Autant vous prévenir tout de suite, Rogue va en prendre pour son grade dans pas moins de deux minutes ^^

Enjoy !


Chapitre 2 – L'art de se faire remarquer.

Le lendemain au petit-déjeuner, les Préfets s'évertuaient à donner les emplois du temps aux élèves de leur Maison. Les premières années de Gryffondor commençaient leur semaine avec un cours de potion commun avec les Serpentards. Marie entendit un garçon roux et constellé de tâches de rousseur confier dans un gémissement à Harry Potter que la semaine commençait bien. Voyant que sa sœur ne touchait pas à son bol, elle l'interrogea du regard pour savoir ce qui la préoccupait. Soledad haussa les épaules et se mit à grignoter un morceau de tartine pour que sa sœur cesse de s'inquiéter pour elle. Quand l'heure arriva, la classe se dirigea vers les cachots où étaient enseignés les cours de potions par le Professeur Rogue. Celui-ci s'avéra être un homme acariâtre aux cheveux gras qui semblait avoir plus avoir envie de rabaisser ses élèves que de leur enseigner son art. Quand il traita ses élèves de « cornichons », Soledad ricana en soufflant à Marie que s'il se comportait comme ça en permanence, elle allait bien s'amuser. Sa remarque ne passa pas inaperçue puisque le professeur s'interrompit dans son discours humiliateur pour se planter devant la table des jumelles.

- Quel est votre nom ? questionna-t-il d'une voix froide.

- Soledad Lopès, répondit-elle en soutenant son regard avec insolence.

- Pour qui vous prenez-vous pour oser m'insulter durant mes cours ? Vous venez de gagner une semaine de retenue. Que cela serve d'exemple aux sales petits préadolescents pré pubères que vous êtes !

- Je rêve ou il vient de me traiter de gamine là ! s'esclaffa Soledad à sa sœur. Et puis ça veut dire quoi « gagner une semaine de retenue » ? Si ça revient à dire que je vais passer mes soirées avec vous, alors je vous le dis tout de suite, ce n'est même pas la peine d'y penser ! Comme si je n'avais que ça à faire, acheva-t-elle en adoptant une attitude très décontractée sur sa chaise.

Devant cette tirade, le Professeur perdit le peu de couleur qu'il avait avant de se pencher vers elle en la fusillant du regard en déclarant avec une rage contenue :

- Chez le Directeur, tout de suite.

- Décidément vous n'avez que cette phrase à la bouche dans cette école ! Quitte à y aller, autant vous dire tout ce que j'ai à vous dire : vous êtes lamentable à vous acharner depuis le début sur des gosses qui débutent dans l'apprentissage de la magie. C'est quoi votre problème avec Harry ? Il ne vous avait rien fait et vous cherchez à le provoquer avec cette stupide histoire de célébrité ! Alors c'est qui le gamin dans l'histoire ? Nous, on a dix ans, et vous, c'est quoi votre excuse pour être aussi immature ? demanda la jeune fille avec un sourire goguenard.

Toute la classe était figée, ébahie par l'attitude impertinente, pour ne pas dire suicidaire, de Soledad.

- Soyez sûre que je vais demander votre renvoi immédiat...

- Cool ! l'interrompit la jeune fille effrontée.

- Bon, ça suffit, grommela Marie en se disant qu'il était temps d'intervenir.

Elle jeta un ingrédient dans leur chaudron ce qui provoqua une explosion sourde d'où se dégageait un nuage de fumée rouge. Une fois que le calme fut ramené, la classe ne put que constater que les jumelles avaient profité de cette diversion pour partir. Après avoir ôté cent points à Gryffondor, Rogue mit fin à son cours et se rua en fulminant dans le bureau du Professeur Dumbledore.

Pendant ce temps, les deux fugueuses étaient tranquillement installées sous un vieux chêne près du lac profitant des derniers beaux jours de septembre. Marie lisait « l'Histoire de Poudlard » qu'elle avait emprunté plus tôt à Hermione tandis que Soledad rêvassait en lui caressant les cheveux. Soudain, toutes deux se raidirent et se regardèrent en s'exclamant :

- Faut qu'on y aille !

Elles se levèrent et, après avoir jeté un rapide coup d'œil autour d'elles, l'une d'entre elle fit un geste de la main. Cela eut pour effet de créer une forme ovale orangée d'où semblait s'échapper de la fumée. Elles passèrent cette étrange porte sans hésiter. Le passage se referma immédiatement sur elles.

Le Professeur Dumbledore faisant les cents pas dans son bureau face à un Severus Rogue plus qu'énervé.

- Monsieur le Directeur, cette Soledad Lopès m'a ouvertement provoqué et a semé la zizanie dans mon cours ! J'exige qu'elle subisse une punition exemplaire pour l'outrage qu'elle m'a porté. Je demande son renvoi de Poudlard.

- Allons du calme Severus, tenta de tempérer son interlocuteur. Peut-être que cette jeune fille avait ses raisons pour vous dire ce qu'elle vous a dit Severus. Je n'excuse pas son attitude, s'empressa-t-il d'ajouter en voyant que le professeur de potions s'apprêtait à sortir une remarque acerbe. Toutefois, ce ne serait pas la première fois que votre façon d'enseigner perturbe quelque peu certains de vos élèves. Êtes-vous sûr qu'une de vos remarques pour le moins franche n'ait pas déclenché l'éclat de ce matin ?

- Quelle importance ? s'indigna Rogue. Une élève, en particulier une première année, n'avait en aucune façon à tenir tête comme l'a fait. Sans parler du fait qu'elle et sa sœur ont fait exploser un chaudron pour lâchement s'enfuir ! Il y aurait pu avoir de graves blessés.

- Je vais les convoquer à la fin de la journée.

- Pour leur signifier leur expulsion j'espère, grogna le professeur Rogue.

- Nous nous verrons au déjeuner Severus, le congédia poliment le Directeur.

D'un mouvement de cape rageur, le professeur quitta l'immense bureau directorial. Le professeur Dumbledore se remit à faire les cents quand ses yeux furent attirés par une lueur orangée en direction du lac. Il eut juste le temps d'apercevoir deux silhouettes disparaitre dans cette nuée, silhouettes qui ressemblaient étrangement à ses deux élèves fugueuses. N'étant pas certain de ce qu'il venait de voir, il ôta ses lunettes, les nettoya et les remit sur son nez aquilin. Il se posait d'innombrables questions à propos des jumelles. Tout d'abord, elles n'étaient pas inscrites sur la liste alors que cela ne s'était encore jamais produit. Ensuite, elles semblaient avoir beaucoup d'aplomb pour des fillettes de dix ans. Sans oublier la puissance magique qu'il sentait émaner d'elles. À ces éléments qui paraissaient déjà assez suspects venait s'ajouter le contenu de leurs mystérieuses conversations nocturnes que les personnages des tableaux s'étaient empressés de lui rapporter. Rusard était venu se plaindre du comportement des jumelles. Elles auraient parlé de tenir un rôle d'étudiante au lieu de se battre. Qu'est-ce que cela pouvait-il bien signifier ? Elles auraient également fait référence à un royaume ainsi qu'à des personnes qui risquent de mourir à cause de leur abandon. Un portrait jurait les avoir entendu prononcé les mots « décalage temporel ». Tous ces faits étranges plongeaient le Directeur dans une profonde réflexion. Il envoya un mot au Professeur McGonagall afin qu'elle puisse dire à ses deux élèves de venir le voir le soir après son cours.

Le repas du midi semblait encore plus bruyant que d'habitude. Les élèves de Gryffondor s'empressaient de raconter à leurs camarades le coup d'éclat qu'il y avait eu ce matin en cours de potion. La plupart des étudiants jetaient régulièrement des coups d'œil à la table des professeurs pour tenter de voir si la colère de Rogue était retombée. À en juger par le froncement de ses sourcils et ses lèvres fortement pincées, ce n'était pas le cas. Les professeurs parlaient à voix basse entre eux en balayant la table Gryffondor du regard. Ils cherchaient les sœurs Lopès mais durent se rendre à l'évidence : elles ne se trouvaient pas dans la Grande Salle.

Le cours de métamorphoses se déroula sans accident notable si ce n'est qu'il manquait toujours les deux élèves à l'appel. Le professeur McGonagall signala leur absence au Directeur. Ce dernier fronça les sourcils et décida d'attendre le repas du soir pour leur assigner leur convocation. Les Gryffondors commençaient eux-aussi à se poser beaucoup de question sur l'attitude des jumelles. Certains pensaient qu'elles n'osaient plus se montrer après le spectacle de ce matin, d'autres supposaient qu'elles s'étaient offert une journée de congé. Il y avait même une rumeur un peu folle comme quoi le professeur Rogue les auraient enfermés dans un cachot pour se venger de leur affront. À l'heure du souper, les jumelles ne se montrèrent pas. Constatant cette absence prolongée, Albus Dumbledore décida de faire patrouiller les Préfets dans le château afin de les retrouver. Il se rappela alors du phénomène étrange qu'il avait cru apercevoir par la fenêtre de son bureau ce matin. Il se dit que son âge ne lui aurait finalement peut-être pas joué un mauvais tour. Au moment du couvre-feu, personne n'avait réussi à mettre la main sur les deux sœurs. Inquiets, les professeurs décidèrent de poursuivre eux-mêmes les recherches dans les coins les plus reculés de la forteresse. Après plus de trois heures de recherches infructueuses, ils allèrent se résigner quand un bruit sourd suivis d'éclats de voix retentit. Levant sa baguette, le Directeur se dirigea vers une petite cours intérieure d'où semblant provenir le son. Les autres professeurs le suivirent eux-aussi aux aguets. Les voix devenaient de plus en plus distinctes :

- ... va bien ma chérie ? demanda une voix inquiète.

- Comme quelqu'un qui vient de faillir se faire calciner. Oh mais suis-je bête ! Tu es bien placée pour le savoir ma puce. À ce propos, je suis désolée. J'aurai pu éviter au moins celle-ci, déclara Soledad en examinant le bras de sa sœur.

- Bonsoir Mesdemoiselles, déclara calmement le professeur Dumbledore. Auriez-vous l'amabilité de nous expliquez où vous étiez...

Il les examina de son regard perçant et constata qu'elles semblaient souffrir de nombreuses brûlures sur les bras et les jambes. Leurs vêtements étaient roussis et déchirés par endroit.

- ... et ce qu'il vous ait arrivé ? acheva-t-il.

Après avoir jeté un rapide coup d'œil à sa sœur et lui avoir intimé mentalement le silence, Marie pris la parole :

- Ne vous inquiétez pas Professeur, ce n'est rien. Nous sommes juste parties faire un tour afin de prendre l'air. Nous ne nous sentions pas très bien ce matin.

- À propos de ce matin... commença Severus Rogue.

- Plus tard, le coupa le Directeur. Poursuivez jeune fille je vous prie, dit-il en s'adressant à Marie.

- Il n'y a rien de plus à expliquer Monsieur, répondit-elle calmement.

- Vous n'avez pas répondu à mes deux questions qui me paraissent pourtant simples. Où étiez-vous passées depuis ce matin et comment avez-vous été blessé ?

- Et nous, on vous a dit qu'on avait été faire un tour et qu'on allait bien ! répliqua la deuxième jeune fille qui s'était contentée d'écouter la conversation jusque là.

- Vous ne souhaitez pas me répondre alors ?

- Je vous répondrais bien quelque chose mais...

- ... je serais obligée de modérer ses propos, acheva Marie.

- Professeur Dumbledore, intervenu Minerva McGonagall, peut-être pourrions-nous les emmener à l'infirmerie pour que Pompom les soigne avant de poursuivre cette conversation.

- Vous avez tout à fait raison Minerva, je manque à tous mes devoirs. Mesdemoiselles, veuillez suivre votre Directrice de maison qui va vous conduire auprès de Madame Pomfresh, notre médicomage. Nous reprendrons cette discussion demain matin dans mon bureau à neuf heures précises.

- Ouais compte là-dessus, grommela Soledad.

- Bien Monsieur, hocha Marie.

Après avoir lancé un regard mauvais au Directeur, Soledad emboita le pas au professeur McGonagall suivie de près par sa sœur.

- Alana, je sens que je vais péter un câble ! lui communiqua-t-elle mentalement.

- Respire un bon coup ma chérie. Ça ne s'est pas trop mal passé. Quoique que tu aurais pu te contrôler un peu mieux... lui reprocha gentiment sa sœur.

- Comme si je ne m'étais pas contrôler là... répliqua-t-elle amusée. Tu sais pourtant qu'est-ce qu'il se passe quand je m'énerve.

- Ouais, si tu pouvais éviter de faire exploser le château ou d'envoyer quelqu'un à l'hôpital, ça serait pas mal.

À ces mots, Soledad laissa échappa un petit rire. Le professeur la toisa sévèrement du regard et lui demanda ce qu'il pouvait bien la faire rire.

- Rien qui vous concerne Professeur, rétorqua-t-elle en appuyant sur le dernier mot.

L'enseignante pinça fortement les lèvres et accéléra le pas.

- Tu ne peux vraiment pas t'en empêcher, soupira Marie à voix basse.

Sa sœur se contenta d'adopter un large sourire en rejetant la longue chevelure brune en arrière.

- Je sais que tu adores quand je fais ça ! souffla-t-elle.

Elles finirent par arriver à l'infirmerie où le professeur McGonagall alla chercher la médicomage qui travaillait encore dans son bureau malgré l'heure tardive. L'infirmière proposa à la Directrice adjointe d'aller se coucher. Devant l'hésitation manifeste de celle-ci, Marie lui promit qu'elles rejoindraient la tour Gryffondor dès que l'infirmière en aurait fini avec elles. L'infirmière, qui était déjà en train d'examiner les blessures de Marie, s'insurgea et déclara qu'elles devaient passer la nuit ici. Soledad protesta mais la médicomage ne céda pas et congédia poliment sa collègue qui rappela aux deux blessées qu'elles avaient l'obligation de se présenter au bureau du Directeur à neuf heures le lendemain matin. Pomfresh marmonnait toute seule maudissant l'inconscience des élèves de cette école, elle fit apparaitre un pot d'onguent qu'elle commença à appliquer sur les membres de Marie. La jeune fille lui pris le récipient des mains en lui souriant et la priant de s'occuper de sa sœur. L'infirmière s'approcha de Soledad mais celle-ci eut un mouvement de recul. La professionnelle ne s'en offusqua pas et tenta de l'apaiser.

- Je suis une grande fille, je n'ai pas besoin de vous pour me soigner, dit-elle avec hargne.

Ce ton étonna la médicomage qui interrogea du regard Marie.

- Je crois qu'il serait préférable que je m'en occupe, ne vous inquiétez pas.

- Mais je n'ai même pas pu examiner votre sœur ! protesta l'infirmière. Elle souffre peut-être d'autres blessures que celles visibles. C'est mon métier de soigner les élèves depuis des décennies.

- Et nous, depuis des décennies, on a l'habitude de se débrouiller toute seule, rétorqua une fois de plus la farouche patiente.

- Je vois que vous faites dans l'humour Mademoiselle. Pourquoi ne voulez-vous que je mène un diagnostique sur vous ?

- Vous l'avez déjà fait !

- J'ai fait celui de votre sœur, pas le votre.

- C'est la même chose, contrèrent d'une même voix les jumelles.

- Votre gémellité ne signifie pas que vous ayez les mêmes blessures, sourcilla l'infirmière..

- J'en ai marre ! Pourquoi vous ne comprenez pas quand on vous parle ? s'écria la jeune fille en serrant du poing. REGARDEZ ! continua-t-elle en dévoilant ses blessures. CE SONT EXACTEMENT LES MÊMES ! ALORS, LÂCHEZ NOUS !

La médicomage, surprise par l'agressivité de son élève, constata malgré tout que les jumelles avaient effectivement exactement les mêmes brûlures et coupures. Cela dépassait tout ce qu'elle avait déjà rencontré comme situation. Son esprit rationnel avait beau chercher une explication plausible, elle ne comprenait pas comment cela était possible. Elle fut d'autant plus stupéfaite en voyant que la plupart des blessures de Soledad disparaissaient à vue d'œil alors que seule Marie avait été soignée. Cette dernière regarda les plaies qui n'avaient pas cicatrisé, se saisit du bras de son double et le tartina de crème. Les blessures restantes disparurent petit à petit sans laisser une seule cicatrice.

- Qu'est-ce que... comment est-ce... balbutia-t-elle.

- Je sais, ça peut surprendre au début mais vous vous y ferez. On a tous un petit truc spécial en tant que sorcier, ne croyez-vous pas Madame ? dit gentiment Marie en rendant l'onguent.

- Vos capacités sortent de l'ordinaire...

- Oh, je vous en prie, on dirait une moldue qui parle !

- Comprenez-moi bien Mademoiselle, votre don n'a rien à voir avec ce qu'on a déjà pu recenser comme faculté exceptionnelle de guérison.

- Parce que vous croyiez que ça concerne que le domaine médical ? sourcilla Soledad.

- Êtes-vous en train d'insinuer que vous possédez d'autres capacités spéciales ?

- Il se fait tard, bailla Marie. La journée a été longue et nous avons un rendez-vous à ne pas manquer dans un peu moins de... cinq heures, acheva-t-elle en regardant l'horloge de l'infirmerie.

- Bien sûr, bien sûr, voici deux pyjamas pour cette nuit. Prenez les lits que vous voudrez, ils sont tous libres pour le moment. Passez une bonne nuit.

- Merci, vous aussi, répondit Marie.

L'infirmière rejoignit ses propres quartiers tandis que les deux sœurs se vêtirent pour la nuit. Marie se glissa sous les draps et fixa sa jumelle qui ne semblait pas vouloir bouger. Elle rouvrit le lit et l'invita silencieusement à venir. Soledad ne se fit pas prier, se cala confortablement dans ses bras et ferma les yeux. Sa sœur se mit à lui caresser les cheveux et lui chanta à mi-voix une chanson dans une langue que nul à Poudlard n'aurait su identifier. Cela permit à la jeune fille de s'assoupir rapidement avec le sourire aux lèvres. Marie ne tarda pas à l'imiter en resserrant son étreinte autour de la taille de sa sœur.

Le lendemain matin, elles furent réveillées par les rayons du soleil. Madame Pomfresh s'affairait déjà à remettre de l'ordre dans son infirmerie bien que la pièce était déjà rutilante.

- Il n'y avait pas assez de lits pour vous ? les apostropha la médicomage. Allez, debout Mesdemoiselles, il vous reste quarante cinq minutes avant l'heure du rendez-vous avec le Directeur. Cela vous laisse le temps de vous préparer et de prendre un bon petit déjeuner.

Alana se blottit un peu plus contre sa sœur en gémissant qu'il était trop tôt pour se lever. L'infirmière s'approcha :

- Je ne vais pas vous le redire une troisième fois, alors debout ! Je dois vous examiner avant que vous repartiez.

- Cela ne sera pas nécessaire, se redressa d'un coup Soledad soudain beaucoup plus alerte. Viens ma chérie, on y va ! fit-elle en secoua légèrement sa sœur.

- Non, laisse-moi, je suis avec Lëndiwell...

- Avec Lëndiwell ? répéta Soledad amusée. Je ne pense pas... décidément, ça ne te réussi vraiment pas de faire la grasse matinée. AU FEU ! hurla sans préavis Soledad en faisant sursauter Madame Pomfresh.

À ce cri, Marie se redressa d'un coup et regarda affolée autour d'elle. Comprenant la stratégie cruelle mais efficace de sa sœur, elle lui balança un oreiller que sa jumelle n'eut aucun mal à esquiver. La dormeuse fit la moue en déclarant qu'elle faisait un super beau rêve et qu'elle allait tuer la personne qui avait osé la faire émerger de la sorte.

- Suicide-toi alors, ça irait plus vite ! la taquina Soledad en lui envoyant à son tour un oreiller.

- Wow, de si bon matin, j'ai déjà le droit à une pique foireuse ! T'abuse ! plaisanta Marie.

La médicomage se racla la gorge pour rappeler sa présence. Les deux élèves se regardèrent et se mirent à rire devant son air d'incompréhension.

- Ne cherchez pas à comprendre nos joutes verbales, on a toujours fonctionné comme ça et jusqu'à présent personne n'a réussi à capter toutes les subtilités de nos échanges.

- Pas de questions ! coupa Marie lorsqu'elle vit que l'infirmière s'apprêtait à dire quelque chose. Ça risque de vous coller une migraine. C'est bon, je suis prête, viens ! dit-elle à Soledad en l'entrainant dans le couloir en direction de la Grande Salle sans laisser le temps à Madame Pomfresh de réagir.

- Félicitations ma chérie, j'ai comme l'impression que tu as enfin commencé à intégrer une once de rébellion dans tes faits et gestes. Je devrais te réveiller plus souvent de cette manière, rigola Soledad très satisfaite de leur sortie express de l'infirmerie.

- Oh ça va ! Pour une fois que je dormais bien, il a fallut que tu me réveilles en me perçant un tympan. T'as de la chance qu'elle ait pris pour toi d'ailleurs ! Sinon...

- Sinon quoi ?

- Rien, tu es trop forte, je suis totalement incapable de t'en vouloir ! lâcha Marie en se jetant dans les bras de sa sœur.

Soledad sourit et serra fort son double. Elle comprenait très bien ce que voulait dire Marie. Depuis leur naissance, elles étaient inséparables. L'idée de rester ne serait-ce qu'une heure sans être en contact d'une manière ou d'une autre les faisait affreusement souffrir. Elles avaient toujours tout fait ensemble, à tel point qu'il leur arrivait de ne plus savoir distinguer leurs pensées respectives. Leur entourage avait essayé de les séparer tellement les jumelles jouaient de leur ressemblance de manière toxique. D'un côté, leurs proches savaient que leur union indissociable leur assurait une protection à toute épreuve contre les atrocités de la vie. Mais d'un autre côté, leur refus de se séparer se révélait être un véritable inconvénient : elles étaient totalement dépendantes l'une de l'autre. Lorsqu'une était malade, l'autre le devenait également. Si l'une d'entre elle faisait une erreur, l'autre se devait de soutenir sa sœur sans faille envers et contre tous même si elle était consciente de la faute. Peu de personnes les acceptaient entièrement telles qu'elles étaient. Elles ne supportaient pas que l'on puisse marquer une préférence pour l'une et devenaient très virulentes dès que quelqu'un s'en prenait à l'une d'elles. Les jumelles avaient souvent l'impression de former une seule et même personne. Physiquement, leur ressemblance était plus que frappante. Ceux qui les côtoyaient plus ou moins régulièrement parvenaient parfois à les distinguer grâce à l'intonation de leurs voix et leurs façons de parler. Cependant, les jumelles avaient conscience que les gens réussissaient à faire cette différence et savaient parfaitement en jouer. Lorsque cela les arrangeait, elles inversaient leurs identités sans que personne ne puisse s'en douter en adoptant le caractère de l'autre. Elles auraient préférées mourir plutôt que de perdre le lien spécial qui les reliait. Elles n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre, un simple regard suffisait.

Leur étreinte fut interrompue par une voix trainante chargée d'arrogance :

- Si ce n'est pas mignon de voir ça, ricana un jeune serpentard blond entouré de trois autres élèves de sa classe. Mais attendez, qu'est-ce que je raconte moi ? Deux Gryffondors qui se font des câlins dans le couloir. Cette vision me donne la nausée. Heureusement que je n'ai pas encore pris mon petit déjeuner... conclue-t-il méchamment entrainant des rires stupides de ces acolytes.

- Quoi ? Tu es jaloux ? Tu as manqué de câlin pendant ton enfance ou quoi ? attaqua Soledad.

Le blondinet blêmit tandis que les deux costauds qui l'entouraient firent un pas en avant, près à intervenir.

- Allons Messieurs, un peu de dignité, vous n'envisagez quand même pas de vous en prendre physiquement à deux filles ? poursuivit Marie d'un air moqueur. La lâcheté semble être un critère spécifique pour entrer chez les Serpentards !

- Et la stupidité un trait dominant chez les Gryffondors, intervient tout à coup le professeur de potions qui se trouvait également être le Directeur de la maison des verts et argentés. Encore en train de provoquer quelqu'un Mademoiselle Lopès ? interrogea-t-il en lui lançant un regard où brillait la satisfaction. Je serais à votre place, je modérerais mon ardeur. Avez-vous déjà oublié que le Directeur vous attend dans son bureau pour mettre un terme à vos problèmes de discipline ? Monsieur Malefoy, les cours sont sur le point de commencer, dépêchez-vous d'aller déjeuner, finit-il en lui adressant un bref sourire indulgent avant de tourner les talons.

- De toute façon, on ne traite pas avec sous les subalternes ! lui cria Soledad.

Drago Malefoy lança un regard goguenard aux filles et suivit son professeur préféré qui, de toute évidence, avait délibérément ignoré la pique de son élève.

- Putain, je vais me le faire ! lâcha Marie en faisant mine de lui emboiter le pas. Ça ne va pas se passer comme ça...

- Attends, la stoppa sa sœur avec un sourire qui ne laissant présager rien de bon. Quitte à t'énerver, autant le faire dans la Grande Salle histoire que tout le monde sache qu'il ne faut pas te provoquer.

- Ou pas. Pfff, je me calme, tout va bien, marmonna Marie en serrant des dents. Je suis zen.

- C'est bon, on peut aller chez le dirlo ? sourit Soledad. Wow, ce n'est pas un truc qui me manquait ce genre de convocation.

- Ouais, c'est clair que ça faisait longtemps, ironisa sa sœur. C'est par où à ton avis ?

Un des portraits qui avait suivi leur échange leur indiqua le chemin. Arrivées devant une immense statue dorée en forme de phénix, elles s'arrêtèrent.

- Et maintenant ? dirent-elles en chœur.

Le bloc de pierre se mit en mouvement dévoilant un escalier en spirale. Les deux élèves gravirent les marches et se retrouvèrent devant une porte en chêne massif qui s'ouvrit au moment où Marie allait frapper.


Vont-elles se faire taper sur les doigts ? ^^

La suite au chapitre 3 ;)

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