Relecture par Brynamon.
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LA VIE AVANT TOUT
Partie 7
PDV Peeta
Debout sur le quai de la gare, j'eus du mal à ôter mes bras autour de Katniss. J'avais du mal à me résoudre à son départ.
Depuis qu'elle m'avait informé de son entrevue programmée avec Gale chez sa mère, j'étais stressé. Nous ne nous étions encore jamais séparés depuis que nous avions emménagé ensemble. Je pensais venir avec elle mais j'ai refoulé ce désir égoïste pour la laisser gérer ça elle-même, elle y tenait, s'y était préparée avec peine, mais elle était sûre de son choix et je ne devais pas aller contre. Pas depuis qu'entre elle et sa mère les choses étaient moins tendues.
Ma belle-mère était repartie il y a trois semaines. Elle avait rappelé Katniss pour lui confirmer que Gale avait quelques congés et qu'il pouvait se déplacer un jour ou deux. Je m'étais demandé pourquoi il avait mis tant de temps à lui accorder cette rencontre.
-Peeta il va falloir que je monte dans ce train.
Je me séparai d'elle avec l'impression de perdre encore une partie de mon corps, la partie la plus importante : mon cœur. Elle m'observa avec attention, caressa ma joue.
-Ne sois pas triste, sinon je n'arriverai pas à partir.
C'était tentant de la retenir mais non, je lui offris mon plus beau sourire et elle se détendit. Elle jeta un œil rapide autour de nous avant de m'embrasser avec une passion qu'elle ne s'autorisait d'habitude que dans l'intimité de notre chambre. Sauf que ces dernières semaines, il ne s'était pas passé grand-chose et cela me manquait. Je fus happé dans son ardeur, oubliant le monde environnant. Mon corps collé au sien s'enflamma dans un désir primal qu'elle cassa rapidement en s'arrachant à moi.
-Je dois vraiment y aller.
En plus d'être triste, j'étais maintenant dépité et frustré. Et je sentais qu'elle aussi l'était. Elle détourna ses yeux brillants d'émotion pour grimper dans le wagon.
-Donne-moi ma valise.
Je le hissai à sa hauteur et elle le positionna à ses côtés. Elle avait lâché ses cheveux et ils virevoltaient avec la brise qui pénétrait dans le wagon. Je me retins de lui dire combien elle me manquerait, de toute façon ça se voyait sur mon visage.
-Reviens vite.
-Je pense rester la semaine chez ma mère, je serai là ce week-end.
Dire que nous n'étions que lundi.
-Appelle-moi dès que tu arrives.
Elle hocha la tête, serra les pans de son gilet, attrapa sa valise, soucieuse, avant de me faire un dernier signe. Je la suivis des yeux, elle prit place sur un siège coté fenêtre ce qui me permit de la voir encore un instant avant que le départ ne soit annoncé. Alors que le train amorçait son avancée, elle se redressa, les deux mains sur la vitre. Elle murmura quelque chose avant de disparaitre dans l'élan de la rame.
« Je t'aime. »
Avais-je bien compris ? Je restai saisi, c'était des mots qu'elle utilisait très peu.
-Je t'aime aussi, murmurai-je, malheureux.
Je n'avais pas eu le temps de le lui dire. Je quittai le quai le cœur en peine. Il était midi, Haymitch m'attendait dans le hall de la gare.
-T'as une sale mine mon gars. Allons boire un verre.
-Il est un peu tôt pour ça, Haymitch.
-Je sais, ça me coutait rien de tenter. Allons manger un morceau dans ce cas. Je boirai en même temps.
Installé à table dans mon restau favori (un restau simple et bon enfant), j'avais des difficultés à penser à autre chose que Katniss. Elle aimait aussi cet endroit, il était petit, discret et le propriétaire très accueillant. Il avait ouvert il y trois ou quatre ans. Le concept de restau n'était jamais arrivé dans les districts (hormis le deux) avant la chute du Capitole et, même après, il avait fallu du temps pour nous bâtir une ville chaleureuse et plus moderne. L'appétit arriva en mangeant et Haymitch se vautra tellement en draguant les serveuses que je me sentis moins oppressé.
-Effie n'aimerait pas voir ça.
-Parce que tu crois qu'elle se gêne, et pourquoi tu me parles sans arrêt d'elle ? S'agaça-t-il.
-Je ne l'ai mentionnée qu'une fois depuis ton retour, arrête ta parano !
Il avala un verre de vin, puis un autre, puis un autre.
-Elle te manque ? Le questionnai-je.
-Ne dis pas de sottises, on est libre, on est tous libres. La vie n'est pas faite pour la monogamie.
-Tu ne le penses pas, il n'y a pas plus vieux jeu que toi.
-Si tu le dis.
Il continua d'engloutir sa bouteille.
-Tu es inquiet pour Katniss ?
-Un peu, avouai-je.
-Je ne sais pas pourquoi elle n'a pas voulu que tu viennes avec elle, j'aurais été plus confiant si tu étais avec elle.
-Moi aussi j'aurais préféré mais je n'aime pas m'immiscer dans ses décisions.
-Elles ne sont pas toujours bonnes, parfois il faut aller contre elle, tu le sais depuis le temps !
-Je ne veux pas la bousculer, surtout pas dans son état.
-Elle n'est pas en sucre.
-Tu ne comprends pas, je la sens fragilisée, je ressens sa peur.
-Comme toute les femmes enceintes mais ça passera et puis elle encaisse plutôt bien je trouve.
Je secouai la tête, plus anxieux encore. Ce détachement affectif qu'elle ressentait pour notre bébé me minait. Il n'y avait pas de mot pour exprimer mon bonheur à l'idée de devenir père. Elle avait rendu cela possible, elle portait en elle la preuve que nous nous aimions au-delà des mots mais cela s'arrêtait là alors que le meilleur restait à venir, elle le vivait péniblement et dans une angoisse indescriptible.
-Tu veux que je reste dormir chez vous cette semaine ?
-Ça va, merci, je peux rester seul, je suis un grand garçon.
-Te vexe pas, soupira-t-il en terminant la bouteille. Moi aussi, je me sens pas rassuré par son départ.
Je le savais bien mais cela ne m'aidait pas.
-Je vais retourner travailler à la boulangerie. Tu devrais rentrer faire un somme.
OoooO
Il était déjà seize heures quand Luke parvint à me jeter hors des lieux. Je lui cassais les bonbons apparemment. Il préférait continuer seul.
-Vivement que Kat revienne.
Etonné par cette remarque, je me remis en question. J'avais peut-être été un peu trop sur son dos, ce qui ne me ressemblait pas du tout. Je fis un tour en ville pour faire quelques courses et tombai pile sur la boutique de vêtements pour enfant de Mme Carter. Elle était institutrice, c'était sa fille qui tenait les rênes en son absence. Beaucoup de leur production venait de la capitale mais elle confectionnait certains habits elle-même. Je me surpris à contempler un modèle bébé en vitrine. C'était une belle vitrine, les modèles étaient beaux mais aussi hors de prix pour certains. Mon regard s'attardait encore sur la petite robe jaune brodée quand je fus interrompu.
-Je peux vous aider ?
Cathy, la fille de Mme Carter, était sortie pour voir ce qui pouvait tant attirer mon attention.
-Je regarde c'est tout.
-C'est pour offrir ?
-Non… je vais être papa.
Elle me félicita chaudement. Je ne comprenais pas pourquoi je lui avais dit ça. J'étais moins expansif en général, mais cette exaltation face à ce futur évènement me rendait confiant et si heureux que je voulais le partager.
-Venez voir, j'ai de belles choses à l'intérieur.
-Je ne sais pas si…
-Fille ou garçon ?
-Nous ne savons pas encore.
Et peu m'importait en vérité. Elle me tira dans son antre et quelle ne fut pas mon erreur ! Je ne savais plus où donner de la tête.
-Pour vous, M. Mellark, nous procèderons bien-sûr à une réduction conséquente.
-Je ne veux pas de traitement de faveur.
J'étais bête de m'y opposer car si les prix devenaient plus accessibles, je pourrais faire de jolis cadeaux à ma femme.
-Ma mère me virera si je ne vous accorde pas toute la reconnaissance que vous méritez.
On en revenait à quelque chose que je n'avais plus envie d'entendre. Cela me gâcha mon plaisir.
-Je vais vous laisser.
Elle en fut si affectée que j'eus un instant d'hésitation :
-Mais je prends votre catalogue.
-Vous reviendrez ?
-Bien-sûr. Avec Katniss.
-Bien.
OoooO
Je regardais les infos quand elle appela enfin. Je courus vers l'appareil dans l'entrée et décrochai vivement.
-Chérie ? Tu es bien arrivée ?
-Oui, nous allons diner, je voulais t'appeler avant.
-Ton voyage s'est bien passé ?
-Relativement. Je me suis sentie un peu mal dans le train, des nausées persistantes.
-Peut-être le stress, ça va mieux maintenant ?
-Oui, on va se coucher tôt, maman travaille tôt toute la semaine, et je pense aller avec elle demain.
-Tu devrais te reposer avant de voir Gale.
-Il n'arrive que demain dans l'après-midi. Je vais devenir folle si je dois attendre sans rien faire.
-Je comprends. Si ça ne va pas, appelle-moi, peu importe l'heure.
-Je le sais.
-Embrasse ta mère pour moi.
-Ne sois pas inquiet Peeta, promets le moi.
J'eus une légère hésitation.
-Je te le promets.
Quand elle raccrocha, je me sentis tellement seul. Mon envie de peindre me fit défaut. Mieux valait aller aussi me coucher, le temps passerait peut-être plus vite. Mon œil ! La nuit fut d'une longueur effarante, quand je m'assoupissais, je faisais d''affreux cauchemars, puis je me réveillais en la cherchant avec mon bras. Et dès que je comprenais qu'elle était absente, sa présence me manquait cruellement.
Autant dire que tout ça allait être difficile.
Le lendemain soir, après une journée ordinaire et la visite de Thom avec Tommy qui m'avait bien remonté le moral, je patientais près du téléphone du bureau, feuilletant son dossier de grossesse, fondant comme neige au soleil en contemplant l'image de son échographie qu'elle avait passé la semaine dernière pour le contrôle de fin de trimestre. Ce petit être prenait forme, me rendait fou d'amour, un sentiment terrifiant mais tellement merveilleux. Katniss n'y avait jeté qu'un vague coup d'œil, peu concernée. Du moins, en apparence, j'avais surtout décelé de la peur en elle.
Quand le téléphone sonna, je me jetai dessus. C'était Haymitch, il voulait venir boire un café. Je cachais tant bien que mal ma déception et déclinai l'offre avec le plus de tact possible.
L'heure suivante me parut être un siècle alors autant dire que l'heure d'après me sembla une éternité. Vingt-et-une heures et pas de nouvelles. Mon estomac peinait sous les crampes et les nœuds. Je me résignai à avaler quelque chose pour faire cesser cette sensation pénible. Je mangeai sans entrain, anxieux. Son entrevue s'était-elle mal passée ? Toutes sortes de théories défilèrent dans ma tête. Je devais en avoir le cœur net.
Le combiné en main, j'attendis une sonnerie, puis deux, puis trois. Peut-être dormaient-elles déjà ? A la cinquième, je me forçai à raccrocher. Je ne devais pas être trop envahissant. Elle m'appellerait dès demain matin, me rassurai-je.
Cette deuxième nuit fut encore plus chaotique. Je me réveillai à cinq heures comme un zombie pour aller travailler. Elle ne m'appela pas non plus au travail. C'est déprimé que je rentrai chez nous, marchant au radar. J'avais besoin de repos.
Je me trouvai penaud quand, en me réveillant après une longue sieste dans le canapé, je la trouvai assise, ma tête calée sur ses cuisses. Je crus d'abord à une illusion avant de comprendre qu'elle était réellement là.
-J'ai préféré rentrer, je sentais que tu n'allais pas bien.
Elle caressa mes cheveux, me sourit. C'était indéniablement le plus beau réveil de toute mon existence.
- Tu devais être très fatigué pour ne pas m'entendre arriver.
-Je dors mal sans toi. Tu le sais.
-Moi aussi.
-Tu n'as pas appelé hier soir, lui reprochai-je malgré moi.
-J'étais très fatiguée, je me suis couchée très tôt et puis je savais que je rentrais, je l'ai décidé quand Gale est parti, je ne voyais pas l'utilité de rester plus de temps loin de toi et de nous infliger cela.
-Ta mère devait être déçue.
-Non, je lui ai proposé de venir quand elle aura un peu de congés.
-Ah oui ?
J'étais content.
-Et… avec Gale ?
Elle soupira un bref instant.
-On s'est un peu chamaillés.
-Chamaillés ou bagarrés ?
-Il y a eu des échanges de mots difficiles, je l'ai un peu secoué.
-La douleur, le chagrin ça n'a pas aidé je suppose.
-Oui. Nous en avions tous les deux. C'était étrange parce que je pensais qu'il avait tourné la page mais il n'a jamais oublié et ça l'a changé. Il m'a parlé de son travail, de sa vie, de sa femme.
Elle s'assombrit un instant avant de reprendre sa narration.
-Et puis il a ri, un rire franc que je n'avais jamais entendu venant de lui. Il était heureux de me voir et c'était le principal. J'ai fini par laisser tomber. On a été chasser, on a été ensuite chez sa mère, il m'a présenté son fils. Il lui ressemble beaucoup, il est déjà aussi grand que moi, il a à peine dix ans.
J'étais rassuré. Elle était sereine. J'avais eu raison de la laisser agir selon elle.
-Hazelle vit dans le Quatre ?
-Ma mère et elle se voient de temps en temps. Elles sont restées proches.
-C'est une bonne chose, non ?
-Je pense.
Je déplaçai ma tête pour être plus près de notre futur bébé. Calé contre son ventre, je fermai les yeux, apaisé.
-Vous m'avez manqué.
Sa main reprit son doux va-et-vient dans mes cheveux. J'étais au paradis.
-Tu penses qu'il te ressemblera ? Me demanda-t-elle après quelques minutes.
-J'espère qu'il te ressemblera, fille ou garçon.
-A moi ? Mais pourquoi ?
Je rouvris les yeux, elle était réellement surprise par ma réponse, presque contrariée.
-Parce que tu es la plus belle chose sur cette Terre, voilà pourquoi.
La suite bientôt.
