Hey ! Un peu à la bourre, mais il est là !
Sinon, j'espère que vous passez tous de supers fêtes !
Continuez à poster vos avis, même si c'est pour rien dire, c'est juste un super cadeau à chaque fois ! Alors merci à Lou Kheel, à MrsUnknown21, à ThePrivateJoker, à lilou-moi, à Misstykata, et puis tous ceux qui prennent le temps de lire, sans rien dire, gros gros gors merci !
Chap IV "Choix"
Nyo était allongé sur son lit. Posé. Tranquille. Il n'était pas particulièrement fatigué, il réfléchissait surtout. Partagé dans un dilemme digne de Corneille. Bon, il exagérait. Mais son esprit se disputait sérieusement, dans une crise tout ce qu'il y a de plus schizophrénique.
D'un côté un double de lui même, habillé de noir, des jolies petites cornes, un rictus contrit sur sa tête largement plus volumineuse que son corps, caricature de sa partie mauvaise. Celle qui s'était frotté les mains de voir Myghan et Antoine fâchés. De l'autre, un petit ange. Habillé comme un premier de la classe, qui se réjouissait de l'heureux dénouement, mais se lamentait de voir ses autres amis s'entredéchirer, et surtout effaré devant sa médiocrité. Un petit être qui avait sauté de joie lorsque... Nyo grimaça. Cette image était trop pénible à supporter. Les révélations de Myghan, le matin même.
Un silence. Lourd. Pesant. Antoine se sentit étouffer.
Jodie lança un regard énigmatique à sa meilleure amie, qui se tassa. Puis, sans un mot la prit dans ses bras.
- Je t'aime. Tu pourrais être la petite fille d'Hitler que ça ne changerai rien, je comprends pourquoi tu ne m'as rien dit, même si je suis... Blessée par ton manque de confiance en moi.
Elle se plaça à côté, défiant Mathieu du regard, et foudroyant Antoine.
- Tu nous as menti, commença François.
- Pour éviter de me retrouver dans cette situation, se justifia-t-elle.
- Ce n'est pas très concluant, ria Nyo.
La pièce entière le foudroya du regard, l'incendiant d'oser blaguer dans ce genre de moment.
- Mais, rajouta-t-il, je suis avec toi.
Il rejoignit Myghan et Jodie, se plaçant de l'autre côté de la belle brune.
- Tu... Se lança Mathieu après un silence. Pourquoi ne pas l'avoir signaler à la police?
"Tu aurais pu empêcher ce cataclysme" la fin de la phrase était sous-entendue, mais tout le monde l'avait parfaitement saisie. Aucun ne pût s'empêcher de se rappeler sa vie. Celle d'avant. Avec toute leur famille, leurs amis.
- Je...
Myghan ne rajouta rien. La gorge sèche.
- Vous auriez voulu qu'une gamine de 18 piges aille dénoncer ses parents, les condamnant très probablement à des années de prison?
L'assemblée se tourna vers Julien qui paraissait furieux.
- Ce... Cela ne vous concerne pas, déclara le chef du groupe, froid.
- Je ne veux pas que l'on reproche à quelqu'un des morts dont il n'est pas responsable, et...
- Julien, ils ont raison. Tu veux m'accompagner dehors? J'aimerai voir le soleil se lever.
Sa mère le traîna, hors de lui, dehors.
Mais, Antoine avait eu le temps de ressasser cette simple affirmation. Elle aurait tout dit, ils n'en seraient pas là. Elle aurait sauvé le monde. Sauvé ses amis. Ses parents. Laurine. Elle aurait sauvé Laurine. Laurine serait encore là. Son sourire ne lui avait jamais apparu aussi clairement, et la douleur revint, lui martelant les côtes, le ventre, le cœur.
- Je me fiche pas mal que tu nous aies menti, lâcha François. Je veux juste m'assurer que tu ne nous aies pas tous mis en danger. Tes parents savent-ils que tu aies encore...
- Mes parents me croient sûrement morte, lâcha-t-elle, acide.
- Mathieu? Demanda Jodie, agressive.
- J'ai besoin de temps. Je suis désolé, mais je ne pourrais pas... Je vais sûrement t'en vouloir, même si ce n'est pas ce que je veux. J'ai besoin de temps, pour faire le vide. Désolé.
Mathieu sortit, claquant la porte.
- Antoine? Osa finalement demander Myghan, s'adressant à son petit ami, le regardant pour la première fois, ce qui lui demanda un effort considérable.
- Je...
Un choix s'offrait à lui. Un choix immédiat et irréversible. Laurine, ou Myghan. C'était tout. Il lui suffisait d'un geste, d'un mot, et emballé c'est pesé ! Merde ! Il ne savait pas ! Il avait besoin de temps lui aussi, il n'était pas prêt et... Pourtant il le savait bien. S'il attendait, il ne choisirait jamais. Il la ferrait souffrir. Vite, vite ! La vie, la mort, le passé, doux, confortable, bercé d'une douleur continu presque agréable, ou un futur incertain. Demain, peut-être, de nouveau un mort. Une disparition. Et une souffrance cent fois plus forte encore.
- Antoine ? Répéta-t-elle.
- Je t'aime.
Il s'approcha d'elle, et l'embrassa. Il n'avait jamais été doué pour les discours, ce baiser parla à sa place. C'était sûrement complètement niais et ridicule, mais l'aimer lui suffisait. Il se disait que pour l'instant, c'était tout ce qui comptait. Demain, il lui faudrait faire face au danger, aux monstres, à la peur, à la mort. Demain. Aujourd'hui, il profitait. Ces temps-ci, être vivant était un privilège, un miracle.
Nyo déprimait. Il y était presque. Presque. Un peu plus, et elle... Elle... Il l'aimait. Wouf ! C'était dit. C'était même plutôt simple. Il l'aimait. Merde quoi ! Il ne pouvait pas tomber amoureux d'une autre ? Voire de personne ? Voilà, ça c'était simple. Pas de douleur ! Jamais !
- C'est que tu as l'air d'aimer souffrir dis donc, ricana son petit diable, pour toujours choisir les mauvaises personnes.
Son acolyte haussa les épaules. Souffrir. Choisir de souffrir. Consciemment. C'était un peu maso comme pensée non ?
- Si Antoine disparaissait, tu aurais champ libre au moins. Avec toute ce bordel, t'aurais pas à attendre longtemps, glissa-t-il.
- Putain Jodie, tu me fais quoi là ?! Tu veux crever ou quoi ? Fonce pas comme ça dans le tas !
Jodie serra la mâchoire.
- Quoi ? S'énerva un peu plus Mathieu.
- T'es dégueulasse avec Myghan.
Ça faisait une semaine qu'elle ressassait cette même pensée. Une semaine qu'elle rêvait de le frapper. Elle le croisait dans les couloirs, lorsqu'il rentrait dans sa chambre, ou assis, en train de manger leur maigre repas. Une semaine qu'elle s'imaginait en frissonnant de plaisir le boxer, le punir de faire souffrir son amie. Même si la majorité des habitants du château se moquait bien de ses origines, le fait que Mathieu refuse de lui pardonner la chamboulait. Elle n'était pas très confiante en elle, et continuait d'attendre un geste de sa part.
- J'ai expliqué pourquoi et...
- Et ça fait déjà une semaine. Et tu continue à faire la gueule !
- Et... Ressaya-t-il.
- Et tu crois que tu es le seul à avoir perdu quelqu'un ? Antoine, il n'a perdu personne ? François ? Nyo ? Myghan ? Et moi ? Je vais t'en apprendre une bonne, j'étais l'aînée d'une famille de 4 enfants. Et d'après toi, ils sont où maintenant ? Et Myghan ? Tu crois qu'elle se sent comment ? Toi, et tes grands airs lui avaient mis dans la tête qu'elle est la cause de la fin du monde !
- Non, pas du...
- Ta gueule ! Tu crois être le seul à souffrir ? T'es qu'un putain d'égoïste !
- Mais laisse-moi en placer une !
- Vas y...
- Je suis désolé. Pour elle. Mais...
- Tu as besoin d'un coupable ? Il est passé où le Mathieu qui dénonçait les injustices et l'égocentrisme ?
- Je peux finir de parler merde ?!
Jodie croisa les bras, fermée.
- J'essaye, OK ? J'essaye vraiment, mais je suis trop rancunier. Je n'arrive pas à oublier.
- On te demande pas d'oublier tes proches, mais ca la rend malade. Plein de gens auraient certainement des envies de meurtre s'ils apprenaient la nouvelle, alors nous qui sommes ses amis, on peut pas se permettre de la lâcher.
- C'est bon c'est bon ! Je lui reparlerai, mais ca veut pas dire que…
Il ne termina pas sa phrase. Il savait qu'en vouloir à Myghan était puérile. Mais il avait besoin de temps.
- Sûr ? Demanda Jodie, suspicieuse.
- Ouii ! Bon, tu te remets en garde ?
Jodie obéit, se replaçant consciencieusement, prête à faire face aux violentes attaques de Mathieu. Elle se prit un coup brutal de bâton, qui lui griffa la joue, manquant de peu son œil.
- Mais t'as appris où à te battre comme ça?
- Oh, le besoin et la survie sont les meilleurs des moteurs. Et puis, j'ai fait cavalier seul, à un moment.
- Ah... Et ?
- Rien.
Jodie ne rajouta rien, comprenant bien qu'il ne fallait pas creuser. Chacun avait ses secrets.
François réfléchissait. Il était dans la salle à manger. Seul. La tournure que prenaient les événements ne lui plaisait pas. Il ne voulait pas agrandir leur petit groupe. Mais, il était partagé et soucieux. Non pas que sa position de chef soit contestée, au contraire, pour l'instant, tous ses choix avaient préservés le groupe, depuis qu'il avait réellement pris les choses en main.
Mais là... Un choix difficile. D'un côté, il ne pourrait pas tous les protéger s'ils étaient trop nombreux. Il faudrait exclure de ce pacte les deux derniers arrivants si la nécessité se présentait. Mais, outre le fait que certains de ces amis le détesterait pour ça, les chasser pourrait les pousser à dévoiler leur position à ces troupes armées. Les garder ici permettrait un meilleur contrôle. De toute façon, il avait cessé de s'attacher au gens depuis le début de toute cette merde.
François réfléchissait. Oui, il valait mieux les garder ici, en attendant une meilleure solution, ou tout simplement leur mort. François savait d'avance qu'il ne ferra rien pour l'empêcher, cela l'arrangerait trop. Il sourit. Oui, c'était un bon plan.
Julien était luis aussi songeur. Et plus il ressassait, plus il trouvait que l'idée de sa mère n'était pas un bon plan. Absolument pas. Bien sûr, il sentait de la compassion chez Jodie, un peu de sympathie chez Antoine, mais Nyo et Mathieu semblaient capables de les abandonner au premier combat, et François devait très certainement songer à les éliminer avant. Seule Myghan représentait un véritable alliée, mais avec les récentes révélations, elle n'était plus très utile. Jamais elle n'oserait prendre leur défense contre ce groupe.
Pourtant, il aurait du être plus ferme, dès la mort de son père. Ordonner à sa mère de rentrer, la traînant s'il le fallait. Maintenant, ils étaient tous deux prisonniers.
Mais, il aurait dut se rendre compte que c'était une décision foireuse dès leur départ du camp. Il aurait sûrement pût empêcher la mort de son péter. Il s'en voulait. Mais se devait d'être fort, pour sa mère. Elle avait assisté à son exécution. De ses propres yeux.
Julie secoua la tête. Il préférait ne pas y penser. Oublier
- Je vais faire un gâteau, s'exclama joyeusement Margrit.
- En quel honneur ? S'enquit Myghan.
- Y en a besoin ? Julien, tu pourras me prendre de la farine, du sucre, pas d'oeufs, ils ne seront plus mangeable, mais aussi du sucre !
La vieille femme lui donna sa liste de course. Non pas que sortir soit devenu moins dangereux, mais ils n'avaient pour l'instant essuyé qu'une attaque de faible envergure, sans perte, même si Nyo et Antoine avait passé plusieurs jours à réparer la carrosserie de la jeep, salement amochée.
Dans la voiture, Julien conduisait, prudemment à cause des nombreuses plaques de verglas.
Le froid raidissait les membres de tous les passagers. Jodie soufflait dans ses mains, dans le dérisoire espoir de les réchauffer. Sans succès. Ses gants miteux noirs ne lui servaient qu'à échapper au gèle totale et définitif de ses doigts. Elle espérait pouvoir utiliser sa hache en cas de besoin. Mathieu jouait nerveusement avec son arme.
Une heure plus tard, ils débarquèrent enfin dans un village qu'ils n'avaient pas encore pillé. Une zone dangereuse, puisque personne ne savait trop si la place était occupée par une horde de zombies.
Mathieu descendit le premier, avec un fusil récupéré dans une ferme, customisé à l'aide d'un couteau effilé à son bout, sorte de baïonnette, puis vint Jodie de l'autre côté de la voiture, et pour finir Julien qui avait trouvé un katana, digne de Kill Bill.
- Rien, signala Jodie.
- Non plus, rajouta Mathieu.
- Les fenêtres ont l'air clean.
Ils avancèrent, groupés, chacun regardant de son côté. Ils arrivèrent finalement dans un super U quelconque. Les portes possédaient encore assez de jus pour se refermer et se rouvrir alors qu'elles butaient contre un crâne, presque totalement dépourvu de chairs. Ce "presque" provoqua un hoquet de dégoût chez la jeune fille, qui déglutit, ravalant son vomi.
- On fait comme d'hab', lâcha Mathieu, se dirigeant vers le rayon des conserves.
Les deux autres le suivirent.
Mais, Julien, remarquant un étalage remplit de paquets de farine, se sépara du groupe pour en mettre rapidement un dans son sac. Se reculant, méfiant, il buta contre une étagère et sentit une masse sombre lui tomber dessus dans le dos. Le brun hurla, et Mathieu rappliqua, et, rapide, transperça le crâne de l'homme qui tomba, inerte, sur le sol.
- Je crois qu'il était déjà mort, dit Jodie, tâchant d'éviter de regarder les lambeaux de cervelle qui s'étalaient par terre.
- On n'est jamais trop prudent, siffla le châtain, foudroyant Julien du regard.
Il s'éloigna, sans rien dire cependant, chargeant son sac de brosses à dent et de dentifrice.
- La prochaine fois, fait gaffe, lui souffla Jodie, mourir en faisant ses courses, c'est plutôt naze
Margrit fut déçue. Il lui manquait la levure, mais ne reprocha rien à son fils. Du moins oralement. Au final, au dîner, le gâteau fut sec et granuleux, mais personne ne rappelait avoir mangé quelque chose d'aussi bon depuis bien longtemps.
Pendant le repas, Myghan se dérida enfin. Sous le regard doux de Magrit, elle sourit à deux trois blagues de Nyo, mais ne voulait vraiment se décoller de son compagnon. Jodie parlait beaucoup à Mathieu, qui, suite aux nombreux regards froids que son amie lui lançait, échangea quelques mots polie avec la brune.
Julien et François restèrent tous deux plus mutiques. Ils ne s'appréciaient pas des masses. Agacé, julien craqua et se leva pour nettoyer les plats. Il alla dans la cour, finalement suivi par Jodie. Ils chauffèrent à l'aide d'un petit feu de bois un baquet en ferraille de neige et lavèrent les assiettes. La jeune femme n'osa pas vraiment se lancer dans une conversation, et le silence se perdura tout le long. La nuit était déjà tombée, mais le ciel était assez dégagé pour apercevoir les étoiles.
Nyo montait la garde, le ventre plein, repu. Une sensation apaisante et qu'il n'avait pas éprouvé depuis quelques temps déjà. Il soupira de satisfaction. Il en oublierait presque le froid mordant de l'hiver et tâcha de ne pas penser à sa chambre.
Ce qu'il aimait, sa chambre ! La barre des 3 semaines dépassées, l'intégralité du groupe commença enfin à se sentir chez lui, et à prendre ses aises. Même Mathieu avait défait ses bagages, même s'il conservait un sac de survie, en cas de coup dur.
Nyo avait enfin vu son toit être réparé et pouvait afficher sans crainte tous ses dessins. À chaque mission en dehors, il ramenait un souvenir du temps d'avant. Des boules à neige, des CDs, de MP3, des DVD, portables, posters, assiettes décorés, tout était bon à prendre.
Il pensait à sa chambre, paresseusement, espérant voire son tour de garde finir au plus tôt.
- Youhou ? Il y a quelqu'un ?
Nyo sursauta. Sa première pensée fut une plainte.
"Pourquoi est ce que ça tombe toujours sur moi ?"
- Les mains bien en évidence, ordonna Nyo, le braquant d'une puissante lampe torche.
- Ok ok, je vous veux rien hein ? J'ai juste faim, et froid.
- Il y a des saloperies dans le coin ?
- Non, n-non, mais si vous pouviez ne pas me laisser trop longtemps dehors...
- On verra.
Nyo élcaira les alentours à l'aide de sa lampe, mais ne vit rien ni n'entendit aucun bruit, excepté celui du vent.
- Âge, nom ?
- Robert, mais tout le monde m'appelle Rob, j'ai 16 ans.
- Passe-moi les détails. Tu viens d'où ?
- Toulouse. Mais...
- C'est bon, le coupa-t-il.
Nyo se détourna, et appela François.
- Quoi encore ? Rugit le brun.
- Encore un étranger, soupira Nyo.
- Quoooiii ? Encore ?
Nyo rigola. François, furieux, lui arracha sa lampe torche, et la braqua ainsi que son arme sur le nouveau venu.
- Tu veux quoi ?
- Juste à manger et à boire, supplia Rob.
- Merde, on peut pas dormir tranquille ?! Gueula Myghan, de mauvaise humeur, accompagnée de Margrit.
- Calme-toi cocotte. Que ce passe-t-il ?
- Youhou ? Je peux entrer ?
Myghan se pencha par dessus la muraille.
- C'est un gosse, lâcha-t-elle.
- Je le reconnais, ce gamin, Gérard, je crois, il était au campement avec nous.
- Robert, corrigea celui-ci.
- Mais oui, Robert ! Attends un peu.
Elle se retourna, parlant à ses amis tout en veillant à ce que Robert ne l'entende pas.
- Alors ?
- C'est un gamin, Nyo, on devrait y réfléchir et...
- Non ! Myghan, je le reconnais, c'est un rabatteur !
- Alors, qu'est ce qu'on fait ? Répéta Nyo. Il risque de prévenir l'armée.
- Je sais comment elle procède. Arrivage d'un camion de l'armée, drapeau blanc, puis proposition qu'on ne peut refuser. Vous allez devoir céder des vivres, des armes, et ils ont aussi l'habitude de réquisitionner de gré au de force de la main d'œuvre.
- On ne peut pas le laisser partir, intervint François. On doit le laisser entrer, et l'emprisonner après.
- Ce n'est pas loyal, ronchonna Myghan. Et on n'en fait quoi après ?
Cependant, Antoine qui venait d'arriver alla dans le sens de François.
- C'est plus... Humain. Il aura un toit, et de la nourriture, convainquit-il sa compagne.
- Et puis, rajouta François. C'est moins dangereux pour nous. On verra ce qu'on fait de lui après.
- Ok ok, céda-t-elle. Ouvrez la porte.
- Merci, merci, merci, merci...
Sa litanie ne s'interrompait que lorsqu'il avalait un morceau de sardine.
- C'est bon, craqua Mathieu, tu peux te taire.
- Oups, désolé.
Il rougit.
Antoine qui l'avait fouillé avait trouvé de vieux papiers d'identité dans son portefeuille, prouvant qu'il s'appelait bien Robert. Il avait trouvé deux couteaux. Le brun à lunette lui avait tout de même rendu son portefeuille, le rouquin lui ayant demandé.
- Il y a des photos de la famille, précisa Robert, les larmes aux yeux. En temps normal, il se serait laissé amadouer, mais connaissant ces véritables intentions, Antoine frissonna de dégoût.
Robert lécha même son assiette avec son doigt.
- Délicieux, merci, merci...
- Tu ne vas pas recommencer ?! S'irrita Mathieu.
- Et cesse de faire l'innocent, nous savons qui tu es ! Explosa Julien.
- Qui je suis ? Bégaya Robert.
L'adolescent se sentit soudainement très seul, entouré de ces adultes, qui le fustigeaient du regard.
- Oui, cingla Margrit, un rabatteur. J'ai été là bas moi aussi.
- Mais...
- Nous ne pouvons pas te laisser partir, cracha Mathieu.
- Les gens, calmez vous, chuchota Antoine, qui se sentait coupable. C'est qu'un gamin.
- Ici, maintenant, contra Mathieu, un gamin peut te tuer, pour une boîte de sardine.
- Mais... continua à bégayer l'intrus.
- Je vais le conduire à sa chambre, glissa doucement Myghan.
Nyo ricana. Une chambre ? Une prison plutôt !
Elle monta, le traînait presque, accompagnée de Nyo.
- On va le garder combien de temps comme ça ?
- Je n'en sais rien, soupira François, passant une main fatiguée dans ses courts cheveux presque noirs. On ne peut pas le tuer, mais est ce qu'on a beaucoup d'autre choix ?
- Tu veux le tuer ? Se récria Antoine. T'es fou !
- Je suis d'accord avec lui, concéda Jodie. S'il était prêt à nous tuer, ce n'es pas notre cas. S'abaisser au rang... D'animal ? Devenir des meurtriers ? Très peu pour moi.
- On a le temps, soupira Antoine.
- C'est un truc qui me manque. Avoir du temps. On n'a plus le temps.
Tous les regards se tournèrent vers Mathieu qui n'ajouta rien. Le débat s'enlisssa, et fatigué, ce dernier quitta la pièce. Jodie bailla bruyamment.
- Je suis crevée ! On en reparlera demain, bonne nuit !
Un crépitement réveilla Myghan. Une sorte de hurlement inhumain. Le cri du feu. Rapidement couvert par un cri plus humain.
Myghan se redressa vivement, reconnaissant son propriétaire.
- Jodie !
De la fumée. Beaucoup. Et des lueurs orangées, sous la porte.
Elle secoua violemment Antoine qui avait le sommeil lourd, paniquée.
- Hein ! Que... Quoi ?
- Le château brûle !
Jodie toussa. Elle percuta quelqu'un, et s'écroula à terre.
- Jodie ! Bouge !
Elle sentit quelqu'un la prendre par le bras et la tirer. Elle ne voyait rien et se laissait trainer, percutant tous les murs à chaque croisement. Elle trébucha, tomba, et son sauveur fut obligé de la traîner.
Le feu avait dû prendre rapidement, tous les renforcements, les charpentes et les portes et embrasures de fenêtres étaient en bois. Sans compter les tapisseries d'époques, les meubles, les draps et tapis.
Ils croisèrent Margrit qui remontait.
- Tu fais quoi ?! Demanda la voix de son camarade, probablement celle de Mathieu
- Je remonte ! Le gamin est là haut et je n'ai pas vu Nyo.
- Laisse-moi y aller !
- Non, Jodie est vraiment pas bien, je ne pourrais pas la traîner moi même !
Elle disparut dans les étages, alors que Mathieu jurait et courait vers la sortie.
Dehors, François bouillait sur place, regardant sa maison brûler. Myghan et Antoine avaient réussi à sortir, couvert de cendre. Tous attendaient, fébrilement, que leurs amis viennent à leur tour, dans la cour du château.
Lorsque Mathieu apparut dans l'embrasure de la porte, ils hurlèrent de joie, même si Jodie semblait HS.
Julien allait bien lui aussi, et fut rapidement suivit de Robert. Il tenta de s'enfuir, discrètement, mais Julien l'attrapa par le col et le traîna devant le groupe.
- C'est lui qui a foutu le feu, cracha-t-il.
- N-non, ce n'est pas...
- Ferme là, et dit-nous plutôt comment tu as réussi ton coup !
- Je...
Julien le souleva de terre, furieux.
- Dans le portefeuille, j'avais un nécessaire. J'ai juste...
Un hurlement retentit.
- Merde ! Gueula Francois.
Nyo et Margrit étaient encore à l'intérieur.
- Maman ! Beugla Julien.
Une frêle silhouette apparut dans l'embrasure de la porte, pliée en deux, et chacun reconnut Nyo.
Mathieu se rua sur lui, le traînant hors des flammes.
- Où est ma mère !? Où est-elle ?!
Julien voulut courir dans le château, mais s'écroula en gémissant. Une large brûlure lui parcourait toute la jambe droite, l'immobilisant.
- J'y vais, déclara Antoine, d'une voix blanche.
- Non ! Non ! Je te l'interdis ! Le supplia Myghan.
- C'est bon, blagua-t-il, je serai de retour avant que tu n'aies le temps de dire zombie.
Antoine embrassa rapidement Myghan, et s'enfonça dans les flammes.
- Reviens, reviens, reviens, répéta-t-elle inlassablement, avec la désagréable impression de chercher à se convaincre d'une chose impossible.
- Tout ira bien, lui chuchota Nyo, blafard sous la couche de suie et les brûlures qui parsemaient son visage.
Des longues minutes passèrent. À chaque seconde écoulée, Myghan sentait le désespoir tordre un peu plus ses entrailles, les larmes couler sur ses joues.
Des hurlements leur parvinrent, et Julien cria, de douleur comme de peur. Il se tenait la jambe douloureuse, commença à ramper, vers l'entrée, rapidement arrêté par Mathieu, qui lui attrapait le bras, le mettant debout, mais l'empêchant de partir. Il aurait sûrement dû le forcer à se retourner.
Puis, le plafond s'écroula sur la tour, entraînant l'ensemble de la structure dans sa chute. Les flammes rouges noircirent les décombres.
Myghan explosa en sanglots. Elle criait, hurlait, sentait sa gorge se déchirer, ses tripes se liquéfier tandis que l'atroce vérité lui explosa à la gueule. Il était mort. Mort. Mort. Mort mort mort. Elle aussi voulait mourir. Elle s'écroula à terre, sans cesser d'hurler, se tenant le ventre, secouée de hauts le cœur.
- ANTOOOOOOIIIIIIINE !
Jodie émergea. Les cris la réveillèrent. Les bruits d'explosion aussi. Elle émergea et se releva. Sa maison brûlait. Elle mit du temps à comprendre pourquoi Myghan pleurait ainsi, mais fit le lien avec l'absence d'Antoine.
Nyo semblait choqué. Non, était choqué. Il fixait, les yeux exorbités le feu. Ses lèvres formaient des mots silencieux. "Je ne voulais pas ça " crut-elle comprendre.
- C'est de ma faute, lâcha Myghan d'une voix blanche.
Myghan aurait préféré dénoncer mille fois ses parents que de perdre une fois Antoine. Elle aurait pu empêcher ça. Même si cela aurait signifié ne jamais le rencontrer. Mais au moins, il aurait été en vie. Sain et sauf. Elle fondit une nouvelle fois en larme, sa poitrine se secouant de soubresauts inquiétants.
Mathieu se mordait la lèvre, ses iris bleus larmoyants. Un filet de sang traçait un sillon rouge sur le noir de la crasse de son visage, partant de sa bouche.
Une détonation coupa net les sanglots de Myghan, et tout le monde se tourna vers François.
C'était la deuxième fois qu'il tirait sur un homme. Un vivant. Le premier était un ami. Le deuxième, une saloperie d'assassin. Un gosse qui venait de tuer un ami. Et il l'avait laissé faire, n'avait rien fait pour l'en empêcher. Rectification, donc. C'était la deuxième fois qu'il tirait sur un homme. La deuxième fois qu'il tuait un ami aussi. La troisième qu'il tuait un vivant.
- François ! S'écria Jodie, effarée devant le corps de Robert, le visage figé dans un rictus paniqué, le front éclaté. Qu'est ce que...
- NOOOON ! Il était à moi !
Julien se releva, boitant, et fonça sur le chef, le mettant à terre par un coup de poing.
- Il allait nous conduire à ses chefs et... Et... Et j'aurais pu venger ma... Maman...
Il s'effondra en sanglots, rapidement suivit par Myghan, qui replongea de nouveau.
- On part, ordonna François. Ce feu, c'est trop dangereux. Dans le même style, on peut aussi se balader avec une pancarte lumineuse et tirer des coups en l'air en plein territoire ennemi. On bouge.
Julien se releva, tremblant, Nyo aida Myghan à se relever, elle était totalement amorphe. Jodie s'agrippa au bras de Mathieu, et ils coururent tous à la voiture.
François réfléchit. Personne n'était en état de conduire. Il traina donc son équipe dans un camping car. Il avait lui même fait des aménagements pour qu'il devienne une sorte de forteresse impénétrable mobile.
Francois démarra. Nyo coucha délicatement Myghan dans son lit. Elle garda les yeux obstinément ouverts, et Jodie s'allongea à côté d'elle, étrangement calme.
Nyo alla à l'avant, rejoindre Julien et François.
- Hey, Jodie, ça va ?
- Et toi Mat' ?
- Je... 'Toine c'était mon... Mon frère quoi, c'est dur. Trop dur.
Jodie lui sourit.
- Ça ira, ça ira.
- Le pire, c'est que ça ira sûrement mieux, dans un mois. Deux peut-être.
Mathieu cacha sa tête dans se mains.
- C'est la meilleure chose qui puisse t'arriver. C'est... C'est lui qui est mort. Pas toi.
- Et pour combien de temps encore ? Ricana le châtain.
Myghan était consciente. Elle ne voulait juste pas bouger. Pas tout de suite. Elle avait besoin de temps, pour se consacrer uniquement à l'acceptation de... De... Oui, elle avait encore du chemin à faire, pour simplement le formuler en pensée. Elle bougera plus tard. Vivra plus tard. Là, elle avait besoin de temps. Même s'il leur en manquait toujours. Et, dans une heure, un jour, 3, 7, 15, elle pourrait enfin faire son choix. Continuer à vivre, ou se laisser aller. Comme Alexis. Se laisser partir. Rejoindre Antoine.
