Relecture par Brynamon.

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LA VIE AVANT TOUT

Partie 8


PDV Katniss

Assise face au Dr Moore, j'écoutai son blabla habituel, patientant jusqu'à ce que je puisse lui poser quelques questions. Quand il croisa ses mains sur son bureau, je sus que je pouvais enfin intervenir.

-Vous avez des questions ?

-J'ai entamé mon quatrième mois, je ne devrais plus être fatiguée comme ça. Pourtant c'est le cas et ça me stresse.

-Certaines grossesses son différentes, le corps ne réagit pas de la même manière pour chaque femme.

Ça me faisait une belle jambe !

-Reposez-vous si vous en ressentez le besoin. Ne vous surmenez pas.

-C'est ce que je fais mais ça m'empêche d'être comme avant.

-C'est-à-dire ?

-Active.

Je rougis. Je ne voyais pas comment l'exprimer et j'avais envie de m'enfuir en courant. Si ce n'était pour Peeta, je serais déjà loin.

-C'est un des inconvénients parfois, il faut écouter votre corps et réduire vos activités.

-Vous ne comprenez pas.

Il me dévisagea, perplexe :

-Soyez plus claire dans ce cas.

-Est-ce que c'est normal que je n'arrive plus à …vous savez, m'agaçai-je.

-Non, je ne sais pas.

J'hésitai entre le secouer ou le tabasser. J'étais venue ce matin pour que Peeta ne vienne pas avec moi car je m'inquiétais de mon inaptitude à être disponible physiquement pour lui. Il était patient et gentil mais depuis l'annonce de ma grossesse, il ne s'était plus rien passé entre nous et ça commençait à lui peser, je le sentais.

-Laissez tomber !

Je me levai déjà pour partir, furieuse d'avoir perdu mon temps.

-Asseyez-vous !

Surprise par ce ton autoritaire, je fus cassée dans mon élan.

-Vous allez vous détendre et m'expliquer le pourquoi de votre visite.

Je reniflai, mécontente et hésitante.

-Nous avons refait les examens récemment, tout va bien. Votre prochaine écho est prévue dans un mois, vous connaitrez le sexe de votre bébé. En attendant, il faut faire avec les petits désagréments que ça implique mais vous y arrivez bien. Donc dites-moi ce qui vous tracasse.

OoooO

J'avais fait quelques courses en revenant de ma visite chez le médecin. Il y avait les restes de la veille pour ce midi, Peeta y veillait constamment mais j'avais envie d'autre chose. C'était une envie persistante, quasi obsessionnel qui faisait saliver ma bouche avant même d'être aux fourneaux. Je m'activai pour que tout soit prêt avant son arrivée. Quand Peeta entra, il s'étonna de me trouver en sentinelle dans le couloir.

-Je t'attendais pour déjeuner.

Je lui ôtai sa veste et le serrai dans mes bras.

-Ça va chérie ?

-Ça ira quand on aura mangé.

Je le tirai vers la cuisine, contente de pouvoir enfin déguster mon plat. Je lui servis une assiette puis une autre pour moi et nous nous attablâmes. Je le vis écarquiller les yeux.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Une tourte aux rognons, aux oignons et aux pruneaux, accompagnée de tomates confites.

Il ne parvint pas à retenir une grimace ce qui me vexa. Je pris sur moi pour ne pas engager une dispute inutile. D'une parce que je serais seule à la mener et ce serait épuisant (il en avait désamorcé des disputes stériles, je m'horripilais moi-même parfois mais pas moyen d'aller contre), de deux parce que j'avais une faim de loup.

-Bon appétit, dis-je à la place.

Je plongeai ma fourchette dans la grosse part fumante qui m'appelait et soupirai d'un bonheur presque indécent.

-Tes envies sont très étranges, marmonna Peeta, peu enclin à tester. Je suis réellement obligé de m'infliger ça ?

-Y'a toujours les restes dans le frigo, marmonnai-je, peu concernée.

Il m'observa néanmoins et tenta d'avaler ma tourte. Il abandonna à la deuxième tentative. Je ne comprenais pas ce qui pouvait tant le rebuter.

-Désolé mon cœur mais je ne peux vraiment pas.

J'attrapai sa part sans état-d'âme que je transvasai dans mon assiette. Tant pis pour lui.

OoooO

Au milieu de mon quatrième mois, alors que mon ventre s'arrondissait enfin, face à mon armoire, je me questionnai sur ma garde-robe.

-Je devrais réajuster certains de mes pantalons et certaines de mes robes. J'ai déjà pris beaucoup de poids.

Le poids en soi n'était pas grave mais refaire des emplettes pour racheter des habits, cela me paraissait insurmontable.

-Ta mère arrive dans deux semaines, répondit Peeta, elle pourra le faire pour toi si tu le lui demandes.

Je hochai la tête pour approuver.

-Mais… tu sais, on peut aussi investir dans de nouveaux habits plus adaptés.

Alors que je le dévisageai avec méfiance, il ouvrit son tiroir et en retira quelque chose.

-Jette un œil dessus.

Il me tendit un catalogue. Suspicieuse, je le pris du bout des doigts. Je le feuilletai rapidement, les mains moites.

-Peeta, c'est hors de prix !

Je perdis mes moyens en tombant sur des vêtements de bébé.

-Je sais bien mais … on peut avoir une ristourne et puis en économisant on pourra acheter toute la layette de bébé-Kat.

Je tiquai, comme à chaque fois qu'il utilisait ce sobriquet.

-Arrête avec ça !

J'avais tellement envie que cet enfant lui ressemble en tout point. Comme un clone. C'était faisable, il n'y avait qu'à voir Finn, ou Jamie, le fils de Gale. Des répliques miniatures de leur père. Peut-être fallait-il que ce soit un garçon ? Dans ce cas, je souhaitai ardemment que la prochaine écho nous le confirme.

-Tu veux qu'on aille y faire un tour samedi ?

-Non, je n'en vois pas l'utilité.

-Juste pour regarder.

Il était si plein d'espoir, comment résister ? Mais l'idée même de cette boutique me filait des boutons. Il perçut ma réticence et se fit une raison. Tant mieux.

OoooO

En mettant les pieds dans cette boutique le surlendemain, je sus que j'étais tombée dans un traquenard. Cathy nous accueillit avec chaleur et me félicita sincèrement. Elle me posa beaucoup de questions auxquelles je n'eus pas envie de répondre. Peeta le fit à ma place, toujours aussi aimable et soucieux des autres.

-Vous avez fixé votre choix sur certains modèles ?

-Non mais nous allons faire un tour dans la boutique pour nous décider.

Nous décider ? Il attrapa ma main et me tira vers l'avant. En le voyant s'extasier devant une minuscule robe blanche en coton aux bords satinés, je crus être sur le point de partir en orbite sur la lune pour ne jamais revenir sur Terre.

-Nous avons d'autres modèles de plus, se manifesta Cathy, j'en ai mis deux de côté pour vous exclusivement. Maman y a mis tout son cœur.

Oh la la, je sentais la catastrophe arriver, les minuscules vêtements qu'elle nous exposa me rendirent provisoirement aveugle. J'étais plongé dans un trou noir infini.

-Chérie ?

-On peut rentrer ?

Je m'extirpai déjà de cet endroit de malheur, oppressée. Je n'avais pas été très sympa mais là les choses allaient trop vite ! Peeta me rattrapa et adapta son pas au mien.

-Je suis désolée.

Je ne voyais pas quoi dire d'autre. J'étais incapable de le regarder, imaginer sa déception était déjà suffisante pas besoin de le voir de mes yeux.

OoooO

Le soir, après le diner, j'appelai ma mère, elle répondit vite cette fois-ci et s'inquiéta de mon humeur.

-Tu veux que j'avance la date de mon arrivée ? Je peux décaler mes congés si tu en as besoin, mon trésor.

-Oui, m'entendis-je lui répondre avec étonnement.

Il y eut un silence au bout du fil puis j'entendis le bruissement de feuilles que l'on tourne.

-Je pense pouvoir être là vendredi prochain, ça te va ?

-Oui.

Non. J'aurais préféré le lendemain. Mais qu'est-ce qui m'arrivait ?

-Je te confirme ça demain, je dois voir ça avec mon chef.

-Merci. Sinon ta journée ?

Elle se lança dans son monologue habituel mais cette fois-ci j'y fus plus attentive car j'imaginais les locaux, les services, les médecins avec qui elle travaillait et sa collègue Charlie, qui était une femme de caractère mais travailleuse et simple. J'avais accroché avec elle en à peine une heure de temps.

Peeta ouvrit la porte du bureau.

-Je monte dans mon atelier.

-D'accord.

Il y avait un silence persistant entre nous. Pas de tensions mais un obstacle nous empêchait de communiquer. Il me sourit néanmoins et referma la porte. Je passai encore un peu de temps avec ma mère puis je montai me changer pour aller dormir

OoooO

-Ne bouge pas Katniss, me réprimanda ma mère.

Debout devant le miroir que l'on avait déplacé dans la chambre, elle refixa les dernières retouches de ma robe. Elle avait retouché toute ma garde-robe, il y avait une pile de vêtements sur le lit. Une épingle à nourrice dans la bouche, elle détailla ma silhouette qui se marquait. Son sourire s'allongea, l'épingle tomba. Je me penchai pour la ramasser.

-Non ! Laisse, je vais le faire.

-Je ne suis pas en cristal, maman.

-Je sais.

Elle fixa l'épingle et m'examina avec un œil perçant.

-Voilà. Parfait. Je vais utiliser la machine à coudre que j'ai ramenée. D'ici la fin de la journée…

-Prends ton temps. C'est déjà bien que tu m'aides, Peeta avait dans l'idée de me racheter une garde-robe mais je n'en vois pas l'utilité.

-Des habits neufs ça peut faire du bien. Peeta m'a montré le catalogue…

Oh ben ça, j'aurais dû m'en douter !

-Ne fais pas cette tête, il veut le meilleur pour toi.

-J'ai déjà le meilleur.

-Non le meilleur reste à venir.

Je pris position devant la fenêtre, songeuse. Avait-elle raison ? Comment vivre cet évènement sereinement alors qu'il impliquait tant de responsabilités, tant d'insécurité, tant de douleur à venir ? Car il était impossible d'assurer une protection infaillible, impossible d'éviter les accidents, la maladie, la mort. Mettre au monde un enfant dans un monde qui restait dangereux malgré la disparition des jeux était peut-être un suicide affectif. Je le ressentais comme tel. Pourtant… je me rappelai de ce que j'avais ressenti quand Gale m'avait présenté son fils. Son regard n'avait jamais rien exprimé de si fort qu'en cet instant où il avait posé les yeux sur son enfant. Toutes les horreurs vécues avait disparu de son visage comme si le Paradis existait. Cela m'avait percuté, et je m'étais remise en question…

-Cette grossesse te va si bien. Tu es resplendissante, se manifesta ma mère.

-Tu crois ? Je ne me sens pas à l'aise et même si la fatigue s'estompe, je n'arrive plus à vivre comme avant. J'ai l'impression de marcher sur des œufs. Et j'ai pris du poids, regarde mes joues.

-Tu es parfaite. Mais je sais bien que ce n'est pas pour ça que tu m'as fait venir si vite.

J'hésitai à lui parler de certaines choses mais le médecin ne m'avait pas vraiment éclairé, ses conseils à la noix ils pouvaient se les garder, je voulais l'avis d'une femme qui avait vécu ce que je vivais.

-Comment tu as vécu mon arrivée ?

Elle me dévisagea un instant, elle perdit son entrain, s'assit sur le rebord de mon lit. Elle cherchait ses mots, fronça les sourcils.

-Pourquoi me mettre au monde alors que tu connaissais les risques ? Insistai-je.

-Tu parles des jeux ? J'espérais juste que tu passerais à travers. Je n'ai pas réfléchi, j'aimais ton père, tu étais pour nous l'apothéose de notre amour.

Je tentai de l'imaginer, d'imaginer ses introspections. Mon père était parti trop tôt, il me manquait tellement. Et si l'un de nous disparaissait prématurément, comment le vivrait ce petit Peeta miniature ? Comment le vivrait celui qui resterait sans l'autre ?

-Je sais que tu t'interroges mon trésor mais il ne faut pas te laisser submerger par tes angoisses. Tu ne pourras pas tout contrôler, tu dois l'accepter car tu passerais à côté d'un si grand bonheur autrement. Jamais je ne regretterai de vous avoir eues tu sais… malgré ce qui s'est passé.

Ma gorge se noua, j'étais si à fleur de peau. Je pleurai parfois sans raison, c'était usant. Alors évoquer Prim… autant dire que j'étais dans un océan de tristesse.

-Essaie, ma douce, essaie d'être heureuse.

-Je voudrais tellement l'aimer maman. Mais j'ai tellement peur.

J'étais piégée dans des sanglots incontrôlables. L'instant suivant je me retrouvai dans ses bras. Cela faisait si longtemps. Elle me berça lentement sans un mot jusqu'à ce que mes tourments s'apaisent. Elle sécha mes larmes et me sourit à travers les siennes :

-Tu l'aimeras.

OoooO

Ce soir-là, bien après que Peeta se soit endormi près de moi, je réfléchissais encore. Cette discussion avec ma mère avait été éprouvante mais au final salvatrice. J'avais toujours su au fond de mon cœur qu'elle était celle dont j'avais besoin, Peeta l'avais juste compris avant moi. Il voyait si clairement les choses, ne se trompait que rarement. Je l'observai dormir, il tenait encore ma main. Il aurait pu être fâché mais ce n'était pas dans son tempérament. J'aurais aimé en retour lui offrir l'affection dont il manquait ces derniers temps, il fallait juste que je sache comment retourner vers lui. Il fallait aussi que je le rassure, car c'était toujours lui qui le faisait depuis l'annonce de ma grossesse. Et, malgré son assurance, je devinais un mal-être dont j'étais seule responsable.

Je finis par m'asseoir et me penchai pour attraper le catalogue sur sa table de chevet.

« Un pas par un pas », décidai-je.

J'allumai ma lampe et après avoir respiré un grand coup, j'ouvris le catalogue sur la première page.


La suite bientôt.