Relecture par Brynamon.

Merci à SG, CarlaHG, ma VIP, sarah70801, kinoum, Sissy1789 et Linou2701 pourles reviews !

Ça fait trop plaiz !

On revient sur Katniss


LA VIE AVANT TOUT

Partie 4


PDV Katniss

Peeta était dans le bureau, il passait des coups de fils, c'était urgent apparemment.

Je n'avais pas pu faire de sieste, contrariée par ma dispute avec ma mère. Je voulais qu'elle parte car elle avait démultiplié mes angoisses, ravivé trop de peine. Ce n'était pas bon pour le bébé. Je l'entendais s'affairer dans la cuisine, elle avait fait le déjeuner puis le diner. J'étais monté dans ma chambre avec un plateau ce midi, et je sentais que j'allais faire la même chose ce soir.

Peeta ne l'entendit pas de cette oreille cette fois-ci. Contrariée, je dus diner en sa présence. Nous étions face à face, et lui, il mangeait à mes côtés. Il me surveillait, épiait chacun de mes mouvements. Je le sentais tendu, je ne voulais pas de tensions entre nous mais cette femme ne nous facilitait pas la tâche. Heureusement, elle eut la bonne idée de rester muette. Je me perdis dans mes pensées, à la recherche d'un souvenir agréable.

Je m'amusais, si je peux utiliser ce terme, à comptabiliser les actes de bonté des gens autour de moi, proche, connaissances, inconnus. Cela m'aidait à voir la vie d'un point de vue moins sombre. Cela prouvait que l'humanité n'était pas perdue à jamais. Et j'en avais besoin comme l'air que je respirais. La veille, quand l'infirmière était passée pour la prise de sang, elle m'avait raconté comment elle avait passé son jour de repos au lac avec sa sœur. Tout allait bien, elles avaient pique-niqué, et puis elles étaient allées se baigner. Sur le chemin du retour, à vélo, sa sœur avait voulu éviter une cane et ses petits qui traversaient à la queue leu leu, et elle était tombée, se foulant méchamment la cheville. Un homme et son fils, qui partaient à la pêche tranquillement, se proposèrent de les déposer au centre de soins. Le père chargea les vélos, les accompagna, et ils patientèrent jusqu'à ce qu'elles aient terminé pour les déposer devant chez elles. Elles vivaient à proximité l'une de l'autre. Cela paraissait si peu mais elle en avait été encore très émue. Et moi aussi.

Quand je revins à moi, ma mère avait déjà quitté la table, Peeta débarrassa et entreprit de faire la vaisselle.

-Tu veux du thé ? me proposa-t-il.

-Non, merci.

Je le regardai faire, il était à l'aise dans l'art des tâches ménagères, il était à l'aise partout. Je l'enviais souvent mais sans méchanceté aucune. J'aurais aimé être une personne comme lui. Avoir sa force, car il en avait, c'était indéniable. Il avait subi le pire et était remonté malgré tout. J'eus un immense élan d'affection à son égard. J'aimais ressentir cela mais j'en avais aussi très peur. Je me levai et me postai à ses côtés. Mon bras entoura sa taille. Il continua son labeur, un léger sourire au coin de la bouche.

-Je t'aime aussi Katniss.

Je hochai la tête puis quittait les lieux. J'avais un coup de barre, et j'appréciai l'aide de Peeta. Je n'étais pas fainéante, il le savait mais je vivais difficilement ces changements dans mon corps. Je ne voulais pas faire trop d'effort pour ne pas compromettre la bonne santé de cet hypothétique enfant. Il était pour moi un mystère, c'était flou, pas concret. Devant le miroir, j'eus encore le même rituel, mais mon ventre restait désespérément plat. J'en arrivais à croire que je m'imaginais tout ça.

Une fois en pyjama, je m'allongeai, il était tôt mais j'avais l'aplomb d'une vieille dame de quatre-vingts ans. Après une demi-heure, en ne voyant pas Peeta arriver, je supposai qu'il était dans son atelier. Tant pis, j'éteignis la lampe et je m'installai confortablement. Malgré la fatigue, le sommeil se refusa à moi. Forcément, je n'avais que ma mère en tête. Elle me perturbait avec son affection inutile. Je voulus la rejeter au fond de ma mémoire mais rien à faire, elle tapait dans mon crane avec un bâton en hurlant le prénom de papa, de Prim et de Gale.

-Arrête !

Je bouchais mes oreille, hargneuse. Elle ravivait ma colère, je ne voulais plus ressentir ça. Je voulais la paix chez moi, était-ce trop demander ? Je sentis l'angoisse apparaitre et déferler comme un raz-de-marée. Je m'assis, mal en point, en sueur, le cœur tambourinant. Je ne voulais pas déranger Peeta mais j'avais besoin de lui. Comment faire ? Je pris un pan de la couverte et hurlai dedans.

-Ça va ma douce ?

Je n'avais pas entendu ma mère entrer. L'angoisse m'empêcha d'être gênée. Elle s'assit sur le bord du lit et tenta de m'attirer contre elle, je la repoussai violemment, tremblante, me balançant d'avant en arrière. Je devais me calmer, je pouvais le faire. Mais pas avec elle ici, chez moi.

-Je veux que tu quittes cette maison.

-Kat…

-Maintenant !

Impossible de voir sa réaction, j'étais trop mal. Je bondis hors de mon lit et descendis les marches en trombe, je ne savais plus réfléchir, j'ouvris l'entrée en grand et inspirai une grande goulée d'air plusieurs fois d'affiler. Je courus dans la fraicheur de la nuit qui s'amorçait. Cela me fit du bien. J'étais moins oppressée, et cela m'aida à progresser plus vite. Arrivée sur la grande place, je ralentis, et ressentis d'un seul coup le poids de la lassitude. J'avais du mal à me motiver pour refaire demi-tour, mes pieds étaient irrités. Je m'assis sur le bord du trottoir, non loin du monument aux morts. Je caressai la pierre de mes doigts, ignorant le regard des rares curieux qui passaient là. Je parvins à ne pas pleurer, j'apposai ma tête sur la roche dure et fermai les yeux, transie.

Ce qui me sembla être une éternité plus tard, j'entendis au loin la voix de Peeta, il me trouva prostrée. Il me souleva sans mal, pourtant je n'étais pas légère et il s'engagea sur le chemin du retour.

-Je peux marcher, râlai-je pour la forme.

Il ne répondit pas, je remarquai seulement son profil contrarié.

-Tu es fâché ?

Il garda le silence, ce qui n'était pas son style. J'amorçai un geste vers son visage, puis me ravisai, par instinct. Après de longues minutes, nous arrivâmes devant les grilles.

-Pose-moi Peeta.

Il resserra son étreinte et avança plus vivement malgré la fatigue évidente qui perçait sur ses traits. Il monta les marches sans faillir et il me déposa près du lit, je m'y allongeai, éreintée. J'eus encore envie de pleurer, les larmes s'écoulèrent sans que je ne puisse rien y faire. Il les sécha, désolé, et me borda comme une enfant.

-Repose-toi.

Je ne m'endormis que quand il revint se coucher une heure plus tard.

En me levant, je trouvai la maison vide, la chambre d'amis était rangée, ma mère avait pris sa valise. Elle était donc bien partie. Dans la cuisine, je trouvai un mot :

« J'ai installé ta mère dans mon ancienne maison, on est dimanche, elle n'a pas de train. Je reviens vite »

Il y avait mon petit-déjeuner de prêt, mais j'avais subitement envie de vomir…

J'en voulus à ma mère, au train, à Peeta, à Haymitch qui n'était pas là. On frappa à la porte, qui pouvait venir de bon matin ? J'allais ignorer l'intrus, peu importait l'identité de celui-ci.

-Hey, ho ! Y'a quelqu'un !

Haymitch !

Je courus lui ouvrir. Il s'étonna de cet énorme sourire sur mon visage.

-Ça fait plaisir de recevoir un accueil si chaleureux.

Il avait l'air en forme, moins chiffonné que d'habitude, plus frais en somme et moins alcoolisé. Il buvait beaucoup moins, nous l'avions remarqué Peeta et moi. Nous ne savions pas à quoi cela était dû, mais au fil des années, en nous côtoyant, il s'était sevré peu à peu. Et puis je soupçonnais Effie de …

-Je peux entrer ou je reste sur le perron ?

Je me décalai pour le laisser entrer. Il déjeuna avec moi et me raconta son voyage dans la capitale. Il se montra volubile, de meilleur humeur qu'a l'accoutumé.

-Comment va Effie ?

-Pourquoi tu me demandes ça ?

-Tu sais bien pourquoi.

-Je ne vois pas de quoi tu parles.

Agacée, je pris le taureau par les cornes.

-J'ai une nouvelle à t'annoncer.

-Vas-y, fillette.

-Je suis enceinte.

Il avala son café de travers, devint tout rouge. Après un million de quintes de toux, tout rentra dans l'ordre et il tendit sa main vers moi, paume vers le haut.

-Donne ta main.

Ce que je fis. Il la serra dans la sienne. Il faisait partie des rares personnes dont j'aimais le contact. Il me sonda de ses yeux si observateurs.

-Tu es heureuse de cette nouvelle ?

-Je fais avec.

-Génial, marmonna-t-il. On n'avait pas besoin de ça.

-C'était voulu, c'est juste que c'est arrivé très tôt, trop vite, je n'ai pas eu le temps de m'y préparer.

-Tu aurais dû le savoir, tu sais que Peeta va toujours droit au but.

J'ignorais ce trait d'humour inapproprié ou peu importe ce que c'était.

-C'est un choix commun ou tu as décidé ça toute seule ? Reprit-il.

-Quelle importance ?
-Tu as décidé ça toute seule, râla-t-il en soupirant. Et maintenant, on fait quoi ?

-On ?

-Tu m'as bien comprise.

-On ne fait rien. Je poursuis cette grossesse et Peeta sera heureux.

-Et toi aussi, je te le souhaite.

Je balayai sa remarque inquiète de la main.

-Je voulais te demander si tu pensais que je pourrais assumer ce rôle ?

-Bien sûr.

Il avait répondu si vite et pourtant il semblait sûr de lui. Il ne disait jamais rien à la légère.

-Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

Il lâcha ma main, et avala une tartine à la confiture de mûres préparée par Peeta.

-Je le sais c'est tout. Je te connais Katniss.

-Tu pourrais développer ?

-Tu le pourras parce que tu le dois. Mais ce qui m'inquiète c'est l'affection que tu porteras à cet enfant.

-C'est l'enfant de Peeta, je pense que je l'aimerai.

-C'est ton enfant aussi Katniss, et rien n'est moins sûr.

Je fronçai les sourcils. Il tarda à s'expliquer.

-Encore faudrait-il que tu acceptes d'ouvrir ton cœur à nouveau et de laisser le passé derrière toi.

-C'est déjà fait.

-Non.

-Mais si, avec Peeta.

-C'est facile d'aimer Peeta.

Je grognai, mécontente.

-Et puis ça ne compte pas, tu l'aimais déjà avant la mort de Prim…

Je tressaillis.

-C'est à ce moment-là que tu as fermé ton cœur et que tu as jeté la clé.

Il avait raison. Cela me fit peur.

-Comment je vais faire ?

-Il faut accepter de ne rien contrôler, il faut que tu acceptes de souffrir à nouveau.

-Je ne veux plus !

-La vie est comme ça, on vit, on aime, on souffre, on pleure, on meurt.

Génial.

-Peeta sera malheureux si tu rejettes le petit à naitre.

-Il a peur aussi, je le sens.

-Pas pour les même raisons.

-Qu'en sais-tu ?

Peeta entra avant qu'il ne me réponde. Leurs retrouvailles furent brèves mais sincères et joyeuses.

-Alors tu vas être papa ?

Peeta me jeta un rapide coup d'œil. Je lui souris. Il se détendit et acquiesça, fier comme un paon. Il exprimait sa joie que quand il était sûr que ça ne m'affectait pas. Alors parfois je simulais le bien-être, mais je devinais qu'il était rarement dupe. Il n'était plus le jeune homme naïf d'avant les jeux, il connaissait les gens, la vie, la dure réalité de ce monde dans lequel nous n'avions qu'un rôle infime à jouer. Nous n'étions que des grains de sables, des pions. Mais il fallait jouer le jeu car c'était un jeu qui aboutissait à une récompense proche du bonheur. Je devais écouter Haymitch et trouver le courage de supporter qu'une autre personne entre dans mon cœur.

-Venez diner demain soir, l'entendis-je proposer à notre ancien mentor.

-Ok, mais c'est toi qui cuisine, Peeta.

Je ne me sentis nullement vexée. Je montai me doucher, les laissant à leur discussion. J'avais à réfléchir. En sortant de la salle de bain, Peeta était debout face à la fenêtre.

-Merci d'avoir logé ma mère.

Il se retourna lentement, les yeux dans le vague.

-Tu disais ?

-Je te remercie de t'être occupée de ma mère.

Je m'approchai de lui, glissant ma main dans la sienne.

-C'est normal, je l'aime beaucoup, c'est ta mère. Elle était effondrée, nous avons discuté et puis je l'ai installée dans l'autre maison. J'en ai parlé à Haymitch, il trouve ta réaction démesurée.

J'ignorai cette remarque qui me blessa et retira ma main brusquement. Démesurée ? Vraiment ?

-A quelle heure part-elle demain ?

-Elle ne part pas demain, elle dinera avec nous et quelques amis.

-Pardon ?

-Ne te braque pas, j'essaie de faire au mieux.

-Pour qui ?

-Pour nous.

Il était déterminé, et étrangement obstiné. Je sus que je ne pourrais le faire changer d'avis et je décidai de prendre l'air pour ne rien dire de fâcheux.

-Je vais chasser.

Il eut un léger voile inquiet dans ses yeux mais il ne s'y opposa pas et ne se proposa pas de venir car il savait que j'aimais y aller seule. Je n'avais eu qu'un compagnon de chasse et je n'en voulais pas d'autre.

-Fais attention. Ne tarde pas.

-Je te ramène de quoi cuisiner pour demain soir puisque c'est la fête !

Je le quittai sur ces mots incisifs.

OoooO

Le lendemain matin, je retournai chasser, peu satisfaite par ce que j'avais ramené la veille. Peeta était au travail, j'avais du temps devant moi. Je réalisai une meilleure pioche et je fis un détour chez Sae boui-boui pour lui donner un peu de ma récolte.

Sa petite-fille m'ouvrit. Elle avait une vingtaine d'années, semblait toujours autant dans la lune, dans une autre monde. Elle n'était pas méchante mais son regard fixe et insistant me perturbait souvent. Elle me sourit en me reconnaissant et me laissa entrer dans leur maison. Je lui tendis deux belles prises et elle s'en alla avec dans la cuisine. Sae était installée dans son rocking-chair, elle tricotait de ses doigt malhabiles, on avait l'impression qu'elle s'y exerçait pour la première fois.

-Entre, petite.

Je laissai le diner de ce soir à l'entrée et je m'assis non loin pour l'étudier avec intérêt. Je devrais peut-être essayer, pensai-je.

-Que tricotes-tu ?

-Un bonnet.

-Ça te tiendra chaud pour le prochain hiver.

-Pour sûr ! Tu veux du thé, du café ? Tu veux déjeuner avec nous ?

-Non, je t'ai juste ramené de la volaille. Je rentre déplumer le reste pour Peeta. Ce soir, il reçoit du monde.

-Je sais, nous sommes invitées.

-Ah oui ? M'étonnai-je. Tant mieux.

Elle rit.

-Tu n'es pas très convaincante, mais je ferai comme si tu appréciais notre visite.

-Je n'aime pas les mondanités.

-Je sais bien. Mais ça fait pas de mal de temps en temps. Et je sens que l'on se souviendra de ce diner. J'ai hâte d'y être.


La suite bientôt.

Et finalement ce sera plutôt une dizaine de chaps.