Bonsoir tout le monde !

Voici la suite qui devrait vous apporter un certain nombre de réponses...

Bonne lecture !


Chapitre 5 - Quand tombent les masques

Les jumelles franchirent la Grande Porte en silence. La nuit était tombée au dehors et les torches donnaient une atmosphère lugubre au Grand Hall. Il n'y avait pas un bruit aux alentours ce qui accentua le sentiment de malaise des deux élèves. Marie se détacha de sa sœur et s'avança lentement vers l'escalier de droite.

- C'est trop calme, murmura-t-elle en se retournant vers Soledad.

Celle-ci n'eut pas le temps d'acquiescer. Un homme la saisit par derrière en l'enserrant, lui bloquant ainsi les deux bras. La jeune fille garda son sang froid et commença à se débattre avec ardeur. Son agresseur devait mesurer dans les deux mètres et peser dans les cent kilos. Autant dire que même en mettant tout son cœur pour se dégager, Soledad ne faisait pas le poids. Marie lui cria de s'accrocher avant les envoyer tous les deux valser contre le mur de pierre. L'homme la relâcha et tout deux s'écrasèrent sur le sol froid. Soledad roula sur elle-même, se releva rapidement et se posta en position de combat.

- On n'a pas encore été présenté ! T'es qui ? le questionna-t-elle en ne le lâchant pas des yeux.

- Celui qui va causer ta perte !

- C'est bien de rêver ! raillèrent les jumelles.

- Je constate que mes serviteurs n'ont pas réussi à vous fatiguer... faut vraiment tout faire soi-même pour obtenir satisfaction.

- Tu parles des dix petits gars qui nous ont attaqués dans le parc ? Ça ne nous a même pas servit d'échauffement, provoqua Soledad.

- Vous avez pourtant l'air d'avoir eu chaud, rétorqua-t-il en montrant du doigt leurs épaules brûlées.

- C'est ce qui arrive quand on a affaire à des lâches dans ton genre. Frapper par derrière, c'est pathétique, répondit Marie.

À ces mots, l'homme grogna et jeta une énorme boule de feu dans sa direction. Soledad plaqua sa sœur sur le côté et heurta une armure qui lui tomba sur la tête dans un grand fracas. Alertés par le bruit, les Professeurs Dumbledore, Rogue et McGonagall arrivèrent en courant avec leurs baguettes levées. Ils s'arrêtèrent stupéfaits par la scène qui s'offrait à eux. Deux corps gisaient sur le sol, ensevelis sous une armure tandis qu'un homme baraqué les menaçait d'une grosse boule de feu. Le Directeur se ressaisit et tenta de ligoter l'agresseur mais celui-ci esquiva le sort et lança son arme sur le vieil homme.

- NON ! hurla Soledad que venait de se relever.

D'un geste de la main, elle détourna le projectile de sa trajectoire qui s'abattit de justesse sur le mur à moins de cinquante centimètres du Professeur Dumbledore. Elle leur hurla de partir et s'élança contre la masse mouvante de muscles. Marie saisit la lance de l'armure et la pointa vers l'étranger.

- Aliania, écarte-toi !

Elle tenta d'obéir à sa jumelle mais l'homme la retient une nouvelle fois contre lui. Les professeurs n'osèrent pas intervenir de peur de blesser davantage leur élève. L'agresseur serrait tellement son étau que Soledad commença à manquer d'air. Marie ressentit des vertiges et tituba en se rattrapant au mur.

- Bon, tant pis, pensa Soledad.

Sous les yeux ahuris du corps enseignant, elle se transforma en une demoiselle d'environ seize ans. Sa métamorphose déstabilisa son agresseur qui relâcha un peu son étreinte. Cela semblait convenir à la jeune fille qui se dégagea brutalement en rejetant sa tête avec force contre le torse de son ennemi. Inspirant un gr and coup, elle saisit au vol la lance que Marie, elle-aussi métamorphosée, venait de lui lancer et embrocha l'individu qui explosa dans une multitude d'étincelles.

- Il l'aura pas volé, décréta Soledad satisfaite. Quel crâneur !

- Mais enfin, qu'est-ce... comment... par Merlin, qui êtes-vous ? balbutia le Professeur McGonagall.

Les deux adolescentes se regardèrent et haussèrent les épaules. Question discrétion, c'était loupé. Un silence génant s'installa, les jumelles toisaient les professeurs tandis que ces derniers les contemplaient bizarrement.

- Venez dans mon bureau immédiatement, ordonna le Directeur. Minerva, vous nous rejoindrez là-bas après avoir été chercher Pompom. Quant à vous Severus, je vous priais de bien vouloir réparer le Hall et de vous assurer que personne ne traîne dans les couloirs.

Pour une fois, les jumelles le suivirent sans rechigner, conscientes qu'elles ne pourraient pas rester à Poudlard sans avoir répondu à un minimum de questions légitimes auprès de la Direction. Marie recommença à tituber légèrement ce qui n'échappa pas à l'œil vigilent de sa sœur.

- Ça va aller ?

- Oui, et puis après tout, c'est toi qui t'ai pris un mur et une armure de plein fouet ce soir. Donc je te retourne la question.

- Il n'a pas de quoi en faire un drame.

- D'après ce que je vois et ressens, tu as au moins une côte cassée et l'arcade sourcilière ouverte. Certes, ce n'est pas grand-chose pour nous, mais ça va être difficile de justifier ces dégâts à eux. D'autant plus la partie où il va falloir expliquer l'explosion du démon ou encore mieux, qui nous sommes réellement...

Arrivés dans le bureau directorial, le professeur les invita à s'assoir et les fixa au dessus de ses lunettes en croisant ses longs doigts effilés.

- Êtes-vous conscientes qu'il m'est impossible de vous laisser quitter ce bureau sans avoir eu un minimum de réponses à mes questions ?

- Tu vois, je te l'avais dit... nargua Marie.

- Ce n'était pas difficile à prévoir, p as besoin de vision pour ça, rétorqua Soledad.

- Oui, répondirent-elles simplement.

- Pour commencer, qui êtes-vous réellement ?

- Marie et Soledad Lopès.

- Admettons que cela soient vos véritables noms, ne me faites pas croire que vous êtes des élèves de premières années.

- Effectivement, nous sommes un peu plus âgées que les premières années.

- Donnez-moi un chiffre précis.

- 3500 ans et des poussières, eut envie de répliquer Soledad mais elle se contenta de leur donner seize ans.

- Pourquoi vous mettre avec les premières années alors que vous devriez, d'après votre âge, être aptes à passer vos BUSES ?

- On aime tellement l'école qu'on a préféré se taper cinq années supplémentaires de cours, ironisa Soledad.

Dumbledore ne semblait pas enclin à la plaisanterie et attendait de vraies explications. Ses yeux ne pétillaient pas plein de malice comme à sa habitude et avait posé sa baguette sur son bureau, à portée de main.

- Plus sérieusement, nous n'avons jamais étudié dans une école telle que Poudlard. Il aurait été risqué d'entrer directement en cinquième année.

- Vos capacités magiques ne semblent pas être un problème. Montrez-moi vos baguettes je vous prie.

Elles s'exécutèrent et attendirent le verdict...

- Mais il ne s'agit que de deux morceaux de bois ! s'exclama Dumbledore. Vous n'avez pas recours à l'art des baguettes pour user de votre magie ?

Sauf erreur de leur part, les jumelles crurent déceler une pointe d'étonnement et même d'admiration dans le regard du vieux sorcier.

- On ne savait même pas que la magie des baguettes existait avant de venir ici.

- D'où venez-vous ?

- D'ici et d'ailleurs, éluda Marie.

Sur cette réponse plus qu'évasive, le Professeur McGonagall entra suivit de près par Madame Pomfresh.

- Encore vous ! s'exclama-t-elle. Qu'est-ce qu'il vous est arrivé cette fois ? Mais enfin Albus, pourquoi ne pas les avoir amenées directement à l'infirmerie ? s'indigna la médicomage. Par laquelle je commence ?

- Alors, pour Marie, ça sera juste la brûlure sur l'épaule et...

- ... pour Soledad, ça sera tout le reste, soit la blessure à la tête et la côte cassée, acheva Marie dans un sourire amusé.

- La côte cassée ! Et personne ne vous a apporté les premiers soins ? Quel honte de vous avoir lais... mais... vous avez vieilli !

- Et ce n'est que maintenant que vous le voyez ? ricana Soledad.

- Et à choisir, on préfère dire qu'on a grandi plutôt que vieilli, ajouta Marie.

En voyant le processus de guérison atypique des jumelles, les professeurs furent aussi stupéfaits que Madame Pomfresh lors qu'elle y avait assisté la première fois à l'infirmerie. Après avoir remercié l'infirmière, le Professeur Dumbledore la congédia et invita sa collègue à s'assoir dans le fauteuil qu'il venait de conjurer.

- Comment se fait-il que vous ayez les mêmes blessures et qui vous les a affligées ? Qui êtes-vous ? Quel âge avez-vous et d'où venez-vous ? sortit la Directrice Adjointe d'une seule traite.

- On est censée répondre dans quel ordre ? raillèrent les jumelles mi-amusées, mi-agacées par ce flot de questions.

Devant le silence glacial de Minerva McGonagall, Dumbledore reprit la parole pour lui apprendre ce qu'il avait découvert avant son arrivée. Ces nouvelles la laissèrent sans voix.

- Pour vous répondre, nous avons les mêmes blessures parce que tout ce qui arrive à l'une arrive à l'autre. C'est ça la magie des jumeaux, ironisa Marie.

- Le gars que vous avez vu exploser, c'était probablement un démon ou un mauvais sorcier. De toute façon peu importe, il ne reviendra pas nous provoquer de là où il est maintenant, compléta Soledad sur le ton de la conversation.

- Vous semblez bien sûres de vous... qu'est-ce qu'il vous voulait ? Comment est-il entré dans Poudlard ? Vous avez l'air tellement... calme suite à cette terrible attaque, comme si vous étiez habituées à être confrontées à ce genre de situation !

- Professeur McGonagall, rendez-vous à l'évidence : notre magie est différente de la votre et par conséquent notre mode de vie aussi.

- Ce qui veut dire qu'effectivement, une petite attaque de ce genre ne nous fait ni chaud ni froid...

- ... même si ça peut sembler aberrant pour vous...

- ... nous sommes tout à fait aptes à nous défendre contre les forces du mal.

- Question d'habitude, acheva Soledad.

- Mais vous n'avez que seize ans ! Que font vos parents pour vous protéger ! s'exclama le Professeur McGonagall.

À ces mots, les sœurs Lopès se figèrent en fixant les enseignants d'un air mauvais.

- On est assez grandes pour se protéger toutes seules, pas besoin de responsables légaux, bougonna Soledad.

- Vous êtes mineures...

- Dans votre monde, peut-être, mais dans le notre... coupa Marie qui laissa sa phrase en suspend.

- « Dans le votre » ? releva le Professeur Dumbledore qui tentait d'assembler dans sa tête l'ensemble des éléments recueillis depuis le début de la conversation. De quel monde venez-vous ?

- Il y a peu de chance que vous connaissiez Monsieur, répondit Marie.

- Par « monde », vous voulez dire « pays » ? questionna la Directrice Adjointe complètement perdue.

- Je ne sais pas si on peut dire ça comme ça. Nous ne venons pas de France, d'Espagne ou des États-Unis ...

- ... ni d'aucun des cinq continents de votre monde. Je pense pouvoir dire que nous venons d'un monde qui n'appartient pas concrètement à la Terre.

- Mais nous ne sommes pas des extra-terrestres ! s'empressa d'ajouter Marie tentant l'alléger l'atmosphère qui devenait pesant.

- Je ne comprends pas... murmura Minerva McGonagall.

- Insinuez-vous que vous avez fait un voyage dans le temps ? demanda Dumbledore en se remémorant l'histoire du « décalage temporel » rapportée par les tableaux.

- Pas vraiment. Disons que nous venons d'un univers parallèle, faute de meilleur terme.

- Mais cela n'existe que dans les légendes ! Ou bien dans les sciences-récits des moldus !

- Euh, « sciences-fictions » vous voulez dire ? sourit Marie amusée.

- Toutes les légendes possèdent une part de vérité, dit Soledad sur un ton docte.

Ces paroles plongèrent les professeurs dans un silence propice à la réflexion.

- Aliania... murmura Dumbledore qui semblait réfléchir à mi voix.

En entendant un soupir exaspéré provenant de la jeune fille assisse en face de lui (en l'occurrence Soledad), il saisit qu'il s'agissait d'elle-même.

- C'est votre deuxième prénom peut-être ? la questionna-t-il innocemment.

- Si seulement ça pouvait être que le deuxième, pensa Soledad qui avait pris un air buté face à la question pourtant simple du Directeur.

- Son prénom de naissance, répondit Marie en voyant que sa sœur n'allait pas répondre. Mais ne l'appelez jamais comme ça, elle le déteste...

- Évidemment, c'est facile pour toi, ils t'ont appelé Alana ! Cela sonne mieux qu'Aliania, s'exclama Soledad, visiblement blasée par cette discussion.

- Bref, à Poudlard, on préfère se faire appeler Marie et Soledad Lopès.

- Vos véritables prénoms, qui sont fort jolis tous les deux au passage, me font penser aux légendes elfiques, confia Dumbledore avec un clin d'œil discret.

- Raison de plus pour ne pas s'appeler comme ça, bougonna Soledad.

- Oh je t'en prie arrête ! Ce n'est pas une honte d'être une elfe, d'autant plus qu'on a le privilège d'appartenir à la famille royale...

- Tu appelles ça un privilège ? hurla-t-elle énervée.

Tellement énervée qu'elle se leva sous le regard surpris des professeurs et se précipita vers la porte.

- Tu vas où ? demanda Marie relativement calme.

- Chercher mon Roméo ! lâcha la jeune fille en claquant la porte.

- Que vient-il de se passer là ? Je n'ai encore rien compris, murmura le Professeur McGonagall les yeux légèrement exorbités. Mais quel boursoufflet l'a piqué ?

- Je pense que c'est le mot « elfique » qui l'a un peu énervé, fit Marie en se mettant à l'aise sur sa chaise.

- Pourquoi ce mot l'a-t-il fait autant réagir ?

- Parce que nous descendons de ce peuple, avoua Marie d'une petite voix, et que la famille, ce n'est pas toujours le bonheur que l'on croit, soupira-telle tristement.

- Qu'entendait-elle par aller chercher son Roméo ?

La jeune fille rigola franchement et déclara :

- Elle est allée voir à qui elle va devoir donner la réplique pour notre prochaine épreuve. Je vous explique, ajouta-t-elle en voyant que les membres de la Direction ne suivaient pas. Nous sommes des personnes un peu particulières... nous sommes des elfes (elle souleva une de ses mèches de cheveux pour dévoiler son oreille pointue) mais aussi des sorcières même si nous n'usons pas de la même magie que vous. Nous avons pour devoir de protéger notre peuple et tout innocent qui se trouverait menacé par les forces obscures. Nous sommes tout le temps en mission cette cause. Ça va vous suivez jusque là ?

- Un peu près, poursuivez je vous prie, répondit Dumbledore très attentif aux paroles de son élève.

- Avec Soledad, nous utilisons la magie sous plein de formes différentes. On s'adapte en général à celle présente à l'endroit où se passe notre mission. Enfin... quand on n'a pas affaire à des moldus, comme vous les appelez. L'une des formes de magie dont nous nous servons en quasi permanence est une magie que vous n'avez pas l'air de connaître ici, c'est celle du chant et de la danse.

- Je vous demande pardon Mademoiselle Lopès ?

- J'imagine que ça doit paraitre insensé à vos yeux, mais lorsque nous chantons et dansons, notre magie devient plus puissante. D'où l'histoire d'aller chercher son Roméo, précisa Marie. Des épreuves sont organisées à intervalles réguliers afin de tester nos capacités. Pour faire court, plus on réussit à relever des défis imposés, plus on marque des points ce qui nous ouvre différentes portes. Mais je n'entrerai pas dans les détails.

Un nouveau silence se produisit et Marie en profita :

- Si vous n'avez plus de question, je peux y aller ? fit-elle en faisant mine de se lever.

- Non, pas encore Mademoiselle Lopès. Si vous êtes une sorte de... quel serait le mot le plus juste ?

- Défenseuse de l'humanité ? Guerrière des forces du Bien ? commença à énumérer Marie d'un ton amusée.

- Oui, si vous êtes une personne destinée à mener des missions pour protéger autrui, pourquoi êtes-vous là ?

- Vous allez rire ! Je n'en sais rien ! lâcha la jeune fille qui s'était recalée bien au fond de sa chaise. Non mais sérieusement ! renchérit-elle devant l'air septique des deux professeurs. On allait tranquillement fêter notre victoire contre... en fait, peut importe contre qui. Je disais donc qu'on allait amuser quand nous nous sommes retrouvées comme par magie devant le portail de Poudlard. Au passage, vos murs de protection ne sont pas très efficaces. Avec Soledad, nous n'avons eu aucune difficulté à entrer ici.

- Comme vous prétendez être des sorcières dont la magie est différente de la notre, je suppose que le problème vient de là, déclara le Directeur pensif.

- En tout cas, les gars qui nous ont attaqué tout à l'heure...

- Les gars ? N'y en avait-il pas qu'un seul ? questionna Minerva McGonagall.

- Dix de ses larbins nous sont tombés dessus dans le parc juste avant celui que vous avez vu. Bref, je disais que si ces démons sont apparus sans difficulté, d'autres risquent de venir. Avec Soledad, je vais consolider les barrières protégeant le château.

- Comment comptez-vous faire cela ?

- En poussant la chansonnette, répondit Marie d'un air énigmatique.

Tout d'un coup, Marie poussa un glapissement et posa sa main sur sa joue qui commençait à rougir, comme si elle avait reçu un coup.

- Qu'est-ce qui vous arrive ? s'inquièta sa Directrice de Maison.

- Il me m'arrive rien à moi, gémit l'élève. Faut que je voie ma sœur. Désolée, ajouta-t-elle en se dirigeant vers la sortie. Professeur McGonagall ?

- Oui ?

- Ne renvoyez pas Harry Potter pour ce qu'il a fait ce matin. Il a désobéi à un professeur pour venir en aide à Neville. C'était un noble geste.

- Honnêtement, son renvoi n'a jamais été dans mes intentions, avoua-t-elle avec l'ombre d'un sourire.

Marie fut heureuse de cette nouvelle et quitta la pièce en se ruant dans les escaliers. Après avoir vérifié rapidement que personne ne l'épiait, elle ouvrit le portail qui la mènera vers son monde.

Marie arriva dans une clairière entourée d'arbres dont les feuilles dorées s'agitaient légèrement sous le vent. L'espace était occupé par une vingtaine de personnes qui étaient visiblement occupée à s'échauffer en faisant des séries d'étirement. Certains d'entre eux dévisagèrent la nouvelle arrivante avant de s'exclamer :

- Tiens, voila la nurse.

- Tu ferais bien d'aller surveiller ta Juliette, provoqua un homme qui semblait avoir une vingtaine d'année.

En disant cela, l'homme en question eut un grand sourire et lui ouvrit grand les bras :

- Cela va faire au moins cinquante lunes que nous ne nous sommes pas vus Alana ! Comment vas-tu ?

- Tu m'as manqué aussi Anàrion, fit la jeune elfe qui se jeta dans ses bras. Je vais bien, merci. Et toi ?

- Je ne peux qu'aller bien maintenant que tu es là, lui répondit-il d'un air charmeur.

- Mais que vois-je là ? les interrompit une voix qui se voulait sévère mais dont l'amusement perçait. Serais-tu en train de draguer ma sœur ?

- Loin de moi ce genre de pensées mesquines gente dame. Je lui manifestais simplement oh combien sa magnifique présence m'avait manqué, sourit-il en s'inclinant légèrement.

- J'ose l'espérer pour vous Monsieur, sinon je me serais vu dans l'obligation de rapporter votre comportement à son promis, le Seigneur Lëndiwell, plaisanta Aliania en lui rendant son sourire avant qu'il ne s'éloigne des jumelles. Tu en as mis du temps ! fit-elle à l'intention de sa jumelle.

- Je ne suis partie d'un quart d'heure après toi. J'imagine que le temps que j'arrive, il s'est écoulé plusieurs heures ici.

- Quelques unes en effet. On va répéter ?

- Alors, qui est ton Roméo ?

- C'est une nouvelle recrue apparement. Il viendrait d'Angleterre d'après ce que j'ai entendu dire.

- Tu ne l'as pas encore rencontré ? s'étonna Alana qui faisant quelques mouvements pour préparer ses muscles à danser.

- Non. Je suis passée à Fondcombe, histoire de prendre des nouvelles, ajouta-t-elle en voyant son regard interrogateur.

- Qu'elles sont-elles ?

- Les Rôdeurs nous ont rapporté des éléments guère rassurants. Il y aurait du mouvement dans les terres du Mordor. Des rumeurs courent à propos de l'Unique qui aurait été retrouvé...

Ces nouvelles laissèrent perplexe la jeune fille. Elle se sentait légèrement inquiète. Si les rumeurs disaient vrai, alors cela ne présageait rien de bon pour les peuples libres de la Terre du Milieu. Elle ne se souvenait que trop bien du chaos qui avait régné durant la Grande Guerre contre Sauron le Maléfique. Beaucoup de gens étaient morts dans d'atroces circonstances et les royaumes des différents peuples avaient presque été tous détruits.

- Moi aussi ces nouvelles m'inquiètent ma chérie. Peu importe ce qu'il se passera, nous l'affronterons ensemble, la rassura Aliania en lui prenant les mains. Gandalf et Grand-Pas ont quitté Fondcombe il y a deux jours pour tenter d'en apprendre plus.

- D'accord... Pendant que j'y pense, il faudra renforcer les barrières magiques de Poudlard. Dumbledore ne s'y est pas opposé.

- Parce qu'il sait pour nous ? Que lui as-tu dit exactement ?

- Que nous sommes des sorcières elfes protectrices qui se battent pour les forces du Bien et que avons été envoyées là-bas sans en savoir la raison.

- La vérité moins les détails superflus en somme ?

- Exactement.

- Laquelle d'entre vous est Aliania ? les interrompit un jeune homme dont les longs cheveux noirs ondulaient sous une légère brise de vent.

- Ça dépend, c'est pour quoi ? répliquèrent en chœur les jumelles, l'une énervée d'être nommée ainsi tandis que l'autre n'appréciait guère qu'un inconnu les dérange en pleine conversation.

- Je suis Matthew Lewis, l'interprète de Roméo Montaigu. Alors, qui aura l'immense honneur de m'embrasser ? demanda-t-il en affichant un air de vainqueur.

- Non mais je rêve ! Pour qui il se prend ce connard ? dit Aliania en se retenant de le frapper.

- Pas pour du crottin de cheval, c'est évident. Vas-tu le laisser parler de toi de la sorte ? s'étonna Alana.

- Ola ola ola, on recommence : salut, je suis Soledad et voici ma sœur Alana. Nous aussi on est ravi de faire ta connaissance, railla Soledad un brin agacée. Maintenant que les présentations sont faites, tu vas abandonner ton petit air supérieur de sale macho et faire profil bas. Est-ce clair ?

- Pour incarner une jeune fille vierge et effarouchée, je te trouve bien agressive et désobligeante. On m'avait pourtant dit que j'aurais à travailler avec une agréable nana canon...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Soledad avait perdu patience et venait de lui saisir brusquement le bras en le lui tordant, l'obligeant ainsi à s'agenouiller dans l'herbe humide. Il se tût, le visage crispé par la douleur.

- Tiens-tu vraiment à achever ta phrase ?

- N... Non, grommela-t-il entre ses dents.

- Mais encore ? ajouta Alana voyant que sa sœur n'allait pas le lâcher comme ça.

- Je... je m'ex...

- Allons, ce n'est pas si compliqué à dire ! se moqua Soledad. À ton avis, qu'est-ce qu'il est le mieux ? T'excuser et ainsi repartir sur de bonnes bases ou bien répéter le bras dans le plâtre pendant deux semaines ?

- Je m'excuse ! s'exclama Matthew, vert de rage d'être ainsi rabaissé par une femme.

- Ah bah voilà, c'est mieux ! déclara Alana. Maintenant, allons répéter. On n'a pas que ça à faire.

- Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, votre attention s'il vous plait ! interpella Soledad. Tout le monde m'entend ? Bien ! Nous allons pouvoir faire la scène d'ouverture. Je sais qu'il manque du monde mais comme d'habitude, nous ne réussirons jamais à répéter tous ensemble en dehors du jour J. Les Montaigu, placez-vous du côté de Matthew ! Les Capulet venez vers moi.

L'entraînement dura toute la nuit et une bonne partie de la matinée. Les jumelles auraient bien poursuivi mais leurs camarades étaient trop éreintés. L'acte I était presque prêt ce qui n'était pas si mal pour douze heures de travail intensif. Alana appréhendait un peu la suite du spectacle car les deux amants semblaient plus être dans la phase « haine » qu' « amour ». Soledad avait beau être une excellente actrice, elle avait du mal à rester maître de ses émotions. Enfin, d'une émotion en particulier : la colère.

Tous avait déjà entendu parler des éclats légendaires de la princesse guerrière et peu osait la défier ouvertement. Ceux qui la connaissaient le mieux savaient que la plupart du temps, elle cachait divers sentiments derrière ses cris de rage. Cependant, son entourage tâchait de s'en accommoder tant bien que mal. En réalité, beaucoup se demandait comment une personne qui a connu tant d'épreuves douloureuses dans son existence pouvait encore tenir debout et de ce fait tolérait son caractère fougueux. Les comportements des jumelles étaient parfois très éloignés de ce que les us et coutumes elfiques attendaient des dames de leur rang. En réalité, cela faisait des siècles qu'elles avaient décidé de tenir tête aux traditions et prouvaient jour après jour que la femme est loin d'être l'inférieur de l'homme. Chez les elfes, la femme a toujours eu une place privilégiée par rapport aux humaines ou aux naines. Malgré cette ouverture d'esprit, les elfes masculins ont toujours perçu leurs filles et sœurs comme des êtres fragiles à protéger. Les dames devaient servir les hommes même si cela était moins perçu comme de l'esclavage ou de la soumission chez le peuple elfique. Préparer à manger, raccommoder les chemises, assurer la descendance de la famille... autant d'activité que rejetait Aliania et Alana. Cette dernière acceptait jusqu'à un certain point de se plier aux exigences de ses ascendants. Elle justifiait cette docilité auprès d'Aliania en lui disant agir par intérêt : mieux valait avoir de bons rapports avec les rois et seigneurs de monde afin d'avoir accès plus aisément à certaines informations ou certains privilèges.

Leur père, le Seigneur Elrond, chef et protecteur de Fondcombe, était un être profondément respecté et admiré pour sa sagesse et le don qu'il avait pour guérir les blessures. Il veillait avec bienveillance sur son peuple et chérissait sa famille plus que tout. Une nuit de pleine lune durant une mission de reconnaissance, le Seigneur Elrond avait fait la connaissance d'une femme de sang mêlé, mi-humaine, mi-elfe. Il l'avait secouru alors que celle-ci était blessée suite à une attaque dont elle n'a jamais voulu narrer le déroulement. Il l'avait accueilli dans son Royaume le temps qu'elle se rétablisse. Il se trouvait que cette femme avait deux sœurs, Prestya et Leïa, issus d'une union de cousins éloignés en Lothorien. Durant la période de convalescence, ils avaient appris à se connaitre et à s'apprécier. Ils s'unirent très rapidement, seulement quelques semaines après leur rencontre. Le peuple avait été ravi d'apprendre la venue prochaine d'une descendance. Quel fut leur bonheur en voyant que leur princesse avait accouché non pas d'un enfant, mais de quatre petites filles ! L'ainée fut nommée Aliana, puis vint Alana, Aliania et enfin Alania. Leur mère avait dut batailler pour faire accepter à son cher et tendre ses prénoms pour le moins semblables. Elrond avait finalement cédé à sa requête, se refusant de gâcher le bonheur de sa femme. Ce que le Seigneur de Fondcombe ignorait et apprit à ses dépends, c'est que sa femme était en réalité une magicienne qui avait un devoir de protection envers les peuples de la Terre du Milieu. Après des années de silence, sa véritable identité fut révélée lorsque des démons, vils créatures de l'enfer qui se ressemblaient à aucun orque connu, la retrouvèrent et l'attaquèrent sans répits durant dix ans.

Une nuit d'orage, des messagers qui se rendaient à Fondcombe entendirent les cris suppliants d'une enfant. Ils se précipitèrent à la source et découvrirent avec horreur une petite fille en pleurs tenant le corps ensanglanté de leur Reine. Ils ne purent rien faire, l'âme de cette mère ayant quitté depuis de longues heures son enveloppe charnelle pour rejoindre ses ancêtres...

Le cœur remplit d'un chagrin sans nom, la famille royale avait enterré dans la plus stricte intimité. Seuls Gandalf, un magicien ami de la famille, et quelques proches purent assister à la mise en terre. Les années s'écoulèrent lentement et difficilement. Heureusement que Prestya et Leïa épaulaient Elrond dans l'éducation des quadruplées car celui-ci ignorait quasiment tout de la magie qui émanait d'elles. La vie n'avait pas été un long fleuve tranquille. Tant de choses se sont produites...

Un beau jour, le Seigneur Elrond avait fait une nouvelle rencontre. Il eut trois enfants de sa seconde union avec la Dame Celeborn : Elladan et Elrohir, deux jumeaux vaillants et généreux et Arwen, une fille douce et pacifique. À croire que le destin s'acharnait sur la famille royale : l'épouse avait fini par trépasser d'une maladie incurable ce qui avait plongé la famille dans une profonde douleur. Depuis ce jour funeste, le Seigneur des Elfes n'avait plus jamais désiré retrouver une compagne.

Les sœurs Lopès décidèrent d'un simple regard de chevaucher en direction des Terres du Mordor pour tenter de trouver des éléments pouvant concrétiser les rumeurs. Elles se trouvaient à plusieurs jours de chevauchée du Territoire Maudit mais savait qu'avec le décalage temporel, elles devraient être de retour à Poudlard pour l'heure du petit-déjeuner.


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A bientôt !