Auteur : Rukyoshû & Black Cherry.
Titre : Paradox.
Base : Rose, ex-batteur de The TRAX, et Maya, chanteur de LM.C.
Genre : Violent et euh… érotique ?
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Paradox
~ Partie I – 2 : Quand Maya butine Rose ~
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Ôtant son t-shirt sans prendre garde au regard de Rose sur sa personne, Maya mit une dose de crème dans sa paume et l'étala sur son épaule. Des coupures et des ecchymoses s'étalaient disgracieusement sur son torse et il eut envie de démolir quelque chose.
Rose eut un regain d'intérêt significatif en le voyant retirer son t-shirt et il ne put empêcher son cœur d'accélérer à cette vue. Il devrait peut-être songer à se faire interner s'il éprouvait autant d'attirance pour les blessures en tout genre, mais à cet instant, il n'y pensait pas réellement. Maya avait l'épaule noire et des bleus partout sur le corps, entre deux plaies. Avant même de s'en rendre compte, Rose se leva et s'approcha de Maya sans le quitter une seconde des yeux. Il ne pouvait pas rester inactif, oh non. C'était bien trop tentant.
Maya le regarda faire du coin de l'œil mais ne bougea pas d'un pouce en lançant sa menace.
« Tu m'approches d'un seul pas de plus et je me ferai un plaisir de te casser la figure. »
« Et je ne m'en plaindrais pas, Maya, sourit-il en le regardant par-dessous ses cils. »
Son rythme cardiaque s'emballa rien que d'y penser.
« T'es vraiment complètement débloqué, rit-il froidement. »
Qui pouvait aimer se faire refaire le portrait ?
« Qu'est-ce que ça peut faire, si tu n'as pas peur… »
S'il pouvait s'en occuper une seconde… Rien qu'une seconde… Ses doigts le suppliaient presque d'agir.
« Je n'ai pas peur de toi. »
C'était son meilleur ennemi. Le seul qui savait, le seul qui pourrait désormais comprendre la solitude dans laquelle il évoluait. Enfin, peu importait. Rose ne lui faisait pas peur, il lui faisait envie.
Avec précaution, Rose se glissa près de lui et tendit les doigts vers le tube de crème, un sourire en coin sur le visage. Il pouvait bien le taper ou l'envoyait balader, il s'en fichait complètement. Bien au contraire.
« Ravi de l'apprendre. »
Choppant son poignet de son bras valide, il le tira vers lui.
« Tu aimes tant que ça que je te tape et que je te touche ? Mes mains te font-elles ressentir du plaisir quand elles te cognent violemment ? Es-tu à ce point en manque pour venir réclamer toi-même les coups ? »
« Qui peut savoir… souffla-t-il en le fixant, la respiration courte. Ce n'est pas que douloureux… »
Oh que non…
Il respira un peu plus fort, contenant mal sa colère.
« Les coups ne devraient pas être une source de plaisir. Ils sont là pour détruire, faire du mal. Ils sont l'arme des pervers ou des dérangés qui ne savent expulser leur haine autrement. »
Il appuya presque brutalement sur la lèvre encore légèrement abîmée de Rose.
« Vouloir se faire battre n'est pas une source de désir vulgaire, c'est une façon détournée de crier au monde que l'on veut être vu. »
Il plongea son regard dans le sien, profondément, et passa calmement un doigt là où le sang se remettait à couler, malgré ses nerfs à vif.
« Mais je te vois, Rose, et je n'ai pas besoin de te buter pour autant. Je te vois, je te hais et je te veux. Mais tu n'auras rien de moi si tu ne veux que de la violence sexuelle. »
« Je n'aurais que du mépris de toi, de cette façon, dans ce cas ? demanda-t-il en s'approchant encore, indifférent à la légère torsion de son poignet ou au sang qui coulait de sa lèvre. Et toi, tu veux quoi de moi ? »
Il ferma les yeux, resserrant ses doigts sur son poignet.
« Que tu vires de chez moi. »
Pourquoi avait-il de plus en plus de mal à le lui dire ?
« Pourquoi ? »
Sa main valide glissa contre son torse nu, effleurant la peau pâle du bout des doigts. Il pouvait presque ressentir le sang pulser là où les plaies et les bleus se rencontraient. Une douceur sanguinolente sans pareille.
Il fit un petit pas en arrière pour échapper à ses doigts.
« Parce qu'il n'y a que moi qui aie le droit de te toucher. Et si tu restes, mon père ne se gênera sans doute pas pour vider sa haine sur un autre que moi. »
Et jamais il ne l'accepterait.
« Et si malgré tout, je refuse de partir, tu feras quoi ? demanda-t-il en penchant la tête sans ciller une seule fois. »
Il avait l'impression que le sang quittait sa main prisonnière sous la pression de celle de Maya.
« Je pense que je me verrai dans l'obligation de te jeter par la fenêtre. »
Ou de l'attacher et de le bâillonner…
Rose eut un petit rire et se rapprocha de nouveau. Maya lui donnait l'impression d'un animal traqué, en fuite, et maintenant presque acculé.
« Très bien, Ma-ya. Je vais partir. Mais à une seule condition, fit-il en levant son index libre juste devant ses yeux. »
Il déglutit difficilement, s'attendant au pire.
« Laquelle ? »
Rose eut un sourire en coin et fit galoper ses doigts contre son torse abîmé.
« Tu me laisses une minute. Juste une minute pour m'en occuper. »
Il plongea son regard dans le sien, se demandant s'il se foutait de lui ou non.
« Ah, ah, très drôle. »
« C'est pas drôle. Tu t'attendais à quoi ? demanda-t-il en penchant la tête d'un air narquois. »
« Je n'en sais rien. »
Il serra les dents, lança un regard à la porte et reporta son attention sur Rose.
« Une minute, pas une seconde de plus. »
Si c'était la seule façon de se débarrasser de lui sans en venir aux poings…
« Je te laisse compter… Un, deux, trois… »
Il récupéra ses deux mains, s'empara du tube de crème et avec d'infinies précautions, il commença à l'étaler sur chaque coup, chaque contusion, évitant d'appuyer pour ne pas empirer la douleur. Il finirait par l'épaule…
Fermant les yeux, il se laissa faire sans bouger, la respiration un peu plus forte et rapide, comptant chaque seconde en espérant arriver le plus rapidement possible à soixante. Les mains de Rose étaient délicates et douces sur son torse et il aimait cette sensation. Elle était d'ailleurs bien trop plaisante à son goût, il fallait qu'il se ressaisisse avant de lui sauter dessus.
Un sourire satisfait se peignit sur ses traits à mesure qu'il voyait Maya se laisser faire. Ses mains partirent en direction de ses côtes, chacune d'un côté et il se rapprocha encore. Vulnérable, sensible, à la limite extrême de la peur… Tout un panel de sentiments tellement différents de l'intraitable chef de clan. Il continua de masser délicatement les points sensibles, puis se pencha à son oreille.
« Vingt secondes… »
Et il posa ses lèvres au creux de son cou.
Il rouvrit les yeux brutalement et le repoussa avec brusquerie.
« Ce n'était pas compris dans la condition, gronda-t-il. »
Ce n'était pas désagréable, au contraire, mais il ne pouvait pas se le permettre. Pas ici alors que son père pouvait décider de monter à l'étage, pour une fois.
« Personne n'a donné d'autres conditions, rétorqua-t-il. Juste une minute, maintenant juste trente secondes, pour que je m'occupe de tes plaies… Après je pars. »
Et il le gratifia d'un sourire carnassier.
Se mordant la langue pour ne rien répliquer, il se figea à nouveau pour lui laisser le champ libre. Qu'il se dépêche sans quoi il le violerait sur place… Quoique, pour un viol, il faudrait que Rose ne soit pas consentant. Et il était certain qu'il le serait.
« Trente et un, trente-deux… sourit-il en revenant à son occupation première. »
Il en avait fini avec les bleus de son torse, restait celui de l'épaule, et non le moindre. Rose reprit le tube de crème, en versa une généreuse quantité dans sa main, puis la posa avec toutes les précautions du monde sur l'épaule malmenée. Crème blanche sur fond noir, drôle de contraste. Et comme pour atténuer la douleur, il embrassa la lisière de l'épaule, au-dessus des clavicules.
Il se crispa entièrement mais se força à rester immobile en sentant ses doigts sur son épaule. Quand les lèvres de Rose touchèrent sa peau, il sentit la chair de poule naître mais ne bougea pas plus, se contentant de respirer plus vite et de fermer les yeux. Trente-six, trente-sept… Le temps était drôlement lent et il aurait bien aimé qu'il accélère un peu. Ça devenait sérieusement dur à gérer.
Sa main sur son épaule, peau contre peau, le plongea dans un état de félicité semi lucide. Les yeux mi-clos, le souffle court sous ce contact à la fois désiré et repoussé, ses lèvres trouvèrent le chemin de l'éraflure la plus proche, sur le pectoral droit, puis il y passa la langue. C'était chaud et sensible à cet endroit, la peau abîmée n'avait pas le même goût qu'ailleurs…
Maya avait chaud malgré la froideur de sa chambre et la neige qui tombait à l'extérieur. Il donna un petit coup sur l'arrière du crâne de Rose pour qu'il arrête mais son contact était bien trop bon, et il ne tarda pas à réagir à ces tendres caresses. Son sang bouillonnait sous la violence de son envie mais il devait se maîtriser. Quarante-huit, quarante-sept… Non, neuf…
Enivré de ce vague goût de sang, ses doigts se crispèrent légèrement sur l'épaule de Maya, avant de se détendre à nouveau quand il quitta la blessure pour une autre, plus près du cou. Le léger coup que lui avait donné Maya l'avait plus galvanisé que repoussé. Son père ne l'avait vraiment pas épargné, songea-t-il en suçotant légèrement la peau irritée. Sa main continua sa balade sur son épaule, même s'il ne restait quasiment plus de crème.
Cinquante-trois, cinquante… Maya mordit plus fort sa langue et un goût de sang emplit rapidement sa bouche. C'était fini, ses dernières barrières venaient de se briser et sa passion le submergea. Il passa une main dans les cheveux de Rose et tira dessus pour le faire reculer avant de l'embrasser brutalement, sauvagement. Il ne pouvait plus se retenir, il en avait besoin.
Un goût plus puissant encore, celui de la violence et de la passion, mêlé au désespoir. Sans plus se maîtriser, il entoura ses bras autour de son torse, comme une plante grimpante et invasive, et se reput encore et encore de toutes ces sensations. Son cœur s'emballa, tout son corps tremblait, mais ce n'était pas assez. Plus, encore… Ce n'était plus un baiser. Rien qu'un échange brutal et presque jouissif.
Maya crispa ses mains sur les hanches fines de son ennemi, le rapprochant davantage de son corps brûlant. Il avait soif de son âme et faim de lui. Il voulait le marquer, pour que personne ne lui reprenne. Rose n'était qu'à lui et sa possessivité exagérée coûterait sans doute très cher à tous ceux qui oseraient s'en approcher de trop près.
Le souffle saccadé, Rose s'extrada brusquement de cette étreinte pour revenir attaquer les lèvres de Maya de plus belle, cherchant toujours plus à découvrir sa douleur pour la goûter, la connaître, l'apprivoiser. C'était lui qui devait avoir mal, pas Maya. Qu'il lui donne toute sa souffrance, qu'il le serre plus encore, qu'il le fasse crier de douleur s'il le voulait… Il était à lui. Et il souffrirait pour lui. Ca n'avait aucune importance.
Il passa outre la douleur fulgurante qui pulsa dans sa lèvre meurtrie et força Rose à le suivre alors qu'il s'appuyait sur le bureau pour tenir en équilibre. Ses côtes protestaient vivement mais il n'en avait rien à faire, seul comptait ce corps chaud contre le sien. Sans pouvoir se retenir, il passa ses mains sous le haut rouge de son ennemi pour pouvoir caresser sa peau fine et délicate. Mais pouvait-il encore le désigner d'ennemi alors qu'ils étaient prêts à baiser l'un avec l'autre comme si rien d'autre n'avait d'importance ?
Il lécha langoureusement le sang qui coulait de sa lèvre ouverte, le goût métallique particulier lui montant à la tête. Les pupilles dilatées par l'envie et le désir, il engagea Maya à aller plus loin en posant une main sur son poignet alors que l'autre s'entremêlait à ses mèches blondes pour garder un contact fort entre leurs lèvres. L'appétit le rongeait, son cœur palpitant le lui rappelait à chaque seconde.
Dévoré par son désir de se consumer tout en consommant ce corps qu'il sentait pulser sous ses doigts, Maya caressa la langue de Rose avec plus de ferveur encore. Cette lutte sous-entendue était jouissive. Remontant et fléchissant sa jambe entre celles de Rose, il vint appuyer brutalement sur ses fesses de façon à sentir sur sa cuisse à quel point il avait envie de lui. Et il ne fut pas déçu du résultat.
Rose relâcha les lèvres de Maya pour venir gémir son plaisir dans son cou. Il brûlait, le corps en feu, consumé par son désir, et il venait de le prouver de manière équivoque. Mais qu'importe, pourquoi se retenir de le montrer ? Pour quelqu'un qui refusait de se faire toucher, Maya avait des gestes qui contredisaient les anciennes apparences. Enivré, Rose vint mordre légèrement la peau fine de son cou, pour le goûter encore et encore, et pour se retenir également. Il en crevait d'envie. Mais il adorait lutter.
Frissonnant violemment sous ces coups de dents, il retint un gémissement dans sa gorge. Puis, posant ses mains sur les hanches de Rose, Maya inversa les positions, plaquant son partenaire de jeu contre le bureau et attrapa son haut pour le lui retirer. Il voulait le goûter, laisser sur sa peau les marques de leur folie pulsionnelle et violente, connaître son corps et s'en repaître encore et encore jusqu'à n'en plus pouvoir. Il n'aspirait plus qu'à une seule chose à cet instant : pénétrer ce corps qui le hantait depuis quatre jours et le brutaliser avec une tendresse ivre d'un amour haineux.
Le souffle trop court pour respirer régulièrement, Rose rejeta la tête en arrière, les lèvres entrouvertes pour tenter de reprendre un peu d'air. L'ambiance était lourde, organique, rythmée par les contractions pulsatiles de leurs corps en émoi. Il planta ses doigts dans le creux des reins de Maya pour presser leurs bassins l'un contre l'autre, augmentant ainsi l'étendu de son état d'excitation pure. Tant de ressentis pour un simple corps humain. Rose avait l'impression qu'il allait exploser de trop de sensations.
Maya enfonça ses ongles dans la chair tendre des hanches de Rose, exhalant un soupir de pur plaisir. Jamais il n'avait désiré aussi ardemment une personne et que ce soit son ennemi qui lui fasse cet effet ne l'excita que davantage encore. Laissant sa langue courir le long de ses clavicules, il vint ensuite mordre la peau au creux de son cou, aspirant tendrement jusqu'à sentir éclater le sang sous sa langue. Se reculant, il eut un sourire torve à la vue du suçon qui tâchait ce cou si pâle.
C'était véritablement trop bon… Rien à réclamer, juste subir. Et sentir son propre corps faiblir sous les assauts de Maya ne faisait qu'attiser ses envies peut-être malsaines. Recommence…
« Encore… souffla-t-il, les yeux à moitié fermés. »
Il passa l'une de ses mains contre son cou meurtri, pour palper la marque de Maya. La marque de ses dents, de sa langue, de son désir, de son amour, de sa haine…
Mordillant la lèvre inférieure de Rose quelques secondes, il se recula brutalement quand son esprit lui hurla une alerte, décolla entièrement leur corps et s'éloigna de plusieurs pas pour reprendre pieds dans la réalité. Le courant d'air froid qui caressa sa peau nue l'y aida grandement mais la pression dans son boxer lui dictait de retourner à son activité buccale, de baiser Rose qui n'attendait que ça et de réfléchir une fois l'acte terminé. Peut-être devrait-il se laisser aller au moins une fois ?
Surpris par le froid brutal qui s'empara de sa peau, Rose se redressa légèrement, le cœur battant à tout rompre. Il jouait à quoi ?!
« T'as la trouille… Ma-ya ? haleta-t-il, les épaules vacillantes. »
Ses ongles s'enfoncèrent dans la paume de ses mains, complètement crispées. Il voulait le frustrer ?!
« Non. »
Il n'avait pas peur. Seulement qui pourrait lui promettre que Rose n'en profiterait pas ensuite ? Qui pourrait lui assurer que personne ne viendrait mettre un terme à leur débauche ? Qui pourrait lui jurer qu'il serait à l'heure pour récupérer sa petite sœur ? Personne. Mais au fond, ça n'en serait que plus exaltant. Et tant pis s'ils devaient être brefs, ils recommenceraient.
« Je veux que tu sois à moi. »
Il lui lança un regard à la fois glacial et brûlant, et s'approcha d'un petit pas.
« Rien qu'à moi. Entièrement. »
Rose eut un rire étrange, semblable à un trille, et reprit correctement appui sur le bord du bureau.
« Pourquoi tu hésites autant, Maya… souffla-t-il en souriant, pris par la chair de poule. Viens et prends ce dont tu as envie. Ne réfléchis pas. »
Il secoua sa masse de cheveux blonds, le regard de braise.
« Tu en meurs d'envie… »
Et lui aussi.
Ne pas réfléchir… Très bien. Son regard parcourut le torse parfait de son acolyte, ravivant son désir de posséder cet être profondément et sauvagement. Mais Maya devait s'assurer que rien ne viendrait perturber leur jeu, ni même le découvrirait. Il se dirigea alors d'un pas lent et sensuel vers la porte et la verrouilla d'un geste habitué. Puis il marcha lentement vers Rose, s'arrêtant cependant à quelques pas de lui, de l'autre côté du bureau, attrapa son ordinateur et le fit cracher des notes pour tuer le silence et couvrir n'importe quel son. Maintenant, la partie la plus intéressante et sans doute la plus farouche pouvait commencer sans crainte.
Rose eut un petit sourire en le voyant faire. La fuite n'était plus envisageable, ni pour l'un, ni pour l'autre. Mais en avaient-ils seulement envie… Il se rapprocha de Maya, près de l'ordinateur, et une fois à sa hauteur, il posa ses mains sur ses épaules et happa sa lèvre inférieure sans le quitter des yeux. Un instant de calme avant la tempête… Les prémisses de l'enfer, pour une poignée de secondes.
Passant une main dans ses cheveux pour l'empêcher de reculer, il laissa l'autre parcourir son dos du bout des doigts, lentement, pour tester sa sensibilité. La chanson hurlait « I don't wanna be in love » et Maya crevait d'envie que son cœur s'accorde à cette voix. Seulement l'esprit ne contrôle pas les sentiments et il ne baiserait pas simplement Rose. Il le possèderait charnellement, et y laisserait un morceau de son âme.
Le dos de Rose se creusa légèrement au passage des doigts de Maya et il eut un frisson. C'était différent. Il traçait les barreaux de la cage de son esprit en faisant ça. Alors il ferma les yeux, passa ses mains sur le cou de son vis-à-vis et lécha sa lèvre inférieure avec lenteur, laissant leurs sangs couler comme des perles rouges, passant parfois contre sa langue avec langueur pour la savourer. Il fallait se délecter de l'avant vol, avant de pouvoir jouir de l'altitude.
Maya crispa ses doigts sur les mèches blondes de son partenaire, sa seconde main descendant toujours plus bas avec une infinie lenteur et une impatiente douceur. Le sang pulsait violemment dans ses veines, comme s'il voulait s'échapper de son corps pour se répandre sur les murs de manière à les assortir au sol et au plafond. Mais il se contentait de couler de sa lèvre pour se faire laper par Rose avec délectation. Ils n'étaient que deux petits animaux sauvages qu'il fallait apprivoiser.
« J'adore te goûter, avoua Rose en essuyant leurs lèvres de sa langue, le regard brillant. C'est différent des autres… »
Il passa une jambe derrière l'une de celle de Maya. Il pouvait ressentir les pulsations de son corps vibrer légèrement contre le sien, comme pour l'engager à aller plus loin.
« Je te fais envie ? demanda-t-il avec un léger sourire. »
Son sexe durci ne demandait qu'à être libéré de sa barrière de tissu et tout son corps tremblait d'impatience.
« Non. »
Il eut un sourire carnassier qui démentit ses paroles et libéra les cheveux de Rose pour attraper son poignet et amener sa main jusqu'au foyer de son plaisir. Il poussa un gémissement rauque alors que son autre main arrivait finalement à la lisière du pantalon qu'elle n'hésita pas à passer, glissant sur la peau sensible et encore cachée.
Rose ferma les yeux, passa sa main libre dans les cheveux de Maya et il se mit à embrasser l'épaule blessée. Plus sensible que tout le reste du corps, surface plus dangereuse aussi… Mais qu'importe. Il aimait ça. Il se rapprocha un peu plus encore du corps échauffé de son futur amant, de plus en plus entreprenant, mais le laissa faire. Il serait son jouet, s'il le voulait. Qu'il l'utilise à son bon vouloir, son tour viendrait…
Avec une langueur exagérée, sa deuxième main rejeta le bras de Rose et rejoignit la première avant de passer vers l'avant. Les lèvres sur son épaule blessée avaient quelque chose de particulièrement érotique qui lui fit pousser un soupir d'aise et lui donna l'impulsion pour aller plus loin. Maya caressa alors adroitement l'aine délicate, passant parfois le coin d'un ongle sur cet endroit fragile pour le titiller, avant de finalement défaire le premier bouton du pantalon qui le gênait pour ses actions futures.
Un soupir de plaisir s'échappa de ses lèvres entrouvertes, se mêlant à son souffle hésitant. Ses doigts se resserrèrent dans la nuque de Maya. Il avait l'impression de perdre connaissance, de ne plus vivre que par ce contact à la fois si ténu et si intense. Qu'il ne s'arrête pas…
Prenant son temps, Maya alla frôler de l'extrême bout de ses doigts la bosse qui déformait copieusement le boxer et le pantalon moulant de Rose. Juste un peu, histoire de le torturer pour lui montrer qu'il était réellement doué. Il se passa la langue sur les lèvres en observant avec attention le visage de son partenaire. Il ne fallait pas aller trop vite pour ne rien manquer de ses grimaces de plaisir.
Doué… Il l'avait avoué pendant leur première conversation sur table… Et il semblerait que cette affirmation soit juste. Il ne faisait que l'explorer du bout des doigts pour l'instant, mais c'était déjà intenable… Il était en surchauffe et ne put s'empêcher de gémir de nouveau en sentant les doigts experts de Maya le parcourir plus précisément.
Remontant une de ses mains pour aller agacer joyeusement son nombril, un sourire en coin particulièrement pervers dessiné sur ses lèvres, il ôta brusquement tous les boutons du pantalon de l'autre et referma, presque violemment et par-dessus le tissu du boxer, ses doigts sur le membre palpitant qui n'attendait que lui.
Rose rouvrit brusquement les yeux et se raccrocha aux épaules de son amant pour ne pas se laisser aller. Un faible cri de surprise et de plaisir vint mourir dans sa gorge. Il savait comment y faire avec lui… Le surprendre… L'amener à dévoiler ses faiblesses… Mais il ne pouvait pas laisser Maya tout faire, oh non. Il entoura le cou de son vis-à-vis d'un bras, pour se retenir, et de sa main libre, il vint tenter de déboucler sa ceinture. La peau moite et glissante, il se sentait partir et brûler en même temps. La braise commençait à flamber, il ne manquait plus que l'étincelle pour que le feu gronde…
Récupérant ses mains, il fit glisser le vêtement le long des fines jambes de Rose en le laissant s'occuper de ses habits. Jamais il n'aurait imaginé que son ennemi pouvait avoir un corps aussi magnifique. La peau laiteuse et particulièrement douce, le corps mince et finement musclé, c'était un véritable appel à la luxure. Et Maya s'empressa de venir happer à nouveau les lèvres pulpeuses et légèrement rosées de son futur amant.
Incapable de résister plus longtemps, Rose pencha la tête pour plus d'accessibilité et partit à la rencontre de la langue de Maya, sentant son désir enfler au fil des secondes. Sa main gauche resta dans ses cheveux blonds, le forçant à rester aussi proche de ses lèvres, et la droite ouvrit son pantalon avec un mélange de douceur et d'empressement. Enfin, il posa sa main contre son ventre et partit à la découverte de Maya. Il voulait tout savoir de son corps, sans aucune exception. Il devait connaître sa marionnette avant de pouvoir l'utiliser.
Maya mordit la langue de Rose pour contenir un gémissement mais tout son corps se raidit et se tendit vers lui. C'était atrocement bon de sentir ses mains sur lui et il crut que ses jambes allaient se dérober sous lui tant le plaisir le submergea. Sa perception des choses se troubla légèrement et il l'embrassa avec plus de passion encore, suçotant sa langue pour aspirer le sang qu'il avait fait couler par sa morsure brutale. Il finirait par s'embraser sans avoir pu en profiter.
Encore… Ce n'était toujours pas assez, bien qu'il fut au paroxysme de son état si étrange, mélange de passion et d'une douleur sourde. L'échéance semblait approcher, comme si le temps qu'ils passaient ensemble se limitait de lui-même. Il devait reculer le temps… En consommer chaque parcelle et le dévorer, pour qu'il ne reste plus que Maya et lui. Il s'extrada alors brutalement du baiser, plongea son regard dans les yeux de Maya comme s'il voulait les percer, ouvrit son pantalon et se glissa à genoux devant lui en tirant le tissu. Des jambes de toute beauté… Et c'est sans attendre une seconde de trop qu'il se mit à parcourir sa cuisse de sa langue sanguinolente, avec une fièvre lancinante.
Frissonnant et gémissant, Maya se retint d'une main à son bureau, l'autre se plongeant dans la masse capillaire de Rose. C'était chaud et humide, et la température de son bas-ventre augmenta encore sous l'afflux sanguin dû à l'excitation. Il exploserait avant la fin si ça continuait ainsi.
Comment une personne paraissant aussi froide pouvait-elle avoir la peau aussi chaude et douce ? Chaque cellule de ce corps vivait plus fort sous ses baisers. De la main gauche, Rose attrapa le genou le plus proche et en égratigna légèrement la peau du bout des ongles, alors que l'autre main remontait pour venir caresser le ventre plat de Maya. Ses vibrations étaient irrégulières sous ses doigts… Et celles de ses muscles semblaient l'implorer de continuer sous sa langue… C'était toute une vie qui réclamait ses attentions. Il ne la décevrait pas.
Tremblant plus fort, Maya tira sur les cheveux de Rose pour l'éloigner et se mit à genoux à son tour pour venir mordre son épaule, lécher l'arête de sa mâchoire et suçoter son oreille. Il avait envie de le faire jouir en douceur tout en ayant besoin de lui faire mal. Mais la violence ne triompherait pas de ce combat. Il glissa ses mains sur les reins brûlants de son partenaire pour le coller à lui au maximum, grignotant sensiblement la peau de son cou, repassant sa langue sur l'éclat violacé qu'il avait fait naître. Et, sans prévenir, il passa ses mains sous le boxer de Rose pour aller malaxer ses fesses fermes et musclées.
Il ferma les yeux tout en rejetant la tête en arrière, les lèvres entrouvertes. Comment il faisait ? En aveugle, il posa ses mains sur les bras de Maya, comme s'il voulait ressentir les mêmes choses que lui. Découvrir son corps à travers ses mains. La petite douleur dans son cou irradiait telle une brûlure, mais pour rien au monde il ne se serait écarté. C'était bon.
Abaissant le vêtement avec lenteur, il caressa avec une certaine retenue mais une envie non dissimulée les douces cuisses de Rose. Il voulait qu'il le supplie d'abréger cette torture. L'entendre soupirer, gémir, implorer. Sentir sa fin venir mais ne pas accéder à sa demande. Le faire patienter jusqu'à l'extrême limite. Et enfin passer à l'acte suprême de la possession charnelle.
Rose se mordit la langue, goûtant alors à nouveau à la saveur fade du sang de sa bouche, et le sentit perler au bord de ses lèvres. Maya le parcourait, avec cette douceur qui rendait le plaisir inaccessible, à peine palpable, terriblement frustrante. Un gémissement qui entremêlait le désir et l'inassouvissement lui échappa et il appuya sur les bras de son bourreau pour lui intimer d'aller plus loin.
Ne répondant pas à sa demande immédiatement, admirant son visage frustré, Maya récupéra une de ses mains pour venir caresser la lèvre inférieure de Rose, lui demandant d'ouvrir la bouche. S'il se contenait pour ne pas lui faire mal, ce n'était pas pour qu'il se blesse lui-même.
Un contact doux, plus concret encore que tout le reste, lui fit rouvrir les yeux, et il croisa le regard de Maya. Un regard de fauve enchaîné, diablement troublant, qui l'attirait comme un aimant. Lentement, il entrouvrit les lèvres, chassant distraitement le sang qui les maculait d'un léger coup de langue, avant d'avaler. Puis, d'un geste délicat, il vint mordiller les doigts offerts.
Il les agita doucement, les frottant contre la langue meurtrie comme pour la soigner. Son autre main s'était logée sur l'intérieur de sa cuisse, la cajolant du bout des ongles, souriant de sentir ses muscles frémir. Pour le moment, il était en son pouvoir… Jusqu'à ce que le vent tourne.
Rose s'empara alors du poignet de Maya et referma les yeux pour apprécier le contact de ses doigts contre sa langue. La peau et le sang… Doux et amer, un poison lent pour son esprit délabré. Cette ruine rendait ses coups de langue un peu désespérés, comme la seule alternative à un piège dans lequel il s'abandonnait sans regrets. Maya le tourmentait physiquement, quand lui le faisait mentalement…
Maya eut un sourire un rien féroce et récupéra brutalement ses doigts, se redressant souplement malgré la douleur de ses côtes. Son plaisir et son envie annihilaient tout le reste. Il posa son regard sur son futur amant, toujours au sol, pour admirer son corps dénudé aux courbes parfaites. Cette vision purement obscène le grisa de désir et il passa une main dans sa nuque pour le forcer à se relever. Rose le possédait mentalement, lui le soumettait physiquement. Ils se détestaient sur une touche d'amour et s'aimaient derrière un mur de haine.
Tel un pantin, Rose suivit sans discuter l'ordre implicite de Maya et se releva à son tour. Il aimait se sentir regardé de cette manière, sans discrétion ni retenue. Il vivait dans l'entièreté en permanence, c'est pourquoi il n'eut aucune hésitation à embrasser une nouvelle fois Maya à pleine bouche. Seuls les sentiments avaient droit aux nuances.
Il y répondit avec passion, sans se retenir. Pourquoi ne pas se donner à fond alors qu'il en crevait d'envie ? Enroulant ses bras autour de la taille fine de Rose, il le serra contre son torse et le souleva légèrement du sol pour l'emmener vers le lit. Quitte à s'envoyer en l'air avec son ennemi, autant le faire confortablement malgré la bestialité dont ils faisaient preuve.
Il se laissa emmener, comme un fétu emporté par un vent violent, ne se séparant pas un seul instant des lèvres presque en lambeaux de son amant. Leur sang se mêlait dans un accès de fougue et de passion, c'était douloureux comme excitant. Une fois au niveau du lit, Rose s'arracha à l'étreinte délicieuse de Maya, posa ses mains sur ses hanches et commença à descendre la dernière barrière qui les séparait. Presque…
Il le laissa faire et, sans savoir si c'était son sang, celui de Rose, ou un mélange des deux, Maya lécha le liquide carmin qui coulait le long du menton de son partenaire. C'était fade et métallique et un frisson d'impatience courut le long de sa colonne vertébrale. La chaleur de leurs deux corps l'un contre l'autre était presque intenable et l'ordinateur entamait « Défoncer, défonce-moi ».
Ses mains volèrent quand il finit par descendre entièrement le boxer de Maya, tandis qu'il se remettait à genoux devant lui. Ils étaient tous les deux finis, il le voyait bien, et cela lui arracha un sourire. Cette rencontre si attendue, toutes ces semaines d'attente, il en aurait brûlé d'impatience. Regardant le visage de son amant comme un animal curieux, il enfonça ses ongles dans ses hanches et embrassa son ventre, chatouilla son nombril du bout des lèvres, lécha les petites écorchures qui parsemaient sa peau…
Soupirant doucement en se crispant de douleur, Maya ferma les yeux et rejeta la tête en arrière en se laissant faire. Ils en étaient au point de non retour ; à la limite de la folie destructrice, plongés dans le vice jusqu'au cou. Encore un peu et il ne restera plus rien d'eux, juste deux ennemis de nouveau séparés. Plus que des marques sur la peau et dans la chair. L'esprit en lambeaux et l'âme écorchée. Encore un peu d'amour inavoué sous la douleur et la tendresse doucereuse, et la haine violente reprendra possession de leur corps sans plus pouvoir atteindre leurs cœurs bientôt morts.
« J'adore quand tu es comme ça… avoua Rose d'une voix rendue rauque par l'attente. »
Il tira un peu plus sur ses ongles et finit par poser ses lèvres sur le membre impatient qui n'attendait que ses attentions. Personne ne pouvait lui résister, Maya ne ferait pas exception à la règle, songea-t-il en le parcourant ensuite de sa langue encore légèrement ensanglantée.
Le cœur battant à tout rompre, le corps frémissant d'envie, Maya attrapa les cheveux de Rose pour l'empêcher d'aller plus en avant dans son entreprise et le força à se relever. Il ne voulait pas de ça. C'était ensemble ou rien.
« Quand je suis… comment ? articula-t-il en plongeant son regard dans le sien. »
« Abandonné… souffla-t-il en répondant à ces yeux de glace volcaniques. »
Mais paradoxalement, il lui résistait. Il était différent, délicieusement différent. Et si loin de l'image des êtres qu'il côtoyait habituellement.
« Je ne le suis pas… assura-t-il. »
Il ne le serait jamais. Si ça lui arrivait, il ne serait capable que de détruire ce qui l'entoure.
« Tu veux quoi, Maya ? demanda-t-il dans un souffle éteint, grisé par ses gestes. »
S'il ne l'était pas, il le deviendrait. Tout était question de temps…
« Toi, murmura-t-il contre ses lèvres. Pas ta bouche, pas ton cul, pas tes mains. Toi, en entier. »
Juste cette fois, peut-être. Et ils reprendraient leurs vies.
« Alors sers-toi… déclara-t-il en posant un baiser fugace sur ses lèvres déchirées. Autant que tu veux… Comme tu veux… »
Hochant la tête, il repoussa des mèches blondes qui barraient le visage de son ennemi. Avec volupté et légèreté, il posa ses mains sur les hanches de Rose et le poussa avec lenteur vers le lit avant de le forcer à s'allonger tendrement, sans se presser. Prendre son temps pour ne rien oublier de cet instant éphémère.
La sensation douce des draps sur son corps dénué lui arracha un frisson insoupçonné et il attrapa délicatement les épaules de Maya pour l'obliger à le rejoindre. A le dominer, s'il le voulait. Son corps était entièrement à lui à cet instant. Qu'il en fasse ce qu'il veut, que ce soit doux ou incisif comme un couteau dans sa chair. Son seul souhait était d'imprimer son être sur le sien, maintenant. Pour mieux le retrouver…
Maya laissa ses doigts frôler les flancs de Rose, les touchant à peine. Se penchant vers sa table de chevet, il en sortit des préservatifs et des huiles corporelles. C'était plus agréable que du lubrifiant, et plus aphrodisiaque aussi. Surplombant le corps de son futur amant, il lui fit écarter les jambes, et eut un sourire satisfait en ne sentant aucune résistance, avant de s'installer à genoux entre ses cuisses pour ensuite verser de l'huile sur son torse. Une forte odeur florale et sucrée embauma la pièce. Un parfum boisé, chaud et suave. Il dessina vaguement quelques vagues arabesques sur sa peau huileuse et y apposa finalement ses mains à plat, sans bouger. Il voulait jouer encore un peu.
Rose eut l'impression qu'un poids venait de lui enserrer la cage thoracique et il eut un léger sourire. Ses mains si douées, si extraordinaires, sur son torse, avec une telle douceur… Maya lui avait donc réservé un lot tellement conséquent de surprises ? Comment pouvait-il être aussi bestial et humain à la fois ? Aussi tendre et passionnel. N'étaient-ils pas censés se détester ? Peu importait… Il voulait qu'il sente son cœur rapiécé battre contre ses doigts. Que juste pour cette seconde, il sache ce que personne d'autre ne saurait. Il posa une main sur l'une de celles de Maya et la pressa légèrement. A peine.
Il plongea son regard dans le sien. Un de ces regards qui vous transportent tant ils sont profonds mais qui restent indéchiffrables pour le commun de mortel. Ses yeux avaient perdu leur éclat glacial pour tenter de transmettre à Rose tout ce qu'il ne pourrait jamais avouer. Laisse-moi te montrer juste cette fois, juste pour cet instant, laisse-moi t'aimer pour mieux nous détruire ensuite.
Son sourire s'agrandit l'espace d'un instant, avant qu'il ne se noie définitivement dans les méandres de l'esprit tourmenté qui lui faisait face. Tant de choses insoupçonnées venaient effleurer la surface de ces yeux d'ambre brune tellement assombris. Déverse-les en moi, je te prie, que je prenne ta douleur et la supporte à ta place…
Sans ciller, il glissa sa main contre sa cuisse, la massant un peu en s'approchant de plus en plus de l'endroit tant convoité. Et pour ne pas sombrer trop vite, il se raccrocha à la première chose qui lui passa par la tête. De quelle couleur étaient réellement les yeux de Rose ? Il ne fallait pas qu'il s'abandonne entièrement et il sut dès lors que cette question tournerait en boucle dans un coin de son esprit pour être certain qu'il ne ferait rien d'inconsidéré.
Rose replia un peu plus les jambes, à la fois désireux d'aller plus loin et de bloquer ce moment pour un temps indéterminé. La main de Maya sur sa cuisse le raccrochait comme une ancre à la réalité et le plongeait dans une espèce de nervosité fébrile. Il sentait son heure poindre. Celle où il se laisserait mourir entre ses bras, pour renaître ensuite. De quelle manière ? Il ne le savait pas.
Posant ses doigts huileux sur sa joue, il se pencha vers lui pour happer ses lèvres dans un baiser ni trop fougueux ni trop tendre, et titilla un instant l'entrée de son intimité avant d'entrer lentement son index à l'intérieur de lui. Il fallait faire durer le plaisir et ne pas le blesser. Toute son envie de violence s'était échappée, comme aspirée par leur besoin mutuel d'un contact moins brutal et leur envie ingénue de s'aimer pour quelques minutes.
Rose entrouvrit les lèvres pour accueillir la langue de Maya en lui et la caresser avec une langueur empreinte de légèreté. Ses mains posées sur ses épaules se crispèrent de temps à autre quand il sentit son amant le préparer avec douceur, mais il n'avait pas mal. Comment un tel geste aurait pu apporter la souffrance après les écorchures qu'ils s'étaient faites ? C'était dérisoire.
Maya cala sa main dans le cou de Rose, le préparant à l'accueillir avec calme et lenteur. Il ne voulait pas aller trop vite. Il ne voulait pas que tout se termine alors qu'ils se découvraient à peine. Jamais de sa vie il n'avait vécu pareille expérience. C'était plus exaltant, plus puissant que toutes ces aventures, et pourtant plus doux et passionnel. Il se noyait petit à petit dans un monde qu'il ne connaissait pas. Et il en voulait davantage.
Il ferma les yeux, un petit sourire sur ses lèvres abîmées, le souffle court. Il aurait pu s'endormir ainsi, c'était tellement calme et plaisant. Maya y veillait, même si Rose sentait bien ses craintes. Il posa sa main sur celle de son amant, dans son cou, et resserra ses doigts.
« Je n'attends que toi, soupira-t-il en bougeant légèrement pour accompagner ses mouvements. »
Alors, récupérant sa main pour attraper un préservatif, il l'ouvrit avec les dents en observant Rose avec attention, se prépara en se délectant des traits détendus de son visage, vint passer sa langue sur ses lèvres et le pénétra avec toute la retenue qu'il pouvait encore donner.
Une bouffée de chaleur lui monta instantanément au visage et il poussa un gémissement à mi-chemin entre le plaisir et la douleur, mais cela faisait un moment qu'il ne différenciait plus l'un de l'autre. Seules transparaissaient les intentions de l'autre à son égard, et il ne ressentait que de la douceur. Celle de Maya en lui, enfin. Les yeux clos, totalement immobile, il savoura cette étreinte si proche de la fusion, avant d'enrouler ses jambes, volubile, autour de sa taille et de l'implorer muettement de ne pas se retenir. Ils avaient tous les deux trop longtemps attendu cet instant.
Il était en lui. En lui. En. Lui. C'était une explosion de bien-être, de plaisir, de désir dans tout son corps. Ils ne faisaient plus qu'un, liant leur corps et leur âme pour un moment d'éternité. Maya sentit son cœur s'emballer, ses joues s'enflammer et il poussa un gémissement rauque. Il était entier. Avec l'impatience de ressentir plus encore, il ondula un peu des hanches et une déflagration de sensations parcourut son être complet. Resserrant sa prise sur le corps de Rose, il vint mordiller ses lèvres en se déhanchant lentement et sensuellement. Il ne fallait pas précipiter les choses, ils avaient tant attendu qu'il serait dommage de tout bâcler.
« Maya… souffla-t-il avant de gémir de trop de plaisir d'un coup. »
Son corps refusait de lui obéir, maintenant complètement indépendant. Lié à celui de Maya, il rejetait son esprit pour se repaître de cette union éphémère, conscient que chaque seconde passée les éloignait l'un de l'autre. Comme une âme sans esprit, dans un corps sans cœur, il se laissa envahir, totalement et pleinement, de tout ce plaisir, de ce champ électrique que le martyrisait sans ménagement, irradiant ses nerfs, brûlant sa peau à mesure qu'il accompagnait chaque coup de hanche de Maya. Un corps partiellement détruit, pour une rencontre avec un esprit dénaturé.
Refusant de parler, s'interdisant de lâcher prise trop vite, il enfonça doucement ses doigts dans les hanches fines de Rose en approfondissant ses mouvements. Plus lent mais plus fort. Toujours plus fort. Graver ce moment dans sa chair, dans son esprit, au plus profond de son âme. Ils n'étaient plus qu'une seule entité jusqu'à ce que l'extase leur explose à la figure et n'éclate leur lien avec un plaisir malsain. Alors Maya prenait son temps, variant l'intensité de ses mouvements pour tromper la jouissance et la retarder au maximum. Il finirait peut-être par les perdre tous deux dans la folie pure, mais c'était un risque à courir pour rester en vie le plus longtemps possible. Pour voir Rose s'abandonner à lui, pour le sentir vivre sous ses mains.
Le souffle anarchique, la bouche entrouverte pour tenter de survivre à ces sensations trompeuses et sans arrêt changeantes, Rose ne savait plus où il en était. Devait-il l'aimer pour ce qu'il lui donnait ? Devait-il le détester de s'amuser ainsi avec son corps, de le faire attendre en se jouant de ce qu'il ressentait ? Ca n'avait au final aucune importance… Maya était ce qu'il attendait depuis trop longtemps pour qu'il se plaigne. C'était trop bon, même si atrocement labyrinthique, il se noyait dans les étincelles du plaisir. Il montait, redescendait, revenait encore plus fort, pour le faire patienter et l'irriter en même temps. Mais il ne voulait plus tenir les rênes. La tête rejetée en arrière, les jambes serrées autour de son amant, il ne demandait rien d'autre que de le sentir vivre en l'utilisant. Lui. Pas un autre.
La respiration chaotique, la vue trouble, le corps tremblant, Maya sentait sa fin s'approcher indéniablement. Quoiqu'on fasse, le temps finit toujours par nous rattraper. La jouissance faisait de même. Il offrit à Rose un baiser brûlant, au goût amer des adieux, et se libéra brutalement après un dernier coup de reins plus fort que les précédents.
Rose laissa s'échapper un cri et se contracta violemment contre Maya, avant de se relâcher totalement. La fin… Non. C'était bien trop tôt. Beaucoup trop tôt. Il avait mal maintenant. Rien de physique, si ce n'est des tremblements incessants et la crispation de son corps autour de celui de son amant. Il ne devait pas partir tout de suite. Mais il sentit son mental s'altérer, comme une fleur dont on effeuille les pétales. De façon irréversible, il le savait…
Maya se laissa retomber sur le torse de Rose et ne bougea plus malgré la brûlure que l'huile provoquait sur ses blessures. C'était fini. Il voyait défiler le générique de fin devant ses yeux grands ouverts. Il pourrait presque entendre les violons pleurer s'il n'avait pas une subite envie de démolir quelque chose. L'extase était puissante, mais l'impression de faire une chute funèbre dans les abîmes de l'enfer l'empêchait d'en profiter, lui coupant presque la respiration sous sa violence. Alors il attrapa une des mains de Rose pour emmêler leurs doigts. Encore un peu de temps dans ses bras, dans son cœur, avec lui. Pitié, juste un peu plus…
Haletant, la bouche entrouverte comme un poisson hors de l'eau, Rose resserra la main de Maya dans la sienne. S'il le demandait, il ne lui refuserait pas. Il avait besoin de ça. Et lui aussi. C'était étrange de se sentir à ce point dépendant d'une personne qu'on est censé détester. Perdait-il vraiment la raison ? Il n'avait pas envie d'y réfléchir. Ca faisait mal.
Reprenant lentement une respiration plus calme, Maya donna une petite tape sur la cuisse de Rose pour qu'il le libère de façon à pouvoir rouler sur le côté. Il n'avait pas envie de bouger mais ses plaies commençaient à être extrêmement douloureuses et ses côtes protestaient sérieusement, l'empêchant d'inspirer correctement. Et puis, ils étaient censés se détester, non ?
« Tu vas rire si je te dis que j'en ai pas la moindre envie ? souffla alors Rose en sentant Maya bouger. »
Il obtempéra cependant, trop fatigué et mal en point pour lutter de toute manière.
« J'ai aucune envie de rire, répliqua-t-il en se glissant à ses côtés. Je serais même bien resté où j'étais mais, vois-tu, j'ai comme qui dirait un peu mal. »
Et son souffle sifflant confirma ses dires de manière très claire.
« Hm. »
En même temps, vu l'état dans lequel il était, ce n'était pas étonnant. Rose soupira et referma les yeux, comme pour se soustraire à une réalité un peu trop encombrante. Il perdait la tête.
Se débarrassant d'un geste vague du bout de latex dégueulassé de sperme, il passa ensuite un bras en travers du torse de Rose en envoyant balader la douleur de son corps pour le ramener contre lui avec possessivité. Tout n'était pas encore terminé. Presque, mais pas encore.
Il se laissa faire sans la moindre résistance. Rose était quelqu'un d'assez résistant en général, mais il pêchait toujours dans ce domaine post-extatique. Incapable de bouger, de tenir le moindre mouvement plus de quelques secondes, à la limite de la paralysie. Mais Maya était là pour y pallier.
Glissant son visage dans son cou, il vint mordiller sa peau joyeusement, histoire de faire durer ce moment aussi longtemps que possible. Mais il se recula vivement avec une grimace.
« T'as un goût d'huile vraiment infecte. »
« Pardon de t'avoir laissé m'enduire, ironisa-t-il. »
Il lui tira la langue comme un gamin, attrapa le drap et nettoya son cou et son épaule pour en ôter toute la substance grasse, avant de revenir le goûter.
« Voilà qui est mieux, sourit-il. »
« Je te savais pas aussi gourmand… fit Rose en penchant légèrement la tête. »
Il eut un petit rire, très rare.
« J'ai toujours faim après… »
Même si c'était rare qu'il satisfasse ses envies. Il traça une ligne du bout de la langue de son épaule à son cou, partant ensuite taquiner son oreille de ses dents.
« On en apprend tous les jours. »
Ceci dit, ce n'était vraiment pas désagréable, songea-t-il en frissonnant légèrement sous ces douces attentions.
Ravi de le voir réagir positivement et se rapprochant plus encore de lui, il mordilla l'arête de sa mâchoire et s'arrêta un instant pour observer son visage aux traits fins avant de passer délicatement la pointe de sa langue sur la blessure de sa lèvre, comme pour se faire pardonner d'avoir été brutal avec elle et pour l'aider à guérir.
« Je te connaissais pas tous ces talents, sourit Rose en tournant légèrement la tête vers lui. »
C'était vraiment agréable et il resserra ses doigts entre les siens. Il se laisserait presque attendrir.
« Hm… »
Il se redressa légèrement pour plonger son regard dans le sien.
« En même temps, ce n'était pas ce qu'on recherchait chez l'autre. »
Ils étaient ennemis au départ, il ne fallait pas l'oublier.
« J'avoue, soupira-t-il en se détendant. Tu cherchais quoi ? »
« N'importe quel moyen pour te réduire à néant. »
Et il se rendait compte petit à petit à quel point c'était stupide. Il balaya une mèche du visage de son amant pour graver ses traits dans sa mémoire.
« Et toi ? »
« Un jouet pour m'amuser, d'une manière ou d'une autre, avoua-t-il en fermant les yeux. »
Ca avait plutôt bien fonctionné.
Il détourna les yeux en se reposant sur le matelas à ses côtés.
« T'as eu ce que tu voulais, alors, murmura-t-il en passant une main dans ses cheveux. »
Pourquoi ça lui tordait l'estomac ? C'était stupide. A quoi pouvait-il bien s'attendre ? Ils se haïssaient, et baiser ensemble ne changerait rien.
« J'en sais rien. Peut-être, peut-être pas, qui peut savoir… »
Et il n'avait pas envie d'y réfléchir. Juste de profiter du présent, sans passé ni avenir.
Maya ne répondit rien, resserrant simplement son bras autour de lui et logeant sa tête contre son épaule. Il se sentait bien là, contre le corps chaud de Rose. C'était étrangement apaisant. Son ordinateur hurlait toujours mais il ne l'entendait presque plus, concentré sur les battements de cœur de son amant d'une journée.
Au calme, au chaud et en sécurité. Il n'avait besoin de rien d'autre. Dire qu'il était avec Maya… Cette situation était vraiment dingue. Mais apaisante. Comme quoi, il fallait connaître les personnes avant de s'en faire une idée. Jamais il n'aurait pensé connaître Maya de cette manière.
Ramenant leurs mains liées devant ses yeux plissés, il les admira un instant en se disant que ça avait un petit côté romantique niais et les porta finalement à sa bouche pour mordiller le bout des doigts de Rose histoire de jouer un peu. Cette situation était invraisemblable. Mais agréable. Comme quoi, tout peut arriver.
Rose eut un léger rire.
« Tu as vraiment l'intention de me manger ? »
Il insista un peu sur l'index.
« Peut-être. Je me tâte encore. »
Oh oui, ris encore, enivre-moi pour que je ne me rende pas compte de la douleur quand tu partiras.
« Ca me rappelle quelque chose, sourit-il. T'en as pas encore eu assez ? »
Je n'en aurai jamais assez, soupira-t-il mentalement.
« Si. »
Il lui lança un regard en coin.
« Ou peut-être pas finalement… »
Et il recommença à torturer ses doigts délicatement.
« Alors profite que je sois incapable de bouger, dit-il en se calant contre lui. »
Ce serait à charge de revanche.
Maya eut un sourire et laissa Rose se positionner comme il le souhaitait sans plus bouger. Il ne désirait rien d'autre que leur bien-être. Et, à cet instant, le sien passait par celui de son meilleur ennemi.
« Impeccable… souffla-t-il en cessant ses mouvements, parfaitement placé. Tu peux me manger maintenant. »
Même s'il n'y croyait pas vraiment.
Il hésita un instant, posa leurs mains près d'eux et vint embrasser le suçon qui colorait son cou. Il le mangerait…
« Plus tard, peut-être… »
Ou jamais.
« Hm… souffla-t-il. Plus tard. »
Ca l'arrangeait. Sinon, il ne pourrait pas exécuter la menace avant lui.
Maya l'observa un moment et approcha lentement ses doigts libres pour caresser les paupières de Rose. Elles étaient douces et souples. Il dévia ensuite sur ses tempes, imaginant un chemin en parcourant son visage avec tendresse. Peut-être que ça l'empêcherait de repartir ?
« Tu regardes si je suis assez tendre… demanda-t-il à voix basse. »
Lui l'était, en tout cas.
Il eut un nouveau petit rire sans cesser son manège. La peau de Rose était douce et il voulait en reconnaître la texture les yeux fermés. Il voulait l'apprendre par cœur pour que sa chair s'en rappelle autant que son esprit. De cette façon, il n'aurait plus qu'à y penser pour sauver son âme pendant que son père ravageait son corps.
Pourquoi il se sentait aussi bien… Dire qu'ils étaient ennemis au grand jour, voilà qu'ils jouaient les sentimentaux entre eux. Qu'est-ce qui s'était produit pour que ça arrive ? Mais après tout, est-ce que ça avait de l'importance… Il fallait juste en profiter. Le vent tournerait probablement un jour.
Déviant jusque son cou, il le chatouilla un peu puis caressa délicatement ses épaules, revenant près des clavicules, ainsi de suite. La peau de Rose n'avait rien à envier aux pétales de roses et Maya adorait sentir ses muscles tressaillir à son passage.
« On dirait que c'est la première fois, souffla Rose en souriant légèrement. »
Un vrai gosse.
« Avec toi, ça l'est, répliqua-t-il sans cesser le voyage de ses doigts. »
Pour une fois qu'il ne faisait pas de mal à quelqu'un…
« Je sais. Mais ça donne l'impression que c'est la toute première fois que tu fais ça. »
Même si ça n'était sûrement pas le cas.
« Ca l'est aussi, avoua-t-il. »
Jamais il ne s'était laissé aller à tant de tendresse.
« D'habitude, une fois l'acte fini, je me tire. »
« Vraiment ? Pourtant on dirait pas. »
« C'est parce que c'est toi. »
Et quand tu es si proche de moi, je ne suis plus vraiment moi-même.
« Merci. Ca fait bizarre, concéda-t-il après un temps de pause. De rester. »
« Hm, c'est vrai, murmura-t-il. »
Puis il se colla entièrement au corps de Rose en fermant les yeux. S'il cessait de bouger, le temps s'arrêterait-il ?
« C'est pas dérangeant. »
Bien étrangement d'ailleurs. Ordinairement, il n'appréciait pas spécialement ce genre de chose.
« Avec toi, susurra-t-il. »
Avec un autre, il l'aurait déjà viré… Il lui aurait même cassé la gueule d'être entré chez lui de cette manière.
Rose eut un petit rire.
« Peut-être que mon charme joue pour quelque chose, c'est vrai. »
« Et modeste avec ça, sourit-il dans son cou. Mais ce n'est pas faux. »
Il fallait bien être honnête, Rose était canon.
« J'aime pas la fausse modestie. Et t'es pas mal non plus, admit-il. »
« Même avec les bleus et contusions ? »
« Hm. Même avec ça. »
« T'es taré. »
Il soupira un peu, s'endormant légèrement sous la chaleur que Rose dégageait. Mais il fallait qu'il surveille l'heure pour ne pas rater le moment où il devrait aller chercher Mayumi.
« Merci, souffla-t-il. Tu as vu ? »
Son secret.
« Vu quoi ? »
Il eut un sourire en coin en se redressant sur son coude.
« Que tu as un corps de rêve et une personnalité de merde ? »
« Merci de l'ajouter, sourit-il les yeux fermés, mais je ne parle pas de ça. »
D'un geste un peu las, il découvrit sa nuque en rabattant ses longs cheveux blonds. L'« Insane » tatoué sur la peau fine, cachée en permanence, en disait long.
« Aliéné ? C'est charmant. »
Il posa ses lèvres sur la peau fine et tatouée.
« Ca te va bien. »
« Merci, répéta-t-il dans un léger frisson. »
« Dommage qu'on ne le voit pas plus souvent. »
Il passa sa langue dessus, comme pour voir si la peau avait le même goût qu'ailleurs.
« Les gens n'ont pas besoin de le savoir. »
C'était doux.
« Hm, hm… »
C'était plus sensible à cet endroit, plus délicat aussi.
Il s'étira légèrement, avant de se remettre correctement contre Maya.
« Alors, c'est comment ? »
« Très bon. »
Comme tout son corps. Il y apposa un dernier baiser et serra fortement Rose contre lui.
« Tant mieux… »
Il sentait qu'il glissait vers le sommeil. Jamais il ne pourrait lutter contre ça.
Maya ferma les yeux en traçant des courbes sans sens sur le torse de Rose pour le bercer un peu. Si son ennemi adoré s'endormait, il pourrait partir sans crainte de ne pas le retrouver en rentrant.
« Traître, t'as pas le droit de m'hypnotiser… murmura-t-il. »
« Je fais ce que je veux, t'es dans mon pieu, rit-il. »
C'était vraiment une sensation particulière de se sentir aussi… bien.
« Hm… Quand même… »
C'était déjà assez difficile de ne pas s'endormir tout seul.
Il posa ses doigts sur ses lèvres.
« Chut. Laisse-toi aller. »
Et il recommença à caresser son torse, resserrant sa main sur la sienne en soupirant.
Rose se détendit et le laissa faire. Prisonnier de son ennemi, il aimait bien cette situation, surtout en considérant les attentions dont il bénéficiait.
Maya souleva ses paupières pour admirer les traits détendus de Rose. Jamais il ne lui avait semblé aussi beau et majestueux. Une allure d'ange pour cacher une âme de démon. Et peu importe que ce genre de pensées soit mauvais pour lui et ne lui apporte que du mal, c'était la vérité.
Il entendait la voix de Morphée au loin, mais il hésitait entre la suivre et rester ici. Après tout, les deux étaient véritablement enviables.
Il continua ses attentions sans flancher, savourant les frémissements de sa peau. Rose était appétissant, ainsi abandonné contre lui, mais il devait juste l'endormir pour l'abandonner quelques minutes et être certain de le retrouver.
Rose ignorait que les berceuses physiques puissent exister, mais avec Maya, c'était le cas. Il savait le détendre avec des gestes simples, ça relevait du miracle. Petit à petit, il sombra dans le sommeil, un léger sourire aux lèvres.
En entendant sa respiration plus calme et en voyant son petit sourire, Maya comprit qu'il s'était endormi. Regardant l'heure, il constata qu'il lui restait moins d'une demi-heure avant de devoir partir. Il attendrait encore un peu avant de se préparer. Il était trop bien là pour penser à s'extraire de cette étreinte immédiatement. En un sens, si Rose pouvait s'endormir entre ses bras de cette manière, cela devait signifier qu'il avait un minimum confiance en lui. C'était plaisant.
Chaleur. Douceur. Bonheur ? Peut-être que ça en était. Peut-être pas. Peut-être que c'était juste une bulle éphémère prête à éclater au moindre coup de vent. Mais ça n'était pas si important… Après tout, qu'est-ce qui pouvait avoir la moindre importance dans un monde devenu bancal, où même des meilleurs ennemis s'occupaient l'un de l'autre ?
Soupirant légèrement, Maya se redressa et sortit du lit avec une grimace. Maintenant l'adrénaline disparue, la douleur de son corps se rappelait brutalement à lui. Attrapant ses habits, il passa dans la salle de bain pour retrouver une allure décente, nettoyant sa peau huileuse, ses lèvres rougies par leur sang et recoiffant ses cheveux tout raplapla. Puis finalement, il s'habilla et retourna dans la chambre.
Il frissonna légèrement en sentant la chaleur se diffuser ailleurs, mais ne bougea pas. S'il restait immobile, les sensations marquées sur son corps ne disparaîtraient pas. Un soupçon de réalité dans un tas de cendres de folie.
Maya eut un sourire en admirant le corps nu de Rose sous ses yeux et eut un sursaut d'intelligence. Si sa sœur voyait ça, elle risquait d'être particulièrement choquée. Alors il s'approcha du lit, le recouvrit d'une couverture et profita de son sommeil pour poser ses lèvres sur les siennes. Puis il se redressa et fila rapidement, prenant garde à ne pas croiser sa mère et prêt à se cacher s'il voyait son père.
L'esprit encore un peu vague, Rose sentit la chaleur revenir quelques instants, puis perdurer. Rien de dangereux à l'horizon. Juste une douce quiétude qui le fit soupirer de bien être. En général, les sommeils de ce genre étaient lourds comme du plomb, un peu désagréable. Ici, c'était différent ; léger et reposant. Un sommeil sans question, sans doute, sans inquiétude.
Une fois dans la rue, il se dépêcha pour ne pas arriver trop en retard. Une fois devant l'école, il reprit son souffle en croisant ses bras sur ses côtes douloureuses un moment et resserra son écharpe autour de son cou. Il faisait vraiment froid dehors. Les mères venant chercher leurs enfants lui lancèrent des regards inquiets, les pères des regards méfiants. Il venait seulement prendre sa sœur, pas la peine de le regarder comme ça, il n'allait pas les manger.
« Grand frère ! s'exclama une petite voix joyeuse. »
Maya eut un sourire et s'agenouilla pour recevoir la petite fusée directement dans ses bras.
« Mayu, répondit-il tendrement. »
Il retint une grimace de douleur et se releva, la gardant contre lui.
« Tu as passé une bonne journée ? »
« Oui, mais tu m'as manqué. J'aime bien quand on reste à deux dans ta chambre. »
Les gens leur lancèrent des regards choqués et emplis de reproche. Maya leur tira la langue, faisant rire sa sœur.
« Tu as encore mal ? demanda timidement Mayumi en posant ses doigts froids sur les blessures du visage de son frère. »
« Un peu à la lèvre, mais ça passe. On rentre ? »
Elle acquiesça d'un vif signe de tête et Maya la reposa sur le sol avant d'attraper sa petite main dans la sienne afin de l'emmener à sa suite sans risquer de la semer par ses grandes enjambées.
« On fait quoi en rentrant ? »
« On va dans ma chambre. J'irai te chercher quelque chose à la cuisine pour goûter, ça te va ? »
« Oui ! s'exclama-t-elle joyeusement. »
Ils firent tranquillement le chemin, Maya se demandant comment réagirait sa petite sœur en voyant Rose mais ne sachant pas comment lui annoncer que quelqu'un se trouvait déjà dans sa chambre. Constatant avec un petit soupir de soulagement que la voiture de son père n'était pas dans l'allée, Maya ignora malgré tout la douleur de son corps et prit Mayumi dans ses bras pour atteindre le plus rapidement possible le premier étage. Il la reposa sitôt sur le palier en cachant à quel point il souffrait. Mayumi attrapa ses doigts et le tira vers la porte de la chambre qu'elle ouvrit rapidement. Maya constata directement qu'une odeur de luxure, mélangée à celles de l'huile essentielle et du latex, flottait dans l'air.
« Ca sent pas bon, répliqua sa sœur. »
Avant de se figer et de pointer Rose du doigt.
« Y a quelqu'un dans ton lit ! s'exclama-t-elle d'une petite voix. »
« C'est… euh… un ami. Il restera là cette nuit. »
« Pourquoi il est là ? »
« Il s'est perdu, alors je lui ai proposé de rester pour se réchauffer. »
« Oh, souffla-t-elle avec compréhension. »
Elle posa son sac près du bureau alors que Maya baissait la musique qui hurlait toujours.
« Bon, je vais voir si quelque chose se mange en bas, ne fais pas de bêtises. »
Elle hocha la tête et il sortit rapidement. Il descendit les escaliers sans croiser personne et entra dans la cuisine en refermant la porte derrière lui, partant à la cherche de quelque chose de comestible.
Mayumi resta un instant sans bouger avant de s'approcher doucement du lit et de poser un doigt sur le bras de Rose qui avait la tête cachée par ses cheveux et l'oreiller. Il ne semblait pas très intéressant et tout mou. Elle fit une petite moue. Son grand frère aurait pu trouver un autre ami.
En sentant un contact contre son bras dans son demi sommeil, Rose bougea légèrement, mais n'ouvrit pas les yeux. Il avait vaguement entendu deux voix, sans réussir à les distinguer. Un peu incommodé par ce contact non voulu, Rose ramena son bras vers lui en soupirant.
Mayumi lui tira la langue et s'apprêtait à tendre à nouveau le bras quand Maya entra dans la chambre, des briquettes de jus d'orange dans une main et des paquets de bonbons dans l'autre.
« Laisse-le dormir, souffla-t-il en lui faisant les gros yeux. »
Sa petite sœur eut un léger rire en se précipitant vers lui pour s'accrocher à sa veste, un air innocent collé au visage.
C'était le flou artistique le plus total. Complètement vanné, significativement plus que d'ordinaire en ce genre de situation, il avait le plus grand mal à reprendre ses esprits. Il entendait les sons se mélanger, sans lui révéler leurs composantes. Il s'enroula un peu sur lui-même en soufflant. Si Maya voulait le virer, il le réveillerait…
La couverture ayant glissé, le corps nu de Rose était à présent en bonne partie visible. Mayumi ouvrit de grands yeux en le regardant.
« Pourquoi il est tout nu ? demanda-t-elle en relevant la tête vers son frère. »
« Et bien… il est tombé dans la neige, expliqua-t-il en se retenant de rire. Et comme il était mouillé, je lui ai dit d'ôter ses habits pour qu'il ne prenne pas froid. »
« Il est nul ton copain, bouda-t-elle. »
Maya pouffa en lui ébouriffant les cheveux et l'entraîna doucement vers le bow-window où il déposa ses victuailles.
« J'espère que ça te convient. »
Mayumi hocha la tête en prenant une briquette de jus d'orange. Elle attrapa la paille et la planta dedans avant d'aspirer une gorgée.
« Il va dormir longtemps ? questionna-t-elle en surveillant Rose du coin de l'œil. »
« Aucune idée, répondit Maya en ouvrant un paquet de ChupaChups. »
Elle prit une nouvelle fois un peu de jus d'orange en se disant que, oui, l'ami de son frère était vraiment nul.
La dernière phrase prononcée avait la voix de Maya. Il était donc revenu. Rose supposa que la deuxième voix appartenait à sa petite sœur et c'est là qu'il se rendit compte qu'il n'était pas spécialement dans une tenue acceptable pour les yeux d'une petite fille. Rose avait beau être peu soucieux de son image, il ne fallait pas pousser. D'un geste délicat, il remit la couverture sur ses épaules et ouvrit vaguement les yeux.
« T'es rentré ? demanda-t-il. »
« T'es réveillé ? fit Maya sur le même ton en mâchouillant sa sucette. »
Mayumi tira sur la manche de son frère.
« Dis, pourquoi il a une tête de fille ? »
Il ne put se retenir que trente secondes, éclatant de rire sous la question.
« Bah quoi ? s'étonna sa petite sœur. »
Rose eut une moue contrariée et se retourna pour cacher son visage. Ca, c'était un réveil adorable.
« Merci au soutien de la gent masculine du coin… soupira-t-il. »
Ses côtes le rappelèrent à l'ordre et il lança simplement un regard amusé à Rose.
« Mayu, t'es trop géniale ! s'exclama-t-il en récupérant son souffle. »
« Mais… J'ai rien fait, bouda-t-elle. Puis tu m'as pas répondu. »
« Demande-le directement au concerné, fit-il en tentant de ne pas se remettre à rire. »
« Maya, tu me le paieras. »
Puis il se tassa bien dans les couvertures, histoire de bien manifester son mécontentement.
« Oh, mais je ne demande que ça, pouffa-t-il joyeusement. »
Puis il se tourna vers sa petite sœur, un énorme sourire aux lèvres.
« Et s'il a une tête de fille, c'est simplement parce qu'il savait pas bien à quel sexe il appartenait. »
« Je comprends pas, se renfrogna Mayumi. »
« Tu comprendras quand tu seras plus grande ! »
Et il lui ébouriffa les cheveux.
« T'as faim ? questionna-t-il ensuite en se tournant vers Rose. »
« Après ce qui s'est passé avant ton départ, la question ne se pose pas… Ma-ya. »
Il lui lança un regard noir – il voulait bien en parler, mais pas devant sa sœur – et lui balança un paquet de M&M'S.
« Et si t'aimes pas, tu peux crever pour que je te rapporte autre chose. »
Les habitudes revenaient finalement assez rapidement.
« Me dire de partir aurait été plus simple mon cher, répondit-il avec insolence. »
Au moins, il était certain que Maya était toujours lui-même.
« T'es pas au courant qu'il est hors de question que tu ressortes d'ici avant demain matin ? »
Mayumi les regardait tour à tour en buvant tranquillement son jus de fruit, comme un arbitre comptant les points.
« Non je suis pas au courant, ou alors j'ai oublié, mais ça revient au même. »
Il pouvait toujours courir. S'il voulait partir, il partirait.
« Et ben maintenant, tu le sais. »
Et il lui lança un sourire moqueur. Il était hors de question qu'il s'en aille.
« O joie, ironisa-t-il en gobant l'un des M&M's. Je suppose que dire « je m'en fous » ne serait pas approprié ? »
« Tu peux le dire si tu veux, c'est pas pour autant que tu sortiras de chez moi. »
Et il le ligoterait au lit s'il le fallait.
« Génial… »
Il se retourna de nouveau vers eux, les sourcils froncés et sentit un élancement parcourir son dos.
« De toute façon, je suppose que je ne peux rien y faire. »
Du moins pour le moment.
« Bah, tu peux au moins aller prendre une douche, proposa Maya. »
« Hm. »
Il s'étira un instant, puis fixa la petite sœur.
« Protège les yeux innocents dans ce cas. »
Il prit sa sœur contre lui et lui mit une main sur les yeux.
« Désolé Mayu, c'est interdit aux lilliputiennes. »
« Je suis pas une lilliputienne ! protesta-t-elle sans chercher pour autant à ôter la main de son frère. »
Maya eut un petit rire en faisant signe à Rose de dégager.
« Y a des habits à moi dans un des placards de la salle de bain, tu peux en emprunter. »
Puis il eut un sourire ironique.
« Sauf si mettre un de mes boxers te dérange. »
« Vraiment ? fit-il en haussa négligemment un sourcil tout en se levant. Pas le moins du monde mon cher, mais je m'abstiendrai de faire des commentaires pour préserver certaines petites oreilles. »
Maya trichait en ce sens. Rose se voyait mal faire de l'humour vaseux devant une petite fille, songea-t-il en quittant la pièce.
Maya lui souffla un baiser une fois qu'il eut fermé la porte et ôta la main des yeux de sa sœur.
« C'est bon, l'horreur est partie, sourit-il. »
Mayumi le regarda avec de grands yeux.
« Pourquoi vous êtes méchants ? »
Il haussa un sourcil.
« Méchants ? »
« Oui. T'es pas gentil avec lui et il est pas gentil avec toi. Vous êtes pas des vrais amis ? »
« C'est assez compliqué, en fait, dit-il en s'asseyant sur les coussins. »
Mayumi s'installa sur ses jambes et Maya passa un bras autour d'elle.
« Disons que c'est notre façon de se prouver notre attachement. »
« C'est pas mieux d'être gentil ? »
« Ca dépend. Si on se montrait gentil l'un envers l'autre, on ne ressentirait pas les choses de la même manière. »
« Oh. Alors je dois être méchante avec toi ? demanda-t-elle avec un regard triste. »
« Non, tu peux rester comme tu es. T'es ma petite sœur, c'est différent. »
Elle lui fit un grand sourire et tendit la main vers le paquet de sucettes.
« Je peux t'en prendre une ? »
« Bien sûr, tu m'en donnes une aussi ? »
« Tu vas avoir des caries, rigola-t-elle. »
« Mais non, pas si je me brosse les dents après. »
Mayumi hocha la tête et attrapa deux sucettes.
Rose trouva la salle de bain en moins de deux secondes et prit encore moins de temps pour passer sous l'eau chaude. Il avait mal partout, mais pour rien au monde il n'aurait exhibé sa faiblesse temporaire à Maya. Du moins, pas en ces circonstances. Pour le moment, il devait se débarrasser de la pellicule désagréable qui le recouvrait et il en profita pour laver ses cheveux également. Il se rendit compte par la même occasion que si Maya mettait du axe fresh, sa petite sœur portait une affection particulière pour le p'tit dop à la pomme. Comment le si dur Maya pouvait-il avoir une vie de famille si affectionnée avec une petite fille ? C'était dur à comprendre… Néanmoins, Rose ne s'attarda pas sur le sujet et après s'être soigneusement séché, il enfila non sans un sourire un boxer de Maya, puis l'un de ses baggys noirs trop grand, ainsi qu'un t-shirt assorti, avant de revenir vers la chambre. Sa prison temporaire.
Pendant que Rose prenait sa douche, Maya avait entrepris d'aider sa sœur pour ses devoirs de mathématiques.
« J'aime pas faire ça, bouda-t-elle en repoussant son cahier. »
« Finis ton calcul, sinon t'es privée de bisous du soir. »
« Maiiiis ! geignit-elle. »
« Pas de « mais » qui tiennent, tu finis tes devoirs et plus vite que ça. »
Une moue atrocement mécontente aux lèvres, Mayumi récupéra son cahier pour continuer son calcul. C'était vraiment trop nul !
Quand Rose revint à la chambre, il retrouva Maya et sa sœur toujours l'un près de l'autre – ils ne pouvaient pas vivre séparément ? – en train visiblement de faire des devoirs.
« Atmosphère studieuse on dirait, dit-il en refermant la porte derrière lui. »
Mayumi ne répondit rien, fâchée. Et Maya se contenta de le regarder des pieds à la tête.
« La classe, mes vêtements te vont pas mal. »
Et son petit popotin n'était pas mis en valeur, ce qui lui faciliterait la vie.
« Serait-ce un compliment que j'entends là ? demanda-t-il en approchant d'eux. »
« Tu le prends comme tu veux. Les cheveux raplapla, c'est pas mal non plus. Ça donne un certain style… »
Et il se mit à doucement pouffer de rire.
« Très amusant, j'ai hâte de te voir au sortir d'une douche, siffla-t-il en s'asseyant à quelques pas d'eux. »
Ce n'est pas ça qui le déciderait à rester…
Il eut un sourire en coin et regarda ce que faisait sa sœur.
« Hey, on a pas dit faire des petits dessins, finis-moi ton calcul ! »
« Mais j'aime pas, se plaignit-elle. »
« Alors dépêche-toi de finir, comme ça tu seras tranquille, surtout que t'en as qu'un à faire. »
Elle lui tourna le dos en boudant et Maya poussa un profond soupir.
Rose les regarda un instant faire, avant de hausser un sourcil. Puis il s'approcha légèrement et contempla le cahier de loin.
« Mathématiques… souffla-t-il avec un frisson. Tu en as de la chance. »
« Non, c'est nul, répliqua Mayumi avec humeur. »
Maya les regarda, attendant de voir la réaction de Rose. Ce n'était pas tous les jours qu'il pouvait l'admirer dans une situation aussi cocasse et éloignée de l'univers lycéen habituel.
« Je sais que c'est nul… soupira-t-il. Moi aussi je fais des petits dessins sur ma table quand je m'ennuie ou que je n'arrive pas à faire mon boulot. »
Ca amenait bien des situations étranges, d'ailleurs.
« On peut pas dessiner sur les tables ! s'exclama-t-elle d'une petite voix. Après on a des lignes à copier ! »
Maya eut un sourire en coin. Eux risquaient juste le renvoi…
« Ca t'es déjà arrivé ? »
« Non, c'est arrivé à une camarade. Moi je fais sur mon cahier. »
Et elle lui tendit son cahier plein de petits dessins avec un sourire fier.
« Tu ne t'es jamais fait prendre ? demanda-t-il tout en prenant le cahier entre ses doigts. »
Les marges étaient couvertes de petits dessins en tout genre, qui entouraient également des lignes plus ou moins complètes de formules mathématiques.
« Non. Je tourne la page et je fais semblant de recommencer quand la maîtresse arrive, sourit-elle. »
Maya leva les yeux au ciel. Sa sœur était pire que lui.
« Moi je gomme ce que j'ai fait, et je refais, expliqua Rose. Ou alors je fouille dans mon sac, en faisant semblant de chercher un truc. »
Maya le regarda avec attention. C'était étrange de le voir aussi… calme.
« Mais c'est nul alors, tu perds ce que t'avais déjà. »
« C'est pas grave. Refaire, ça t'aide à repérer un truc auquel tu n'avais pas fait attention et de trouver là où on bloque. »
Mayumi fronça les sourcils.
« Je comprends pas, s'exclama-t-elle. »
Rose leva les yeux vers elle, puis s'empara d'un crayon de bois pour écrire une ligne de formule simple pour essayer de lui expliquer, en faisait volontairement une faute qui le bloqua pour la suite de l'exercice.
« Je suis bloqué et j'ai beau relire, je ne trouve pas l'erreur. Je sais qu'il y a une erreur, mais je suis tellement fixé sur mon calcul que je n'arrive pas à voir la faute. Elle fait partie de ce que j'ai écrit, c'est pour ça que j'ai du mal à la voir. »
Puis il recommença la même chose en dessous.
« Si je laisse mon calcul d'avant, je ne peux pas m'empêcher de le regarder. Et je retombe dans la même erreur. »
Il prit la gomme et effaça le tout.
« Alors que quand j'efface tout, j'oublie ce que j'ai fait. Je suis obligé de tout recommencer à zéro et je le fais plus lentement, en vérifiant chaque chiffre pour voir si tout est exact. Je n'ai plus mes calculs d'avant pour me gêner dans ma réflexion. Je suis libre. »
Il termina une nouvelle ligne de calcul, avec la bonne réponse.
« Et je ne fais plus la faute. Tu comprends ? »
« Mais c'est long ! s'horrifia-t-elle. »
« On a rien sans rien. »
Lançant un regard à Maya, Mayumi poussa un petit soupir et gomma son calcul avant de se concentrer dessus pour y arriver. Elle ne voulait pas décevoir son grand frère, qui fixait Rose avec perplexité.
Rose replaça ses cheveux dans son dos et laissa la petite reprendre ses calculs au calme. Il avait horreur de faire des maths, mais refaire était son seul moyen de continuer à avancer. Que ce soit en maths ou dans un tout autre domaine.
Maya finit par avoir un large sourire appréciateur. Ce n'était pas courant de voir un tel spectacle, il fallait en profiter. Rose n'en apparaissait que plus attirant et désirable ainsi.
Rose sentit le regard de Maya et eut un sourire en coin sans le regarder. Il semblait apprécier. C'était plaisant.
Mayumi se redressa subitement en tendant son cahier à son frère.
« J'ai réussi ! s'exclama-t-elle joyeusement. »
Maya attrapa son cahier, vérifia le calcul et la félicita d'un sourire.
« C'est bien, tu peux ranger tes affaires. »
« Ouais ! s'enthousiasma-t-elle en reprenant son cahier et sa trousse. »
Elle les fourra dans son sac qu'elle alla reposer près du bureau avant de revenir vers eux comme un boulet de canon, se blottissant contre le torse de son grand frère qui l'accueillit calmement.
« C'était difficile ? demanda Rose. »
« Non. Mais j'aime pas ! »
Elle s'installa correctement sur les jambes de Maya, calant son dos contre son torse, et regarda profondément Rose.
« Tu t'appelles comment ? »
« Rose. Et toi ? »
« Mayumi. Pourquoi t'as un nom de fille ? Tes parents non plus il savait pas que t'étais un garçon ? »
Maya lança un regard à Rose, le reposa sur sa sœur, et éclata de rire en se tenant douloureusement les côtes.
« On aura des choses à régler, mon cher, siffla Rose. »
Puis il reporta son attention sur Mayumi.
« Ma mère pensait qu'elle aurait une petite fille, au lieu d'un petit garçon. C'est pour ça. Et quand je suis arrivé, mon père lui a apporté des roses. Et elle s'est dit que de toute manière, ce n'était pas si grave que je m'appelle comme ça. »
De toute manière, personne ne s'en souciait plus depuis longtemps.
« Et t'as pas le droit de changer de prénom ? demanda Mayumi avec intérêt. »
Maya, quant à lui, lança un regard surpris à Rose en respirant profondément avec une grimace. Il n'aurait jamais imaginé que son prénom puisse venir de là, c'était romantique et ça avait quelque chose de touchant.
« Je pourrais. Mais j'ai pas envie. J'ai une tête de fille, autant avoir un prénom de fille. »
Maya hocha la tête. Ça lui allait bien, de toute façon.
« Moi, je veux m'appeler juste Mayu, affirma sérieusement sa sœur. »
« Pourquoi ? »
« Parce que ça ressemble à Maya et que je veux être comme lui, sourit-elle. »
« Quelle ambition… sourit-il en lançant un regard amusé à Maya. »
Si elle savait.
Maya ne perdit pas son sourire mais son regard se voila d'une vague de douleur et de tristesse intarissable. Il posa un baiser sur le front de sa sœur mais ne répondit rien. Il n'était pas celui qu'elle pensait, mais il préférait qu'elle garde un espoir auquel se raccrocher en cas de chute.
« Oui. Maya, il est grand et fort, il s'occupe toujours bien de moi et il pleure jamais, même quand il a mal. Alors je veux être comme lui ! »
« T'en fais pas, je suis certain que tu lui ressembles déjà tellement que tu n'auras aucun effort à faire, assura Rose en souriant. »
Il ignorait ce que Maya pensait, mais ça ne devait pas relever du même état d'esprit.
« Oh, non. Elle est bien mieux que moi, affirma Maya en chatouillant le ventre de sa sœur. »
Mayumi gigota en riant pour échapper à cette main et manqua de basculer sur le côté. Maya la remit droite et lui ébouriffa les cheveux pour la énième fois.
« Vous êtes pareils, répliqua Rose. »
OK, il ne les voyait ensemble que depuis une demi-heure, mais c'était flagrant.
Maya haussa un sourcil et Mayumi eut un grand sourire.
« C'est vrai, tu trouves ? demanda-t-elle joyeusement. »
« Hm, hm. Mise à part le fait que tu sois sa petite sœur, vous vous ressemblez beaucoup, beaucoup, assura-t-il. »
A la limite du fusionnel.
« Ah, c'est génial ! s'écria-t-elle. Je retire ce que je pensais, t'es pas nul du tout ! »
Rose haussa un sourcil, perplexe.
« Parce que tu pensais que j'étais nul ? Tu ressembles à ton frère, c'est prouvé maintenant. »
Et il eut un léger sourire pour le concerné.
Maya tira la langue à son amant ennemi et Mayumi eut un sourire penaud.
« Oui. Nul et mou, apprit-elle ensuite. »
« Que de compliments cachés je trouve derrière ces phrases… Nul et mou, tu n'imagines pas à quel point tu me fais plaisir Mayu. »
Et il répliqua de même manière à son frère.
« Ca te fait plaisir ? s'étonna-t-elle avec une moue perplexe. »
Maya se contenta de détourner la tête. Cette langue tentatrice n'aurait jamais dû l'être.
« J'essaye de toujours chercher un sens positif derrière chaque mot, expliqua-t-il. C'est mieux que de bouder en recevant une insulte. »
Même si la plupart du temps, il s'en fichait pas mal.
« T'es trop bizarre ! »
Oh ça, ce n'était rien de le dire, songea Maya.
« Merci, je prendrais ça pour un compliment, sourit-il. »
Au moins, il avait la certitude ainsi d'exister pour quelqu'un, même pour une poignée de secondes.
Il y eut un instant de silence pendant lequel Maya fixa Rose sans réellement le voir, se disant que jamais il n'aurait pu imaginer une telle situation. Les deux ennemis, ensemble, avec une petite fille. Personne n'aurait pu s'y attendre. Ce fut Mayumi qui le coupa dans ses pensées en reprenant la parole.
« On fait quoi ? »
« Ce que tu veux, sourit-il. Sauf si Rose a une idée. »
Et il lui lança un regard lubrique avec un sourire en coin.
« Je n'ai pas spécialement d'idée – du moins pas d'idée pour eux trois – je laisse donc la place à la plus jeune. »
Cette situation l'intriguait trop pour qu'il veuille s'occuper d'en changer le cours lui-même.
Mayumi n'eut même pas une seconde de réflexion et eut un grand sourire.
« Je veux que grand frère joue de la guitare ! s'exclama-t-elle joyeusement. »
Maya ferma son visage et évita tout contact avec les yeux de Rose. Il avait escompté lui cacher cette capacité mais sa sœur venait de réduire ses espoirs à néant…
« Voilà une idée intéressante, approuva Rose en dardant son regard amusé vers Maya. »
Il semblerait que chacun de ses secrets se révélait à lui d'heures en heures, voire de minutes en minutes…
« Tu veux bien ? supplia Mayumi en se pendant à son cou. »
« Hm. »
Ce n'était pas comme s'il avait encore le choix, à présent. Il installa sa sœur sur les coussins et se leva pour aller ouvrir son placard. Il ne contenait qu'une guitare acoustique, une autre électrique et un ampli, plus quelques prises et câbles pour tout relier. Il attrapa le manche de sa guitare sèche pour l'en sortir et referma l'armoire. Il éteignit la musique et revint s'installer sur les coussins du bow-window.
Sans le lâcher une seule fois des yeux, Rose observa le moindre mouvement que faisait Maya. Il le vit fouiller son placard, pour en ressortir une guitare sèche dont le manche était paré d'une citation. « Tonight I'm Yours ».
« On en apprend tous les jours, souffla Rose. Tu comptes nous jouer quoi ? »
Il serait à lui beaucoup plus que ça…
« J'improvise, toujours. »
Il détestait reprendre des chansons et ne jouait jamais ses propres compos devant les autres.
« Oh, alors je t'en prie, fais-nous écouter ton talent… »
Qu'il puisse en absorber chaque goutte.
Il lui lança un regard mécontent et baissa les yeux sur sa guitare. Il n'utilisait de médiators que pour l'électrique, préférant être directement lié à l'acoustique. Il accorda rapidement l'instrument et se mit à gratter calmement, essayant de trouver un enchaînement de notes plaisant à l'oreille.
Rose finit par se taire pour tendre l'oreille, à l'affût d'une nouvelle chose à apprendre sur son ennemi préféré. Il semblait doué à la guitare, bien qu'un peu hésitant sur le début. En recherche de notes, ou juste troublé ? La suite lui en apprendrait sûrement plus.
Finissant par trouver la bonne base, Maya se laissa doucement aller pour enchaîner un peu plus rapidement les notes, formant une mélodie ni trop calme ni trop brusque. Juste ce qu'il fallait. Mayumi eut un sourire en allant se coller contre le flanc de Rose pour pouvoir regarder son frère confortablement.
Rose accorda un bref regard à la petite fille qui venait de se coller à lui, avant de reporter son attention sur Maya. C'était bien la première fois qu'une fillette osait l'approcher sans gêne. Quant à son frère, il semblait agréablement lancé.
Mayumi se redressa un peu et tira légèrement sur la manche du t-shirt de Rose pour attirer son attention. Maya était entièrement plongé dans sa musique et ne risquait pas d'en sortir tout de suite, autant en profiter.
Rose baissa alors légèrement les yeux vers Mayumi, intrigué. Elle semblait vouloir lui dire quelque chose.
« Dis, il joue bien mon frère, hein ? sourit-elle. »
Elle ne savait pas comment lui demander ce qu'elle voulait.
« Hm, il s'en sort pas mal, fit-il. »
Il doutait que ce soit son seul motif pour interrompre leur écoute.
Elle hésita encore un peu avant de se lancer.
« Tu sais, Maya, il croit que j'ignore tout parce que je suis une petite fille, chuchota-t-elle très vite. Mais je sais bien qu'il se bagarre et que c'est papa qui lui fait mal. Il crie toujours très fort, papa, même quand il tape maman. Et je sais aussi que Maya aime personne vraiment. Il sait pas utiliser son cœur pour les autres alors ça l'énerve et il est toujours tout seul dans sa tête. »
Elle lui fit un sourire triste.
« Moi, je l'aime, tu sais ? Parce qu'il est courageux et il est toujours gentil avec moi alors que les enfants de l'école me détestent. Mais je suis toute petite et je peux pas le protéger. Mais toi, t'es grand, et même si t'es tout mou, tu dois être plus fort que moi. »
Elle lui lança un regard sérieux.
« Alors, toi, tu peux t'occuper de lui. »
« Tu veux que je m'occupe de ton frère ? demanda clairement Rose à voix basse. »
C'était bien la demande la plus bizarre qu'on lui ait jamais faite. Il n'était pas du genre à aider un autre que lui-même.
Elle hocha la tête avec conviction.
« C'est la première fois que quelqu'un vient à la maison et que Maya dit que c'est son ami. »
« Maya a dit que j'étais son ami ? »
C'était la meilleure.
« Oui. Il a dit que tu t'étais perdu et que tu étais tombé dans la neige. Alors il a dit que tu pouvais te réchauffer à la maison et que c'est pour ça que t'étais tout nu. »
Elle rougit légèrement à ces mots.
Rose eut un léger rire.
« On peut dire ça comme ça. Je vais faire ce que je peux pour ton frère, d'accord ? »
Après tout, il n'était pas en danger immédiat.
« Merci, sourit-elle. »
Elle posa un bisou sur sa joue avant de se rasseoir correctement pour se concentrer sur Maya qui, lui, n'avait pas bougé et était resté entièrement concentré sur les notes qu'il faisait naître et qui éclataient le silence.
Les May' quelque chose étaient vraiment des personnes étranges, songea Rose en reportant également son attention sur le guitariste. Il était totalement plongé dans son monde de notes et de mélodie, comme s'il les avait oubliés. Peut-être qu'il s'agissait là d'une espèce de mur de défense contre les autres.
Maya continua un moment à jouer, sans plus porter attention au monde extérieur, se perdant toujours davantage dans un néant lointain. Le vide autour, le vide dedans. Cette plénitude de faire vivre une mélodie sans même l'entendre tant son esprit était loin. Plus rien ne comptait. Ni sa petite sœur, ni Rose, ni son père, ni sa mère. Personne pour le battre, personne pour l'énerver, personne pour lui faire envie. Le néant prenait possession de son corps pendant plusieurs minutes, et Maya avait l'impression de se ressourcer, de récupérer les forces dont il avait besoin pour tenir le coup et résister à l'envie de se laisser bouffer par la mort une fois pour toute.
Rose le laissa jouer encore un moment, en se disant dans un élan de bonté que ça ne serait peut-être pas plus mal de laisser Maya se ressourcer en paix. Il jouait bien et pour une fois ne paraissait pas perpétuellement agacé. Le regarder avait un effet calmant, quoiqu'à la longue peut-être un effet somnifère pour quelqu'un comme Rose qui avait besoin d'un peu d'action pour vivre.
Puis finalement, il arrêta brutalement sa main dans une cacophonie de notes. Il rattrapa son âme pour la fourrer dans son corps et redressa la tête avec un regard encore un peu trouble. Sans un mot, il se mit sur ses pieds et alla ranger son instrument avant de refermer précautionneusement le placard. C'était fini pour aujourd'hui.
« Bravo, Ma-ya, fit Rose en applaudissant lentement. On peut dire que tu te débrouilles. »
La voix de Rose lui fit un drôle d'effet. Un peu comme une caresse à rebrousse-poil. Maya haussa simplement les épaules en allant éteindre son ordinateur, il n'en aurait plus besoin.
« J'aime bien quand tu joues, sourit Mayumi. »
« Merci, répondit-il d'une voix étrangement basse sans y prêter réellement d'attention. »
« C'est bizarre, mais j'ai l'impression que tu joues plus fort que tu ne parles. Etrange non ? taquina Rose. »
« Ca te dérange ? répliqua-t-il à peine sans même se tourner vers lui. »
Mayumi tapota l'épaule de Rose.
« Il est toujours comme ça après la guitare, lui chuchota-t-elle. »
Un peu comme quelqu'un sortit d'un long rêve éveillé : désagréable et dans la brume.
Il approuva d'un signe de tête et releva les yeux vers Maya.
« Le jour où je serai enrhumé et que je n'entendrai plus rien, ça me dérangera. Etant donné que je n'ai pas de rhume aujourd'hui… »
Il haussa les épaules d'un air éloquent. Maya était en fait bien trop sensible…
« Ouais. »
Il lança un regard à Mayumi, puis à Rose, avant de revenir sur sa sœur.
« Je peux te laisser avec lui ? Je vais prendre une douche. »
« Hm, t'inquiète pas, je le trouve gentil, sourit-elle. »
Maya eut un instant de perplexité en fixant Rose avant d'hausser les épaules et de sortir de la chambre sans autre commentaire.
« Ton frère va se demander quoi, fit Rose en s'étirant largement. »
« Pourquoi ? »
Après tout, il ne s'était rien passé d'extraordinaire.
« Je n'ai jamais entendu quelqu'un me qualifier de gentil. »
« Ah bon ? On te qualifie de quoi, alors ? s'étonna-t-elle curieusement. »
« De tout, sauf de gentil, répondit-il d'un ton énigmatique. »
Quand quelqu'un prenait le temps de voir qu'il était là, bien entendu. Les qualificatifs n'avaient pas le temps de fuser quand on se bagarrait.
Elle l'observa un moment de ses grands yeux, d'une couleur semblable à ceux de son frère.
« Et toi, tu te trouves gentil ? »
« J'en sais rien. En ce moment, je crois que je me trouve particulièrement tolérant, mais peut-être que ce n'est qu'une illusion. Toi, tu me trouves gentil alors ? »
« Oui. C'est quoi tolérant ? »
« C'est quelqu'un qui laisse passer beaucoup de choses. C'est difficile à expliquer. Par exemple, quand je trouve que quand tu dis que je suis nul, c'est un compliment, on peut dire que je suis tolérant. »
Ou masochiste.
« Hm. Je crois que je comprends. Mon frère est tolérant aussi alors. »
« Possible. Un peu trop peut-être même. »
« Dis… Tu crois qu'il est heureux quand même parfois ? demanda-t-elle en baissant les yeux vers le sol. »
« Il est heureux quand il est avec toi. »
« Comment tu sais ? »
« Parce que j'ai des yeux qui voient quand les gens sont heureux ou pas. Je sais que ton frère est heureux avec toi, c'est tout. »
C'était juste flagrant.
Elle eut un petit sourire.
« Et toi, t'es heureux quand t'es avec lui ? »
Rose resta silencieux sous cette question pourtant attendue, se contentant de fixer la fillette en face de lui.
« Je ne sais pas, finit-il par dire. »
« Lui, je sais pas si il est vraiment heureux, mais je sais qu'il est content quand t'es là. »
« Ca se voit ? »
Elle hocha vivement la tête.
« Il a ri, il s'est pas énervé, il a joué de la guitare sans réellement bouder et il a dit que t'étais son ami. »
« Hm, peut-être que tu as raison alors, Mayu… admit Rose. Peut-être… »
Maya, pendant ce temps, avait atteint la salle de bain, s'était déshabillé et s'était glissé sous l'eau chaude. Posant son front contre le carrelage humide de la douche, il poussa un profond soupir. Pourquoi est-ce qu'il n'agissait pas comme d'habitude ? Pourquoi ne pouvait-il pas être avec Rose comme il l'était avec les autres : froid et distant ? Soudainement énervé, il donna un coup de poing au mur, avant d'attraper son gel douche axe fresh et de se laver avec énergie, ne prenant pas garde à la douleur de son corps quand il passait ses mains sur ses bleus et autres blessures. Après tout, peu lui importait.
Sortant finalement de la douche, il s'enroula dans sa serviette et lança un regard au miroir qui lui faisait face. Les cheveux plats, la lèvre inférieure gonflée et rougie, les yeux cernés et l'épaule noire, il ne ressemblait plus à grand-chose. Si tant est qu'il ait déjà ressemblé à quelque chose avant… Serrant les dents, il se détourna avant de s'énerver à nouveau. S'essuyant rapidement, il enfila ensuite un boxer et un t-shirt trois fois trop grand pour lui. Noir avec une espèce de tête de lapin à l'oreille percée dessinée en blanc dessus, qui lui servait seulement pour dormir. Il rangea sa serviette sur son support et repartit en direction de la chambre.
Le temps que Maya ne revienne, Rose se perdit en contemplation. Une chambre rouge et noir, mais une cachette secrète aussi lumineuse qu'une journée d'été. Maya aimait les contrastes frappants, visiblement. Enfin… frappant n'était peut-être pas le mot le plus adapté à la situation, mais faute de mieux. Quand il le vit rentrer à nouveau dans la chambre, il ne put empêcher un léger sourire d'ourler ses lèvres. Il avait beau en avoir profité il y a à peine quelques heures, les jambes de Maya lui apparaissaient comme un cadeau visuel toujours aussi alléchant. Et avec son t-shirt bien trop grand, on aurait dit un gosse perdu dans une chambre digne d'Alice au Pays des Merveilles.
« J'ignorais que tu aimais les lapins, fit-il en fixant le dessin qui ornait le t-shirt. »
Le rendu était bizarre, mais pas désagréable.
Il lui rendit un sourire ironique et repartit s'installer calmement dans les coussins du bow-window, ignorant les plaintes de ses côtes blessées et accueillant Mayumi qui revint se blottir contre lui en bâillant.
« Tu n'as pas faim ? interrogea-t-il. »
Elle dénia de la tête.
« Et puis, je n'ai pas envie que tu descendes. Et je suis fatiguée. »
Il posa un baiser sur son front.
« Alors dors, je veille sur ton sommeil. »
« Bonne nuit, Rose ! souhaita-t-elle joyeusement. »
Celui-ci leva à peine un sourcil en sa direction.
« Bonne nuit. »
Avec son grand frère, elle serait certainement bien protégée. Et qui protégerait le grand frère ?
« Bonne nuit Maya, souffla-t-elle en posant un baiser sur sa joue. »
Puis elle se roula en boule entre ses bras en fermant les yeux.
« Dors bien, répondit-il dans un murmure en caressant ses cheveux. »
Puis il releva la tête vers Rose.
« Si tu veux manger quelque chose, il doit y avoir quelques barres chocolatées dans le premier tiroir de mon bureau. »
Il le séquestrait peut-être, mais ce n'était pas une raison pour le laisser crever de faim.
« Merci, mais j'ai eu l'occasion de satisfaire mon appétit pour les trois mois à venir, ironisa-t-il en s'étirant un instant. Mais merci de ta sollicitude envers ma personne nulle, asexuée et inintéressante. »
« Et molle. Mais ça, c'est son avis, je trouve que tu peux te montrer bien dur. »
Et il eut un sourire en coin.
« Oh, je me demande quelle allusion se cache derrière ces mots, soupira Rose. Heureusement que les oreilles innocentes ne peuvent encore comprendre toutes les subtilités de notre langage. »
« Si tu veux mon avis, les oreilles innocentes dorment déjà. »
En effet, Mayumi semblait ne plus être très consciente de son environnement.
« Si tu veux dormir dans un lit propre, tu peux changer les draps. Moi, je dors ici avec ma sœur. »
« Très bien, qu'il en soit ainsi, fit-il en joignant les mains comme pour une prière. Et où puis-je trouver de quoi garantir mon minimum de confort ? »
Maya prit délicatement sa sœur entre ses bras et se leva, manquant de la relâcher quand son épaule claqua une nouvelle fois. Serrant les dents, il se contint, soutint Mayumi de son bras valide et sortit de la chambre pour se diriger vers la grande armoire du couloir et en extraire des draps noirs aux arabesques rouges qu'il vint donner à Rose. Puis il retourna s'installer à sa place et, une fois qu'il eut bien calé Mayumi contre lui, il remit son épaule à sa place.
« Merci. »
Puis il releva les yeux vers Maya tout en entassant les draps sales au pied du lit.
« Au fait, tu devrais voir quelqu'un. Je ne pense pas que « clac » soit le bruit d'une épaule en bon état de marche. »
Du moins, pas dans son cas.
« Il me semble avoir déjà entendu quelque chose de ce genre… fit-il ironiquement. Oh ! c'était avant nos ébats passionnés. »
Et il lui offrit un regard indescriptible avant de reporter son attention sur sa petite sœur, la recouvrant d'une couverture chaude.
« Zut alors, j'espère que tu pardonneras ma perte de mémoire passagère. »
Il termina de bien mettre les draps, puis s'allongea élégamment sur le matelas en soupirant d'aise.
« Bonne nuit très cher geôlier. »
Du moins, pour le moment.
Il releva à peine les yeux vers lui.
« Bonne nuit à toi également, en espérant que le lit soit à ton goût pour y dormir. »
« Il a déjà passé le test, je m'en contenterai fort bien. »
« Cela me ravit. »
Des cris virulents retentirent alors subitement dans toute la maison. Mélange saccadé de pleurs et d'insultes, la violence qui en suintait était impressionnante. Mayumi poussa un geignement plaintif et apeuré et son frère la resserra contre son torse en passant tendrement ses doigts entre ses mèches.
« Chut, ça va aller, chuchota-t-il à son oreille. »
Rose garda le silence, ne jugeant pas bon de rajouter quoi que ce soit à cette brutale chute de douceur. Il commençait à comprendre un peu mieux le comportement des deux petits êtres blottis l'un contre l'autre, du côté de la fenêtre. Lui au moins avait le silence chez lui.
Maya berça tendrement sa sœur un instant, avant de relever la tête vers son amant ennemi.
« N'oublie pas d'éteindre la lumière, lui rappela-t-il. »
Puis il lui envoya un baiser et ferma le rideau autour d'eux, s'enfermant dans un petit monde de douceur illusoire et éphémère. Il s'allongea doucement entre les coussins, gardant le petit corps chaud contre lui, en prenant garde à ne pas s'appuyer sur son épaule défectueuse. Il posa ensuite un dernier baiser sur le front de sa cadette et ferma les yeux.
« Hm. »
Il s'exécuta sans un mot, avant d'essayer de retrouver un peu de sérénité à son tour. Il se sentait soudainement coupé du monde, maintenant que Maya avait tiré le rideau. Seul dans une chambre sombre, bercé par un fond sonore peu enviable. Et les deux autres se cachaient maintenant dans leur cocon, un peu comme pour le narguer.
Entendant Rose se tourner et se retourner dans le lit, il finit par se redresser et entrouvrit légèrement les rideaux.
« Tu es sûr que tu ne veux pas venir ? »
Il ne voulait pas être gentil mais Rose l'empêchait de trouver un minimum de sommeil.
« Tu me proposerais de troubler votre tranquillité ? »
« Tu me saoules à tournoyer dans le lit, soupira-t-il. Mais bon, tu fais comme tu veux… »
Et il relâcha le rideau pour se réinstaller correctement.
Rose fronça les sourcils, tournoya encore un moment puis se résigna. Jamais il ne pourrait dormir tranquillement ainsi. Alors il ravala sa fierté et se leva pour venir se glisser en silence entre les rideaux du bow-window.
Rouvrant à peine les yeux, Maya eut un sourire vague et désigna la place face à lui pour l'inviter à s'allonger. Après tout, ce n'était pas de la faute de Rose s'il était tombé dans une maison de fous.
Lui adressant un regard de bref remerciement, il se contenta cependant de s'adosser au mur en s'asseyant. C'était l'une des situations les plus incongrues qu'il ait jamais vécues.
Maya remonta la couverture sur son corps, prenant garde à ne pas étouffer sa petite sœur cependant, et bâilla largement.
« L'coussins vont pas t'bouffer, bafouilla-t-il ensuite envers Rose. »
Enfin, s'il était à l'aise installé ainsi…
« C'est l'inverse que je redoute, répliqua Rose dans un murmure en les fixant. »
Maya fronça les sourcils.
« Qu'ils ne te mangent pas ? T'es vraiment naze… »
« Ca ne fera qu'un adjectif de plus dans ma panoplie, bâilla-t-il avec nonchalance. »
« T'as peur parce que tu peux pas venir dans mes bras ? »
« Ils sont pris et je suis un grand garçon. »
« J'en suis pas certain… Mais bon, tu peux t'installer quand même, et dormir. En tout cas, moi je dors ! »
« Et bien bonne nuit, Ma-ya, chantonna-t-il en croisant les bras sur son torse. »
« Gamin, répliqua-t-il en calant correctement sa tête dans les coussins en fermant les yeux. »
Il ne répondit pas, se contentant de fermer les yeux pour ne plus avoir à subir la vue de Mayu et Maya entrelacés, comme les deux parties d'un même être. Il n'avait maintenant plus qu'à attendre que le sommeil veuille bien l'emmener, lui aussi.
Dans le silence de la chambre, les hurlements se firent plus forts et Maya se crispa en serrant les dents. Il fallait qu'il les ignore, encore. Ils auraient dû fuir quand la folie de son père avait commencé à devenir si dangereuse mais ils n'avaient nulle part où aller. Et il ne pouvait pas plonger Mayumi dans cette instabilité, bien que la forcer à vivre dans cette situation n'était pas réellement mieux. Peut-être même pire…
« Mets de la musique, marmonna Rose sans ouvrir les yeux, ça couvrira le bruit. »
C'était tout bonnement insupportable.
« Non, souffla-t-il. Sinon, je n'entendrai plus si ma sœur a besoin de moi. »
Un cri de souffrance parvint à ses oreilles et il se tendit davantage, entièrement sur les nerfs. Il fallait qu'il se calme…
« Comme tu veux… Si tu tiens le coup comme ça, libre à toi. »
Non, il ne tenait pas le coup, mais il n'avait pas le choix. Et puis, ce n'était qu'une fois de plus. Un rire gras et des pleurs étouffés vinrent à bout des résistances de Maya qui laissa dévaler une larme le long de sa tempe. D'ordinaire, personne ne le savait et il espérait que Rose ne verrait et n'entendrait rien.
Silencieux, Rose se focalisa sur autre chose pour couper ses sens au monde extérieur. Une pensée, n'importe laquelle. Le souvenir de leurs étreintes. La douleur de leurs échanges. Même si l'intérieur était vide, il lui apportait une certaine stabilité qu'il ne trouvait nul part ailleurs.
Il trembla un moment, versant des larmes silencieuses, jusqu'à ce que les cris ne s'arrêtent aussi brusquement qu'ils avaient commencé. Alors il prit une grande bouffée d'air et se força à se calmer, à détendre ses muscles douloureux. Ça ne servait à rien de se mettre dans des états pareils pour des gens qu'il haïssait du plus profond de son âme, mais c'était plus fort que lui.
Doucement, sans vraiment qu'il en prenne conscience, Rose se laissa happer par le sommeil. Peut-être que le silence était revenu dans la maison, là quelque part à l'extérieur. On ne peut pas passer son temps à crier et à haïr sans arrêt.
Lentement, sa respiration se calma et le sommeil finit par le happer. Mayumi ouvrit alors doucement les yeux en le sentant s'affaisser contre elle. Elle tendit sa main pour essuyer ses larmes, se redressa légèrement pour poser un baiser sur ses paupières et se lova à nouveau contre son torse.
« Désolée, grand frère, chuchota-t-elle. Un jour, je serai assez forte pour prendre soin de toi à mon tour. »
Elle attrapa doucement son tee-shirt entre ses doigts et s'endormit également, calmement, dans le silence étrange qui régnait à présent sur la demeure pour quelques heures à peine.
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Partie I – END
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And that's all… ?
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Déclaration de fin :
Rukyoshû : Non, nous ne sommes pas du tout des filles psychologiquement dégénérées, instables ou autre adjectif de ce genre. Mais disons qu'on voulait voir dans quel autre style nous pouvions évoluer. En espérant que ce soit un minimum réussi. La deuxième partie… Un jour, peut-être =D
Black Cherry : Le défi : changer de registre, passer du mignon à quelque chose de plus difficile (non pas que le mignon soit chose facile à faire). Ca fait du bien de varier les plaisirs…
