Relecture par Brynamon.

Merci à SG, kyndilou, CarlaHG, ma VIP, Sarah70801 pourvos reviews !


LA VIE AVANT TOUT

Partie 11


PDV Katniss

La nouvelle était tombée, c'était une fille.

J'éclatai en sanglots, anéantie. Allongée sur la table d'examen, je ne voulais plus bouger. Peeta, qui était assis près de moi, serra très fort ma main, mais pas moyen de garder un peu de dignité, j'étais inconsolable. Je le sentis se rapprocher, me tourner vers lui; mon visage se colla contre sa chemise. Il demanda au soignant de nous laisser un peu d'espace, je perçus son départ. Peeta m'enlaça, son front contre ma tempe, j'étais coupée du monde, dans un cocon. Je percevais confusément ses propres larmes. Je ne savais pas s'il était heureux ou triste, j'étais incapable de m'en préoccuper.

Sur le chemin du retour, j'avais repris contenance. J'avais toujours un poids sur le cœur mais c'était plus gérable maintenant que j'avais encaissé la nouvelle. Je devais me résoudre à renoncer à mon vœu. Peeta ne disait rien, nous marchions côte à côte sans un mot. Je savais que je devais lui parler mais, à vrai dire, je ne savais pas si j'en avais le courage. Je créais des tensions en permanence, cela me pesait. Je supportais mal ces variations dans mon humeur. Je ne me reconnaissais plus.

Nous arrivions devant la maison, maman faisait le guet à la fenêtre. Elle courut vers nous dès qu'elle nous vit, et son sourire se fana en constatant mon visage défait. Elle me serra dans ses bras.

-Une fille aussi c'est bien, murmura-t-elle contre mon oreille.

Elle serra ensuite Peeta contre elle brièvement.

-Félicitations.

Il n'osa rien manifester. Je m'en voulus de manière violente, fâchée de ne pas avoir su le laisser profiter de ce moment unique. Pourquoi je n'arrivais pas à chasser toute cette sensiblerie ? J'amorçai un demi-tour pour fuir quand la main de ma mère m'attrapa au poignet. Elle me lança un bref coup d'œil sévère avant de sourire en direction de Peeta.

-Entrez, j'ai préparé du thé et des cookies.

Il déclina l'offre, préférant s'isoler. Je me retrouvai donc en tête-à-tête avec ma mère.

-Il ne devrait pas être malheureux en un jour pareil.

-Je sais maman.

-Je sais que tu sais. Tu devrais aller le voir.

-Non. Je suis encore trop mal. Je suis si déçue.

Je voyais l'image du clone miniature de Peeta s'envoler. A la place je voyais une réplique de moi-même apparaitre et cela me désola.

-Une fille…, soupirai-je.

-Tu l'aimeras autant, je t'assure. Et rien ne l'empêchera de ressembler à son père. Tu ressembles à ton père Katniss. Te regarder me le rappelle.

Elle avait raison, j'avais certains de ses traits physiques et même certains traits de caractère. J'observai ma mère, elle semblait un peu triste.

-Ça doit te faire du mal parfois, non ? La questionnai-je.

-Non, c'est une bénédiction.

-Vraiment ?

-Vraiment.

Elle entrelaça son bras au mien pour entrer dans la maison. Je réfléchissais à ses paroles, y découvrant peut-être le sens.

-Tu me rappelles Prim, et j'en souffre toujours dès que je pose les yeux sur toi.

Elle ne répondit pas.

-Mais ça me fait aussi du bien. J'ai l'infime impression de l'avoir près de moi.

Elle resta silencieuse. Il n'y avait rien de plus à dire de toute façon. Assise en face d'elle, je parvins à avaler un cookie, puis deux, puis trois. J'avais si peu mangé ce midi que je me rendis compte de ma faim.

-Je comptais aller chez Haymitch ce soir mais si tu as besoin…

-Non, vas-y.

Elle repartait demain après-midi. Je ne voulais pas jouer l'enquiquineuse.

-Tu devrais te reposer, je vais préparer le diner en attendant.

-Je te remercie.

Je suivis son conseil et m'allongeai dans le canapé. Quand j'étais sur le dos, c'était le meilleur moyen de sentir le bébé s'activer. A l'écoute, je l'imaginai faire des roulades, profitant de cet espace immense et chaud.

-Tu aurais pu faire effort, le réprimandai-je. Ce n'était pas si compliqué d'être un garçon.

Le bébé se calma, je fixai alors le plafond, mélancolique…

Je m'étais endormie, j'ouvris les yeux d'un seul coup, pressée par un besoin urgent. Je cherchai l'heure du regard : 20h ! Je me hâtai vers les toilettes du rez-de-chaussée.

Je regagnai la cuisine pour me laver les mains. Peeta terminait de mettre la table tout en regardant les nouvelles. Je salivais déjà, émoustillée par la bonne odeur du pain, du poulet au four et du gratin de pommes de terre. Je me mis en devoir de nous servir et dégustai mon diner avec lenteur. Le ventre plein, je fus plus réceptive au silence de Peeta. Je farfouillai dans ma salade de fruit, mal à l'aise.

-Je vais aller rentrer le linge, il doit être sec.

Il approuva et me sourit. J'aurais préféré qu'il m'ignore. Dehors, le vent était vif, rafraichissant sur mes bras et mes jambes nus. Je longeai la corde à linge pour récupérer tout ce qui était sec et profitai un instant du ciel bleu qui se perdait dans l'oranger. Un orange doux comme un coucher de soleil. Je serrai le linge contre moi, nostalgique et remplie d'amour.

-Katniss, m'appela Peeta.

Je me hâtai de le rejoindre comme tirée par un fil imaginaire, il ramassa quelque chose que j'avais fait tomber.

-Tu as perdu ça.

Ma nuisette, je l'avais lavée ce matin. Il la redéposa sur la pile.

-Je peux la remettre si tu veux, proposai-je sans réfléchir, encore baignée dans ce bien-être que je lui devais.

Un bref éclat scintilla dans son regard qu'il balaya rapidement.

-Non. Thom vient de m'appeler, j'avais oublié que je lui avais promis de passer boire une bière.

-Ce soir ?

-Oui.

Il détourna les yeux. Il ne me disait pas la vérité. Je le soupçonnai de l'avoir lui-même appelé.

-Je n'en ai pas pour longtemps.

Je déposai le linge dans le panier en osier posé au coin de la pièce.

-Peeta, le hélai-je alors qu'il traversait la maison pour regagner l'entrée. Si c'est pour discuter, je suis là.

Il hésita réellement. Je résorbai l'espace qui nous séparait, anxieuse de son départ. Il m'examina un instant avant de recouvrer son air déterminé.

-Je fais vite, promis.

Il me serra brièvement contre lui et attrapa sa veste en ouvrant la porte. Il ne m'avait laissé le temps de rien. Il s'éloigna rapidement, je le regardai s'en aller avec un poids sur le cœur. Assise sur le perron, j'attendis son retour. La nuit tomba complètement, le froid me saisit mais je ne pouvais me résigner à rentrer. Un instant, j'eus envie d'appeler ma mère mais je me retins. J'étais adulte, je pouvais me débrouiller.

Il se passa une heure, deux, peut-être trois. Je tremblais comme une feuille, de froid, de peur. Confusément j'entendis la sonnerie du téléphone. Engourdie, je vacillai une fois debout. Je devais faire vite, c'était peut-être lui mais j'avançais au ralenti, complètement ankylosée. Je désespérais d'y arriver, soulagée qu'il insiste autant. Je décrochai, fébrile.

-Peeta ?

-C'est Thom.

La déception fut cruelle.

-Peeta dors, on a bu une bière, discuté, ensuite Tommy s'est réveillé, il a insisté pour lui lire une histoire et le remettre au lit. Il s'est endormi dans le rocking-chair. Je voulais t'avertir… il peut dormir à la maison…mais si tu veux je le réveille.

Je le sentais réticent à cette idée ce qui ne m'aida pas. Je l'imaginais endormi, paisible, loin du stress que je pouvais générer.

-Non, laisse-le dormir.

Il ne me demanda pas si j'étais sûre de moi. Je ne l'étais pas et il le savait. Je l'en remerciai mentalement.

-Merci d'avoir appelé.

Je raccrochai, ma main resta crispée sur le combiné. Mon cœur tambourinait tellement fort. L'anxiété me rendait paranoïaque. Je voyais des ombres un peu partout. Le combiné se retrouva vers mon oreille, je n'avais même pas vu à quel moment j'avais composé le numéro d'Haymitch.

-Oui ? Râla-t-il en décrochant.

-Passe-moi ma mère, s'il te plait.

Il y eut un silence puis il soupira. Il camoufla sa voix :

-Ta fille te réclame, elle n'a pas l'air bien.

-Katniss ? Ça va ?

-Non.

-J'arrive.

Assise contre le mur adjacent, j'attendis, effrayée. Les lumières éclatèrent, m'aveuglèrent, elle me souleva et me serra contre elle.

-Où est Peeta ?

-Chez Thom. Il ne va pas rentrer ce soir. Il m'en veut tellement tu sais.

-Ne dis pas de bêtises. Viens te coucher. Tu veux un chocolat chaud ? Tu es glacée, Katniss ! S'alarma-t-elle.

Elle m'aida à monter, à me changer et me mit au lit. Je devrais avoir honte, en fait, j'étais mortifiée. Mais qu'importe ! Peeta s'était éloigné, je l'avais éloigné. Il était blessé. J'étais malheureuse de constater qu'après toutes ces années, je n'étais toujours pas digne de lui.

Mon chocolat avalé, je restais toujours congelée. Je gardais les yeux ouverts, fixant ma mère assise près de moi, craignant qu'elle ne disparaisse. Elle ouvrit le plaid pour rajouter une couche de chaleur sur moi. Comment savait-elle ? Je l'étudiai avec intensité, remarquai enfin qu'elle avait vieilli, qu'elle avait maigri, qu'elle avait des cheveux blancs. Mais ce qui me sauta aux yeux c'était son amour. Un amour qui m'avait tant fait défaut, dont j'avais appris à me passer mais qui m'avait laissé un vide immense intérieurement. Mes yeux clignèrent malgré moi. J'étais éreintée.

Je rouvris les yeux dans le noir, oppressée par un cauchemar terrifiant que je n'avais pas compris, qui persistaient devant mes yeux. Mon bras chercha Peeta, se heurta au vide. Le temps de réaliser son absence, j'étais déjà debout, bien trop vite. De la lumière passait sous le sillon de ma porte que j'ouvris à la volée.

Debout sur le seuil de la chambre d'ami, j'observai ma mère qui lisait, la porte grande ouverte. Elle ôta ses lunettes

-Tu ne dors pas ma douce ?

« J'ai fait un cauchemar » eus-je envie de lui dire, mais je me ravisai in extremis. Je n'étais plus une petite fille. Alors pourquoi avais-je envie de courir me glisser dans son lit ?

-Viens.

Elle avait soulevé sa couverture. Je lui souris, elle avait compris. Installée sur son épaule, j'attrapai son bras.

-C'est le livre préféré de ta sœur.

Je l'avais reconnu.

-Je ne l'avais jamais relu, mais comme c'est un des rares souvenirs que j'ai d'elle, je l'emmène toujours partout avec moi. Ce soir j'ai eu envie de le parcourir. Tu veux que je t'en lise un passage ?

-Si tu veux.

Elle se lança dans une lecture pleine d'émotions. Elle s'interrompit, remarquant ma main crispée sur sa chemise de nuit au niveau de son abdomen. Elle cala sa main sur la mienne qu'elle frotta lentement jusqu'à ce qu'elle se décrispe. J'étais de plus en plus détendue, me sentant en sécurité. Je n'avais jamais ressenti ça près d'elle. Son contact au départ avait été vaguement familier, comme un souvenir qui peinait à se préciser. Maintenant, il revêtait le caractère sacré du lien filial.

-Je regrette de partir demain.

Je le regrettais aussi.

-J'ai gâché ta soirée avec Haymitch.

-Mais non. Tout est parfait, je suis là où je dois être.

Je fermai les yeux, rassurée. Sa main caressait toujours mon bras, dans un mouvement répétitif et apaisant. Les bâillements se multiplièrent, se rapprochèrent. Mes mains s'emmêlèrent à la sienne scellant notre réconciliation affective.

-Je t'aime, maman.

Le lendemain, je ne me rappelai même pas le lui avoir dit.

OoooO

Je me réveillai seule et patraque. Je frissonnai, le nez pris, la gorge enflammée. Je parvins à rejoindre les toilettes puis fis une halte devant ma chambre. Peeta y dormait, il était rentré…

Il était tard, bientôt dix heures. Il dormait rarement si tard. Je me rapprochai pour prendre le plaid au pied du lit. J'en profitai pour effleurer sa joue, souhaitant voir apparaitre ses yeux mais il ne cilla pas. Je me recouvris du plaid et descendis à la cuisine. Haymitch buvait son café avec ma mère, ils riaient et se souriaient avec confiance. Je me demandai comment j'avais pu ne rien voir venir. Ils étaient aussi dissemblables qu'ils étaient complémentaires. Leur âge accentuait cet état de fait. A l'aube de la cinquantaine, je découvrais une facette de ma mère que je pensais perdue. Elle se leva en m'apercevant.

-Tu devrais rester coucher, mon trésor. Tu as pris froid, tu es un peu fiévreuse. Cette nuit je t'ai donné ce qu'il fallait pour faire tomber la fièvre mais tu dois te reposer.

Haymitch me salua plus chaleureusement que d'habitude, un regard doux dans ma direction, j'étais trop cassée pour en chercher la raison. Elle me tendit une tasse avec je ne sais quoi dedans.

- Tiens.

J'avais confiance en elle, je savais qu'elle ne me donnerait rien qui pourrait mettre le bébé en danger. J'en avalai une gorgée, manquai de rendre tout mon fiel. Bébé-Peeta remua vigoureusement. Nous étions d'accord : c'était infect.

-Avale, ne discute pas, ensuite remonte, je t'emmène un plateau.

-Je ne pourrai pas t'emmener à la gare, me désolai-je.

-Haymitch le fera.

Je n'avais pas vraiment envie d'en débattre. Elle avait raison, j'étais nase. J'avalai la mixture puis Haymitch me raccompagna dans ma chambre.

-Je ne veux pas déranger Peeta.

-C'est quoi ton problème, Katniss, sérieux ?

Je n'avais pas la force de me vexer.

-Ta grossesse n'excuse pas tout. Tu es plus à la ramasse que d'habitude.

-Emmène-moi dans la chambre d'amis, l'ignorai-je.

Il s'exécuta en grommelant je ne sais quoi. Ma mère arriva avec un plateau bien garni qui me fit envie. Malgré ma gorge irritée, j'avais faim.

-Je vais faire une course avec Haymitch, je reviens vite.

Je les observai, suspicieuse sur cette fameuse course. Haymitch s'agaça :

-Je ne vais pas la pervertir, on va juste en ville.

-Ok.

Je me réveillai tard dans l'après-midi, complètement déphasée.

-Maman ?

-Elle est partie.

Peeta me veillait, allongé près de moi, son catalogue en main.

Partie…

-Je lui ai promis que nous viendrions la voir bientôt.

Il déposa son catalogue et vérifia ma température de sa main sur mon front. Il se détendit :

-Tu vas mieux. Tu veux boire un peu d'eau ?

-Oui.

Il avait déjà préparé un verre qu'il me tendit.

-Poppy m'a laissé des consignes.

Il sourit.

-Une vraie mère-poule. Elle a eu du mal à partir, j'ai dû promettre tellement de choses. En tout cas, elle t'appelle dès qu'elle est arrivée.

Je hochai la tête, un peu triste. Nous étions à nouveau seuls dans nos problèmes.

-Elle a laissé ça pour toi.

Il étendit son bras hors du lit et attrapa un paquet qu'il me tendit. Un paquet blanc, rectangulaire avec un nœud. Je décrochai la carte. « Pitié, pas encore une nuisette, Peeta deviendra fou ».

Je parcourus le mot, mon cœur se serra. Je tendis le paquet à Peeta :

-C'est pour toi.

Il fronça les sourcils, perplexe.

-Tu es sûr ?

-Je lui ai demandé ce matin d'aller le chercher pour toi, mentis-je.

Je savais ce qu'il y avait dans ce paquet. Ma mère avait feuilleté le catalogue avec moi et elle était aussi tombée en extase devant l'article qui plaisait le plus à Peeta. Il défit le nœud avec précaution, alors que je retenais ma respiration. Il contempla la minuscule robe blanche, stupéfait, ému, heureux.

Les choses se remettaient en place entre nous, sans discussions compliquées, ni disputes.

-Il est temps de commencer sa layette.

Il approuva tout en caressant le tissu.

-Et aussi un prénom, rajouta-t-il.

-Je te laisse t'en charger.

A vrai dire, cela m'était égal.

-Je savais que tu dirais ça, s'assombrit-il.

-Alors ? Continuai-je, persuadée qu'il avait déjà une idée. Je peux te donner mon avis, si tu veux. Fais-moi des propositions, je sais que tu en as.

J'éternuai bruyamment. Il y avait une boîte de mouchoirs sur la table de chevet, je me servis copieusement. Il rangea la boite et se tourna vers moi tout en se rallongeant. J'en fis de même sous la couverture. Nous nous observions, sans trop oser s'engager dans cette discussion.

-J'apprécie tes efforts, j'aimerais vraiment que tu sois heureuse comme je le suis en ce moment.

-Tu es heureux ? Vraiment ?

-Là tout de suite ? Oui. Très.

Nous étions à nouveau proches, et je retins mes larmes en pensant à ce cadeau que nous avait fait ma mère.


Le dernier chapitre bientôt.