¤ Le poids de la solitude ¤

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Chapitre 2 : Songe ou réalité ?

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Le passé peut parfois se transformer en un bien lourd fardeau nous écrasant année après année, ou nous suivre alors qu'on essaye de le fuir en vain. C'est comme un boulet enchaîné à notre cheville qui nous ralenti dans notre tentative désespérée d'avancer et nous tire vers le fond sans réel espoir ou envie de refaire surface. Et pourtant...

« Ne meurs pas. »

« - C'est bien toi... ? »

« Tu dois vivre pour toi, pour nous, Hime. »

« - Ichigo ! »

« Tu ne dois pas mourir. »

« - C'est la seule solution, je n'ai... je n'ai plus la force. »

« … Tu es plus forte que tu ne le crois ! »

« - Pas sans toi à mes côtés. Je n'en peux plus d'attendre, Ichi. Je dois... Oui, je dois te rejoindre. Attends-moi. »

« Je t'en empêcherai, tu m'as promis de m'attendre. »

« - Et tu m'as promis de revenir mais tu n'es pas là ! Je suis déjà morte depuis cinq interminables vies alors à ton tour de m'attendre. J'arrive. »

Oui, pourtant, ce boulet enchaîné à notre corps on finit par s'habituer à lui et penser que lutter est inutile. La vie a un goût si amer, autant se laisser couler vers le fond. Être emporté jusqu'à se noyer et ne plus rien ressentir d'autre que la délivrance à laquelle on aspire tant encore et encore.

- Ichi kun...

- Chaque fois qu'elle dort, son prénom lui échappe.

- Tatsuki chan a raison, papa. Sado kun m'a dit pareil...

- Je sais ma petite Yuzu, cela ne m'étonne pas. Chacun fait face au deuil à sa façon et...

- Et il est évident qu'Inoue san n'a pas fait le sien et ne le fera jamais. Son déni n'a pas de fin.

- Ne sois pas si catégorique, Ishida !

- Désolé Karin chan mais c'est la vérité. Ce que nous voyons n'est hélas qu'une coquille vide, une enveloppe sans vie possédant à peine une âme. C'est dur à dire mais il faut savoir reconnaître quand on doit laisser un proche s'en aller.

- Es-tu devenu complètement cinglé !? J'ai déjà perdu mon ami d'enfance, il n'est pas question de perdre ma meilleure amie ! Tu mérites que je t'éventre, Uryuu !

- Tatsuki chan !

- Quoi ?! Tu ne vas pas me dire approuver ce qu'il vient de dire, Yuzu !

- Non, mais il est vrai qu'Orihime chan aimait mon grand frère plus que tout et...

- « Aime », J'AIME Ichigo plus que tout ! Cessez de parler de lui comme s'il ne reviendra jamais !

Cette voix enrouée pétrifia l'ambiance, gela toute tentative de dialogue. D'un regard circulaire, Orihime distingua Isshin Kurosaki dans sa blouse blanche de médecin, ses cheveux bruns négligés, près de lui se tenaient ses filles jumelles de vingt-huit ans Karin et Yuzu guère plus soignées, et de l'autre côté de son lit, Tatsuki sa meilleure amie avec son petit ami droit et sérieux, Ishida Uryuu qui était bien le seul habillé avec soin.

Cette ridicule chambre d'hôpital était déjà minuscule mais avec ce peuple autour d'elle et les propos échangés, Orihime se sentait sur le point d'étouffer. Redressée en position assise, décoiffée et sa colère s'échappant d'elle, elle serra fortement la couverture pour s'empêcher de balancer contre un mur le premier objet à sa portée -à savoir un plateau repas intact.

- Orihime, te voilà enfin réveillée, se réjouit Tatsuki en venant vers elle. Tu t'es endormie si vite hier que...

- Ne m'approche pas, Tatsuki chan, lança sèchement la beauté auburn. Crois-tu que je ne vous ai pas entendus tous autant que vous êtes ?

- Nous ne disions que la vérité, déclara doucement Ishida en remontant ses lunettes.

- Quelle vérité ? Vous ne savez pas ce que je ressens ! Vous êtes là à parler d'Ichigo au passé, vous ne savez rien !

- On sait que tu aimais mon frère et...

- AIME ! J'AIME ton frère, Karin chan ! s'agaça Inoue, le souffle saccadé. Pourquoi refusez-vous d'enregistrer cela ?!

- Orihime chan, débuta Isshin, la ventoline en main. Ne risque pas une autre crise d'asthme. Tu es encore fragile.

- Je vais très bien ! rejeta-t-elle sa main.

Les autres soupirèrent, cette crise de nerfs de sa part n'était pas la première et encore moins la dernière...

- J'en ai assez d'être ici, j'en ai assez que vous me sauviez sans arrêt ! évacua Orihime, l'âme fissurée. Pourquoi ne pas m'avoir laissé mourir sur sa tombe ? Ichigo est l'homme que j'aime, celui que j'ai choisi ! Sans lui ici, je ne suis plus rien et c'est l'unique point sur lequel je vous approuve.

Tatsuki jeta une regard noir à son copain qui l'ignora.

- Que fais-tu ? s'alarma Yuzu qui se relevait de sa chaise.

- Je vous l'ai dit, je ne supporte plus cet hôpital, répéta la patiente en retirant une à une ses perfusions.

- Mais enfin, Orihime chan... !

- Laisse-la, Yuzu, lui ordonna son père, la mine grave.

- Tu viens de dire qu'elle risque une autre crise, papa !

- Oui, mais l'atmosphère étouffante d'ici n'est pas meilleure pour elle. De plus, elle a suffisamment récupéré pour rentrer et puis Sado sera avec elle.

Sa fille n'était pas très convaincue à en juger par sa moue sous ses cheveux caramel, mais le temps qu'elle se fasse une raison, Orihime était déjà devant la porte, quelques affaires sous le bras et encore dans sa chemise de nuit d'hôpital. Les larmes aux yeux, elle se tourna vers ses proches.

- Ichigo m'a sauvée cette fois, je le sais, je le sens. Ironie du sort, lui aussi me demandait de vivre comme si j'en avais la force.

- J'ai identifié le corps de mon fils, murmura Isshin, très troublé. Il est mort, Orihime chan. Rien ne peut le ramener comme sa pauvre mère.

La belle renifla et sécha une larme.

- Je sais ce que je dis.

Tatsuki ouvrit la bouche pour protester mais sa meilleure amie la devança.

- Cependant, si vous dites vrai alors ma seule option est de le rejoindre là où il se trouve, dit-elle avec grand sérieux. Vous ne pourrez pas éternellement me sauver, mon cœur est déjà avec lui. Il ne reste que mon corps.

- Trois fois que tu tentes de mettre fin à tes jours et trois fois que tu te rates ! Ne crois-tu pas qu'il y a une bonne raison pour que la vie te retienne dans son camp, t'empêche de partir ? essaya de la raisonner Karin à la fois bouleversée et exaspérée.

- La raison est toute simple : vous êtes ceux qui m'empêchent de partir.

Sur cette réponse cassante, Orihime tourna les talons et s'enfuit à toutes jambes.

- Il n'est pas prudent de la laisser conduire, je la raccompagne, se chargea Uryuu en courant dans le sillage de son amie.

A cet instant, Tatsuki s'effondra au sol, sa longue chevelure de jais cachant son visage amaigri.

- Tatsuki chan ! s'écria Karin en allant la soutenir.

- C'est douloureux à admettre mais j'ai perdu Orihime, je pensais que les deux semaines passées ici après sa dernière tentative de suicide l'inciteraient à tourner la page, mais non. Chaque jour elle se rapproche un peu plus de la mort et s'éloigne de la vie.

- Elle est encore avec nous, dit Yuzu, des traînées salées sur les joues.

- Oui, mais pour combien de temps ?

- Ça, je ne sais pas, intervint Isshin avec une grimace. Ce que je sais, c'est qu'Ichigo viendrait me hanter jusqu'à la fin de ma vie si je laissais mourir la femme qu'il aimait. Alors à nous de trouver quelque chose de suffisamment fort pour ancrer Orihime chan au monde des vivants.

Les trois femmes le regardèrent comme si c'était une mission sans l'ombre d'une petite chance de réussite.

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Un son strident perça l'air calme de la chambre. De sa grande main, Chad éteignit le réveil sans effort, ouvrit ses yeux fatigués sous sa touffe sombre et paniqua aussitôt.

- Inoue ?!

Face à son lit vide, il se découvrit et l'appela dans toute la vaste maison.

- Inoue, tu es là ?! cria-t-il au rez-de chaussée après avoir parcouru le premier étage.

Il passa le salon, la salle à manger et même le jardin au crible.

- Je suis dans la cuisine.

En entendant sa voix, le soulagement circula en Sado avec la force d'un torrent. Sa solide constitution physique renvoyait l'image d'un homme fort avec du caractère, mais ceux qui le connaissaient savaient qu'il s'inquiétait facilement pour les personnes qu'il aimait. Pour preuve, depuis qu'il avait appris que la petite amie de son meilleur ami défunt avait retenté de se donner la mort une troisième fois, il décida de dormir sur un futon dans sa chambre en ignorant ses protestations.

C'est en émergeant du couloir qu'il vit Orihime à la table, une tasse en main, Okito, le labrador, couché à ses pieds dans une attitude protectrice.

- Entre Sado kun, je t'ai préparé une tasse de chocolat chaud.

- Je suis étonné de te voir debout si tôt, il est à peine 05h30, fit remarquer ce dernier, prenant place face à elle.

Il nota que comme d'habitude, Inoue portait forcément au moins un vêtement ayant appartenu à Ichigo. Cette fois, il s'agissait d'une chemise bleu ciel au-dessus d'un pantalon de pyjama couvert de motifs roses.

- J'ai des courses à faire, répondit la jeune femme en trempant sa tartine.

- Les magasins n'ouvrent pas avant des heures. Je peux t'y emmener après le boulot.

- Je sais encore comment s'utilisent les transports en commun, répliqua-t-elle, perdant patience.

- Je n'ai pas dit le contraire, mais...

- Et je dois de toute façon m'occuper du jardin. Si je ne fais rien, il sera en friche.

- Je m'en suis chargé la semaine dernière, mit en évidence Sado qui attrapait une boîte de gâteaux. J'ai même tondu la pelouse et...

- Tu comptes dormir avec moi encore longtemps ? le coupa abruptement Orihime, le visage marqué de cernes.

Il la fixa un instant.

- Le temps qu'il faudra.

- C'est-à-dire ? Je ne suis pas habituée à voir ton futon quand je me réveille chaque matin. Le seul avec lequel je suis habituée à dormir, c'est...

- Ichigo, je sais. Tu m'en vois désolé mais il m'est nécessaire de garder un œil sur toi, persista sévèrement Chad. Alors si je dois partager ta chambre durant un an ou plus, je le ferai.

L'expression de la beauté auburn devint clairement mécontente.

- Je vois, lâcha-t-elle en posant brutalement sa tasse dans la soucoupe.

- Orihime, essaya de la calmer son ami.

- Tu vas être en retard pour le travail, je ne veux pas te retenir et je dois promener Okito chan.

Sur ces mots secs, elle se leva en direction du lave-vaisselle pour y poser ses couverts puis se dirigea vers le salon sans un regard en arrière, le chien trottinant dans ses pas. Avec un lourd soupir, Sado finit seul son petit déjeuner. Une fois de plus.

Quelques minutes plus tard, douché et habillé, il donna ses recommandations habituelles.

- Je t'appellerai toutes les demi-heures. Ne t'éloigne pas et si tu as besoin de quoi que ce soit, n'oublie pas que je ne suis qu'à vingt minutes d'ici, alors n'hésite pas.

- Tu me répètes ça chaque jour, soupira la belle sur le canapé tout en zappant la télévision.

- Je n'aurais pas à le faire si tu te montrais plus responsable, la cassa Chad, exaspéré.

- Tu... !

- A tout à l'heure.

La porte claqua sur lui. Inoue serra les dents, elle se sentait en prison dans sa propre maison. Depuis son troisième « échec » au cimetière, la surveillance de ses amis s'était accrue. Ainsi, Sado lui téléphonait plusieurs fois par jour et elle avait tout intérêt à décrocher sous peine qu'il débarque. De plus, il lui avait confisqué les clefs de sa voiture afin qu'elle n'ait pas l'idée d'aller se tuer avec quelque part et enfin, Tatsuki passait ici dès qu'elle avait un instant de libre pour la surveiller.

Ce comportement irritait Orihime pourtant bien consciente de l'avoir provoqué. La tête pleine, elle fila à la douche, enfila un pull et une jupe noirs et sortit avec Okito en laisse.

Finalement, le bus et le train ne la tentaient plus et elle opta pour aller faire les courses à pied à la supérette du coin qui ouvrait assez tôt. Chad achetait toujours les articles les plus lourds comme la lessive ou encore les bouteilles de lait. Par conséquent, elle n'avait que quelques petites bricoles à se procurer.

A la caisse, elle se retrouva chargée avec uniquement un paquet de riz, un tube de pâte de haricot rouge, du chocolat en tablette (elle s'y était mise uniquement parce qu'Ichigo adorait le chocolat), une bouteille de soda et des croquettes pour Okito. Le tout tenant dans son panier.

Sur le chemin du retour, elle fit un détour par le cimetière sans l'intention d'y retourner si vite. Si elle ne regrettait pas son geste malheureux, elle ne pouvait nier que ça l'avait en quelque sorte marquée d'avoir été si près de mourir sur la tombe de son amour.

- Qu'est-ce qui se passe, Okito chan ?

Arrêté, il venait de grogner dans une direction précise. Intriguée, elle porta son regard cendré au même endroit et son corps se figea.

- Qui est-ce ?

Quelqu'un d'assez massif se tenait devant la pierre tombale d'Ichigo qu'elle apercevait au loin à travers la grille. Ce qui était sûr, c'est qu'elle ne connaissait pas cet individu. La personne se tourna soudain vers eux, le visage caché dans l'ombre de sa capuche et Okito aboya. Orihime dut tirer sur la laisse pour l'empêcher de bondir sur l'inconnu.

- Okito chan, calme-toi ! cria-t-elle en peinant à retenir le chien en plus du panier chargé. Pourquoi réagis-tu ainsi ?

Elle leva ses perles grises et constata que l'être troublant avait disparu entre les tombes. Sa chevelure de feu soulevée par la brise, Orihime se mordit la lèvre en réponse à la sensation désagréable envahissant son estomac.

- Étrange, c'est comme si...

Son portable sonna, elle décrocha machinalement sans ciller.

- Oui, Sado kun, l'accueillit-elle d'une voix monotone.

- Tu vas bien ? Où es-tu ?

- Ça fait déjà trente minutes que tu es parti ?

- Oui.

- Oh.

- Comment vas-tu ? insista-t-il.

- Je vais bien, je viens d'acheter quelques petites choses à la supérette, je m'apprête à rentrer avec Okito chan, résuma Hime.

- D'accord, sois prudente et ne fais rien d'irréfléchi. Je te rappelle dans une demi-heure.

Il raccrocha, elle fit de même. Encore intriguée par cet être rôdant face à la tombe de son Ichi, Orihime revint sur ses pas, l'estomac noué en raison d'un mauvais pressentiment. En même temps, sa réaction plutôt méchante envers Chad lors du petit déjeuner fit naître en elle un sentiment de culpabilité et pour se faire pardonner, elle décida de lui préparer un repas mexicain dont elle avait lu la recette sur Internet. La source de ses aboiements à présent hors de vue, Okito la suivit calmement mais toujours attentif.

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Quelque chose interrompit son sommeil. Désorientée, Tatsuki quitta son lit dans la chambre d'amis et déambula dans le couloir avant de comprendre que la soif se faisait sentir. C'est en prenant la direction de la salle de bain -plus proche que la cuisine à l'étage du dessous- qu'une pâle lueur attira son attention. Perplexe, elle laissa sa curiosité l'emporter. Curiosité qui se transforma vite en horreur.

- Bordel mais... Qu'est-ce que tu fous, Orihime ! tonna-t-elle, parfaitement réveillée.

Assise devant son PC dans la pièce servant de bureau, la concernée sursauta et cacha instinctivement l'écran.

- Tatsuki chan ! s'étouffa-t-elle. Je croyais que tu dormais.

- Ce que tu devrais faire également ! Pourquoi fais-tu ça, pourquoi ?!

- Je... de quoi tu parles ?

- Ne me prends pas pour une imbécile, Orihime ! explosa-t-elle, des larmes perlant dans ses yeux et pointant l'ordinateur. J'ai vu ce que tu lisais ! « Quelle quantité de somnifères pour arrêter le cœur d'une femme adulte », « Comment s'exprimer dans une lettre d'adieu » ! Je ne te reconnais plus ! s'égosilla-t-elle en la prenant par les épaules. Bon sang, Ichigo n'aimerait pas te voir comme ça !

- Crois-tu que je l'ignore ! riposta la belle en se décalant. Mais il n'est pas là, Ichigo n'est plus à mes côtés !

- Tu es tellement paradoxale ! Tu viens d'admettre qu'il est mort et que tu veux aller le rejoindre alors qu'à l'hôpital, tu soutenais le contraire et qu'il pourrait revenir à tout moment !

- Je n'ai pas dit qu'il était « mort » ! rectifia la petite amie du mentionné. J'ai dit qu'il n'est pas « là », nuance !

- Cesse donc de parler de lui au présent ! Ça fait cinq ans qu'il nous a quittés !

- Ichigo kun vit encore dans mes souvenirs !

- IL EST MORT ! cria la brune, bouleversée qu'elle n'enregistre décidément pas. Les souvenirs ne sont que des souvenirs ! Tu ne le toucheras plus, ne le reverras plus, n'entendras plus sa voix ! Ichigo est parti, décédé, il ne reviendra jamais !

- Arrête Tatsuki chan, arrête ! l'implora Orihime, les mains sur ses oreilles.

- Tu te mens à toi-même, déduit Tatsuki encore sous le choc. Tu n'es plus ma meilleure amie d'autrefois, je ne te reconnais plus sur tous les plans, je le répète. Tu as perdu au moins 10 kg et tu es devenue amer, ton caractère agressif.

- Et comment veux-tu que je sois ? En surpoids, chaleureuse et d'humeur joyeuse ? L'homme que j'aime n'est plus auprès de moi ! craqua Orihime, tremblante.

- Ce n'est pas une excuse ! Je conçois qu'il te manque mais ça n'excuse pas ton désir de mourir ! Réveille-toi, Ichigo ne franchira plus la porte de cette maison alors arrête d'être aussi égoïste ! On ne veut pas te perdre toi aussi !

- Vous êtes tous contre moi, hein.

Orihime se tut un moment pour se reprendre en fermant brièvement les yeux. Elle se sentait si seule et incomprise. Pourquoi refusaient-ils tous de la comprendre ? Pourquoi ?!

- Je ne sais pas pourquoi Sado kun t'a demandé de dormir avec moi, c'était une mauvaise idée.

- Parce que je t'empêche de choisir et programmer ta prochaine tentative de suicide ? lança son amie, cinglante.

Orihime abaissa l'écran du PC et lui tourna le dos.

- Je vais me coucher.

Tatsuki lui agrippa le bras.

- Et tu crois que je vais te laisser faire après ce que...

- Il n'y a aucun médicament dans ma chambre, Sado kun consigne tout dans l'armoire à pharmacie qu'il a verrouillée en gardant la clef du cadenas mais libre à toi de fouiller ! s'énerva Orihime qui retira sa main. Je n'ai besoin de personne pour veiller sur moi ! Un seul remplissait ce rôle et je refuse de vous l'attribuer parce qu'Ichi kun est irremplaçable, vous n'êtes pas LUI et vous ne le serez JAMAIS!

Soufflée par tant de véhémence, Tatsuki resta plantée sur place.

- Merde, merde... Comment je peux te sauver, Orihime ? chuchota-t-elle, les poings serrés. Ichigo, je n'ai jamais eu autant besoin de toi. Nous n'avons jamais eu autant besoin de toi...

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Trois heures passèrent, la nuit était bien avancée. Pourtant, Orihime était toujours aussi éveillée à se tourner et se retourner dans son lit. Sa violente dispute avec Tatsuki la tourmentait encore. A vrai dire, elles n'avaient pas eu un échange aussi virulent depuis le jour où sa meilleure amie lui suggéra de refaire sa vie avec un autre homme.

- Pourquoi ils ne me laissent pas tranquille, se lamenta-t-elle, un bras sur le front. Si mon corps souhaite le rejoindre, c'est mon droit ! Plus rien ne me rattache à ce...

Hime s'interrompit, perturbée par une lumière qui traversa brièvement sa chambre. Cette lumière ne lui était pas étrangère. Rapidement, elle quitta ses couvertures, se planta devant la fenêtre cachée par les rideaux et conclut vite qu'elle avait vu juste. C'était les feux de sa propre voiture dont Sado avait confisqué les clefs pour être certain qu'elle ne roule pas avec dès qu'il aurait le dos tourné. De toute évidence, il ne se privait pas de conduire ce véhicule ne lui appartenant pas. Mais pourquoi ?

Perdue, Orihime le vit garer sa petite voiture bleue devant le garage, en descendre et rejoindre la sienne qui était blanche stationnée non loin.

- Que fait-il ? Ça ne lui ressemble pas et on dirait qu'il fait tout pour ne pas être vu...

Impossible de ne pas en avoir le cœur net. Silencieusement, elle traversa sa maison en pressant le pas et parvenue à la porte d'entrée, décrocha les clefs d'une autre voiture : celle de Tatsuki dormant probablement à l'étage. Orihime était peu vêtue, une simple chemise de nuit recouverte d'un des sweets préférés d'Ichigo, mais elle n'avait ni le temps ni l'envie de se changer.

C'est ainsi, pieds nus, qu'elle se faufila dehors sans bruit et elle eut tout juste le temps de voir la voiture de Chad disparaître au coin de la rue. La jeune femme courut alors vers l'auto de Tatsuki et démarra presque aussitôt la portière claquée.

Heureusement pour elle, les rues n'étaient pas riches en circulation à une heure pareille, aussi parvint-elle à repérer Sado roulant à plusieurs mètres devant elle, deux voitures les séparant. Elle prit le virage, sa curiosité au sommet. Sado ne sortait jamais aussi tard, trop préoccupé par la sécurité de son amie suicidaire. Ce soir faisait exception apparemment.

Chad s'arrêta dans une ruelle qui n'avait rien de particulier. A distance, Orihime patienta quelques minutes en tapotant nerveusement le volant jusqu'à ce qu'une forme émerge des ténèbres et prenne place dans la voiture de Sado. Une forme grande et encapuchonnée. La belle plissa les yeux et les suivit à nouveau à travers Karakura.

Tout cela devenait de plus en plus étrange et franchement agaçant. Orihime ne sut pas combien de temps elle roula, en revanche elle nota quand ils quittèrent l'environnement familier pour s'arrêter à la limite séparant Karakura de la ville voisine.

Toujours sans se faire voir, elle se gara dans les ombres projetées par de hauts bâtiments délabrés et reprit sa filature à pied. Il faisait drôlement froid par ici, ses genoux à l'air libre et ses dents claquaient. Elle se cacha derrière un amoncellement de tôle, de grillages et autres matériaux dangereux et fixa Chad accompagné de l'étranger pénétrer dans l'une des quatre usines désaffectées tenant encore debout sur ce site abandonné. Prudemment, elle regarda autour d'elle, se lança à leur poursuite, ses bras l'enlaçant étroitement pour s'apporter un minimum de chaleur.

Parvenue dans l'usine, Orihime se retrouva nez à nez avec personne et commença à s'irriter.

- Ils n'ont pas pu s'échapper par une autre issue, c'est impossible ! Je les aurais entendus !

Et n'avait pas tort. Certes cette usine possédait de nombreuses portes ou issues de secours mais vu leur état déplorable, elles étaient du genre à grincer bruyamment si on essayait de les actionner. Refusant de perdre sa piste maintenant, Orihime se mit à longer les murs et cela finit par payer...

- Aah !

Elle faillit basculer en prenant un pan de rideau sombre pour une partie du mur. Plus ou moins remise et toujours aussi décoiffée, elle écarta la toile pour dévoiler un long escalier descendant bien bas. La beauté auburn se mordilla la lèvre mais décida de tenter le tout pour le tout. Qu'importe ce qu'il se trouvait en bas, c'était suffisant pour que Chad la confie à Tatsuki et sacrifie des heures de sommeil.

Orihime descendit donc les marches une à une, pas rassurée par les nombreux graffitis ornant le béton. Pour couronner le tout, plus on atteignait ce qui devait être le sous-sol, plus la température chutait.

- Tout ça devient carrément dément, s'exaspéra une voix masculine.

- Je suis d'accord, approuva une autre. Nous jouons avec une bombe à retardement dont les effets peuvent nous échapper ou nous exploser à la gueule, intervint un autre homme.

- C'est vrai, répondit Sado de sa voix grave. Mais si c'est le seul moyen de faire cesser tout cela, nous n'avons pas le droit d'abandonner.

Au bas des marches, Orihime alla se cacher derrière une pile de cartons en équilibre précaire. Elle distinguait des silhouettes assises sur des caisses en bois avec au centre une simple lampe torche suffisante pour éclairer une partie des lieux sinistres.

- Que fait-on maintenant ? reprit Chad. Ça devient quand même de plus en plus risqué.

Il discutait aussi sérieusement avec un homme grand et brun plutôt musclé, un autre blond à la coupe au carré et très maigre, et un troisième silencieux de dos qu'Orihime eut du mal à identifier. Ce dernier se leva, contourna ses camarades et resta un moment dans l'obscurité que la lampe ne parvenait pas à dissiper. Un puissant frisson parcourut le corps très mince de Hime qui ne parvint pas à détacher ses prunelles argentées de cet homme-là.

Petit à petit à petit, il revint dans la flaque de lumière et à chaque pas, le cœur de la belle semblait revenir à la vie pour la première fois depuis cinq ans. Son organe mort ressuscitait et ça lui faisait extrêmement mal, comme si un poids l'écrasait du côté gauche de la poitrine. Elle porta inconsciemment une main sur son sein tout en perdant le contrôle de son souffle et de ses sensations.

L'homme responsable de son état s'avança suffisamment pour être presque complètement éclairé, il était habillé très modestement pour ne pas dire pauvrement. Ses baskets étaient trouées, son jean déchiré, son pull rapiécé.

Les iris gris d'Orihime poursuivirent leur ascension en même temps que l'homme sortait à découvert tandis que son cœur fragile pulsait.

Une barbe de plusieurs jours couvrant une mâchoire forte, des orbes bruns expressifs et surtout, surtout, une tignasse orange vif en désordre complet.

- On suit le plan, dit-il d'une voix tranchante.

Orihime se sentit prise de vertiges alors que des larmes qu'elle ne pensait plus pouvoir verser débordaient de ses yeux doutant de la vision s'offrant à eux. Son cœur s'alourdit. Ce regard sans faille, ce visage déterminé, ce ton froid sans réplique...

Incapable de se retenir plus longtemps, elle se redressa vivement en faisant tomber des cartons attirant ainsi l'attention de tous.

- Ichigo ! pleura-t-elle, le corps vacillant sous l'émotion, un poing fermé devant son ample poitrine. C-C'est bien toi, n'est-ce pas ? renifla-t-elle. C'est toi, Ichi kun !

Le choc teintait l'atmosphère. Indifférente à cela, Orihime s'avança vers celui que son cœur avait choisi au premier coup d'œil. Elle eut à peine l'occasion de faire trois pas...

- NON !

… qu'un coup de feu retentit.

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Hello. Pas grand-chose à dire sur ce chapitre, je suis simplement contente d'avoir réussi à poster un petit quelque chose ce mois-ci. Chapitre court à la fin prévisible mais reste à savoir si vous devinez la suite... Merci pour la lecture, à bientôt.