CHAPITRE 17 : PAIX OU MENACE ?
Millerna et Allen, dans leurs habits royaux, s'installèrent sur leur trône. Un messager les avait avisés que le représentant du seigneur de Calanus était en route vers le palais, escorté par Yan. Ils arriveraient d'une minute à l'autre et le couple royal se demandait toujours la raison de cette demande d'audience. Le roi, la reine et quelques conseillers seulement étaient présents dans la salle du trône, à l'exception des soldats de garde. L'attention générale était portée sur la porte principale lorsque des voix se firent entendre derrière la poste latérale. La salle était bien isolée pour éviter qu'on puisse y espionner les conversations de l'extérieur, on entendait donc mal ce qui se disait de l'autre côté de la porte. Elle s'ouvrit d'un coup et Mia entra en trompe dans la salle du trône, malgré les protestations du garde.
« Excusez mon intrusion, mais je devais vous parler immédiatement. » Expliqua la jeune femme en s'avançant vers l'estrade où trônait les deux monarques.
Millerna et Allen connaissaient bien la jeune femme et savait qu'elle n'aurait pas pénétré dans la salle du trône alors qu'une audience royale était sur le point de commencer si ça n'avait pas été important. La reine lui fit donc rapidement signe de s'approcher et d'en venir à l'essentiel. Mia monta sur la marche de l'estrade des trônes et s'approcha du couple pour éviter d'avoir à parler trop fort.
« Tarek et Kimito m'ont demandé de vous avertir que leur deux fragments de pendentif atlante se sont mis à briller au moment où le vaisseau Calanes devait faire son approche pour atterrir en ville. » Révéla Mia.
Millerna et Allen échangèrent un regard incertain.
« Ont-ils un idée de la raison? » S'enquit Millerna.
« Non, ils ne savent pas ce que ça veut dire, mais ils croyaient sage de vous mettre au courant, car ce n'est pas forcément mauvais signe ou bon signe, mais jamais ils ne brillent sans raison. »
Deux coup résonnèrent sur la porte principale annonçant la venue d'un invité. Mia quitta l'estrade en vitesse et se précipita vers la porte latérale par où elle était entrée. Avant de sortir, elle lança un rapide coup d'œil vers la grande porte. Celle-ci s'ouvrit et un homme costaud de taille moyenne pénétra dans la pièce. Mia ne s'attarda pas, elle eut à peine le temps d'entrevoir son visage avant de refermer la porte rapidement, mais sans faire trop de bruit. Une fois la porte close, il ne lui était plus possible d'entendre ce qu'il allait s'y dire, l'insonorisation de la pièce étant spécialement conçue dans ce but. Elle n'avait donc aucune raison de s'attarder davantage près de la salle du trône, elle rejoignit plutôt les Fanaliens dans leur petit salon.
Quatre personnes seulement étaient descendues du vaisseau Calanes, le reste des passagers attendaient leur retour au quai de Pallas sous l'œil attentif des troupes Asturiennes. Des quatre personnes, on identifiait rapidement celui qui représentait les Calanes et avait requit une audience. Un homme et une femme vêtues de noirs le suivaient un pas derrière lui, il s'agissait vraisemblablement de sa garde rapprochée, malgré le fait qu'il suffisait d'un coup d'œil au représentant pour comprendre qu'il n'avait pas besoin d'aide pour assurer sa défense, il saurait parfaitement le faire lui-même. Il avait un carrure assez imposante et les cicatrices visibles sur ses bras, et peut-être d'autres dissimulées par ses habits, démontraient qu'il s'était retrouvé dans un combat plus d'une fois dans sa vie. Le dernier membre de la délégation, était un jeune d'une treizième d'année aux cheveux châtains courts et ébouriffés. L'adolescent s'avança en premier et s'arrêta trois mètres devant l'estrade royale, comme le voulait l'étiquette Gaeaienne en présence d'un monarque.
« Messire Moxil, représentant de Calanus, ici présent, parlera lors de l'audience que vous avez accepté de lui accorder au nom de notre Seigneur. » Annonça-t-il.
« Avancez, Messire Moxil. » L'invita Allen d'une voix neutre.
Ce dernier avança jusqu'à la hauteur de l'adolescent. Allen et Millerna avaient instantanément reconnu le nom du général qui avait dirigé l'attaque d'Egzardia. Ils ne devaient par contre rien n'en laisser paraître, car sans l'intervention de Tarek, jamais ils n'auraient dû le savoir. Aucun indice montrant qu'ils avaient déjà entendu ce nom auparavant ne devait transparaître s'ils ne voulaient pas éveiller les soupçons et éventuellement trahir la présence de Tarek et ses compagnons et leur passage à Egzardia.
« Moi-même et mon souverain vous remercions d'avoir si aimablement accepté de nous accorder une audience.» Commença Moxil en s'inclina très élégamment devant le roi et la reine d'Asturia.
« Vous êtes le bienvenu à Asturia pour cette audience. Malheureusement, le messager que vous nous avez envoyé n'a pas su nous éclairer sur le sujet que vous souhaitiez aborder lors de cette rencontre. »
Allen avait volontairement dirigé la faute vers le messager, même s'il savait que c'est Moxil, ou son seigneur, qui avait voulu les garder dans l'ignorance.
« Vous m'en voyez désolé. Nous voulons vous présentez une offre de paix. »
« Aurions-nous un conflit quelconque avec votre seigneur, messire Moxil ? » Demanda Allen.
« Pas jusqu'à ce jour, votre Altesse. Et mon seigneur, souhaite sincèrement que cette situation perdure ainsi très longtemps. » Répondit Moxil.
Allen allait répliquer, mais Millerna les interrompit.
« Pardonnez, mon ignorance. Mais je dois avouer que le nom de votre seigneur m'a échappé. » S'enquit Millerna.
La reine avait volontairement formulé la demande, comme si l'oubli venait d'elle, au lieu de clairement relever le fait qu'il n'avait en fait jamais mentionné le nom de son seigneur. Lors de leur petit conseil avant l'audience, ils avaient jugés qu'il valait mieux éviter de les blâmer ou les contrarier pour le moment afin de les faire parler le plus possible et tenter d'en apprendre davantage sur leurs intentions réelles.
« Mon seigneur, Paphio Calan, maître de Calanus, ne vous en tiendra pas rigueur, noble reine. »
Ce nom leur était parfaitement inconnu, mais ils étaient toujours bon de connaître le nom d'un ennemi potentiel, car malgré les belles paroles qu'ils se partageaient durant cette audience, Millerna et Allen n'étaient pas idiots. Même s'ils jouaient le jeu des beaux discours pour le moment, ils ne croyaient pas sincèrement en l'honnête de l'offre que leur présentait Moxil
«Si nous n'avons effectivement aucun conflit entre nous, comme vous venez de le confirmer, ne somme nous pas déjà en paix? » Demanda ensuite Millerna sur le même ton innocent. Espérant obtenir plus en jouant les reines naïves et curieuses plutôt que de laisser Allen lancer un interrogatoire en règle.
« Oui, vous avez raison. Et c'est d'ailleurs ce que mon seigneur souhaite prolonger par son offre. »
« Vous parlez d'un offre. Mais en quoi consiste cette offre ? » Voulut savoir Allen.
« Comme je vous l'ai dit, il vous offre de rester en paix avec vous et votre royaume. »
« Le seigneur Paphio croit-il que nous ayons une raison de ne pas vouloir maintenir cette paix pour vous envoyer nous présenter cette offre ? »
« Pas spécialement, mais des choses peuvent parfois survenir et il souhaite s'assurer que la paix continuera de régner entre nos patries. »
« Est-ce que ces chose dont vous parlez peuvent avoir un lien avec ce qui est survenu récemment à Egzardia ? » Lança Millerna, cassant l'image innocente qu'elle avait abordée jusqu'à présent.
« C'est pour protéger les royaumes comme le votre des troubles de ce genre que nous désirons offrir la paix à tous les royaumes de Gaea. »
Millerna et Allen n'eurent même pas à échanger un regard pour savoir que l'un comme l'autre, ils avaient remarqués l'ironie flagrante de cette affirmation.
« Voici, ce que mon seigneur souhaite vous offrir concrètement. Il s'engagea à ne jamais présenter aucune offensive contre votre royaume et ainsi maintenir la paix avec vous aussi longtemps que, de votre côté, vous ne montrez aucune signe de menace contre mon seigneur ou les siens. »
Les paroles de Moxil n'étaient pas des menaces directs et pouvaient sembler logique pour quelqu'un qui voudrait effectivement établir la paix. Mais connaissant les récents évènements et les antécédents des Calanes, ils auraient fallu être naïf pour ne pas comprendre qu'il s'agissait effectivement d'une sorte de menace ou à tout le moins de chantage.
Allen et Millerna ne connaissaient pas encore les projets des Calanes, mais ils venaient de comprendre une chose. L'attaque d'Egzardia avait finalement un but précis, celui de servir d'exemple. Ils avaient montré à Gaea de quoi ils étaient capables et prochainement, ils rendraient sans doute visite à tous les dirigeants des royaumes pour leur présenter la même offre. En clair, le message était nous vous laisserons tranquille aussi longtemps que vous ne vous opposerez pas à nous. Si les dirigeants, par peur de subir le même sort qu'Egzardia en cas de refus, acceptaient tous cette offre, ils laisseraient le champ libre aux Calanes pour agir tant qu'ils ne s'en prenaient pas directement à leur royaume. Cette situation pouvait devenir très dangereuse pour Gaea en entier.
« Nous n'avons aucun raison de refuser l'offre de votre seigneur et de rompe la paix. Faîtes le lui savoir. » Déclara Allen.
Ils n'avaient effectivement pas l'intention de rompre la paix, du moins pour le moment. S'ils refusaient immédiatement, les Calanes enverraient leurs troupes vers Asturia et ils se devaient de penser à leur peuple d'abord et avant tous. Malheureusement, tous les dirigeants feraient la même chose. Ils devraient donc découvrir les intentions réelles des Calanes au plus vite avant qu'ils ne s'en prennent à un autre royaume.
« Je lui communiquerai vos paroles et j'espère qu'une paix durable subsistera entre nous. »
Allen en doutait grandement, mais se garda bien de le mentionner. Il avait surtout hâte d'en finir avec cette audience très forte en faux semblants et en belles paroles hypocrites. La discussion touchait d'ailleurs à sa fin. Les Calanes voulaient seulement mettre Asturia en garde que l'exemple d'Egzardia pouvait se répéter si jamais ils se mettaient dans leur chemin d'une manière ou d'une autre. Après les salutations d'usage, Moxil, ses deux gardes et l'adolescent quittèrent la salle du trône, suivi à nouveau de Yan et ses quelques soldats qui les escorteraient tant que les Calanes ne seraient pas de retour dans leur vaisseau.
Pendant que l'audience avait lieu, Mia était retourné au salon où attendait toujours Tarek, Naomi, Kimito et Kieko. Elle cogna trois petits coups et entra. Tarek faisait toujours les cents pas d'un bord à l'autre de la pièce. Kieko le regardait faire, sur le bord de lui ordonner de s'asseoir tellement il le trouvait agaçant. Kimito et Naomi, elles, étaient assisse sur l'un des divans. Lorsque Mia entra tous lui demandèrent en même temps des nouvelles de l'audience. L'adolescente leur expliqua qu'elle avait avertit Millerna et Allen, mais n'avait rien pu entendre de l'audience, la salle du trône étant isolé pour éviter que ce soit possible. Elle avait à peine eu le temps de voir les Calanes arrivée avant de sortir par la porte latérale.
« Tu les as vus? Combien étaient-ils? De quoi ils avaient l'air? » Lui demandèrent-t-ils.
« Ils étaient quatre je crois. Le représentant était un homme assez costaud avec les cheveux presque rasé. Il y avait un homme et une femme avec lui, mais je n'ai pas eu le temps de bien les voir. Le dernier était plus jeune que nous, les cheveux châtains assez court, je lui donne pas plus de treize, maximum quatorze ans. »
« Pourquoi amené un adolescent avec eux? » Demanda Naomi surprise.
Tarek n'entendit pas les répliques des autres sur le sujet, ou plutôt il n'y porta pas attention. Il avait de la misère a suporter que des Calanes soit si près d'eux entrain de parler tranquillement avec les anciens amis de ses défunts parents. Comment arrivaient-ils à garder leur calme face à eux? Il avait envi de sortir de ce stupide salon et d'aller les confronter. Il se demandait comment ils réagiraient s'ils savaient qu'il était présent. Essayeraient-il de le tuer à nouveau? Est-ce que l'un d'entre eux était présent lorsque ses parents avaient été tués?
« Tarek, veux-tu arrêter de marcher d'un bord à l'autre de la pièce, tu es épuisant. » S'exclama Kieko.
Tarek s'arrêta, reprenant conscience des gens qui l'entouraient. Un coup à la porte attira alors l'attention des occupants du salon.
« L'audience vient de se terminer. » Les informa un garde.
Tarek hésita un moment, puis se dirigea vers la porte sans rien dire aux autres.
« Millerna et Allen ont dit qu'ils viendraient nous rejoindre aussitôt que les Calanes seraient hors du château. » Rappela Mia.
« Je ne resterais pas ici tranquillement et les laisser repartir sans rien faire. » Annonça Tarek en ouvrant la porte.
« Tu étais d'accord qu'il valait mieux ne pas attirer l'attention sur ta présence. Tu dois rester ici. » L'avertit Kimito, qui craignait qu'il ne fasse quelque chose d'irréfléchis.
« Je ne suis plus un enfant, tu n'as pas à me dire quoi faire, Kimmy. »
Kimito allait répliquer, mais Tarek ne lui en donnant pas le temps.
« Je ne vais rien faire d'imprudence, mais je dois les voir. » Ajouta-t-il en sortant du salon et claquant la porte derrière lui pour qu'ils ne le suivent pas.
Kimito se précipita dans le corridor, mais il n'y était déjà plus. Partir à sa recherche risquait seulement d'augmenter le risque qu'il soit découvert, elle soupira en souhaitant de tout cœur qu'il soit prudent et discret.
Quelques minutes plus tard, Millerna et Allen arrivèrent dans le petit salon. Dés leur entrée, ils notèrent l'absence de Tarek.
« Où est Tarek? » Demanda Allen sans détour.
« Il est partit juste après qu'on nous ait apprit la fin de l'audience. »
« A-t-il dit ce qu'il avait l'intention de faire? »
« Pas exactement, mais il a promit qu'il ne se ferait pas voir. »
« On s'était mis d'accord pourquoi a-t-il fallu qu'il en fasse à sa tête. » S'exaspéra Allen.
« Il est le digne fils de ses parents. » Fit remarqué Millerna, ce qui détendit l'atmosphère.
« Espérons qu'il n'est pas seulement hérité de la tête de mule de Van, mais aussi du jugement de sa mère. »
