Bonjour !
Désolée d'avoir été plus longue que d'habitude pour publier mais je n'avais pas trop le temps d'écrire ces temps-ci (ou alors j'avais la flemme, je l'avoue).
Je fais un petit rappel pour les lecteurs qui auraient quelques difficultés pour s'y retrouver parmi les quadruplées (je sais, ce n'est pas toujours évident). Alors, de la plus petite à la plus grande, cela donne :
- Alania, celle qui vit en permanence à Fondcombe/Imladris
- Aliania/Soledad, celle qui pète le plus souvent un cable ^^
- Alana/Marie, celle qui joue les médiateurs entre Aliania et les autres
- Aliana, celle qui est devenue maléfique après avoir été enlevée enfant.
Si vous avez besoin d'un plus grand récapitulatif, faites-moi signe ! Bonne lecture !
Chapitre 8 – Après l'effort, le réconfort
- Déjà là ? On ne pensait pas vous voir avant le début du spectacle, déclara Anàrion en voyant arriver Aliania et Alana.
- Oui, on a quelques petites choses à faire avant. Comment ça va depuis la dernière fois ? répondit Aliania en l'enlaçant brièvement.
- Ça va. J'ai croisé Anabellissë, elle voulait te parler.
- Tu sais à quel sujet ?
- Non. Mais tu ne devrais pas tarder à le savoir, lui dit-il en désignant quelque chose derrière elles.
Les jumelles se retournèrent et virent au loin une silhouette féminine qui marchait avec grâce dans leur direction. Une minute plus tard, une elfe vêtue d'une longue robe marron et or les salua visiblement ravie de les revoir. Après avoir échangé quelques nouvelles, Alana les quitta pour aller rejoindre ses tantes qui devaient être vers son père. Aliania en profita pour entraîner Anabellissë dans ses appartements privés afin d'écouter ce qu'elle avait à lui dire.
- Alors, qu'est-ce qu'il t'arrive ma belle ? demanda Aliania en s'asseyant sur le bord du lit.
- Je ne suis pas sûre que je doive te raconter ça... commença-t-elle en hésitant.
- Tu sais bien que tu peux tout me dire. Tu me fais confiance, non ? l'encouragea-t-elle en lui souriant.
- Oui, bien sûr. Je n'hésiterais pas à te confier ma vie ! C'est juste que... je n'étais pas censée entendre ce que j'ai entendu.
- Mais cela ne va pas t'empêcher de me rapporter cette conversation privée, murmura Aliania en se penchant vers son interlocutrice d'un air complice.
- Exactement, se détendit un peu son amie. Il y a quelques jours, j'ai surpris Prestya dire à Léïa qu'elle avait trouvé un moyen pour régler le problème.
- Quel problème ?
- Tu sais, toi, Alana et elle.
- Je réitère ma question.
- Le fait que vous soyez inséparables magiquement parlant.
- Ouais je vois... qu'est-ce qu'elle voulait dire par « trouver la solution » ?
- J'imagine qu'elle pense avoir trouvé une manière de rompre ce lien.
- C'est impossible ! Quand bien même ce serait le cas, elle n'oserait jamais nous faire ça.
- On parle de Prestya. Rien de la stoppe quand il s'agit de vous séparer.
- Léïa ne la laisserait jamais faire ! Je ne peux pas croire cela.
- Il va de soi que cette conversation n'a jamais eu lieu.
- Quelle conversation ?
Les deux jeunes elfes se sourirent et changèrent de sujet.
- J'ai également ouïe dire qu'un messager devrait être dépêché pour prévenir le Seigneur Thranduil des derniers évènements. Il n'y a personne de disponible pour l'instant.
- Intéressant. Je me ferai un plaisir de chevaucher jusqu'à l'orée de la Forêt Noire.
- Quelque chose me dit que ce n'est pas la seule chose que tu veux chevaucher...
- Wow ! Aie-je bien entendu ? Comme vous y allez Mademoiselle ! Alors comme ça, on se dévergonde en cachette ? la taquina-t-elle en la faisant rougir.
- Mais j'ai raison, n'est-ce pas ?
- Absolument ! Cela fait des semaines que je ne l'ai pas vu et je t'avoue que oui, il me manque terriblement. Je te jure, c'est horrible de devoir jouer les gamines dans une école. Pas le droit de se battre, de boire, de fumer, de draguer, de vivre quoi !
- C'est vrai que ça a l'air horrible... fit-elle dans un demi-sourire qu'elle tentait de cacher.
Anabellissë connaissait depuis longtemps le caractère fougueux de sa meilleure amie. En fait, elle l'a toujours connue comme ça : vive, impertinente mais vraie. Elle admirait cette femme qui avait su s'émanciper d'elle-même des us et coutumes de son peuple malgré les fortes pressions que sa famille avait exercées sur elle. Elle l'admirait également pour sa capacité à se relever après les coups durs que la vie lui avait donnés et son courage sans faille. Elle-même n'avait pas eu une enfance facile : il ne lui restait que peu de souvenirs de ses plus tendres années mais sa peau se faisait un malin plaisir de lui rappeler tous les sévices qu'elle avait subis. Un jour, un rôdeur l'avait découvert inconscience dans un bois près d'un camp de brigands abandonné. À l'époque, elle devait n'avoir que six ans et les seuls souvenirs qu'il lui restait étaient son douloureux réveil dans une pièce éblouissante. Elle se souvient de l'immense souffrance qui avait envahi son corps tout entier, corps parsemé de bleus et de coupures en tout genre. Le rôdeur avait eu pitié de cette enfant battue à mort et l'avait confiée au Seigneur Lenorièl qui l'avait soignée tant bien que mal. Son état étant très préoccupant, il avait du recourir aux talents de guérison du Seigneur Elrond. Ce dernier avait été peiné de voir combien les hommes avaient été cruels avec un être si pur. Il avait alors pris la décision d'accueillir sous son toit cette pauvre petite créature innocente afin de lui offrir une vie meilleure. Aliania avait eu du mal à accepter cet élan d'affection pour Anabellissë. En réalité, la jeune Princesse ne ressentait aucun sentiment négatif envers la petite fille si ce n'est qu'elle enviait l'attitude de son père envers elle. La jumelle lui en avait voulu longuement et avait perçu cette adoption comme une tentative de l'évincer de la famille. Avec le temps, Aliania avait fini par comprendre que la petite fille blessée n'avait rien demandé et qu'elle était en réalité adorable. La jeune Princesse avait pris alors Anabellissë sous sa protection et s'était promis de retrouver les agresseurs et de leur faire payer leur crime.
Une cloche sonna dans le lointain attirant l'attention des deux jeunes femmes.
- Le déjeuner est annoncé. Te joins-tu à nous ?
- Euh...
- Je prends ça pour un oui. Allons-nous changer.
- Il n'est pas question que je mette une robe ! s'exclama Aliania dans une grimace de dégoût.
- Comme tu voudras, soupira sa meilleure amie.
Quinze minutes plus tard, Aliania faisait les cents pas dans un couloir. Elle se demandait ce qu'elle faisait là et était à deux doigts de partir en courant.
- Putain, j'ai besoin d'un verre, grommela-t-elle en serrant les dents.
- Voila un vocabulaire fort peu acceptable pour une invitée venant à Imladris.
La jeune fille fit volte face pour toiser sa tante Prestya avec mépris :
- Une invitée ? Quoi, je ne suis pas chez moi ici ? cracha-t-elle.
- Cela fait longtemps que tu as choisi de déménager ailleurs...
- Comme si on ne m'avait pas vivement poussée vers la sortie... Tu es une vraie p...
- Mesdames ! Le déjeuner est prêt, je vous invite donc à prendre place à table, intervint Léïa qui venait d'apparaitre au détour du couloir. Chérie, je suis heureuse de te voir. Comment vas-tu ?
- Ça allait plutôt bien jusqu'à ce que cette...
- D'accord, je crois deviner la suite de ta réponse et elle n'est guère recevable.
- À l'avenir, évites de me demander comment je vais quand ta sœur est dans le coin.
Léïa ne répondit rien et fit signe à sa nièce d'entrer dans la salle de réception. La longue table était quasiment remplie et il ne restait guère de choix de place.
- Réfléchissons, fit Aliania à voix haute. Soit j'accepte de m'asseoir entre mes deux chères tantes, soit entre ma petite sœur et l'hôte de cette table. Merveilleux dilemme, railla la jeune fille qui avait de plus en plus envie de s'enfuir en courant.
- Ma fille me fera-t-elle l'honneur de se rejoindre à moi pour ce repas ? s'enquit le Seigneur Elrond dans la volonté d'éviter tout éclat.
- Chérie, tu as plutôt intérêt à faire un effort sinon je risque de ne pas être de bonne compagnie une fois que nous serons retournés à Poudlard, la prévint Alana en la fixant.
- À tes ordres, chérie... rétorqua Aliania en accentuant bien sur le dernier mot.
- Si tel est votre désir Ada, répondit-elle mielleusement sous les regards surpris en s'inclinant très légèrement devant lui.
Elle s'assit en silence en défiant du regard quiconque qui oserait lui adresser la parole. Le repas se fit malgré tout dans une ambiance conviviale même si Aliania ne répondait que très peu aux questions qui lui étaient posées. À un moment, Prestya lâcha une phrase qui aurait pu paraitre innocente aux yeux de tous mais que les sœurs Lopès prirent comme une attaque personnelle :
- Quel plaisir de voir toute la famille réunie !
Aliania laissa échapper un rire dédaigneux et dévisagea sa tante :
- Toute la famille vraiment ?
- Ah oui effectivement, j'ai omis quelqu'un. Comment va ta fille chère sœur ? s'enquit-elle auprès de Prestya.
- J'imagine qu'elle va bien. Elle est en mission.
- Où est-elle ? s'enquit Alana, cherchant à faire diversion.
- Quelque part sur les terres du Gondor...
- D'accord, Lenya n'est pas ici présente mais elle n'est pas la seule absente, dit Aliania avec un ton menaçant.
- Je ne vois personne d'autre, s'entêta Prestya dans un regard mauvais.
- Ça vous ferait vraiment trop mal de prononcer son nom ? A-LIA-NA ! Ce n'est pourtant pas compliqué !
- Comment oses-tu parler d'elle ici ? Notre tolérance à des limites...
- Mais ici ou ailleurs, c'est la même chose ! Vous l'avez tous répudiée de votre vie ! Prétendre que les elfes sont les êtres les plus tolérants et ouverts d'esprits de la Terre du Milieu, c'est avoir un gros problème d'égocentrisme et de manque d'objectivité ! ironisa la jeune fille en colère en se levant.
- Aliania ! Assieds-toi s'il te plait ! intervint son père.
- NON ! J'en ai assez de venir ici pour vous entendre attaquer ma grande sœur ! Et à ce propos, n'envoie plus tes soldats pour la tuer, continua-t-elle en s'adressa à Prestya. Sinon tu auras affaire à moi... Je vous souhaite une bonne journée ! fit-elle avec un magnifique sourire hypocrite en jetant sa serviette dans l'assiette de sa tante et en tournant les talons, fière de sa sortie.
Ses sœurs se regardèrent, soupirèrent, s'excusèrent avant de s'empresser de rejoindre leur sœur. Ne la voyant pas, elles décidèrent d'un accord silencieux de se rendre au cimetière sur la tombe de leur mère supposant qu'Aliania devait s'y trouver. Elles ne s'étaient pas trompées : leur sœur était agenouillée devant la pierre tombale de leur défunte mère et semblait perdue dans ses pensées.
- Chérie, est-ce que ça va ? demanda sa grande sœur en s'agenouillant à ses côtés en lui posant une main sur l'épaule.
Alania s'était placée derrière elle et lui caressait tendrement les cheveux en lui disant :
- Je suis désolée pour l'attitude de Prestya...
- Tu n'as pas à t'excuser pour elle, répondit brusquement Aliania.
- J'aurais du intervenir avant qu'elle ne discrimine Aliana une énième fois...
- C'est drôle, je n'ai pas l'impression qu'elle est la seule à discriminer Aliana, gronda-t-elle à voix basse.
- Pardon ?
- Je parle de votre attitude à toutes les deux ! D'accord, vous n'avez peut-être rien dit contre elle publiquement mais vous ne faites rien non plus pour la défendre ! Et moi qui pensais qu'entre sœurs on devait se protéger coûte que coûte...
- Aliania... commença son aînée.
- Non ! Arrêtes de m'appeler comme ça, je déteste ce prénom !
- Mais pourquoi ? Si Nana l'a choisi, c'est qu'il lui plaisait.
- Et alors ? Sérieusement, qu'est-ce que ça peut faire qu'elle l'ait choisi ? Ce n'est vraiment pas la meilleure chose qu'elle m'ait laissé ! En fait, plus j'y pense, plus je réalise qu'elle ne nous a laissé que des merdes en héritage !
- Comment peux-tu dire ça ? C'est injuste de lui reprocher cela !
- Elle ne serait pas morte, la situation n'aurait pas dégénéré comme ça ! Aliana ne serait pas restée captive – en fait, elle n'aurait même jamais été enlevée –, je n'aurais pas été séparée de vous et ne détesterais sans doute pas autant Prestya !
- Notre mère n'a pas demandé à mourir jeune ! Elle n'a pas choisi de nous abandonner ! s'énerva Alania.
- Tiens, tu sais élever la voix ? railla Aliania. Décidément, on en apprend tous les jours !
Sa petite sœur l'ignora délibérément et poursuivit sur sa lancée :
- Nana s'est faite tuée, ce n'est pas comme si elle avait décidé sur un coup de tête de mettre fin à ses jours afin de ne pas nous voir grandir !
- Merci de cette piqure de rappel, j'étais là quand elle est morte ! rétorqua sèchement Aliania en se levant vivement.
- Je croyais que tu ne te souvenais pas de ce qu'il s'était passé... murmura-t-elle. Tu as toujours maintenu que tu avais oublié les détails de cette nuit...
- Quoi ? Tu voudrais peut-être connaître ces détails ? Tu sais, si l'enterrement était à cercueil fermé, ce n'était pas sans raison...
- Sans façon, fit Alania en s'éloignant écœurée par les propos de sa sœur.
- Quoi ? agressa Aliania en regardant sa grande sœur.
- Tes sous-entendus étaient horribles Aliania.
- Faut arrêter de la materner !
- N'est-ce pas toi qui disais tout à l'heure que l'on devait veiller les unes sur les autres ?
- Oui, mais je considère que trop de protection tue la protection ! On ne pourra pas préserver du mal notre petite sœur éternellement. Au cas où tu n'aurais pas remarqué, une guerre se prépare et celle-ci ne va certainement pas se cantonner aux portes du Mordor. Soit réaliste ! Si Sauron est de retour, il fera tout pour asservir l'intégralité de la Terre du Milieu.
- Pour l'instant, rien ne nous dit que Sauron est sur le point de faire son grand come-back...
- Mais oui, la puissance maléfique que nous avons ressentie vers le Mordor n'était que le fruit de notre imagination ! railla Aliania.
- Elle peut provenir d'autre chose...
- Ah ouais ? Et de quoi selon toi ? se moqua durement sa sœur. D'un simple petit rassemblement d'orcs ? Rien de grave en somme ! Non mais ouvres les yeux ! fit-elle en faisant claquer ses doigts sous les yeux de sa sœur. On se doutait plus ou moins que l'esprit de Sauron avait survécu. Maintenant on en a la preuve.
- Je ne crois que ce que je vois, maugréa Alana.
- Dans ce cas, retournes là-bas et cette fois, vas voir de tes propres yeux ce qui se cache derrière la Porte Noire ! lâcha sa petite sœur exaspérée par son manque de réalisme.
- Est-ce que cette conversation va se finir avec deux filles fâchées et une envie de meurtre commune ou bien avec deux adultes responsables aptes à gérer deux points de vue différents ?
- Solution number two darling!
- All right sweetie ! Let's go.
Les deux sœurs se sourirent et partirent seller leurs chevaux afin de se rendre jusqu'à la clairière où se déroulerait l'épreuve. L'écurie accueillait une vingtaine d'étalons dont la plupart piaffait d'impatience. Les trois personnes qui étaient déjà en train de seller leurs montures saluèrent les deux princesses en s'inclinant respectueusement.
- Désirez-vous que nous préparions vos chevaux ? s'enquit l'un d'entre eux.
- Merci messieurs mais nous préférons le faire nous-mêmes, les gratifia Alana d'un sourire. Où allez-vous ?
- Le Seigneur Elrond nous envoie quérir le magicien Mithrandir.
- Savez-vous où le trouver ? s'étonna Aliania qui connaissait suffisamment le vieil homme pour savoir qu'il était rare de savoir où le chercher.
Mithrandir, qu'elle appelait plus communément Gandalf, était un des seuls grands magiciens restant en Terre du Milieu. À l'aide de son supérieur Saroumane le Blanc, Gandalf le Gris les avait guidées elle et ses sœurs dans leur apprentissage de la magie. Cela n'avait pas été une tâche aisée car leur magie était très différente de la leur. Les jumelles avaient rapidement saisi qu'elles devraient apprendre à maitriser leurs pouvoirs même si ceux-ci dépassaient largement les connaissances de leurs guides respectifs. Saroumane avait pris sous son aile Aliania dans un premier temps avant de la confier à son ami Gandalf sous prétexte qu'il n'avait plus suffisamment de temps à lui consacrer. Dans les faits, la jeune elfe avait toujours su que le magicien en tête du Conseil n'avait que faire de transmettre son savoir et elle devait admettre qu'elle avait tout fait pour lui rendre la vie impossible...
Flash back :
- Je vous avais donné trois lunes pour acquérir le contenu de ce livre. Qu'en avez-vous retenu ? demanda Saroumane appuyé sur son bâton magique.
- J'ai retenu le fait qu'il s'intitulait « Enchantements de la forêt d'Or », commença à répondre l'enfant, et que...
- Poursuivez.
- Je trouve que le titre est un leurre : il n'y a rien d'enchanté là dedans, déclara-t-elle franchement.
- Voyez-vous cela, fit le Maître en haussant les sourcils. Je ne vous ai pas demandé d'émettre un avis sur le contenu de cet ouvrage mais de me le résumer succinctement.
- Oh, vous souhaitiez un résumé ? Milles excuses Maître Saroumane, fit-elle narquoisement en s'inclinant. Cet ouvrage retrace l'historique de la création de la Lothorien jusqu'à l'arrivée au pouvoir d'une sorcière elfe.
- Vous ne l'avez pas achevé alors que c'était une consigne non négociable.
- Pourquoi perdrais-je mon temps à lire des écrits soporifiques remplis de mensonges ? argua Aliania en laissant tomber entièrement son masque de jeune fille bien élevée. Je sais déjà tout ce qu'il y a à savoir sur ce royaume, ce peuple et leurs pouvoirs elfiques !
- Votre père sera ravi d'apprendre les idées calomnieuses que vous avez envers vos ascendants.
- Encore faudrait-il qu'il se donne la peine de se déplacer jusqu'ici pour les entendre, rétorqua-t-elle avec colère. À ce propos, qu'est-ce qui vous pousse à venir dans cette prison ? Si vous venez uniquement pour tenter de m'inculquer un quelconque savoir magique, vous pouvez alors vous désengagez de cette corvée !
- Pourquoi trahirais-je la confiance que le Seigneur Elrond a placé en moi en me conférant la tâche de votre guider dans l'éveil de vos dons ?
- Me guider dans l'éveil de mes dons ? releva-t-elle en ricanant. Il n'y a qu'avec mes sœurs que je pourrais les maitriser et les faire évoluer. Vous n'avez rien à m'apprendre d'utile et vous vous servez de cette excuse pour maintenir un lien de confiance avec les peuples elfiques gardiens des trois anneaux magiques.
- Comment osez-vous insinuer que mon amitié envers votre peuple est intéressée ? s'enquit-il d'une voix dangereusement douce et basse.
- Je n'insinue pas, j'affirme. Le temps nous le prouvera, décréta-t-elle sur un ton énigmatique.
Étrangement, la jeune fille n'avait plus jamais revu son mentor revenir à la Cité d'Argent et avait appris par la suite que Gandalf reprenait en main son éducation magique.
Fin du flash-back.
Les trois cavaliers répondirent que Mithrandir, d'après les dernières informations apportées par des Rôdeurs, se trouvait dans les alentours de l'Isengard, le domaine de Saroumane. Les deux princesses leur souhaitèrent une bonne quête et finirent de seller leurs chevaux avant de s'élancer vers la sortie de la Cité de Fondcombe.
Le trajet passa assez rapidement – les sœurs ne s'étant pas octroyées de pause – et les paysages vallonnés et sereins de Fondcombe avaient laissé place à une immense forêt sombre. Sa traversée pouvait paraître oppressante pour la plupart des hommes mais les deux elfes étaient habituées à aller dans toutes sortes d'endroits glauques. Elles n'avaient pas emprunté le chemin le plus agréable mais contourner l'étendue d'arbres leur aurait rajouté plus d'une heure de chevauchée pour atteindre la clairière.
Arrivées à destination, les jumelles découvrirent qu'il régnait une ambiance particulièrement fébrile parmi les artistes. Le stress commençait à monter dans les rangs des plus jeunes personnes tandis que les plus expérimentés tentaient de les rassurer.
- Salut tout le monde ! les interpella Alana. J'ai la nette impression qu'il manque encore du monde. Mettez vous en ligne pour que je puisse faire l'appel.
- Où est la liste ? s'enquit sa sœur.
- Tenez Princesse, répondit Anàrion en lui tendant le parchemin.
- Tiens, tu es là ? s'étonna-t-elle. Tu as fait vite pour venir depuis Fondcombe.
- Je suis partie juste après vous avoir croisé, s'expliqua le jeune homme.
Après avoir appelé l'ensemble des acteurs, Alana réalisa qu'il manquait ses deux tantes et sa plus jeune sœur en tant qu'acteurs principaux et cinq autres personnages interprétant des habitants de Vérone.
- Ils ne devraient pas tarder à arriver. En attendant, finissons de placer les décors puis échauffons-nous. Y-a-t-il des questions ? Des éléments à revoir ? Non ? Parfait !
Tandis qu'ils s'exécutaient, Alana entendit dans le lointain des bruits de nombreux sabots foulant le sol. Elle crut discerner quatre ou cinq chevaux galoper à vive allure, ce qui était plutôt étrange quand on savait qu'il fallait slalomer sans cesse entre les vieux chênes et hêtres qui peuplaient la forêt.
Une minute plus tard, les cavaliers arrivèrent à destination. Il s'agissait en réalité d'une petite escorte composée d'une dizaine d'elfes armés dont la plupart affichait l'emblème d'Imladris. Au milieu de leur formation se tenait majestueusement trois femmes elfes qui tentaient de reprendre dignement leur souffle suite à cette course.
- Et bien, quelle entrée ! En voilà une jolie garde rapprochée ! railla Aliania en voyant que sur les dix guerriers, seulement la moitié participait à l'épreuve.
- Les routes ne sont pas sûres et il aurait été imprudent pour des gens de notre rang se cavaler jusqu'ici seuls, commença à se justifier Prestya sur un ton hautain.
Devant cette réponse, la nièce arqua le sourcil :
- « Les gens de notre rang » ? Attention aux chevilles, ça enfle vite et nous n'avons pas de souliers de rechange.
- Ce qui est risible, renchérit Alana, c'est qu'en cas d'attaque, il en va de l'honneur des Seigneurs de défendre son peuple. D'autant plus que dans votre cas, chères Dames d'Imladris, vous seriez les plus aptes à protéger votre entourage grâce à vos pouvoirs.
- Les hommes se doivent avant toutes choses de protéger les femmes au péril de leurs vies, contre-attaqua Prestya.
- À quoi ça sert que je me batte corps et âme contre le sexiste et que je lutte pour la parité des sexes quand j'entends ce genre de propos arriérés provenant de ma propre famille ! s'énerva Aliania. Le progrès n'est pas encore en marche en Terre du Milieu, c'est moi qui vous le dis ! cracha-t-elle avant de tourner les talons pour aller se coiffer.
- Léïa, Alania, j'espère que vous n'avez pas perdu votre voix sinon il vous sera difficile de passer l'épreuve, nargua Alana quelque peu surprise par le silence des deux autres cavalières.
- À quoi bon intervenir ? soupira Prestya en attachant son étalon à un poteau de bois.
- Chacune de leur rencontre apporte son lot de querelles et d'humiliations, compléta Alania. Je suis lassée de devoir jouer les médiateurs.
- Nous sommes toutes lassées de quelque chose mais ce n'est pas pour autant que nous renonçons, laissa échapper Alana entre ses dents.
- Ce qui signifie ?
- Non, rien... esquiva sa grande sœur. Allons-nous changer et allumer les flambeaux. Il va bientôt faire nuit.
Les retardataires s'empressèrent de se préparer. Une heure plus tard, d'autres cavaliers arrivèrent.
- Probablement le jury, pensa Aliania sans les regarder.
- Ada ! s'exclama Alana en se précipitant vers les nouveaux arrivants. Mais que faites-vous ici ?
- Je suis venue encourager mes trois princesses. Il est fort peu habituel qu'une de vos épreuves soit si proche d'Imladris.
- Certes, j'espère que nous ne vous décevrons pas Ada, lui sourit-elle.
- Il n'y a pas de risque, jamais tu ne m'as déçu ma fille, répondit-il en lui rendant son sourire.
- Et moi là dedans ? intervint Aliania qui avait suivi de loin la conversation. Je suis à quel niveau sur l'échelle de votre approbation ? Sur une échelle de zéro à cent, je dois être au moins à moins cent. Pas vrai ? railla-t-elle.
- Je ne mesure pas ma déception sur une échelle comme tu penses le concevoir.
- Votre réponse reste pourtant limpide : je vous ai suffisamment déçu pour que vous ne preniez pas la peine de le nier, lâcha-t-elle en lui tournant le dos. Ce n'est pas grave, je ne suis plus à ça près !
Le seigneur Elrond tenta de la rattraper mais Alana stoppa doucement son geste avec un regard d'excuse.
- Ada, vous la connaissez suffisamment pour savoir qu'elle ne pense pas réellement ses propos...
- Je la connais suffisamment pour savoir qu'il y a toujours une part de vérité lorsqu'elle agresse quelqu'un, aussi infime soit-elle, soupira tristement son père. Je ne me permettrais pas de lui reprocher cette... vivacité. Je me dis qu'il vaut mieux la voir s'exprimer que murer dans le silence...
Alana savait à quoi son père faisait référence. Lorsqu'elle était plus jeune, Aliania s'était énormément rebellée envers sa propre famille. Durant un temps, elle s'était contentée de leur en vouloir à mort par rapport à leur abandon et de les insulter à la moindre occasion. Elle en arrivait même aux mains dans ses crises les plus fortes. Ces affronts pouvant sembler terribles vus de l'extérieur mais il y avait une chose encore pire aux yeux de son père : son silence. Sa fille avait connu des phases où elle s'était murée dans un profond mutisme et personne ne parvenait à l'en faire sortir. Cette absence de parole angoissait beaucoup le Seigneur Elrond car il n'avait dans ces cas là aucune possibilité de connaitre quel mal rongeait sa propre descendance et ne pouvait pas l'aider à surmonter ses souffrances.
- Ada ? l'appela sa fille pour le sortir de ses douloureuses pensées. À quoi pensez-vous ?
- Rien qui ne doit t'inquiéter ma fille, la rassura-t-il en adoptant un visage neutre. Apparemment, tes frères et moi ne sommes pas les seuls à avoir eu envie de venir vous admirer, déclara-t-il en désignant de nouveaux arrivants.
Une trentaine de personnes, hommes et elfes confondus, arrivaient de toute part pour s'installer du côté du public.
- Wow, ils se sont tous donnés le mot ou quoi ? fit Anàrion en s'approchant d'Alana.
- On dirait bien... va pas falloir se planter, rigola-t-elle.
Un roulement de tambour retentit pour annoncer le début de l'épreuve.
- Oups, faut qu'on file s'habiller ! À tout à l'heure Père !
Dix minutes plus tard, la nuit était tombée et les torches éclairaient la scène improvisée avec des lueurs dansantes. Au sol se tenait plusieurs acteurs recouverts chacun par des capes bleues ou rouges. Le public sursauta lors que la musique fut lancée. Loin d'être naturel, le son sortait de puissantes enceintes portables apportées par Matthew de Londres. Autant dire que les oreilles des gens de la Terre du Milieu n'avaient jamais été agressées de la sorte auparavant.
- Bienvenue dans le monde moderne, murmura ironiquement Aliania qui épiait le public depuis les coulisses – derrière des draps tendus en fait –, heureusement pour eux qu'on n'a pas pu trouver des spots lumineux, ils auraient eu une attaque !
- On les avait, on n'avait juste pas assez de source d'énergie pour maintenir à la fois la musique et les lumières durant deux heures, lui expliqua Matthew qui avait surpris sa remarque.
- Ah ? Dommage, ça aurait pu être marrant.
- Tu m'étonnes... prête ? Ils ont bientôt fini la chanson de Vérone. Pas trop anxieuse ?
- Je suis toujours prête ! répliqua la jeune fille en défiant son faux prétendant du regard. Et je n'ai peur de rien !
- Et bien c'est parfait ma Juliette ! fit Matthew en faisant mine de s'avancer pour lui donner un baiser.
- Bas les pattes ! On fait une version chaste de l'œuvre de Shakespeare. Un seul vrai baiser – je te rappelle que les autres sont en trompe-l'œil – celui du mariage. C'est clair ?
- Parce que tu crois que je vais garder mon caleçon pour notre nuit de noce ? lui dit-il d'une voix suave en se rapprochant d'elle encore plus.
- Tu n'es qu'un porc ! s'exclama-t-elle en le repoussant plus violement qu'elle n'en avait réellement l'intention. Oups, rien de cassé ? s'enquit-elle en simulant un minimum d'inquiétude dans son regard pour ne pas passer pour plus méchante qu'elle ne l'est réellement.
- Je vois que Juliette est réticente ce soir, maugréa-t-il en se redressant tout en se frottant le coccyx.
À cette vue, Aliania éclata de rire et regarda ses deux tantes chanter la chanson de la haine. Léïa était vraiment sublime dans sa longue robe rouge. Elle ressemblait beaucoup en cet instant à sa défunte sœur, du moins si les souvenirs qu'ils restaient à la jeune fille étaient justes. Jusqu'à présent, personne n'avait fait de faute. Alania se mouvait avec grâce dans sa tenue blanche parmi les futures victimes. Matthew fit son entrée sur scène avec ceux qui incarnaient Benvolio et Mercutio. Un peu plus tard, Juliette fit son entrée avec sa nourrice pour s'entendre dire qu'elle devait penser au mariage. En son fort intérieur, Aliania se disait qu'elle avait de la chance de ne pas avoir été mariée de force par son père à un quelconque prétendant apte à maitriser son caractère. Oh, non pas que sa tante Prestya n'avait pas tout fait pour suggérer cette idée au Seigneur Elrond, mais celui-ci n'avait jamais eu l'audace folle d'imposer une union à sa propre fille. Il aurait peut-être cédé au bout de quelques siècles s'il n'avait pas découvert le lien fort qui unissait le Prince Legolas et sa fille. Bien que cette union n'ait pas été établie par un mariage royal, les Seigneurs Thranduil et Elrond la toléraient d'un commun accord, ayant compris que la jeune fille n'était pas prête et percevrait cet acte officiel comme un moyen de créer une emprise sur elle. À cela s'ajoutait le fait qu'elle craignait qu'une union certifiée mette en péril l'amour de sa vie. Selon elle, c'était comme crier aux créatures de l'ombres « venez vous en prendre à cet homme pour m'atteindre, après tout, il n'est que mon époux ! ».
Le temps défila à toute vitesse. Lorsque Juliette rencontra Roméo à la fête des Capulet et qu'elle en tomba amoureux dès le premier regard, le public était subjugué par la beauté de cette scène. Il trouvait que la fille d'Elrond dégageait une puissante aura de douce naïveté liée à l'innocence de l'âge de l'héroïne. Quand on connaissait le tempérament de feu de l'interprète, cela prouvait qu'elle était capable de tenir n'importe quel rôle sur scène. Parmi les spectateurs, un elfe aux cheveux d'or poussa un imperceptible soupir face à la sereine candeur émanant de Juliette. Dans la réalité, jamais il ne l'avait vu adopter une douceur pareille en public. Aliania se sentait toujours obligée de porter un masque cachant au plus profond d'elle-même la partie sensible de son caractère. L'elfe avait déjà eu l'immense privilège de voir ce qu'il se cachant derrière cette apparente inébranlable carapace car la jeune fille lui avait accordé sa confiance il y a cela bien des vies d'hommes. Le cœur de l'elfe au regard azur se pinça lorsqu'il vit Roméo embrasser Juliette pour s'unir éternellement à elle par les liens sacrés du mariage. Il était conscient que tout cela n'était que comédie mais ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine jalousie. Elfe ou pas, c'était toujours désagréable de voir sa promise dans les bras d'un autre, même s'il n'avait jamais douté de sa fidélité. Son sentiment de jalousie s'accentua lorsqu'il vit la scène représentant la nuit de noce des amants. Voir sa moitié vêtue d'un unique drap quasi transparent être allongée près d'un homme à moitié nu n'était vraiment pas une image agréable à contempler.
Aliania se concentrait sur l'illusion qu'elle se trouvait avec Legolas et non avec Matthew. Ce stratagème fonctionnait plutôt bien jusqu'à présent. Elle se surprit à penser qu'elle était heureuse de savoir son amour loin d'elle en cet instant, doutant que celui-ci apprécierait ce qu'elle était en train de faire. Elle ne devait surtout pas se focaliser sur le fait que son père la regardait en ce moment-même, probablement d'un œil désapprobateur face à tant d'audace.
- Heureusement que c'est une version chaste, se répétait-elle sans cesse dans son esprit. Quelle idée d'organiser ce genre d'épreuve en Terre du Milieu ? Sérieusement, si je tenais ceux qui fixent les règles... bah ils ne pourraient plus en fixer pour la simple et bonne raison qu'ils seraient morts.
Pour elle, la scène la plus délicate arrivait. Devoir se lamenter sur le suicide de son amant était un véritable défi pour son égo. Pourquoi avait-elle hérité d'un rôle de jeune fille candide et sentimentale ? De ce point de vue là, Aliania se sentait à l'opposée de Juliette.
- Verser des larmes en public ? Puisqu'il le faut... allons-y gaiement ! se dit-elle en soupirant intérieurement.
- Roméo ! Réveille-toi et partons vite de cet endroit qui suinte la mort ! Roméo ! Roméo, je suis vivante, tu le sais bien ! Frère Laurent t'a prévenu. Roméo, mon amour, réponds... réponds... REPONDS ! cria-t-elle en sanglotant tout en secouant le corps de son amant sacrifié.
Le public frissonna en voyant l'interprétation de la Princesse d'Imladris. Sa détresse semblait si sincère que beaucoup étaient touchés au fond de leur être par ses cris désespérés de l'héroïne. Réalisant qu'elle venant de perdre toute raison de vivre, elle entama son ultime chant – sans que le public sache à quoi elle pensait réellement pour sortir de vraies émotions devant eux– :
Pourquoi rester à vieillir
Dans ce monde où tu n'es plus ? (Maman...)
Est-ce qu'on a le droit de choisir
Quand celui qu'on aime pour vous se tue ? (Pourquoi suis-je encore là alors que tu es partie ?)
Ne cherchez pas à nous comprendre (Personne ne peut nous comprendre)
Ne cherchez plus rien de nous (Laissez-nous vivre en paix)
Brûler d'amour vous laisse en cendres (L'amour fait souvent si mal...)
Mais restez cachés au froid chez vous
Moi je meurs d'amour
Moi je meurs d'amour
Roméo, Roméo
La vie sans toi n'est qu'un mot
Roméo je t'aime trop
Pour que ce soir le jour se couche
Sans le goût de toi sur ma bouche
Roméo, Roméo
J'arrive attends-moi là-haut
Roméo je t'aime trop
Pour que demain le jour se lève
Sans le goût de toi sur mes lèvres (Qu'est-ce que c'est niais quand même comme refrain...)
Peut-être aurez-vous de la peine (Comme si j'allais leur manquer si jamais je meurs)
Moi j'en ai eu tellement pour vous !
Je vous laisse avec votre haine
Mais laissez-moi partir loin de vous... (Ça, c'est déjà fait... j'ai déjà mis les voiles)
Moi, je meurs d'amour
Moi, je meurs d'amour
Chantant une dernière fois le refrain, Aliania saisit un poignard que la Mort avait déposé à côté de Roméo, le brandit en le fixant à la fois avec crainte et espoir et se l'enfonça d'un coup sec dans le ventre sur la note finale. Elle fit mine de rendre son dernier soupir, cachant l'absence de sang en se blottissant contre son bien-aimé.
Après quelques secondes de silence assourdissant, les premiers applaudissements se firent entendre suivis de près par une grande clameur. Les acteurs entrèrent tous en scène pour saluer le public tout en laissant une place au centre pour les héros tragiques qui arrivèrent en se tenant la main.
- Aliania, faut que je t'avoue un truc, lui glissa Matthew à l'oreille.
- Quoi ? lui demanda-t-elle en haussant le sourcil.
- Tu aurais du mettre du waterproof, ça t'aurait évité l'effet « yeux de panda », lui répondit-il en éclatant de rire.
- Oh merde... la honte !
- Qu'est-ce que je t'avais dit ? Tu vois que tu as fini par me pleurer chérie !
- Ton jeu d'acteur était tellement mauvais que je n'ai pas pu m'empêcher de verser des larmes de désespoir ! répliqua-t-elle en lui donnant une tape sur l'épaule.
- Hey ! Un peu de tenue tous les deux, tout le monde vous regarde ! les apostropha Alana, amusée par leur échange.
- Quand saurons-nous les avis du jury ? s'enquit le jeune homme.
- On va recevoir une missive... un jour. Ils sont parfois longs à délibérer, expliqua-t-elle.
Aliania s'empressa de rejoindre les coulisses pour ôter le surplus de maquillage et se changer. Pas question de garder une minute de plus une robe de princesse. Elle tenta de défaire le lacet dorsal du corset mais celui-ci était trop serré. Soupirant d'agacement et de fatigue, elle ferma les yeux et inspira un grand coup pour évacuer la tension. Elle sursauta légèrement lorsqu'elle sentit deux mains se poser doucement sur ses épaules, descendre lentement les longs de ses bras pour finir par lui enserrer tendrement la taille. Une voix lui murmura à l'oreille :
- Tu as été magnifique ce soir...
Sans ouvrir les yeux ni se retourner, Aliania répondit à l'étreinte de mystérieux visiteur et répondit :
- Tu étais là... soupira-t-elle.
- Je n'ai pas manqué une seule seconde de votre épreuve... soutient-il. Je suis si fière de toi.
La jeune fille ne répondit rien, repensant à ce qu'elle avait envisagé à propos des réactions de son homme la voyant embrasser un autre.
- Pourquoi es-tu là ? lui demanda-t-elle en se retourna pour plonger son regard dans le sien.
- Mes oreilles ont eu vent de l'événement. Je ne voulais pas raté l'occasion de te voir.
- Pas sûr que tu es réellement apprécié le spectacle... murmura-t-elle en détournant son regard, gênée d'avoir été surprise par son compagnon dans les bras de Matthew.
- Je mentirais en disant que j'ai aimé te voir enlacer cet homme. Cependant, je suis certain de ta loyauté et respecte ta mission, lui répondit-il en la forçant à le regarder dans les yeux. Et je te le répète, tu as été magnifique ce soir.
- Merci, souffla-t-elle avant de passer ses bras autour de son coup pour l'embrasser. Tu m'as tellement manqué...
- Cela fait des mois que je n'ai pas eu de tes nouvelles. Je m'inquiète pour toi. Les routes deviennent dangereuses sur ces terres. Te savoir parcourir le pays en ces temps troublés agite mon cœur.
- Qu'est-ce qu'il te fait dire que nous vivons une période trouble ?
- Les voyageurs se font de plus en plus rares, des ombres envahissent les forêts, les animaux se terrent...
- Elrond allait faire quérir un messager à ton père pour savoir si ton peuple avait remarqué des faits étranges. Je suppose que tu pourras transmettre le message ?
- Bien sûr.
- Aliania ? Est-ce que tu peux m'aider à... oh ! Prince Legolas, pardonnez-moi, j'ignorais que vous étiez ici, s'interrompit Alana qui venait d'entrer dans les loges.
- Dame Alana, la salua-t-il. Permettez-moi de vous féliciter pour votre interprétation.
- Merci.
- Pourquoi as-tu besoin d'aide ma chérie ? s'enquit Aliania.
- Mon cheval a un fer qui est en train de partir mais ce n'est rien, je vais demander à Anàrion de m'aider, faites comme si je ne vous avais pas interrompu ! s'exclama-t-elle ravie de la venue du Prince de la Forêt Noire. Ne faites pas de bêtises, crut-elle bon d'ajouter avant de les laisser seuls.
À cette dernière remarque, sa sœur se saisit d'un chiffon et le jeta à l'endroit où sa sœur se tenait une seconde plus tôt. Legolas ne sourcilla même pas, habitué aux échanges secrets des jumelles et donc aux réactions bizarres.
- Qu'a-t-elle dit ?
- De ne pas faire de bêtises. Est-ce que nous étions sur le point d'en faire une ? demanda-t-elle en adoptant un air innocent en y mêlant une pointe de malice.
L'elfe réfléchit un court instant avant de soulever la jeune fille et de la porter jusqu'à son cheval.
- Mais qu'est-ce que tu fais ? rigola Aliania.
- Un bêtise, répliqua Legolas. Ta robe semble être un tel supplice à porter que je n'ai pas le cœur à te laisser souffrir plus longtemps, lui susurra-t-il à l'oreille.
Il fit cabrer son cheval et s'élança dans la forêt à la recherche d'un endroit loin des regards indiscrets...
- Où est Aliania ? demanda Alania à sa grande sœur. Père voudrait la féliciter.
- J'ai bien peur que ces félicitations devront attendre sa prochaine venue à Fondcombe.
- Pourquoi ? Elle est déjà repartie ?
- Disons qu'elle a trouvé urgent de transmettre le message de notre Père au peuple de la Forêt Noire...
- J'imagine que cela a un rapport avec le grand blond aux prunelles bleues qui ne l'a pas lâché des yeux de tout le spectacle, intervint Anabellissë qui faisait également partie des spectateurs.
- Oh... comprit Alania, je vois. Après l'effort, le réconfort, c'est ça ?
- On ne peut rien te cacher. Il se fait tard, nous avons installé un camp pour ceux qui ne souhaitent pas chevaucher de nuit à un kilomètre d'ici, le long de la rivière. On y va ?
- Oui, allons chercher le reste de la famille.
- Je vous accompagne là-bas mais je vais sûrement aller faire un tour à Poudlard pour vérifier que tout va bien.
- Je croyais que tu étais fatiguée.
- C'est le cas mais la mission d'abord.
Après avoir rassemblé leurs affaires, elles partirent s'installer pour le reste de la nuit au campement de fortune.
J'espère ne pas avoir fait trop de fautes (ma relecture a été plus que brève...).
Est-ce que ce chapitre vous a plut ?
Merci et à bientôt.
PS : pour la mise en scène de la pièce, je me suis calquée sur la version de la comédie musicale "Roméo et Juliette" datant de 2001.
