Titre : Laissez-moi vivre – Bonus II.

Auteur : Rukyoshû & son alpha lecteur qui souhaite garder son anonymat.

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Bonne lecture !

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VII – Où Toshiya rencontre Kyo et Shinya une amie.

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Les semaines, les mois et les années passèrent finalement avec une rapidité peu commune, laissant à peine à Shinya le temps de se refaire une vie, un monde et une santé. Le lycée lui avait apporté le calme auquel il aspirait, les trois racailles ayant arrêté leurs études à la fin de la troisième. Toshiya et Miyavi étant en terminale, il était temps qu'ils réfléchissent à leur avenir, et Shinya les encourageait à faire des recherches sur les établissements qui les intéresseraient. Miyavi avait vaguement soufflé qu'il irait sûrement dans le même que son frère, même si ça ne l'enchantait pas de l'abandonner ainsi. Shinya le rassura, lui disant qu'il y survivrait et que Toshiya devrait s'y inscrire également. De plus, ce n'était pas bien grave puisqu'il n'avait qu'un an à passer seul étant donné que l'an prochain il s'inscrirait là-bas à son tour. Puis, il avait pris la plus grosse décision de sa vie en les suppliant de le laisser rentrer chez lui. Ce n'est pas qu'il n'aimait pas vivre chez les Ishihara, mais il se sentait mal à l'aise d'y vivre sans Miyavi. Son frère et son amant avaient longuement hésité et débattu, lui demandant sans cesse s'il était certain de vouloir faire ça, avant de finalement accepter et de l'aider à réemménager. De toute manière, Toshiya n'étant plus chez eux, ses parents ne risquaient pas de revenir à n'importe quelle heure pour voir s'il allait bien…

C'était un dimanche. Un dimanche qui aurait pu être normal s'il n'était pas seul dans sa chambre, stressé à l'idée qu'il allait devoir s'habituer à vivre sans son frère et son amant. D'accord, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même d'avoir tant insisté pour qu'ils acceptent d'y aller et de le laisser retourner chez lui. Mais en même temps, il n'allait tout de même pas rester toute sa vie cloîtré chez Miyavi, si ? Soupirant, il quitta le rebord de la fenêtre pour aller se laisser tomber sur son lit. La petite boule de fourrure sable qui squattait l'oreiller ne tarda pas à venir réclamer des caresses. Il lui en offrit sans rechigner. La petite Miyu était un cadeau de Miyavi pour qu'il ne soit pas entièrement seul sans lui. Shinya eut un sourire en coin et attrapa son tout récent portable. Toshiya avait insisté pour qu'il en ait un, histoire d'être sûr et certain qu'ils puissent le joindre à n'importe quel moment. Il se demandait ce qu'ils faisaient et s'ils pensaient à lui. Soupirant à nouveau, il reposa son téléphone et s'installa en tailleurs sur son lit, prenant sa petite boule de poil entre ses mains pour la caresser d'un geste machinal. Il n'avait pas envie de reprendre les cours le lendemain. Parce que ça impliquait une nouvelle année scolaire, mais cette fois-ci sans personne pour l'attendre à la sortie.
« Dis Miyu, tu crois qu'ils rencontreront d'autres personnes qui finiront par passer avant moi ? demanda-t-il à sa boule de poil. »
Elle se contenta de japper et il se laissa tomber sur le côté pour enfouir son visage dans l'oreiller.
Shinya passa le reste de la journée dans sa chambre, descendant rapidement vers midi pour manger un petit quelque chose, en attente de nouvelles de son frère et de son amant. Cependant, il dut attendre jusque tard dans la nuit pour recevoir un appel de Miyavi. Ils parlèrent de longues heures, d'autant plus que Shinya avait réellement besoin d'entendre son amant lui parler. Quand ils raccrochèrent finalement, Shinya mit son réveil pour seulement quelques heures plus tard et se coucha, s'endormant rapidement.

Quand il arriva devant le lycée, Shinya inspira profondément en réajustant ses écouteurs et entra dans la cour d'un pas décidé, lissant ses cheveux avec ses doigts. C'était sa dernière année dans cet endroit, et il avait hâte que l'année se finisse pour qu'il puisse rejoindre son frère et son amant dans leur école. Il se dirigea vers le panneau d'affichage pour savoir dans quelle salle il se trouvait et s'apprêtait à s'y rendre quand quelqu'un lui tapota l'épaule. Il se retourna et fut surpris de voir une jeune fille lui faire face. Plus petite que lui d'une tête et demie, elle avait des cheveux noir corbeau qui retombaient délicatement sur ses épaules, encadrant délicatement son visage fin et faisant ressortir ses grands yeux verts entourés d'eyeliner noir. Il ôta ses écouteurs et elle rougit légèrement avant de prendre la parole.
« Tu es en terminale six ? demanda-t-elle. »
Elle avait une voix légère et cristalline, particulièrement agréable à l'oreille. Shinya acquiesça d'un signe de tête. Le visage de la jeune fille s'éclaira alors d'un sourire.
« Je suis contente ! Je m'appelle Chidori. »
Il pencha la tête sur le côté en l'observant un moment, finissant par plonger son regard dans le sien.
« Shinya. »
Il eut droit à un nouveau rougissement, bien qu'elle ne perdit pas son sourire.
« Tu… tu veux bien que je reste avec toi ? demanda-t-elle finalement timidement. Je suis désolée, je ne veux pas paraître collante mais… Je suis perdue, je viens d'un autre lycée. Puis tu as l'air gentil et comme je suis dans ta classe… »
C'était bien la première fois qu'on lui demandait ce genre de chose. Et qu'on lui disait qu'il semblait gentil. Et qu'on était heureux d'être dans sa classe.
« Si tu veux, répondit-il alors. »
Elle le remercia d'un signe de tête, lissa sa jupe, remit correctement son sac sur son épaule et le suivit dans les couloirs. Bizarrement, parler avec Chidori semblait parfaitement naturel à Shinya. Elle était un peu timide et réservée, mais pleine de bonne humeur. Et il trouvait amusant de la voir expliquer ce qu'elle voulait dire avec des petits gestes vifs et de la regarder sautiller pour réussir à suivre ses longues enjambées. Il ralentit un peu l'allure en souriant, lui permettant de marcher plus tranquillement, et Chidori rougit en le remarquant.
« Je suis désolée, souffla-t-elle. On dit toujours que je ressemble à une puce mais je ne vais pas aussi vite. »
« Ne t'inquiète pas, ce n'est rien. On y est de toute manière. »
Après avoir passé un dernier angle, Shinya s'arrêta devant une salle close.
« C'est ici. »
Chidori soupira.
« C'est immense. Je finirai par me perdre dans ce bâtiment. »
« On s'y fait, sourit-il. »
Ils restèrent ensemble le reste de la matinée, parlant calmement de tout et rien, juste pour faire connaissance. Un peu avant onze heures, Shinya reçut un message de Miyavi pour lui demander de le biper quand il serait libre. Il eut un petit sourire que Chidori remarqua rapidement.
« C'est ta copine ? osa-t-elle questionner. »
Shinya dénia de la tête en se mordillant la lèvre.
« C'est mon petit copain, murmura-t-il. »
« Oh, souffla-t-elle en rougissant. Désolée. »
« Tu ne pouvais pas le savoir. »
« C'est gênant, chuchota-t-elle en posant ses mains sur ses joues. »
« Tu trouves ? »
Ce serait dommage de perdre une chance de se faire une amie pour ce genre de chose.
« Oh, non, pas que tu sortes avec quelqu'un. Mais de m'être trompée. »
« Ce n'est rien, ne t'inquiète pas, sourit-il. »
« Un peu moins de bavardage, s'il vous plaît ! s'exclama le professeur, les faisant sursauter et baisser la tête à l'unisson. »
Ils s'échangèrent un regard en coin et détournèrent la tête pour pouffer silencieusement.
Le titulaire leur apprit finalement qu'il n'y aurait pas de cours l'après-midi et les relâcha vers midi. Chidori et Shinya regroupèrent leurs affaires et sortirent calmement du lycée.
« Je pars vers la gauche, apprit-elle. »
« Oh, moi, de l'autre côté. »
« On se voit demain ? s'inquiéta-t-elle. »
« Oui. Tu veux que je t'attende devant la grille pour te montrer le chemin ? »
« Tu ferais ça pour moi ? s'étonna-t-elle, les joues rosées. »
Il hocha la tête.
« Je te remercie ! s'exclama-t-elle joyeusement. »
Ils se saluèrent alors et partirent chacun de leur côté. Shinya attrapa vivement son portable et bippa son amant. Cette année serait différente des autres, il le sentait.

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C'était dimanche. Un dimanche qui aurait pu être normal, si Miyavi et Toshiya n'étaient pas rongés par les mêmes impressions : l'euphorie de rentrer dans leur nouvelle école, et l'angoisse de laisser Shinya seul. Par réflexe, Miyavi donna une petite caresse au chaton qui ornait son épaule, et eut un sourire. La petite boule de fourrure essaya d'attraper son doigt par jeu, et miaula de ne pas réussir.
« On dirait que le cadeau de mon frère a autant de caractère que lui, pouffa Toshiya. »
Miyavi eut un petit rire. Shinya lui avait offert le petit Shinyu avant son départ. Et c'était ce genre de délicate attention qui le faisait totalement fondre. Sa Princesse avait décidément de bien mystérieux pouvoirs…
Avec un grand sourire, les deux amis traversèrent le parc avec un émerveillement grandissant. Ils allaient vivre une vie de luxe dans un palace de rêve !
Très curieux de nature, ils observèrent scrupuleusement tous les élèves qu'ils rencontraient, s'arrêtant même parfois pour discuter, notamment quand ils se firent accoster par un jeune homme étrange de deuxième année qui portait un bandeau sur le nez. Qu'importe, ce Reita semblait être un mec particulièrement cool ! Et Miyavi fut enchanté de croiser quelqu'un avec une coiffure au moins aussi originale que la sienne – il avait opté pour des cheveux bleus afin de marquer la rentrée – un autre deuxième année du doux nom de Tero, qui arborait fièrement une ondoyante chevelure rouge. Et c'est avec une humeur particulièrement bonne que chacun partit découvrir sa chambre de son côté.
Miyavi fut casé avec un jeune homme aux traits encore plus fins que les siens si c'était possible – sa Princesse mise à part – aux cheveux d'ébène avec une lourde mèche qui lui retombait devant les yeux, et divinement classe dans son uniforme de l'école déjà endossé. Miyavi apprit après quelques minutes de discussion que son charmant colocataire s'appelait Haderu, et que c'était sa dernière année dans cette école. Il était donc en troisième année, en déduisit-il en souriant. Il semblait être de compagnie agréable, il devrait cependant veiller à ne pas être trop exubérant dans leur chambre. Haderu avait l'air de quelqu'un de très studieux.
Après que les deux aient rangé leurs affaires, ils décidèrent de sortir pour rejoindre leurs amis, et une fois dans le couloir, Miyavi remarqua quelqu'un négligemment adossé au mur. Blond, habillé et coiffé avec beaucoup de soin, et l'air profondément aguicheur, il lança un vague sourire charmeur et appréciateur à Miyavi, avant de reporter son attention sur Haderu. Celui-ci eut un grand sourire, et il ne fallut pas plus de trente secondes pour que lui et le nouvel arrivant n'échangent un profond baiser passionné. Miyavi haussa les sourcils, puis eut un sourire en coin en s'éloignant. Au moins, cette école semblait plus libre que son collège et son lycée. Beaucoup plus libre même, pouffa-t-il en constatant en arrivant au coin du couloir que les deux amoureux semblaient en passe d'aller plus loin, et sans complexes, dans leur échange.
Miyavi dévala l'escalier en bondissant presque, puis rejoignit Toshiya au niveau du hall, en train de discuter avec un garçon à l'allure un peu réservée, mais avec un joli sourire. Ses lunettes lui conféraient sans aucun doute un petit côté sérieux, mais il semblait très agréable. Et à ses pieds trônaient deux grosses valises. Un nouvel arrivant lui aussi, à n'en point douter. Au moment même où Miyavi arriva à leur hauteur, le jeune homme sortit un téléphone portable en s'excusant un instant.
« C'est ton coloc ? demanda Miyavi en bondissant au cou de Toshiya. »
« Nan, c'est Sakito. Il entre en première année aussi, et comme il avait l'air un peu paumé, je lui ai expliqué où et comment trouver sa chambre. »
« C'est cool, saint Toshiya entre en action ! pouffa-t-il. »
« Et toi alors, comment c'était ? Il est cool ton coloc ? »
« Mignon, mais je préfère Shinya, avoua-t-il avec un grand sourire. Et il est déjà casé. J'ai même cru que son copain allait le désaper en plein milieu du couloir. »
« Sérieux ? s'étonna Toshiya. Y en a qui se refuse rien. »
« Hey, qui sait, peut-être que tu trouveras chaussure à ton pied ici, ironisa Miyavi en se décollant de lui. »
« Ouais, j'y crois tiens, soupira-t-il en s'éloignant vers le réfectoire qu'il avait repéré quelques minutes plus tôt. »
« Bah quoi, t'as toutes tes chances ! T'es craquant comme tout comme mec, pouffa-t-il. »
Toshiya finit par lui coller une baffe que Miyavi évita de justesse – l'entraînement – avant qu'ils ne partent manger. Ils s'installèrent sur une table vide pour discuter un peu, et observer un peu leur environnement. Tout était vraiment gigantesque et surdimensionné ici, et la taille du réfectoire, pour aussi peu d'élèves, était tout bonnement phénoménale.
« J'adore cet endroit ! s'extasia Miyavi en bondissant sur sa chaise. »
« Moi aussi. Oh, bah regarde, mon colocataire, c'est lui, fit Toshiya en désignant quelqu'un dans le dos de Miyavi. »
Celui-ci se retourna avec curiosité, et vit un petit groupe de personnes parler entre eux. Des troisièmes années, sans aucun doute.
« C'est lequel ? demanda-t-il. »
« Celui avec ses lunettes à montures bizarres. »
Miyavi plissa les yeux, et vit en effet un jeune homme assez grand, un peu plus massif que ses camarades, les cheveux noirs coiffés au gel, et avec des espèces de grosses perles qui pendaient de ses lunettes.
« C'est génial ça ! s'extasia Miyavi. »
« J'étais sûr que tu allais aimer, soupira Toshiya. T'es incurable. »
« Hmmmm, mais non mon cher Tochi, c'est toi qui n'a aucun goût, ronronna-t-il avant de pouffer de rire. »
Il apprit quelques minutes plus tard que le colocataire de son meilleur ami s'appelait Chaos, et qu'il était bien en troisième année. Vu son comportement, on avait un peu de mal à croire qu'il pouvait en être déjà à cette année, il semblait plutôt à la masse. Mais après tout, lui-même avait bien réussi à entrer dans cette école…

Le reste de la journée se passa dans l'euphorie du dernier jour des vacances, Reita venant les happer à la fin du déjeuner pour leur présenter Jui, son copain, un jeune homme filiforme et très gracieux. Et assurément très doux, à en voir son sourire et sa démarche posée et souple. Quelques minutes après avoir discuté tous les quatre, ils passèrent dans le hall, et Reita les emmena dans une salle spécialement réservée pour eux, annonça-t-il d'un air très fier. Miyavi et Toshiya échangèrent un sourire, c'était vraiment le paradis ! Jusqu'à ce que Reita ouvre la porte – Jui les ayant quittés pour rejoindre son petit groupe d'amis à l'étage – et que Miyavi ne pousse un cri de joie.
« Aoi ! s'exclama-t-il en voyant son frère installé dans un vaste canapé, en train de discuter avec un garçon brun au sourire époustouflant. »
Aoi eut lui l'air absolument horrifié.
« Miya, qu'est-ce que tu fous ici ! s'écria-t-il. »
« Bah j'emménage, pouffa-t-il en guise de réponse. On est arrivé ce matin avec Tochi ! »
Aoi soupira profondément. Lui qui était arrivé deux jours plus tôt pour être un peu tranquille… Le cauchemar allait commencer.
« Vous vous connaissez ? demanda Reita en se jetant dans un fauteuil. »
Miyavi s'exclama d'un grand : « ouais c'est mon grand frère ! » et Aoi d'un « nan je sais pas qui c'est ! ».
« Aoi, t'abuse, t'aurais pu nous dire que t'avais un frère qui débarquait ! s'indigna Reita. Et il sait pour Kai ? »
« Reita ! vociféra Aoi en le menaçant. »
Mais c'était trop tard, Miyavi avait compris, et s'était jeté près du canapé, en face de l'interlocuteur de son frère.
« T'es son copain ?? »
Celui-ci répondit d'un rougissement et d'un sourire qui ne pouvaient que trahir ses sentiments.
« Aoi ! Quand Kanon va l'apprendre !! »
« Tu dis quoi que ce soit à quiconque, et je te jure que je te tue… menaça Aoi en lui jetant un regard noir. Et vire tes pattes de là… »
Reita pouffa de rire dans son bandeau après avoir échangé un regard avec Toshiya qui se retenait lui aussi de rire. L'année promettait d'être houleuse…

Pendant la nuit, Miyavi s'excusa auprès de Haderu, et passa dans le couloir, un grand sourire aux lèvres, pour appeler Shinya. Vu la journée mouvementée qu'il avait eu, il n'avait pas réellement eu le temps de l'appeler, il fallait qu'il comble ce manque. Et il va sans dire qu'ils passèrent de nombreuses heures au téléphone malgré l'heure tardive, leur conversation ponctuée des délicats et étouffés miaulements de Shinyu sur l'épaule de Miyavi. Il ne remplaçait pas la présence de Shinya, mais apportait une douceur équivalente. Et une petite touche de caractère qui faisait toute l'empreinte de sa Princesse.

Le lendemain, Toshiya fut réveillé par un bruit sonore, et ce bien avant l'heure prévue. Ouvrant brusquement les yeux, et maudissant que ce ne soit pas la douce voix de son frère qui vienne le réveiller, il constata avec un petit rire que son colocataire aux drôles de lunettes venait de tomber de son lit dans son sommeil, et que ça ne l'avait nullement réveillé. Il était six heures. Et bien que Toshiya soit un des plus grands feignants du monde, pour une fois, il ne se rendormit pas. S'armant de courage, il récupéra trousse de toilette, serviette, sous-vêtements, et son uniforme, et partit en direction des douches. Il les avait vaguement visitées avec Miyavi hier soir, mais avait été trop fatigué pour en prendre une. Il allait le faire maintenant, ça le réveillerait un peu plus.
Réprimant un bâillement, il remonta le couloir, puis ouvrit la porte sans faire de bruit. Il tomba presque directement sur une rangée de casiers sagement alignés contre le mur, et c'est l'œil vitreux qu'il ouvrit le sien – qu'il partageait avec Chaos – le numéro vingt-six. Aussitôt, une foule d'objets tous plus bizarres les uns que les autres s'effondrèrent à ses pieds avant qu'il ait pu faire quoi que ce soit. Il poussa un juron sonore en se penchant pour les ramasser, et entassa tout dans une moitié du casier pour se faire une place pour ses affaires. C'est là qu'il entendit un rire dans son dos, le faisant se retourner.
« Salut ! s'exclama un élève d'une taille plutôt réduite, aux joues enfantines, aux yeux brillants, et aux cheveux châtains. »
L'innocence même, pensa Toshiya en lui rendant son sourire.
« T'es en première année aussi ? demanda l'élève. »
« Ouais, répondit-il. Je m'appelle Toshiya. »
« Cool, moi c'est Yomi ! »
Puis il jeta un regard au casier de Toshiya.
« T'as pas l'air d'avoir un colocataire très rangé… constata-t-il. »
« Je le suis pas non plus, avoua Toshiya en riant. C'est toujours mon frère qui doit me dire de ranger. »
« Il est ici aussi ? demanda Yomi très intéressé. »
« Non, il a un an de moins. »
« Dommage… Enfin bref, on sera sûrement dans la même classe, c'est cool ! »
« Oui, approuva Toshiya en souriant. »
Au fil de la discussion, chacun prit sa douche sans gêne aucune devant l'autre, et c'est au cours de ces quelques minutes que Toshiya remarqua que l'image du Yomi innocent qu'il s'était faite s'effrita doucement. D'une manière générale, le petit élève semblait totalement dépourvu de complexes et de pudeur, matant certaine partie de sa personne sans aucune discrétion, et avec un grand sourire. Et le summum fut quand, une fois sa douche terminée, Yomi partit s'habiller, et enfila un string sous son uniforme. Il salua Toshiya d'un geste de la main, et disparut dans le couloir. Innocent… Désormais, Toshiya éviterait de penser ce mot quand Yomi était présent…

Tout le monde se rejoignit dans le réfectoire pour petit déjeuner, Toshiya racontant sa mésaventure à Miyavi qui éclata de rire. Sakito finit par se joindre à eux avec un petit sourire sous leur invitation, ainsi que Reita, Kai et Aoi – avec réticence. Yomi débarqua ensuite pour se lover sans gêne aucune contre Toshiya, complétant la troupe d'une petite touche de… perversité, constata Toshiya en sentant une main glisser dangereusement vers son postérieur. Jui resta un peu plus loin, au calme, avec son groupe, mais échangeait de doux sourires avec Reita de temps à autre. Oui vraiment, ça semblait être le paradis !
Huit heures sonnèrent, et suivant les indications de leurs aînés, les nouveaux élèves suivirent le mouvement pour passer dans le parc, puis entrèrent dans une vaste salle de sport sous les directives d'un homme aux cheveux rouges lui aussi, en survêtements, qui semblait plus vieux. Le professeur de sport certainement… Tous les élèves furent groupés devant une sorte d'estrade, et Reita se plaça entre Toshiya et Miyavi pour leur expliquer au fur et à mesure.
Une femme aux très longs cheveux s'avança vers le micro, mais ce fut seulement quand sa voix grave s'éleva que Toshiya et Miyavi constatèrent qu'il s'agissait d'un homme. C'était le directeur de l'école, Yoshiki, secondé par son adjoint, Klaha, expliqua Reita en désignant un homme d'allure froide et sévère.
Puis quelques professeurs passèrent pour présenter leur programme. Shou, le professeur de musique, longiligne aux cheveux clairs et à la voix grave et agréable ; Uruha, le professeur de littérature, aux airs de poète efféminé ; Kaoru, le professeur de mathématique, souriant bien que ses lunettes ne lui donnent un air un peu sévère ; Die, le professeur de sport hyper actif aux cheveux rouges ; et bien d'autres dont ils oublièrent le nom en cours de route.
Miyavi remarqua alors un petit groupe de garçons, cinq d'après ce qu'il voyait, un peu en retrait des profs, mais pas mélangé aux élèves. Il y avait deux d'entre eux presque collés l'un à l'autre, dont l'un semblait porter l'autre à moitié endormi sur son épaule. Shun et Yuusuke, expliqua Reita en mentionnant qu'ils étaient en couple. Il y avait ensuite un plus petit que les autres, aux cheveux rouges explosifs lui aussi, nommé Hitsugi, et avec un bonne paire de piercings sur la figure.
« Ce type est complètement cinglé, pouffa Reita. Et super curieux, il va chercher à tout savoir sur vous quand il vous aura repéré. »
« C'est qui le grand brun à côté ? demanda Toshiya. »
Un grand brun particulièrement agréable à regarder, plutôt pâle et calme. Un physique de rêve parfait en plus de ça. Et très intelligent selon les dires des autres, il avait été major de sa promo.
« C'est Tora, le chef des surveillants, expliqua Reita. Ce type est parfait, c'est limite pas juste… »
« Et le blond qui me mate depuis hier ? demanda Miyavi en constatant qu'une fois encore, il ne tarissait pas de sourires enjôleurs envers lui. »
Reita pouffa de rire, et échangea un sourire avec ses camarades.
« Lui, c'est Saga. C'est le meilleur pote de Tora et Hitsugi, et il a bien dû se taper le tiers de tous les élèves de l'école à lui tout seul. Si vous cherchez une situation stable, faut pas aller vers lui, son maximum avec quelqu'un, c'est un mois… »
« Il sort pas avec Haderu ? demanda Miyavi en pensant à son colocataire. »
« Sa dernière victime. Je sais pas pourquoi il a accepté de sortir avec lui, tout le monde sait que Saga est un dragueur pas possible, c'est limite pathologique chez lui… »
« Trop de la chance Miya, pouffa Toshiya. »
« Rien à cirer, j'suis pris… Je devrais aller lui dire que t'es libre toi, railla-t-il. »
Toshiya gonfla les joues en une moue vexée, et le discours de début d'année poursuivit son cours. Chaque professeur expliqua son programme de l'année, ainsi que ses exigences, c'en était presque lassant à la fin. Toshiya commença à décrocher, et regarda la foule des élèves d'un air distrait. Tout le monde était différent, malgré leur uniforme, chacun savait bien se démarquer. Et c'est là qu'il ouvrit grand les yeux.
Un peu plus grand que Yomi, mais pas plus d'un mètre soixante… Cheveux d'ébène tombant en de longues et lourdes mèches pour cacher son visage pâle… L'air renfermé et sombre… Maquillage noir… L'image même de l'ange déchu, qui pourtant lui tapa dans l'œil de manière totalement inattendue. Il ne lui manquait plus que les ailes noires dans le dos, mais entièrement pris dans son apparition, Toshiya pouvait jurer voir chaque plumes sombres avec un réalisme époustouflant. Un ange sortit des enfers…
« Et lui c'est qui ? demanda-t-il avec une voix bizarre à Reita en le désignant. »
Reita tourna les yeux vers lui, et pencha la tête.
« C'est un nouveau aussi, mais il est pas très causant. Il s'appelle Kyo je crois, mais j'en suis pas sûr. »
Kyo… Kyo… Kyo, l'ange noir. Ca sonnait bien, songea Toshiya en se mordillant la lèvre inférieure. Peut-être que cette année serait différente, tout compte fait…

Kyo qui ne remarqua pas un seul instant le regard de Toshiya, trop occupé à essayer de taxer une clope à ses voisins. Il se faisait chier et il avait une saleté d'envie de fumer qui ne faisait qu'accroître au fil des minutes passées assis sur ces chaises inconfortables. Soupirant bruyamment, il écarta négligemment les jambes et s'affala sans soucis de grâce sur son siège, cherchant un moyen d'être le plus à l'aise possible. Jouant un instant avec son briquet, le faisant tourner et retourner entre ses doigts, il releva finalement la tête et croisa le regard désapprobateur de Klaha. Chapeau Kyo, siffla une petite voix dans sa tête, c'est le premier jour et tu t'es déjà mis à dos l'adjoint du proviseur ! Il jura entre ses dents et rangea soigneusement son 'jouet' dans la poche de son pantalon. Et dire qu'en plus, il devait se taper l'uniforme ! Pourquoi diable avait-il choisi cette école au fait ? Il fronça les sourcils en prenant un air encore plus mauvais et maussade. A cause de lui, bien évidemment. Au moins, il serait loin de lui cinq jours sur sept, c'était déjà pas mal. Peut-être même pourrait-il rester ici les week-end, prétextant des devoirs importants à finir. Hm, c'était une bonne idée. Il eut un drôle de sourire un coin, qui lui donna un air particulièrement malsain, et le proviseur leur souhaita une bonne journée en les congédiant. Ils avaient le reste de la journée pour s'habituer à leur nouvel habitat. Il se leva et sortit rapidement, bousculant plusieurs personnes au passage qui ne protestèrent pas en voyant le visage fermé de Kyo. Une fois dehors, il chercha une tête, non pas connue, mais au moins potable pour aller l'accoster, priant pour qu'il ait une clope. Pas besoin de lien, juste envie de cigarette. Il finit par repérer un grand type aux cheveux châtains qui étaient plutôt pas mal de sa personne. Il fila jusqu'à lui et lui donna un volontaire coup d'épaule, se retournant ensuite comme si de rien n'était.
« Excuse-moi, ça va ? »

Toshiya bloqua une seconde en voyant QUI l'avait bousculé, mais il ne s'en formalisa pas. C'était l'occasion rêvée pour faire connaissance, et connaître un peu plus ce mystérieux Kyo.
« T'inquiète pas, c'est rien, sourit-il alors que Miyavi pouffait de rire dans son dos. »

« T'es en première année aussi ? »
Autant ne pas paraître trop brutal et commencer en douceur.

« Hm, je suis arrivé hier, avec le crétin qui rigole derrière moi. »
Et il lui fit un petit sourire engageant. Kyo était peut-être juste un peu renfermé.

« La chance, sourit-il ironiquement en avisant l'asperge qui semblait ne pas vouloir s'arrêter de rire. »
Finalement, il aurait peut-être dû profiter de ne plus avoir de cigarettes pour arrêter à la place d'essayer d'en avoir une à tout prix.

« Faut pas y faire gaffe, soupira Toshiya en avançant un peu plus vite pour distancer Miyavi. Il est juste très bête. »

« Sans doute. Tu viens de loin ? »
Son envie lui criait d'abréger ses bavardages débiles, mais sa raison lui dictait de rester poli.

« Environ une heure d'ici, et toi ? osa-t-il avant même de s'en rendre compte. »

« Une demi-heure, répondit-il en fronçant les sourcils. »

Se rappeler, ne plus aborder le sujet à la légère…
« T'es venu comment ? »
Bon sang, Tochi, c'est tout ce que tu trouves à dire ? !

« Voiture, susurra-t-il en serrant les dents. »
Avec lui, forcément, qui en avait profité. Il eut un frisson de dégoût et se mordit la langue pour ne pas envoyer chier son nouveau camarade.

Tochi, tu n'es qu'une tâche.
« OK… Et… tu la trouves comment l'école ? »

« Elle est classe. Et grande, c'est cool. En plus, je trouve qu'on a quand même vachement de liberté. »

« Ouais, c'est vrai que c'est fun, sourit Toshiya. Ca change du lycée, et puis au moins on peut avoir des vrais cours de musique dans les matières. »

« Tu joues d'un instrument ? »
Cette phrase sortie de son contexte aurait pu paraître réellement suspecte.

« De la basse, répondit-il avec une nuance de fierté dans la voix. Et toi ? »

Il haussa les épaules.
« J'ai quelques notions de basse et de guitare, mais je chante, c'est tout. »

« C'est cool ! s'enthousiasma-t-il. Moi je chante comme une casserole… J'ai hâte de t'entendre, ajouta-t-il gentiment. »

« Ouais, merci. »
C'était étrange d'avoir une conversation banale avec quelqu'un.
« T'as pas une clope ? »

Toshiya hocha la tête en signe d'assentiment, puis fouilla vaguement dans ses poches avant de retrouver son paquet. Il l'ouvrit d'un geste habitué, et lui en tendit une.

« Putain, tu me sauves la vie ! »
Il la coinça entre ses lèvres, sortit son briquet et l'alluma d'un geste expert. Il souffla la fumée et prit une longue taffe.
« Fiou, ça fait un bien fou. »

« Accro ? demanda-t-il en rangeant son paquet pour ne pas être tenté. »

« Non. Mais y a des moments où j'en ai réellement besoin. »
Il lui lança un regard par-dessous ses cils.
« Une taffe ? »

Non Tochi, non ! Il eut un petit soupir, avant de craquer.
« Ouais, si ça te dérange pas… »

« Non, après tout, c'est la tienne. »
Et il lui tendit la cigarette.

Il la prit avec délicatesse, effleurant les doigts de Kyo par la même occasion, et tira une bouffée qui lui fit un bien fou. Saleté de truc ! Puis il la rendit à son nouveau propriétaire, un sourire aux lèvres.

« Tochiiiiiiiiiiiiiiiii, écrase-moi cette clope tout de suite ! s'écria Miyavi en lui tombant sur le dos. Sinon, je le dis à Shinya ! »
Kyo haussa un sourcil très haut en récupérant de justesse la cigarette qui manqua de s'échouer lamentablement sur le sol.

« Miya, casse-toi ou je te jure que je fais un malheur… siffla Tochi en tournant la tête vers le parasite qui lui collait le dos. »
Si ça continuait, il allait rater la chance de sa vie !

« Vous dérangez pas pour moi, fit bêtement Kyo. Je vous laisse entre vous. »
Il fit un simple signe de tête avant de repartir vers le bâtiment, enfonçant sa main libre dans sa poche pour jouer avec son briquet, et prenant une nouvelle bouffée de nicotine.

« Miya, je vais te tuer ! vociféra Toshiya. »

« C'est comme ça que tu remercies ton meilleur ami qui t'empêche de te bousiller la santé ? bouda Miyavi avec des yeux larmoyants. »

« T'es en train de bousiller ma vie sociale surtout ! »

« Mais non, pourquoi tu dis ça ? »

« Rien, laisse tomber, soupira-t-il. J'essaye d'engager la conversation, et toi tu déboules comme une grosse brute… »

« Hey, je suis pas une grosse brute ! »
Et il lui fit une moue chagrine parfaite.
« Je veux mon Shinya. »

« Je sais, et d'abord c'est pas TON Shinya. »

« Si, c'est mon Shinya rien qu'à moi ! »

« C'est cela, oui… Tu penseras à l'appeler ce soir, sinon c'est moi qui vais monopoliser sa ligne de téléphone. »

« Tu n'oserais pas me faire ça, à moi, le meilleur ami qu'on puisse rêver avoir ? »

« Rêve que j'oserais pas. En attendant fais gaffe à tes fesses, y a ton admirateur volage qui te matte, déclara-t-il avec un brin d'ironie. »

Il ouvrit de grands yeux et se plaqua derrière Toshiya en riant.
« Où ça ? Où ça ? »

« Juste à côté, fais gaffe à toi, Oresama… »

Miyavi pouffa, attrapa le poignet de Toshiya et l'entraîna en courant vers le bâtiment.
« Sauvons-nous avant de nous faire dévorer ! »

« T'es vraiment trop bête ! rigola Toshiya en le suivant sans rechigner. »

« Je prends ça comme un compliment, sourit-il grandement. »

« Bah il t'en faut peu sérieux, pouffa-t-il. »

« On se contente de ce qu'on a dans la vie. »
Il l'emmena jusqu'à sa chambre et le fit entrer.
« Voici mon antre… La même que la tienne en fait, mais bon. »

« Mais sacrément mieux rangée, soupira-t-il. Mon coloc range rien du tout… »

« Je te signale que t'es pas un pro du rangement non plus… »

« Ouais mais là, avec nos deux bordéliquattitudes mises côte à côte, c'est plus possible. »

« J'ose même pas imaginer, fit-il en ouvrant de grands yeux. »
Il se laissa tomber à la renverse sur son lit, les mains derrière la tête.
« Tu crois que la rentrée de Shinya se passe bien ? »

« J'en sais rien. J'espère, soupira-t-il en s'asseyant au bout du lit de Miyavi. Faudra qu'on l'appelle. »

« C'est pas tant le lycée qui me stresse, mais le fait qu'il soit rentré chez vous. Tu me redis pourquoi on l'a laissé faire ? »

« Parce qu'il se sentait mal de vivre chez toi, sans toi, expliqua-t-il. Et que mes parents s'en foutraient qu'il soit revenu. »

« Quand même, je suis pas rassuré. Imagine que ton connard de géniteur débarque, elle fera comment pour se défendre notre Princesse ? »

« Je suis pas sûr qu'il remarquera que Shinya est revenu… »

Miyavi eut une mine dépitée.
« Ton père est l'individu le plus… le plus… y a même pas de mot pour le décrire… »

« Ouais, cherche pas, tu vas te faire du mal. Moins on y pense, mieux on se porte. »

« Pas faux. On appelle Shinya de suite ? Il doit être sorti de cours, non ? »
Il regarda sa montre.
« Finalement, peut-être pas… »
Il n'était même pas onze heures.

« Vaut ptête mieux attendre midi, ça évitera qu'il se prenne une retenue dès les premiers jours. »

« Sûr que ce serait un peu con. »

« T'as qu'à lui envoyer un message pour lui demander de biper quand il est libre. De toute façon, on a toute la journée non ? »

« Yep. »
Il sortit son portable et lui envoya rapidement un SMS.
« Et voilà, c'est OK. Y a plus qu'à attendre ! »

« Ouais. J'espère que ça va. »

« Il nous aurait appelé si ça n'allait pas. Peut-être qu'il s'est fait des amis. »

« Ca serait bien, mais renfermé comme il est… »

« Ouais… On verra bien de toute manière. »
Il invita son ami à le rejoindre sur son lit et ils passèrent une heure à flemmarder, jusqu'à ce que Shinya ne le bipe. Il eut un large sourire, et le rappela dans la seconde, enclenchant le haut-parleur pour qu'ils puissent parler tous les trois ensemble.
« Princesse ! s'exclama-t-il à peine décroché. Comment tu vas ? »
« Bien, et vous ? »

« On glande, pouffa Toshiya. La réunion est terminée depuis un moment. »

Shinya eut un petit rire.
« Je viens de sortir de cours. Je rentre à la maison, je n'ai rien cet après-midi. »
« C'est cool ! Tu vas faire quoi ? »
« De la batterie sans doute. »

« C'est bien, tu t'entraînes toi au moins ! »

« Pas vous ? s'étonna-t-il. »

« On a encore rien fait pour l'instant, avoua-t-il. »

« Oh. Et la réunion s'est bien passée ? L'établissement et vos camarades sont bien ? »

« Si tu savais ! Les profs ont l'air super cool a priori, mais j'ai un gros lourdingue comme coloc, c'est affreux le bordel que c'est déjà dans la chambre… »

« Tu n'es pas mieux, répliqua son frère. »
« J'ai dit la même chose, pouffa Miyavi. Moi, j'ai un coloc super cool. Par contre, je te raconte même pas les surveillants… Y en a qu'un qui a l'air potable. Et y en a un qui en a après mes fesses… »
« Quoi ? s'exclama Shinya. »

« Ouais ! renchérit Toshiya. Il a pas arrêté de le mater de toute la réunion ! Dans deux jours il lui fait des avances, c'est certain. »

« C'est hors de question ! Ne t'approche pas de lui, bouda-t-il. »

« Vu comme c'est parti, il va lui sauter dessus… »

« Alors protège-le, frère indigne ! »
« Je sais me défendre tout seul, Princesse de mon cœur. Et je ne veux pas d'un homme aussi volage que lui. Il court trop de lièvres à la fois et ne semble pas être quelqu'un de particulièrement intéressant. Par contre, ton charmant frère a rencontré un jeune homme qui semble lui avoir tapé dans l'œil. »
« C'est vrai ? s'enquit-il avec joie et espoir. »

« N'importe quoi… fit-il avec une parfaite mauvaise foi. »

« Mouahah, tu devrais voir sa tête, même les coquelicots ou les pivoines ne l'égalent pas. »
« Je donnerais cher pour voir ça. »

« Y a rien du tout, c'est Miya qui se fait des films… »

« Ah. C'est dommage, souffla Shinya d'une voix déçue. »

« Quoi c'est dommage ? Je lui ai juste filé une clope, y a rien à dire ! »

« Te fâche pas, c'est juste que j'aurais été content de savoir que quelqu'un te plaisait. Et tu n'étais pas censé arrêter de fumer ? »

« Bah si. J'avais juste mon reste de paquet dans la poche… »

« Oh, d'accord. »
Miyavi fit les gros yeux à son ami, posant une main sur le téléphone pour étouffer les sons.
« Tu vois pas qu'il est super triste, siffla-t-il. Pourquoi tu nies que le petit Kyo t'attire ?! »
Puis il reprit la conversation.
« Je l'ai empêché de fumer et il m'a remercié avec un regard méchant, bouda-t-il. »

« Espèce de balance… »

« Tochi ! s'offusqua Shinya. Tu devrais avoir honte de te ruiner ainsi la santé ! »

« Je me ruine pas la santé, c'est juste une bouffée comme ça, pour qu'on parle un peu ! protesta-t-il. »

« Avec qui ? questionna Shinya, perdu. »
« Kyo ! Son futur petit copain ! »
« Oh, fit-il avec compréhension. C'est bien, alors. Mais ne recommence pas ! »

« Promis, je fumerai plus jamais… »

« Mais… tu me dis si ta relation avec Kyo évolue, hein ? s'inquiéta-t-il. »

« Mais oui, c'est promis, se résigna-t-il. »

« Je suis content. Je me sens un peu seul ici sans vous. Je ne peux plus vous surveiller du coin de l'œil. »

« Bah t'as qu'à venir ici, c'est super chouette ! s'exclama Toshiya. Et tu pourras sauver Miya des griffes de son surveillant ! »

« Je ne peux pas. Je dois suivre mes cours ici. Peut-être l'année prochaine… »

« J'espère bien. Je suis sûr que tu t'y plairais en plus. »

« Sans doute. »
« Non, c'est certain. Il y a un magnifique parc, c'est calme et paisible. C'est un paradis. »
Shinya pouffa légèrement, avant de reprendre d'une voix sérieuse.
« Je vais devoir raccrocher, je suis à la maison et il y a la voiture de mes géniteurs. »

« OK. Alors file, et profite de la tranquillité du premier étage. »

« Hm. Et puis, vous pourrez aller déjeuner, sourit-il. »
« Aw, c'est de toi dont j'ai faim Princesse. »

« Miya, tu vas te prendre une baffe pour avoir dit ça devant moi… »

« Pas touche, protesta Shinya. Bon, je raccroche avant de me faire repérer. Tochi, si tu touches à Miya, je te préviens ça va barder. »
Miyavi lança un resplendissant sourire à son ami.

« Hmpf, espèce de traître. File vite. »

« Je vous aime. Prenez soin de vous. »
Miyavi voulut répondre mais n'en eut pas le temps.
« On aurait jamais dû le laisser rentrer chez vous… »

« Stresse pas Miyavi, ou je vais vraiment te frapper. »

« T'as pas le droit, ma Princesse veille… de très loin, mais tout de même. »
Il soupira en attrapant un coussin.
« Shinya me manque, chouina-t-il. »

« Bah désolé, il te reste plus que Shinyu et moi pour pleurer. »

« C'est vrai ça, il a filé où ce coquinou ? »
Il se redressa en lançant un regard circulaire à la chambre.

« Caché dans un coin sûrement, fit Toshiya. Appelle-le, on verra bien. »

« Shinyu, viens-là, appela-t-il en tapotant son lit. »

« Miaou, pouffa Toshiya. »

« C'est pas drôle. »
Le chaton finit par sortir de sous l'armoire d'habits et sauta sur le lit de son maître.
« Ah, petit coquin, j'ai cru que tu t'étais enfui ! »
Et il le prit tendrement contre lui pour le caresser.

*

Le reste de l'année passa à une vitesse impressionnante. Miyavi et Toshiya rentrèrent pour retrouver Shinya à chaque vacance, pendant lesquelles les deux amis lui racontaient tout ce qu'il se passait d'intéressant à l'école et le mettaient au courant de l'évolution de la relation de Kyo et Tochi. Elle se cantonnait à l'amitié, mais Shinya savait que son frère n'abandonnait pas qu'elle passe à quelque chose de plus sérieux un jour. Chidori s'était inscrite là-bas, et Shinya l'avait suivie, prenant son courage à deux mains et osant s'inscrire du côté des filles. Physiquement, il se ferait facilement pour l'une d'entre elles, s'il faisait attention à sa voix. Et pour les douches, il pourrait toujours s'arranger pour passer du côté des garçons.
Miyavi, Toshiya et Shinya passèrent donc leurs vacances d'été à préparer leur année, et les dernières semaines à installer Shinya, qui s'était bien entraîné pour rendre sa voix un peu plus aiguë.
La veille de leur départ, Monsieur Terashi découvrit Shinya dans la cuisine, préparant calmement le dîner pour son frère et son amant. Il entra dans une colère noire en le voyant vêtu d'une simple jupe bordeaux et d'un débardeur noir emprunté à Miyavi. Il s'approcha de lui d'un pas rageur et l'attrapa brutalement par les cheveux pour le repousser. La spatule en bois éclaboussa le sol de sauce tomate en tombant dans un bruit mat et Shinya poussa un petit soupir de douleur en sentant son épaule heurter le mur et sa hanche s'égratigner contre le bord du plan de travail.
« Toi, qu'est-ce que tu fais ici ? ! Bâtard ! Vaurien ! Sors de chez moi ! »
Il lui envoya un coup de poing que Shinya esquiva de justesse en se dirigeant vers la porte pour lui échapper.
« Reste-là et bats-toi comme un homme, fuyard ! Mauviette ! »
Il le poursuivit avec une vivacité qui impressionna Shinya. Comment un homme aussi imposant et monstrueux pouvait-il se déplacer aussi vite ?
« Espèce de raclure, va crever ! hurla-t-il en l'attrapant par le bras pour lui envoyer un coup dans l'estomac. »
Shinya plia sous la douleur avec un petit cri. Il espérait juste que Miyavi et Toshiya entendraient à temps les cris de gorets de son géniteur.

Et pendant ce temps, Toshiya et Miyavi blablataient joyeusement à propos de leur nouvelle rentrée, et de la façon dont ils pourraient voir Shinya. Ce n'était pas si simple, les surveillants rôdaient quand même dans les couloirs un peu n'importe quand. Ils avaient déjà vu Hitsugi la nuit… Et bien qu'ils soient très sympas, ils n'hésiteraient pas à faire des remarques. Et ils savaient bien que Klaha n'était pas laxiste sur le sujet.
La conversation tourna donc aux hypothèses les plus folles, jusqu'à ce que des bruits étranges en provenance du rez-de-chaussée ne leur fasse détourner la tête.
Immédiatement, Toshiya bondit à la suite de Miyavi, qui dévala l'escalier, le visage tiré. Il n'aimait pas ce genre de bruits, surtout en sachant Shinya seul en bas. Et son instinct ne le trompa pas. Dès qu'ils furent rentrés dans la cuisine, en voyant leur Princesse à terre, aux pieds de son père, ils n'hésitèrent pas une seconde. Miyavi agit le premier, décochant au fou furieux le coup de pied le plus grandiose de son existence, tandis que Toshiya se jetait vers son frère pour le secourir. Le reste se passa à vitesse fulgurante, Miyavi s'occupant du père avec une rage décuplée. Toshiya prit Shinya dans ses bras, et le sortit de la cuisine pour l'emmener vers la salle de bain. Il devait être en état de choc.

Tremblant un peu, Shinya laissa une larme couler le long de sa tempe en refermant faiblement ses doigts sur les habits de son frère.
« Tochi… murmura-t-il. Pourquoi… il me… déteste ? »

« Ne cherche pas à comprendre ce qui ne vaut pas le coup d'être compris, Shinya, souffla-t-il en resserrant ses bras autour de son corps fragile. Il ne cherche pas à savoir ce que tu as dans la tête, alors ne pourris pas la tienne en cherchant à savoir ce qui se passe dans la sienne. »
Miyavi déversa toute sa haine contenue envers cet homme, celle qu'il retenait depuis des années, depuis le jour où il savait que Shinya subissait tous ses coups. A lui de subir maintenant. A lui de crier. Qu'il voit ce que ça faisait.

Monsieur Terashi répliqua comme il put, pas décidé à se laisser faire par cette tapette qui empêchait son fils de rester dans le droit chemin.
Shinya toussa un peu et essuya le sang qui coulait de sa lèvre.
« Il a… raison… Je suis… faible. »
Il se crispa un peu contre son frère.
« Au moindre coup… je plie… Je ne résiste… jamais… Vous devez toujours… me protéger. »

« Shinya… Il. A. Tort. Et quitte à passer pour un monstre ou je sais pas quoi, je ne te laisserais jamais dire les mêmes choses que lui. Vous n'avez rien en commun. Tu n'es pas un faible. Tu n'as pas à prendre ses… pensées en considération. »
Maintenant totalement enragé, Miyavi esquiva quelques coups comme il le put, et décida de mettre un terme à tout ceci en assénant à son adversaire un magistral direct du droit. Tant pis s'il portait plainte en reprenant conscience, songea-t-il alors que le père s'effondrait près de la table, il ne savait même pas qui il était. Et il s'en fichait, de toute manière, seul Shinya comptait. Et il monta à la suite des deux frères pour ne pas les laisser seuls.

« J'aurais… aimé que mes parents… m'apprécient, souffla Shinya en serrant les dents. Mais… ils me rejettent et me… battent. »
Il avait les yeux brillants de contenir ses larmes de rage et de tristesse.
« Je ne suis pas… un monstre… Mais on me voit… toujours comme ça… »
Il donna un léger coup de poing impuissant sur l'épaule de son frère.
« Je veux… vivre heureux… comme tout le monde… »

« Et tu le seras, coupa Miyavi en les rejoignant alors que Toshiya portait son frère dans la salle de bain. Perso, c'est fini, je refuse que tu restes ici une seconde de plus. »
Toshiya lui lança un regard pour lui dire de rester calme malgré les circonstances, et reporta son attention sur son frère.
« Personne ne te jugera plus, Shinya, fit Toshiya. Je sais que c'est injuste vis à vis de nos parents, mais on ne peut pas toujours tout choisir. On part maintenant, je crois que ça sera le mieux. »

Shinya les regarda tour à tour et hocha la tête en faisant signe à son frère qu'il pouvait le reposer, ce qu'il fit doucement. Il se passa le visage à l'eau, attrapa une élastique pour nouer ses cheveux en une queue de cheval simpliste et se tourna vers Toshiya et Miyavi.
« On s'en va alors ? demanda-t-il confirmation. »

« On s'en va, confirma Miyavi, le regard flamboyant. Les sacs sont déjà fait, y a plus qu'à tout embarquer. »
Toshiya approuva d'un signe de tête. Il ne restait qu'à vérifier qu'ils n'avaient rien oublié, et ils seraient fin prêts.
« On va descendre les sacs maintenant, souffla-t-il en ouvrant la porte de la chambre. »

« On reviendra… chercher ma batterie… un jour ? »
Pas dans l'immédiat, Shinya ne s'en sentait pas le courage.
« Ne t'inquiète pas, sourit légèrement Toshiya en le poussant délicatement hors de la salle de bain. »
« Hm. »
Shinya prit son sac à l'épaule et attrapa délicatement Miyu dans ses bras. Puis il se tourna vers Miyavi.
« N'oublie pas Shinyu. »

« T'inquiète pas, ronronna-t-il en souriant. Je risque pas de l'oublier. »
Il se pencha vers le lit, et invita son chat à lui grimper sur les épaules, ce qu'il fit sans protester.
« Je suis OK. Tochi ? »

« Il faut que je me trouve un animal de compagnie. Je me sens seul, c'est incroyable, se plaignit-il en attrapant son sac à son tour. »

« Mais t'inquiète, peut-être que dans quelques temps, t'auras plus besoin d'un animal de compagnie, pouffa-t-il. Y a bien mieux dans la « faune » qui peuple l'école. »

« Dis pas n'importe quoi, Kyo s'en tape complet de ma poire. Je suis sûr que je pourrais me déguiser en danseuse hawaïenne qu'il capterait rien. »
Shinya eut un petit rire.
« Je t'imagine bien. »
Toshiya lui fit un sourire rayonnant et l'attrapa par les épaules pour l'entraîner à sa suite.
« Une petite souris, ce serait mignon, non ? »

« T'as pas peur que Shinyu vienne s'en mêler ? ironisa Miyavi en commençant à descendre les escaliers, ses sacs sur les épaules. »

« Mais non, Miyu se chargera de Shinyu. »
Shinya lui donna une claque sur l'arrière du crâne.
« Miyu ne fera jamais de mal à Shinyu. »
Puis il se tut brusquement en se serrant un peu plus contre son frère quand il entendit les grognements de son père provenant de la cuisine.

« Allez, on s'arrache, fit Miyavi pour couper court à toute cette situation malsaine. »
Il attrapa délicatement le bras de Shinya, et les entraîna à sa suite dehors. Ils chargèrent les bagages dans le coffre de la smart de Toshiya, qui s'installa côté conducteur, et invita son frère à le rejoindre. Miyavi déposa un léger baiser contre ses lèvres, et enfila sa veste et son casque de moto.
« Je vous suivrai, t'en fais pas. »

Shinya fronça les sourcils puis se détendit. Miyavi savait conduire quand il faisait attention.
« Je t'aime, souffla-t-il avant de monter dans la voiture. »
Toshiya attendit que Miyavi soit prêt puis il démarra la voiture et ils fusèrent tous les trois vers leur nouvelle résidence. Plus grande, plus chaleureuse, plus vivante. C'était juste ce qu'il fallait à Shinya.

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FIN

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Déclaration de fin : Ceci est le dernier chapitre de ce bonus ! En espérant que ça vous ait plu !