Bonjour à tous !
Wow, je suis vraiment contente de pouvoir enfin vous présenter ce chapitre qui a été assez dur à écrire. Non seulement il est bien plus long en taille que ma moyenne habituelle, mais aussi il marque un tournant fondamental dans cette intrigue.
La reprise des cours n'a pas aidé non plus dans l'avancement du chapitre...
J'espère vraiment que vous allez apprécier et que les plus sensibles d'entre vous trouveront une boîte de mouchoirs à côté car les émotions seront au rendez-vous ^^
Bonne lecture !
Chapitre 14 – Lorsque l'inconcevable se produit.
Un matin de janvier, les jumelles étaient tranquillement attablées avec leurs compagnons Gryffondors lorsqu'une lettre scellée se matérialisa devant elle dans une myriade d'étincelles bleues et blanches. Machinalement, Soledad s'en saisit et l'ouvrit. À sa lecture, son visage s'éclaira et elle tendit le papier à son double :
- Tiens, c'est aussi pour toi ! lui fit-elle dans un grand sourire.
Marie décrypta à son tour le message à voix haute :
J'espère que mes grandes sœurs qui me laissent sans nouvelle vont bien ! Je compte sur votre présence demain à Imladris. Au cas où vous l'auriez oublié, nous fêterons nos trois-cent dixième siècle... Père a préparé une gigantesque réception et il serait totalement inimaginable que je sois seule pour souffler les bougies (remarque, je ne suis pas sûre qu'il y ait le compte exact). À trois, cela serait plus drôle ! Beaucoup de personnes sont attendues. Père refuse de me dévoiler la liste des invités car il prétend que cela gâcherait la surprise. Allez savoir qui va venir ?
Alania
- « Trois-cent dixième siècle » ! s'exclama Hermione. Mais ça veut dire que vous allez avoir 3100 ans ! C'est... incroyable, s'émerveilla-t-elle.
- J'croyais qu'on avait décidé de ne plus célébrer notre anniversaire, gémit Soledad.
- Rectification on a dit que nous le fêterions qu'une fois par siècle. Et effectivement, ça tombe demain. Nous n'avons pas le choix. Une promesse est une promesse chérie.
- T'as raison... allons trinquer à notre longue vie bien tranquille. On va se soûler la gueule pour une fois sans avoir à chercher une bonne raison de le faire. Ah bah non en fait, lâcha-t-elle après avoir fit mine de réfléchir, une réception elfique ne contient pas d'alcool ! Qu'est-ce qu'on va s'amuser dis-donc ! ironisa la jeune fille dépitée. Cela ne vaut même pas le coup d'en parler !
- D'une, je te rappelle qu'il y a des enfants qui écoutent notre conversation donc surveille les allusions aux actes quelque peu immoraux pour leurs âges. De deux, c'est une bonne occasion pour rassembler les gens. Imagine notre quatre-millième anniversaire : toutes les personnes que l'on fréquente ou que nous avons fréquenté – à condition qu'elles soient toujours vivantes, et que nous-aussi d'ailleurs – réunies à une même fête ! Cela serait l'éclate total !
- Toi, tu n'as pas besoin d'être bourrée pour délirer, se moqua sa petite sœur qui ne put s'empêcher d'imaginer un vague instant le cataclysme qu'une telle assemblée pourrait déclencher. Soit, nous irons. Mais faudra plus rien me demander avant cent ans !
- Pas en ce qui concerne notre anniversaire de naissance, promis !
Le lendemain, les sœurs Lopès franchirent le portail pour atterrir directement dans la cour principale d'Imladris. Il y régnait une joyeuse ambiance : les elfes s'affairaient à finir les derniers préparatifs tandis que des sorciers fortifiaient l'endroit d'un bouclier magique. Cela était effectivement plus prudent. Une telle concentration locale des forces de la Lumière pouvait attirer les démons téméraires.
- Vous êtes venues ! Je suis trop contente ! s'exclama Alania en se jetant sur ses sœurs.
- Bien sûr que nous sommes venues ! répondit Aliania en l'enlaçant.
- Tu n'espérais quand même pas avoir le gâteau pour toi toute seule ? la taquina son aînée.
- Tu plaisantes ? Avec ce qui a été préparé en cuisine, il y aurait de quoi tenir un siège durant plusieurs mois.
- Quel gâchis... se dit Aliania qui pensait à tous ceux qui ne pouvaient pas manger à leur faim. Je t'échangerais ma part de dessert contre ta coupe de vin, ça te va ?
- Étant donné que tout est à volonté, tu vas faire l'effort de goûter au moins au gâteau et de modérer ta consommation d'alcool.
- Tu es rigolote toi quand tu veux ! l'envoya doucement balader sa sœur. De toute façon, sans vodka, ça va être difficile de s'enivrer.
- Sans alcool, la fête est plus folle ! contra la benjamine.
- Ceux qui ont crée ce slogan n'ont jamais eu à garder bonne figure devant une assemblée d'elfes ennuyeux et coincés, lâcha-t-elle platement.
Alana ne put s'empêcher de rire face à cette réplique : sa sœur n'avait pas exactement tort sur ce coup-là.
Progressivement, des dizaines et des dizaines d'invités arrivèrent. La plupart était des gens de la haute société qu'Elrond avait conviés. Cependant, certaines têtes familières firent leurs apparitions. Beaucoup appartenaient à l'armée des jumelles depuis de nombreuses années. Elles étaient agréablement surprises de voir de véritables amis prendre part à leur fête. N'ayant pas envoyé personnellement les invitations, elles ne s'attendaient pas à ce que leur père pense à convier des personnes perçues comme déviantes. La journée ne s'annonçait finalement pas si mal que ça.
Leurs tantes firent leurs entrées suivis de près par Arwen, Aragorn, Legolas et Lendiwëll. Les filles accueillirent chaleureusement leurs fiancés respectifs. Cela était si rare d'être tous ensemble ! Tous ? Non, il manquait toujours quelqu'un jusqu'à ce que...
- JE NE LE CROIS PAS ! Tu es là toi aussi ! C'est trop génial ! s'écria Aliania en se précipitant dans les bras de sa plus grande sœur. Salut Arthélius, dit-elle plus posément au compagnon de sa sœur. Je croyais que tu étais plus ou moins fâchée avec lui ?
- Et oui je suis là ! Qui l'eut cru ? plaisanta Aliana. On s'est réconcilié et puis, je ne tenais pas vraiment à me jeter dans la gueule du loup sans compagnie...Évitez les débordements d'enthousiasme, je trouve cela gênant... nargua-t-elle l'assemblée qui les fixait d'un air incrédule.
- Bah oui franchement, c'est impoli de dévisager ainsi les gens ! rajouta Aliania.
- Bonjour, fit timidement Alania.
- Wow, ne me dis pas que c'est ma présence qui t'intimide, lui fit remarquer Aliana d'un haussement de sourcil. Rassures-toi, tu es en terrain connu. Si quelqu'un devrait se tenir sur ses gardes, cela serait plutôt nous, ajouta-t-elle en prenant la main de son compagnon qui ne semblait pas très heureux d'être ici.
Occupées par les retrouvailles, personne ne perçut le regard en coin que jeta Prestya à Arthélius. Contrairement à d'habitude, ce n'était pas un regard plein de haine ou de mépris. Cela aurait pu mettre la puce à l'oreille si quelqu'un avait surpris ce regard. Malheureusement, personne ne se doutait de ce qui allait bientôt se passer...
Léïa et Prestya vinrent saluer les nouveaux arrivants avec l'hospitalité légendaire des elfes. Pour un observateur extérieur, rien ne laissait penser à cet instant qu'il voyait un groupe d'ennemis jurés se saluer. Prestya réfléchit à toute allure. Ses quatre nièces ne resteraient probablement pas toute la journée ensemble. Une dispute allait sûrement éclater pour une raison ou une autre. C'est pourquoi elle se décida à passer à l'action maintenant. Elle s'éloigna du groupe et revint avec des coupes de champagne remplies qu'elle distribua aux quadruplées. À l'intérieur, elle avait ajouté discrètement la fameuse potion bénie par son alliance avec Saroumane. L'heure de la vérité allait bientôt sonner. Pour une fois, elle appréciait de les voir partager la même coupe de vin. Elrond avait vraiment bien fait les choses... accepter la venue de sa fille perdue dans son royaume le temps d'une journée, Prestya pouvait dire que son plan se déroulait au-delà de ses espérances.
- L'heure de la séparation a enfin sonné, murmura-t-elle avec un sourire qui ne présageait rien de bon.
Pendant ce temps, le Professeur Dumbledore faisait les cent pas dans son bureau. Depuis des semaines, il recevait des informations préoccupantes de toute part. Entre les bilans effectués par les centaures rapportant qu'une étrange présence était perçue dans la Forêt Interdite, la licorne blessée soignée par Soledad et son inquiétude concernant la pierre philosophale, le vieil homme n'avait pas fini de déambuler dans ses appartements. Hormis l'arrivée des jumelles, l'année avait déjà été relativement mouvementée entre l'intrusion mystérieuse du troll durant la soirée d'Halloween et la tentative stupide de faire tomber l'attrapeur Gryffondor de son balai lors de son premier match de Quidditch.
Hélas, l'année scolaire s'annonçait encore longue et agitée.
- À votre santé les filles ! s'exclamèrent les quadruplées en cœur en levant leurs coupes.
D'un même geste, elles vidèrent leur premier verre d'une seule traite comme la coutume l'exigeait. Elles se regardèrent en grimaçant. Décidément, ce champagne avait vraiment un goût...
- IMMONDE ! lâchèrent Aliana et Aliania ensemble.
- C'est ce qu'on allait dire ! renchérirent les deux autres sœurs.
- C'est quoi cette arnaque, elle cherche à nous empoisonner ou quoi !
- D'ailleurs, où est-ce qu'elle est passée ?
- Je n'en sais rien et je m'en contrefous. Qui serait partante pour un plan du style « on s'éclipse discrètement et on va dans une boîte branchée à New-York » ?
- Partante !
- Ouais, moi aussi tout à coup.
- Cool, la majorité l'emporte !
- Qui ouvre un portail ?
- Je m'en occupe, répondit Aliana qui fit un large geste de la main.
Seulement voila, rien ne se produisit.
- Si une coupe te suffit pour ne plus avoir toute ta tête pour user de tes pouvoirs, ça craint, rigola Aliania. Laisses-moi faire !
La jeune elfe tenta à son tour d'ouvrir un passage pour New-York mais cela s'avéra tout aussi infructueux.
- Oh oh... on a peut-être un problème en fait, avoua-t-elle en grinçant des dents. Alana, Alania, vous arrivez à ouvrir une brèche ?
Après de multiples tentatives, les filles durent se rendre à l'évidence : aucune d'entre elles ne parvenait à créer un passage...
- Ok, no panic surtout... murmura Alana avec son calme légendaire.
Elle appela magiquement à elle une pomme qui se trouvait sur le buffet en face. Le fruit se leva lentement pour retomber au sol à mi-parcours. Inquiètes, ses sœurs tentèrent elles-aussi d'acheminer l'objet jusqu'à elles, sans succès.
- Est-ce que je suis la seule à me sentir... bizarre ? articula avec peine la benjamine en posant ses mains sur ses genoux en guise d'appui.
- Non, moi aussi je me sens... mal, répondit Alana en se prenant la tête entre les mains.
Aliania et Aliana ne dirent rien mais commencèrent elles-aussi à avoir des vertiges et à se sentir faibles. Leurs visions respectives se brouillèrent et d'un même mouvement, elles s'évanouirent au milieu de la cour, entourées par des centaines de personnes éberluées par la scène dont ils venaient d'être les témoins.
Horrifiés, les partenaires respectifs se précipitèrent vers elles. Elrond avait accouru auprès de la plus jeune fille et tentait de lui faire reprendre conscience. Aucune des princesses n'esquiva le moindre geste. Après avoir lancé un regard noir à Prestya, Arthélius souleva Aliana et se dirigea à vive allure vers la sortie. Il ne s'attendait à ce qu'elle passa à l'offensive maintenant et à ce que la potion fasse du mal physiquement aux filles. Refermer un tel piège sur ses nièces le jour de leur trois-cent millième anniversaire, cela était vraiment un coup digne de Satan. Visiblement, Arthélius se demandait de plus en plus pour Aliana et Aliania étaient considérées comme les vilains petits canards de la famille alors que Prestya avait un fond bien plus pervers. Décidément, les elfes pouvaient se vanter de voir tellement loin avec leurs vues perçantes qu'ils ne réalisaient rien de ce qui se tramait sous leurs nez. C'était pitoyable !
Les trois autres jumelles avaient été alitées dans leurs chambres. Une violente fièvre s'était emparée de chacune d'elles et personne n'en percevait la cause. Le Seigneur Elrond excluait une intoxication alimentaire de son diagnostique car honnêtement, quel aliment avarié aurait pu plonger de puissantes guerrières dans un tel état ? D'autant plus que personne d'autre ne semblait malade. Aragorn secondait Elrond dans les soins en trempant des feuilles d'athélas dans de l'eau bouillante. Une fois la mixture refroidie, il tamponna à l'aide d'un tissu le visage de chaque victime, espérant ainsi assainir leurs maux. Leurs sommeils agités durèrent trois jours. Aliania se réveilla la première en se demandant pourquoi diable elle ouvrait les yeux dans un endroit hyper lumineux qui lui rappelait étrangement à sa chambre d'Imladris. Ah mais attendez... cette sensation était sans doute due au fait qu'elle était à Imladris ! La question qui restait était : pourquoi ?
- Enfin, te voila réveillée ! s'exclama une voix familière. Comment te sens-tu ?
Legolas vint s'asseoir à côté d'elle tandis qu'Aragorn s'assit au pied du lit. La jeune fille ne répondit pas parce qu'elle-même n'en savait rien. Soudain, un fait lui revint en mémoire. Elle se redressa d'un coup faisant ainsi sursauter les deux hommes. Ses pouvoirs. Que s'était-il passé avec ses pouvoirs ? Avec leurs pouvoirs ? Oui, ses sœurs avaient eu le même problème elles-aussi. Voulant s'en assurer, elle appela magiquement sa brosse à cheveux posée sur sa coiffeuse en bois de bouleau. L'objet s'envola sans peine pour atterrir dans sa main. Pourtant, quelque chose clochait. Elle ressentait comme un profond malaise mais ne parvenait pas à en identifier la cause.
- Les filles ? les contacta-t-elle mentalement. Vous allez bien ? Ouh ouh ! Vous m'entendez ? Répondez pas toutes à la fois surtout...
Saisie d'une crainte poignante, Aliania se leva brusquement et courut dans la chambre la plus proche qui se trouvait bien évidemment être celle d'Alana. Sa sœur était en train d'émerger sous les regards de Lendiwëll et Elrohir.
- Tu pourrais répondre quand je t'appelle !
- Tu m'as appelé ? Je n'ai rien entendu.
- ET LA, TU M'ENTENDS ? lui hurla-t-elle télépathiquement.
- Aïe, gémit-elle.
- Alors, là tu m'as entendue ! Ça réveille !
- Hein ? J'ai dis « aïe » parce que mon bras me pique. Tu ne m'as rien dis.
- Mais de quoi tu parles ? Puis quel picotement ? On n'a rien au bras !
C'est à ce moment précis qu'elles remarquèrent le bandage rougeoyant d'Alana. Instinctivement, elles regardèrent chez Aliania la copie de la blessure. Or, pour la première fois, le reflet n'était pas le même...
- Tu es tombée sur un couteau lorsque tu t'es évanouie, lui expliqua son frère.
Mais cela n'expliquait pas pourquoi l'aînée était blessée et sa jumelle non. L'affreuse sensation de vide qui habitait Aliania s'amplifia. Sans geste annonciateur, elle balança violemment son bras contre le mur. Une vive douleur irradia immédiatement son membre. Alana retint un mot de protestation : elle n'avait strictement rien senti. Pourtant, elle était certaine qu'elle aurait du avoir mal autant que sa petite sœur.
- Qu'est-ce qui se prend ! s'alarma Legolas en la retenant de recommencer. Pourquoi tu fais ça !
La jeune fille n'arrivait plus à respirer. Que se passait-il ? Pourquoi ses sœurs ne l'entendaient-elles pas ? Ne ressentaient plus aucune de ses sensations ? Une foule de questions s'emmêlait dans son esprit. Elle ne pouvait plus respirer. Pourquoi ne sentait-elle plus rien en elle ? Il lui fallait de l'air. La douleur de son cœur surpassait amplement celle de son bras brisé. Elle suffoquait. Sa respiration se fit de plus en plus pénible, l'oxygène ne voulait pas s'infiltrer dans ses poumons. De son côté, Alana se ressaisit et se précipita tant bien que mal vers sa sœur pour tenter de lui venir en aide.
- Chérie, calme-toi ! Respire profondément, lui intima-t-elle en enserrant sa taille tandis que sa sœur tombait à genoux.
- J'peux pas ! Tu ne vois pas... comprends pas ce que... ce qu'il se passe ! On n'est plus... plus reliées ! Pourquoi ? Qu'est-ce qui nous arrive ? Ce n'est pas possible... gémit-elle en se prenant la tête entre les mains.
L'atmosphère devint soudainement pesante et la pièce se mit à vibrer. Les occupants regardèrent inquiets les objets qui commençaient à léviter de manière instable autour d'eux. Aliania était loin de maitriser la situation.
- Que lui arrive-t-il ? s'enquit Elrohir qui venait d'éviter de justesse un vase qui s'était écrasé contre le mur.
- Crise angoisse, lui murmura rapidement Alana. Ok, chérie, ça va aller. Concentres-toi sur ma voix. Calque ta respiration sur la mienne. Ne penses à rien d'autre... fais le vide autour de nous...
Lentement mais sûrement, la jeune elfe réussit à appliquer les conseils de sa sœur et s'adossa contre le mur en fermant les yeux.
- Aliania ? l'appela doucement Legolas en lui passant une main dans ses cheveux bouclés.
Sa promise ne décocha pas un mot et se contenta de continuer à respirer en rythme sur celui de son double. Elle se sentait épuisée. Les mots de ses proches lui parvenaient dans le lointain tellement son esprit s'était enfermé dans une bulle protectrice. Un demi-sommeil apaisant l'enveloppait progressivement...
- Legolas, pouvez-vous l'allonger sur mon lit s'il vous plaît ?
L'elfe acquiesça et prit délicatement sa compagne dans ses bras qui, une fois n'est pas coutume, se laissa faire sans esquisser un geste de protestation. L'aînée se cala près de sa petite sœur et demanda aux hommes de les laisser seules. Elle-aussi se posait une multitude de questions sur ce qui venait de se produire. Cela la faisait totalement flipper... Oui, même si la jeune femme avait semblé réagir moins violemment que sa cadette, elle n'était pas moins paniquée par cette mystérieuse disparation de leur lien gémellaire. Durant les heures qui suivirent, elle réfléchit à ce qui pouvait être à l'origine de ce phénomène. Celui-ci était-il permanent ? Qu'est-ce qui ou qui avait provoqué ça ? De quelle manière ? Cela concernait-il les quatre jumelles ? Pourquoi n'avait-elle rien vu venir ? Tant d'interrogations qui ne pouvaient trouver de réponses pour l'instant...
Dans une chambre plus éloignée, Alania s'était éveillée avec un sérieux mal de crâne. Au début, elle avait craint d'avoir tellement abusé d'alcool qu'elle n'avait point de souvenir de son anniversaire. Puis, en voyant le regard inquiet que son père posait sur elle, elle comprit que son malaise n'avait rien à voir avec un quelconque éventuel abus de boisson. Les dernières images d'avant son évanouissement lui revinrent assez rapidement. Ainsi la jeune elfe s'empressa de demander des nouvelles de ses sœurs. Elrond lui certifia que leurs états n'étaient pas inquiétants et que des personnes de confiance veillaient sur elles. Cependant, Alania voulut s'en assurer en leur posant directement la question. Fait étrange : personne ne lui répondit. Qui plus est, c'était trop calme. D'habitude, son corps lui rappelait quasiment en permanence à quel point elle était soudée magiquement avec ses sœurs. Un picotement, une sensation de brûlure et encore un chatouillement : toutes ses petites sensations auxquelles elle était habituées n'étaient plus là... C'était trop bizarre pour que cela soit normal ! Elle devait en avoir le cœur net.
- MAIS C'EST QUOI CE BORDEL ?! hurla Aliania aux gens assemblés autour des quadruplées.
Face à la mystérieuse disparition de leur lien spécial, les sorcières avaient convoqué les autres membres de la famille et les plus puissants êtres magiques pouvant les aider.
- Ne recommence pas à crier Aliania ! lança sèchement Prestya qui la toisait avec un regard réprobateur.
- Elle a raison d'hurler, rétorqua vivement Aliana, après tout, cette situation n'est vraiment pas normale et...
- Et est dangereuse ! compléta Alana. Parce que désormais, nous ne pouvons plus communiquer entre nous psychiquement à distance.
- Vous pouvez bien vous passer de cette faculté, protesta une nouvelle fois sa tante.
- Non, nous ne pouvons pas ! Réfléchis deux secondes ! contre-attaqua la jeune fille énervée. À ton avis, comment on va pouvoir continuer à gérer notre rôle de protectrices en n'étant plus reliées ? Sans coordination en temps réel, cela va être ingérable ! De toute façon, nous devons trouver d'où ce problème vient et le résoudre.
- Qu'est-ce qui te fais dire qu'il y a une solution à ce fait ?
- On trouve toujours une solution. Faut d'abord comprendre ce qu'il s'est passé...
- En commençant par trouver le coupable, fit Aliana avec un air mauvais. Et ça ne provient certainement pas de vos ennemis le lieu était trop bien protégé.
- Je tiens à souligner qu'il y avait au moins deux personnes malveillantes à cette réception.
- Si tu parles d'Aliana et de son copain, je t'arrête tout de suite, ce ne sont pas eux ! s'insurgea Aliania avec force.
- Comment en être sûr ?
- Tu te fous de qui là ! Si quelqu'un doit être placé sur la liste des suspects, ce n'est sûrement pas l'une des victimes ! En revanche, on peut aisément imaginer à qui cette histoire profite...
- Aux démons ? dit Léïa.
- Pas seulement, fit remarquer Gandalf.
- À quoi pensez-vous Gandalf ? se renseigna Alania.
- Les liens spéciaux qui vous unissent amplifient vos pouvoirs magiques. Une telle rupture ne peut être que néfaste pour le combat que vous menez. Sans parler des conséquences sur l'esprit de chacune... Pendant des millénaires, vous avez maintenu les forces du mal à distance grâce à la puissance émanant de votre lien. Oui, personne ne peut nier que ce lien était à la fois une bénédiction mais également une malédiction. Car s'il vous protégeait, il vous mettait aussi en danger de mort.
- Exactement ! Prenez ce nouvel élément du destin comme une chance ! continua Prestya.
- Toi, la ferme ! Tout le monde sait à quel point cela te ravit de nous voir dans cette situation ! l'agressa Aliania. Et...
Soudain, sa conversation avec Anabellissë lui revint en tête :
- Il y a quelques jours, j'ai surpris Prestya dire à Léïa qu'elle avait trouvé un moyen pour régler le problème.
- Quel problème ?
- Tu sais, toi, Alana et elle.
- Je réitère ma question.
- Le fait que vous soyez inséparables magiquement parlant.
- Ouais je vois... qu'est-ce qu'elle voulait dire par « trouver la solution » ?
- J'imagine qu'elle pense avoir trouvé une manière de rompre ce lien.
- C'est impossible ! Quand bien même ce serait le cas, elle n'oserait jamais nous faire ça.
- On parle de Prestya. Rien de la stoppe quand il s'agit de vous séparer.
- Léïa ne la laisserait jamais faire ! Je ne peux pas croire cela.
- Il va de soi que cette conversation n'a jamais eu lieu.
- Non... murmura-t-elle sous le choc. Ne me dis pas que tu as fait ça !
- Que j'ai fais quoi ? répliqua Prestya irritée.
- C'est toi qui es responsable de tout ça ! fit Aliania d'une voix plus forte.
- Je ne sais pas si je dois me sentir insulter pour cette accusation révoltante ou flattée pour que tu puisses imaginer que je puisse réussir un tel coup de maître !
- Tu crois que je n'ai pas eu vent de ce que tu as dis à Léïa ! Je savais que tu voulais nous éloigner les unes des autres. Mais en arriver là ? Et toi, tu l'as laissé faire ! s'époumona-t-elle en se retournant vers sa tante préférée.
- Chérie, calme-toi ! lui intima-t-elle. Je te promets que je n'ai rien à voir dans cette affaire. Effectivement, ta tante m'a fait part de son inquiétude vis-à-vis de vos liens qu'elles trouvent beaucoup trop fusionnels. Mais jamais il n'a été question d'attenter à vos pouvoirs. N'est-ce pas chère sœur ? lui demanda-t-elle avec un regard furieux.
- Je me suis arrangée pour leur assurer un avenir meilleur, répondit la Reine à mi-voix.
- ESPECE DE SALE GARCE ! lança Aliania avant de se jeter sur elle et de la frapper. Tu étais trop jalouse de ce lien qui nous unissait alors tu l'as brisé ! Tu es pathétique ! Je vais te tuer !
Les hommes présents tentèrent de les séparer mais la jeune elfe était déterminée à faire ressentir la douleur qu'elle ressentait à sa tante. Et cela, ils pouvaient le concevoir... Voyant que personne ne pouvait la contenir physiquement, Gandalf se prépara à intervenir une nouvelle fois. Il fut interrompu par l'aînée qui s'empara du bras de sa sœur en lui criant :
- C'est bon, laisse-la ! Elle n'en vaut pas la peine ! Tu vas risquer ton titre pour cette pétasse ?
Après lui avoir assaini un dernier violent coup de poing, la jeune fille se releva en fulminant, les mains tâchées du sang de sa tante. Il fallait qu'elle se défoule sur quelque chose, elle allait tout casser... Son bras qui avait déjà subi des dommages la veille la lançait horriblement mais cela il passait au dessus pour l'instant. Après avoir poussé un dernier hurlement de rage, elle partit en courant de la pièce en claquant la porte avec une telle intensité qu'elle sortit de ses gongs.
- Les filles... commença la blessée en gémissant.
- Nous ne parlons pas aux traîtres ! déclarèrent les deux plus grandes une voix glaciale avant de quitter la pièce, suivies par Alania écœurée.
- Vous croyez vraiment que j'y serais parvenue toute seule ? cracha-t-elle juste avant de s'évanouir de douleur.
Les trois sorcières retrouvèrent leur sœur dans une pièce spécialement aménagée pour leurs entrainements. Étant donné l'état de rage dans lequel elle se trouvait – et cela pour d'excellentes raisons – il lui fallait trouver un moyen de se défouler. Hormis frapper sa tante (ce qu'elle avait déjà fait) ou massacrer une horde de démons (qui n'attaquaient jamais quand il le faudrait), elle ne pouvait que se rabattre sur le punching-ball de fortune de cette salle.
- Il faut qu'on parle, lui signala Alana pour attirer son attention.
- J'suis bien d'accord, grogna Aliania entre deux crochets du droit.
- Alors arrêtes-toi deux secondes qu'on puisse discuter, décréta la plus jeune, soucieuse que sa sœur cesse d'aggraver sa blessure au bras.
- Vaut mieux pas que je m'arrête ! les prévint-elle en assénant un pied de pied latéral au sac de sable. J'vous comprends pas ! Comment faites-vous pour rester aussi calmes ? J'suis la seule à me sentir trahie ou quoi !
- Nous sommes aussi en colère mais on se contrôle, l'informa Alania.
- Euh, parles pour toi, jeta Aliana. Moi, je suis à deux doigts te retourner achever la traitresse...
- Ouais bah retiens-toi...
- Pourquoi ?
- Parce que si tu la tue, on ne saura jamais par quel procédé elle est passée. Sans cette information, les chances de nous réunifier sont quasiment nulles. Faut aussi découvrir à qui est s'est alliée.
- Avec Léïa ?
- Nous, elle a toujours défendu nos intérêts envers et contre tous.
- Gandalf ?
- Non plus. Ce n'est pas son type de magie... et il nous jamais montré la moindre hostilité envers notre lien.
- Réfléchissons : à qui aurait-elle pu faire appel ? Une personne avec de grands pouvoirs et qui de toute évidence n'appréciait pas notre lien.
- Par jalousie ?
- Ou par crainte...émit comme hypothèse Aliania. Gardez bien à l'esprit que notre lien est tellement unique que de nombreuses prédictions nous prophétisent comme celles qui, une fois « synchronisées » entre guillemets, incarnent la Magie sous toutes ses formes et qui sont capables de faire pencher l'équilibre de la balance cosmique.
- Vu comme ça, c'est vrai qu'on peut faire peur à un paquet de gens...
- Il ne faut pas exagérer ! s'exclama Alania.
- Euh... tu es consciente de la capacité que nous possédons à nous quatre ? sourcilla Aliana. Regarde ce qu'individuellement on arrive à faire ! Alors imagine ensemble...
- Notre solidité à repousser les forces du Mal repose sur notre union magique. Combien de fois ai-je combiné mes pouvoirs avec les vôtres pour parer convenablement une attaque ? Combien de fois les contacts mentaux nous ont permis de se secourir mutuellement ? Certes, il y a des effets secondaires parfois un peu pénibles mais qui sont largement compensés par le reste !
- En attendant de régler le problème, comment va-t-on faire pour coordonner nos faits et gestes ? Parce qu'il est évident on ne peut pas se passer d'un moyen de communication rapide et fiable entre nous.
- Je ne sais pas... Peut-être une formule subsidiaire pour instaurer une télépathie limitée à nous quatre ?
- Pas sûre que cela fonctionne. Si tu trouves le moyen de mettre ce système en place, je suis partante néanmoins.
- Et si on recourait aux cristaux ?
- Tu peux développer ?
- Il est plus facile de relier des objets entre eux que des esprits. Avec un enchantement, je pense pouvoir faire interagir des roches entre elles. Après, faut qu'on se mettre d'accord sur des codes.
- Par exemple ?
- Code de couleur, de température, d'intensité lumineuse, etc. Tout ce qui pourrait nous permettre de comprendre le contenu du message.
- Le problème, c'est que ce n'est pas un système très précis...
- Non, mais c'est le seul que je pense pouvoir installer en de courts délais. Faut pas oublier le caractère urgent de la chose.
- On réfléchit maintenant aux codes ?
- Oui. Je propose une couleur par expéditeur – on va mettre ça sous forme d'un tableau – et indiquer l'importance de l'urgence par divers degré de lumière.
Quelques minutes plus tard, les quadruplées avaient produit la grille suivante :
Couleur (expéditeur message)
Noir (Aliana)
Rouge (Alana)
Violet (Aliania)
Rose (Alania)
Intensité lumineuse (degré de priorité)
Pâle (information)
Opaque (important)
Vive (urgent)
Éblouissante (urgence vitale)
Température (type de problème)
Glaciale (sorciers)
Ambiante (démons)
Tiède (orcs)
Brûlante (mixte)
Action (lieu d'émission)
Rotation circulaire (Fondcombe)
Lévitation (Lothlorien)
Rebondissement (camp principal)
Statique (autre)
- Ça convient à tout le monde ? Ce n'est pas possible d'être plus précis avec un simple cristal de roche.
- Cela conviendra temporairement. Tu peux créer cette merveille pour quand ?
- D'ici quelques heures. Restez dans le coin en attendant.
- Ça marche, on va entraîner des soldats ?
- Ça marche.
- Euh, tu sais où me trouver... fit Aliana peu encline à se retrouver parmi un groupe de gardes qui ne faisaient pas forcément la distinction entre un démon et elle.
- Oui, je passerai t'apporter la pierre. Vas-y, lui assura Aliania en la serrant de son bras valide en guise d'au revoir.
Quelques heures plus tard, les cristaux ensorcelés furent fragmentés dans plusieurs bijoux : bracelets, colliers, bagues... tout y passa et fut réparti entre les quadruplées.
Soledad réfléchissait. Cela faisait des semaines – pour ne pas dire des mois – qu'elle faisait le tour de la fameuse question « qui a aidé Prestya à les désunir ? ». Jusqu'à présent, cette rupture avait surtout servi aux êtres maléfiques qui profitaient de l'aubaine pour redoubler dans la fréquence et l'intensité de leurs attaques. Seulement, elle ne pouvait pas croire que sa tante ait pu s'allier avec l'un d'entre eux. Elle les détestait tous ! Elle ne supportait déjà pas sa propre nièce qui, malgré toutes les preuves évidentes n'était pas si malfaisante que ça, alors s'allier avec un démon ? Cela semblait tellement improbable... En même temps, Prestya semblait si extrémiste quand il s'agissait de les éloigner les unes des autres que tout pouvait être possible. Mais qui aurait accepté de pourparler avec elle ? Les puissants magiciens ne manquaient pas si l'on recherchait parmi toutes les connaissances de la famille... L'un d'entre eux aurait-il pu choisir de suivre la Reine plutôt que les Princesses ? Dans ce cas, lequel des Istaris aurait agit de manière aussi sournoise ? Aliania refusait de croire que son mentor Gandalf ait quoi que ce soit à voir avec cette histoire. Il avait toujours tout fait pour la protéger malgré son air parfois un peu bougon et énigmatique. Bien qu'à la base elle soit son élève, il l'avait rapidement traitée avec respect malgré son caractère insolent et impétueux. Une confiance mutuelle s'était instaurée entre eux et perdurait jusqu'à ce jour. Si un autre que lui l'avait projetée contre un mur pour l'empêcher de tuer Prestya, l'elfe aurait refroidi immédiatement cette personne sans autre forme de procès. Non, son initiateur ne lui aurait jamais fait un coup aussi pervers. Mais qu'en était-il de son tout premier mentor ? Cette pensée traversa soudainement l'esprit torturé de la jeune fille. Qu'en était-il de Saroumane exactement ? Depuis le départ, cet Istari – que ses condisciples considéraient comme le maître de leur Ordre – n'avait manifesté que du dédain et du mépris envers elle. Ils ne se croisaient que très rarement et ces rencontres s'avéraient souvent être sous tension. À chaque fois, la sorcière serrait des dents pour retenir une réplique mordante face à l'air impénétrable et oh combien agaçant de Saroumane le Multicolore. Depuis toujours, Aliania pressentait qu'une ombre rôdait autour de ce magicien et qu'un jour, il révèlerait son vrai visage en faisait basculer dans le chaos tous ceux qui lui faisaient aveuglément confiance. Évidemment, personne n'avait prêté d'importance aux avertissements de la Princesse. Dans un sens, elle pouvait les comprendre... Qui désirerait ouvrir les yeux sur une réalité aussi dérangeante ? Alors comme d'habitude, la jeune fille prenait sur elle et attendait que la chose pressentie arrive. À ce moment, elle serait là pour parer à la catastrophe. Pour l'instant, il fallait qu'elle base ses soupçons sur des preuves solides et irréfutables. Sans cela, elle allait encore passer pour la méchante... C'était dur à avaler mais aux yeux de la majorité de son entourage, c'était elle qui cherchait automatiquement la bagarre. Certes, elle admettait qu'elle ne faisait pas dans la dentelle, que ses faits et gestes étaient souvent impulsifs et que sa vie paraissait être un mauvais film mêlant action et horreur sans fin. Mais bon... elle aurait bien aimé voir comment ceux qui la critiquent s'en sortiraient à sa place ! Ne seraient-ils pas devenus complètement fous ? Seraient-ils même encore vivants pour en parler ? Cela, la sorcière en doutait. Sans ses sœurs, elle sentait très bien que la course à la survie allait être bien plus difficile. Seigneur ! Pourquoi les séparer maintenant ? Son mal-être grandissait de jour en jour depuis l'intervention de sa tante. Sans s'en rendre compte, la jeune fille frottait une plaie à peine cicatrisée due à un couteau mal rattrapé durant un entraînement. La blessure s'était remise à suinter et à picoter désagréablement. La douleur... une vieille amie fidèle à la jeune fille qui lui prouvait sans arrêt qu'elle était bel et bien vivante et qu'elle ne faisait pas un cauchemar. Sans vraiment réfléchir, elle enfonça ses ongles dans sa chair sanguinolente pour agrandir la coupure. Expirant profondément, elle ferma les yeux et grimaça sous la douleur. Mon dieu ! Qu'était-elle en train de faire ? Rouvrant les paupières, Aliania s'empara d'un morceau de tissu et banda son avant-bras. Fallait vraiment qu'elle parle de ses doutes à propos de Saroumane à quelqu'un avant de faire une connerie qu'elle regrettera par la suite. Elle devait en parler à ses sœurs ou à Léïa immédiatement. Si elle ne le faisait pas maintenant, jamais elle ne trouverait le courage de se confier après, sachant que ses soupçons allaient probablement être encore évincés par ses interlocutrices.
Elle croisa son aînée en grande conversation avec Arwen au sujet de son mariage.
- Je peux te parler ?
- Attends, je dois vraiment régler la question de ma robe de mariée aujourd'hui sinon elle ne sera jamais prête pour le mois de juin ! On parlera ce soir, ok ?
La jeune fille ne prit même pas le peine d'acquiescer tellement que le fait que son double l'ignore pour un simple morceau de tissu la blessait. Elle s'éloigna pour trouver sa petite sœur même si elle savait d'avance qu'elle éluderait ses propos soient disant calomnieux. Elle la trouve dans une salle en train d'instruire un groupe d'apprentis sorciers.
- Alania, faut que je te dise quelque chose.
- Désolée, je n'ai pas fini avec eux. Va voir Alana, elle doit être avec Arwen !
Exaspérée, l'elfe partit en claquant la porte. Léïa, fallait qu'elle voie Léïa. Sa recherche la mena dans une salle de réunion où sa tante s'entretenait avec d'autres elfes.
- Chérie, je ne peux pas te voir maintenant, des affaires urgentes doivent être réglées.
- Délègues les à quelqu'un d'autre... s'il te plaît.
Troublée par le ton que l'on pourrait qualifier de ton presque suppliant de sa nièce, la Reine Léïa lui promit de faire au plus vite et de la rejoindre dans ses appartements.
- Ce ne sera pas la peine, murmura Aliania en s'enfuyant dans les dédales de couloirs en retenant ses larmes.
- Hop là ! s'exclama l'homme dans lequel elle venait de foncer dedans. Aliania ? Ça ne va pas ma belle ? Pourquoi tu cours comme ça ?
- Si, ça va, laisse moi passer Anàrion.
- Attends ! s'exclama-t-il en lui retenant le bras avant de la lâcher en sentant du sang tâcher sa main. Tu es blessée ? Montre moi voir...
- Ce n'est rien, juste un couteau mal réceptionné à l'entrainement.
- Ah oui ça... J'en ai entendu parler. Depuis quand n'es-tu plus capable de rattraper un simple canif ?
- Comment ça « tu en as entendu parler » ? J'hallucine ! Alors il suffit qu'une guerrière rate son coup une fois pour que cela fasse le tour d'Imladris ?
- Quand cette guerrière s'appelle Aliania, oui, je trouve ça normal que les soldats s'inquiètent un minimum et en parlent. En plus, c'est plus profond que ce que j'imaginais... tu es sûre que c'est bien ce couteau qui t'a affligé cette plaie ? demanda-t-il soupçonneux.
- Oui ! rétorqua hargneusement son amie.
Parfois, le sens développé de l'observation d'Anàrion l'agaçait.
- Je ne te reconnais plus Aliania...
- Quoi ? Tout ça parce que j'ai manqué une lame de deux centimètres ?
- Non, parce que d'habitude, tu es plus habile que ça pour mentir, répliqua-t-il fermement. Il est clair que cette blessure a été aggravée.
- Je n'ai pas le temps pour écouter tes théories loufoques !
- Tu n'as jamais le temps quand il faut parler de toi ! lui fit remarquer judicieusement l'homme.
En voyant le pas rageur adopté par son amie, il savait qu'il avait visé juste. Il se doutait que son trouble ne s'exprimait pas juste par une simple maladresse lors d'un exercice de lancé de couteau.
L'elfe devait évacuer son trop plein d'émotion. S'emparant de la liste des démons à tuer élaborée par les soins des différents guerriers magiques, elle trouva un indésirable à chasser qui paraissait avoir suffisamment de bouteille pour promettre un minimum d'intérêt au combat.
- Tu vas où ? l'interrogea une magicienne.
- Détruire le démon Kazasius ! déclara-t-elle d'un ton détaché.
- Hey ! Alana a dit que vous deviez vous en charger à trois tellement ce démon est dangereux !
- Sauf que le reste de la cavalerie est occupé ! Alors je m'en charge.
- Mais...
- Mais rien du tout. Je te rappelle que je suis ta supérieure et que par conséquent, je n'ai pas de justificatifs à te fournir.
Quelques heures plus tard, les trois jumelles se retrouvèrent autour d'un feu de camp. Les flammes projetaient sur elles des reflets étranges.
- Tu as eu un problème cet après-midi ? lui lança Alana en constatant les traces de coup sur le visage d'Aliania.
- Absolument pas ! Je n'ai pas eu un problème, j'ai réglé un problème ! Nuance...
- Problème qui s'appelle ?
- Kazasius, dit-elle en s'étirant.
- Quoi ! Mais tu es folle ! Il est super dangereux !
- Était. Puis faut relativiser, il était assez facile à vaincre.
- D'où ces jolies petites marques violacées sur ton petit minois, ironisa la plus jeune.
La combattante ne répondit rien. Comment annoncer à ses sœurs qu'elle avait délibérément choisi d'affronter un démon seule pour être sûre que gagner tout en en gardant des traces ? Il n'y avait évidemment aucun moyen diplomatique, c'est pourquoi elle garda le silence.
- Tu aurais pu te faire tuer !
- Ce n'est pas arrivé, le méchant petit démon est mort et la sorcière s'en sort sans dommage !
Ses sœurs se raclèrent la gorge en entendant la dernière constatation et soupirèrent. Décidément, la conversation n'était pas gagnée.
- Tu aurais pu nous attendre.
- Vous étiez occupées !
- Ça pouvait attendre si c'est de cela dont tu voulais nous parler.
- Attendre ? s'offusqua-t-elle. Alors que ce démon dévorait quinze victimes par jour ? Vous plaisantez ? Ce n'est pas de ma faute si vous avez préféré de vous tourner les pouces ! les agressa-t-elle.
Cette fois, ce furent ses sœurs qui ne dirent rien... Sans doute n'avait-elle pas exactement tort.
Le reste de la soirée fut assez morose pour les jumelles qui étaient plongées respectivement dans leurs pensées.
Le mois d'avril arriva à une vitesse folle pour les élèves de Poudlard. Désormais, quasiment plus personne ne prêtaient attention aux allers et retours abracadabrants des sœurs Lopès. Seul le Professeur Rogne continuait à les dénigrer et elles se faisaient un malin plaisir à répondre à ses attaques publiquement. La tranquillité de vie des jeunes magiciens contrastait fortement avec l'intensité de celle des jumelles. Les attaques en Terre du Milieu s'intensifiaient et les jeunes filles étaient débordées de boulot, sans parler du fait qu'elles avaient commencé d'autres missions sur Terre parallèlement à celle de Poudlard. Un soir, le Directeur des lieux reçut une curieuse visite :
- Professeur Dumbledore, est-ce que je pourrais vous parler ? demanda Alana d'une voix légèrement plus aigüe que la normale.
La jeune fille se tenait sur le seuil de son bureau et ne semblait pas être à son aise. À vrai dire, le Directeur la trouvait bizarre : son teint extrêmement pâle faisait ressortir ses yeux rougis cernés par de profonds cernes noirâtres, ses cheveux semblaient avoir perdu de leur éclat d'origine et ses vêtements étaient déchirés par endroit. Son positionnement corporel montrait qu'elle était vidée de son énergie et son aura semblait bien faible.
Le Directeur s'empressa de lui tendre un fauteuil où elle s'écroula sans tenter de se redresser un minimum.
- Désolée, s'excusa-t-elle dans un souffle. Mauvaise journée, gémit-elle en faisant un effort pour s'asseoir correctement.
- Êtes-vous blessée ? s'inquiéta le vieil homme en s'agenouillant en face d'elle en fixant son visage maladivement pâle.
- Juste fatiguée... ça va passer. Je dois absolument vous parler maintenant. Cela ne peut attendre.
- Je vous écoute, lui répondit-il simplement en lui servant un verre d'eau qu'elle avala en s'étouffant à moitié.
- Il se passe des choses, de mauvaises choses dans mon monde en Terre du Milieu. J'ai un très mauvais pressentiment quant à la suite des évènements...
Sa voix se brisa et elle dut respirer plusieurs fois avant de pouvoir reprendre la parole. Son interlocuteur ne la pressa pas et attendit patiemment qu'elle poursuive.
- Je ne pourrai pas vous expliquer en quoi cette sensation me pousse jusqu'à venir vous demander une faveur.
- Que puis-je faire pour vous aider ? demanda-t-il doucement.
- S'il vous plait, veillez autant que possible sur ma petite sœur. Je sais qu'elle se donne le genre de ne pas avoir besoin de protection mais c'est faux... c'est juste une carapace qu'elle a été obligé de se forger pour survivre... J'ai conscience que son attitude est souvent limite pour ne pas dire inacceptable mais au fond d'elle, elle n'est pas méchante ! Au contraire, elle est profondément généreuse et elle donnerait sa vie pour sauver n'importe quelle autre vie.
- Vous aussi avez connu de douloureuses épreuves... murmura Albus Dumbledore.
- Malgré tout, j'ai été protégée, pas elle. Elle a toujours servi de souffre-douleur. C'est elle qui a le plus fort caractère et c'est pour ça qu'ils s'acharnent sur elle. Je ne parle pas seulement des forces du mal mais aussi d'une partie de notre famille. Je ne sais pas si vous vous en rappelez, lors de notre premier entretien, je vous avais dit que « la famille, ce n'est pas toujours ce que l'on croit » ?
Le professeur Dumbledore se contenta d'hocher la tête, conscient qu'un mot de travers pouvait stopper la jeune fille dans son élan de confession. Il était tellement rare qu'une des jumelles raconte volontairement des épisodes de sa vie.
- Pour la plupart des gens, la famille désigne un groupe de personnes sûres avec lesquelles ils sont reliés par les liens du sang et du mariage. Dans ma famille, je ne puis plus avoir la certitude que l'on continuera à veiller les uns sur les autres. D'ordinaire, le mal qui nous frappe provient de l'extérieur. Maintenant, tout a changé, il s'est infiltré dans nos rangs. Il y a quelques mois – enfin, plutôt quelques semaines pour vous – une des personnes en qui mes sœurs et moi aurions dû avoir le plus confiance nous a trahies. Prestya, notre tante, s'est arrangée pour couper le lien spécial qui nous unissait en temps que sorcières jumelles. Personne ne pensait que cela était possible ! Je n'arrive pas à croire qu'elle ait osé nous faire ça... et j'ignore la façon dont elle s'y est prise, mais cela ne sera certainement pas sans conséquence ! Comment a-t-elle pu parvenir à scission toute seule ? Qu'est-ce que l'on va devenir mes sœurs et moi ? Depuis le commencement, j'ai toujours été relié aux trois autres. J'admets que parfois c'est pénible de ressentir tout ce que les autres ressentent mais quand même ! Il y a un vide immense en moi que rien ni personne ne parvient à combler, pas même mon fiancé... Je me marie dans quelques semaines et je ne me sens plus heureuse – en tout cas plus depuis la rupture fraternelle. Bref, je m'égare, ne vous méprenez pas, je ne veux pas vous prendre pour un psy. J'étais juste venue m'assurer que quelqu'un de fort et solide comme vous veillera sur Soledad si jamais il m'arrivait malheur. Je ne m'inquiète pas trop pour mes deux autres sœurs qui sont plutôt bien entourées. Mais pour Sol, c'est une autre histoire... Depuis que Prestya nous a piégées, je sens ma petite sœur complètement perdue et cela me terrifie. Tant de choses reposent sur ses épaules ! Est-elle toujours apte à gérer cette pression permanente ? Je n'en ai plus l'impression. Même Legolas, son homme, ne parvient plus du tout à ce qu'elle sourît et se confît à lui. Je sais qu'elle vous a souvent envoyé des piques, mais c'est son caractère ! C'est pourquoi je vous en supplie : ne la laissez pas tomber malgré tout le rejet qu'elle pourra faire preuve à votre égard. Au fond, elle a besoin des autres pour l'entourer, même si elle veut se persuader du contraire.
- Il n'est pas dans mes habitudes d'abandonner qui que ce soit, dit-il avec cependant un voile de tristesse dans les yeux. Je peux vous promettre qu'une aide sera toujours apportée à Poudlard à ceux qui en font la demande – même si cette demande n'est pas consciente. Je vous apprécie beaucoup vous et votre sœur. Même si en temps que directeur, je ne peux pas incessamment laisser passer toutes vos frasques, je peux vous assurer en temps qu'être humain, vous êtes chères à mon cœur. J'ai une confidence à vous faire Marie.
- Ah oui, laquelle ?
- Depuis que vous êtes arrivées, j'ai l'étrange impression de vous connaitre. Nous ne nous sommes probablement jamais rencontrés auparavant il n'empêche que vous me paraissez familière. J'ai sans doute dû rencontrer une personne qui vous ressemblait lors de ma longue carrière... mais je n'arrive pas à me souvenir. Peut-être est-ce la vieillesse qui me fait devenir sénile – cela donnera raison à certains journalistes ou politiciens du Ministère – mais je suis persuadé d'avoir connu quelqu'un comme vous il y a longtemps, mais qui et où ? Cela ma mémoire ne peut me le rappeler.
- Je n'ai pas souvenir d'avoir jamais lu un rapport de mission ayant un lien avec Poudlard, murmura Marie fatiguée. En pourtant, j'en ai lu et rédigé des centaines – pour ne pas dire des milliers ! Si une personne de notre genre était venue en mission dans ces lieux, je l'aurais su. N'oubliez pas que je suis encore plus âgée que les fondements de ce château, lui notifia-t-elle avec un petit sourire blasé avant d'étouffer un bâillement.
- Vous devriez aller vous reposer, vous en avez grand besoin Miss Lopès.
- Me reposer ? rigola-t-elle d'un rire sans joie. Alors qu'une guerre se prépare et que les préparatifs de mon mariage sont au ralenti ? C'est seulement dans mes rêves que je pourrai dormir, c'est le cas de le dire !
Avant de partir, elle remit une enveloppe scellée au Professeur Dumbledore en lui faisant promettre de la remettre en main propre à Soledad si jamais elle venait à trépasser
Alana était dans un état de nerf et de fatigue assez impressionnant. Elle devenait limite agressive avec tous ceux qui lui adressaient la parole. Cette attitude ne lui ressemblait absolument pas et son entourage s'inquiétait pour sa santé. Un jour, Aliania décida de lui ouvrir les yeux sur sa nouvelle façon d'être.
- Chérie, laisse tomber le rapport que tu es en train d'écrire, faut qu'on parle.
- Qu'est-ce que tu me veux ! aboya-t-elle.
- Depuis quand tu me cries dessus alors que je n'ai rien fait ?
- Tu m'énerves ! Je suis occupée !
- Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins, ce n'est pas mon genre de toute manière. Tu es constamment sur les nerfs ces derniers temps et ça, ce n'est pas toi ! D'habitude, c'est toi qui dois gérer mes crises de nerfs. Je ne connais personne qui soit aussi zen que toi ! Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu as quelque chose à nous dire ?
- Non, je n'ai rien à dire. Pas le temps de discuter alors qu'il y a encore temps de chose à faire.
- Tu parles à quel niveau ?
- Mais de tout ! Du boulot, du mariage, de la famille !
- Pour le boulot, laisse nous gérer. On s'en occupe ! Par contre, occupes-toi donc de ton mariage si ça te stresse tant. J'ai mieux encore : prends une pose et va voir Lendiwëll.
- J'peux pas, murmura-t-elle.
- Bien sûr que si ! Allez file ! Je ne veux pas te revoir tant que tu n'auras pas déstressé un minimum.
Sans attendre d'avantage, la jeune fille se précipita vers l'écurie pour sceller son cheval et partit tard dans la nuit rejoindre son bien-aimé, bien décidée à profiter pleinement de ce moment de liberté.
Durant trois semaines, personne à Imladris n'eut de nouvelles d'Alana mais bon, ne dit-on pas « pas de nouvelles, bonnes nouvelles ? ».
Aliania, qui venait d'exterminer un démon assez juteux, finissait de se changer dans sa chambre. Qu'est-ce qu'elle pouvait passer comme temps à se doucher et à enlever de ses cheveux des matières visqueuses ! Heureusement pour elle qu'elle n'avait pas froid aux yeux... Elle allait mettre une veste en cuir lorsque son compagnon entra dans sa chambre.
- Mince... pensa-t-elle.
Legolas lui attrapa le poignet alors qu'elle s'empressait de revêtir une veste. La jeune femme se figea net face à cette étrange attitude. L'elfe plongea son regard dans le sien et tenta de décrypter ce que le regard farouche de sa compagne cachait.
- Quoi ? l'agressa-t-elle sur la défensive.
- Qu'est-ce que tu as au bras ? fit-il d'un ton soupçonneux.
- Mais rien du tout ! Qu'est-ce que tu me fais là ? s'énerva-t-elle en dégageant brusquement son bras de son emprise.
- Arrêtes ! J'ai vu des marques... d'où viennent-elles ?
- À ton avis ? Ce n'est quand même pas la première fois que tu constates des blessures de guerre, non ?
- Montres-les moi, exigea-t-il calmement mais fermement.
- Pourquoi ?
- Aides-moi à ôter un doute...
- Allez, je n'ai pas le temps pour ce genre de scène, je suis attendue ailleurs, déclara-t-elle brusquement en tentant de prendre la fuite.
Mais son fiancé ne lui en laissa pas le temps. Depuis toujours, il ne faisait qu'essayer de dialoguer avec elle. Jusqu'à présent, il n'avait jamais usé de la force pour lui faire entendre raison. Mais au jour d'aujourd'hui, il était extrêmement inquiet. En cas de doute, il ne pouvait désormais plus vérifier ses théories avec l'une des autres jumelles car elles n'étaient plus reliées physiquement et psychiquement. C'est pourquoi il la rattrapa et la plaqua brutalement contre le mur. Choquée, Aliania se laissa faire en retenant son souffle.
- Je te connais trop Aliania. Je vois parfaitement que tu ne vas pas bien depuis que tu as été séparée de tes sœurs (les yeux de la jeune femme brillèrent de peine et de rage). Je conçois tout à fait que cela te fait souffrir. Tu ne peux pas continuer à faire comme si tu allais bien parce que je ne suis pas aveugle ! J'ai vu comment tu gères ton trop plein d'émotions et...
- Lâche-moi, tu m'énerves ! réagit-elle en s'agitant contre la pierre froide. Pour qui te prends-tu pour oser me menacer comme ça !
- Je ne te menace pas, répondit le Prince, j'essaie juste...
- Lâche-moi, répéta-telle.
- Non.
- Je ne voudrais pas te faire mal alors LÂCHE-MOI ! lui cria-t-elle au visage.
- C'est à toi que tu fais du mal !
À ces mots, la Princesse se détacha avec hargne tout en repoussant son fiancé avec force. Après lui avoir jeté un dernier regard haineux, elle quitta la pièce à vive allure. Legolas se laissa glisser contre le mur et enfouit sa tête dans ses bras, désespéré par l'attitude de sa compagne. Il redoutait fortement l'avenir.
Aliania s'était réfugiée dans une des salles abandonnées de Poudlard. Elle se sentait vraiment mal. D'une part, elle culpabilisait de son comportement ignoble avec Legolas mais d'autre part, elle lui en voulait pour son attitude inquisitrice et invasive. Prenant de grandes inspirations, elle tenta de se calmer mais rien n'y faisait. Les fragiles bibelots abandonnés volèrent en éclat. Son état psychique était en train d'atteindre une limite où elle pouvait perdre le contrôle de ses pouvoirs. Elle savait qu'elle devait absolument relâcher la pression. Se défouler sur des objets ne l'aidait plus depuis longtemps. Même si elle brisait tout ce qui lui tombait sous la main, son mal-être ne la quittait pas. Une seule chose pouvait encore un peu la réconforter. Or, il s'agissait de cette chose précisément qui avait engendré la dispute avec son bien-aimé. Tant pis, la tentation était trop forte. Elle saisit un couteau de poche et laissa glisser la lame sur la peau de son avant-bras. De toute façon, personne ne pourrait savoir ce qu'elle faisait pour se soulager, pas même ses sœurs. Plus maintenant. Avant la rupture des liens, Soledad avait déjà des pulsions de ce genre qu'elle réussissait à maîtriser en se disant qu'elle ne pouvait pas leur infliger cela. Mais maintenant, plus rien ne la retenait. Au pire des cas, si quelqu'un comme Legolas avait des doutes, elle ferait passer ces cicatrices pour ce qu'elles sont dans le fond : des blessures de guerre – sauf que cette guerre-ci était interne et non externe. La vue du sang s'écoulant lentement sur une des dalles l'hypnotisa et la replongea dans ses sombres pensées.
Non loin de là, le trio d'or papotait allègrement. Sur le chemin menant aux serres, ils croisèrent Hagrid qui dissimulait quelque chose sous son large manteau. Ne souhaitant pas répondre à leurs interrogations, le demi-géant leur demanda de venir le voir le soir même.
Quelques heures plus tard, les Gryffondor empruntèrent le chemin pour rendre chez le garde-chasse dissimulés sous la cape d'invisibilité. Ayant croisé Soledad qui se morfondait sur un banc dans l'obscurité, ils lui avaient demandé de les accompagner chez le géant. Sans entrain, l'elfe les avait suivis. Hagrid s'empressa de les faire entrer, soucieux de ne pas se faire remarquer.
- Qu'est-ce que vous cuisinez Hagrid ? demanda Hermione en voyant un chaudron bouillonner au dessus du feu.
- Attendez... fit soudainement Ron avec un regard mi-effrayé, mi-émerveillé. Ce n'est pas du ragoût que vous nous faites là ! Où est-ce que vous l'avez eu ?
- Mais de quoi tu parles ? fit Harry en fronçant des sourcils.
- C'est un œuf de dragon !
À cet instant, un bruit de coque brisée se fit entendre. Tous les regards se figèrent sur la coquille fissurée que le maître des lieux s'empressa de la poser sur la table. Une petite tête à crête fit son apparition en crachotant du feu.
- Bonjour Norbert ! s'exclama Hagrid tout attendri. Oh ! Il reconnait sa maman ! roucoula-t-il sous les yeux septiques de ses amis.
- Hagrid, c'est un norvégien à crête ! Comment l'avez-vous eu ?
- Hagrid, c'est illégal de posséder un dragon !
- Je l'ai gagné au poker j'ai toujours rêvé d'en élever un ! déclara-t-il tout ému.
- Ok, c'est officiel, il est complètement dingue, pensa l'elfe blasée. Comme si la vie n'était déjà pas assez compliquée, il faut en plus que... que Malefoy nous espionne par la fenêtre ! Non mais quelle fouine ! protesta-t-elle en se levant d'un bond.
Le Professeur McGonagall les attendait à l'entrée du château, outrée. Derrière elle, Drago Malefoy affichait un air victorieux.
- Votre comportement est inadmissible jeunes gens ! Se promener en pleine nuit et à l'extérieur du château qui plus ! Vous me décevez beaucoup. J'enlève cinquante points à Gryffondor pour votre conduite inqualifiable !
- Cinquante points ! s'alarma Harry qui venait de comprendre qu'à cause de cela, Gryffondor perdait son placement en tête de la Coupe des Quatre Maisons.
- Cinquante points chacun, l'informa sévèrement la Directrice adjointe. Et pour vous faire passer l'envie de recommencer, je vous mets à tous les cinq une retenue !
À l'entente de cette sanction, le sourire du Serpentard se figea :
- Excusez-moi Professeur, j'ai peur d'avoir mal entendu, vous avez dit « tous les cinq » ?
- Vous avez bien entendu Monsieur Malefoy. Même si votre intention était honorable, il n'en demeure pas moins vrai que vous vous promeniez vous aussi en dehors du couvre-feu.
- Quitte à balancer, apprends-le à le faire correctement, persiffla Soledad entre ses dents.
- Quand à vous Miss Lopès, je ne peux que vous faire part de ma déception. Vous devriez vous montrer plus responsable. Je vous rappelle que vous ne pouvez pas œuvrer à votre guise ici, en particulier si d'autres élèves sont impliqués dans vos combines. Vous écopez de la même sanction que vous camarades même si je n'ose croire que vous effectuerez cette punition.
- Ne me parlez pas de responsabilités ! Et puis entre nous, qu'est-ce qui est le pire ? Laisser des premières années sortir seuls dans les profondeurs de la nuit ou bien les accompagner et garder par la même occasion un œil sur eux ?
- Peut-être auriez-vous pu les empêcher de sortir, fit Minerva McGonagall en pinçant fortement des lèvres.
- Officiellement, je ne suis ni leur chef, ni leur professeur et encore moins leur mère. Je n'ai donc pas à leur interdire de sortir ou à leur donner des ordres, répondit pragmatiquement l'elfe en haussant les épaules.
Le lendemain soir, le trio fut accompagné par Rusard à leur retenue. Ils furent un peu soulagés lorsqu'ils apprirent qu'ils devaient l'effectuer avec Hagrid. Le concierge s'empressa d'éteindre leur espoir en leur précisant qu'ils se rendaient dans la Forêt Interdite et qu'il reviendrait récupérer ce qu'il resterait d'eux à l'aube. À cette nouvelle, Malefoy avait considérablement pâli et avait cessé de se pavaner. Tous furent étonnés de trouver Soledad qui les attendait avec le demi-géant.
- On doit accompagner Hagrid dans la forêt pour tenter de retrouver une licorne blessée, leur expliqua-t-elle.
- Vous voyez les traces argentés sur ces feuilles ? demanda le garde-chasse. Il s'agit de sang de licorne. J'ignore ce qui les attaque... en tout cas, nous allons tenter de retrouver la pauvre créature avant qu'elle ne finisse comme celle que j'ai retrouvée mercredi... vidée de son sang ! Écoutez moi bien les jeunes, c'est une mission qui n'est pas sans risque alors je vous demande de rester groupés et de vous montrer extrêmement prudents.
- C'est pour cela que je viens avec vous, leur fit remarquer Soledad.
- Donc tu vas réellement faire ta retenue ? lui notifia Harry.
- Techniquement, oui... grommela l'elfe. Mais bon, c'est plus intéressant que de copier des lignes ou de récurer un chaudron cramé ! Puis, je commence à connaître la forêt... si on trouve la licorne vivante, je pourrais la soigner.
- On va se diviser en deux groupes ! annonça Hagrid.
- D'accord, mais je veux Crockdur ! exigea Malefoy qui pensait que l'imposant chien d'Hagrid pourrait le protéger contre les bêtes féroces.
- Je te préviens, c'est un vrai trouillard. Ron et Hermione, vous venez avec moi. Harry, tu iras Malefoy et...
- Et je vais avec eux, décréta fermement la jeune fille. Allez, on s'active. Plus vite on accomplira notre mission, plus vite on ira se coucher, fit-elle en étouffant un bâillement.
Les deux groupes s'enfoncèrent dans les profondeurs sous les arbres. À un moment, le sentier se scinda en deux ce qui obligea le groupe à poursuivre dans deux directions opposées. Soledad opta pour le chemin de droite tandis qu'Hagrid s'engagea dans celui de gauche. L'elfe avait remarqué que le garde-chasse ne semblait pas tranquille aussi décida-t-elle de redoubler de vigilance. L'atmosphère lugubre du bois aurait rendu mal à l'aise n'importe qui. Les deux enfants n'avaient pas l'air heureux de se trouver ici mais tentaient de garder bonne figure. Tout à coup, un bruit se fit entendre. On aurait dit que quelque chose lui suivait sans pour autant chercher à dissimiler sa présence. Crockdur commença à gémir de peur et se plaça derrière les jambes d'Harry.
- Crockdur... faudra penser à changer de nom ! persiffla l'elfe tout en épiant les mouvements suspects dans les fourrés.
- Qu'est-ce que c'est ? Tu vois quelque chose ? demanda le Gryffondor d'une voix stressée.
- Je n'ai qu'une certitude : c'est que quelque chose nous tourne autour... Après, je ne sais pas ce que c'est...
- Un loup-garou attaquerait une licorne ?
- Non, je ne pense pas. Bon ok, c'est la pleine lune, mais s'il s'agissait vraiment d'un loup – garou ou pas d'ailleurs – il nous aurait déjà attaqué depuis longtemps. Bon, on continue à avancer. Le bruit est de plus en plus lointain...
Ils poursuivirent leur chemin jusqu'à déboucher sur une petite clairière. Harry et Soledad se stoppèrent nets à la vue d'une forme blanche allongée sur un tas de feuilles mortes. Totalement immobile, la pauvre licorne ne donnait plus aucun signe de vie.
- On est arrivé trop tard, écuma l'elfe en tapant rageusement le sol du pied. Allons prévenir les autres !
Au moment où ils allèrent faire demi-tour, une sombre silhouette encapuchonnée se glissa hors d'un buisson pour s'accroupir sur l'animal et se mit à s'abreuver de son sang argenté. Le Serpendard hurla d'horreur et prit la fuite avec le chien. Évidemment, ce cri avait alerté l'agresseur qui se dirigea rapidement vers eux. Le Survivant se prit la tête entre les mains en retenant un gémissement de douleur tandis que Soledad donna un coup de pied latéral à l'inconnu. Sous la force de l'impact, ce dernier recula avant de retenter une nouvelle attaque contre le garçon.
- Laisse-le tranquille ! lui ordonna la jeune fille positionnée sur la défensive, prête à lui montrer à quel bois elle se chauffait. Sinon, je n'hésiterais pas à te faire mordre la poussière !
La créature continua à s'avancer dangereusement vers eux.
- De toute manière, je ne comptais pas te laisser repartir ! Assassin de licorne va ! hurla-t-elle en lui assénant un coup de point dans le torse.
La jeune fille recula un peu pour s'assurer que son protégé ne risquait rien. Sans crier garde, une masse fonça sur leur ennemi et le mit en fuite.
- Hey ! s'indigna la sorcière. Ce n'est pas du jeu ! Il était à moi !
- Tu es le fils Potter ? demanda-t-il avant prêter attention à la demoiselle.
- Oui...
- Et vous, vous êtes qui ? fit Soledad méfiante.
- Firenze, j'appartiens au peuple des centaures.
- Des centaures maintenant ? Décidément, je vais devoir revoir mes cours sur les créatures magiques et imaginaires... grommela-t-elle.
- Savez-vous à quoi sert le sang de licorne ?
- J'imagine que ça sert à renforcer les effets d'une potion...
- Cette substance permet de survivre même si la personne est sur le point de mourir. Assassiner une licorne constitue un crime horrible qui mène à une vie maudite.
- Mais qui voudrait d'une telle vie ? s'étonna le jeune garçon.
- Quelqu'un qui n'a plus rien à perdre. Sais-tu ce qui est caché en ce moment dans l'école ?
- La Pierre Philosophale ! L'élixir de longue vie, bien sûr ! Mais qui...
- Réfléchis Harry, lui dit Soledad qui elle avait bien compris ce qu'insinuait le centaure. Dans votre monde, qui pourrait chercher à revenir complètement à la vie à n'importe quel prix ?
- Lord Voldemort... murmura-t-il sous le choc.
- HARRY ! l'appela Hagrid. Soledad !
- Ouais, on est là ! les guida Soledad voyant que son protégé ne réagissait pas.
- Vous allez bien ?
- Super ! On vient de se faire attaquer par ce qui s'avérerait être un demi-Voldemort ! Ouais, je sais, on est trop chanceux, railla-t-elle.
- Quoi ? demanda le demi-géant perdu.
- Non rien, laissez-tomber. La licorne est morte. On n'a plus rien à faire ici. Rentrons au château.
Une fois de retour dans la Salle Commune, Harry raconta en détails à Ron et Hermione tout ce qui leur était arrivé dans la forêt. Inquiet, il leur fit part de ses craintes à propos du retour de Voldemort. La jeune Gryffondor tenta de la rassurer en lui rappelant que Dumbledore avait toujours été le seul à faire peur au mage noir et que tant que le Directeur était à la tête de Poudlard, il n'aurait rien à craindre. Le Survivant ne partageait pas entièrement son avis... Dès que Rogue donnerait la Pierre à son maître – parce que ce fait était une certitude pour lui – le meurtrier de ses parents retrouverait toute sa puissance d'autrefois et voudrait certainement achever le travail qu'il avait commencé – à savoir le tuer. Soledad, qui avait assisté silencieusement à leur échange, ne peut s'empêcher de penser que son protégé n'avait probablement pas tort...
Les examens de fin d'année eurent comme effet positif de divertir le trio qui mit dans un coin de leurs têtes leurs craintes. De toute évidence, Touffu n'avait pas bougé de sa place car à chaque fois que l'un d'eux passait devant la porte interdite, il entendait des bruits de grognements. Un après-midi, la cicatrice d'Harry se fit douloureuse. Cela se produisait de plus en plus souvent ces derniers temps. Le garçon était persuadé qu'il s'agissait d'un avertissement à propos de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Soudainement, il se releva d'un coup comme s'il venait de réaliser quelque chose.
- Qu'est-ce qui t'arrive Harry ? lui demanda Soledad.
- Je viens de penser à un truc ! Personne ne trouve ça étrange qu'Hagrid, qui a toujours rêvé d'avoir un dragon, croise justement quelqu'un qui se balade avec un œuf dans sa poche ?
- Où est-ce que tu veux en venir ?
- Faut qu'on aille voir Hagrid, tout de suite ! fit-il en se ruant à l'extérieur de la tour.
Les autres se dépêchèrent de le suivre. Arrivés à la cabane du garde-chasse, le Survivant n'alla pas par quatre chemins et demanda au demi-géant qui lui avait donné l'œuf. L'hôte lui avoua qu'il n'en savait rien car l'homme est question était masqué (ce qui n'avait rien d'étonnant selon lui). L'elfe lui fit remarquer qu'un homme un tant soit peu responsable n'aurait pas dû lui confier une telle créature sans s'assurer des capacités du futur propriétaire à l'élever. C'est là que les craintes d'Harry se justifièrent... Hagrid avait affirmé à l'inconnu qu'après avoir eu un chien à trois têtes, s'occuper d'un dragon serait un jeu d'enfant.
- Hagrid, qu'avez-vous dit exactement à cet étranger à propos de Touffu ?
- Que je l'avais eu depuis qu'il est bébé, qu'il n'était pas si méchant que cela et qu'il suffisait que trouver le truc pour le calmer. Le moindre petit air de musique, et il s'endort ! Mince, réalisa-t-il une fois de plus trop tard, je n'aurais jamais du dire ça... Où allez-vous ? s'exclama-t-il en voyant les quatre Gryffondor horrifiés partir en courant.
- Je parie tout ce que vous voulez que l'homme encapuchonné était Rogue ! Il a tous les éléments pour passer sous la trappe et s'emparer de la Pierre ! Faut prévenir Dumbledore.
- Je te rappelle qu'on n'est pas censé être au courant de tout ça ! fit remarquer Ron hors d'haleine.
- Tant pis, la situation est trop grave ! C'est une urgence ! Allons...
Ils tombèrent sur le Professeur McGonagall au détour d'un couloir qui portait une pile de parchemins.
- Nous devons voir le Professeur Dumbledore immédiatement ! se lança courageusement Hermione les joues rouges.
- Et pourquoi cela ? répondit-elle sèchement.
- Je vous laisse lui expliquer, j'ai une urgence ! s'exclama Soledad qui avait senti son collier ensorcelé la brûler et faire des cercles sur sa poitrine.
Elle disparut en courant en constatant de le signal de détresse était lancé par ses trois sœurs...
Aliania s'était précipitée à Fondcombe dès qu'elle avait reçu l'appel à l'aide de ses sœurs. Elle ne savait pas à quoi s'attendre car sans lien psychique, aucune communication n'avait pu se faire. Tout ce qu'elle pouvait anticiper, c'était que la situation devait être délicate. Ses sœurs étaient des guerrières affirmées (même Alania malgré toutes les réserves qu'elle montrait à son égard) et ne lançaient des appels de détresse de ce type qu'en cas d'extrême nécessité. Ce fut donc tendue que la jeune femme apparut au milieu d'un véritable champ de bataille.
Une boule de feu jaillit de nulle part, obligeant la sorcière à faire un écart de trajectoire qui la fit trébucher... sur un garde elfique inconscient. Aliania se releva et s'abrita derrière un pilier, tous les sens en alerte. Mais où étaient donc ses sœurs ? Elle balaya du regard le spectacle navrant qui s'offrait à elle : des débris de pierres recouvraient des corps inanimés et des nuées de fumée noirâtre émanant des flammes empoisonnaient l'atmosphère d'ordinaire si serein à Imladris.
Non loin de là, une femme hurla. Se mettant à découvert, la guerrière courut vers l'endroit en question. Ce qu'elle vit la mit hors d'elle : un démon s'acharnait sur une elfe recroquevillée en lui lançant des minuscules boules de feu qui attaquaient la peau blanche de la victime.
- Arwen ! hurla sa sœur en se jetant sur son agresseur. Toi, tu n'aurais jamais du faire ça !
Elle s'appropria du poignard qui était suspendu à sa ceinture et le lui planta en plein cœur.
- Ça va aller ? s'inquiéta-t-elle en examinant brièvement ses brûlures.
- Ou...oui, balbutia-t-elle sous le choc.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Où sont les autres ?
Mais l'elfe ne répondit pas. Elle semblait un peu trop sonnée pour saisir le sens de ces questions. Aliania prit fermement la main de la blessée dans la sienne et la força à se lever.
- Suis-moi, je vais te mettre à l'abri en attendant de savoir s'il reste des démons.
Elles eurent à peine le temps de faire quelques dizaines de mètres qu'elles tombèrent sur Aragorn qui manifestement cherchait des armes pour se défendre. Il lâcha tout ce qu'il avait trouvé lorsqu'il vit dans quel état se trouvait sa promise.
- Mauvais réflexe ! lança son amie en essayant de dédramatiser la situation. Je peux te la confier ? s'enquit-elle. Faut que j'aille voir ce qui se passe...
- Le gros du combat se déroule dans la première cour et sur la terrasse surplombant la rivière. Ils sont nombreux.
- Qui ça « ils » ? Tu sais où sont mes sœurs ?
- Elles sont toutes là-bas aux dernières nouvelles. J'ignore qui ils sont mais ils ont surgi tels des ombres du néant...
- Quand tu dis « toutes », tu parles des trois réunies ? s'étonna-t-elle. En même temps, les trois ont émis un signal de détresse... C'était une question stupide ! se dit-elle à elle-même furieuse.
- Oui.
- Allez-vous cacher dans ma planque secrète. Je vais régler le problème.
- Je t'accompagne.
- Et tu comptes laisser Arwen toute seule ? s'insurgea-t-elle. Hors de question ! De toutes manières, tu n'as pas les capacités magiques nécessaires pour les repousser. Vaut mieux que tu la soignes ! À tout à l'heure !
La guerrière profita du trajet pour retirer sa robe de sorcière qui la gênait plus qu'autre chose dans ses mouvements. Heureusement, elle avait opté pour un jean taille basse et un débardeur moulant qui étaient à ses yeux bien plus confortables pour se battre. Des cris retentirent alors qu'elle arriva à l'endroit que le rôdeur lui avait indiqué. Des dizaines d'êtres maléfiques jetaient des rafales de projectiles divers sur les survivants. À l'heure actuelle, une victoire semblait plus qu'improbable... Les quelques personnes encore valides étaient éparpillées sur une zone de deux cent mètres de diamètre ce qui diminuait significativement la portée de leurs efforts de rejet.
- FORMEZ UNE LIGNE ! s'égosilla Aliania consciente qu'elle devait élaborer une stratégie pour reprendre le dessus.
Évidemment, son ordre n'était pas passé inaperçu pour le camp ennemi qui l'a prit comme cible privilégiée. Elle plongea à terre pour éviter les divers projectiles qui fusaient sur elle. Néanmoins, ces proches tentaient tant bien que mal de s'allier à elle pour former une nouvelle unité défensive. Une énorme boule de feu jaillit de derrière elle et alla s'abattre sur les trois démons qui menaçaient de la lacérer avec leurs immenses griffes.
- Aliana ! Contente de te voir parmi nous, l'accueillit sa sœur avec un petit sourire.
- Parait que vous aviez besoin d'un coup de main...
- Où sont ...
- On est là ! signalèrent les deux autres sœurs qui venaient de les rejoindre.
Au même moment, Aliania se tordit de douleur en positionnant ses bras autour de son ventre. Pourtant, rien ne l'avait frappé. Que lui arrivait-il ? Elle gémit et s'écroula à genou, sous les regards inquiets de ses sœurs.
- Qu'est-ce que tu as ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ! Relèves-toi !
La jeune fille ferma les yeux un instant et se concentra de toutes ses forces sur ce qui se passait autour d'elle.
- Ok, tu as l'impression de ressentir la même douleur que si on t'avait poignardé mais non, tu ne saignes pas alors du nerf ! Ce n'est pas le moment de flancher ! s'imposa-t-elle à elle-même avant de se redresser avec un regard déterminé que ses jumelles ne connaissaient que trop bien.
- Ok, faut vraiment qu'on les fasse éjecter de notre vue, ça commence vraiment à craindre là ! décréta-t-elle en grinçant des dents pour retenir une autre plainte.
Elles joignirent leurs mains et les deux sœurs aux extrémités balayèrent d'un bras la cohorte d'ennemis face à elles.
- J'adore voir les démons voler, je trouve ça... divertissant ! lâcha Alana.
- À chacun ses préférences... lui répondit la plus jeune.
- Avoue que c'est plaisant de les voir s'écraser au sol !
La puissance magique n'était pas aussi forte qu'elles l'auraient souhaité – ce n'était plus le cas depuis leur séparation forcée - mais semblait malgré tout prendre l'avantage sur les adversaires dont le nombre diminuait à vue d'œil.
Tout à coup, un gigantesque démon apparut. Il devait mesurer pas moins de six mètres de hauteur et deux mètres de large. Une odeur nauséabonde émanait de la créature qui s'avançait en courant sur les filles.
- Sa mère s'est accouplée avec un troll ou quoi ! Attention ! cria Aliania.
Le monstre avait abattue sa massue à l'endroit où se trouvaient Aliana et Alana une seconde auparavant.
- Wow ! Il n'a pas l'air commode... notifia Alana en saisissait Aliania par le coude.
- Où sont Léïa et Prestya ? On ne va pas y arriver là ! réalisa son double.
- Bah pour Léïa, je ne sais pas mais en ce qui concerne Prestya, elle s'est évanouie juste au début de l'attaque. C'était bizarre d'ailleurs... rien ne l'avait atteint pourtant.
- Putain ! Baisses-toi !
Le pseudo troll les avait pris pour cible et balançait sa massue avec acharnement vers elles. Heureusement pour elles, d'autres alliés firent leur entrée en scène et attirèrent le géant dans leur direction. Au bout d'un quart d'heure de lutte, les flèches enflammées eurent raison de la bête qui s'effondra sur le sol dans un craquement sinistre.
La mauvaise fortune voulut que dans sa chute, il heurta l'une des colonnes porteuses du balcon supérieur où Alana et Aliania s'étaient réfugiées pour tirer. Sous les yeux horrifiés des autres soldats, le balcon s'effondra pour choir directement dans la rivière déchainée par la crue ordonnée par le Seigneur Elrond pour repousser les démons, entraînant ainsi dans une multitude de gravas les deux princesses qui ne purent retenir un cri d'effroi lors d'une chute qui leur parut à la fois courte et interminable...
J'admets que je suis sadique de couper mon chapitre à ce moment là (en même temps, je ne pouvais pas continuer à écrire, en fait si, mais il faut bien garder un peu de suspense et je pense avoir dit suffisamment d'éléments essentielles pour l'instant).
Alors, avez-vous des remarques ? Des questions ? Des suggestions ? Des plaintes ? ^^
Merci à vous chers lecteurs et à très bientôt j'espère (peut-être en commençant par répondre à une éventuelle review ? *yeux de petit chiot suppliant*)
Bonne journée !
