¤ Le poids de la solitude ¤
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Chapitre 1 : Cinq vies, un amour
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- Bonjour à tous, merci d'être toujours aussi fidèles à Karakura TV news. Ce matin dans l'actualité : la violence dans nos rues. Depuis l'élection du nouveau maire nous avons noté une nette baisse de la délinquance, seulement un cas survenu il y a quelques heures à peine soulève la réelle efficacité de la prise en charge de ce phénomène en régression mais toujours présent dans notre société. En effet, cette nuit, cinq membres d'un gang bien connu pour semer la terreur se sont retrouvés mêlés à une nouvelle bagarre d'une violence inouïe. Notre envoyé spécial présent sur place dans le quartier de Minami-Kawase va nous apporter de plus amples détails. Bonjour, Moriya san. Alors, que pouvez-vous nous dire sur ce massacre ayant eu lieu si proche des habitations ? Y a-t-il des témoins ? Les membres sont-ils tous dans un état méconnaissable ? La police a-t-elle des suspects ? On peut affirmer que les enquêteurs ont du lourd travail sur les bras.
- Bonjour, Imari san, répondit le Moriya en question. En effet, le commissaire en charge de l'enquête a fait savoir que...
Plus aucune image sur l'écran.
Les yeux gonflés de sommeil, Orihime posa la télécommande et laissa sa tête retomber sur l'oreiller. Encore une fois, elle s'était endormie et émergeait de l'inconscience grâce à la télévision. Sauf que si une chose lui était insupportable, c'était bien les informations. A vrai dire, elle détestait l'actualité en général que ce soit à la radio, dans les journaux, sur Internet, le bouche à oreille. En clair, tous les supports possibles et imaginables.
En jetant un œil à la fenêtre, elle remarqua la tristesse du ciel. Cet amoncellement de nuages gris foncé annonçait un orage violent. Qu'importe de toute façon, il y a bien longtemps qu'elle n'accordait plus aucun intérêt à la météo. Il fut un temps où elle se plaisait à penser être comme la pluie, capable de relier ensemble deux cœurs éloignés. Il y a bien longtemps qu'elle ne se perdait plus dans ce genre de fantaisie.
Son réveil sonna comme chaque matin à la même heure et Orihime l'éteignit mollement, se leva et entra dans la douche. Aujourd'hui serait sa dernière journée de travail avant trois semaines de vacances, ce qui ne l'enthousiasmait guère. Cette année encore, ses amis la colleraient presque tous les jours et l'entraîneraient un peu partout pour lui changer les idées. Ils savaient que c'était inutile mais persistaient. Pourquoi ? Ne voyaient-ils donc pas qu'ils n'atténuaient en rien sa souffrance mais augmentaient au contraire sa nervosité ?
Une fois sèche, la demoiselle s'habilla d'un tailleur pantalon noir, noua ses cheveux auburn en un chignon informe, se passa un peu de crème. Eh oui, pas de maquillage, pas de parfum, pas de bijoux comme nombre de femmes passant des heures à se pomponner. Pour Orihime, un simple regard vide dans le miroir au-dessus du lavabo suffisait pour le reste de la journée.
Elle descendit à la cuisine retrouver son « colocataire », Yasutora Sado alias « Chad » et son chien trouvé dans la rue, un labrador nommé Okito chan.
- Bonjour, Inoue.
- Bonjour, Sado kun, répondit-elle avec l'ombre d'un sourire tout en caressant le chien.
Sado était une force de la nature. Grand, la peau sombre, costaud, que du muscle et un cœur en or. Et le meilleur ami de l'homme qu'elle aimait...
- Comment vas-tu ? demanda-t-il, assis sur l'un des hauts tabourets.
- Je vais bien, affirma-t-elle entre deux gorgées de jus.
- Que veux-tu faire aujourd'hui ? se renseigna Chad à voix basse.
Dos à lui, Orihime rinça son verre et se dirigea vers la sortie.
- Je veux rester seule, inutile de venir me chercher ce soir.
- Mais...
- J'insiste, Sado kun, dit-elle fermement en lui montrant son profil.
- Très bien, se résigna-t-il dans un soupir. Tu as pris ta ventoline ?
- Oui. Je serai là pour le dîner.
Là-dessus, elle alla mettre ses escarpins ainsi que son manteau de la même couleur que son tailleur et sortit à l'extérieur.
En dépit de la grisaille, les cerisiers en fleur ne manquaient pas d'attrait. Au volant de sa voiture, Inoue ne les remarqua même pas cependant, uniquement concentrée sur la route et la signification de cette journée.
Quelle était l'histoire d'Inoue Orihime ? Beaucoup de gens la connaissaient. Inoue Orihime était une belle et très intelligente jeune femme de trente ans, biologiste et financièrement très confortable. Ses travaux lui valurent de travailler en collaboration avec de nombreux médecins et chercheurs sur la mise au point de vaccins efficaces pour la plupart. Cela, c'était le côté positif de sa vie.
Venons-en à la face cachée de l'iceberg à présent.
Inoue Orihime fut élevée jusqu'à ses trois ans par une mère prostituée et un père alcoolique avant d'être sauvée et prise en charge par son frère aîné mort tragiquement alors qu'elle était âgée de dix-neuf ans. A vingt ans, elle rencontre l'amour de sa vie, Kurosaki Ichigo avec lequel elle vivra un amour passionnel... jusqu'à finir célibataire depuis cinq ans maintenant.
En résumé, elle fut abandonnée par ses parents, son frère et sa moitié. Le poids de la solitude pouvait-il être plus lourd ?
Orihime appuya sur l'accélérateur en voyant le feu orange. L'histoire de sa vie était vraiment pathétique.
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- Passe de bonnes vacances et reviens en forme ! La charge de travail sera écrasante d'après notre idiot de patron alors prends le temps de te reposer !
Sa journée de travail achevée, Orihime pivota dans le hall pour répondre à son assistante encore en blouse blanche plus gentille qu'elle n'en avait l'air.
- Ne t'en fais pas, Riruka chan ! C'était dans mes projets et tu devrais éviter de parler ainsi du Professeur Urahara, il est plutôt sympathique ~ !
Riruka attrapa l'une de ses longues couettes mauves et la jeta par-dessus son épaule.
- Ouais, c'est ça ! Il ne lui manque pas qu'un grain mais tout le sablier à ce type. Allez, le boulot m'appelle. A dans trois semaines, salut.
Elle tourna les talons, la main levée, sous un petit, très petit sourire d'Orihime. A chaque fois, les muscles de ses joues protestaient tant elle n'en avait plus l'habitude, elle qui souriait tous les jours et même presque toutes les heures il y a encore cinq ans.
Après le travail, elle rentrait toujours directement à la maison mais pas cette fois. Cette fois, elle roulait vers un endroit précis dans lequel elle se rendait exclusivement seule. Orihime y arriva plutôt vite en dépit de la pluie diluvienne incessante. Avant de quitter l'habitacle, elle prit soin de déployer son parapluie et marcha dans la bonne direction.
Il n'y avait jamais la foule ici et ce mauvais temps confirmait cela. C'est en tenant son col serré que la beauté auburn s'engagea à travers la boue et les flaques d'eau.
Il était nécessaire de souligner qu'Orihime venait en ce lieu toutes les semaines et aux mêmes dates tous les ans. Après tout, son frère reposait ici. Son cher frère Sora qui possédait également un autel dans son salon. Le salon, dans cette maison, celle de leurs rêves dont elle avait fait l'acquisition il y a cinq ans.
Tout en alignant un pas devant l'autre, ses souvenirs l'assaillirent et sa poitrine commença à se comprimer trop familièrement. Cinq ans, cinq ans, cinq ans... Kami, que le temps passe vite. Du moins en théorie car pour Inoue, le temps avait cessé de s'écouler il y a cinq ans.
Toutes les personnes qui se plaignaient ne pas avoir de temps l'agaçaient. Bien sûr que si, elles en avaient ! Elles pouvaient pour celles qui en avaient passer du temps en famille, être accueillies le soir en rentrant ou accueillir un autre membre, elles pouvaient voir leurs enfants grandir, elles pouvaient décider ou programmer quand profiter des instants avec leurs proches. Ce genre de personnes ne réalisaient bien souvent jamais la chance dont elles bénéficiaient et trouvaient toujours le moyen de se plaindre ! Il n'y avait pas matière à se plaindre quand ceux qu'on aime nous entourent et nous aiment.
Orihime, elle, n'avait pas cette chance. Les dernières années lui semblaient figées et il s'en était passé tellement de choses en ce laps de temps malgré cela...
Arrivée à destination, elle s'arrêta, envahie par ses émotions. Oui, tellement de choses qu'il était difficile de savoir par où commencer. La liste était si noire, tellement noire : un sévère ulcère à l'estomac, le développement de l'asthme et deux tentatives de suicide ratées en trois ans. Ces dernières principale raison pour laquelle Sado s'installa chez elle deux ans auparavant pour ne plus en repartir. La cause de tout cela ? Eh bien...
- Joyeux anniversaire, Ichigo, murmura Orihime, une main sur la pierre tombale. Tu as trente-trois ans aujourd'hui.
… Son cœur broyé depuis cinq années aussi longues que cinq vies tant elle avait l'impression de faire du sur place, excepté son amour pour lui toujours aussi vivace.
Agenouillée face à la tombe fleurie par ses soins, elle baissa la tête et lâcha son parapluie. La pluie la trempa en quelques secondes mais elle ne sentit rien. Ni le froid engourdissant ses membres, ni l'humidité collant ses vêtements à sa peau, ni ses tremblements témoins qu'elle avait froid. Une seule chose était perceptible à ses oreilles : ses pleurs, ses cris, sa détresse.
Oui, elle hurlait, évacuait cette même souffrance qui ne semblait pas avoir de fin année après année. Y avait-il pire torture, pire punition, pire sentence que la solitude pour un être humain ? Voir tous ses êtres chers condamnés ou disparaître, et rester seul pour affronter la vie qui nous est accordée alors que l'on implore au fond de soi la mort de venir nous faucher également ? Cette mort unique moyen d'aller les rejoindre, le rejoindre...
Cinq ans, cinq vies, qu'il s'en était allé alors qu'elle l'avait supplié de ne pas partir.
« - Ne t'en va pas, reste avec moi. S'il te plaît, Ichigo.
- Je sais que tu détestes ça mais tu m'as connu ainsi, Orihime.
- Oui, et je suis consciente que je n'ai pas le droit de te demander de rester mais... Je... Je t'aime, Ichi kun.
- Je sais. Attends-moi et nous serons de nouveau réunis.
- Tu me le promets ?
- Oui. Je te le promets, Hime. »
Et il s'était penché en lui donnant un regard tendre accentué d'un dernier baiser. Il s'était retourné en lui accordant un sourire qu'il ne réservait qu'à elle. Puis il était parti en levant la main, en lui soufflant un « je t'aime » qu'il avait tant de mal à prononcer... Sa démarche déterminée, son dos droit, sa crinière orange couvrant sa nuque, voilà les dernières choses qu'elle avait vues de lui avant qu'il ne lui soit enlevé.
- Reviens, sanglota Orihime, la vue brouillée par son énorme quantité de larmes, ses bras fermés autour d'elle. Reviens-moi, Ichi ! Tu me l'as promis et tu tiens toujours tes promesses ! REVIENS, TU N'AVAIS PAS LE DROIT DE ME LAISSER ALORS QUE TU AS JURÉ DE ME PROTÉGER !
Il lui manquait au-delà de la perception humaine. Chaque pore de sa peau criait le retour de son amour perdu. Elle désirait le revoir, le serrer contre elle, l'entendre, admirer ses orbes marron qui l'avaient fait fondre à leur première rencontre sur le marché, elle désirait passer son index entre ses sourcils froncés amusants, glisser ses doigts dans ses doux cheveux flamboyants, le voir sourire à une énième bêtise qu'elle aurait dite, elle désirait l'entendre rire à cause d'une histoire insolite sur les petits lutins jaunes lui ayant fait une autre blague, elle désirait s'unir intimement à lui dans le paradis charnel, elle désirait l'embêter sur son air grincheux ou grognon, l'entendre parler grossièrement et sèchement, elle désirait qu'il la prenne dans ses bras en lui murmurant des mots capables de l'apaiser en un instant... elle désirait... elle désirait tant de choses.
Orihime n'oublierait jamais une partie de ce jour traumatisant alors qu'elle s'apprêtait à aller se coucher d'excellente humeur parce que son Ichi rentrait dans une semaine après trois mois d'absence.
« - Bonsoir, Inoue Orihime à l'appareil ~ !
- Inoue san, je m'appelle Hisagi Shuuhei, avait déclaré sobrement l'homme.
- Hisagi san ? N'est-ce pas vous le collègue d'Ichigo kun ?
- Oui, c'est bien moi, mademoiselle. Je m'excuse de vous appeler à une heure si tardive mais j'ai une nouvelle de la plus haute importance à vous communiquer.
- Ah oui ? avait-elle répliqué, la moue perplexe. Quelle est-elle ?
Il y avait un silence particulièrement angoissant et la peur l'avait saisie depuis les tripes. C'était ce type de silence parlant de lui-même et que le corps décodait d'instinct.
- Hisagi san ? Qu'avez-vous ? Et puis pourquoi est-ce vous et non mon petit ami qui m'appelle ? demanda-t-elle, la gorge serrée.
- Inoue san, Kurosaki Ichigo est décédé. Je suis navré. »
Orihime ne se souvenait pas de la suite, elle s'était réveillée à l'hôpital deux semaines plus tard branchée à diverses machines. Les médecins lui avaient raconté quelque chose à propos de palpitations et de coma artificiel mais elle n'avait rien suivi. Qui se soucierait de sa propre santé après avoir appris que la personne que l'on chérie le plus ne jouissait plus de cela ?
Ses amis Rukia, Renji, Tatsuki, Uryuu et Sado accompagnés du père et des sœurs d'Ichigo, Isshin, Yuzu et Karin Kurosaki, avaient défilé dans sa chambre lorsqu'ils avaient eu vent de la dévastatrice nouvelle qu'elle n'acceptait pas.
Orihime avait assisté aux funérailles de son amour sans y participer, sans y croire, sans lui faire ses adieux. Pour preuve de son rejet : Ichigo ne bénéficiait pas d'autel à l'image de Sora dans son salon. Elle ne le pouvait tout simplement pas, ça signifierait qu'elle lui souhaitait de reposer en paix alors qu'elle le réclamait corps et âme à ses côtés.
Elle avait attendu Ichigo et l'attendait encore au grand désespoir de ses amis qui ne comprenaient pas pourquoi elle ne tournait pas la page après cinq années. Parfois, Orihime espérait qu'Ichigo franchisse la porte comme autrefois après une longue journée de travail et d'autres fois, la réalité la rattrapait, lui rappelant qu'il ne reviendrait jamais. Un paradoxe usant qui rongeait et faisait mal. Si mal qu'elle avait essayé de se donner la mort pour être sauvée deux fois, la dernière d'extrême justesse.
Pourquoi la vie s'acharnait-elle à la garder dans son camp quand plus rien ne l'y rattachait ? Sa dernière tentative loupée remontait à deux ans et elle avait développé de l'asthme il y a trois ans. L'ulcère n'était pas réapparu mais Orihime souffrait de stress et était devenue dépressive. Un rien l'énervait ou au contraire, la faisait fondre en larmes. Sa personnalité enjouée, généreuse, sa nature protectrice ainsi que son imagination hyperactive et débordante ne la qualifiaient plus depuis fort longtemps. Ses passions tels que la cuisine, les pâtisseries ou encore les robots ne l'intéressaient plus.
Ça faisait cinq ans, cinq vies qu'elle s'habillait de noir, se négligeait et ne prêtait plus aucune attention à sa personne. Cadenassée dans sa bulle embrumée et toxique, elle survivait mais était morte à l'intérieur, complètement vide, desséchée. Même le plus réputé des psychologues ne parvint pas à l'extraire de sa bombe à retardement.
Tatsuki, sa meilleure amie, l'incita alors à voir d'autres hommes. Cette suggestion poussa Orihime à entrer dans une colère noire, violente. Elle n'avait pas compris comment celle qu'elle considérait comme sa soeur avait pu oser lui soumettre ça. Elle n'avait jamais été infidèle à Ichigo quand il était en vie et elle ne le serait pas davantage même dans la mort. Le sentiment d'amour lui avait été refusé ce qui voulait dire qu'elle n'aimerait plus jamais un autre homme. Lorsque Orihime fit farouchement comprendre ça à ses amis, plus personne ne lui proposa cette idée tant ils étaient choqués de la perte de contrôle de la femme douce et avenante qu'elle était. Son altruisme avait cédé sa place à une rancune tenace envers la vie, ce qui avait détruit du même coup son besoin presque vital d'aider autrui.
Perdre Ichigo avait eu pour conséquence qu'elle s'égare elle-même. Orihime avait aimé ses parents qui l'avaient négligée en retour. Elle avait aimé son grand frère qui avait été emporté loin d'elle du jour au lendemain. Anéantie et se croyant destinée à vivre seule, Orihime avait néanmoins trouvé la force de placer ses derniers fragiles espoirs en Ichigo. Et lui-même lui avait été volé, arraché brutalement sans raison valable. Que lui restait-il ? Rien. Pour quelle raison devrait-elle continuer à respirer ? Manger ? Vivre tout simplement ? Aucune.
Quand elle avait mal, Ichigo n'était pas là.
Quand elle avait peur, Ichigo n'était pas là.
Quand elle avait froid, Ichigo n'était pas là.
Quand elle avait de la peine, Ichigo n'était pas là.
Quand elle avait besoin d'être réconfortée, Ichigo n'était pas là.
Quand elle avait besoin de se confier, Ichigo n'était pas là.
Quand elle avait besoin de sa présence, Ichigo n'était pas là.
Quand elle avait besoin de se noyer dans ses souvenirs pour échapper à la réalité, Ichigo était là. Dans son âme. Là où leurs moments à deux, leurs joies, leurs peines, leur bonheur s'étaient réfugiés après la destruction irréparable de son cœur qui avait trop enduré.
- Ichigo, Ichigo... je t'aime tant...
A force de pleurer, de hoqueter, de chercher sa respiration, Orihime se déclencha une autre crise d'asthme. Le souffle lui manquait. Sa bouffée d'oxygène, c'était Ichigo. Les mains crispées sur sa gorge mince et ses larmes coulant à flot, elle laissa l'ensemble de son mal-être s'échapper du gouffre dans lequel elle l'avait accumulé et stocké. Son parapluie envolé sous le vent, la pluie s'acharnant inlassablement sur elle, ses cheveux éparpillés sur son visage, elle s'étouffait.
Quelle immonde ironie. Cette pluie qu'elle avait tant aimée avant de la détester parce qu'elle lui rappelait que son propre cœur n'était plus connecté à celui de son âme-sœur la narguait. Lui montrait que leurs cœurs ne battaient plus à l'unisson. Lui gravait dans sa chair que les liens du cœur n'étaient pas indestructibles.
Il lui devint impossible de se tenir droite et Orihime s'effondra en avant, le haut de son corps trempé écrasant une partie des fleurs sur la pierre. Avec un effort presque surhumain à cause de ses convulsions, elle décrocha difficilement la broche sur sa veste et la leva à hauteur de son visage plus rouge sous son acharnement à avaler des particules d'air.
« Garde-le avec toi. Je te l'offre pour nos un an ensemble mais aussi pour que tu penses à moi où que tu sois. Je ferai de même avec ton cadeau. »
Cette broche ayant une grande valeur sentimentale pour lui et qu'il n'avait pas hésité à lui offrir. Son tout dernier cadeau...
Les yeux cendrés fatigués d'Orihime perdirent leur éclat, ressemblant plus que jamais à un océan d'écume. Elle n'avait qu'à tendre le bras pour attraper sa ventoline, et pourtant cette unique option pour se sauver ne lui traversa pas l'esprit.
« Quoi qu'il arrive, Hime, je reviendrai toujours vers toi. »
- Je... Je t'ai... a-attendu..., articula-t-elle péniblement, la joue sur le marbre froid.
Soudain, les tremblements de son corps cessèrent comme libéré par ses dernières paroles. Ses paupières laissèrent couler leur dernière charge d'eau avant de se fermer. Ses lèvres devinrent immobiles dans un début de sourire paisible malgré les circonstances. Une fleur soufflée par le vent frais ne vola pas loin en raison des trombes d'eau pleurées par le ciel qui la plaquèrent sur la broche d'Orihime, au creux de sa paume glacée.
Un éclair plus lumineux que les précédents illumina sa forme amaigrie reposant là où elle avait toujours voulu être.
Avec lui.
En voyant ainsi Inoue Orihime, on ne pensait pas à la brillante femme qui avait réussi professionnellement par on ne sait quel miracle après tellement d'épreuves, et qui prouvait que les apparences pouvaient être trompeuses. Un travail au salaire envieux, l'argent, la beauté, l'intelligence, ça ne faisait pas le bonheur, surtout quand on n'avait personne avec qui tout partager.
Non. En regardant attentivement Inoue Orihime, trente ans, seule et psychologiquement détruite depuis cinq ans, cinq vies, couchée sur les restes du seul homme à avoir jamais gagné son cœur, on lisait sur ses traits autrefois si délicats les trois mots l'ayant poussée à commettre un acte désespéré.
Attends-moi, Ichigo.
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Bonjour. Peut-être en ai-je choqué avec ce chapitre et si oui, sachez que c'était volontaire. Je vous rappelle qu'il s'agit d'une fic U.A malgré le déroulement de l'histoire et la mort mise en avant donc ne vous attendez pas à des retrouvailles à la Soul Society ou je-ne-sais-quoi. C'est tout ce que je peux dire. Écrire ce chapitre m'a compressé le cœur car je visualisais Orihime et sa souffrance indicible dans ma tête T_T
Ce chapitre est vraiment très court comme vous l'avez remarqué, les autres non plus n'atteindront pas 20 ou 30 pages comme j'en ai l'habitude. Encore une fois, j'ai voulu retenter une histoire courte mais dont le peu de lignes en dit beaucoup. On verra si j'y parviens... Cette petite fiction fera donc sans doute cinq chapitres tout au plus...
Merci pour la triste lecture, à bientôt.
