutes plus tard, un sourire machiavélique aux lèvres, brandissant une batte de baseball.
« Et ça, cracha-t-il presque. »
« Ca me plaît, sourit Miyavi en testant la pointe de la lame sur la portière la plus proche de lui. »
La peinture ne résista pas longtemps, elle s'écailla même avec une facilité déconcertante. Et c'était d'autant plus agréable. Même si la pauvre voiture crissait désespérément de toute sa carcasse.
Toshiya fit rouler ses épaules, empoigna fermement sa batte, et la balança de toutes ses forces dans la fenêtre du côté passager. Elle n'opposa qu'une vague résistante et explosa en petits morceaux. Il eut un large sourire.
« Tu veux essayer ? Ca défoule un max. »
Miyavi approuva avec un sourire démoniaque, et ils firent l'échange des armes.
« Tu veux que je te laisse le pare-brise ? demanda-t-il dans un élan de bonté. »
« Vas-y, je me chargerai de défoncer la carrosserie. »
« Cool… »
Il empoigna la batte avec un plaisir presque dérangeant, et c'est avec un émerveillement de gosse complètement cinglé qu'il fit voler le pare-brise en éclat, complètement indifférent au fracas que cela causa.
Toshiya eut le réflexe de s'éloigner pour échapper aux bouts de verre et entreprit de saccager toute la peinture sur l'arrière de la voiture.
« Ca me fait presque pitié pour la voiture, siffla Miyavi en s'acharnant sur le capot. »
« Mais non, dis-toi que tu la sauves d'un mec aussi pitoyable que mon paternel. »
« Mouais, mais bon, c'est dommage pour la voiture, pouffa-t-il en finissant par dégager toute la carrosserie à l'avant à coups de pieds. »
« Hm, mouais. Ma bécane me suffit, sourit-il en lui chipant la batte pour défoncer les portières et le coffre. »
« Au fait, sont sourds tes voisins ou quoi ? demanda-t-il vaguement en récupérant le canif pour rayer les parties encore miraculeusement intactes. »
Ce fut ce moment-là que choisit leur vielle voisine pour sortir la tête de chez elle.
« C'est quoi ce grabuge ? Dégagez bande de sales mômes ! »
« Qu'est-ce que tu disais, déjà ? taquina Toshiya. »
« Rien pourquoi ? répondit Miyavi en donnant un dernier coup de pied avant de rejoindre sa moto en vitesse. Tu montes ? »
« Bien sûr, sourit-il en prenant soin de bien garder sa batte. T'as rangé mon canif ? »
« Ouais, dans ma poche. Accroche-toi, on se casse, fit-il en démarrant sa bécane. »
Toshiya ne se fit pas prier et noua ses bras à la taille de son ami. A présent, il pourrait s'occuper entièrement de son frère. Et que son connard de père ne lui adresse plus la parole avant un bon moment ! Une fois garés, ils montèrent les affaires de Shinya dans la big chambre de Miyavi après avoir salué ses frères et ses parents.
Le lendemain, ils s'occupèrent de la batterie, après avoir fait un peu de place dans le débarras, rendant visite à Shinya entre temps. Il avait meilleure mine que la veille mais semblait toujours aussi perdu dans ses grands draps blancs. Il paraissait faible et perdu, et Toshiya et Miyavi faisaient tout leur possible pour le rassurer. Il fut d'ailleurs extrêmement soulagé – du moins, d'après ce qu'ils purent en juger – lorsqu'ils lui apprirent qu'il vivrait avec Miyavi.
Quand Shinya put sortir de l'hôpital, il longea les murs en lançant des regards effrayés un peu partout et refusa de mettre les pieds dehors.
« T'as plus envie de sortir ? s'étonna Miyavi avec de grands yeux étonnés. »
« Je… J'ai peur… Et si… s'il était… là, souffla Shinya en reculant d'un pas. »
« Je peux t'assurer qu'il ne viendra pas. Il sait même pas que t'es ici, rassura Toshiya. »
Et de toute façon, il a plus de voiture…
« T'es… sûr ? »
« On en est certain, fit Miyavi en lui tendant la main. Allez, on va chez moi maintenant, t'as rien à craindre. »
Il attrapa sa main en tremblant légèrement et se boudina contre lui pour échapper à tout ce qui pourrait lui être néfaste.
Un petit sourire aux lèvres sous le regard ironique de Toshiya, Miyavi passa un bras autour des épaules de Shinya. Béni soit le ciel, enfin une occasion de l'approcher sans devoir se justifier. Non Miya, c'est pas le moment d'en profiter ! Il essaya donc de traîner Shinya dans le hall sans l'effrayer. Et la tâche fut rude.
Il traîna les pieds, résistant légèrement et respirant plus vite. Puis il finit par inspirer profondément et cacha son visage dans l'épaule de Miyavi en se laissant entraîner.
« Allez, ça va aller, on est bientôt dehors. Et puis c'est moi qui vais te conduire. T'as confiance en moi hein ? demanda-t-il une fois arrivé au palier. »
« Oui, souffla-t-il en agrippant ses vêtements. »
« Alors on y va. »
Il le mena sans encombre vers sa moto, lui attacha son casque avec attention, puis lui fit signe de bien s'installer derrière lui.
« Prêt Tochi ? »
« Ouais. »
« Alors on y go. »
Et il démarra doucement sa moto pour ne pas brusquer Shinya.
Il enroula immédiatement ses bras à sa taille et se colla à son dos pour éviter de tomber. Ils rejoignirent sans mal la maison de Miyavi et Shinya eut du mal à se décrocher de lui.
« Désolé princesse, mais on va avoir du mal à monter si tu me lâches pas un minimum, sourit Miyavi en essayant de descendre de sa moto. »
« Pardon ! s'exclama-t-il en décrispant lentement ses bras. »
Il descendit de moto et vacilla légèrement sur ses jambes avant de se stabiliser.
Naturellement, Miyavi passa un bras à la taille de Shinya, et rejoignit Toshiya en deux trois pas. Puis ils entrèrent dans la maison, heureusement vide de toute présence.
« Bon bah j'espère que ça va te plaire, fit Miyavi en resserrant son bras. »
Shinya hocha d'un signe de tête en bâillant légèrement. Puis il prononça enfin une phrase entière sans bégayer.
« Je suis sûr que ça me plaira. »
« Mais ouais, si Miyavi décide pas de te manger… fit Toshiya en pouffant. »
« Mais n'importe quoi, où t'as pêché que je mangeais mes modèles ? Allez, on monte, sans quoi la Belle au Bois Dormant va s'endormir. »
Et il entraîna doucement Shinya vers l'escalier, en prenant bien garde que les marches ne le fassent pas trébucher. Et c'était tout un art.
Shinya s'agrippait ferment aux vêtements de Miyavi, faisant blanchir ses jointures tant il était crispé. Il avait encore un peu de mal à tenir debout sans en ressentir une vive douleur dans tout le corps, alors monter les escaliers était une épreuve de force.
« Miya, porte-le, il a mal, déclara Toshiya en essayant de garder son sérieux. »
Miyavi lui lança un regard noir pour la forme, mais comment cacher à son meilleur ami que c'était une chose qu'il brûlait de faire depuis leur sortie de l'hôpital ? Avec délicatesse, il attrapa Shinya dans ses bras avec un petit sourire, et commença à monter les escaliers, pour le conduire jusqu'à sa chambre. Miyavi, on dirait ta nuit de noces…
Shinya passa ses bras autour de son cou et laissa sa tête reposer sur son épaule en rougissant. Il était fatigué, certes, mais il était encore assez conscient pour se rendre compte de la situation. Il ferma doucement les yeux en respirant calmement.
« Merci, murmura-t-il. »
« De rien Princesse. Tu vas bien te reposer, et tu vas bien te remettre, OK ? »
« Hm. »
Du moins, il l'espérait. Il se laissa entièrement aller contre le torse de Miyavi et s'endormit en sursaut.
Miyavi soupira profondément, envoya bouler Toshiya qui commençait à rire dans son dos, puis installa délicatement Shinya dans son lit. Avec concentration, pour ne pas dériver malgré la présence de son ami, il retira les chaussures et chaussettes de son endormi, ainsi que sa veste, puis repoussa une mèche de cheveux. Ca irait bien, maintenant qu'il vivrait chez lui. Il s'en remettrait…
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A suivre...
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