Voili Voilou ! un nouveau chapitre !

Je vais pas vous cacher que j'ai jamais d'idées pour les titres des chapitres... C'est un calvaire, et encore plus pour trouver un nom à cette fic !

Chap. V "Liens"

Myghan restait immobile. Ils voyageaient depuis bientôt quoi ? Deux semaines ? Et rien. Pas de mouvement. Elle ouvrait la bouche, mâchait sa nourriture, avalait de l'eau. Se couchait puis se réveillait. Tout ce qui pouvait la maintenir en vie. Mais rien qui ne leur prouvait qu'elle était encore là. Qu'elle pensait. Qu'elle existait. Elle était en équilibre. En suspens. Et tous, Myghan la première, attendaient qu'elle tombe. D'un coté ou de l'autre de la barrière. Qu'elle finisse de mourir, ou qu'elle se réveille. Qu'elle ressuscite. Mais, ce dénouement était de plus en plus incertain. Elle allait droit dans le mur.
Jodie continuait à lui parler. De son babillage incessant qui aurait énervé n'importe qui. Mais pas Myghan. Mais, c'était Nyo qui passait le plus de temps avec elle. Et, cette nuit là, Nyo sentit qu'elle ne reviendrait jamais. C'était trop tard. Il en aurait presque pleuré. Elle allait sérieusement leur refaire le coup d'Alexis ?
- Hey, Myghan, devine quoi ?
Elle était assise sur une chaise, dans le camping car. Regardant droit devant elle. Éteinte.
- Regarde...
Il lui tendit un Mp3, juste devant ses yeux marron.
- Je le gardais pour de grandes occasions. Genre une fête. J'espérais qu'on ferait une fête. À un moment. Combien de temps j'ai mis, pour faire une sélection, avec plein d'autre mp3, et un ordinateur. Pas facile, mais j'en suis fier ! Tiens !
Il lui mît un écouteur dans chaque oreille. Myghan ne sembla pas plus réactive, et Nyo s'éloigna, abattu.
- Alors ?
- J'sais pas Jodie. Elle... Elle...
- T'inquiète, le rassura-t-elle, le serrant brièvement dans ses bras. Je la connais, elle va revenir.
Il haussa les épaules. Soupira. Et alla se rassoir à côté d'elle. La femme qu'il aimait.

Jodie rejoignit Mathieu qui conduisait.
- L'essence ?
- La réservoir est plein, et on a des centaines de litres de réserve.
- Cool, sourit-elle, je n'ai pas d'excellents souvenirs de ma période piétonne. C'est plutôt dangereux.
- Pour l'instant, ça ira. En plus, les zombies sont ralentis par le froid. Par contre, les choses seront plus compliquées dès l'arrivée du printemps.
- Et toi, ça va ?
- On survit.
Julien ruminait dans son coin, et François réfléchissait, sombre. C'était étonnant de voir à quel point ils pouvaient se ressembler. L'ambiance était assez tendue et lourde. Jodie détestait ça.
Elle regarda dehors. Il faisait nuit. Noire. La lumière des phares éclairaient d'une lueur blanchâtre la forêt. François avait décidé qu'ils ne s'arrêteraient que lorsqu'ils auraient trouvé un nouvel abri. Un lieu sûr. Alors, ils se relayaient, toutes les 5 heures. Un rythme épuisant. Ils faisaient bien sûr de nombreuses pauses, pour se ravitailler.
Jodie avait beaucoup vomi les premiers jours. Elle était vraiment malade en voiture, et ce voyage prolongé avait d'abord été très difficile à supporter. Heureusement, elle s'était finalement habituée aux secousses.
Ils avaient rapidement retrouvé des armes. Surtout des couteaux. Quelques flingues dans les commissariats. De quoi se protéger des attaques de zombies, mineures, qu'ils avaient essuyé jusque là. Ces monstres avaient laissé des traînées de sang et des bosses tout le long de la carrosserie, mais heureusement rien de bien grave ou d'irréparable.

Nyo conduisait. Il devait être 22 heures, et il était déjà fatigué, ce qui n'était pas bon signe, puisqu'il lui restait tout de même 4 bonnes heures de trajet. Il avait installé Myghan à côté de lui, sur le siège passager, et lui parlait beaucoup. François améliorait les armes. Jodie avait réussit à récupérer des coussins et des couvertures afin de rendre plus confortable leurs lits. Ils dormaient à deux par couche, et les deux autres devaient se contenter des sièges avant.
- Oho ! Il doit y avoir...
Nyo ne finit pas sa phrase. Devant lui, il vit une horde. Il tenta de freiner, s'arrêtant à un croisement.
- NYO ! Hurla Myghan, se réveillant enfin, les yeux exorbités.
Le jeune homme aurait du se réjouir. Au lieu de ça, il vit du coin de l'œil une voiture déboucher. Non, un tank. Un vrai. Le char d'assaut tout ce qu'il y a de plus meurtrier. Le camping-car s'envola, effectuant une dizaine de tonneaux, brisant sans effort la fine barrière de la chaussée, dévalant une légère pente et finissant sa course contre un arbre. Tas de ferrailles fumant.
Un gémissement faible s'échappa du cadavre de voiture.
- Aaaaah...
Myghan se secoua. La douleur et l'adrénaline l'empêchait de sombrer, comme tous ses camarades. L'urgence aussi. Elle entendait vaguement des tirs, voire des explosions. Retirant maladroitement sa ceinture, qui lui avait écorché à vif son épaule et sa poitrine, elle secoua Nyo.
- Réveille-toi, le supplia-t-elle, réveille-toi.
Il grogna. Releva ensuite sa tête ensanglantée du tableau de bord, essuyant de sa manche le liquide qui lui cachait sa vue.
François apparut, traînant une jambe.
- Juste une entaille, les rassura-t-il. Vous pouvez marcher ?
Ils opinèrent tout deux.
- Julien n'a pas l'air trop mal, Mathieu non plus. On bouge.
Myghan se releva, poussant la portière, qui tomba sur le sol. Nyo n'eut pas à se donner cette peine, celle ci ayant été arrachée.
Dehors, Julien se tenait debout, écoutant avec attention les cris qui venait de la route. Mathieu se tenait à un arbre, le teint pâle, l'air prêt à tourner de l'œil.
Jodie sortit, la dernière, trébucha face contre terre, et Julien, le plus proche, l'aida à se relever.
- Ça va ?
- Tant que personne ne touche à mon bras.
En effet, celui ci pendait misérablement, et son T-shirt blanc laissait apparaître du sang ainsi qu'une bosse étrange. Elle avait été la plus touchée de l'accident, et pour cause, elle était la seule debout, place dangereuse. Elle pouvait s'estimer heureuse d'être encore en vie. Elle s'était, lors du premier tour, écrasée contre le lit, et son bras droit avait surtout pris.
- Merde ! S'exclama Mathieu.
- Faut bouger, répéta François. Dès qu'ils en auront fini avec les zombies, ils viendront voir.
- Et ces monstres pourraient venir par ici !
- Attendez... Souffla Julien. Je reconnais quelqu'un.
Mathieu s'enfonçait déjà dans les bois, suivi de Myghan et Nyo.
- Julien, merde ! Bouge ton gros cul !
- Attends, souffla-t-il de nouveau, sans se soucier de François.
Jodie était encore à côté de lui, retenue uniquement par sa poigne solide.
- Je les reconnais... C'est eux! Son visage se décomposa. C'est eux ! Le colonel Sigward. Il s'occupait de l'extermination des hordes trop proche du camp.
Il porta sa main à son arme, son long couteau, plus un sabre qu'un couteau d'ailleurs.
- Tu veux faire quoi ? Demanda inutilement Jodie, effrayée.
- Les tuer. C'est évident non ? Ils vont tous mourir.
- Tu crèveras avant de pouvoir les toucher ! Julien, tu nous suis maintenant, ou on part sans toi !
François fit un pas en arrière, faisant signe à Jodie de le suivre. Sans lui obéir elle se raccrocha désespérément au grand brun.
- Ne fais pas ça ! Tu vas mourir ! Fais pas l'idiot, viens !
- Je vais la venger.
- Et après quoi ? Même si tu y arrives, tu te retrouveras seul, et tu mourras !
- Et alors ? Personne ne m'attend.
Un déclic se fit dans l'esprit de Jodie, pourtant embué par la panique et la douleur. C'était ça, la seule et unique raison qui les maintenait en vie. Les liens. Alexis était mort car il était seul. Julien allait mourir car il l'était lui aussi. Si eux étaient encore en vie, c'est qu'il y avait encore de personnes qui les attendaient. Si Myghan était encore en vie, c'était qu'elle les aimait encore. Eux, les vivants. Alors, pour sauver Julien, il lui fallait des liens, même artificiels. Et Jodie ne voulait pas encore d'un mort. Pas parce qu'elle avait peur de souffrir, ou de la douleur de ses compagnons. Non, elle avait marre de ces victimes à la pelle. Elle haïssait Dieu, qui les avait laissé tomber, à la première embûche. Alors, elle allait lui montrer qu'elle avait le pouvoir de sauver des vies, elle aussi. Lui faire un bras d'honneur du fond du trou dans lequel elle croupissait. Elle allait sauver Julien, car le Destin n'avait pas le droit de les punir ainsi. Ils n'avaient rien fait. Rien ne méritait cette punition. Elle allait lui montrer. À ce Dieu de pacotille qui croyait pouvoir jouer avec leur vie.
Jodie embrassa Julien. Violemment, nouant fermement son bras gauche autour de son coup, laissant l'autre pendre misérablement, pour l'empêcher de partir. Julien l'enserra, lui répondant.
Les tirs qui se raréfiait et la voix de François, pressante, les réveillèrent.
Julien, tenant toujours solidement Jodie, s'élança à la suite de François et de leurs amis, traînant la jeune blonde. Les lèvres rougies, ses yeux bleus froids comme la glace.

- Myghan, ça va ?
La question était justifiée. Après tout, elle était un peu comme une revenante, arrachée d'entre les morts.
- Oui Nyo, t'inquiète. Je vais... Bien.
Ça voix était neutre, quoiqu'un peu rendue rauque par son silence.
Ils étaient dans une maison, un peu à l'écart d'une ville. Dans la nuit, c'était la seule planque qu'ils avaient trouvée en si peu de temps et malgré le danger. François avait allumé un poêle au centre du salon en mauvais état, couvert de poussière. Il illuminait faiblement la pièce, dont tous les rideaux avaient été tirés. Aucune autre source de lumière.
François, à l'écart, réfléchissait à la situation. Elle était grave. Plus d'abri. Plus de voiture. Une blessée. Enfin... François avait remboité le bras de Jodie, et elle s'en remettait difficilement, blafarde. Elle était blottie dans les bras de Julien, qui conservait son masque dur, ses yeux verts foudroyants.
Mathieu ruminait dans son coin. Le choc qu'il avait reçu sur le crâne l'avait sonné, et il était pris de nausées. Les membres du groupe avaient peur qu'il n'ait une commotion cérébrale. En fait, aucun ne savait tellement quoi faire dans ce cas. Personne n'était vraiment médecin, et Jodie avait eu de la chance de s'être uniquement déboité le bras.

Nyo riait. Il était bien le seul. Mais, il était si heureux de revoir Myghan... Vivante.
Vivante... Il était seul, à la porte, montant la garde. Il avait froid, sa tête le lançait, mais il allait bien. Elle était de retour. Vraiment de retour.

Myghan se retourna dans sa couette. Ils avaient trouvé des draps et des oreillers dans une commode du salon, et après avoir déplacé les meubles, s'étaient tous installés sur le sol ou sur l'un des deux canapés. Jodie, de part sa blessure, avait eut le droit à une de ces places privilégiées. Myghan à l'autre. Pourtant, elle n'arrivait pas à s'endormir. À cause de l'adrénaline, du fait qu'elle avait bien assez "dormi", ou juste parce que Myghan était heureuse. Elle était enfin redevenue elle même. Une brusque prise de conscience l'avait fait s'éveiller. Lorsqu'ils avaient percuté le char. En fait, malgré tout, Myghan était restée très attentive aux événements. Alors lorsque le char les percuta, en dépit des apparences, elle l'avait très bien vu. Mais elle aurait sûrement rien dit en temps normal. La vie, elle la regardait s'écouler. Elle n'était plus qu'une simple spectatrice. Mais, là, ses amis allaient mourir. "Ses amis"... Elle n'y avait plus pensé depuis... Depuis la mort d'Antoine. Comme s'ils n'existaient plus. Parce que c'était l'impression qu'elle avait. Il n'y avait plus rien, à part le vide. Et là... Lorsque Myghan s'était rendu compte qu'ils allaient eux aussi mourir, disparaître, elle... Elle avait agi. Chose impensable quelques minutes auparavant.
Myghan était de retour. Parce qu'elle avait accepté la mort d'Antoine. La mort d'Antoine. Pas de son amour pour lui. Et, ses amis étaient encore vivants. Et elle les aimait. Le pouvoir de l'amour ! Elle ricana. N'était ce pas tout ce qu'ils leur restaient ? Des monstres, des amis, et la douleur lorsqu'ils disparaissaient à leur tour.

François montait la garde. Il avait prit la relève de Nyo qui, sautillant de joie, manqua de se cogner à tous les murs de fatigue.
Lui aussi était satisfait. Myghan était enfin consciente. Elle ne serait plus un poids mort. Bon, il était aussi content. Il ne supportait plus de voir ses amis flancher. C'était... Les conséquences de ses erreurs. Il aurait dû être plus attentif. Il aurait dû empêcher Antoine de rendre son portefeuille à ce gamin. Il aurait dû monter la garde dans sa chambre.
Un bruit. Léger, trop pour réveiller les personnes à l'intérieur, mais pas assez pour être dû à un simple animal. Et puis, maintenant, même les animaux étaient des dangers.
François se leva, ouvrit la porte, sans pour autant sortir.
- E... excusez moi. Je... J'ai juste faim... S'il vous plaît.
Devant lui, une femme. 35. ans, sûrement jolie, avant. Avant la mort, la famine, la crasse, le sang. Avant.
Elle tenant à peine sur ses jambes, faméliques, que laissaient entr'apercevoir un pantalon lacéré.
- Tu es seule ?
- Je... Non. Mon... Mon petit dernier m'attend. Il est seul, les autres sont...
Sa voix se brisa. Elle tremblait, et ses yeux se remplissaient lentement de larmes.
- Je ne peux pas rentrer sans rien, sanglota-t-elle. Il va mourir, je vous en supplie. Je veux... Je veux juste le sauver.
François sentit sa gorge se nouer. Il s'approcha de lui, son arme en bandoulière sagement rangée.
- Calmez-vous.
Il s'approcha et elle tomba dans ses bras, morte de fatigue, ses longs cheveux noirs et sales lui faisant comme un voile.
- Merci.
Elle sourit. Puis, un léger filet de sang coula de sa bouche. Son sourit se crispa. Ses yeux s'écarquillèrent. Sa bouche s'ouvrit, et elle toussa, crachant des postillons de sang sur le visage de son assassin.
- Pour... pourq...
- Moi aussi, j'ai des personnes chères à sauver. Je ne ferai plus les mêmes erreurs.
François se recula, extirpant son couteau de l'abdomen de la femme, la laissant s'écrouler au sol.
- N... N... Non...
- Désolé.
- François ? Ça va ?
Il se retourna d'un bond, l'arme encore ensanglantée dans la main, froid, malgré le liquide rouge qui maculait son visage.
- J'ai vu la porte ouverte et... Commença à expliquer Myghan, qui s'arrêta en voyant le corps de l'inconnue.
- Merde ! Il fait l'aider !
Elle se précipita, sans que François ne réagisse.
- Ça va aller Madame, ça va aller.
Elle la mit sur le dos, et souleva son haut pour pouvoir détailler la blessure. Myghan blêmit. Déchirant rapidement le bas de son pull, elle tenta de contenir l'hémorragie.
- François ! Comment c'est arrivé ?! Que s'est il passé ?!
Pour toute réponse, il rangea son arme.
- Il faut l'ai... l'aider, murmura la mourante.
- Qui ça ?!
- Dans une voiture, au croisement de la grande rue. Vi-vite.
Elle toussa encore, sa poitrine tressautant, faisant couler encore plus de sang de sa blessure.
- Ne bougez pas, tout ira bien ! François, va vite chercher des médocs ! Et du fil, une aiguille, tout !
- Pour quoi faire ?
- Quoi ?! Se récria-t-elle. Il faut la sauver !
- Rappelle-toi de la dernière personne que l'on a aidée. Qu'est ce que ça nous a apporté ?
- Ne parle pas de ça et...
- ANTOINE EST MORT ! Explosa-t-il, soudainement. JAMAIS PLUS AUCUN DE VOUS NE MOURRA, C'EST CLAIR ?
- Sauve-la, merde !
- Non, c'est trop risqué !
- NYOOOO ! s'égosilla Myghan.
Il déboula, haletant, inquiet.
- Va vite chercher tout le matériel médicale que tu trouveras, et réveille les autres, dis leur de venir. EXÉCUTION ! Lui hurla-t-elle, alors qu'il hésitait, surpris.

La jeune femme prit donc rapidement le contrôle de la situation, tandis que leur chef s'était assis sur les marches menant à la porte d'entrée.
- Julien, Mathieu, une voiture, avec un gamin à l'intérieur, au croisement avec la grande rue ! Jodie, passe moi les antibiotiques, des antidouleurs, et tout ce que t'as comme cicatrisant. Nyo, j'ai besoin de fil et d'aiguille, ainsi qu'à d'un briquet. Et si tu me trouves de l'alcool...
Tous obéir, partant en courant.
- Tu sais ce que tu fais Myghan ?
- Pas du tout...
Elle tourna la tête de la blessée sur le côté, pour éviter qu'elle ne s'étouffe dans son sang. Enfin, elle supposait.
Nyo revint, essoufflé.
Myghan arrosa la plaie de la femme avec de l'alcool, presque soulagée d'entendre l'inconnue gémir, preuve qu'elle était vivante. Elle brûla ensuite le bout de l'aiguille avec le briquet, pour le désinfecter. Et, les mains tremblantes, elle s'attela à la recoudre. Peut être que quelque chose avait été percé à l'intérieur, mais elle n'y voyait rien. Et de toute façon, elle ne savait pas. Elle ne se souvenait plus de ses cours. Et, quel intérêt y avait-il aujourd'hui à connaître par cœur les 5 os du poignet ?
Elle eut bientôt fini, et ré-arrosa la plaie. La femme ne réagit pas.
- Jodie !
- Je... Je ne sais pas... Je crois que je sens rien...
Jodie bougeait ses mains, à la recherche d'un pouls inexistant.
- Merde !
Myghan se lança dans le massage cardiaque. Comme à l'entraînement. On alterne bouche à bouche, et poussées sur le thorax. Comme à l'entraînement, sur ce vulgaire mannequin. Sauf que là, c'est une vraie personne. Même si elle resta aussi inerte qu'une poupée.
- Non. Non. Non. Non !
- C'est fini Myghan, tenta Jodie.
- Non !
- Elle a raison, tu devrais laisser tomber.
- Ta gueule François !

Julien et Mathieu rentrèrent. Ils s'attendaient à les voir tous dehors, mais seul François était resté sur le porche. Une lueur qui rougeoyait entre ses doigts. La fumée de cigarette qui l'entourait. Sur le trottoir, une silhouette cachée par un drap.
Mathieu demanda à François ce qui c'était passé, tandis que Julien recalait le gosse inconscient qui était dans ses bras.
- Elle est morte. Les autres sont à l'intérieur.
- Merde ! Julien, fait rentrer le petit, il faut pas qu'il voit ça.
François leva un sourcil, et tira une bouffée de sa cigarette.
À l'intérieur, dans l'obscurité, Myghan était prostrée sur le canapé, tandis que Jodie la serrait contre elle, tentant de la consoler. Nyo attendait devant la fenêtre. Il se retourna lorsque les deux gardons enterrèrent, mais ce fut Myghan qui prit la parole la première.
- Comment il va ?!
Elle se précipita sur le petit garçon.
- En vie, résuma succinctement Julien.
- Déshydraté, sous-alimenté, mort de fatigue, compléta le petit châtain.
- Je vais ouvrir une boîte de conserve et lui préparer, se proposa Nyo qui disparut en cuisine.
Myghan désigna à Julien un canapé, et il y déposa l'enfant.
Puis, Julien alla serrer Jodie dans ses bras, faisant attention à la blessure de sa compagne. Elle avait encore le bras en écharpe.
- Ça va ? Demanda-t-il.
- Ouais. Il faudrait aller enterrer le cadavre, ou au moins le cacher.
Le grand brun hocha la tête, et prit Mathieu avec lui.

Julien creusait. Il n'allait tout de même pas la laisser pourrir au soleil lorsque celui-ci se lèverait, ou être à moitié dévoré par des zombies.
Il pensait à Jodie. Il n'aurait jamais imaginé finir avec elle. C'était... Une gamine. Elle riait pour un rien, faisait du bruit, et jamais Julien ne s'était rendu compte qu'il l'appréciait. Et pourtant, alors que tous s'emmuraient dans leur difficultés et peines. Elle restait comme... joyeuse. Même si elle aussi devait souffrir, elle le cachait. Ce n'était sûrement pas mieux comme manière de faire son deuil, comme la manie de Nyo de se raccrocher au passé, mais, elle semblait encore vivante.
Julien ne se savait pas amoureux d'elle. Il fait dire qu'il n'y avait pas vraiment fait attention. Il devait protéger sa mère. Puis la venger. C'était sa manière à lui de faire son deuil, d'oublier. Il se donnait des buts. Jodie était son nouveau but. Protéger quelqu'un qu'on aime.

Mathieu s'acharnait contre les pierres et la terre, manquant de briser sa pelle.
Pourquoi pas lui ? Pourquoi jamais lui ? Il perdait un frère, et on lui retirait Jodie. Il soupira. C'était pitoyable. Même maintenant, avec la fin du monde, il arrivait à être pitoyable.
Il sentit un long morceau fin de bois lui transpercer la main. Une saloperie d'écharde gigantesque. Il grogna, et s'empressa de finir son travail.

- Comment tu t'appelles ?
- Be-Benoît.
Il avala une autre bouchée de maïs.
- Tu veux boire ? Lui proposa Myghan.
Il hocha la tête, et elle se leva pour aller lui chercher une bouteille d'eau. Jodie prit sa place.
- Elle est où maman ? Demanda le petit garçon.
Myghan qui était revenu se figea.
- Elle... Euh... Elle est partie.
- Elle va revenir quand ?
- Euh... Et bien...
- On ne sait pas, intervint Jodie. Elle est partie aider les messieurs à trouver l'antidote pour les méchants malades qui sont dehors. Mais ça va sûrement prendre du temps, alors elle t'a confié à nous.
- D'accord. Je peux ravoir du maïs ?
- Bien sûr ! Je retourne en chercher !
Myghan sortit.
- Tu as quel âge Benoît ?
- 5 ans. Et toi, tu t'appelles comment ?
- Jodie ! L'autre fille, c'est Myghan, à la fenêtre, Nyo, et dehors, il y a trois autres amis. Tu as de la famille ?
- Maman a dit que des gentils gens les ont emmenés, dans un endroit sans monstres, et qu'ils reviendraient nous chercher plus tard. Et toi, elle est où ta famille ?
- Pareil ! Heureusement, j'ai mes amis. Tu veux devenir mon ami toi aussi ?
- Oui ! Merci !
Il se blottit contre Jodie, qui sourit, gênée. Myghan pouffa de rire, posant sur la table basse une assiette.
Benoît se détacha et se dépêcha d'engloutir sa seconde portion, tandis que Jodie massait son bras encore douloureux.
Puis, Nyo s'occupa de le coucher, et Myghan fit signe à tous les membres du groupe de la rejoindre dans la cuisine, Mathieu, Julien et François compris. Elle ferma la porte, pour être sûre de ne pas le réveiller.
- François, ce que tu as fait est inadmissible.
- C'est à dire ? S'étonna Nyo.
- François a tué la mère de Benoît.
- Quoi ?! Se récria le dessinateur.
Mathieu ricana, sceptique.
- Dis leur, ordonna-t-elle.
- Je ne voulais pas reproduire la même erreur qu'avec Robert.
Sa voix était froide. Il ne demandait aucune pitié, et était sûr d'être dans le vrai.
- C'était la mère d'un gamin ! Une innocente !
- Je sais Myghan. Et alors ? Qui te dit qu'elle ne nous aurait pas tous trahi et tué ? As tu vu le monde dans le quel nous vivons ?
- C'est inhumain... Souffla Julien.
- Le monde dans lequel nous sommes l'est.
- Est ce un raison pour nous comporter en monstre ? Quelle est la différence qui nous sépare des zombies ? Intervint Nyo.
- Nous sommes vivants.
- Non. Nous éprouvons des sentiments. Eux, ils tuent, sans distinction. Nous, nous éprouvons de la pitié. Nous devons éprouver de la pitié.
- Sinon, que devenons-nous ? Continua Julien. Ton but est de nous protéger, mais dois tu perdre ton humanité pour cela ?
- Attendez, intervint Mathieu. J'aimerai qu'on réexamine la situation. On est tous soumis à une pression folle, et François a craqué, tout simplement.
- On ne tue pas des gens lorsqu'on craque, cracha Julien. On casse des assiettes et on fait une ballade pour se clamer. On ne tue pas.
Mathieu le foudroya de ses yeux bleus.
- Lorsqu'on vient de perdre pour la énième fois quelqu'un qu'on aime, et que tous les autres sont menacés de subir le même sort, si, craquer peut avoir d'autres conséquences qu'une promenade.
Le voix de Mathieu était aussi froide que son regard.
François était le seul encore parfaitement calme.
Jodie intervint, sentant la tension monter.
- Tu as le droit à l'erreur. Pleure un bon coup parce que tu es triste d'avoir perdu David, Jerem', puis Alexis, puis Antoine. Puis repars. Tu peux pas rester bloquer dessus.
- Nous devons rester en vie, c'est vrai. Préserver la race humaine, lâcha Nyo. Mais, nous ne pouvons pas perdre notre humanité. Cela n'aurait plus aucun sens.
François se raidit.
- Je dois vous protéger. Et il n'y a qu'un seul moyen. L'un de nous doit se sacrifier. Devenir un monstre, parce que c'est l'unique façon de s'opposer aux zombies, mais aussi aux autres êtres humains.
- Et pourquoi toi ?
- Je suis le chef Mathieu, sourit-il tristement. Vous m'avez confié ce rôle. Je dois respecter ma promesse. Vous devez survivre.
- Et toi dans tout ça ?
- Je... Je... Ça n'a pas d'importance. Vous devez vivre. Je ne veux pas que vous mouriez !
- François...
Myghan le serra dans ses bras.
- Nous allons tous nous en sortir. Personne n'est mort par ta faute. Écoute moi, ce n'est pas ta faute. Antoine est mort à cause de ces soldats. De leurs chefs. Pas à cause de toi. Alexis à cause des zombies. Pas à cause de toi.
- C'est grâce à toi qu'on est encore en vie, rajouta Mathieu, toujours nonchalamment adossé au frigo.
- Tu es un excellent chef, renchérit Julien, qui serra un peu plus contre lui Jodie.
- Merci.
Il se détacha de la poigne de Myghan.
- Je vais aller monter la garde, ajouta-t-il, les yeux embués.
François était donc sûr d'une chose, il aimait ses amis. Sauf peut-être Julien. Mais, malgré tout ce qu'ils avaient dit, ou justement, à cause de ça, François se jura de continuer à les protéger. Pas en tuant irraisonnablement comme avec la mère du gamin. Mais s'il devait se sacrifier...

Jodie et Julien allèrent se coucher tout les deux, suivit de Mathieu, qui alla tenir compagnie à François. Seul restait Myghan et Nyo dans la cuisine.
- Myghan ?
- Hm ?
- Je...
Il inspira une grande bouffée d'air, sous le regard intrigué de la jeune femme.
- Je vais être soudain, et très certainement pas très diplomate. Mais, je viens juste de te retrouver et je pourrai te perde dès demain. Alors, je vais y aller franc jeu. Je t'aime.
Myghan retint son souffle. Et une autre demande, si similaire à la sienne lui revint en même pire.
- Je... Et bien, je... Bégaya Myghan. Tu t'es beaucoup occupé de moi, et tu as vraiment été très prévenant, commença-t-elle, mais... Je ne sais pas, c'est peut être tro... Trop rapide. Et pour la mémoire d'Antoine, c'est...
- Attends ! S'il te plaît... Nous ne sommes plus dans le même monde. Il n'y a plus une durée réglementaire de deuil à respecter avant de pouvoir refaire sa vie, maintenant... Tu pourrais mourir toi aussi, ou moi, et... Je ne veux pas avoir de regret.
- Ce n'est pas que ça ! Je ne suis pas sûre d'être amoureuse de toi.
- Pas sûre ? Ce n'est pas une réponse.
- Je... Je t'aime bien...
- Non plus. Répond moi franchement, est ce que tu voudrais sortir avec moi ?
Myghan ricana, nerveuse, rapidement rejoins par Nyo.
- C'est très ridicule dit comme ça, je l'avoue ! Alors... Veux-tu être avec moi ? En tant que... Petite amie ?
Myghan réfléchissait. Raaaah ! Il n'aurait pas pût faire sa demande un autre jour ? Ou lui laisser le temps de réfléchir ? Et maintenant il lui demandait une réponse, immédiatement ! Merdeeeeuuuuh !
D'un côté, ce n'est vraiment pas bien, vis à vis d'Antoine, mais d'un autre côté, elle avait bien le droit de vivre ! Et comme l'a dit Nyo, elle pouvait être tuée dans l'heure qui venait. Et puis, elle l'aimait bien. Voire beaucoup. Voire tout court. Il a été là, tout le temps, lorsqu'elle avait lâché prise. Même lorsqu'elle était presque totalement partie. Il avait été là, fidèle au poste. Et puis, sortir avec quelqu'un... Cela lui rappelait tellement avant.
- Ok.
- Ok ?
- Ok.
S'ensuivit un silence gêné.
- C'est pas dans ces moments là que le vaillant héros embrasse la demoiselle en détresse ? Sourit Myghan.
- Avec la nuit tombante, une douce chute de neige et une musique romantique ? Si, très certainement.
- J'ai du riz, ça pourrait faire l'affaire.
- Ne gâchons pas la nourriture, on fera sans !
Il l'embrassa vivement.
Jodie entra dans la pièce, en riant, et les deux amoureux s'arrêtèrent, rouges.
- Ne vous arrêtez pas pour moi ! Et pour ce qui est de la musique, je résous votre affaire ! L'amooooouuuur briiiiiiiiille, sous leeees étooooiiiles, commença-t-elle à beugler, tandis que son amie s'efforçait de se dégager de l'étreinte de Nyo, mort de rire, pour aller l'égorger.
- ... Un moment royaaaaaaaaaal! Finit la fille aux yeux bleus, s'enfuyant.
- Je lui ferai bouffer sa langue, grommela la brune.
Nyo l'embrassa de nouveau, pour la faire taire.

Ils partirent tous le lendemain, embraquant des vivres, quelques vêtements, et de nouvelles armes, comme des machettes. Julien crocheta deux voitures, pour pouvoir loger tout le groupe.
- Nous allons partir avec deux voitures. Le rendez vous est ici, dans ce village, à 5 heures de route. Si nous sommes séparés, les premiers arrivés attendront les autres avant de repartir, avait exposé François. Toutes fois, si d'ici 24 heures, les deux groupes ne se sont pas rejoins, il faudra reprendre la route. C'est clair ?
Mathieu, Myghan, Nyo, Benoît et Jodie dans l'une, François et Julien dans l'autre.
- On va où ? Demanda le petit.
- On cherche une nouvelle maison, lui répondit Jodie, en fermant la porte, tandis que les deux voitures démarraient.