¤ Le poids de la solitude ¤
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Chapitre 5 : Au grand jour
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On ne reste pas avec une personne uniquement pour jouir du plaisir charnel. Toutefois, Orihime mentirait si elle affirmait que ce lien profond avec Ichigo ne lui avait pas manqué. Aussi se laissa-t-elle faire lorsqu'il lui mordilla le lobe de l'oreille avant de lui ôter son t-shirt pour se retrouver seins nus devant lui.
Laissant place à son excitation, Hime retira à son tour le sweet de son roux et déboucla son pantalon qu'elle laissa glisser le long de ses jambes minces. C'est alors qu'elle remarqua quelque chose.
- Où sont tes chaussures ?
- Je les ai laissées dans le jardin, répondit-il en pliant ses orteils recouverts de chaussettes. Elles ne m'auraient servi à rien puisque tu m'aurais aussi forcé à les retirer, n'est-ce pas ?
Cette remarque poussa la belle à rosir mais laissa de côté le sujet « chaussures ».
- Princesse, tu es beaucoup plus mince que dans mes souvenirs mais ton corps est toujours aussi attirant. J'ai envie de toi mais je n'ai pas le temps de te faire plaisir comme avant cette fois.
La fin de sa déclaration pourrait effrayer ou agacer n'importe quelle femme qui comprendrait par là qu'il ne pensait qu'à lui. Mais Orihime ne perçut pas cela de cette façon. Ichigo était en fuite, devait se cacher et ne pas rester trop longtemps au même endroit. C'est uniquement pour cela qu'ils ne pouvaient se complaire dans les préliminaires.
Il ne faisait assurément pas partie de ces hommes ne qui ne pensaient qu'à leurs propres désir en négligeant celui de leur compagne. C'est donc pour cette raison et elle seule que la jeune femme ne se priverait pas de ce bonheur inespéré de faire l'amour avec lui surtout que Sado l'avait prévenue qu'il rentrerait tard.
- Je sais, répondit-elle. Mais laisse-moi commencer pour une fois.
Elle colla ses seins contre son torse, amaigri mais pas moins attirant, et se laissa descendre pour se mettre à genoux.
- Hime...
- Laisse-moi faire, Ichi, souffla sensuellement cette dernière.
Avec des gestes habiles et légèrement tremblants, elle baissa son caleçon jusqu'à ses chevilles pour se retrouver devant son érection qui la fit frissonner tandis que son entrejambe s'humidifiait. C'était si plaisant de faire de l'effet à l'homme de sa vie, en particulier après des années sans contact quel qu'il soit.
Impatient, Ichigo lui caressa les cheveux et elle comprit direct le message. Excitée, la demoiselle prit en bouche le membre afin de, sans attendre, déplacer sa langue tout autour. Ichigo gémit en rejetant sa tête en arrière tout en maintenant celle de sa princesse contre lui.
- Continue, Hime...
Celle-ci accéléra la cadence en attrapant doucement les deux grosses perles ultrasensibles sous son érection. La passion du roux mua en cris de plaisir intense alors qu'il mouvait son bassin dans la bouche de la beauté auburn. Sauf que sa semence était déjà sur le point de sortir et c'était trop tôt même si une nuit torride ne leur était pas accordée.
- J'ai besoin de te sentir contre moi, murmura-t-il en la forçant à le regarder.
Il se pencha pour relever Hime qu'il embrassa à pleine bouche, leurs langues s'entremêlaient pendant que leurs mains se redécouvraient impatiemment. Toucher chaque courbe, chaque muscle, chaque zone érogène...
- Tu as très envie de moi, s'amusa Ichi, les doigts sur sa fleur intime.
Il glissa son majeur à l'intérieur, Orihime se cambra dans un son fort plaisant. Comme enivré par la luxure baignant dans la pièce, Ichigo souleva Orihime par les cuisses et enfouit son visage sans son cou délicat tandis qu'elle encerclait sa taille avec ses jambes.
- Je t'aime, Orihime.
Sur cette confession, il la pénétra d'un seul mouvement qui leur fit tous les deux user fortement de leurs cordes vocales. Dans un premier temps, la princesse ondula contre son Ichi tout en dévorant presque ses lèvres. Il palpait ses fesses pendant qu'elle lui griffait le dos et tirait ses cheveux hérissés. Néanmoins, Ichigo restait Ichigo avec son besoin de contrôler et avoir le dessus.
C'est ainsi qu'il pivota soudainement en surprenant Orihime qu'il plaqua dos au mur. Dans cette position, il put lui écarter davantage les jambes et mieux aller et venir en elle jusqu'à la jouissance mutuelle qui restaura leur union charnelle naturelle.
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- Tu t'en vas déjà ?
- Oui, je n'avais pas prévu de dormir ici, tu le sais.
Habillé avec ses vêtements de la veille, Ichigo s'apprêta à repartir par la fenêtre.
- Attends !
Complètement nue, Orihime quitta les couvertures à son tour et lui sauta au cou. Leur moment intime cette nuit fut court mais magique. Cependant, après leurs ébats, la fatigue gagna très vite Hime car son corps pas loin de la maigreur et habitué à une léthargie quasi-totale la rappela à l'ordre. Lorsque le fils Kurosaki décida de rentrer, elle le supplia de rester à grand renfort de larmes au point de se déclencher une crise d'asthme. Inquiet, il resta auprès d'elle avec pour mission de filer à l'aube, soit maintenant.
- Ça va aller ? s'informa-t-il en la serrant contre lui.
- Oui, même si j'ai toujours du mal à te laisser partir.
- Orihime...
- Je sais, expira-t-elle en accentuant son étreinte.
- N'oublie pas, lui répéta Ichigo avec grand sérieux. Cette nuit, viens me rejoindre à l'usine à 3h du matin. Chad te suivra à distance pour garder un œil sur toi mais assure-toi de ne pas être suivie.
- Entendu.
Rassuré, il lui déposa un baiser sur ses cheveux et s'en alla. La princesse attrapa sa robe de chambre avant de s'accouder sur le rebord de la fenêtre pour le regarder s'éloigner et disparaître rapidement à l'angle de la rue, sa capuche sur la tête. Ensuite, elle jeta un œil au réveil et soupira de contentement. Incroyable comment retrouver son amour qu'on croyait perdu pouvait ressusciter les ailes qu'on s'était coupées et raviver la lumière dans les ténèbres dans lesquelles on se noyait.
- Allez, un peu de ménage puis quelques courses avant de les accueillir !
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- Bonjour ! Bienvenue à tous ~ !
- … Euh... Orihime chan, c'est bien toi !?
Face à la mentionnée se tenaient Isshin Kurosaki accompagné de ses filles jumelles Yuzu & Karin. Avec la petite famille il y avait également Tatsuki et son petit ami Ishida Uryuu toujours aussi impeccable.
- Oui, c'est bien moi Isshin san, confirma Hime.
- Il y a de quoi être éberlué, commenta sa meilleure amie.
- Je confirme, ajouta Ishida bouche-bée.
Devant eux il avait une Orihime si différente que les bras leurs en tombaient presque.
- Entrez ! les invita celle-ci en les laissant prendre place dans son salon. Sado kun travaille mais vous transmet le bonjour à tous !
Telles des marionnettes, ses amis s'installèrent en se répartissant sur le canapé, les fauteuils et les chaises tandis que leur hôte s'activait dans la cuisine pour leur préparer des amuse-bouches.
- Orihime ? Je voudrais m'excuser pour mon comportement..., débuta Tatsuki qui l'avait rejoint en se tordant les doigts. J'ai...
- C'est bon, lui sourit la belle, les mains chargée d'un plateau. Je ne t'en veux pas.
- Mais...
- Viens, tout le monde nous attend.
Tatsuki demeura immobile. Sa meilleure amie était plus bas que terre pendant cinq interminables années en dépit de tous leurs efforts pour lui redonner goût à la vie. Or, là, c'était à croire que ce pan de sa vie n'avait jamais eu lieu, comme si Orihime s'était couchée au plus mal hier soir et réveillée au top de sa forme ce matin. Comment avait-elle pu changer en un laps de temps aussi court ?
- Tatsuki chan ? l'appela son copain du salon.
- J'arrive !
Chacun prit un petit quelque chose mais tous les regards convergeaient dans la même direction. C'est Yuzu qui brisa le silence, sa voix, comme toujours, trahissant son émotion.
- Orihime chan, tu es si différente. As-tu... es-tu enfin parvenue à accepter la mort de mon frère ?
Oui, différente, sa belle-soeur l'était. Rayonnante, la beauté auburn avait laissé au placard ses habituels tailleurs noirs et son apparence négligée. Aujourd'hui, ils avaient sous les yeux la Orihime féminine qu'elle avait été, c'est-à-dire coiffée, maquillée, parfumée et vêtue de vêtements colorés sans habits d'Ichigo cachés dessous d'après son décolleté.
Cependant, bien que touchée par leurs remarques et plus que ravie de se sentir mieux, maintenant libérée de ses pensées suicidaires, Orihime sentit son cœur se serrer. Elle aurait tant aimé partager avec eux la raison de son bonheur apparent, mais on le lui avait interdit. Le fait qu'Ichigo soit vivant et surtout présent à quelques kilomètres d'ici devait encore rester secret. Pour l'instant. Aussi se contenta-t-elle de répondre en enfouissant son horrible sentiment de culpabilité.
- Mes nombreux rêves sur Ichigo, ma récente dispute avec Tatsuki chan et mes longues conversations avec Sado kun m'ont beaucoup fait réfléchir. Ils n'ont cessé de me rappeler qu'Ichigo n'aurait pas supporté de me voir sombrer au fond du trou et j'ai fini par les entendre. Cela m'a pris du temps, mais j'ai fini par comprendre après ma dernière tentative ratée que je veux vivre et faire honneur à Ichi.
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La journée avait été incroyablement longue. Deux heures quarante-cinq du matin, enfin. Assise sur le canapé à attendre impatiemment l'heure, Orihime bondit sur ses clefs, caressa Okito et fonça vers sa voiture. Avant de démarrer, elle remarqua dans son rétroviseur Sado dans sa propre auto, prêt à la suivre à distance comme prévu.
La jeune femme roula nerveusement vers le lieu de rendez-vous donné par Ichigo tout en s'assurant de ne pas être suivie. En l'absence de circulation, le trajet s'effectua très vite. Elle se gara devant l'usine où elle était déjà venue et aperçut rapidement Ichigo marchant vers elle.
- Laisse le moteur tourner, Hime, lui dit-il penché à la fenêtre baissée. Je prends le volant.
Sa moitié lui céda la place sans poser de questions pour aller s'asseoir côté passager au moment où Chad arriva à son tour, fit un appel de phare et entra dans l'usine.
- Pourquoi cet appel de phare ? demanda Orihime en mettant sa ceinture.
- C'est pour nous signaler que vous n'avez pas été suivis.
- Où va-t-on ?
Le silence lui répondit et pour cause : celui qu'elle aimait la détaillait attentivement.
- Quoi ?
- Tu es vraiment belle, la complimenta Ichigo, l'oeil brillant. Et ce n'est pas à cause du maquillage. L'aura douce et joyeuse qui émane naturellement de toi est de retour. J'ai sous les yeux la femme que j'ai laissée il y a cinq ans et tu n'imagines pas à quel point te voir revivre me comble après t'avoir vu dépérir, Hime.
- Je...
La suite de mots se perdit dans sa gorge et le roux ne lui en tint pas rigueur, permettant même à un léger sourire de prendre forme sur son visage.
Ils roulèrent en silence. Il était étrange de constater qu'ils avaient été séparés durant cinq années et pourtant, les habitudes réapparaissaient. D'un regard ils se comprenaient, se prenaient parfois la main ou échangeaient un sourire complice de temps à autre. C'est seulement lorsque Ichigo mit le moteur à l'arrêt qu'Orihime s'intéressa à l'environnement extérieur.
- L'aéroport ?
- Oui, confirma-t-il en descendant de la voiture pour aller ouvrir la portière de sa princesse.
- Nous n'avons pas le droit de venir sur les pistes surtout celle-ci qui est isolée, ça peut être dangereux.
- Viens, lui demanda le jeune homme, la main tendue.
- Ichigo..., s'inquiéta-t-elle.
Celui-ci agita sa main qu'elle consentit à prendre uniquement parce qu'elle avait confiance en lui. L'endroit était désert et paraissait effrayant en pleine nuit. Pas très à l'aise, Hime suivit Ichi à bord de l'un des avions qui n'avait rien de particulier. L'intérieur en revanche avait de quoi susciter l'intérêt. Dépourvu de sièges, en son centre trônait une longue table entourée de chaises et presque tous les recoins de l'appareil comportaient des tas et des tas de cartons, certains ouverts.
Curieuse, la demoiselle en inspecta quelques uns et trouva des CD gravés, des clés USB, des documents divers, des DVD et des photos. C'est surtout ces dernières qui attirèrent son attention. Elle en attrapa quelques unes empilées et ce qu'elle vit la bouleversa au fur et à mesure qu'elle les faisait défiler. Son souffle se coupa sur l'avant-dernière prise d'un hélicoptère qui montrait un cimetière regroupant des centaines de tombes.
- Hime, murmura Ichigo en entourant ses épaules.
Il vit ses larmes s'écraser sur les clichés, certains en noir et blanc.
- Tout ça ce sont les originaux, des copies ont été envoyées aux autorités compétentes. Je sais que ça doit te...
- Alors c'est... pour ça, articula-t-elle. C'est pour ça que tu es resté si loin de moi tout ce... tout ce temps...
Anéantie, les photos lui échappèrent et une violente crise d'asthme se manifesta. Elle agrippa sa gorge privée d'air et s'effondra au sol.
- Orihime ! Où est ta ventoline !?
Entre sa crise et son état émotionnel malmené, la pauvre avait bien du mal à prononcer un mot.
- Princesse ! s'énerva le fils Kurosaki en fouillant ses poches.
- D-Dans... mon... s-sac... !
Sans attendre, il se jeta dessus et en vida le contenu. Il trouva le petit tube bleu parmi les mouchoirs, le portable, les clefs et lui mit doucement l'extrémité dans la bouche en appuyant une fois, puis une deuxième.
- Calme-toi, laisse faire effet, l'encouragea-t-il en lui soutenant la nuque. Ça va aller, je suis là...
Cela prit un peu de temps mais elle finit par cesser de s'agiter. Impossible toutefois de stopper les tremblements incontrôlables de son corps. Toujours sous le choc, elle attrapa le sweet d'Ichigo au niveau de son ventre pour y loger son visage. Comprenant sa douleur, Ichigo laissa ses doigts glisser dans sa longue chevelure.
- Je n'arrive pas à croire que c'est pour cette raison que tu as... disparu toutes ces années..., souffla-t-elle. C'est si difficile à encaisser, je suis tellement...
- Ne t'excuse pas, tu ne pouvais pas savoir.
- Je me sens si coupable que mon cœur semble déchirée, pleura-t-elle. Ça me fait si mal mais j'ai besoin de comprendre Ichi kun. Raconte-moi.
Ce dernier ferma les paupières et fut quelque part soulagé qu'elle ne voit pas les larmes qu'il acceptait lui-même de laisser couler après les avoir retenues tant d'années. Toujours assis, Ichigo s'adossa contre l'un des cartons et installa Orihime sur lui, sa tête auburn sur son épaule. Enlacés, ils partagèrent leur multitude de sentiments qui s'entrechoquaient.
- Tout a commencé il y a cinq ans comme tu le sais. Plus précisément le jour où j'ai posé le pied dans ce pays, où j'ai finalement bien fait de me rendre...
Ichigo lui avoua tout sans omettre aucun détail au risque de heurter la sensibilité de sa belle. Cette sorte de « retrouvailles » imprégnées uniquement de vérité dura près de deux heures. Les premiers rayons du soleil les ramenèrent progressivement à la réalité dont l'atmosphère était devenue amer.
Un peu courbaturés, le cœur toujours en peine mais plus léger maintenant la vérité dévoilée, le couple quitta l'avion main dans la main pour rejoindre la voiture.
- Je te ramène chez toi puis je retourne à l'usine, la prévint le roux. Mais demain soir, va chez mon père et arrange-toi pour que mes sœurs et nos amis soient tous là. Il faudra que tu penses à allumer la télé à l'heure des infos pour les regarder avec eux.
- Pourquoi ? Je déteste les informations de toutes sortes depuis ta disparition, lui avoua-t-elle, la voix brisée. Cela me faisait trop penser à toi.
- Je sais mais à cette heure-ci, Princesse, nous serons enfin réunis pour de bon.
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Le lendemain, Orihime fit ce qu'il lui avait demandé.
- Orihime, qu'est-ce qu'on fait tous réunis chez les Kurosaki ?
- Tu trouves que ce n'est pas une bonne idée, Tatsuki chan ?
- Si mais ça ne ressemble pas comme initiative de ta part, répliqua la brune, sourcils froncés.
- Durant des années, Orihime nous a fuis, refusant de passer du temps avec nous pour rester seule, intervint Sado. Alors je suggère de prendre cette initiative comme une nouvelle preuve qu'Orihime veut vraiment remonter la pente et ne plus se laisser couler.
Isshin, ses deux filles, Tatsuki et Ishida parurent toujours sceptiques mais n'ajoutèrent rien. Il fallait les comprendre : après des années à voir leur amie sombrer toujours plus profondément, difficile de croire en sa volonté de profiter de la vie du jour au lendemain surtout après plusieurs tentatives de suicide.
Inoue, elle, remercia silencieusement Sado et décida de changer de sujet. Ichigo ne lui avait pas demandé de réunir tout le monde sous le même toit pour engendrer des disputes en latence depuis longtemps.
- Il est 20h ! s'écria-t-elle soudain en se jetant sur la télécommande pour zapper. Et si on regardait les informations ?
La mâchoire de certains faillit se décrocher.
- Tu détestes les informations ! lança Karin assise près de son père.
- C'est vrai, approuva Uryuu. Notamment depuis...
- Bonsoir chers téléspectateurs ! annonça la présentatrice à l'écran de toute évidence surexcitée. Comme chaque soir, nous sommes ravis de vous retrouver sur notre antenne et ce soir, croyez-moi, vous ne le regretterez pas ! Avant d'aborder les grands titres de ce journal, nous recevons en exclusivité une personne longtemps considérée comme morte. Bonsoir, merci de nous honorer de votre présence, ajouta-t-elle tournée vers son invité toujours hors du champ de la caméra. Présentez-vous à nos téléspectateurs qui auraient pu oublier qui vous êtes, même s'il y a peu de chance, sourit-elle.
La caméra changea d'angle pour faire un plan fixe sur l'invité en question qui regardait l'objectif de toute évidence fatigué, tendu et nerveux.
- Bonsoir, je m'appelle Kurosaki Ichigo, j'ai trente-trois ans et je suis journaliste.
Dès cet instant, la caméra alterna les plans fixes entre Ichigo et la présentatrice, et les plans larges pour les filmer ensemble durant leur échange.
- Vous étiez, jusque il y a peu, mort aux yeux de vos proches sans doute plus que choqués de vous voir à l'écran ce soir, continua la présentatrice en jetant de temps à autre un œil sur ses fiches-questions. Cinq ans sont passés depuis la dernière fois que l'on vous a vu vivant. Racontez-nous votre histoire, l'encouragea-t-elle d'un hochement de tête.
- Il y a cinq ans, j'ai dû partir à l'étranger, commença le roux, les mains croisées pour s'empêcher de trembler.
- Pour quelle raison ?
- Tourner un reportage sur le terrain, j'en avais l'habitude car ce n'était pas la première fois.
- Pour des raisons politiques et judiciaires, nous ne révélerons pas de quel pays il s'agit, précisa la journaliste en consultant ses notes. Que s'est-il passé, Kurosaki san ?
- Eh bien, très vite, j'ai senti que quelque chose n'allait pas, évoqua-t-il plongé dans ses souvenirs. Les habitants nous fuyaient, l'ambiance était lourde, une atmosphère de peur suintait de partout. Un inconnu m'a suivi un jour en me conseillant de retourner chez moi très vite avant de mettre le nez dans quelque chose qui me dépassait et d'en payer le prix fort. C'est là que j'ai décidé d'enquêter.
- Beaucoup auraient pris cela comme un avertissement et rebroussé chemin, reprit sérieusement la femme. Cela ne vous a toutefois pas arrêté, au contraire. J'imagine que vous vous saviez en danger vous et votre équipe en décidant de passer outre cet avertissement et suivre votre instinct.
- Oui, mais pas question de nous laisser intimider même si on se sentait épiés. Dans un premier temps, nous n'avons rien trouvé mais on avait quelques pistes dont une sérieuse.
- Que s'est-il passé à ce moment-là ?
- J'ai reçu des menaces de mort, expliqua Ichigo, dents serrées.
- Quand précisément ?
- Environ deux mois après notre arrivée.
- Soit à la période coïncidant avec votre retour prévu au Japon.
- Oui, c'est ça. Sauf que nous devions suivre cette piste qui, on en était sûrs, menait quelque part.
La présentatrice lui laissa quelques secondes pour se calmer puisque la tension de son invité grimpait à mesure que l'on approchait du sujet crucial.
- Dites-nous quelle décision vous avez prise en votre âme et conscience, Kurosaki san.
- J'ai dû charger un membre de mon équipe de faire croire à mes proches que j'étais mort, avoua-t-il difficilement. Je l'ai fait pour les protéger, ils étaient des cibles potentielles dans les menaces que j'ai reçues. En me croyant décédé, ils n'auraient ainsi pas eu l'idée de venir me chercher et finir tués.
- Cela a dû être très dur...
- Ce qui importait, c'est que ceux que je pistais me croyaient morts aussi, déclara le roux, le regard fuyant. J'ai creusé notre piste avec mes collègues mais nous sommes tombés dans une embuscade à la suite de quoi, j'ai été séparé de mon équipe et fait prisonnier pendant deux ans. C'était des hommes envoyés par le bâtard que je traquais.
- Que vous ont-ils fait ? Vous ont-ils torturé ? Cherché à vous dissuader de continuer à les traquer ?
- Je dirais simplement que j'ai réussi à leur échapper sans perdre mon objectif de vue. C'était long, seulement j'ai fini par comprendre ce qui se tramait.
- Et c'est là que nous pouvons dire que votre vie a basculé dans un cauchemar inimaginable. Qu'avez-vous découvert ? lui demanda la journaliste, le visage grave, la main sous le menton.
- Que Juha Bach, le soi-disant super-homme-capable-de-trouver-tous-les-remèdes à la tête du plus grand laboratoire pharmaceutique du Japon, faisait sortir clandestinement du pays des ébauches de médicaments et traitements expérimentaux pour les tester sur des enfants parfois dès la naissance ! livra-t-il, la voix tremblante. Il a traité ces innocents comme des putains de cobayes !
Le choc plana quelques instants à l'antenne.
- Nous parlons bien du labo dans lequel travaille votre compagne, Inoue Orihime. C'est elle qui est à la l'origine de ces remèdes dont elle a dirigé l'élaboration et bien évidemment, elle ignorait que ces échantillons seraient non pas testés sur des souris mais sur des êtres humains. Comment a-t-elle réagi en apprenant que son intelligence a contribué à la mort de centaines d'enfants ?
- Je ne suis pas là pour parler d'Orihime, elle seule pourra vous dire ce qu'elle ressent, rétorqua le fils Kurosaki.
- Il vous a fallu du temps pour reprendre votre enquête après votre séquestration et rassembler des preuves, ne se laissa pas démonter la présentatrice qui rajustait ses lunettes carrées. Combien de temps et qu'avez-vous trouvé ?
- Il m'a fallu deux ans et demi pour amasser assez de preuves. Infiltrer ce réseau en restant discret n'est pas simple, on a galéré pour prendre des photos compromettantes. Le plus long ça a été les fichiers informatiques, mais j'ai pu compter sur l'aide de mes collègues Shinji, Shuuhei et Ulquiorra.
- Soit un total de cinq longues années loin de votre famille. N'était-ce pas difficile à supporter ? De garder la motivation de démanteler le plus grand réseau de trafic d'êtres humains du siècle dans ces conditions ?
- Je savais que je les reverrais un jour surtout lorsque de retour au Japon, grâce à un contact d'Ulquiorra, nous avons pu trouver une planque à la limite de la ville. Et puis, je veillais sur eux de loin.
- Votre père est médecin et a identifié votre corps décédé. Expliquez-nous, demanda la femme en prenant des notes rapides.
- Urahara Kisuke, directeur-adjoint du lado et expert dans le clonage d'êtres humains, a su créer un clone de moi plus vrai que nature. Il a travaillé dessus des années car mes soupçons sur Juha Bach ne datent pas d'hier. Le moment venu, j'ai demandé à Urahara san de finaliser son expérience et … duper ma famille et mes amis.
- L'un d'eux savait-il que vous étiez en vie quelque part ?
- Seulement mon meilleur ami, j'avais besoin qu'il le sache pour lui demander de veiller sur Orihime en mon absence, avoua Ichigo.
- Pour terminer sur une note plus légère, est-ce que vous avez l'intention de continuer votre métier malgré cet atroce épisode de votre vie ?
- Bien sûr mais à distance, je préfère ne plus bosser sur le terrain, répondit-il sans faille. En revanche tant que je le pourrai, je chasserai ce genre de pourris où qu'ils se terrent.
- En vous faisant encore passer pour mort ? osa-t-elle le questionner.
- Non, plus question de faire subir un tel traumatisme à ma famille, je m'en veux assez.
- Quels mots souhaitez-vous leur adresser s'ils vous regardent ce soir ? lui sourit-elle.
- Juste que je suis désolé pour toute la souffrance que je leur ai infligée, déclara le jeune homme, les yeux humides, la voix brisée.
- Je vous remercie pour votre témoignage, Kurosaki san, finalisa la présentatrice, très professionnelle en feuilletant ses notes. Ça n'a pas dû être simple de vous livrer ainsi pour la première fois depuis longtemps face à des millions de gens. Je vous souhaite bon courage.
La caméra resta braquée sur elle, laissant supposer qu'Ichigo quittait le plateau.
- Comme vous l'avez entendu chers téléspectateurs, la barbarie, l'absence de morale et la trahison n'ont pas de limites chez certaines personnes. A l'heure où nous parlons, la police a déjà investi le laboratoire pharmaceutique en renvoyant les salariés chez eux afin de poursuivre leur enquête. Comme le montrent les images à l'écran, rien n'est laissé au hasard et tout est passé au crible dans un large périmètre interdit au public. Juha Bach a été arrêté plus tôt dans la soirée et est actuellement entendu par les enquêteurs. Nous ignorons encore quel sera son sort mais nul doute que nous vous tiendrons au courant sur l'avancée de cette affaire qui fait trembler l'opinion public. Dans le reste de l'actualité...
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- Je... n'arrive pas à le croire, marmonna Tatsuki aussi choquée que les autres.
Après les infos télévisées qui laissèrent tout le monde sans voix -sauf Orihime et Sado- ils tombèrent d'un commun accord pour foncer au studio d'enregistrement. Ichigo avait dû prévoir leur venue puisque des agents de sécurité prirent en charge la famille Kurosaki et leurs amis pour les emmener dans une salle sécurisée en face du bâtiment.
De l'autre coté du trottoir se pressait une armée de paparazzis avides de recueillir des commentaires exclusifs de la « star » du jour qui descendait les marches.
- Kurosaki san comment vous sentez-vous après vos révélations chocs ?
- Pensez-vous que votre famille va vous en vouloir ?! Regrettez-vous de vous être fait passer pour mort ?
- Croyez-vous que l'image du Japon va changer ?! Que des personnes vont vous en vouloir d'avoir mis ce scandale à jour ?!
- De quelles séquelles souffrez-vous ? Votre conception de l'humanité a-t-elle définitivement été ébranlée ?
- Quels sont vos projets ?! Faire un break ? Continuer dès demain ? Veiller à ce que Juha Bach paie ce qu'il a fait subir à votre compagne ?!
- Toute ce que je veux, c'est qu'on me foute la paix, grogna Ichigo en se frayant difficilement un chemin.
- Kurosaki san !
- Attendez ! Assisterez-vous au procès ? Plaiderez-vous pour la perpétuité ou la folie de Juha Bach ?
En ayant ras-le-cul, le roux atteignit le trottoir en bousculant des journalistes sur son passage. C'est là, qu'au loin, il vit Orihime protégée par deux gardes du corps de l'autre côté de la rue. Sans attendre, il traversa et la serra contre lui.
- Je suis si fière de toi, lui murmura-t-elle à l'oreille.
- Moi, soulagé d'avoir enfin pu mettre la lumière sur tout ça.
- Ta famille et nos amis sont à l'intérieur, l'avertit-elle, une main sur sa joue. Tu es prêt ?
Il inspira profondément, le cœur emballé.
- Je... ouais.
Consciente de son appréhension, le belle entrecroisa leurs doigts et l'accompagna dans une marche déterminée. Lorsqu'ils franchirent la porte de la salle, l'ambiance se figea, tous les regards tournés vers le couple.
- Euh..., bafouilla le fils Kurosaki en se grattant la tête, très mal à l'aise. Désolé...
Karin fut la première à s'avancer vers lui, les yeux gonflés de larmes. Ichi la détailla avec fierté. Ses cheveux bruns étaient plus longs que dans ses souvenirs et elle était plus féminine, il en sourit.
- Karin...
Le bruit sec d'une gifle troubla l'air.
- Comment tu as pu nous faire ça, l'accusa-t-elle, la main levée, le visage baissé. Tu sais à quel point on a souffert à la mort de maman, on ne croyait jamais s'en remettre lorsqu'on nous a annoncé que tu étais...
Son frère se sentit vraiment très mal.
- Pardon, je ne...
Une forte pression l'empêcha de continuer, c'est-à-dire quand sa sœur le prit dans ses bras.
- Je te déteste pour ce que tu as fait. Ne recommence plus sinon, je ne te le pardonnerai pas, l'avertit Karin contre son torse.
D'abord surpris, Ichigo finit par répondre à son étreinte. Il la connaissait par cœur : elle lui en voulait mais ce sentiment finirait par se dissiper.
- Promis, confia-t-il dans ses cheveux.
Très vite, une secousse les ramena sur terre.
- Tu nous as tant manqué, Ichi, sanglota sa seconde sœur Yuzu sur son épaule. Je ne veux plus revivre ça, c'était si dur sans toi...
Ichigo n'était pas démonstratif mais, en cet instant, rien au monde ne l'aurait dissuadé d'enlacer sa famille. Isshin laissa ses trois enfants se retrouver avant de s'approcher de son fils unique. Une larme lui échappa lorsqu'il attrapa Ichigo par la nuque afin de coller son front au sien.
- J'aurais deux mots à dire au cinglé au bob pour avoir réussi à me berner.
Il ferma les yeux et inspira.
- Bienvenue chez toi, mon fils.
Sado s'approcha d'Orihime avec qui il échangea un sourire devant cette scène touchante. Bientôt, les Kurosaki formèrent un petit groupe soudé face aux autres.
- Alors Tatsuki, tu ne viens pas me saluer ? la taquina Ichigo.
- Tu me connais, je n'ai jamais été une grande amatrice de câlins, répliqua-t-elle, émue. Et puis je me tâte, je ne sais pas si j'ai envie de te féliciter ou te casser la gueule.
Ichi rit brièvement.
- Je te laisse décider mais je suis prêt à encaisser. Et toi, Ishida, j'arrive pas à croire que tu sois là, fringué en noir en plus. T'es toujours porté sur la couture ?
- Toujours et je me ferais une joie de coudre ton cerveau, si petit soit-il, au fond de ta boîte crânienne puisqu'il semble avoir prit la fuite quand tu as mis au point ton plan foireux.
- Ton soutien a toujours énormément compté à mes yeux, ironisa le roux.
- Bon, et si on allait se croquer un morceau, les gars.
A l'entrée de la pièce venaient d'arriver Shinji toutes dents dehors, Shuuhei souriant, Ulquiorra indifférent et...
- Je suis d'accord mais Kurosaki m'invite ! exigea Grimmjow.
Toujours aussi emmerdeur.
- De quoi ? se bloqua le roux. Tu rêves, je ne suis pas ta banque !
- Tu as une dette envers moi jusqu'à la fin de ta vie ! C'est grâce à moi et à ma planque que t'as pu rester caché si près de ta nana tout en rassemblant les preuves contre l'autre taré !
- C'est plutôt grâce à moi puisque je suis celui qui vous mis en contact.
- Personne t'a sonné Ulquiorra alors ferme ta gueule ! s'agaça Grimmjow, sa crinière bleue en bataille. Bon, Kurosaki...
- Va te faire foutre.
- Sale connard, c'est comme ça que tu me remercies !
- Je ne t'avais rien demandé ! lança Ichi.
- Mais t'as rien refusé, face de con !
- Ton trou à rats ne vaut même pas que je te paye une miette de pain !
- Ce Grimmjow a le même caractère primal que Kurosaki, ils sont vraiment faits pour s'entendre, marmonna Uryuu.
- Je propose qu'on aille casser la croûte, maintenant, proposa Shinji, blasé.
Tout le monde le suivit, Yuzu ébouriffa la touffe rousse de son frère avec un sourire rayonnant au passage.
- On va fêter ton retour à la maison, je te préparai un bon repas.
- C'est gentil, merci Yuzu.
Il s'apprêtait à suivre le mouvement quand une main familière lui attrapa le poignet.
- Avant, j'ai quelque chose à te dire.
- Je t'écoute, Hime, lui assura-t-il en pressant sa taille.
- J'ai survécu à cinq années d'enfer et je n'ai jamais été plus heureuse d'avoir survécu à toutes mes tentatives de suicide, lui confessa Orihime, les yeux dans les yeux tout en caressant la broche qu'il lui avait offerte il y a longtemps. Nous avons enduré et supporté le poids de la solitude, Ichi et ça a bien failli nous détruire tous les deux.
Elle prit son visage en coupe comme pour graver chaque trait un peu plus marqué par le temps.
- J'ai entendu dire tellement souvent que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, reprit la beauté auburn, les prunelles scintillantes. Alors servons-nous de notre souffrance pour nous soutenir et marcher ensemble. Car le seul poids que je veux supporter désormais, c'est le celui de mon amour pour toi.
FIN
~o~O~o~
Bonjour à tous. Ainsi s'achève cette fanfiction qui aura intrigué pas mal d'entre vous. Je tenais cependant à l'écrire parce que j'aimais l'idée mais aussi pour me lancer un défi : écrire une histoire qui tiendrait dans un nombre de pages et de chapitres restreints. En d'autres mots, vous raconter beaucoup avec peu de mots tout en réussissant à vous toucher. Comme j'aime les détails et les chapitres de plusieurs dizaines de pages, ça n'a pas été une mince affaire ! Mais je pense y être parvenue. Merci donc d'avoir suivi cette histoire.
J'en profite pour vous annoncer que mon autre fanfiction « Le cœur a ses raisons » n'aura pas de suite et j'en suis navrée. Cela m'embête vraiment car avant de créer mon blog, je suis tombée sur de nombreuses fictions inachevées ce qui avait le don de m'agacer surtout quand l'histoire était intéressante. Je m'étais donc dit que je ferais en sorte de ne pas infliger ça à mes lecteurs. Hélas, je ne peux m'y tenir.
La raison est simple : la flamme qui m'animait en écrivant cette fiction s'est éteinte. J'ai tenté de m'y remettre à plusieurs reprises mais rien à faire, l'inspiration ne vient pas. J'ai toujours la fin en tête mais impossible d'ordonner mes idées pour en faire des chapitres. Je préfère donc cesser de forcer plutôt que de vous poster des chapitres que je n'aurais pris aucun plaisir à écrire dans le seul but de finir ce que j'ai commencé. Toutefois, je ne vais pas supprimer « Le cœur a ses raisons » car je me refuse à effacer un de mes textes achevé ou non.
C'est donc sur « Le poids de la solitude » que je décide de clôturer mon compte après trois ans puisque je n'ai pas prévu de publier d'autre histoire. J'ai pris énormément de plaisir à poster sur ce site et j'y ai fait la connaissance de personnes sympathiques que je n'oublierai pas.
Je vous remercie infiniment de m'avoir lue, suivie et encouragée et je vous dis au revoir en vous souhaitant pleins de bonnes choses. Eh oui, pas d'adieux car sait-on jamais que l'inspiration me frappe à nouveau dans un avenir proche ou lointain...
