Bonsoir chers lecteurs !
Le suspense va enfin prendre fin pour vous... Je ne suis pas certaine que vous allez m'aimez après ce chapitre ^^'
"L'inacceptable" est LE chapitre qui marque le plus la face dramatique de ma fiction. Son écriture a été difficile car je ne suis vraiment mise à la place des personnages (et vous allez voir, c'est fort en émotions !).
D'ailleurs, je déconseille la lecture aux personnes trop sensibles...
Un grand merci à "adenoide" pour ses 14 reviews ! 3 (j'aimerai pouvoir te répondre mais comme tu n'es pas inscrit(e) sur le site, laisse moi une adresse mail et je te ferai un retour (car on n'est pas censé répondre dans les chapitres...))
On se retrouve en bas ;)
Bonne lecture !
Chapitre 15 – L'inacceptable.
- Wow, on dirait bien qu'on y est... fit Marie d'une petite voix.
- Quoi ? balbutia Aliania. Je... je ne comprends pas. De quoi tu parles ?
Alana ne répondit pas et observait autour d'elle. Sa petite sœur en fit autant et réalisa qu'elle se savait pas où elles se trouvaient.
- C'est quoi cet endroit ? Où est-ce qu'on est ? Mais qu'est-ce qu'on fait là bon sang !
- Quelle est la dernière chose dont tu te souviens, lui demanda doucement sa sœur en lui prenant le visage entre ses mains.
Troublée par la question et le geste de sa sœur, Aliania fronça les sourcils et fouilla dans sa mémoire. Ses souvenirs lui semblaient étrangement lointains.
- J'étais à Poudlard... non à Fondcombe... oui c'est ça. Vous m'avez toutes les trois appelée en urgence. Quand je suis arrivée, j'ai trouvé un véritable champ de bataille... aïe ma tête... gémit-elle en se massant le crâne.
- Oui ma chérie, c'est ça. Et ensuite ?
- Ensuite ? répéta-t-elle perdue. Bah comme d'habitude, je vous ai rejoint et on s'est battues contre... contre... contre quoi on s'est battues d'ailleurs ?
- Je pense qu'il s'agissait d'une énième alliance de démons et mauvais sorciers... quant à la créature, je ne sais pas bien dans quelle catégorie la placer...
- Ouais, une attaque de masse, c'est vraiment pitoyable, marmonna Aliania. Ça ne nous explique toujours pas le pourquoi du comment on a atterri ici, dans un lieu où il n'y a rien d'autre que de la brume blanche à perte de vue !
- Tu ne te souviens pas ? La créature s'est effondrée contre le pilier qui soutenait la terrasse où l'on se situait je crois que tout s'est effondré.
- La chute, oui, murmura Aliania qui venait d'avoir un flash de la scène.
- Je pense qu'on a basculé dans la rivière...
- Ah bon ? s'étonna sa sœur. Pourquoi n'est-on pas dans l'eau alors ?
Sa sœur eut un sourire triste et déclara calmement :
- Ma chérie, je suis quasiment sûre que nous sommes toujours dans l'eau...
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Ça ne va pas bien toi, tu n'as pas les idées claires !
- Au contraire, je n'ai jamais rien perçu d'aussi clairement... je ne pensais simplement pas que ça finirait comme ça...
- Tu insinues quoi là ? Qu'on a passé l'arme à gauche ? railla sa petite sœur. Oh ! Réveilles-toi, si c'est ça le Paradis – ou bien l'Enfer – et bien je ne veux même pas y penser ! Franchement, tu vois un tunnel toi ?
- Ma chérie, ma toute petite sœur adorée, même dans les pires moments, tu as la capacité de faire de l'humour. J'ai toujours apprécié cela chez toi. J'espère au plus profond de moi que tu garderas ce trait.
- Pourquoi je ne le garderais pas ?
- Parce que le prochains mois risquent d'être obscurs...
- Hein ? Je fais vraiment des rêves bizarres moi... depuis que cette traîtresse de Prestya a coupé notre lien, je divague grave.
- Aujourd'hui, je m'estime heureuse qu'elle l'ait fait...
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Putain, explique-moi, je ne comprends vraiment rien ! Je rêve, c'est ça ?
- En quelque sorte...
- Ça veut dire quoi ça « en quelque sorte » !
- Ça veut dire que oui, tu es en train de rêver mais que non, ce n'est pas un rêve.
- Ce n'est toujours pas clair, grogna-t-elle.
- Chérie, écoutes-moi bien, le temps nous manque... Tu vas te réveiller dans très peu de temps et à ce moment-là, je vais te demander d'être forte...
- Pourquoi dis-tu tout ça, murmura-t-elle lentement.
- Tu vas te réveiller mais je ne serai pas là.
- Où est-ce que tu seras ?
- Je vais rejoindre Nana et tous ceux qui sont tombés au combat...
- QUOI ! Non ! Tu dis n'importe quoi. On est juste en train de rêver, ou alors on fait un mauvais trip, mais on n'est pas mortes !
- Il n'y a plus de « on » désormais. Il va falloir apprendre à vivre sans que je sois ton reflet. Tu trouveras la force de le faire, j'en suis sûre. S'il te plait, dis à mes amis que ça été un honneur de les connaitre. Dis à notre famille que je suis vraiment désolée d'avoir failli et que je veillerai sur vous tous de là-haut.
Son regard se remplit de larmes en parfaite harmonie avec celui de son double.
- Dis à Lendiwëll que je vais bien et qu'il doit continuer à vivre malgré mon absence. Vous devez tous continuer à vivre. C'est la seule faveur que je vous demande.
- Continuer à vivre ? balbutia sa petite sœur. Mais sans toi, c'est impossible. Jamais je ne pourrais vivre si tu n'es pas là ! J' ai trop besoin de toi, tu es la seule qui me retienne de partir de cet impitoyable monde !
- J'ai toute confiance en Legolas. Il tiendra ce rôle à la perfection.
- Ce n'est pas pareil ! Tu le sais bien, se mit à sangloter Aliania. Tu n'as pas le droit de me laisser !
- Je n'ai pas le choix ma pauvre chérie... si je l'avais, je t'aurais choisi comme je l'ai toujours fait.
- Alors je viens avec toi !
- Ton heure n'est pas encore venue. Ne t'en fait pas, un jour viendra où nous serons à nouveau toutes réunies. En attendant, tu vas poursuivre ta destinée.
Elle prit sa petite sœur dans ses bras pour une ultime étreinte et lui souffla « au revoir » au creux de l'oreille avant de se dissiper peu à peu dans la brume.
Aliania sentit un martèlement sur sa poitrine qui se faisait de plus en plus insistant. Elle sentit un souffle entrer en elle comme si quelqu'un cherchait à lui réinsuffler la vie. Des bruits indistincts commençaient à se faire entendre dans le lointain. Rapidement, les sons devinrent plus clairs dans son esprit embrumé. Elle tenta d'ouvrir les yeux mais ce geste devait lui coûtait trop d'énergie car elle ne voyait rien. Les secondes s'écoulèrent et des images floues apparurent progressivement. Une silhouette semblait s'adresser à elle mais elle ne saisissait pas tout ce qu'elle disait :
- ...veille..., resp..., allez, je t'en supplie, RESPIRE !
Cette voix... oui, elle avait déjà entendu cette voix quelque part... À qui appartenait-elle ? Pourtant, l'inquiétude et l'énergie qui s'y mêlaient ne semblaient pas coutumières à son propriétaire...
- Ses pupilles ont bougé ! Elle revient à la lumière !
Une deuxième voix... celle là aussi lui était familière.
- Aliania ? Est-ce que tu m'entends ? Serre-moi la main si tu me comprends.
La victime rassembla peu à peu les informations qui arrivaient péniblement à son cerveau qui avait été en manque d'oxygène durant plusieurs minutes.
- Aïe, ma tête ! pensa-t-elle. Qu'est-ce qu'il se passe ? Pourquoi ces gens crient-ils ? Alana, est-ce que tu sais ce qu'il se passe ?
Mais contrairement à d'habitude, sa sœur ne répondit pas à sa question.
- Alana, tu m'as entendu ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
Seules les conversations animées résonnaient à ses oreilles. Mais que faisait-elle donc pour ignorer ainsi ses questions ? Aliania voulut soupirer face à cette absence de réaction de la part de sa grande sœur mais fut prise par une violente crise de toux. Elle réalisa à ce moment là combien ses poumons étaient douloureux et réclamaient de l'air. Elle sentit de l'eau remonter le long de son œsophage qui finit par être expulsée de son corps. Quelqu'un la tourna sur le côté afin qu'elle puisse évacuer intégralement l'eau glacée. La sorcière ressentait des fourmillements désagréables aux extrémités de ses membres puis sentit qu'on posait quelque chose sur elle. Une couverture sans doute. La personne qui la maintenait en position latérale de sécurité se mit à caresser ses cheveux trempés et lui parla d'un ton apaisant.
- Ça va aller, tu ne crains plus rien, nous allons bien nous occuper de toi... respire calmement et profondément...
Au loin, d'autres voix paniquées jaillissaient des ténèbres obscures dans lesquelles flottait l'esprit d'Aliania.
- Nous l'avons trouvée ! La Dame Alana a été précipitée contre les rochers ! Elle ne respire pas !
- Mais qu'est-ce qu'ils racontent ? se demanda la rescapée. C'est n'importe quoi ! Alana, pourquoi disent-ils ça ?
Mais le doute amplifiait dans son cœur. Sa sœur ne répondait plus à ses appels. Mais non, c'est affreusement normal ! Leur lien appartenait au passé. Elle venait de se ré imprégner de ce douloureux souvenir. Des brides de son rêve commençaient à refaire surface. La brume... la conversation délirante avec son double... ses dernières volontés ... cet « au revoir » émit dans un ultime souffle...
- Son cœur ne veut pas repartir !
- Il faut la réchauffer, son corps est glacé ! fit une nouvelle voix.
Saisie d'une peur sans nom, Aliania se tira difficilement du voile cotonneux qui emprisonnait ses sens et émergea face à la réalité. Il y avait beaucoup d'agitation autour d'elle. Un attroupement s'était formé à une dizaine de mètres entourant une forme allongée au sol. Aliania se retourna et se mit durement à genoux. Son veilleur la soutint tout en la priant de rester tranquille.
- « Restez tranquille » alors que je viens de voir un éclat brillant au niveau de la main de la victime provenant d'une bague de fiançailles ? NON ! Attends ma chérie, j'arrive !
La jeune elfe rampa vers sa jumelle. Celle-ci était allongée sur le dos, les bras en croix, la jambe droite formant un angle bizarre. Elle était couverte de bleues et d'égratignures qui ne suintaient plus. Malgré la situation, son beau visage n'était pas crispé par la douleur. Au contraire, il était impassible et reflétait la grâce des Eldar. Tous ces signes montraient que la Princesse Aliania n'était plus. Sa sœur se refusa à y croire. Elle reprit le massage cardiaque et le bouche à bouche animée par la force du désespoir. Les gens autour elles ne cherchèrent pas à l'empêcher, conscients que rien ne la ferait renoncer. Au bout de deux minutes, Aliania cessa ces mouvements qui ne menaient à rien. Son double était pâle et froide comme la mort... La mort. Non, cela ne pouvait pas arriver. Pas à elle ! Puisant dans le peu de forces qu'il lui restait, la jumelle survivante plaça sa main droite sur le front de sa grande sœur et sa main gauche sur son cœur. Faisant appel à toute la puissance magique qu'elle pouvait mobiliser, elle lui envoya une onde blanche qui enveloppa leurs deux corps. Durant une trentaine de secondes, Aliania lutta pour ramener Alana à la vie. Ses dernières forces l'abandonnèrent et elle tomba évanouie sur son aînée qui avait quitté à tout jamais cette terre...
Avant même d'ouvrir les yeux, Aliania sentait qu'aujourd'hui ne serait pas un bon jour. Pourquoi cette impression ? Sa tête était dans du coton comme si son cerveau était anesthésié et son corps tout entier lui faisait mal. Que s'était encore passé ? Sa tentative de se remémorer les évènements arriva rapidement à un résultat affligeant : des flashs de souvenirs vivaces affluèrent en masse. Un appel de détresse groupé. Des boules de feu sortant du néant. Une créature faisant écrouler un balcon dans sa chute. Balcon où Alana et elle étaient perchées avant de plonger dans l'eau glacée de la rivière déchainée par une crue. Sa sœur qui hurle puis qui adopte un sourire larmoyant dans un endroit embrumé. Un corps ruisselant et ensanglanté. Celui de sa sœur !
À cet instant, elle ouvrit immédiatement les yeux. Une vive lumière l'agressa et des voix se firent entendre. Des personnes familières lui parlèrent ; du moins elles essayaient car la jeune fille ne les écoutait pas. Leurs visages peinés remplis de larmes la poussaient à croire que ses souvenirs étaient plus qu'un simple cauchemar. Le regard dans le vague, elle tentait de trouver un indice lui montrant que ses craintes étaient infondées, que les personnes qui l'entouraient pleuraient par inquiétude pour son état de santé et non en raison du départ d'un proche...
Un cri effroyable retentit. Ce cri, elle ne l'avait entendue qu'une fois auparavant mais il était resté gravé dans sa mémoire... c'était le même hurlement déchirant qu'avait poussé sa tante Léïa quand elle avait appris la mort de sa propre sœur.
- NON ! NON, CE N'EST PAS POSSIBLE ! PAS ELLE ! PAS ELLE ! s'époumona sa tante hystérique.
Aliania se leva prestement en ignorant les douleurs qui transperçaient chacun de ses membres et se rua dans la pièce voisine.
- Non, pitié, faites que ça ne soit pas vrai ! Je vous en supplie, faites que tout ceci ne soit qu'un cauchemar, je vous en conjure, faites que ça ne soit pas ce que je pense...
La vue qui s'offrait à elle était inimaginable. Sa tante en larmes était agenouillée au pied du lit et s'agrippait au bras inerte sa grande sœur. La jeune fille avait un teint cadavérique qui contrastait horriblement avec les ecchymoses qui parsemaient son corps. Ses paupières étaient closes et sa poitrine ne se soulevait pas comme elle l'aurait dû pour indiquer la présence d'un quelconque souffle de vie. Aliania ne se rendit même pas compte que ses genoux venaient de se dérober. Elle ne sentit pas non plus une main qui se voulait réconfortante se poser sur son épaule. Son esprit s'était figé sur l'image de cette scène avec pour seule pensée « elle est partie... ». L'elfe resta là, prostrée à même le sol, durant des heures et des heures. Stoïque aux moindres tentatives de ses proches pour la faire réagir, elle continuait à fixer le corps inanimé de son double en ressassant en boucle l'issue désastreuse de l'attaque. Elle sentit une main lui caresser les cheveux :
- Aliania, regardes-moi s'il te plait. Aliania ! Tu ne peux pas rester éternellement ici. Ils vont devoir la préparer...
Mais qu'est-ce que cette personne disait ! Qui devait faire quoi avec qui ? « La préparer », est-ce que cela signifiait que quelqu'un allait oser s'approcher de sa sœur ?
- Personne ne s'approche d'elle ! eut envie de hurler l'elfe.
Mais elle ne le fit pas. La douleur paralysait sa voix. « La préparer », mais la préparer à quoi ?
- Aliania, les guérisseurs ont reçu l'ordre de préparer Alana pour le rite...
Quel rite ? Attends, de quoi tu parles ? Mais quel rite ! Il est hors de question qu'ils touchent à ma sœur... Les guérisseurs ? Tiens, parlons-en : n'ont-ils pas pour rôle de soigner les gens ? Pourquoi n'ont-ils pas fait leur travail ? Comment ça se fait qu'ils ne s'affairent pas autour d'elle pour la sauver ?
- Allez viens, je t'emmène dehors...
La jeune fille secoua lentement la tête. Non, elle ne voulait pas sortir. Elle refusait d'abandonner une nouvelle fois sa sœur. Car oui, elle l'avait abandonnée ! Durant la chute, elle se rappellait lui avoir tenu la main et l'avoir lâché lors de l'impact fatidique. Elle n'avait pas réussi à la ramener à la vie une fois sortie de l'eau. Comme elle s'en voulait ! En fait, ce n'était pas de la faute aux guérisseurs, c'était la sienne ! Elle aurait dû faire quelque chose pour empêcher sa sœur de tomber. Pourquoi avait-elle lâché sa main ! Si elles étaient restées ensemble, il ne lui serait rien arrivé. Ou au pire, elles seraient parties ensemble. C'était totalement inconcevable que l'une reste alors que l'autre n'est plus.
L'homme, las du manque de réaction de son amie, passa son bras autour de sa taille et l'obligea à se lever. Elle ne mit aucune bonne volonté pour l'aider. En soupirant, Aragorn passa son bras sous ses genoux pour la porter complètement. Étonnamment, elle se laissa faire. Pourquoi résister ? Elle savait ce qui lui restait à faire...
Alana ne pouvait définitivement pas revenir parmi les vivants ? Tant pis... C'est Aliania qui irait la rejoindre dans sa nouvelle demeure. De toute manière, l'elfe endeuillée était déjà morte de l'intérieur. Sans sa grande sœur, elle ne pourrait pas poursuivre sa route, elle qui déjà avait si mal vécu la rupture des liens magiques. « Elle est partie » : c'était la seule certitude qui lui restait. Aliania n'était pas dupe, elle savait qu'un jour ou l'autre, un combat aurait mal tourné. Néanmoins, elle n'avait jamais envisagé que la mort pourrait la séparer de sa sœur. Pour elle, ça avait toujours été « à la vie, à la mort » ensemble. Peu importe ce qui les attendait du moment où elles faisaient front commun. Jusqu'à présent, elle ne redoutait que peu la mort car elle avait l'indéniable certitude qu'au moins, si l'une de ces sœurs étaient mortellement touchées, elle n'aurait pas à faire son deuil car toutes auraient disparu simultanément. En tant que guerrière, la jeune fille avait assisté à des centaines d'atrocités, subi des milliers de d'actes de torture et enterré une multitude de compagnons d'armes. Aguerrie. C'est ce qu'elle pensait être. Inatteignable au sein des hautes barrières de protection qu'elle s'était forgée. Mais les récents évènements venaient de bouleverser tout ce en quoi elle croyait. C'est incroyable comme tout pouvait s'écrouler en un instant. Une seconde d'inattention, un geste de travers et tout disparaissait à jamais, laissant juste derrière des survivants meurtris par la peine et le chagrin.
Le roi en exil la déposa délicatement sur un banc en pierre. La jeune fille remonta ses genoux à sa poitrine et s'appuya contre le mur. Au loin, elle pouvait apercevoir le lieu dévasté par l'attaque. De la fumée se dégageait encore des dalles autrefois blanches comme l'émail et empoisonnait l'atmosphère. Pourquoi les gardes n'avaient-ils donc pas encore éteint ces flammes ? Sans doute étaient-ils trop occupés à déblayer les décombres où devaient se trouver de malheureuses victimes... D'ailleurs, quelqu'un appela Aragorn à la rescousse.
- Aliania, je dois aller soigner un blessé. Est-ce que je peux te laisser seule un instant ? Tu préfères que j'appelle quelqu'un ?
L'elfe, toujours enfermée dans un profond silence, hocha puis secoua distraitement la tête. De toute façon, cela ne servait à rien de rester avec elle. La sorcière ne voulait pas avoir à ses côtés quelqu'un qui la solliciterait en permanence pour la faire parler ou qui compatirait à son malheur. Personne ne pouvait comprendre ce qui se passait en elle. Dire qu'elle souffrait était un doux euphémisme. C'était au-delà de la souffrance. Il n'y avait pas de mots qui puissent décrire ce qu'elle ressentait. Aucune parole, aucun geste ne pourraient la réconforter. Sauf un. Un acte ultime. À cette pensée, son corps se mit à se mouvoir tout seul. Si quelqu'un l'aurait observé à ce moment-là, il aurait vu une jeune femme d'une pâleur maladive dont les yeux dénués de vie fixaient l'horizon. Dans un état second, elle marcha lentement en direction du balcon détruit et s'arrêta juste au bord du précipice. Sa silhouette sombre se découpait dans un crépuscule rougeoyant. Sans réfléchir, Aliania leva doucement ses bras et sentit l'air frais du soir s'engouffrer dans sa robe et faisant voleter ses cheveux. Appréciant cette sensation pour la dernière fois, elle se laissa basculer dans le vide en promettant à sa sœur qu'elle ne serait pas longue.
Le Seigneur Elrond avait eu fort à faire ces dernières vingt-quatre heures. Son royaume avait été assailli par des forces maléfiques qui le dépassaient et qui de toute évidence avaient aussi dépassé les capacités de ses descendantes... Bien que la victoire leur fut accordée, le prix à payer a été plus qu'inestimable. De nombreux sujets de la cour avaient été blessés (certains même mortellement) et d'autres étaient toujours bloqués sous une quantité de gravats. Mais tous ces dommages n'étaient rien comparé à celui que déplorait le Maître des lieux : le trépas de sa fille chérie Alana. À la fin du combat, il avait entendu ses filles hurler de terreur dans le lointain. Évidemment, il s'était précipité pour voir ce qu'il en était et ce fut avec une horreur totale qu'il apprit qu'elles avaient chu dans la rivière. Une telle chute était déjà en temps ordinaire dangereuse mais elle l'avait été d'autant plus qu'il avait ordonné l'ouverture du barrage en amont. Sur le coup, il avait spéculé que des flots déchaînés aideraient les soldats à repousser les ennemis en les noyant. Jamais il n'avait envisagé que sa décision coûterait la vie à sa princesse...
Son cœur saignait. Il venait de quitter le chevet de Prestya qui était mystérieusement plongé dans un profond sommeil. La Reine n'avait aucun symptôme si ce n'est qu'on ne parvenait pas à la réveiller. Le Seigneur sortit à l'extérieur pour respirer un peu d'air frais. Il s'apprêtait à rendre visite à Aliania et appréhendait énormément la rencontre. Dans quel état allait-il la trouver ? Était-elle effondrée ? En colère ? Dans le déni ? Que pourrait-il lui dire qui puisse l'aider alors que lui-même ne savait pas comment gérer son deuil ? Instinctivement, ses pas l'avaient mené vers le lieu du drame. Ses sombres réflexions furent interrompues par une scène qui le cloua sur place : à une quinzaine de mètres devant lui, une silhouette drapée se tenait proche du vide, les bras en croix. Même à cette distance, l'elfe pouvait voir le corps osciller doucement d'avant en arrière comme si la personne hésitait à sauter. Silencieusement, il s'approcha. À dix mètres, il eut la certitude qu'il s'agissait d'une femme car il apercevait de longs cheveux bouclés onduler dans le vent. Réduisant l'intervalle de moitié, il réalisa qui se trouvait à une telle promiscuité du bord... Il allait l'interpeller calmement lorsqu'il la vit commencer à basculer fatalement dans le précipice. Sans perdre une seule seconde, son père s'élança pour la rattraper d'extrême justesse par la taille et la tira en arrière. La force de son intervention les fit tomber à reculons au milieu du tas de décombres.
- Aliania... Pourquoi... POURQUOI TU AS FAIT ÇA ? hurla son père sous le coup de l'émotion. Par tous les Valars, qu'est-ce qui t'as pris de vouloir te jeter dans le vide ? Réponds-moi ! lui ordonna-t-il en la secouant.
Il eut beau s'égosiller, sa fille ne lui répondit pas. Pire encore, elle ne semblait même pas remarquer sa présence. Son regard était totalement vide et fixe. Inquiet, le Seigneur Elrond s'imposa de reprendre son calme et reprit plus doucement :
- Anèl nìn, la sollicita-t-il en lui caressant le visage inexpressif. Je t'en supplie, rejoins le monde de la lumière. Suis ma voix, reviens à moi... Tu ne peux pas nous abandonner, nous avons besoin de toi ici, j'ai vraiment besoin que tu restes avec moi... s'il te plaît !
Alors, contre tout espoir, elle bougea lentement et se mit sur le côté. Son père desserra à peine son étreinte pour lui permettre de se mettre à genoux. Il la sentit tenter de se rapprocher du vide malgré l'emprise qu'il apposait sur elle.
- Lâche-moi...
Sa supplication était tellement basse que son père n'était pas certain qu'elle ait vraiment prononcé ses terribles mots dépourvus d'espoir.
- C'est fini, ça va aller, chut... la berça-t-il contre lui pour tenter de la réconforter.
- Lâche-moi, répéta-t-elle d'une voix à peine plus audible que la première fois.
Cette fois-ci, le Roi des Elfes n'avait aucun doute sur les paroles de la jeune fille et cela lui brisa encore plus le cœur.
- Non, je ne te lâcherai pas, jamais !
Alors, la sorcière retrouva un semblant de vigueur et s'agita, tentant de briser l'étreinte paternelle qui la raccrochait désespérément à la vie.
- Lâche-moi ! Lâche-moi ! Lâche-moi ! cria-t-elle hystérique en lui martelant le torse avec ses points crispés.
Les coups devenaient de plus en plus violents mais malgré la douleur, l'homme refusait net de laisser partir sa fille. S'il la lâchait maintenant, il était persuadé qu'elle foncerait droit dans le vide. Il préférait mourir plutôt que de vérifier sa théorie plus que probable.
Aliania avait la sensation d'étouffer. Elle venait pas réaliser l'identité de celui qui venait de l'empêcher de rejoindre sa sœur et ne supportait pas cette entrave. De quel droit avait-il osé s'interposer ! Depuis quand se souciait-il réellement de ce qui pouvait lui arriver ? Elle ressentait une telle hypocrisie dans ses propos... Il avait besoin d'elle ? Elle en aurait rit si la situation n'avait pas été aussi critique. Elle en tout cas n'avait pas besoin de lui. D'eux. De tous les gens qui la jugeaient en permanence et que se permettaient de lui dire qu'elle n'avait sa place nulle part. L'attraction du vide se faisait de plus en plus forte et la poussait à se débattre de plus en plus férocement contre son géniteur. Elle ne s'entendait même pas le supplier de la lâcher. Elle avait juste conscience de ses bras la serrant dans un étau destructeur, lui interdisant l'accès à la délivrance. Sa volonté reprit le dessus et elle parvint à se libérer de l'étreinte un instant. Ce qu'elle n'avait pas prévu, c'est que deux autres personnes intervinrent à leur tour... Son meilleur ami la rattrapa fermement en lui bloquant les bras le long du corps en lui ordonnant de se calmer. Anabellissë saisit l'occasion pour se placer devant son amie déchaînée et plaça ses deux mains sur son visage.
- Réfléchis un seul instant s'il te plaît. On comprend tout à fait que tu n'envisages que cette ultime possibilité pour le moment. Nous savons que tu as mal à un point que nous ne pouvons même pas le concevoir... C'est normal que tu sois bouleversée et déboussolée ! Mais je t'en conjure, n'abandonne pas tout de suite ! Tu es une battante ! Même si tu n'as plus la foi, penses à ceux qui restent ! Tu veux partir ? Je peux le concevoir, vraiment. Mais est-ce que tu te rappelles que tu as toujours deux jumelles ? D'autres frères et sœurs ? Un père ? Une tante ? Un fiancé ? Des amis fidèles ? Ils viennent déjà de perdre ta sœur... tiens-tu vraiment à leur affliger une double peine ? Et Alana, qu'est-ce qu'elle en penserait à ton avis ? Tu crois qu'elle aimerait te voir sauter ? NON ! Et tu le sais parfaitement ! Alors ressaisis-toi ! Frappe, pleure, crie mais ne te tue pas !
Aliania se débarrassa de l'emprise de ses amis grâce à son adresse au combat. Elle était sortie de l'état de transe dans lequel elle avait été plongée. Devant l'air méfiant de ses interlocuteurs, elle leva les mains devant elle en signe d'acceptation puis, exaspérée, fit demi-tour à grands pas. Elrond s'apprêta à lui emboîter le pas quand Anabellissë le retient.
- Je vous en prie, laissez-la partir !
- Je ne peux pas, je crains trop pour sa sécurité...
- Ana, tu es sûre de toi ? renchérit Anàrion inquiet.
- Oui, laissez-la, elle a besoin d'être seule. Je suis sûre qu'elle a entendu ce que je lui ai dit.
- Comment peux-tu être certaine qu'elle ne va pas faire une nouvelle tentative ?
- Parce que je viens de lui rappeler qu'il lui reste des gens pour qui elle compte plus que tout. Elle est impulsive, certes. Mais pas lâche, ni égoïste.
- Oui mais...
- Elle vient juste d'apprendre que la personne avec qui elle a toujours tout partagé a quitté ce monde ! C'est plutôt normal qu'elle réagisse très mal !
- Je ne pense pas qu'elle était consciente de ses actes, murmure le père abattu. Ses yeux étaient complètement dépourvus de vie... Quand je l'ai rattrapé, elle ne m'a pas immédiatement rejeté. Il est certain qu'en temps ordinaire, je n'aurais même pas pu la toucher.
Aliania était retourné dans la chambre mortuaire pour s'allonger auprès de son double. Elle ne pouvait s'empêcher de frissonner. Lorsqu'elle la regardait, c'est elle qu'elle voyait. C'était tellement troublant de pouvoir se contempler morte... Si elle s'était réellement jetée dans l'eau glacée de la rivière, aurait-elle véritablement trépassé ? Dans ce cas, aurait-elle ressemblé à cette silhouette à la fois mortellement pâle et ignoblement défiguré ? Aurait-elle subi autant de dommage que sa jumelle ? Un tas des pensées et de questions morbides déferlaient dans son esprit. Épuisée émotionnellement et aussi physiquement – car elle-aussi avait frôlé la mort peu de temps auparavant – elle finit par s'endormir le cœur lourd. Son sommeil fut agité par des flashs de l'accident. La jeune fille ne revivait pas seulement les derniers évènements une quantité de mauvais souvenirs lui revenaient en tête : la mort de sa mère, son arrivée à la Cité d'Argent, différents trépas de compagnons d'armes, l'enlèvement d'Aliana, des réminiscences d'anciens cauchemars où une enfant se faisait agresser...
Elle se réveilla en sursaut en ressentant une douleur vive dans le bas du dos. C'était exactement la même sensation qu'elle avait ressentie lors de ses précédents réveils difficiles suite aux rêves mystérieux d'agression. Après avoir jeté un dernier regard à son double, elle sortit en courant de la pièce oppressante. Il fallait qu'elle évacue toute la tension qui bouillonnait en elle. Se dirigeant vers le campement central situé en contrebas de la vallée d'Imladris, elle rencontra Léïa qui avait les yeux cernés et rougis par des traces encore visibles de larmes.
- Aliania, où est-ce que tu vas ?
La concernée se contenta d'indiquer d'un geste de la tête la direction du camp.
- Tu ne veux pas le dire avec des mots ? s'enquit sa tante qui se doutait que cet état risquait de perdurer si personne ne tentait de la faire parler dès maintenant.
Sa nièce haussa juste des épaules en soupirant bruyamment. À quoi bon parler pour ne rien dire ? Elle était lasse de parler. Ce qui était incroyablement paradoxal avec les gens de sa famille, c'était que dès qu'elle ouvrait la bouche pour leur faire savoir son opinion, ils lui demandaient de se taire et l'inverse était aussi vrai.
La Reine avait entendu parler de ce que son interlocutrice avait tenté de faire quelques heures plus tôt. Elle se devait d'aborder le sujet mais ne savait pas comment... C'était tellement ardu de discuter sentiment avec cette nièce qui n'en faisait qu'à sa tête. Néanmoins, Léïa comprenait que sa nièce adopte de tels mécanismes de défense. Après tout, chacun réagit comme il peut pour se protéger.
- Ma chérie, il faut que tu restes avec nous... C'est à tes sœurs et toi de choisir les modalités de... de la cérémonie des adieux.
Oh Seigneur, pourquoi tous ceux qu'elle croisait venaient lui rappeler impitoyablement que sa sœur allait disparaitre à tout jamais de sa vue ? Comme si elle ne le savait pas... car oui, Aliania avait enfin réalisé qu'elle ne rêvait pas : l'inconcevable et l'inacceptable s'était produit sans retour en arrière possible. Elle n'avait vraiment pas besoin que qui que ce soit lui remémore ce fait, elle ne le savait que trop bien. Cette pensée la torturait à chaque seconde depuis ce qui lui semblait être des mois – voire même des années – alors que cela venait juste d'arriver.
- Aliania, je sais que tu as terriblement mal et que tu ne veux pas en parler. Malheureusement, il y a des actes qui ne peuvent attendre... La cérémonie doit avoir lieu demain. Nous ne pouvons la repousser indéfiniment. C'est à tes sœurs et toi que la tâche revient.
La jeune elfe affichait toujours un air imperturbable.
- Je t'en supplie, dis quelque chose ! Ne te mures pas dans le silence, cela ne te fera pas aller mieux.
- Aller mieux ? Comme si quoi que ce soit pouvait arranger la situation ! eut envie d'ironiser la jumelle. Ça ne pourra jamais aller mieux, ma vie est finie...
- Nous-aussi avons mal, nos cœurs saignent et mettront du temps à cicatriser. Il faut que l'on se soutienne sinon nous n'arriverons pas à surmonter cette épreuve.
À cet instant, l'estomac de sa nièce se manifesta bruyamment pour lui rappeler que son corps avait besoin d'un minimum de consistance pour fonctionner. Dans le chaos de son esprit, Aliania n'avait pas pensé un seul instant à se sustenter depuis plusieurs jours. Son esprit n'en ressentait pas le besoin mais son corps avait fini par le lui rappeler. Ces dernières heures, elle avait eu de légers vertiges mais les avait délibérément ignorés.
- Il faut que tu te nourrisses... murmura sa tante sans grande conviction. Viens avec moi !
- Non, déclara simplement mais fermement la Princesse avant de poursuivre sa route.
Il fallait s'occuper des préparatifs funéraires ? Ouais, bien sûr... C'était malheureusement impossible de repousser indéfiniment ce genre d'obligations si humaines... Pour cela, il faudrait encore savoir ce que désirait la défunte. Face au nombre catastrophique de décès brutaux, les sœurs avaient instauré un système administratif : chaque soldat devait fournir un testament où étaient attestés notamment ses souhaits face aux modalités de son futur enterrement. Étonnamment, les jumelles n'en avaient jamais discuté entre elles. Trop déprimant sans doute... Malheureusement pour Aliania, l'heure de le découvrir avait sonné.
Elle alla ouvrir le coffre qui contenait les parchemins rédigés par les soldats supérieurs hiérarchiquement. Après un moment, elle trouva celui d'Alana. Hésitant à l'ouvrir, elle resta quelques minutes sans bouger avec le rouleau à la main. Inspirant profondément, elle déroula le papier et se mit à le lire :
Testament d'Alana, fille du Seigneur Elrond :
Si vous êtes en train de lire ces lignes, c'est que je ne suis plus de ce monde. J'espère juste que le parchemin sera encore lisible car je n'ai pas envie de le réécrire tous les siècles.
Je ne veux pas de grandes cérémonies telles que les histoires de nos ancêtres les décrivent. Je me considère comme quelqu'un de simple et je veux être mise en terre comme tel. Ma seule exigence est de reposer auprès ma mère et de mes sœurs.
Ne pleurez pas mon départ qui n'est que le commencement d'une nouvelle vie.
Que les Valars veillent sur vous,
Adieu.
Sa sœur trouva que la défunte n'aurait pas pu faire plus concis. Sans surprise, elle réclamait un enterrement sans tous les rites protocolaires caractéristiques des deuils royaux. Comme elle la comprenait ! Sa vie avait déjà été suffisamment « surmédiatisée », pas la peine d'en faire des tonnes pour son départ... « Ne pleurez pas mon départ » : c'était demander l'impossible ! Comme pouvait-elle imaginer une seule seconde que ses proches ne seraient pas effondrés ? Remarque, d'après ses mots, elle devait s'attendre à rejoindre sa mère en même temps que ses sœurs...
Malgré la foule qui se tenait dans le cimetière, un silence pesant régnait. Il était parfois ponctué par un chuchotement ou un sanglot. Nombreux étaient ceux qui avaient fait le déplacement pour rendre un ultime hommage à la princesse Alana.
- Heureusement qu'elle voulait un départ dans la simplicité... pensa Aliania en observant d'un œil torve l'assemblée. Et sans pleurs... rajouta-t-elle en fixant les visages striés de larmes.
En dépit des souhaits de sa sœur, la cérémonie n'avait rien de sobre : des centaines de fleurs blanches avaient été disposées le long du sentier menant au caveau familial. Un certain équilibre entre rites funéraires royal et guerrier avait été trouvé pour rendre un ultime hommage à la Protectrice Tombée.
Son corps reposait sur un matelas lui-même recouvert par un drap finement brodé avec des fils d'or. Alana avait été habillée à la coutume elfique : une longue robe blanche et argent épousait avec grâce ses formes. Ses cheveux, qui gardaient encore leurs éclats, formaient une auréole autour de son visage qui n'avait rien perdu de sa splendeur d'antan malgré les nombreux vestiges du combat. Ses doits étaient délicatement refermés sur une poignée d'épée finement ouvragée. Ce que peu de gens savaient, c'était que cette lame n'était pas le modèle original. Ce dernier avait une valeur dont ne pouvait se priver les sœurs. L'épée était ensorcelée et bénie par une longue lignée de sorcières. Malgré les millénaires de combats, sa lame était toujours aussi tranchante qu'au premier jour et la rouille n'avait pas d'emprise sur elle. Outre cela, la lame était dotée d'un système de couleur prévenant de la nature des attaquants ce qui pouvait s'avérer très pratique pour élaborer un semblant de stratégie dans l'urgence. Un tel joyau ne pouvait reposer à la dernière propriétaire en date et devait être transmise à la suivante.
D'innombrables personnes défilèrent pour faire un discours d'adieux. Aliania ne retint en mémoire que ceux de son père et de son ex futur beau-frère. Lorsque le Seigneur Elrond prit la parole, tous purent voir la tristesse voiler son regard autrefois si profond :
- L'un de mes plus grands bonheurs fut de devenir le père de quatre magnifiques jumelles. Même dans les rêves les plus audacieux, je n'aurais jamais osé imaginer avoir la chance d'avoir quatre adorables trésors en même temps. J'aimerais pouvoir dire que je les ai élevées dans un monde sûr, qu'elles n'ont connu que joie et confort mais ceci serait un mensonge. Je ne veux pas fustiger la sorcellerie car elles n'ont pas choisi de recevoir les dons. Néanmoins, le fait est que leurs vies ont été parsemées d'évènements douloureux en raison de leur mission de protectrices des innocents. Personne ne peut dire combien de vies ont été sauvées grâce à elles. Mais en tant que père, je ne peux m'empêcher de penser égoïstement que ça ne valait pas la vie de ma plus grande fille. Aucun père ne devrait avoir à mettre en terre son enfant ! Une elfe immortelle qui plus est !
Submergé par la peine et par la colère, Elrond s'arrêta un instant de parler pour se ressaisir avant de poursuivre d'une voix plus posée :
- Alana était une fille admirablement attentionnée, généreuse, talentueuse : un père n'aurait pu désirer mieux. C'était elle qui réussissait à tous nous relier. Elle avait un don pour apaiser les tensions et trouvait toujours les bons mots pour réconforter les âmes en peine. Mon cœur saigne à la pensée que plus jamais je ne reverrai ses yeux rieurs, son sourire rayonnant, sa démarche gracieuse. Je pourrais passer l'éternité qu'il me reste à parler de ma fille avec fierté. Grâce au ciel, la mort ne m'a pas arraché ses trois autres sœurs. Je ne veux plus avoir à enterrer l'un de mes descendants... Adieu ma très chère fille, la chair de mon sang, va rejoindre les Valars et soit en paix pour l'éternité.
Les yeux larmoyants, il céda sa place à Lendiwëll qui visiblement hésitait à prendre la parole. Aliania en comprenait les raisons. Non seulement les larmes menaçaient de déborder à tout moment, mais aussi il craignait que le peuple trouve son intervention déplacée. Après tout, son existence n'avait été révélée que depuis peu. Aliania s'approcha alors de lui et l'invita à monter sur l'estrade en lui serrant fortement la main en guise d'encouragement. Le cœur lourd mais l'esprit déterminé, il commença à parler :
- La plupart d'entre vous ne me connaissent pas. Je me nomme Lendiwëll et je suis... j'étais le promis de la Princesse Alana. Cela fait plusieurs centaines d'années que nous nous fréquentions. Par crainte, nous nous cachions jusqu'à ce que le Seigneur Elrond et la Dame Galadriel nous octroient leurs bénédictions. N'étant pas issu de sang royal, je n'avais aucun droit de prétention sur la Dame Alana. En ce premier jour de juin, je vois mes rêves s'effondrer. Il y a encore trois jours, je me disais qu'enfin, dans moins de sept lunes, nous serions unis par les liens sacrés du mariage. Lorsque je te regarde, je te vois telle que je t'imaginais pour notre grand jour : élégamment vêtue, merveilleusement bien coiffée, belle comme le soleil. Malheureusement, c'est la nuit qui t'a emporté. Je suis persuadé que les Valars veillent sur ton âme. Tu nous as demandé de ne pas pleurer ton départ, cela m'est impossible. Comment se montrer fort alors que tous mes rêves et espoirs s'en sont allés avec toi ? Le monde a perdu sa lumière. J'ai beau regarder autour de moi mais je ne vois que les ténèbres qui m'assaillent de toutes parts. Il n'existe pas de mots assez forts pour exprimer la douleur qui m'étreint depuis ton trépas. Je ne peux me résoudre à te faire mes adieux. Je crois que j'espère toujours me réveiller à tes côtés et réaliser que tout ceci n'était qu'un horrible rêve... Je n'aime que toi au monde et il ne peut en être autrement. Mon corps continue à se mouvoir mais mon cœur s'est arrêté de battre en même temps que le tien...
Une pensée furtive traversa l'esprit d'Aliania : et si elle était morte à la place de son aînée, son père aurait-il tenu le même genre de discours ? Legolas se serait-il mis à nu devant cette foule ? Ses sœurs auraient-elles eu le courage de prendre la parole ? Elle-même allait-elle réussir à sortir un son alors qu'elle n'avait quasiment pas usé de ses cordes vocales depuis l'attaque ? Le moment était venu de le savoir... Elle allait monter sur l'estrade quand Aliana fit son apparition à ses côtés. D'un simple regard, elle comprit que l'elfe déchue voulait prendre part à l'éloge funéraire :
- Je sais que la quasi majorité d'entre vous ne veut pas me voir ici. Peu importe ! J'ai le droit d'assister à l'enterrement car que vous le vouliez ou non, Alana était ma petite sœur. Comme vous tous, je suis en deuil ! Je me moque éperdument de ce que vous pensez en ce moment. Il est hors de question que je sois absente aux funérailles d'une de mes moitiés. Avec Alana, on ne se comprenait pas toujours. À de nombreuses reprises, Aliania a du s'interposer dans nos échanges. Cependant, la dispute était toujours la même : doit-on rester en bons termes avec la sœur des ténèbres ? Pour des protectrices des innocents, ça fait plutôt tâche, vous ne trouvez pas ? Oh ! Suis-je bête ! Ce sont les gens comme vous qui nous ont forcées à nous haïr ! Parce que si ça intéresse quelqu'un, je n'ai rien contre le peuple de Fondcombe si ce n'est qu'il me considère comme un monstre ! Que vous aie-je fait ? Rien du tout ! Je ne vous demanderai qu'une chose : rappelez-vous qu'Aliania est toujours là et que la priver d'une autre sœur n'est sûrement pas la chose la plus censée à faire ! Chérie, je te laisse la place, à ton tour de sortir ce que tu as sur le cœur. Nous nous retrouverons un jour ma sœur, finit-elle dans un murmure en déposant une rose noire dans les cheveux de la défunte.
Elle tendit la main à Aliania pour la forcer à monter sur la scène :
- Si tu ne dis rien maintenant, tu risques de le regretter plus tard, lui souffla-t-elle au creux de l'oreille avant de l'embrasser tendrement sur la joue.
- Sans doute, lui répondit-elle si bas que seule son interlocutrice put l'entendre.
Aliania se retrouva face à des centaines de personnes qui la fixaient en retenant leurs souffles. Après une longue hésitation, elle ouvrit la bouche en affichant un air déterminé :
- Je ne compte pas faire de grands discours sur qui était ma sœur car ceux qui sont ici le savent pertinemment. Je ne comprends pas pourquoi je me retrouve ici devant vous à devoir faire l'éloge funéraire d'Alana. Nous sommes nées ensemble, avons vécu et combattu ensemble, et aurions du mourir ensemble. En clair, le destin s'est bien joué de nous... Mais que dis-je ? Le destin ? Ce n'est pas au destin que je dois cette ignominie. Ce n'est pas lui qui a brisé le lien sacré qui nous unissait toutes. J'ai déjà le nom d'un des coupables et pour l'instant, je ne peux rien tenter contre elle car ce n'est pas loyal de se venger de quelqu'un qui est plongé dans le coma. Néanmoins, mon instinct me crie que d'autres sont impliqués dans ce complot. Sachez que je vais chercher les responsables et les pourchasser sans relâche jusqu'à ce je les expédie en enfer ! Tu ne souhaitais pas de pleurs, alors soit, je m'exécute. Mais je ne t'ai jamais promis que j'en resterai là.
Elle s'approcha du corps et lui confia à voix basse :
- Ne t'en fait pas, je ne serai pas longue...
À ce moment, plusieurs boules de lumière jaillirent du corps d'Alana pour intégrer celui de son double. Le choc lui coupa momentanément le souffle. Tous s'étaient figés, ébahis par cet étrange phénomène. Mais que s'était-il donc passé ? Aliania, elle, en avait bien une petite idée.
- Non, Al, ne me dis pas que tu as fait ça ! gémit-elle avant de partir à l'aide de grandes enjambées.
- Où est-ce que tu vas ? pleurnicha la plus jeune des quadruplées en lui agrippant le bras.
L'interrogée ne lui répondit que par un regard glacial qui la pétrifia sur place. Se dégageant avec force, elle quitta la cérémonie sans jeter un seul coup d'œil derrière elle. Ayant un mauvais pressentiment, Aragorn lui emboita discrètement le pas suivi de près par Legolas. La filature les mena jusqu'aux appartements de la jeune femme. Ils accélérèrent la cadence lorsque retentirent des bruits de verres brisés. Ils trouvèrent Aliania en train de tout renverser dans sa chambre. Désormais elle détestait cette pièce. C'est là où par deux fois elle s'était réveillée en perdant tout espoir. Parmi les débris de bois et de verres, elle ramassa quelques objets et les fourra violemment dans un sac de voyage. De morceaux de tissus, que les deux hommes identifièrent comme des vêtements de rôdeuse, rejoignirent le paquetage.
- Pourquoi fais-tu tes bagages ? demanda calmement son compagnon.
Il aurait été trop beau que sa promise desserre des dents pour donner une réponse.
- Arrêtes-toi une minute s'il te plait et explique nous ce qu'il t'arrive.
La sorcière ferma énergiquement son sac et s'empara de l'épée de sa sœur caché sous son lit. S'isolant dans la pseudo salle d'eau qu'elle partageait avec sa sœur, elle troqua sa robe noire contre une tenue beaucoup plus moderne : des bottes hautes de cuir recouvraient un pantalon noir moulant taille base. Le haut était constitué d'un mince tee-shirt rouge à moitié dissimulé sous une veste en cuir sombre. Elle orna ses poignets de bracelets de force afin de cacher les fines cicatrices marquant sa peau pâle. Ce n'était pas le seul endroit où elle en avait, mais il s'agissait des plus visibles. Retournant dans sa chambre, elle coinça deux poignards dans ses bottes et ceintura l'épée et son fourreau autour de sa taille. Elle jeta son sac par-dessus le balcon et commença à escalader elle-même la rambarde de la terrasse privée.
- Mais où est-ce que tu comptes aller ? s'écria Legolas en la saisissant par la taille avec force. Prise d'un soudain étourdissement, elle fut ramenée à terre et trébucha à moitié. Elle se ressaisit rapidement et fit furieusement face à son homme et à Aragorn qui était resté un peu en retrait.
- N'essaie pas de me retenir ! ordonna-t-elle d'une voix puissante.
- Où vas-tu ? répèta l'elfe blond.
- J'en sais rien ! répliqua-t-elle avec hargne.
- Alors restes, le supplia-t-il.
- J'peux pas...
- Pourquoi cela ?
Comment pourrait-elle lui faire comprendre qu'elle avait envie de mourir mais qu'elle devait avant toute chose venger sa sœur ? Qu'elle ne supportait plus de respirer dans l'endroit même où elle avait tout perdu ? Qu'elle ne voulait pas avoir à repousser tous ces actes de compassion et de pitié ? Qu'elle ne pouvait pas continuer à vivre comme elle le faisait jusqu'à présent ? À ce moment, elle se moquait éperdument des conséquences que sa fuite aurait sur ses proches. Ça ne lui venait même pas à l'esprit que son promis souffrirait de son absence, que sa famille s'inquièterait mortellement de ne pas savoir où elle serait, que les soldats se retrouveraient sans chef et que ses amis la perdraient. Aliania ne pouvait se concentrer sur rien d'autre que la douleur qui irradiait son corps et son esprit.
Soupirant un grand coup, elle détacha le collier qui était dissimulé sous son haut, le leva devant elle de façon à ce que son interlocuteur le voit bien et, une fois qu'elle fut certaine qu'il eut comprit de quoi il s'agissait, le jeta dans le tas de gravats. Laissant le Prince sous le choc, elle sauta du balcon et partant en courant dans le crépuscule naissant. Elle ne vit pas les larmes ruisseler des yeux de l'homme de sa vie, ni la main qui se voulait réconfortante que son ami posa sur l'épaule secouée par les sanglots. En abandonnant ainsi le symbole de leur amour, la sorcière avait bien fait comprendre à l'elfe que tout était fini.
Le chemin de Traverse était connu pour accueillir une grande diversité de population. Pourtant, nombreux furent ceux qui remarquèrent l'apparition d'une très belle femme à l'allure féérique ce matin. Elle était de taille moyenne, les hanches fines, la peau pâle. Ses magnifiques cheveux tombaient en cascade sur son dos, couvrant ainsi une partie de sa veste en jean. Son look s'apparentait à celui des moldus : pantalon noir, débardeur assorti à des ballerines blanches. La jeune femme se doutait que son arrivée allait attirer le regard des curieux mais n'en avait cure. À chaque fois qu'elle venait sur Terre, elle provoquait ce genre des réactions.
Inspectant la rue qu'elle trouvait animée et bruyante, elle repéra ce qu'elle cherchait : la librairie Fleury et Bott. D'un pas tranquille, elle entra dans la boutique. Il y avait énormément de monde. La plupart des clients – pour ne pas dire la quasi-totalité – portait des robes de sorciers. L'inconnue ne s'en étonna pas car elle savait déjà à quel type de personnes elle avait affaire. Ses amis lui avaient longuement parlé de ce monde lors de leurs soirées.
Rapidement, la nouvelle venue repéra un ensemble de têtes rousses dans la foule. En s'approchant, elle remarqua qu'au milieu d'eux se tenait une très jeune fille aux cheveux emmêlés et un garçon du même âge dont une cicatrice en forme d'éclair ornait le front.
- Cible repérée, pensa-t-elle.
Elle décida d'observer discrètement le groupe pour être sûre de ne pas se tromper de personne. De plus, elle ne savait pas trop comment les aborder. À la base, ce n'était pas à elle d'être ici. Seulement, les choses ne se passent pas toujours comme prévues et les temps changent. L'inconnue poussa un imperceptible soupir. La vie était parfois si cruelle... Elle aurait tout donné pour que les raisons qui l'obligeaient à venir là ne se soient jamais produites. Malheureusement, personne ne pouvait remonter le temps pour empêcher l'inconcevable. Elle se devait d'être forte pour soutenir son amie qui ne pouvait poursuivre la mission à Poudlard.
La veille de la rentrée, elle alla voir le Professeur Dumbledore en lui disait qu'il devait absolument la recevoir. Celui-ci accepta et l'accueillit dans son bureau.
- Que puis-je faire pour vous Mademoiselle ?
- Je m'appelle Anabellissë. Je suis une proche à Aliania et... et Alana. Je crois savoir qu'elles se faisaient appeler Soledad et Marie Lopès à vous yeux ?
- C'est exact. Mais je n'ai pas eu de leurs nouvelles depuis bientôt presque trois mois. Elles ont disparu du jour au lendemain sans laisser de traces. Savez-vous où elles se trouvent ?
À cette question, l'elfe se força à respirer profondément pour rester maître de ses émotions. Elle ne devait pas craquer malgré les circonstances.
- Plus ou moins, murmura-t-elle en esquivant la douloureuse réponse. Elles... sont indisponibles pour le moment. Je suis venue pour reprendre leur place.
- Elles sont indisponibles, répéta le Directeur. J'imagine qu'elles ne peuvent vraiment pas faire autrement si elles vous délèguent cette fonction. Elles avaient fini par bien s'intégrer à cette école. Serait-il possible que je vois avec elles les conditions et modalités de votre intégration ? Comprenez-moi, je ne vous connais pas et bien que je ne demande qu'à vous faire confiance, je dois vérifier certains éléments avec les sœurs Lopès.
- Je comprends tout à fait votre méfiance qui est absolument légitime Monsieur. Malheureusement, je crains de ne pas pouvoir accéder à votre requête. Quand je disais qu'elles étaient indisponibles, je sous-entendais également qu'elles sont injoignables. Mais je connais plutôt bien votre monde, Aliania m'en parlait souvent. Demandez-moi n'importe quelle information que seule l'une d'entre elles et vous pouvez savoir...
- Qui avons-nous accueilli dans notre infirmerie l'année dernière ?
- En dehors des filles ? plaisanta l'elfe. Leur meilleur ami Anàrion – qui au passage est aussi le mien – qui avait été torturé à mort par un groupe de démons londoniens. D'ailleurs, je vous suis reconnaissante pour votre hospitalité. Il n'était pas en état d'être transporté.
- Quels pouvoirs possédez-vous ?
- Je n'en ai pas à proprement parler. Mais le fait que je puisse voir votre château prouve que j'appartiens quand même au club des êtres magiques. Je franchis les portails inter dimensionnels grâce à un système de cristaux magiques. Plus important pour vous, j'ai des aptitudes à manipuler une baguette. Un jour, Marie m'a prêté la sienne pour s'amuser et j'ai fait tomber de la neige. Depuis, j'ai appris tous les sortilèges basiques. Par exemple : Duro !
Le chandelier visé se transforma en pierre.
- Si vous doutez toujours de moi, lisez dans mon esprit. Contrairement aux jumelles, je ne pourrai pas vous repousser... Je n'ai pas les barrières mentales pour cela, lui dit-elle en le regardant droit dans les yeux. Sans fouillez trop loin pour ne pas voir le pourquoi elles ne sont pas là...
Le professeur hésita un léger instant avant de profiter de l'invitation. À ce moment, il sut que la femme assisse devant lui disait la vérité. Mais il perçut également qu'elle lui dissimulait quelque chose...
- Vous comptez vous intégrer entièrement ou bien faire des allers-retours sans cesse à l'instar de vos amies ?
- Je ne suis pas une véritable guerrière. Je devrais rester chez vous tant qu'elles ne reprennent pas leur rôle.
- Ce qui est navrant, c'est qu'elles prétendent protéger Harry Potter. Or, elles n'étaient pas là lorsqu'il s'est retrouvé face à Lord Voldemort en juin dernier. Soledad l'a abandonné juste avant que lui et deux autres de ses camarades descendent sous la trappe cachant la Pierre Philosophale.
- Harry va bien, je l'ai vu avec les Weasley sur le chemin de Traverse.
- Ce n'est pas la question.
- Non, c'est vrai. Professeur, si elles n'étaient pas là, c'est qu'il y a eu un cas de force majeur. Croyez-moi.
- Je sens que vous me cachez quelque chose...
- C'est vrai. Si je ne vous dis pas tout, c'est parce que...
- Oui ? l'encouragea-t-il.
- Elles ne sont pas en état d'accomplir des missions pour le moment. Il y a eu un accident. Une attaque massive qui a mal tourné... vraiment mal tourné... ça fait plusieurs mois déjà – enfin pour vous cela ne fait pas si longtemps. Toujours est-il qu'il y a eu des conséquences terribles et irrémédiables.
Une larme glissa le long de sa joue mais elle ne s'en rendit même pas compte. Elle lâcha ces horribles mots dans un souffle :
- Alana ne s'en est pas sortie...
Un lourd silence s'ensuivit, faisant ainsi retentir dans leurs esprits cette phrase irréaliste. Le regard du Directeur se voila. La nouvelle n'était pas facile à accepter. Sa dernière conversation privée avec la défunte lui revint en tête : elle avait sentie qu'il lui arriverait malheur sous peu... et lui, il lui avait promis de prendre soin de sa sœur dans ce cas de figure précis.
- Et Soledad ? murmura-t-il d'une voix contenant avec peine son émotion.
- Peu de temps après l'enterrement, elle s'est enfuie. Personne ne sait où elle est. Avec Alania et Anàrion, nous faisons notre possible pour les remplacer mais c'est difficile. La chance que vous ayez est que nous connaissions l'existence de leur mission à Poudlard. Par conséquent, on peut prendre la relève.
- D'accord, acquiesça-t-il.
Il ressentait le besoin de s'isoler pour faire le point sur tout ce qu'il venait d'apprendre. Prenant congé de l'elfe, il s'enferma dans ses appartements pour réfléchir à comment il allait bien pouvoir annoncer la mauvaise nouvelle aux enseignants et aux élèves.
La cérémonie de la Répartition venait de s'achever et Harry Potter ainsi que son camarade Ronald Weasley manquaient à l'appel. Leur absence semblait inquiéter les professeurs, d'autant plus que personne ne les avait vus dans le Poudlard Express. Fait étrange quand on sait que ce train est le seul moyen conventionné pour arriver à cette école. Trop occupé à chercher ces deux élèves, le Professeur Dumbledore n'avait pas présenté Anabellissë au reste des élèves qui lui jetaient de curieux regards. Pourquoi y-avait-il à la table Gryffondor une jeune fille inconnue qui ressemblait étrangement aux sœurs Lopès ? D'ailleurs, où les jumelles étaient-elles passées ? Le Professeur McGonagall envoya les élèves rejoindre leurs dortoirs respectifs et prit l'étrangère en aparté.
- Je suis confuse, le Professeur Dumbledore a une affaire urgente à régler et n'a donc pas pu annoncer votre arrivée, Mademoiselle... ?
- Je n'ai pas de nom de famille... Je suis juste Anabellissë. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas pressée... Mon arrivée n'est malheureusement pas la seule chose que le Professeur Dumbledore va devoir annoncer. Il va devoir expliquer pourquoi je suis là et non les sœurs Lopès.
- Oui, j'ai appris la triste nouvelle. Je vous présente toutes mes condoléances. Savez-vous... avez-vous eu des nouvelles de Soledad depuis votre entrevue avec le Directeur ?
- Cela fait des mois que je n'en ai pas eus la situation a eu peu de chance d'évoluer depuis hier... Je pense être dans le vrai en vous disant que je connais Aliania – Soledad – depuis très longtemps et qu'elle ne réapparaitra que lorsqu'elle l'aura décidé. Faut qu'elle fasse une pause – une très longue pause – pour tenter de faire son deuil.
- C'est compréhensible, compatit la vieille femme. Vous allez prendre la même chambre que la jeune fille là-bas, lui dit-elle en lui indiquant Hermione Granger. C'est là où dormaient les sœurs Lopès.
- Oui, je sais. Ne vous inquiétez pas, j'ai une assez bonne notion de ce que je dois faire. Comme je l'ai dis à votre collègue, Soledad me racontait pas mal de choses sur votre monde. Je pense connaitre suffisamment d'éléments sur la vie de château pour ne pas être dépassée. Merci Professeur, passez une bonne soirée !
La jeune fille n'alla pas se coucher comme elle l'avait laissé entendre. Elle ne pourrait pas laisser reposer son esprit de toute façon. Il s'était passé trop de choses ces derniers mois. Depuis, elle ne trouvait que très peu de quiétude. Les elfes ne rêvaient pas à proprement parler comme les humains : les yeux ouverts, ils laissaient vagabonder leurs esprits sur le chemin des âmes où ils pouvaient parfois croiser l'un des leurs. Cela leur suffisait pour se reposer le cœur, leur enveloppe corporelle ne nécessitant pas de réel besoin de récupération.
Instinctivement, elle s'était dirigée vers la même petite cour que les jumelles affectionnaient particulièrement. La vue nocturne y était magnifique : la lune miroitait dans les sombres eaux en sommeil du lac, encadrée par les reflets de hauts sapins. La quiétude qui régnait en ce lieu ne pouvait que soulager l'elfe qui avait grand besoin de souffler suite aux derniers évènements. Malgré la fraicheur de septembre, Anabellissë, peu désireuse d'affronter les questions curieuses des élèves, décida de se reposer ici pour la nuit.
Le lendemain matin, elle rencontra officiellement Harry et Ron qui étaient arrivés par « voiture volante » au lieu du Poudlard Express. Peu habituée aux moyens de transports modernes, elle ne posa pas de questions à ce sujet, l'essentiel étant qu'ils soient arrivés sains et saufs. Le Professeur Dumbledore, le visage grave, se leva pour réclamer le silence sous le regard étonné des élèves qui ne voyaient pas ce que le Directeur pouvait avoir à leur dire de si bon matin.
- Mes chers élèves, nous allons accueillir une nouvelle personne parmi nous cette année. Comme certains d'entre vous ont pu le constater, une jeune femme a rejoint les rangs des Gryffondors depuis hier soir. Je vais lui laisser la parole pour se présenter.
- Bonjour à tous, déclara l'elfe en se levant à son tour. Je m'appelle Anabellissë. Je suis une amie de Marie et Soledad Lopès. Vous savez tous qu'elles occupaient une place un peu spéciale au sein de cette école. Malheureusement, elles ne peuvent pas revenir pour le moment, d'où la raison de ma présence ici. J'ai pour devoir de reprendre leur place le temps qu'il le faudra...
- Où est-ce qu'elles sont ? demandèrent en cœur Fred et Georges Weasley qui déploraient l'absence de celles qu'ils considéraient comme leurs camarades de jeu.
Anabellissë arrêta son regard quelques secondes sur les jumeaux avant de répondre. Cela lui faisait tellement mal de voir des doubles ensemble...
- Le Professeur Dumbledore pense que je dois vous dire toute la vérité à ce sujet et... je suis d'accord avec lui. Vous dissimulez cette information serait une insulte aussi bien pour elles que pour vous. Il y a quelques temps, des êtres maléfiques se sont attaqués en masse à un lieu qui est considéré dans notre monde comme un véritable havre de paix. Nous avons du faire appel à une grosse puissance pour repousser cette attaque. La victoire a eu un prix inimaginable... il y a eu beaucoup de personnes blessées et certaines ne sont s'en pas sorties. Marie... Marie fait partie de cette dernière catégorie. Je suis désolée de vous l'annoncer aussi brutalement. Il n'y a malheureusement pas des centaines de façons de vous le dire. Je sais que parmi vous, certains élèves étaient assez proches des sœurs Lopès. Sachez que Marie n'a pas souffert et qu'elle a indiqué dans son testament qu'elle ne désirait pas que nous pleurions son départ. Honorons sa mémoire en respectant cette volonté. Souvenons-nous uniquement d'elle comme une femme joyeuse et épanouie, une protectrice sans faille, une sœur aimante, une amie fidèle. À Marie Lopès ! termina-t-elle en levant son verre suivie des autres élèves et professeurs peinés.
- Où est Sol ? Quand est-ce qu'elle va revenir ? s'enquit Harry les yeux brillant de larmes.
- Soledad a besoin de faire une pause avant de revenir ici... Cela, je peux lui offrir en la remplaçant le temps qu'il faudra. Cela peut prendre des siècles mais entre nous, le temps n'est pas vraiment un problème, tenta-t-elle de plaisanter pour détendre l'atmosphère.
- Jeunes gens, je vous serai reconnaissant de ne pas importuner Anabellissë avec des questions indélicates et de l'aider à s'intégrer au maximum à la vie de Poudlard. Je vous laisse désormais vous rendre en cours et vous souhaite une bonne journée, les congédia le Directeur.
- Nous souhaiter une bonne journée ? C'est une blague... marmonna Fred à qui l'annonce du décès faisait beaucoup de peine.
Il ne pouvait oser imaginer comment Soledad devait souffrir de la disparition de son double. Lui-même ne pourrait jamais survivre sans son frère. C'était impossible !
Après avoir rempotés des mandragores dans les serres du Professeur Chourave, les Gryffondors enchainèrent avec le cours de métamorphoses de Minerva McGonagall. Aujourd'hui, elle leur demanda de transformer un scarabée en bouton de manteau. Selon Harry, la principale difficulté résidait dans le fait que les bestioles ne tenaient pas en place et qu'il était par conséquent lésé de les atteindre avec le sortilège. Anabellissë aurait bien partagé son point de vue si ce n'est qu'elle avait une réelle habilité à viser l'insecte mais qu'une fois ensorcelé, celui-ci ressemblait plus à un mini galet... Malgré tout, la Directrice de maison la félicita car contrairement aux autres, elle n'avait pas fait de première année.
L'heure du déjeuner fut animée par la réception d'une lettre pour le moins étonnante ! Lorsque Ron vit le papier rouge écarlate fumer, il blêmit considérablement en gémissant. Neville eut à peine le temps de lui conseiller de s'enfuir en courant que la missive s'ouvrit brutalement :
- VOLER LA VOITURE ! ÇA ME N'AURAIT PAS ÉTONNÉ QU'ILS TE RENVOIENT ! REÇU UNE LETTRE DE DUMBLEDORE HIER SOIR ! J'AI CRU QUE TON PÈRE ALLAIT MOURIR DE HONTE ! ON NE T'A PAS ÉLEVÉ PENDANT TOUTES CES ANNÉES POUR QUE TU TE CONDUISES COMME ÇA ! HARRY ET TOI, VOUS AURIEZ PU VOUS TUER ! JE SUIS ABSOLUMENT INDIGNÉE ! TON PÈRE RISQUE UNE ENQUÊTE DU MINISTÈRE ! C'EST ENTIÈREMENT TA FAUTE ET SI JAMAIS TU REFAIS LA MOINDRE BÊTISE, TU REVIENS IMMÉDIATEMENT À LA MAISON !
- Oula, ça me rappelle vaguement quelqu'un... pensa l'elfe en jetant un regard compatissant au jeune garçon presque caché sous la table tellement il avait honte. Prestya se déchainant sur Aliania, ça serait placé dans la même catégorie...
L'enveloppe s'embrasa pour finir en cendres, laissant planer un silence pesant. Peu à peu, des rires éclatèrent et les conversations reprirent leur cours. Hermione, qui jusqu'à présent boudait les deux garçons à cause de leurs comportements jugés irresponsables, estima qu'ils avaient été suffisamment punis grâce à cette sublime humiliation et se remit à leur parler.
Une heure plus tard, les élèves se dirigèrent dans l'aile ouest pour assister au premier cours de Défense contre les Forces du Mal qui se déroulait dans une salle de classe de taille moyenne au plafond surélevé. Les Gryffondors et Serpentards attendaient patiemment que le nouveau professeur fasse son apparition. Celui-ci fit une entrée assez remarquée – en particulier par la gente féminine – en descendant lentement les escaliers menant à son bureau. Il s'arrêta devant chacune des toiles qui le représentaient en s'envoyant des fleurs en permanence. Anabellissë le trouva incroyablement insupportable et vit que tous les garçons semblaient partager son avis vu leurs regards incrédules et écœurés.
- ... je ne me suis pas débarrassé du Spectre de la Mort en lui souriant, termina-t-il son discours de présentation par un sourire charmeur.
- Est-ce que c'est cet homme qui dédicaçait des livres chez Fleury & Bott l'autre jour ? souffla-t-elle à Harry.
- Oui, je sens que l'année va être longue avec lui... il ne fait que se vanter ! Personnellement, je vais prier pour qu'il y ait un mort de plus cette année... dit-il sombrement.
- Peut-être pas quand même... disons que l'on va prier pour qu'il se rendre compte qu'il n'ait pas fait pour être enseignant, atténua l'elfe.
- Ou qu'il se fasse renvoyer, commenta Ron plein d'espoir.
- Allons, allons, un peu de calme s'il vous plait ! réclama le Professeur. Avant toute chose, je vous donne trente minutes pour remplir ce petit questionnaire pour vérifier que vous avez bien lu tous mes livres cet été !
Les élèves se regardèrent en coin. Un contrôle surprise dès le premier cours, l'année commençait mal. À la vue des questions, Ron grimaça : toutes portaient uniquement sur la personne de Gilderoy Lockhart. Quelle est sa couleur préférée ? Sa plus grande ambition ? Son plus grand souhait ? etc.
En voyant cela, Anabellissë sourcilla et ne peut s'empêcher de lever la main :
- Professeur Lockhart ?
- Qui a-t-il Miss ?
- Excusez-vous, cela vient peut-être de fait que je suis nouvelle dans cette école, mais je ne saisis pas l'intérêt de votre questionnaire. En quoi connaitre votre autobiographie est-elle réellement intéressante pour un cours de défense ?
Le Professeur laissa échapper un petit rire pour se donner une contenance et rétorqua avec platement :
- Un professeur n'a pas à justifier ses décisions auprès de ses élèves. Il ne s'agit là que d'une simple vérification de lecture.
- Je vais dire les choses autrement alors : je n'ai pas lu vos livres et ne compte pas le faire s'ils racontent uniquement vos préférences culinaires ou esthétiques. Après tout, vous êtes censé nous apprendre à lutter contre les forces du mal. Pensez-vous réellement que face au danger on pourra se contenter de lancer un « le célèbre Gildoroy Lockhart veut la paix sur le monde donc disparaissez de notre vue ! » ? Cette idée est tellement risible que je me sens stupide de l'avoir dit à voix haute. Pour tout vous dire, j'ai une certaine expérience dans ce domaine, et je peux vous certifier qu'il serait plus intéressant que vous raconteriez vos exploits professionnels à la classe que vos hobbies privés. Qu'en pensez-vous ?
Les élèves – enfin les garçons – approuvèrent vivement de la tête. Quant à l'enseignant, il secouait la tête tout en gardant son imperturbable sourire.
- Qu'est-ce qu'une jeune fille comme vous peut avoir à m'apprendre ? Vous ne manquez certes pas d'assurance ma chère mais vous n'avez que ça.
À ces mots, Anabellissë se leva.
- Professeur Lockhart, vous ne me connaissez pas alors n'affichez pas la prétention de faire comme si cela était le cas. On me considère comme la parfaite antithèse de Soledad Lopès – oui, je sais, vous n'avez pas eu le plaisir de la rencontrer mais je suis sûre que vous en avez entendu parler – je suis d'une nature extrêmement calme et patiente. Néanmoins, je me permets de vous dire que l'étalage de votre vie privée est inadapté à cet enseignement. Les élèves n'ont pas besoin de savoir la marque de votre parfum préféré mais la manière dont ils doivent se servir de leur baguette pour repousser une attaque. Et à l'avenir, je vous serai gré de ne plus m'appeler « ma chère ». Mon prénom est Anabellissë, conclut-elle en croisant les bras.
- Oui... à chacun son point de vue, déclara le sorcier en gardant son air séducteur. Maintenant, je ramasse les copies ! Vous aurez peut-être les plus belles peurs de votre vie dans ce cours. Je vous demanderai de ne pas hurler, ça pourrait les énerver ! s'écria-t-il magistralement en découvrant une cage qui, jusqu'à présent, s'agitait seule sous une couverture.
Les quelques élèves qui se sentaient nerveux à cette vue se détendirent rapidement lorsque Seamus Finnigan rigola en annonçant qu'il ne s'agissait que de simples lutins de Cornouailles.
- Voyons voir ce que vous pouvez faire contre ces petites saletés ! s'exclama le Professeur en jetant un regard narquois à l'elfe tout en libérant les petites créatures endiablées.
Les lutins se précipitèrent dans tous les sens dans la salle en détruisant tout sur leur passage. Les élèves se levèrent en hurlant et tentèrent de s'enfuir. Constatant l'état de panique des apprentis sorciers, Gilderoy Lockhart leva sa baguette sûr de lui et lança un sort. Malheureusement, un lutin s'empara du bâton au même moment. Anabellissë lut la panique dans ses yeux et le regardant prendre la fuite avec un magnifique ordre « vous quatre, remettez le reste dans sa cage ! À la prochaine ! ».
- Non mais quel incapable ! s'exclama l'elfe. Et ça se vante imbattable !
- Comment on va faire ? demanda Ron.
Harry ne lui répondit pas, trop occupé à aider Hermione à se débarrasser d'une des créatures qui lui tirait les cheveux en le frappant entre un livre. Quant au pauvre Neville, il était suspendu par le col à un lustre et attendait piteusement que quelqu'un vienne le décrocher.
- Immobilis ! cria Hermione.
Toutes les bestioles se figèrent dans l'espace.
- Bien joué Hermione ! la félicita l'elfe en les poussant vers la porte de la cage. J'espère que les prochains cours ne vont pas ressembler à celui-là... Je déteste les usurpateurs !
- Ce n'est pas un usurpateur ! protesta la jeune fille en rougissant sous l'œil acerbe que ses trois interlocuteurs lui lancèrent. Les incidents arrivent même aux meilleurs...
- Certes, mais qu'est-ce que ça va être le jour où il nous fera affronter un vampire ! lâcha la jeune femme pragmatique. Tu trouves cela normal qu'il libère des créatures sans même nous expliquer comment lutter contre elles ?
La Gryffondor se contenta de baisser la tête tout en refusant de dire du mal du Professeur dont elle était apparemment éprise.
Quelques jours plus tard, l'équipe Gryffondore devait effectuer son premier entraînement de quidditch de l'année. Le capitaine, Olivier Dubois, était déjà sur les nerfs et s'égosillait sur ses coéquipiers pour leur expliquer la nouvelle stratégie qu'il avait élaborée durant l'été. Au bout de deux heures, ils allaient enfin passer à la pratique lorsque l'équipe des Serpentards débarqua sur le terrain.
- Vous n'avez rien à faire ici, j'ai réservé le terrain pour Gryffondor ! s'énerva Dubois contre le capitaine adverse.
- J'ai reçu l'autorisation spécial du Professeur Rogue afin d'entrainer notre nouvel attrapeur, rétorqua Marcus Flint avec un horrible sourire.
- Votre nouvel attrapeur ? sourcilla Dubois. Qui est-ce ?
Le groupe s'écarta pour laisser place à un jeune garçon aux cheveux blonds plaqués sur son crâne.
- Malefoy ! s'exclama Harry septique.
- Et oui Potter ! Et ce n'est pas la seule nouveauté, déclara-t-il fièrement en montrant son balai.
Avec horreur, tous découvrirent que chaque joueur possédait un Nimbus 2001, c'est-à-dire le balai le plus performant qu'il pouvait exister sur le marché actuel. Merveilleux cadeaux de Malefoy père...
- Vous voyez, contrairement à vous tous, mon père peut nous offrir ce qu'il y a de meilleur !
Hermione, qui avait assisté à l'altercation avec Ron et Anabellissë, prit la parole :
- Mais au moins, personne n'a payé pour faire partie de l'équipe, on les a choisi pour leur talent !
- Personne ne t'a demandé ton avis, espèce de Sang-de-bourbe ! lui cracha Drago au visage.
- Tu vas le payer cher Malefoy ! fit Ron en sortant de ses gongs. CRACHELIMACE !
Malheureusement, le sort eut un effet boomerang. La baguette de Ron, qui avait été cassée dans l'arrivée mouvementée lors de la rentrée, retourna le sort contre son propriétaire qui se mit à... cracher des limaces dans un bruit d'éclaboussure écœurant. Anabellissë grimaça de dégoût : elle ne supporta pas les trucs gluants ! Sous les rires des Serpentards, Harry, Ron et Ana emmenèrent leur camarade chez Hagrid pour trouver une solution.
Le garde-chasse lui fournit un grand seau en déclarant d'un ton docte qu'il fallait attendre que cela passe et que les limaces seraient mieux à l'extérieur qu'à l'intérieur. Ils profitèrent de l'occasion pour parler de tout et de rien. À un moment, la discussion dériva sur le Professeur Lockhart. Le demi-géant ne put s'empêcher de dévoiler son agacement pour ce soi-disant enseignant. Cela étonna quelque peu le trio car ce n'était pas dans les coutumes de leur ami de médire des professeurs. Néanmoins, Ana ne pouvait l'en blâmer. Elle aussi doutait fortement de la véracité des exploits que Gilderoy Lockhart racontait si théâtralement dans son livre. Décidément, ce n'était pas encore cette année que les élèves allaient apprendre à se défendre contre les forces du mal. Pourtant, il le faudrait bien... Qui sait ce que leur réservait l'avenir ?
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*se cache avant de recevoir des pierres*
Plus sérieusement, la disparition d'Alana/Marie était prévue depuis le début dans mon esprit. Ce n'est vraiment pas joyeux mais mon histoire est un drame et je tenais à travailler sur ce genre de thème...
Est-ce que vous avez du sortir vos mouchoirs ?
Comment imaginez-vous la suite ?
Que pensez-vous du fait qu'Anabellissë va prendre temporairement la relève à Poudlard ?
Je sais que ça fait beaucoup de questions, mais j'aimerais vraiment recevoir vos impressions.
Merci pour votre passage et pour vos éventuelles reviews !
A bientôt !
