Relecture par Brynamon.

Merci à SG, CarlaHG, kyndilou, kinoum, Sissy1789 et Linou2701 pour les reviews !

Votre enthousiasme me fait plaisir.

On revient sur Peeta.


LA VIE AVANT TOUT

Partie 3


PDV Peeta

Après un mois, j'avais fini par obtenir gain de cause concernant la venue de la mère de Katniss.

Je l'attendais sur le quai de la gare, un peu stressé. Malgré ma certitude que c'était pour le bien de tous, j'appréhendais quand même ces retrouvailles.

Je fixai ma montre, le train avait du retard. Il était encore tôt, nous étions samedi, je m'étais octroyé un repos pour cette occasion. Inutile de rester debout, je retournai donc m'asseoir sur un des bancs présents. Le quai était désert, la gare servait surtout de transit pour l'arrivée des marchandises.

Je posai ma nuque sur le rebord et fermai les yeux, soudain las. Je dormais mal ces derniers temps, secoué par des cauchemars un peu différents des précédents.

Je me retrouvais dans l'arène avec un bébé dans les bras, c'était le mien (je le ressentais confusément) et tous les sacrifiés des jeux me poursuivaient dans l'unique but de le tuer. Ce qu'ils parvenaient toujours à faire à mon plus grand désespoir. Katniss me trouvait pâlichon à cause de ces nuits sans sommeil. J'avais prétexté plein de raisons mais elle n'avait pas été dupe.

-Tu as peur toi aussi.

Elle cherchait à veiller sur moi mais elle était de plus en plus fatiguée. Elle dormait tard le matin, faisait une longue sieste l'après-midi et dormait tôt le soir. Elle s'en agaçait, peu habituée à autant de léthargie.

J'entendis le train de loin, il allait bientôt entrer en gare. Je me levai d'un bond, de nouveau stressé. Je lissai ma chemise, mon pantalon, je me recoiffai dans la mesure du possible. Je voulais faire bonne impression. Je n'avais revu cette femme qu'une seule fois après la fin de la guerre quand j'étais encore au Capitole avant qu'elle ne parte pour le district 4. Elle m'avait demandé de veiller sur sa fille.

-Tu vas bientôt pouvoir rentrer. Ce n'est qu'une question de temps avant que la Présidente Paylor t'y autorise. Tu es le seul qui puisse aider ma fille à être heureuse. Je t'ai vu grandir, je t'ai vu l'aimer depuis toujours. Et puis il y a eu l'épisode du pain, et les jeux. C'est très significatif.

-Comment ça ? Lui avais-je demandé, gêné et curieux.

-Tu es généreux et pacifiste. Tu fuis les conflits, mais si tu dois y faire face, tu sais aplanir les angles et apaiser les tensions. Et Katniss a besoin de paix plus que tout autre chose.

Sur ce point, j'avais été d'accord.

-Peeta !

Elle descendait en me faisant signe. Elle avait changé, le chagrin ne l'avait pas épargnée. Elle avait des cheveux blancs dans son chignon et des rides marquées aux coins de ses yeux et de sa bouche. Elle me sourit et serra ma main dans la sienne. Elle était sincère dans cette joie de me revoir. Je pris sa valise.

-Vous avez fait bon voyage ?

-Moyennement. J'étais un peu anxieuse.

J'eus une moue compréhensive et je lui demandai de me suivre. Thom attendait patiemment, installé dans sa jeep. Il m'avait proposé de nous servir de chauffeur quand je lui avais annoncé l'arrivée de Mme Everdeen. Je fis les présentations, déposai la valise à l'avant et nous nous installâmes à l'arrière. Le long du trajet, elle se perdit dans la contemplation du paysage reconstruit. Je voyais l'émotion qu'elle tentait de contenir, je ne permis pas d'intervenir : je percevais son besoin de solitude.

-Arrêtez-vous ! S'exclama-t-elle soudain.

Thom s'exécuta, surpris. Elle descendit du véhicule et se dirigea vers le monument aux morts. C'était le même dans chaque district. Il était immense, tel un obélisque. Les noms des défunts du 12 étaient gravés dans la pierre. Elle l'étudia avec minutie, puis se figea dans une expression qui me serra le cœur. Je connaissais chaque nom inscrit. Chaque nom était un nom de trop. J'avais passé du temps ici certains soirs quand je n'arrivais pas à dormir.

-Tu devrais aller la chercher Peeta, me conseilla Thom.

-Attends encore un peu.

Effectivement, elle revint d'elle-même après quelques minutes, le visage ravagé par la peine. Elle se rassit à mes côtés et fixa le sol.

Devant la grille, Thom nous fit signe avant de partir rejoindre sa femme et son fils.

-N'oublie pas le diner de ce soir.

-T'inquiète, on sera là.

J'avais prévu de lui annoncer la nouvelle ce soir même si je devinais qu'il devait déjà être au courant. En remontant l'allée, je vis Katniss debout sur le seuil. Les deux femmes se firent face silencieusement, je les laissai seules un instant pour aller mettre la valise de ma belle-mère dans la chambre d'amis à l'étage. Je fus plus attentif en revenant, debout en haut des escaliers, guettant le moindre signe de dispute mais tout était étrangement silencieux. Pour me rassurer, je les rejoignis dans la cuisine où elles se trouvaient en ce moment. Katniss préparait une grande théière de thé. J'hésitai à me joindre à elles, elles avaient besoin d'espace pour se retrouver.

-Tu en veux ? Me proposa-t-elle.

Je faillis décliner l'offre mais son regard sévère m'obligea à m'asseoir. Elle fit le service, proposa du sucre à sa mère, en mis deux dans le sien et rangea le sucrier. La tasse fumante devant moi était odorante, j'aimais boire du thé, peu importait l'heure. Katniss s'y était mise du coup. Au lieu de venir s'asseoir, elle s'accola à la gazinière, une tasse dans sa main droite, l'autre bras plié sur son ventre de manière protectrice. Je fronçai les sourcils, je la voyais souvent faire quand nous nous retrouvions hors de la maison, mais jamais ici, dans notre sanctuaire. Que craignait-elle de sa mère ?

-Alors c'est prévu pour quand ?

Je manquai de sursauter, surpris par ce silence rompu par la voix de ma belle-mère.

-Pour le début de l'hiver, répondit Katniss sans chaleur.

-Il faudra bien le couvrir.

-On y veillera, répondis-je à mon tour pour temporiser l'œil acide que Katniss vrilla sur elle.

-Je vais être grand-mère alors, sembla-t-elle seulement réaliser d'une voix tremblante.

-Oui il semblerait, dit Katniss.

-Je ne pensais pas que tu en aurais.

-Moi non plus, tu ne m'as pas donné envie d'en vouloir vue la piètre mère que tu étais pour n… pour moi.

Je m'alarmai, j'avais noté l'hésitation, le changement de posture : elle était sur la défensive.

-Tu as raison.

Sa mère se détourna, au bord des sanglots.

-Je n'ai pas su vous protéger, Prim et toi.

-Ne prononce plus jamais son nom !

Katniss avait lancé sa tasse de thé à la figure de sa mère qui se protégea de son bras. Effaré, je constatai les dégâts. Je voulus l'aider mais elle était déjà debout, le bras écorché, le visage rougi, elle quitta la pièce d'un pas lourd. Je partais déjà à sa suite quand Katniss m'ordonna de ne pas y aller.

-Elle est infirmière, elle saura se soigner.

Elle épongea la table et ramassa la tasse brisée au sol qu'elle jeta dans la poubelle.

-Katniss, soupirai-je.

-Je ne voulais pas lui faire de mal.

Elle cacha brusquement son visage dans ses mains.

-Mais je ne veux plus qu'on en parle. Et quand je la vois, je vois ma petite sœur. Et ça…

Sa voix se brisa, elle luttait pour ne pas pleurer. Je la pris dans mes bras, elle cacha son visage dans mon cou.

-Je suis fatiguée.

Je caressai sa tresse, son dos.

-Monte te reposer.

-Viens avec moi.

-Je vais d'abord voir comment va ta mère.

Elle se redressa vivement, colérique.

-Je te rejoins après, promis.

OoooO

Je retrouvai ma belle-mère derrière, accroupie devant le parterre de primevères. Katniss avait raison, elle s'était déjà occupée de ses blessures. Un bandage entourait son bras, une crème luisait sur une bonne partie de sa figure. Je m'accroupis près d'elle, caressant d'une main quelques fleurs.

-Je me suis permise de fouiller dans votre pharmacie.

-Pas de soucis. Vous êtes ici chez vous.

-C'est gentil, mais je ne me sens chez moi nulle part. Je n'ai plus de maison, ni de foyer, ni de famille.

-Nous sommes là.

Elle m'observa franchement, sans détour cette fois, et je reconnus un peu de Katniss en elle.

-Tu es un bon garçon.

J'aurais pu le prendre mal (je n'étais plus un enfant !) mais c'était un compliment venant de sa part.

-Tu me rappelle ton père.

Etonné, j'attendis la suite mais elle se perdit dans ses souvenirs. Pourquoi me parlait-elle de lui ? Il est vrai qu'il la connaissait, il en avait parlé une fois ou deux à la maison, je ne savais plus pour quelle raison. Je m'en rappelais parce que tout ce qui concernait Katniss de près ou de loin m'avait toujours intéressé.

-Vous connaissiez mon père ?

Elle hocha juste la tête. Parler de mes proches n'était plus aussi douloureux qu'avant, ou disons que je le supportais mieux. Il m'arrivait de penser à eux, d'imaginer quelle vie ils auraient aujourd'hui. Les meilleurs moments de mon enfance je les avais passés avec eux, malgré la vie difficile que nous menions car dans mon cœur j'avais déjà un trésor prénommé Katniss Everdeen.

-Tu sais, ce n'est pas facile d'élever des enfants, il faudra t'accrocher pour ne pas déraper et faire défection. Katniss ne supportera pas un autre abandon.

-Je serai toujours là pour elle. Jamais je ne l'abandonnerai.

-Tu ne sais pas de quoi l'avenir est fait.

-Il ne faut pas être fataliste, je suis plein d'optimisme et je ne m'en fais plus.

-C'est ce que ma fille aime chez toi. Et moi aussi.

Elle retira quelques feuilles mortes, quelques mauvaises herbes, absorbée.

-Katniss m'attend, je peux vous laisser ?

-Je vais préparer le déjeuner, ne la fait pas attendre.

-J'ai oublié de vous montrer votre chambre.

-Je trouverai. Vas-y !

En montant les marches, je m'interrogeais sur le bien-fondé de ce diner de ce soir. Je devrais peut-être le reporter ? Notre chambre était grande ouverte sans Katniss à l'intérieur. En avançant un peu plus au fond du couloir, je l'entendis s'affairer dans la chambre d'amis. Elle était en plein rangement, la valise de sa mère ouverte.

-Elle aurait peut-être préféré ranger ses affaires elle-même, intervins-je, surpris.

-Je sais, mais j'avais besoin de m'occuper.

En allant à la fenêtre, j'aperçus sa mère encore accroupie devant les primevères. Voilà donc ce que Katniss faisait réellement, elle gardait un œil sur nous.

-De quoi as-tu peur ? Elle veut seulement que ça aille pour nous.

-Combien de temps va-t-elle rester ?

-Une semaine.

Elle marmonna quelque chose dans sa barbe et continua son rangement. La pièce était propre, je l'avais nettoyée moi-même la veille, je ne voyais pas ce que je pouvais faire de plus pour l'aider. Elle s'immobilisa subitement, figée comme une statue, un médaillon en main. Je le reconnus.

-C'est ton médaillon.

Que faisait-il dans les affaires de sa mère ? Je pensais que Katniss était revenue avec. J'étais déjà à côté d'elle, craignant un débordement mais elle resta ainsi une éternité et quand je voulus le prendre, elle refusa et décida de l'ouvrir. Elle devint pâle, tanguant dangereusement.

-Je te l'ai ramené, entendis-je derrière nous. Je pensais que tu aurais aimé le récupérer.

Katniss referma le médaillon aussi sec, et le redéposa là où il se trouvait au départ. Sa mère approcha pour le reprendre et le lui tendre.

-J'en veux pas ! Cria Katniss, bouleversée.

Sa mère se renferma, se détourna. Je tirai Katniss vers la porte.

-Tu as besoin de repos, allons dans notre chambre.

Elle refusa de sortir, vrillant sur le dos de sa mère des yeux furibonds.

-Ne joue pas à la victime, c'est de ta faute si je t'en veux !

Sa mère fit volte-face.

-Je ne suis pas une victime ! S'enflamma-t-elle. Je suis juste anéantie qu'après toutes ces années tu refuses de nous pardonner.

Leur pardonner ?

-Vous pardonner ? Cracha Katniss, vous m'avez trahie, abandonnée, et j'ai eu tellement mal !

-Ce n'était pas volontaire, ma douce.

-Je vous aimais tellement, papa, Prim, Gale et toi, maman ! Et j'ai tout perdu en un claquement de doigts ! Je ne peux plus, je ne veux plus m'attacher de cette manière.

-Tu l'as déjà fait avec Peeta.

Katniss se tourna vers moi, toute colère envolée.

-C'est la seule belle chose qui me reste de tout cet enfer. Et l'idée de le perdre me tourmente même si c'est dans cinquante ans.

Ma gorge se noua, je comprenais cette peur, j'avais la même au fond de moi.

-C'est exactement ce que je ressens à ton égard, répondit sa mère. Je t'aime tellement Katniss.

Les yeux de sa fille se voilèrent, peu habituée à un déballage de sentiments provenant de sa mère ou de qui que ce soit d'ailleurs. Ils croisèrent les miens, je l'encourageai, elle hésita puis quitta la chambre sans un mot.


Un point sur Peeta, ou plutôt Josh. J'ai vu les deux premiers films avant de lire le livre. Je l'ai trouvé fade à l'écran et ça m'a un peu gâché ma lecture. Voilà pourquoi je n'écrivais pas sur la saga. Et puis dans le 3 je l'ai trouvé meilleur et ensuite j'ai vu tout son talent d'acteur dans « Paradise lost ». Je l'ai trouvé énorme ! J'ai pu me réconcilier avec Peeta et mon envie d'écrire est apparue, fallait juste trouver un thème qui ne parle ni de jeux, ni de guerre. Je ne me sentais pas le courage de travailler sur quelque chose d'aussi sombre. Je voulais un peu de lumière et un peu d'amour.

Bref…

La suite bientôt.