Hey hey hey!

Je suis de retour! Pour vous jouer un mauvais tour!

Donc, ce deuxième chapitre est marqué, comme vous pouvez le remarquer, un manque d'idée de titre. Obligée de se tourner vers le plagiat… décevant !

Enfin, j'espère que vous apprécierez ce chapitre !

Chap II "Winter is coming"

- L'hiver arrive.

Cette simple phrase déclencha un frisson qui secoua chacun des membres du groupe. L'hiver. La neige, les décorations, Noël, les vacances... Aujourd'hui, c'était plutôt synonyme de départ, de luttes, de froid, et plein d'autres choses peu joyeuses. Leur deuxième hiver avec ces monstres.
Le groupe était plongé dans une morosité lourde, personne ne voulant quitter la douceur de ce foyer, certes peu accueillant, mais tellement plus enviable que le danger qui rôdait dehors.
Chacun extériorisait sa peur à sa manière. En l'ignorant, comme Myghan, avec des regards apeurés, comme Jodie et Nyo, avec courage comme Antoine, avec impatience pour Mathieu, qui n'en pouvait plus d'attendre, ou sans rien en avoir à carrer, comme Alexis, qui de toute façon se foutait de tout. Plus tôt il mourrait, mieux il irait. Ses amis étaient peinés, mais ne pouvait visiblement rien faire. Ce départ signait sûrement son arrêt de mort, il n'avait plus la force de lutter, alors dehors, à la première attaque, il n'y avait que peu de chance qu'il survive. Parce qu'il ne se nourrissait plus depuis quelques temps déjà, et parce que c'était là son voeu le plus cher. Personne ne le disait à haute voix, ni même n'osait simplement le formuler par pensées.

En fait, seul François l'avait réellement compris. Et intégré. Et ce, de la même manière qu'il appréhendait ce départ. Avec froideur. Tout préparer le plus parfaitement possible pour éviter les pertes. Anticiper le danger. Tout le groupe n'attendait que ça de lui. Qu'il prenne les bonnes décisions, aussi coûteuses soient-elles, et surtout qu'il en assume les conséquences. C'était le rôle du chef. Et François avait décidé de prendre ce poids sur ses épaules. Car, il s'était promis de les sauver tous. Même les deux nouvelles. Personne ne mourrait plus, sauf si c'était nécessaire. Sauf si c'était inévitable. Mais il ne ferait pas d'erreurs. Jamais plus. Alexis survivrait, bien malgré lui.

Les sacs étaient prêts. Myghan se sentit comme si elle partait en vacances. En temps normal elle vérifierait n'avoir oublié ni son portable ni son maillot de bain. Sauf que là, elle touchait sa hache, pareille à celle de Mathieu, qui lui avait lui même fabriqué, et la fine couverture qui faisait une bosse dans son sac. Elle ne partait pas en vacances. Elle partait en guerre. Cette affirmation la fit sourire. En "guerre".

Il faisait encore chaud, mais François avait décidé qu'il était plus judicieux de partir avant les premiers coups de froid, afin d'espérer trouver un coin tranquille avant les premières neiges.
Nyo sourit.

- On va enfin les ressortir !

- J'aurais préféré ne jamais devoir rouvrir cette porte, soupira Antoine.

- Roooh, c'est bon ! Faut voir le bon côté des choses !

- Je vais peut-être mourir, mais au moins, je le ferais en conduisant, proposa le brun, sarcastique.

- C'est à peu près ça, répondit son ami.

Nyo ouvrit fébrilement la porte coulissante d'un garage, qui s'ouvrit sur trois voitures. Deux voitures quelconques. Une jolie verte, deux autres noires. La dernière, qui retint l'attention des deux filles était un énorme 4*4.

- Plus facile pour se déplacer, concéda Myghan. Et le 4*4 doit être assez rapide.

- En effet, renchérit Antoine, heureusement pour nous, on trouve encore de l'essence.

- Par mesure de précaution, et pour limiter notre conso d'essence, on ne prendra pas la verte cette fois ci. Seulement la Peugeot et la Jeep.

- Quoi ? On a déjà dû abandonner le camping car !

- Il était mort Nyo, dit Mathieu, exaspéré.

- C'est moi qui conduis la jeep !

- Et la galanterie ? Lui reprocha le plus petit. Myghan ? Jodie ?

- J'conduisais un scooter, plus pratique en ville. J'sais pas faire.

- J'ai fait ma conduite accompagnée, mais je vous promet rien, et ce serait con de détruire votre voiture, s'abstint Jodie, avec un sourire gênée.

François acquiesça.

- Antoine, à toi la route.

Celui-ci tira la langue à son ami, frustré de ne pouvoir prendre le volant convoité. Il pût finalement conduire la Peugeot. Il s'installa avec Myghan, et, dans l'autre voiture, Antoine prit place à la place du conducteur, François à ses côtés, et Jodie se retrouva au centre, entre Alexis, et Mathieu.

Tous installés, ils partirent.

Alexis n'avait pas parlé de tout l'échange. Mais Alexis n'avait pas parlé depuis que les filles étaient arrivées, il y a trois semaines. Jodie tenta d'engager la conversation, mais abandonna suite à son manque de réaction et s'endormit, malgré sa place désagréable, afin d'oublier son mal de cœur.

Myghan parla dessin avec Nyo, qui suivait le tout terrain. Ils s'échangèrent avec passion leur conseil, et déplorèrent tous les deux de ne plus pouvoir pratiquer.

- Je perds mon talent, gémit le jeune homme.

- En même temps, trouver du papier et un crayon ces temps ci, ça tient du miracle

Nyo eut un petit sourire.

- Dis, tu pourrais prendre mon sac, à l'arrière?

- Celui-ci ? Désigna Myghan, surprise du changement de sujet.

- Yep. Ouvre la grande poche... Voilà, et maintenant, prends la pochette.

Chose faite, la brune regagna souplement sa place, curieuse.

Nyo lui fit signe de l'ouvrir, ce qu'elle fit sans se faire prier, mais avec délicatesse. À l'intérieur, des feuilles, jaunies et légèrement froissées.

- Il y a aussi une trousse dans la poche avant, rajouta-t-il, devant son air ébahi.

- Des aquarelles ?

- Yep, aussi, sourit Nyo.

- Mon dieu...

Elle soupira d'envie.

- Je te passerai une feuille, lui proposa-t-il.

- C'est vrai ?

- Bien sû...

Il ne finit pas sa phrase, interrompu par Myghan qui lui sauta dans les bras, une démonstration inédite pour elle et qui étonna Nyo au plus haut point. La voiture dévia de sa course.

- Myghan !

- Pardon pardon, fit celle ci, retournant à sa place.

Ils se sourirent et recommencèrent à parler.

- Ouvre la fenêtre putain, tu nous enfumes !

- Pardon pardon, môôôôsieur, ronchonna Antoine en ouvrant la fenêtre pour laisser s'échapper la fenêtre de sa cigarette.

- Merci, grogna Mathieu.

Alexis soupira d'aise. Il était bien installé et faisait ce qu'il savait faire de mieux, se laisser porter. Il excellait dans ce domaine depuis la mort de tous ses amis. Une sordide histoire, comme il se doit.
Antoine déprimait sévèrement à cette époque, et ils apprenaient à peu près à ce moment la disparition pure et simple du nord du pays, lieu d'habitation de Fred et Seb. Pas la joie. Alexis conservait cependant sa bonne humeur, et voyait avec tristesse Antoine et Mathieu se dévisager en chien de faïence, et ne savait pas les terribles événements qui se dessinaient. Non, Alexis ne pouvait pas le deviner, il ne pouvait pas à l'époque se douter qu'il perdrait toute sa famille en même temps. Enfin, ce qui lui en restait. Pourtant, il était évident qu'il ne pouvait pas être épargné, pourquoi lui, parmi tout les autres, serait avantagé ? Toujours est il qu'Alexis eut l'arrogance, la naïveté de se croire hors de danger. La réalité lui tomba dessus, avec la délicatesse d'un 33 tonnes, l'écrasant proprement.
Une journée normale, enfin, normale en pleine guerre zombie. Nyo était en train de parler en chuchotant à Antoine, François montait la garde avec Mathieu, Alexis blaguait avec sa famille. Le gang des Breut !

- J'en viens presque à regretter le temps d'avant... Horrible à dire, mais les mecs comme Black M ou Maître Gims me manquent...

- Ne tente pas le sort ! Ria son frère, tu pourrais être condamné à les écouter en boucle toute ta vie !

- Pire, sourit sa petite amie, se glissant dans les bras de David, tu pourrais être obligé d'écouter ton crétin de frère toute ta vie.

- Pitié non ! Tout, les one D, Justin Bieber, tout mais pas ça, gémit Jeremy.

C'est souvent dans ces moments là qu'on arrête d'avoir peur. Le rire vous rassure, la présence de gens qu'on aime aussi. C'est donc l'instant le plus propice à une attaque. Et ces créatures, aussi dénuées d'intelligence soient-elles, choisirent ce moment précis pour attaquer.
Le cri de François les secoua, l'adrénaline et la peur les électrisèrent. Une adaptation de David et Goliath, eux et une dizaine de zombie. De jeunes zombies, toujours en bonne état.
Alexis se battit, comme il l'avait appris auprès de François qu'il avait retrouvé 3 mois auparavant. 5 mois après le début de l'Apocalypse. Méthodiquement. Sans bavure. Rien de différent pendant le combat. Les mêmes zombies, normalement la même fin. Ces monstres mourraient, et les humains se regardaient avec effarement, devant leur violence, et avec la peur sourde de perdre un de leurs porches, tué par un zombie, ou pire, mordu. Pire, parce qu'il n'y avait plus rien à faire, sauf le tuer, soit même. Mais ils gagneraient. Parce qu'ils étaient les gentils. Et ce jour là, rien de différent. Ils allaient gagner. Survivre encore un jour de plus, puis un autre. Comme chaque jour depuis 8 mois. Et comme le restant de leurs jours, jusqu'à la fin de leur saleté de vie.

Mais ce jour là, ils perdirent. Pas parce que leurs adversaires étaient plus nombreux, pas parce qu'ils étaient plus fatigués. Ils perdirent parce qu'ils ne pouvaient pas toujours gagner. Jeremy tomba le premier, avec un cri guttural, qui se coupa lorsque, la gorge arrachée, il tomba à terre, presque sans bruit en comparaison. Son frère se rua, désespéré. Il courait le rejoindre, sachant fort bien qu'il ne pouvait pas se jeter dans la mêlé sans risque. Oui, il voulais la rejoindre, dans tous les sens du termes. Il mourut, lui aussi. Mais, comme un combattant, coupant, transperçant tout ce qui était à sa portée. Plus une once de ses remords qui lui soufflaient que ces choses étaient des humains, avant. David, Alexis le vit rejoindre son frère sans rien dire. Sans rien faire. Abasourdi par la tournure des événements. Ils ne pouvaient pas perdre. C'était eux les gentils.
Ils moururent tous les deux, sous son regard vide. Alexis ne pensait plus. Il réagissait.
Mais, il vit finalement un silhouette se relever. David ! David allait bien ! David avait survécu ! Sa petite amie hurla de joie ! Il était couvert de sang, mais il était vivant !

- Recule ! Cria-t-il à sa femme lorsqu'elle approcha.

Alexis se rendit compte que ce sang, n'était pas seulement celui des zombies, rose, mais aussi le sien. Qui coulait de sa gorge, mais aussi d'une blessure reconnaissable entre mille sur son avant bras. Il avait été mordu.

- Alexis ! L'appela-t-il.

- Oui ?

Cette conversation lui sembla irréelle.

- Tue-moi. Maintenant.

Alexis ne se laissa pas le temps de réfléchir. Il devait le faire. Point. Il prit d'abord sa hache. François, dans un geste terrifiant d'humanité, lui tendit le flingue. Il le braqua sur son frère, qui lui souriait.

- Je t'aime frérot. T'en veux pas, s'il te plaît, t'en veux pas.

Il ne lui répondit pas. Il n'en aurait pas eu la force. Il tira, sûrement la plus grande preuve d'amour qu'il pouvait lui faire.

Sa belle sœur hurla. Elle se jeta le corps de David. Puis, se tournant vers Alexis, elle le foudroya des yeux.

- Assassin, lâcha-t-elle, la voix plus froide que la mort qui l'environnait.

Lorsque François prit les survivants, les poussa dans leurs voitures, il suivit le mouvement, abandonnant des cadavres sanglants, et la jeune femme qui pleurait. François tenta de la traîner avec eux, mais elle se débattit, et le mordit. Alors qu'il insistait, elle prit le couteau qui pendait à sa ceinture, tandis que François reculait, prudent. Elle lui sourit, comme une folle, sûre d'avoir enfin compris ce que personne n'avait réalisé avant.

De l'autre côté de la plaine, des râles leur parvenaient. Une autre horde. Sans plus réfléchir, François démarra la voiture. Abandonnant les cadavres de leurs amis, et la jeune femme.
Alexis aurait pu hurler, ordonner de retourner là bas, pour les enterrer. Mais Alexis ne dit rien. Parce que toutes ses certitudes venaient de s'effondrer.

Le soir, Alexis sortit de la voiture où ils s'étaient tous enfermés, pour penser. Les autres ne dirent rien. Ils pensaient sûrement qu'il voulait pleurer seul. François fit bien un geste mais un regard de son ami l'arrêta.

Mais non, Alexis pensait. Les gentils perdaient donc eux aussi ? Allaient-ils vraiment gagner ? Il avait toujours comme ça des certitudes. Par exemple, quelqu'un qui travaille, qui s'accroche, réussira et sera récompensé un jour ou l'autre, d'une façon ou d'une autre. Il y avait donc, dans cette liste de choses sûres et certains faits prouvés. Parmi eux, les gentils gagnaient. Et là... Mais, il survécu non ? Il n'a pas perdu, non ? Mais, pour Alexis c'était fini. Il avait perdu sa famille, qu'importe si lui il était encore en vie.

Si les gentils ne gagnaient pas à chaque fois, pouvaient-ils gagner cette guerre ?

Alexis avait lentement dépéri. Quatre mois. C'était extraordinaire qu'il eut survécu un mois passé dehors. Et, maintenant, ce serait un véritable miracle qu'il survive encore jusqu'à ce que le groupe trouve un abri pour l'hiver. Mais n'était pas ce qu'il voulait ? Mourir ? N'était ce pas plus facile ? N'était ce pas de toute façon une chose inévitable ? Alors pourquoi se battre pour une cause désespérée ?

Les rejoindre... Il les voyait presque. Comme ils étaient avant. David tenait par la taille sa femme qui lui souriait, sans cette haine qui l'avait défiguré. Ses parents ébouriffaient les cheveux de Jeremy. La vie d'avant.

- Viens. C'est tellement plus simple. Tu te laisses juste tomber.

Qui parlait ? Eux, ou lui ? Sa peur ?

Il se réveilla en frissonnant.

- Ca va ? S'enquit Jodie, soucieuse.

- Ouais ouais, grommela-t-il, peu loquace.

Il se recala, et laissa son regard se poser sur le paysage qui défilait.
La petite route était vide, de part et d'autre s'étendait la même forêt verdoyante. Avant que tout ne commence à rougir, lorsque l'automne viendrait. Avant que des profondeurs des bois, une horde de zombies sortent en poussant leur cris, rendus rauques par le manque de liquide. Mais, si semblable à celui d'un humain.

- Merde ! Gueula Antoine, donnant un brusque coup de volant, surpris.

Jodie s'écrasa contre Mathieu avec violence, tandis que celui ci cherchait fiévreusement son arme, comme pour se rassurer.

La voiture fit un bon en avant, et la ceinture traça une marque rouge sur le ventre de la jeune fille.

Myghan avait d'abord craint de perdre de vue la jeep devant. De plus, certains monstres s'étaient interposés entre les deux voitures. Nyo les écrasa "proprement" laissant des traînées rouges sur les vitres.

- On fait quoi ? Demanda-t-elle d'une voix blanche.

- On les sème. Ça sert à rien de se battre, c'est juste inutilement dangereux.

Elle opina, frustrée de se savoir impuissante. Elle ne pouvait que s'accrocher compulsivement à la portière.

- BANG !

La vitre se fissura, et Myghan, par réflexe se jeta sur le côté.

- Merde !

En effet, un autre groupe de tueurs venait de l'autre côté, attiré par les hurlements des autres, qui couraient derrière eux. Car oui, les personnes atteintes pouvaient toujours courir. Pire, ils étaient insensibles à tout ce qui était fatigue, et essoufflement, puisque Myghan se souvenait avoir été coursée pendant plusieurs heures sans interruption par les mêmes zombies. Seules les crampes ou amputations pouvaient les ralentir, voire les arrêter.

Heureusement pour eux, ces choses ne courraient pas à plus de 100 km/h, contrairement à leurs voitures, qui filaient à 130. Ils les semèrent finalement, pour le plus grand soulagement de Myghan, qui voyait d'un mauvais œil la vitre abimée, qui ne garantissait plus une aussi bonne protection.

François ordonna un arrêt dans une station service, assez glauque, toutes lumières éteintes. Ils sortirent un à un, armes à la main.

Un groupe partit dans le magasin chercher du ravitaillement, et Nyo Alexis et Jodie qui étaient restés près des voitures, faisaient le plein. Ils remplirent même plusieurs bidons de réserve. Alexis quitta la jeune fille tandis qu'Antoine revenait les bras remplis de barres et autres nourritures non périssables, qu'il déposa dans le coffre de la Peugeot. Il sortit même de sous son bras une cartouche de cigarettes.

- Hé Nyo !

L'interpellé saisit au vol ce que lui lança son ami.

- Un Bounty !

François arriva, accompagné de Mathieu, tenant respectivement une dizaines de boîtes de conserves et de sardines, et deux packs de bouteilles d'eau. Myghan revint avec son lot de bonbons, unique denrée encore mangeable.

- Où est Alexis ? S'inquiéta Jodie.

- À l'intérieur, il prend du savon et des rasoirs.

Un hurlement les coupa dans leurs singulières courses.

- Des zombies, souffla inutilement Mathieu.

Une dizaine. Les mêmes que tout à l'heure. Ils courraient, rapides. Absolument pas fatigués.

- Non, souffla Nyo, tandis que son Bounty tombait lamentablement de sabouche.

- On remonte ! gueula Jodie, étrangement la plus réactive.

- Alexis ! Hurla une autre voix, sûrement François, qui se glissait dans la jeep, prenant le volant.

Jodie se retrouva même, dieu sait comment, au volant de la Peugeot, Mathieu à ses côtés.
Ils firent vrombir leur moteur, prêt au départ, attendant fébrilement Alexis.
Il sortit, lentement, très lentement de magasin. Il marchait, un pas après l'autre, sans parler, dans son monde, tandis que de l'autre côté, à 100 mètres, ses amis lui hurlaient de courir, et que les zombies, étaient maintenant tout près,

Une femme, le bras sûrement arraché arriva derrière lui. Silencieusement.

- Derrière ! Putain Alexis, DERRIÈRE !

Antoine s'égosillait en vain. L'ancien Linksthesun ne courut pas pour se mettre hors de portée. Il était de toute façon trop tard. Beaucoup trop tard.

Tous virent parfaitement la frêle silhouette d'Alexis se faire attraper. Frêle parce que les restriction avait fait maigrir tout le monde, et surtout lui qui refusait de se nourrir convenablement depuis le début de son deuil.

Alexis se retourna lentement.

- David, murmura-t-il.

La vision de ce corps pourrissant sur place, de ses bras le tenant lui firent faire un brusque retour en arrière. Ce jour là, il n'avait pas hésité. Il n'avait pas parlé. Pas pleuré. Il n'avait pas cillé tandis que le crâne de son frère explosait. Il se rappelait maintenant. Le sang. Le cri de sa femme. La cervelle qui coulait sur le sol. Il se rappelait de chaque détails. Il se souvint d'avoir visé le visage. Pas par nécessité, car en transperçant le cou aussi, il pouvait le tuer. Non. Pour faire disparaître ce visage qui lui rappelait trop David. Le vrai David. Son frère. Mais, aujourd'hui, cette insensibilité disparut. Et il voulu mourir. Il avait enfin choisi, formulant cette envie profonde, cette nécessité.
Il aurait voulut pouvoir supporter sans moufter la morsure de ses bêtes, comme eux. Être digne d'eux. Mais, la douleur était trop forte. Il hurla lorsque les dents de son assaillante lui arracha un bout d'épaules, emportant peau et muscles, laissant en souvenir quelques dents noirs. Mais, pire que ça, sa salive le brûlait. Le rongeait. Il hurla. Et tomba à genou. La femme le mordît une nouvelle fois. La joue. Et il hurla. Il sentit sa gorge se déchirer, sans savoir si c'était l'œuvre du zombie ou de son cri, sentit du sang remonter dans sa bouche, et parmi toute cette souffrance, sentit un impact sur son front, et le bruit, étouffé par ses cris, d'une détonation. Puis, plus rien.

François était blême. Il devait les sauver. Abréger ses souffrances. Prendre ses responsabilités. Il referma la porte, reprit sa place, et fonça, droit devant lui, en entendant encore les zombies les poursuivre, pendant qu'Antoine lui hurlait de faire demi-tour, Nyo le suppliait de s'arrêter. Il appuya un peu plus sur l'accélérateur.

- La Peugeot est elle derrière ?

Sa voix était calme. Posée. Ce qui ne fit qu'augmenter la fureur d'Antoine.

- Oui, oui, bredouilla Nyo.

- FRAN...

- Ta gueule.

Le ton était sans appel. Antoine ne rajouta rien se morfondant, détruit. Alexis était mort. Il ne voulait pas formuler cette pensée. Accepter sa mort, c'était le tuer un deuxième fois.
Myghan lui lança un petit sourire compatissant, auquel il répondit, tremblant. Elle lui serra le bras.

- Vous l'avez trouvé où ce flingue, glissa-t-elle, sans que ni François, ni Nyo, tous les deux devant, ne puissent l'entendre.

- Trouvé dans un maison. On le gardait pour des occasions particulières et désespérées. Mais personne ne sait s'en servir. Je comprends même pas comment François a réussi à ... Réussi à...

- Ça va aller, lui dit Myghan, rassurante.

Il lu sourit de nouveau, plus confiant.

- Je saurais me servir d'un petit calibre de ce type, lui apprit-elle.

- Cool... Ça va vraiment nous être utile.

Jodie conduisait par à-coup. Elle n'avait pas beaucoup d'expérience dans le domaine de la conduite, alors la vitesse et le danger de mort ne l'aidait pas à se concentrer. Mathieu avait mal à l'épaule à force, la ceinture lui rentrant dans la peau, mais ce n'était pas le moment de changer de place. Là, tout de suite, il fallait tracer. Les semer. Mathieu sentit des larmes lui couler sur les joues et il les essuya rageusement. La conductrice lui jeta un coup d'œil, ouvrit la bouche et... La vitre explosa. Le zombie du champion du monde de 200 mètres très probablement. Il avait carrément défoncé la glace avec son poing et agrippa le bras du châtain, figé d'horreur, et ouvrit grand la bouche. Jodie eut le réflexe miraculeux de tourner violemment le volant à droite. La voiture partit fracasser son côté droit contre un énorme camion arrêté sur le bas côté, broyant le monstre. D'un nouveau coup, la voiture se décolla, et Jodie écrasa la pédale de l'accélérateur. Elle était blafarde et avait arrêté de respirer. Elle prit une longue inspiration.

- Merci, souffla Mathieu, encore sous le choc.

- Ça va ? T'as été mordu ?

- Non non, t'inquiètes !

Jodie se détendît légèrement.

- Cool... Cool...

Mathieu prit son arme et ne quitta plus sa fenêtre des yeux, méfiant.

Ils avaient perdu Alexis. François réfléchit à toute allure. Alexis souhaitait mourir. C'était normal, logique. Il n'avait fait aucune erreur. Ce n'était que la conséquence de la disparition de sa famille. Ce jour là, il aurait du mieux surveiller sans doute, se tenir plus près de David, prévoir qu'il était fatigué ce jour là, il aurait du... Stop ! Maintenant, il les maintiendrait tous en vie. Il jeta un coup d'œil dans le rétro et intercepta le sourire d'Antoine à l'intention de la brune. Lui ça irait. Nyo s'en remettait lui aussi. Il n'était pas très lié au disparu. Il allait falloir veiller un peu sur Mathieu, qu'il ne fasse pas la même chose.

Tout irait bien. Il les sauvera tous, quelqu'en soit le prix. Il était leur chef. Leur protecteur.