¤ Le poids de la solitude ¤
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Chapitre 3 : La guerre des sentiments
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5 ans plus tôt
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- Bonsoir, Inoue Orihime à l'appareil ~ !
- Inoue san, je m'appelle Hisagi Shuuhei.
- Hisagi san ? N'est-ce pas vous le collègue d'Ichigo kun ?
- Oui, c'est bien moi, mademoiselle. Je m'excuse de vous appeler à une heure si tardive mais j'ai une nouvelle de la plus haute importance à vous communiquer.
- Ah oui ? Quelle est-elle ?
Il y avait un silence particulièrement angoissant et la peur l'avait saisie depuis les tripes. C'était ce type de silence parlant de lui-même et que le corps décodait d'instinct.
- Hisagi san ? Qu'avez-vous ? Et puis pourquoi est-ce vous et non mon petit ami qui m'appelle ?
- Inoue san, Kurosaki Ichigo est décédé. Je suis navré.
Un blanc surprenant puis un bruit sec suivirent cette déclaration.
- Inoue san ? s'inquiéta Shuuhei.
- Elle a raccroché ?
- Oui.
- Comment elle a pris la nouvelle ?
- Franchement, Ichigo, je ne sais pas si elle pleure toutes les larmes de son corps ou si elle est pétrifiée en se demandant pourquoi ça lui arrive. J'espère que tu sais ce que tu fais, mon vieux, soupira Hisagi Shuuhei sous ses cheveux bruns en épis.
- Orihime est forte. Elle surmontera ça.
- Je l'espère parce que tu connais les conséquences aussi bien que moi.
- ...
2 ans plus tôt
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- Bon, ça avance ton projet à la con ?
Urahara Kisuke, le patron d'Orihime, cessa sa manipulation et leva ses yeux perçants dans l'ombre de son bob.
- Ce « projet » comme tu dis t'est nécessaire sur le long terme, je rappelle, Kurosaki san. En plus de m'assurer de sa fiabilité, je dois le rendre crédible et berner un médecin. Ce qui revient à mettre en évidence...
- Rah, ça va, ça va ! Je ne t'ai pas demandé de raconter ta life, râla Ichigo en ratissant sa crinière rousse. Fais ton boulot, c'est tout.
- Mais je ne demande que ça, laisse-moi donc rejouer avec la mort ~
- T'es vraiment barj', tu sais, soupira le roux, blasé.
- Tu viens me demander de l'aide donc on peut s'interroger sur ton propre niveau intellectuel.
- Bâtard de... !
- Ichigo !
La porte vola presque en morceaux sous la force de l'arrivant de toute évidence affolé. Un homme blond à la coupe aussi carrée que ses dents blanches.
- Yo, Shinji, l'accueillit Ichigo. T'as l'air d'être poursuivi par le diable en personne nommé Hiyori.
Hirako Shinji était l'un de ses amis de longue date.
- C'est Orihime chan ! haleta Hirako cramponné au chambranle, essoufflé. Elle est à l'hôpital.
Le cœur d'Ichigo s'arrêta brutalement.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?!
Shinji devint grave.
- Tentative de suicide.
- Bordel, Hime !
- N'y va pas, Kurosaki san ! le supplia Urahara qui avait abandonné son attirail. Ça pourrait tout compromettre, tu as été trop loin !
- J'en ai rien à foutre ! Je sais ce que je risque mais je dois m'assurer qu'Orihime s'en sortira sinon, tout ça ne servira à rien !
Là-dessus, le fils Kurosaki fila telle une flèche en renversant presque Hirako qui tituba.
- Ne me regarde pas comme ça, Kisuke, marmonna-t-il en se grattant la joue avec l'index. Quand cet écervelé de roux a une idée qui vient frapper son crâne épais, rien ne peut le faire changer d'avis même s'il fonce droit dans le mur.
Urahara abaissa son bob sans rien ajouter.
Pendant ce temps, caché sous une casquette et un long manteau, Ichigo était arrivé à l'hôpital et ouvrait les vannes jusqu'au second étage. Par chance, alors qu'il s'apprêtait à se manifester à l'accueil, il entendit des médecins parler du cas de la célèbre Inoue Orihime.
Arrivé à l'étage désert ce qui était compréhensible à cette heure tardive, il chercha sa chambre et la vit à travers la vitre de l'une d'elles. Allongée sur un lit, sous assistance respiratoire, ses longs cheveux auburn plutôt ternes noués en une molle queue-de-cheval basse reposant sur son épaule, le teint pâle mais marqué de tâches rouges et bleues, Orihime demeurait inconsciente.
Choqué par cette vision, Ichigo ne souhaitait que se rendre auprès d'elle sauf que ses muscles refusaient d'obéir.
- Merde qu'est-ce que tu as fait...
- I... Ichigo, c'est bien toi ?
Le temps se suspendit.
Crispé au son de cette voix qu'il connaissait par cœur, il pivota pour tomber nez à nez avec la personne l'ayant reconnu.
- Ouais Chad, c'est moi.
Sado lâcha le café -qui éclaboussa ses chaussures- qu'il était parti prendre au distributeur non loin, marcha vers son meilleur ami et le fixa sans rien dire. Une bataille visuelle se déclencha alors, confrontant des sentiments différents. Soudain, sans le moindre signe avant-coureur, Chad inclina son corps massif et serra son ami dans ses bras à la grande stupéfaction de celui-ci allergique aux démonstrations d'affection.
- On nous a dit que tu étais mort... Qu'ils avaient pu récupérer ton corps qui serait rapatrié...
- Je sais, le coupa tristement Ichigo en se dégageant doucement. Qu'est-ce que tu fais encore là ?
- Je veille sur Inoue, répondit le grand jeune homme. Ta famille et nos amis se sont relayés à son chevet mais je me suis proposé pour rester avec elle cette nuit.
Ichigo lut ses interrogations dans son regard à la fois sombre et inquiet.
- Je te promets de tout t'expliquer en temps voulu. Mais avant, dis-moi ce qu'il s'est passé, quémanda-t-il en pointant la belle endormie.
- Elle a refait une tentative de suicide, relata Chad, abattu. La seconde en trois ans. Cette fois, elle a essayé de se noyer dans la rivière en attachant une brique autour de sa cheville pour l'entraîner vers le fond.
- Quoi ?! se bloqua l'autre jeune homme, abasourdi.
- Par chance, un groupe de jeunes passaient par là. L'un d'eux a plongé pour la remonter à la surface. Elle a quand même absorbé une grande quantité d'eau.
Ichigo se laissa aller contre la vitre, une main sur le visage. Sado, lui, avait encore du mal à croire que son meilleur ami qu'il considérait comme son frère était bel et bien vivant. Voilà tout de même trois ans qu'il le croyait mort tout comme l'ensemble de ses proches. C'était comme si un espoir insensé avait pris forme sous ses yeux.
- Elle va s'en sortir ? le ramena sur terre Ichigo, tenant à peine debout.
- Les médecins n'étaient pas très optimistes à son arrivée. Cela dit ses fonctions vitales reviennent peu à peu à la normale et ils pensent qu'elle pourra bientôt respirer seule mais son asthme s'est aggravé. Elle aura quelques séquelles dont certaines devraient se résorber avec le temps.
- Son asthme ?!
- Oui, confirma Sado qui fixait avec compassion son amie couchée. Lors de sa dernière tentative ratée, Inoue a développé cette maladie qui s'est ajoutée à un sévère ulcère.
Il serra son poing massif et osa dire le fond de sa pensée.
- Je ne sais pas à quoi tu joues, Ichigo, mais j'espère que ta motivation à la faire autant souffrir en vaut la peine. Plus le temps passe et plus Inoue va mal, ses thérapies ne changent rien à cela. Elle a été sauvée deux fois, qui sait ce qui arrivera les prochaines fois.
Le silence lui répondit. Exaspéré, Chad perçut la colère grimper en lui.
- Bon sang, vas-tu réagir ! Je viens de te dire que la femme que tu aimes a essayé de se donner la mort deux fois pour toi alors que tu es vivant ! Tu attends quoi pour pousser cette porte et lui expliquer à quoi rime ton comportement ?! Qu'elle veuille à nouveau se donner la mort et y passer pour de bon !? A l'annonce de ton décès, une plaie s'est ouverte en elle et saigne encore depuis trois ans !
Le roux se décolla de la vitre et montra son dos. Le corps visiblement raide, il tourna à peine son visage de profil, les néons projetant l'ombre de la casquette sur ses yeux.
- Continue à veiller sur elle s'il te plaît, Chad, dit-il à voix basse. Ne lui dis pas que tu m'as vu et surtout prends soin d'elle, si besoin emménage chez nous. Rien n'est plus précieux que la vie d'Orihime.
- Tu as une bien curieuse manière de le montrer.
- Un jour, vous comprendrez.
C'est ainsi qu'Ichigo s'éloigna jusqu'à disparaître dans l'ascenseur, la tête basse. Ne sachant quoi penser, Chad retourna au chevet de Hime en se demandant comment se comporter avec elle désormais.
Le poids du secret est parfois plus lourd que le poids de la solitude.
Environ deux semaines plus tôt
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- Putain Hime, dépêche-toi.
Adossé à un arbre, trempé et déguisé afin qu'on ne le reconnaisse pas, Ichigo s'impatientait.
- Tu la surveilles encore ?
- Lâche-moi Hirako.
- Si elle te manque tant, va la retrouver ta princesse.
- Tu sais très bien que je ne peux pas, trancha le roux, agacé sans lâcher l'entrée du cimetière des yeux. Du moins, pas encore.
- Mouais, t'as pas l'air de croire un mot de ce que tu viens de dire, vieux, expira Shinji en brassant l'air de la main. Bon, je vous laisse en tête à tête toi et la flotte.
Le fils Kurosaki ne nota même pas que son ami était parti. Pris d'un mauvais pressentiment, il regarda le ciel déchiré par un violent éclair accentué par l'orage puis reporta ses orbes ambrés sur le cimetière. Son cœur se mit à battre à ses tympans.
Sans réfléchir, il courut à toutes jambes vers le lieu de repos des morts qu'il scanna tant bien que mal à travers les cordes d'eau évacuées par le ciel d'aspect métallique.
- Hime !
Ichigo ne tarda pas à la rejoindre. S'il était choqué de voir une tombe fleurie à son nom, ce n'était rien comparé au fait de découvrir la femme de sa vie inconsciente sur ladite tombe.
- Orihime ne me fais pas ça !
Il vérifia son pouls. Rien. Il vit la ventoline dans son sac et se rappela tout de suite qu'elle était asthmatique. Presque paniqué, Ichigo retourna Orihime sur le dos et lui fit du bouche à bouche ainsi qu'un massage cardiaque. Avoir un père médecin avait ses avantages... Pendant plusieurs secondes, rien ne se passa en dehors de la pluie décidée à les transformer en éponges humaines.
- Ne meurs pas, souffla-t-il entre deux massages.
Sa belle remua très légèrement. Pour la troisième fois, son fragile cœur mort revint à la vie. Le soulagement s'empara d'Ichigo qui, pour la première fois depuis des années, sentit des larmes troubler sa vision. Pendant ce temps, avec peine, la jeune femme soulevait ses paupières. Seulement, elles étaient si lourdes qu'elle n'y parvint pas longtemps.
- C'est bien toi... ? articula-t-elle péniblement.
Celui qu'elle aimait la souleva et l'emmena au premier endroit lui venant à l'esprit.
- Tu dois vivre pour toi, pour nous, Hime, lui dit-il sans ralentir l'allure.
- Ichigo ! cria-t-elle dans un demi-sommeil.
- Tu ne dois pas mourir, ajouta celui-ci non sans une grimace de douleur.
- C'est la seule solution, je n'ai... je n'ai plus la force, se défendit la sœur de Sora d'une voix ensommeillée.
Il était primordial de la maintenir éveillée sans pour autant lui faire pleinement prendre conscience qu'il était vivant. Difficile...
- … Tu es plus forte que tu ne le crois ! l'encouragea le fils Kurosaki qui fonçait parmi les piétons curieux.
- Pas sans toi à mes côtés, chuchota-t-elle. Je n'en peux plus d'attendre, Ichi. Je dois... Oui, je dois te rejoindre. Attends-moi.
Nichée au creux des bras de son amour, Hime sombrait dans l'inconscience un peu plus à chaque seconde.
- Je t'en empêcherai, tu m'as promis de m'attendre, ne lâcha-t-il pas l'affaire en empruntant une ruelle.
- Et tu m'as promis de revenir mais tu n'es pas là ! s'agaça la beauté auburn possédée par la colère et une fatigue extrême. Je suis déjà morte depuis cinq interminables vies alors à ton tour de m'attendre. J'arrive.
Plus aucun son ne franchit sa bouche tremblante. Ichigo accéléra. Enfin arrivé à destination, il la déposa doucement sur le bitume et cogna fortement à la porte.
- Ton calvaire est bientôt fini, Hime, lui murmura-t-il, une main dans ses longs cheveux de feu mouillés. Accroche-toi.
La lumière s'alluma de l'autre côté et il fila très vite. Lorsque la porte s'ouvrit, il était déjà hors de vue.
- Mais c'est... PAPA ! hurla Karin en soulevant déjà Orihime.
L'interpellé accourra accompagné de son autre fille.
- Oh par les Kami ! s'alarma Yuzu qui aida sa sœur. Il faut l'examiner au plus vite !
Assuré qu'Orihime était vivante, Isshin Kurosaki laissa son regard plus intelligent qu'il n'y paraissait se promener aux alentours.
- Le vieux ! s'énerva Karin.
- Oui, me voilà ! se réveilla le médecin qui referma derrière lui.
Toujours caché derrière un buisson, le visage d'Ichigo semblait impassible. Cependant, ses iris marron exprimaient clairement que revoir sa famille en bonne santé le touchait profondément. Comme à son habitude, il se dissimula sous sa couche de vêtements et ne s'attarda pas sur les lieux.
Sans prêter attention à son environnement, il retourna machinalement à « leur » planque, autrement dit une vieille usine désaffectée qu'il traversa pour descendre l'escalier menant au sous-sol.
- Il faut se bouger, ordonna Ichigo à ceux présents parmi lesquels figuraient Shuuhei et Shinji. Je ne resterai pas un an de plus loin de Hime. La prochaine fois, elle mourra et je ne le supporterai pas.
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Retour au présent
Tout le monde se tourna vers l'origine du coup de feu.
- Désolé, j'ai pas pu m'empêcher de plomber l'ambiance. Ce genre de retrouvailles me donne la gerbe !
- Grimmjow..., soupira Hisagi, blasé. Tu ne peux décidément rien faire comme tout le monde.
- Je suis unique alors autant agir comme tel, cracha Grimmjow.
Il abaissa son pistolet qui venait de tirer une balle foudroyante dans le toit. Grimmjow était grand, musclé avec des cheveux bleu clair d'après ce qu'Orihime voyait dans l'obscurité dominante.
- Ce raffut ridiculement inutile est dû à Grimmjow, j'imagine.
Un autre homme petit et brun aux cheveux mi-longs apparut près de l'interrupteur qui pendouillait qu'il actionna.
- Je t'emmerde, Ulquiorra, siffla Grimmjow qui rangeait son flingue. C'est pas sur toi qu'il faut compter pour animer mais plus pour endormir.
C'était vraiment deux personnes différentes. Si de Grimmjow il émanait un désir de bagarre croisé vulgarité, d'Ulquiorra il en sortait plutôt une étrange mélancolie empreinte de solitude. Cependant, Orihime ne s'attarda pas sur eux bien longtemps, trop focalisée sur Ichigo. Il était vivant ! Son seul et unique amour qu'elle avait tant pleuré et pour qui elle avait commis l'acte le plus beau et triste se tenait à ses côtés !
Il vrillait Grimmjow d'un regard noir et se retenait visiblement de le réduire en pièces trop petites pour les compter.
- Si tu avais touché ou même éraflé Orihime, je t'aurais tué de mes mains, menaça-t-il.
Bon, eh bien son Ichi n'avait pas changé. La jeune femme en aurait presque souri si elle n'était pas sous le choc.
- Calme tes boules, Kurosaki. Ta princesse donne plus envie de la baiser que de la tuer, le provoqua le cheveux bleu.
- Je vais te... !
- Non, Ichigo ! le retint Chad. Tu as mieux à faire, je crois.
- J'approuve, intervint Shinji qui observait attentivement Orihime. Qu'est-ce qu'elle fait là ?
- C'est de ma faute, culpabilisa Sado. Elle a dû me suivre.
Le roux se détendit et posa sa main sur l'épaule de son meilleur ami.
- T'en fais pas, vieux. Elle n'a rien, c'est le principal. Hime, ajouta-t-il.
A l'ouest en raison de l'enchaînement improbable des événements, cette dernière ne réagit pas. Doucement, Ichigo se plaça dans son champ de vision.
- Orihime.
- Um ? fit-elle, clignant des yeux.
- Suis-moi, s'il te plaît.
Il se détourna vers une toile verte déchirée par endroits. D'abord immobile, son attention braquée sur lui, la belle finit par percevoir les cinq paires d'yeux fixées sur elle. Mal à l'aise, elle se frotta le bras et s'empressa de rejoindre l'homme faisant battre son cœur au sens propre.
En soulevant la toile, elle se retrouva dans une petite salle guère mieux que celle d'à côté. Une misérable lampe suspendue éclairait tant bien que mal le béton recouvrant sol, murs et plafond tandis qu'une unique chaise en bois effilé ornait l'un des coins.
- N'aie pas peur.
Elle sursauta n'ayant pas remarqué Ichigo derrière elle. Le poing devant sa forte poitrine, la sœur de Sora se laissa prendre par son regard semblable à un aimant.
- C'est toi, Ichigo, trouva-t-elle la force d'articuler, émue.
Le mentionné retira sa capuche.
- Oui, murmura-t-il sans oser l'approcher. C'est bien moi, princesse.
La bouche entrouverte, elle sentit son corps s'engourdir. Ses cheveux orange étaient un peu plus longs que dans ses souvenirs, il portait une barbe de plusieurs jours et son visage s'était un peu amaigri mais oui, c'est bien son âme soeur.
- Tu... Je t'ai cru... On nous a dit que...
- Je sais.
- Non, tu ne sais pas !
Orihime se retourna, la tête dans les mains. Sa joie de le revoir se transforma en colère. Ses sentiments se bousculaient mais son désir de comprendre l'origine de sa souffrance dominait. Contrairement à ce qu'elle s'imaginait, le revoir ne gommait pas les années de solitude, de peine, de douleur qu'elle avait traversées et traversait encore.
- Où étais-tu durant toutes ces années ?!
- Je t'ai promis de revenir et je suis là, répondit le roux.
- N'élude pas la question ! s'irrita Orihime en lui refaisant face, ses perles grises humides. As-tu la moindre idée de ce que j'ai traversé depuis l'annonce brutale de ta mo... ton absence ?!
- Oui, dit-il, coupable.
- Je t'ai tellement pleuré, je t'ai appelé à en perdre la voix, j'ai été jusqu'à mettre fin à mes jours pour te retrouver ! cria-t-elle de toutes ses faibles forces. Je suis limite entrée en guerre avec nos proches qui me reprochaient de ne pas avancer en refusant de croire à ton décès ! Et tu es là en face de moi en chair et en os ! Mais enfin pourquoi ? Pourquoi me faire subir ça ?!
- Orihime...
- Et ta famille ! enchaîna la princesse qui marchait vers lui. Ton père, tes sœurs, nos amis, ils t'ont tous pleuré eux aussi ! Mais où étais-tu donc, Ichi ? Pourquoi tant de mystère, pourquoi nous avoir fait endurer une telle épreuve !
- Je t'assure que..., retenta-t-il.
- Et Sado ! rit-elle jaune. Il est au courant depuis combien de temps ?! Il a vécu avec moi, m'a vue dépérir chaque jour sans me dire que la raison de mon mal-être ne se trouvait qu'à quelques kilomètres à peine de chez moi !
Ichigo prit une mine blessée.
- Je lui ai demandé de se taire.
Orihime le gifla, son visage inondé de larmes. Ichigo encaissa, s'étant préparé à cette réaction normale.
- Je viens de passer les cinq pires années de mon existence, sanglota-t-elle en s'enlaçant. Je pensais que te revoir serait ce qui me sauverait, me rendrait le sourire. Au lieu de ça, je... je vois que tu m'as fait souffrir intentionnellement et ça m'achève.
Elle tituba en se tenant le front, le souffle erratique. Vif, le fils Kurosaki la maintint droite.
- Ton asthme ! prit peur Ichigo.
- Je sais le gérer, j'ai fini par apprendre, répliqua-t-elle, la respiration déjà un peu plus régulière.
- Peut-être mais tu n'as pas ta ventoline sur toi, insista-t-il en lui laissant de l'espace.
- Je t'ai dit que ça va !
Son ton sec toucha Ichigo qui ne releva pas, prenant conscience d'autre chose.
- Tu es glacée. Et tu es pieds nus, bon sang ! Tu es toujours aussi inconsciente !
- Ne me parle pas d'inconscience, tu n'es pas mieux placé que moi.
Il l'ignora superbement, chopa un vieux drap rapiécé dans l'ombre et lui passa autour du corps. Ceci fait, il s'assit sur la chaise et lui fit signe de prendre place sur ses genoux. Hime resserra la couverture autour d'elle et tourna obstinément la tête ailleurs. C'était toujours ainsi. A chacune de leurs disputes dont il était le fautif, Ichigo s'arrangeait pour l'avoir par les sentiments comme si ça apaiserait tout.
- Je t'assure que je ne vais pas t'empêcher de me crier dessus mais viens, Hime. Le sol de cette maudite usine est très froid et il n'y a pas de chauffage ici.
Déterminé à n'en faire qu'à sa tête, la demoiselle ne remua pas un muscle. Finalement, sentant à peine ses pieds, le corps transit de froid, elle se décida à accepter l'invitation.
- Je n'en ai pas fini avec toi, le prévint-elle.
- J'en suis conscient.
Légèrement plus calme, elle s'installa de profil à lui. Si c'était bizarre au début, elle se blottit malgré elle contre son torse en quête de chaleur humaine.
- Tu es tellement mince, s'inquiéta Ichigo qui avait parfaitement senti sa clavicule ainsi que ses côtes.
- Je n'avais plus goût à rien. Mon travail ne me passionnais plus, je me nourrissais peu et plus aucune de mes passions ne m'intéressaient, résuma-t-elle en sachant ses larmes. Je me suis laissée mourir durant toutes ces années.
Elle renifla, ses pommettes virant au rose.
- J'ai été incapable de refaire ma vie parce que tu es mon seul et unique Ichi, confessa-t-elle en calant une mèche derrière son oreille. Quand je pense que j'ai reproché à nos amis de m'avoir sauvée plusieurs fois... S'ils ne l'avaient pas fait, je ne te...
Elle en perdit ses mots. Ichigo venait d'entourer sa nuque de ses mains pour lui voler un baiser. Il fut bref mais plus efficace que la couverture supposée réchauffer Hime.
- Je n'ai pas fini de te dire ce que je ressens, souffla-t-elle sur ses lèvres.
- Loin de moi cette idée, se moqua-t-il.
- Ichi...
- Je n'essaye pas de me défiler, il faut vraiment que je te parle.
- Moi d'abord, préféra la belle, agrippée à lui. C'est étrange de dire ça mais quand je promenais Okito chan, je t'ai aperçu près de ta tombe. A ce moment-là, pourquoi n'es-tu pas venu vers moi ?
- Okito chan ? Tu as un chien ?
- Oui. J'ai vu cette silhouette devant ta tombe, j'ai cru que c'était toi. Ensuite, Okito chan s'est mis à aboyer et j'ai compris que je ne connaissais pas cet homme mais j'avais un doute au fond de moi. Alors je... c'est sans importance.
Elle s'arrêta si brusquement dans son récit qu'Ichigo en fronça les sourcils, intrigué.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je ne peux pas, je ne peux pas parler comme si de rien n'était ! évacua Orihime qui se battait difficilement avec ses émotions dures à canaliser. Tu es comme un fantôme, celui qui matérialise le calvaire d'une bonne partie de ma vie.
- … Ah. C'est donc ainsi que tu me vois, comprit le roux, peiné.
- A quoi t'attendais-tu en réapparaissant si soudainement ?!
- Je ne suis pas réapparu. Tu es venu vers moi, Hime.
- Ne joue pas sur les mots et ne parle pas comme si on s'était quittés hier !
Sa colère refit surface en faisant sauter le barrage émotionnel qu'elle maintenait dans sa poitrine. Son cauchemar vécu, enduré, supporté l'écrasait d'un seul et gros poids.
- Cinq ans de souffrance en plus du fait que j'ai déjà perdu mes parents et mon grand frère Sora ! Tout ça alors que je n'avais même pas trente ans et tu t'es ajouté à la liste de mes malheurs ! Pour l'amour des Kami ! Réalises-tu l'étendue de l'enfer que ces cinq dernières années ont été pour moi ?!
- Tu me l'as évoqué tout à l'heure, déclara-t-il tristement. Mais Orihime, moi aussi je...
Elle se leva et se planta face à lui, le visage défait.
- Quand j'avais besoin de toi, tu n'étais pas là ! s'époumona-t-elle, transpercée par la souffrance. Quand je t'appelais, tu ne venais pas ! Quand j'avais mal, tu ne me soulageais pas ! Quand j'avais peur, tu n'étais pas là pour me réconforter ! Quand je me sentais horriblement seule, tu ne venais pas me combler avec ta présence plus que suffisante ! Mais quand je marchais vers la mort d'un pas décidé, tu apparaissais soudainement en me suppliant de rester en vie et en me faisant croire par la même occasion que tu n'étais qu'un songe ! Pourquoi ? Pourquoi me demander de m'accrocher à la vie alors que ton comportement me poussait à succomber à la mort ?!
Son souffle s'accéléra traduisant qu'une autre crise d'asthme pointait le bout de son nez. Orihime se força à inspirer lentement et régulièrement par le nez avant d'expirer par la bouche, sa petite main sur sa poitrine. Cependant, le fait qu'Ichigo se contente de l'observer en silence, plus inquiet pour elle que troublé par la douleur qu'elle venait de vomir augmenta sa colère d'un cran.
- Mon amour pour toi n'a jamais faibli mais la colère domine actuellement. Dis-moi pourquoi, simplement pourquoi tu as été absent si longtemps et si près de moi en même temps ! exigea-t-elle en désignant brièvement l'usine.
La beauté auburn le regarda soupirer et passer une main dans ses cheveux hérissés nécessitant un bon coup de peigne.
- Je me doutais que ça se passerait comme ça, se résigna-t-il. Je vais te répondre. Avant, il faut que tu saches quelque chose.
- Quoi ? se fâcha-t-elle avec une petite moue en reniflant.
Le jeune homme sourit faiblement malgré lui. Cette expression enfantine et innocente, ce visage angélique tâché de larmes mais empreint d'amour, de soulagement et de curiosité était bien celui de SA Orihime. La femme dont il était tombé amoureux sans s'en rendre compte venait de renaître sous ses yeux, brisant ainsi l'image de la femme anéantie qu'elle était durant ces cinq dernières... vies.
Lentement, il se remit debout, posa ses mains sur ses joues pour avoir toute son attention et plongea dans ses océans gris orageux.
- L'homme que tu as vu devant ma tombe, ce n'était effectivement pas moi, amorça Ichigo avec grand sérieux. Et détrompe-toi, tu le connais en un sens. Pour tout te dire, ce salaud est la raison principale pour laquelle je n'ai pas donné signe de vie durant cinq ans.
- Je le connais dis-tu ?
- Oui.
Orihime écarquilla les yeux, quelque peu surprise par cette révélation. Bientôt, sa colère envers Ichigo se dirigea presque en totalité vers cet être pour l'instant sans visage. Les lèvres pincées, elle serra ses petits poings près de ses hanches et fixa fermement l'homme possédant la clef de son cœur depuis toujours.
- Révèle-moi le nom de cet homme, Ichigo.
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Bonjour à tous ! Eh oui, je suis en vie XD J'ai mis beaucoup de temps à poster et j'en suis navrée. Mon pauvre PC peut rester éteint une semaine entière, voire plus... J'ai passé quelques mois difficiles, notamment le mois de mai qui a été un vrai cauchemar et je dois avouer que juin n'est pas mal non plus en son genre... Tout s'enchaîne pour moi depuis quelque temps, mon humeur est hélas affectée ce qui fait que je n'ai pas eu envie d'écrire un bon moment, n'ayant pas l'esprit à ça.
Je n'ai pas abandonné l'écriture pour autant, j'ai préféré m'accorder une sorte de pause plutôt que de vous pondre des chapitres sur lesquels je n'aurais pas bossé à fond. Concernant cette fanfiction, il ne reste bien que deux chapitres et elle touchera à sa fin. L'avant-dernier est entamé sur mon ordi mais j'ignore quand il sera posté. Je vous signale au passage qu'Aizen n'est pas présent dans cette fiction.
Pour ceux qui me suivent également sur Skyrock, sachez que je dois encore saisir les dernières pages du chapitre IX de « Briser mes chaînes ». Ceci fait, il me restera les relectures puis il sera mis en ligne. Encore une fois, je ne sais pas quand mais restez avec moi.
Je vous laisse pour l'instant en espérant que cette lecture vous a plu. A bientôt, bisoux à tous !
