Relecture par Brynamon.

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LA VIE AVANT TOUT

Partie 9


PDV Katniss

Je me « promenais » en ville avec ma mère, pensive.

-Katniss ?

Elle s'était arrêtée devant une mercerie.

-Oui ?

-J'ai besoin d'une chose ou deux pour finir tes retouches.

-D'accord, je t'attends.

Je contemplai le ciel bleu, l'été était bien entamée, je supportais mal la chaleur à certains moments. Si je n'avais pas été si pudique, je me promènerais nue dans la maison. Je jetai un œil à travers la vitrine, ma mère était concentrée sur quelque chose mais je ne voyais pas de quoi il s'agissait. J'étais mieux depuis son arrivée, c'était incontestable. Elle répondait à toutes mes questions sans détour, sans mensonge, et simplement. Elle parvenait à apaiser certaines de mes angoisses. Je me surpris à lui sourire quand elle croisa mon regard à travers la vitre. Elle avait retrouvé un certain éclat dans ses yeux et un penchant à la démonstration affective.

Elle ressortit avec un sac et caressa ma joue un bref instant.

-Tu as d'autres courses à faire, ma chérie ?

-Non.

-Allons manger un morceau quelque part dans ce cas.

-Peeta va rentrer, je ne veux pas qu'il s'inquiète.

-Appelle à son travail, préviens-le.

J'hésitai, mais devant son enthousiasme, je fis un effort pour renoncer à mon déjeuner avec lui. Je me dirigeai vers une cabine publique pour l'appeler. Il répondit après quelques sonneries.

-Je ne serai pas là ce midi, je vais déjeuner avec maman.

-Ne t'inquiète pas, du coup je vais rester un peu plus longtemps à la boulangerie, on se voit plus tard ?

-D'accord.

Il avait eu l'air emballé par l'idée que je passe du temps avec ma mère. Je raccrochai donc sans stress.

-Je connais un petit restau sympa, on peut y aller si tu veux.

-Allez, on y va.

On en était au dessert quand elle me montra ce qu'elle avait acheté à la mercerie.

-J'ai pris en plus quelques pelotes de laine et des aiguilles. Je voudrais t'apprendre à tricoter.

Nullement agacée par sa décision, je détaillai les couleurs douces des pelotes.

-Les couleurs sont neutres, fille ou garçon, ça ira. Alors ça te tente ?

-Sae tricote de belles choses, tu penses que je serais capable d'y arriver ? Je manque de patience tu sais.

-Je sais mais ça aide à canaliser le stress, je t'assure, le temps passe vite quand on tricote.

Vider ma tête ne serait pas du luxe. Cette idée était la bienvenue, j'avais hâte de commencer.

-On peut rentrer maintenant si tu veux ? Pour essayer ?

Installée dans le canapé, je commençai à réaliser la difficulté du truc. Cependant, ma mère était si calme et patiente que je parvenais à ne pas m'agacer. La chaleur recommença à me monter à la tête après une bonne heure sans bouger, je dus aller me changer. C'est avec un short et un débardeur que je revins à ma place. Je savais que ma mère en avait vu bien d'autre et qu'elle ne s'attarderait pas sur mes cicatrices.

L'après-midi était bien entamée quand Peeta se montra. Il nous rejoignit dans le séjour et eut un instant d'arrêt, m'étudiant avec insistance. Je devinai ce que signifiait ce regard. Mon corps avait changé, en plus de mon ventre arrondie, ma poitrine s'amplifiait sans que je ne puisse rien y faire. Je rougis bien malgré moi. Il m'embrassa furtivement et détourna les yeux vers ma mère à qui il adressa un sourire chaleureux.

-Vous êtes en plein travail, je ne vais pas vous déranger.

Il s'éclipsa rapidement ce qui suscita de l'étonnement chez ma mère.

-Que se passe-t-il, Katniss ?

-Comment ça ?

-Pourquoi cette tension entre toi et Peeta ?

-Je…

Non, je ne pouvais pas en parler. Je repris le fil de mon activité.

-Katniss ?

Silence.

-Ma douce ?

Rien à faire. Je l'entendis se lever, elle attrapa mon ébauche d'écharpe et le déposa sur la table basse. Elle s'assit près de moi et attrapa ma main qu'elle serra avec douceur.

-Dis-moi.

Je jetai un coup d'œil rapide vers la cuisine, mais Peeta était encore là-haut.

-J'ai été voir le Dr Moore…

Elle se décomposa, affolée :

-Il y a un problème avec le bébé ? Me coupa-t-elle.

-Non. Le problème c'est moi.

Elle pressa ma main pour que je continue.

-Depuis que je suis enceinte, nous… on… je…

Elle patienta, m'encourageant de la tête.

-Il ne se passe rien, lâchai-je enfin.

Je n'eus pas besoin de rentrer dans les détails, elle avait bien saisi, elle, pas comme cet empoté de médecin.

-Que t'a dit le Dr Moore ?

-Que ça reviendrait, fallait un peu de patience.

-Il a raison, le premier trimestre peut être un peu compliqué parfois mais ça va s'améliorer, les choses vont rentrer dans l'ordre.

-Tu as connu ça avec papa ?

A peine la question posée, je me détournai, gênée au possible.

-Oui, quand je t'attendais; j'ai eu une grossesse un peu difficile alors penser au sexe, c'était loin de mes préoccupations.

Je tiquai, cramoisie. Je ne devrais pas, nous étions des femmes parlant des choses de la vie.

-Peeta est un gentil garçon, il attendra comme ton père a attendu. Ton bien-être est sa priorité, si tu te forces, il le saura et t'en voudra. Cependant, si tu te sens un peu mieux, et que tu en as envie, tu peux tenter une approche.

OoooO

J'étais dans la salle de bain, nous avion dîné, regardé la télé, et maman était allée voir Haymitch. Peeta était dans son atelier, encore. J'avais médité sur les paroles de ma mère mais je ne me sentais pas d'attaque. Debout, en sous-vêtements, face au miroir, j'examinais mon ventre, ma taille, ma poitrine. J'étais différente, à l'intérieur comme à l'extérieur. Un vague sentiment de bien-être me traversa furtivement, ce qui me donna envie de parler au bébé tout en le caressant à travers la paroi de ma peau.

-J'espère que tu m'as écouté, je sens que tu es déjà si gentil comme ton papa alors si tu pouvais lui ressembler. Il a hâte de te voir tu sais… et moi aussi, m'étonnai-je.

Un frôlement interne me fit sursauter. Je l'avais senti bouger !

-Peeta ! Hurlai-je. Peeta !

Je sortis de la salle de bain en l'appelant encore. Il apparut sur le seuil de la chambre, paniqué.

-Je l'ai senti bougé, le bébé, Peeta, je l'ai senti !

Il était abasourdi, exprimant mille émotions; la bouche ouverte de stupeur, il s'approcha vivement pour attraper mes mains. Je les posai sur mon ventre et nous patientâmes. Je ressentis à nouveau ce frôlement doux comme une plume, exaltée.

-Tu as senti ?

Il fronça les sourcils :

-Non.

Je fis pression sur ses mains mais il garda cet air déçu car il ne perçut pas les mouvements du bébé. Je m'en voulus de lui avoir fait une fausse joie, je le pris dans mes bras, entourant sa nuque. Il me serra aussi contre lui, ce ne fut qu'à ce moment-là que je remarquai que j'étais à moitié nue. Je me raidis, il me relâcha quand je fis mine de reculer.

-Je vais mettre mon pyjama.

Je partais déjà en direction de la salle de bain, ignorant avec difficulté son air bouleversé. Je n'étais pas prête. Je fus surprise de sentir sa main sur mon bras, il me tira vers lui pour que je revienne dans les siens. Il m'embrassa avec passion, glissant sa main sur ma nuque. Je le laissai faire, surprise, et finalement une chaleur diffuse se matérialisait dans mon corps. C'était agréable de sentir ses doigts sur ma peau, de retrouver le goût de sa langue contre la mienne. Il dégrafa mon soutien-gorge et ôta sa chemise dans la foulée. Il faisait preuve de fébrilité, précis dans ses gestes malgré l'émotion que je devinais en lui. Je voulus me cacher, il se hâta d'éteindre la lumière, de fermer la porte et m'attira doucement vers notre lit. Ses lèvres suivait un chemin sensuel sur ma mâchoire, mon cou, mon épaule. Je caressais ses cheveux, plus détendue, laissant le désir grandir sans le brider. Il marmonna quelque chose dans le creux de mon cou tandis que j'entreprenais de défaire la ceinture de son pantalon. Il essayait de se contenir, timide comme au premier jour. Timidité qui s'envolerait à mesure que je le laisserais agir en m'abandonnant dans ses bras. Je m'allongeai à même la couverture, il ôta sa prothèse et la crainte refit surface quand il s'allongea sur moi. Je ne voyais plus que le bébé qui formait une barrière entre nous. Refroidie, je tentai de glisser sur le côté, il me ramena vers lui. Ses mains me parcouraient lentement, intimement mais je n'étais plus réceptive. Je me détournai de sa bouche :

-Non, je ne peux pas. Arrête !

Ma voix trembla, je tremblais. Il s'immobilisa, son front collé à ma tempe, je refusai de le regarder, je ne percevais que sa respiration haletante.

-Katniss…

-Non.

Je tentai de me dégager encore une fois, il se mit sur le dos : j'étais libre. Je l'entendis soupirer en se frottant le visage. J'étais soulagée de quitter le lit pour aller m'enfermer dans la salle de bain. J'avais envie de pleurer. J'enfilai un pyjama et attendis assise sur les toilettes, attendis accolée au lavabo, attendis l'oreille collée à la porte…

Quand je me décidai à retourner au lit, Peeta était couché de son côté, il dormait. Je me glissai dans mon coin et lui donnai aussi mon dos. J'étais désemparée.

-Bonne nuit, Katniss.

Mon cœur fit un bond, anxieuse, je crus qu'il me demanderait des explications. Jamais je ne l'avais rejeté. Jamais. Mais il n'ajouta rien de plus. J'eus du mal à trouver le sommeil. J'entendis ma mère rentrer et se faufiler dans sa chambre. Il était déjà minuit, elle avait pris son temps chez Haymitch ! Peeta remua, se retourna et se cala dans mon dos.

-Je suis désolé, murmura-t-il, je ne voulais pas te brusquer.

Au lieu de le détromper, je me mis à pleurer en silence. Je me serais mise des baffes !

OoooO

Je sus comment rattraper ma maladresse.

Nous étions en fin d'après-midi, le lendemain, et j'avais proposé à Peeta une petit tour en ville avec ma mère. Il était si morose que je ne voyais qu'une seule chose qui pourrait lui remonter le moral.

-J'ai une petite course à faire, décréta ma mère avant de bifurquer dans une autre allée.

Je l'en remerciai mentalement et me rapprochai de Peeta pour lui attraper la main.

-Tu veux que l'on mange une glace ? Me proposa-t-il sans conviction.

-D'accord.

Je fantasmais déjà sur un cornet trois boules au café, à la rhubarbe et à la violette. Un mélange incertain mais fondamentalement nécessaire.

-Mais avant, j'ai aussi une course à faire.

Il parut surpris de me voir m'arrêter devant la boutique de Mme Carter. Il me regarda de travers, méfiant.

-Que fait-on ici ?

-Tu as raison, j'ai besoin de quelques habits et j'ai remarqué deux ou trois choses dans ton catalogue.

Passé la surprise, son visage s'éclaira. Je pris les devants en poussant la porte de la boutique. Il y avait déjà deux personnes à l'intérieur. Tant pis, je savais déjà ce que je voulais, je n'avais pas besoin de Cathy pour l'instant. Peeta m'aida dans mes essayages et me donna son avis des moins objectifs.

-Tu es très belle, ça te va à ravir.

Une réponse systématique et agaçante en théorie mais c'était si sincère que je ne pouvais pas lui en tenir rigueur. J'avais jeté mon dévolu sur une jupe longue très confortable et ample, d'un rose passé qui m'attirait. J'avais aussi pris un bermuda blanc avec un renfort à la taille. C'était une couleur que je n'achetais jamais mais c'était vraiment ce qui m'avait plu l'avant-veille en feuilletant le catalogue. Mes choix en main je me dirigeai vers la caisse quand j'aperçus Peeta figé encore devant cette robe de bébé d'un blanc immaculé. Je me retins de soupirer et patientai derrière la cliente qui réglait son achat. Quand ce fut à mon tour de régler, Cathy s'égaya.

-Vous avez trouvez votre bonheur ?

-Oui, avec du mal, tout est très beau.

Je ne mentais pas, elle le devina et s'enorgueillit.

-Si vous avez encore une minute, j'ai reçu un nouveau modèle, et j'ai pensé à vous.

Elle s'éloigna dans la réserve. Peeta s'étonna de me trouver seule au comptoir.

-Elle a encore un truc à nous montrer, râlai-je.

Encore une fois, je manquai de devenir aveugle, je dus me faire violence pour ne pas céder à la panique.

OoooO

De retour chez nous, je montai à l'étage me reposer. J'étais soulagée que la tension entre nous ait disparu. Il était parti arroser le jardin, ma mère était en cuisine et moi, je ne rêvais que d'un bain. Je me sentais moite. Sur mon lit, je découvris une boite entourée d'un nœud. Je rangeai mes achats dans l'armoire et ouvris la boite, curieuse. Mes yeux s'écarquillèrent comme des soucoupes en y découvrant une nuisette noire satinée. Il y avait une petite carte :

« La balle est dans ton camp mon trésor, lance-toi, je rentrerai tard, Haymitch m'a invitée à dîner.

Maman. »

Haymitch ? Je fronçai les sourcils. Je remballai cette chose ridiculement courte pour descendre à la cuisine.

-Maman ?

Elle n'y était plus. Je fis le tour de la maison, elle était derrière avec Peeta, fouillant parmi les herbes aromatiques.

-Je cherchais un peu de ciboulette, me renseigna-t-elle tout en se redressant avec son butin.

-Je peux te parler une minute ?

-Si tu veux, tu pourras m'aider à finaliser votre dîner.

-Pourquoi tu vas chez Haymitch encore ce soir ? La questionnai-je en revenant dans la maison sous l'œil impassible de Peeta.

-Parce que je sais que tu as besoin d'un peu d'intimité et que Haymitch est un hôte sympathique.

Je l'examinai sans détour, cherchant ce qu'elle tentait de me cacher.

-Tu es rentrée tard hier soir.

-Oui, je sais, je n'ai pas vu l'heure.

Elle lava sa ciboulette et la découpa menu-menu avant de l'ajouter dans sa vinaigrette. Elle me mit au travail, esquivant toutes mes autres questions.

-Au fait, le cadeau te plait ? S'enquit-elle.

-Oui, mais je ne vais pas mettre un truc pareil.

-Et pourquoi ?

-Je suis enceinte maman.

-Je ne vois pas le rapport. Tu restes une femme avant tout, tu as le droit d'être sexy.

Sexy ! Mais sur quelle planète vivait-elle ? J'étais tout sauf sexy ! De plus, je ne me sentais pas le droit de faire des folies de mon corps. J'étais passée en mode veille, le temps que le bébé arrive.

-Katniss, je connais ce regard, il va falloir arrêter tes bêtises et maintenant.

Perplexe, je ne sus quoi lui répondre. De quoi parlait-elle ?

-Ton bébé est bien au chaud, il ne risque rien, ne va pas te priver d'intimité avec ton mari pour une raison qui n'en est pas une. Vous en avez besoin, on en a tous besoin je t'assure.

Son regard s'éclaira brièvement et je crus recevoir un coup de massue sur la tête.

-Tu t'envoies Haymitch ! M'écriai-je, furax.

-Non ! S'indigna-t-elle.

-Ne me mens pas !

-Nous avons juste, tu sais… batifolé un peu, on se sentait un peu seuls, on avait un peu bu…

-Tu dois arrêter ça tout de suite !

-Je… mais pourquoi ?

-Ça va mal finir.

-Nous sommes adultes et lucides. Ne me juge pas parce que je cherche un peu de tendresse… après tout ce temps. Votre diner est prêt, je vais aller me préparer.

Sur ces paroles, elle quitta la pièce d'un pas plus léger que d'habitude.

Il allait m'entendre !


La suite bientôt.