CHAPITRE 18 : RÉVÉLATION
Décidé à atteindre son but, le roi de Fanalia, serra dans sa main le fragment de pierre atlante et se concentra sur son objectif : trouver les Calanes. Il avait vu sa mère utiliser son pendentif de cette façon plusieurs fois et il l'avait réalisé à son tour à l'occasion depuis. Ses visions étaient moins précises qu'Hitomi, mais suffisamment pour lui être d'une bonne aide. Il eut alors un flash des rues de la ville, ils avaient déjà quitté le château. Tarek fila à travers les corridors du château et dévala les marches qui descendaient vers Pallas. Les Calanes avaient de l'avance sur lui, il devait faire vite pour les rejoindre avant qu'ils ne traversent entièrement la ville jusquà la piste de décollage des vaisseaux. Il serra la pierre atlante entre ses mains et sentit qu'ils avaient presque traversé la ville. Il courait dans les rues et traversa le marché à leur recherche sans se soucier des autres passants. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il ferait lorsqu'il les rattraperait. Il avait dit à Kimito qu'il ne ferait pas d'imprudence et il n'avait pas l'intention d'en faire non plus, mais il savait qu'il devait les trouver avant qu'il embarque dans leur vaisseau. Il ne pouvait pas dire pourquoi il y tenait tellement, cependant son instinct lui dictait de le faire comme si sa vie en dépendait.
Il ne les avait pas aperçus en ville et continua sa course vers les hangars à vaisseau sans ralentir l'allure, malgré la protestation de ses poumons et ses muscles. Il les vit enfin lorsqu'il atteignit la dernière cote qui menait à la piste où les attendaient le vaisseau Calanes et son équipage. Il s'arrêta quelques secondes, en partie pour reprendre un peu son souffle et pour évaluer la meilleure approche possible pour rester discret. S'il montait directement par le chemin, ils le verraient venir immédiatement. Il se replia donc dans les herbages le long de la route et grimpa la pente, accroupi dans les herbes et le feuillage. Il réussit à gagner le bord de la piste sans être vu. Il localisa alors de grosses caisses sur sa gauche. Il jeta un coup d'œil aux Calanes et aux Asturiens présents. Lorsqu'il jugea sécuritaire de sortir à découvert, il s'élança et franchit les dix mètres qui le séparait du point d'observation qu'il avait choisi. Un fois caché par les caisses, il s'accroupit et attendit un instant. Les sens aux aguets, il s'assura que sa présence n'avait pas été trahi avant de risquer un coup d'œil.
Il sortit tranquillement la tête sur le côté des caisses pour voir ce qui se passait face aux vaisseaux des Calanes. Il vit les soldats Asturiens de Yan d'un côté de la piste s'assurant du départ des Calanes avant de rentrer au château. Certains passagers du vaisseau Calanes étaient sortis sur la piste en attendant le retour des quatre partis au château. Tarek n'eut aucun mal à reconnaître celui que l'on nommait Moxil. Il semblait belle et bien être celui en commandement.
« Tout le monde à bord! » Ordonna-t-il.
Il ne semblait pas très content de constater qu'ils n'étaient pas prêts à partir dés son arrivée, visiblement, il n'aimait pas qu'on le fasse attendre. Les Calanes ne se le firent pas dire deux fois et commencèrent immédiatement à monter à bord.
« Qu'est-ce qu'elle fait-là? » S'exclama-t-il.
Tarek parcourut les alentours des yeux pour comprendre de qui il parlait. Une femme agrippa une jeune fille par un bras et la ramena vers eux. Tarek ne comprenait pas ce que cette fille avait pu faire de mal. En fait, avec sa tresse noire et sa petite taille, au milieu de ses adultes entraînés au combat elle avait l'air encore plus innocente de tout ce qu'on aurait pu lui reprocher.
« Tu n'avais pas le droit de quitter le vaisseau et tu le savais très bien. » Beugla-t-il à la jeune fille.
Celle-ci baissa la tête en signe de soumission, ne tenant pas à s'attirer les foudres du colosse.
« Vous deviez la garder à l'intérieur. »
Moxil s'adressait à présent à la femme qui la tenait toujours par un bras. Tandis qu'il parlait avec la femme, Tarek reporta son attention sur la jeune fille. À l'œil, il lui donna environ onze ou douze ans. L'attention n'étant plus sur elle, il vit qu'elle redressait la tête et, à sa plus grande surprise, elle la tourna dans sa direction, comme si elle savait qu'il était là avant même de relever la tête. Au même moment, il sentit la pierre qu'il tenait toujours dans son poing émettre une légère chaleur, il savait que s'il ouvrait sa paume, elle brillerait, mais il ne le fit pas pour éviter de trahir sa présence. Son regard croisa celui de la jeune fille et le monde sembla s'arrêter un moment lorsqu'il plongea dans ses yeux couleurs émeraudes. Il connaissait très bien ces yeux, sa mère avait exactement les mêmes, mais elle était morte des années plus tôt. Une seule autre personne à sa connaissance avait eu des yeux comme ceux-ci, sa petite sœur qu'il avait perdue en même temps que ses parents.
Le monde s'évanouit autour du nouveau roi de Fanalia. Il se retrouva à Fanalia et vit des fractions de scènes s'étant déroulées dans son enfance.
Ses parents assis l'un à coté de l'autre dans l'herbe tandis qu'une jeune version de lui-même jouait avec sa sœur…
Dans son ancienne chambre, lui et sa sœur sont assis sur le lit tandis que Kimito, un livre à la main, leur raconte l'histoire qu'il contient et leur montre les images…
Dans les jardins, un jeune prince blond en visite bouscule sa sœur qui tombe et se met à pleurer. Le jeune Tarek prend sa défense et pousse l'autre garçon dans l'étang. La petite princesse se met à rire et sourit à son grand frère.
Sur la colline au bord de Fanalia, la petite Talim déploie de belles ailes blanches pour la première fois sous les yeux ébahis du jeune Tarek. Il déploie les siennes à son tour. Ils courent dans le pré ensemble, sans quitter le sol. Leurs parents n'aimaient pas que Tarek volent en l'absence de Van, n'était pas encore très expérimenté. De toute façon, les petites ailes de sa sœur ne seraient pas encore assez fortes pour la soutenir. Il lui montra plutôt comment les faire disparaître. Les ailes de sa sœur disparurent et elle adressa un radieux sourire à son grand frère.
La piste et les hangars à vaisseaux de Pallas réapparurent autour de Tarek, toujours caché derrière les caisses. Un peu plus loin Moxil critiquait toujours la femme qui tenait toujours la jeune fille par le bras, qui, elle, fixait toujours son regard émeraude sur lui et lui adressa le même sourire que dans ses souvenirs. Talim! Cria la voix intérieure de Tarek. Il l'avait crue morte depuis toutes ses années, mais les Calanes ne l'avaient pas éliminée comme ses parents. Elle était belle et bien vivante et avait passés les neuf dernières années prisonnières des assassins de leurs parents. Une immense colère l'envahit et le poussait à se lever et courir vers eux pour libérer Talim et les faire payer pour tous ce qu'ils avaient fait à sa sœur, leur parents et tous les autres qui avaient été injustement leur victimes.
Reste caché! Le somma une voix dans son esprit au moment même où il allait se lever.
Tarek resta donc baissé derrière les caisses. La voix l'avait arrêté juste à temps. La logique reprit finalement le contrôle sur ses émotions. Il n'aurait eu aucune chance seul face à tous ses Calanes armés et son intervention aurait pu mettre en danger Talim plutôt que de lui venir en aide. Sa sœur lui envoya un petit hochement de tête, presque imperceptible, comme si elle approuvait son raisonnement. Ça n'avait pourtant aucun sens, elle ne pouvait pas savoir ce qu'il voulait faire… bien qu'elle semblait savoir qu'il était là un peu plus tôt.
Tarek continua donc à les observer, impuissant. L'adolescent châtain dont Mia leur avait parlé au château. S'approcha de Talim et Moxil.
« Voulez-vous que je la ramène à l'intérieur? » Proposa-t-il.
Moxil lui indiqua de le faire d'un simple geste de la main tandis qu'il ordonna à nouveau à tout le monde de monter à bord. La femme qui tenait Talim par l'avant-bras la lâcha et l'adolescent, pour sa part, la prit par la main et l'entraîna vers le vaisseau. Rapidement, tous les Calanes restant montèrent également à bord, suivi par Moxil qui y pénétra le dernier. La porte se referma et en quelques minutes les moteurs furent mis en marche et le vaisseau s'éleva et prit de l'altitude. De sa cachette, Tarek le regarda partir en serrant les poings. Je vais te sortir de là, Talim. Je te le promets!
Pendant ce temps au château, les autres s'inquiétaient de ce que Tarek avait en tête et pourrait tenter. Certains voulaient partir à sa recherche, mais Allen les arrêta. Le roi d'Asturia se demandait autant que les autres ce qu'il faisait en ce moment même, cependant si les Calanes les voyaient arriver, ils pourraient trahir la présence de Tarek ou éveiller la curiosité de Moxil. Ne souhaitant aucun des deux, ils valaient mieux rester au château le temps que le vaisseau Calane quitte la ville. Le chevalier Yan avait pour ordre de revenir aussitôt le vaisseau hors de vue.
Une quinzaine de minutes plus tard, Yan et sa petite troupe arrivèrent au château. Ils sortirent tous pour avoir des nouvelles au sujet de Tarek, se disant qu'ils l'avaient peut-être croisé.
« Les Calanes ont quitté l'espace aérien de la ville en direction de l'Ouest. » Annonça Yan.
« Parfait. C'est-il passé quelque chose de particulier ? » Demanda le roi.
« Non, rien. Ils sont retournés directement au vaisseau. Les autres Calanes les attendaient à proximité du vaisseau, mais aucun ne s'est beaucoup éloigné, mes hommes sur place le confirment. »
« Vous n'auriez pas vu Tarek par hasard ? » Demanda Kimito.
« Non. Je croyais le jeune roi au château. » S'étonna Yan.
« C'est plutôt bon signe en fait. Car si Yan et ses hommes ne l'ont pas vu, les Calanes n'ont pas dû le voir non plus. »
« Où est-il alors ? » S'inquiéta Kieko.
« Il finira bien pas revenir de lui-même. » Déclara Millerna. Van aussi disparaissait parfois et il avait un don pour rester introuvable jusqu'à ce qu'il décide de revenir de lui-même. Hitomi et Merle étaient les seules qui réussissaient à le trouver malgré tout, se rappela-t-elle.
Ils retournèrent tous à l'intérieur, d'accord avec les dires de Millerna. De toute façon, les Calanes ayant quitté la ville, Tarek finirait par rentrer tôt ou tard. Kieko s'attarda tout de même dans cour du château. Comme s'il espérait que Tarek se montre maintenant que les autres était partit. Mais rien ne se produisit. S'ils étaient à Fanalia, il se serait lancé à sa recherche, mais il ne connaissait aucunement Pallas.
À l'heure du souper, Tarek ne fit toujours aucune apparition. Kimito commençait à s'inquiéter comme Kieko. Yan et Allen décidèrent de retourner en ville, ils feraient également le tour des gardes qui avaient parcouru la cité au courant de l'après-midi, au cas où l'un d'eux pourrait leur dévoiler un indice qui pourrait les aider. Naomi, Kimito et Kieko pour leur part décidèrent de fouiller le château et les environs à la recherche du roi de Fanalia. Malheureusement, aucuns d'eux ne le trouveraient.
De son côté, Mia se promena également autour du château, pas tellement pour retrouver le monarque disparu, mais surtout pour profiter du beau temps extérieur et d'un peu de solitude afin de repenser à tous ce qui s'était passé dernièrement. Le silence qui régnait autour d'elle fut brisé par des bruits métalliques. Intriqué, Mia s'approcha de leur origine et les identifia finalement comme étant le son d'épées s'entrechoquantes. Elle contourna l'un des bâtiments et déboucha sur l'une des courts d'entraînements des soldats. Deux jeunes hommes croisaient le fer dans un combat amical. Malgré la pénombre du crépuscule, Mia reconnut le plus grand des deux avec ses cheveux blonds virevoltants d'un côté à l'autre à chacune de ses attaques. Elle se réjouit de le trouver en compagnie masculine cette fois. Cette seule observation la rendit plus à l'aise de l'approcher que lors de leurs rencontres précédentes. En s'avançant vers les duellistes, elle s'intéressa à l'adversaire de Mattéo. Il avait le même âge qu'eux et portait l'uniforme des soldats d'Asturia, ses cheveux bruns clairs coupés très courts et le tient bronzé de sa peau ne lui était pas inconnu. Lorsque les déplacements de leur combat le firent se tourner face à elle, elle l'identifia définitivement. Les deux combattants prenant enfin conscience de leur spectatrice, ils s'interrompirent et la saluèrent.
« Je ne voulais pas vous interrompe. » S'excusa Mia.
« C'est pas grave j'allais le battre de toute façon. » Déclara Mattéo.
« Je ne compterais pas trop là-dessus à ta place, Matt. Tu devrais plutôt la remercie de t'avoir épargné la défaite. »
« Tu peux toujours rêver. » Répliqua le prince.
Mia était contente de voir que ses deux-là s'entendaient toujours aussi bien que dans ses souvenirs. Will et Mattéo étaient des amis de très longue date. En fait, étant le fils de Yan Ristylor l'un des meilleurs chevaliers célestes, Will avait grandit au château. Très tôt, il avait commencé à recevoir l'enseignement d'escrime de son père. Un prince devant également apprendre le maniement de la lame et ils se retrouvèrent très vite à apprendre ensemble. Une forte amitié grandit dés lors entre eux. Passant beaucoup de temps au château également, Mia s'était liée d'amitié avec Will en même temps qu'avec Mattéo.
« Je croyais que tu étais en poste à l'extérieur de la ville. »
« Je viens de revenir aujourd'hui. Mon père m'a expliqué ce qui était arrivé à Egzardia.» Compatit-il.
« Je n'étais pas présente au moment de l'attaque et mon père a pu quitter la ville sain et sauf, comme tous ceux qui vivaient sous notre toit. »
« Heureusement, j'ai été aussi soulagé que Matt, lorsqu'il m'a appris que toi et ton père étiez de retour à Pallas.»
Mia fut d'abord troublée que Will prétende que le prince avait été soulagé qu'elle soit de retour à Pallas saine et sauve. Mais tout compte fait, même s'il n'y avait plus rien entre eux, jamais elle ne souhaiterait qu'il lui arrive quelque chose de grave et il devait en être ainsi pour lui aussi.
