Relecture par Brynamon que je remercie car après douze heures de taf, elle n'était pas obligée ! Surtout qu'elle recommence demain !
Merci à SG, kyndilou, CarlaHG, bidou76, ma VIP et Sarah pourvos reviews !
En réponse à la tienne Louris : et oui c'est le dernier mais il y aura un épilogue. J'espère que tu aimeras ce chapitre et le final autant que les autres.
J'ai mis du temps, je sais. Des soucis persistants, douloureux et usants. Les aléas de la vie.
Voici le dernier chapitre.
LA VIE AVANT TOUT
Partie 12
PDV Peeta
Confusément j'entendis le téléphone sonner. Je parvins à ouvrir un œil : deux heures du matin ! Le stress me donna un coup de fouet, le temps de remettre ma prothèse, le téléphone avait cessé de résonner. Je descendis malgré tout, un peu hagard. J'étais fatigué des dernières nuits agitées de Katniss. Elle avait chaud constamment, se changeait au moins une fois par nuit, se tournait dans tous les sens, s'agitait, faisait des cauchemars. Elle prenait de la place dans le lit, je me faisais aussi petit que possible, encore étonné par l'épanouissement rapide de son ventre. Elle avait entamé son septième mois; lors de sa visite du dernier trimestre (qui s'était bien passée), le Dr Moore en avait conclu que Katniss acceptait enfin l'arrivée de cet enfant et qu'elle lui faisait de la place. J'avais émis quelques réserves sur cette explication avant de comprendre qu'il avait en fait entièrement raison. Et je savais à qui je le devais : à Poppy. Elles s'appelaient tous les soirs, nous avions passés une semaine entière chez elle il y a un mois, et elle comptait revenir dans moins de deux semaines à la plus grande satisfaction de Katniss.
Je patientai devant l'appareil, assis sur le siège face au bureau, inquiet. Qui pouvait bien appeler en pleine nuit ? Poppy, Haymitch ? Annie ? Thom ? Sae ? Après un quart d'heure, je dus me rendre à l'évidence, c'était peut-être un faux numéro. Je ne voulais pas tenter d'appeler nos amis pour ne pas réveiller qui que ce soit inutilement.
J'étais au pied de l'escalier quand j'entendis le moteur d'une voiture. J'ouvris la porte d'entrée, gêné par les phares, je ne voyais pas qui arrivait.
-Peeta tu es réveillé, tant mieux !
-Thom ?
Il accourut vers moi, anxieux.
-Qu'-y-a-t-il ?
-C'est la mère de Lina, elle a eu une attaque. C'est très grave. On doit se rendre dans le 5.
-Je suis désolé.
-On ne peut pas emmener Tommy, et je sens que Lina a besoin de moi. Elle est un peu confuse, sa mère est tout ce qui lui reste de sa famille. Je lui ai proposé de te confier notre p'tit gars. Elle a confiance en toi, et moi aussi.
-Je m'en occuperai.
Il se détendit, soulagé.
-Je te revaudrai ça.
Il revint deux minutes plus tard avec son fils qu'il me tendit, deux sacs et un couchage adapté dont il me montra rapidement le procédé.
-On ne sait pas combien de temps on part. Peut-être deux ou trois jours. Tu es sûr que ça ne te dérange pas ?
-Non.
-Et le boulot ?
-Katniss veillera sur lui durant mon absence.
Il eut une vague hésitation qu'il chassa rapidement. Lina approcha, déposa une poussette pliable sur le coin de l'entrée, revint me donner quelques consignes et serra son fils une dernière fois avant de m'enlacer avec chaleur.
-Merci.
Son visage défait me serra le cœur. Thom ne s'attarda pas non plus, plus enclin au camouflage de sentiments. Tommy, installé dans mes bras, dormait. Après un dernier signe à leur encontre, je rentrai dans la maison alourdi par les trois sacs sur mon épaule. Je montai doucement les marches pour ne pas le réveiller.
Dans ma chambre, je déposai délicatement Tommy sur le lit, près de Katniss. J'eus un instant d'arrêt devant cette vision qui reflétait mon désir le plus profond. Cela raviva ma peur concernant son manque d'attachement à ce bébé qui allait bientôt entrer dans nos vies. Je repris mes esprits et revins à ma préoccupation première. Une fois son couchage d'appoint installé près de notre lit, j'y installai Tommy avec précaution. Pas une fois, il n'avait ouvert les yeux.
Il fut compliqué de me rendormir tant mon esprit était en ébullition, inquiet pour mes amis, soucieux du bien-être de Tommy, stressé par la réaction de Katniss quand elle le découvrirait en se levant.
Des secousses me réveillèrent, le jour pointait, quelle heure était-il ?
-Peeta, s'agaça Katniss d'une voix un peu suraiguë.
Je m'assis d'un coup, déphasé. Elle pointait du menton le lit de Tommy, les yeux exorbités. Je lui expliquai tant bien que mal le problème et me précipitai vers la douche. Retard pour retard, tant pis.
En revenant cinq minutes plus tard, je trouvai Katniss tournant en rond dans la pièce :
-Tu ne comptes pas partir et me laisser seule avec lui ?
-Bien sûr que si.
J'affichai une assurance que je ne ressentais pas. Je terminai de m'habiller en un temps record et me faufilai en bas pour éviter de réveiller le petit. Elle me suivit à la trace comme je m'en doutais. Même enceinte, elle n'avait rien perdu de son agilité. Dans la cuisine, je lui fis un topo sur les repas de Tommy, ses bavoirs, ses couverts, etc…
Ses sourcils formaient un v très marqué. Je l'embrassai brièvement :
-Tu vas y arriver.
Je me hâtai hors de la maison et, étrangement, elle ne tenta pas de me retenir ou de me héler. Ma matinée passa plus vite, forcément, j'étais en retard et je speedai comme un malade. Cela m'évita aussi de penser à ce qui pouvait se passer à la maison.
OoooO
En rentrant, je trouvai la maison vide. Je pris le téléphone pour appeler Haymitch mais il n'était au courant de rien.
-J'allais partir pour la capitale, tu veux que je t'aide à chercher ? Je peux prendre le train demain.
-Tu vas faire quoi là-bas ?
-Régler quelques… affaires.
Je compris l'allusion.
-Et …Poppy ?
J'étais déçu, ça s'entendait dans ma voix.
-Je ne vois pas le rapport.
-Je me doute bien que tu vas voir Effie.
-Et ?
-Et… rien. Fais ce que tu veux.
-Tu peux dire de Katniss mais dans le genre je conclus hâtivement des choses stupides, tu commences à la rattraper.
-Laisse tomber. Prends ton train, je vais me débrouiller. Ils ne doivent pas être loin.
-Je pense aussi. Bon j'y vais dans ce cas. Je reviens demain soir.
-Si vite ?
-Je n'ai pas besoin de trois jours pour dire « au revoir ».
Il raccrocha, me laissant étonné. La porte de la maison s'ouvrit, j'entendis les gazouillements de Tommy et les réprimandes de Katniss. Je souris en les voyant sur le perron : il était sale de partout comme s'il s'était roulé dans la terre et plus elle râlait plus il riait.
-Vous étiez où ?
Je ne laissai pas percer un quelconque reproche. Tommy courut maladroitement vers moi et je le soulevai avec tendresse. Je fronçai le nez gêné par une odeur désagréable.
-Pas loin, à la lisière de la forêt. Il faisait relativement beau alors nous avons pique-niqué, dormi et il a joué. Par contre, j'ai oublié les couches et il n'est pas très frais.
-J'ai senti, ris-je. Tu veux que je le change ?
-Je veux bien. Ça ne me tente pas ce genre d'expérience.
-Tu devras t'y faire tu sais.
-Oui, oui.
Elle regagna la cuisine pour y déposer son panier. Je montai à l'étage avec le chenapan pour lui donner un bain. J'aurais pu aller dormir mais j'adorais trop ces moments particuliers avec lui. Le bain s'éternisa, il éclaboussa et inonda toute la pièce. Pas moyen de lui en vouloir, il était un rayon de soleil dans cette maison qui demeurait désespérément vide de chaleur enfantine. Je le sortis finalement du bain qui devenait froid et le séchai tout en me chamaillant avec lui. Il éclata d'un rire si communicatif que je ris aussi avec lui. Je quittai la salle de bain pour le mettre en grenouillère quand Katniss apparut dans la chambre. Je fouillai dans le sac du petit quand j'entendis le bruit d'une chute.
OoooO
J'avais passé des heures infernales entre la découverte de Katniss par terre dans la salle de bain, l'arrivée du Dr Moore et la surveillance à appliquer après sa visite plutôt optimiste.
Allongée sur notre lit, Katniss ruminait. Pas parce qu'elle avait mal mais parce que je tournais autour d'elle sans vraiment être présent pour elle. Je m'en voulais tellement que j'étais incapable d'aller vers elle. Et je savais que c'était ce qu'elle me reprochait.
J'avais nettoyé la salle de bain, préparé le diner, et je venais de lui monter un plateau pour qu'elle dine en paix. Elle avait tenté de me parler mais j'avais prétexté que le petit avait faim et j'étais redescendu illico. Le repas s'éternisa avec Tommy; pour éviter de réfléchir, je me mis à lui inventer des jeux, puis la sonnerie du téléphone nous interrompit. Il gazouilla en entendant ses parents au téléphone, il avait réagi à leur voix, il ne semblait pas souffrir de leur absence et cela les rassura. J'évitai de leur parler de l'incident et leur demandai des nouvelles de la mère de Lina. Elles n'étaient pas bonnes malheureusement. Ce fut le cœur serré que je raccrochai. Tommy, dont les yeux clignotaient, commença à pleurer. Lina m'avait conseillé un peu de chocolat chaud avant qu'il n'aille dormir, c'était peut-être ce qu'il attendait. Il patienta le temps que je fasse chauffer le lait, accroché à ma jambe.
-Je fais vite, sois patient.
M'occuper de lui me détournait de tout le reste. Je fis un test de chaleur sur mon poignet avant de lui tendre son biberon. Il trottina jusqu'au séjour et tenta en vain de grimper sur le canapé. Je le hissai pour mettre fin à son calvaire et pris place à ses côtés. Il s'installa sur mes cuisses et avala son lait, les yeux fermés, sa main crispée sur mon pouce qu'il pressait de temps à autre. Je l'aimais tellement, c'était effrayant. Et ce n'était même pas mon fils.
Il s'était endormi mais je ne parvenais pas à me résoudre à le mettre au lit. Pas moyen de quitter le canapé. J'étais saisi par l'ampleur de ma terreur depuis la chute de Katniss. J'appréhendais le moindre signe de contractions, la moindre douleur suspecte qui apparaitrait. J'étais dans l'incapacité d'imaginer que je puisse les perdre, et l'idée de leur avoir fait du mal même involontairement était pire que les flammes de l'enfer. Je serrai Tommy contre moi, m'imprégnant de sa chaleur qui m'empêchait de péter les plombs. Il était le reflet d'un futur proche, d'un bonheur à portée de main. J'observai son visage serein et une autre réalité me percuta : ses parents me l'avait confié, je n'avais pas hésité, sûr de moi. Pourtant, j'aurais dû hésiter, me remettre en question, comprendre que ce n'était pas si simple, ni sans danger de s'occuper d'un si petit être. Il était leur trésor, je n'avais pas droit à l'erreur.
La panique me gagna, ma respiration se saccada, la sueur perla sur mes tempes.
En quelques heures ma vision des choses avait changé. J'étais tétanisé par une peur non quantifiable, similaire à celle que j'avais ressentie en entrant dans les arènes. J'avais l'impression qu'elle m'étouffait et qu'elle ne me quitterait jamais.
-Peeta ?
Je n'avais pas entendu Katniss descendre.
-Qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi tu ne montes pas avec Tommy ?
- Remonte t'allonger ! Parvins-je à articuler.
Elle approcha et s'assit au bord du canapé.
-Qu'est-ce que tu as ?
Je voyais trouble, oppressé par des images terrifiantes. Je perçus sa main sur ma joue.
-Parle-moi.
Je fermai les yeux, complètement terrassé par ce qui me tombait dessus. Elle se blottit contre moi et attira mon visage contre le sien. Mon bras glissa dans son dos, entourant sa taille. D'instinct mon autre bras s'enroula un peu plus autour de Tommy qui avait bougé. Le bras de Katniss renforça ma prise et ainsi imprégné de leur chaleur commune, je me permis d'exprimer mon désarroi.
Je me réveillai en sursaut, sur le canapé, seul.
Je grimpai les marches aussi vite que je le pus, manquant de me vautrer. Mais il n'y avait pas lieu de s'inquiéter à première vue : Katniss dormait et Tommy aussi. Je m'installai près d'elle après m'être déshabillé et je caressai son ventre tout en la veillant.
-Reste bien au chaud, ma chérie, il n'est pas encore l'heure, chuchotai-je. Je suis désolé… si désolé…
OoooO
J'étais heureux de ne pas travailler le lendemain. Malgré mes appels répétitifs à la maison, j'avais été stressé tout au long de ma journée de travail et je n'avais pas été très productif. J'avais voulu rester avec Katniss et Tommy mais elle avait insisté pour que j'aille bosser car elle avait déjà en tête des tas de trucs à faire avec lui ce qui, au final, m'avait paru être une bonne chose. Sa nuit avait été calme et elle avait promis d'appeler le Dr Moore au moindre problème.
Je rentrais hâtivement, j'avais ramené quelques trucs de la boulangerie et j'avais envie de préparer un gâteau pour eux. Quand je franchis le seuil, une bonne odeur de pâtisserie arriva jusqu'à moi. Elle m'avait devancé. J'allais me rendre à la cuisine quand Katniss me héla du séjour :
-On est là.
Elle tricotait avec dextérité, elle en avait rapidement maitrisé l'art et la manière. Tommy dormait sur une couverture au sol comme un bienheureux. Je me serais bien joint à lui, j'étais très fatigué. Je me penchai pour embrasser Katniss. Elle me détailla du coin de l'œil :
-Tu devrais te reposer.
-Comment tu te sens ? Eludai-je.
-Très bien.
Je cherchai la moindre preuve de mensonge ou d'hésitation mais il n'y en avait pas. Le poids sur mon cœur s'allégea considérablement.
-Rassuré ? Tu peux aller dormir maintenant.
Elle n'avait pas besoin de me le dire une troisième fois.
OoooO
Quand j'ouvris les yeux, il faisait nuit, mince !
Je descendis en direction des voix que j'entendais. Dans la cuisine, Katniss râlait, le visage parsemé de bouillie de légumes, face à Tommy (assis sur sa chaise haute) qui se bornait à refuser la cuillère qu'elle lui proposait. Une confrontation bien inutile à mon avis, mais je n'intervins pas, reclus dans la pénombre. Elle redéposa la cuillère, s'essuya le visage et se pencha vers lui. Ils se toisèrent un instant :
-Tu crois vraiment que tu auras le dessus Tommy ?
-Maman.
-Je sais que tu préfèrerais que ta maman soit là, je te comprends. Mais il n'y a que moi.
Je perçus sa tristesse. Tommy aussi, car il agrippa sa joue de sa main potelée. Elle zieuta sa main, mal à l'aise. Il explora son visage, glissant de son nez à son menton puis à son front, manquant de lui crever un œil. Elle grommela, il s'esclaffa en tirant sur ses cheveux.
-Tu me fais mal, Tommy.
Il lâcha les mèches prisonnières et lui tendit les bras. Elle hésita un instant, suspicieuse, avant d'accéder à sa requête. Installé dans ses bras, il cala sa tête dans son cou et ferma les yeux.
-Tu es fatigué ? C'est pour ça que tu rechignes à manger ma purée de carotte ?
Tommy n'aimait pas les carottes, voilà surtout la raison de son refus.
Elle caressa ses boucles brunes et fit lentement le tour de la cuisine en lui chantonnant une mélodie au creux de l'oreille. Mon dernier doute se dissipa en la découvrant si maternelle. Je me renfonçais dans la pénombre alors qu'elle se rapprochait de la porte pour encore profiter de ce moment privilégié qui me réchauffait le cœur. J'aurais voulu voir cet instant s'éterniser mais le téléphone sonna.
Je marmonnai dans ma barbe et allumai la lumière du couloir. Elle avait accouru et fut surprise de me trouver là.
-Je ne t'ai pas entendu descendre.
-Je vais répondre. C'est sûrement Thom.
En effet. Après m'avoir appris le décès de sa belle-mère, il me demanda des nouvelles de son fils. Je le lui passai et Tommy s'égaya un instant en reconnaissant la voix de son père.
-Nous viendrons le chercher demain en fin de journée. Merci infiniment de l'avoir gardé, je sais que ça n'a pas dû être facile.
-Au contraire, il est adorable et Katniss et lui sont les meilleurs potes, ris-je.
Elle me jeta un œil noir mais je ne m'en formalisai pas. Elle n'était pas fâchée.
Quand je fis part de la nouvelle à Katniss, elle se désola pour eux mais surtout pour Tommy qui n'aurait pas le temps de profiter de sa grand-mère. Après l'avoir mis au lit, elle eut l'envie subite d'appeler sa mère. Quand elle se décida à venir se coucher, après une bonne heure, je la sermonnai malgré moi, il était tard et elle avait besoin de repos.
-Tu es une vrai mère-poule, rit-elle.
Je ne relevai pas.
-Tommy rentre chez lui demain soir, tu seras plus à ton aise pour te relaxer.
Elle perdit son sourire, figée dans une expression déconfite. Je ne pensais pas que cela l'affecterait autant.
-Nous pourrons le prendre un prochain week-end si tu veux.
Elle ne répondit pas, prit place sur le bord du lit, de mon côté, et fixa Tommy sans discontinuer, le dos voûté…
Confusément j'entendis des pleurs.
Tommy !
Je me redressai d'un coup, Katniss avait déjà allumé sa lampe et se levait pour aller le voir. Il était inconsolable : peut-être un cauchemar ? Il appelait sa mère sans relâche dans une complainte douloureuse. Cela me brisa le cœur. Elle le prit contre elle, l'inspecta sous toutes les coutures puis elle revint se coucher avec lui. Elle m'obligea à lui faire un peu de place que je lui cédai de bon cœur et elle le recouvrit pour qu'il n'attrape pas froid. Il se blottit contre elle, et se calma progressivement dans le cocon de ses bras, tandis qu'elle lui prodiguait des paroles rassurantes. Quand il se rendormit enfin, elle croisa mon regard débordant d'affection et de bonheur.
Elle me sourit.
C'était un sourire aimant, confiant, étonné et soulagé.
L'épilogue bientôt.
