Bonsoir les amis !

Petite émotion aujourd'hui parce que je viens de constater que cela fait un an jour pour jour que j'ai publié pour la première fois !
Pour fêter ça, je me suis pressée de finir mon chapitre pour vous le poster ! ;)

Bonne lecture !


Chapitre 19 – Une rentrée mouvementée.

La Communauté avait quitté la vallée d'Imladris depuis déjà une bonne semaine. Au début, l'ambiance était plutôt détendue. Les hobbits ne cessaient d'enchaîner les blagues et communiquaient leur bonne humeur. Malgré le fait que la sorcière ne leur accordait pas un seul regard – d'ailleurs, elle aurait eu du mal étant donné qu'elle les devançait de plusieurs dizaines de mètres – les voyageurs apprenaient doucement à se connaitre. Gimli vantait à qui voulait bien l'écouter toutes les histoires de ses ancêtres. Évidemment, Legolas s'était vite lassé de cette situation et tentait de faire taire le nain au profit de contes elfiques. Les chamailleries étaient quotidiennes. Aragorn se montrait plus songeur. Il se questionnait sur son avenir et s'inquiétait aussi pour son amie qui restait volontairement à l'écart. Elle ne se joignait même pas à eux pour les repas, s'isolait pour dormir et ne leur avait pas adressé la parole depuis leur départ. À la tombée de la nuit, la Compagnie fit halte et s'installa aussi confortablement que possible autour d'un petit feu de camp. La région était déserte et ils n'avaient croisé l'ombre d'un animal depuis trois jours. Les nuits étant froides, les hommes apprécièrent le luxe de pouvoir allumer un feu en toute sécurité. Le premier tour de garde fut confié à Sam et Gandalf qui s'assirent en silence sur deux blocs de pierres. Alors que les autres dormaient à poings fermés, le rôdeur s'était faufilé dans l'obscurité pour partir à la recherche de la jeune femme. Il connaissait bien les lieux et se doutait qu'il avait des chances de la trouver abritée dans l'une des cavités des parois rocheuses. Effectivement, il vit une silhouette accroupie qui lui tournait partiellement le dos. Elle ne devait pas l'avoir entendu arriver car elle contemplant pensivement une lame de poignard teintée de sang. L'homme manifesta sa présence par un soupir : elle avait recommencé à se couper.

Qu'est-ce qu'il ne va pas ? lui demanda-t-il doucement en s'agenouillant face à elle.

Rien, fit-elle à voix basse.

Le rôdeur fut étonné de la voir émettre un son aussi facilement. En général, il devait user de mille stratégies pour qu'elle prononce ne serait-ce qu'un seul mot. Néanmoins, sa réponse ne le satisfaisait pas.

Donne-moi ce couteau, exigea-t-il calmement en lui tendant la main.

Tu n'en as pas besoin, tu en a déjà un caché dans ta cape, rétorqua-t-elle d'un ton morne.

Ce n'est pas ce que je voulais dire…

Pourquoi est-ce que tu n'es pas en train de monter la garde ? esquiva-t-elle en posant la lame à côté d'elle.

Ce n'est pas mon tour.

Alors profites-en pour dormir.

Je pourrais te dire la même chose. Pourquoi est-ce que tu ne viens jamais vers nous ?

Écouter Gimli et Leg… et l'autre se disputer ? Voir Boromir se pavaner ? Sans façon ! lâcha-t-elle écœurée. Et arrête de fixer mes bras ! s'énerva-t-elle.

Ils saignent Aliania, il faut les panser.

Ce ne sont pas tes affaires, laisse-moi tranquille ! l'agressa-t-elle acariâtre en se levant abruptement.

Très bien, céda-t-il dans un soupir. Dans les prochains jours, il n'y aura plus d'abri à perte de vue. Tu ne pourras plus te cacher de nous.

Je connais la route aussi bien que toi si ce n'est mieux ! riposta l'elfe en lui tournant le dos.

Anabellissë venait de franchir le portail et avait atterri dans l'enceinte de Poudlard. Ce fut avec un léger pincement de cœur qu'elle vit le passage se refermer. Les dernières semaines passées à Imladris lui avaient fait du bien malgré le fait que la cité lui avait parue bien vide... L'elfe avait passé beaucoup de temps à épauler Alania dans son rôle de chef des armées. Toutefois, il n'y avait pas grand-chose à faire si ce n'est surveiller les entrainements. Quoique qu'elle avait été utile à l'éducation des jeunes recrues puisqu'elle leur avait enseigné l'histoire de la Terre du Milieu.

La jeune fille frissonna dans la nuit noire. L'atmosphère était lourde en ce premier septembre. Elle ignorait d'où ce malaise pouvait provenir mais il ne se dissipait pas. Décidée, elle rentra dans le château et fit son entrée dans la grande salle où tous les élèves bavardaient bruyamment. Après avoir adressé un bref signe aux professeurs, elle alla s'assoir vers la fratrie Weasley.

Bonsoir ! s'exclama-t-elle en leur souriant. Comment se sont passés vos vacances ?

Salut Ana ! répondirent-ils en chœur. C'était sympa. Tu n'étais pas dans le train ?

Dans le train ? Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle perplexe face à cette référence culturelle qu'elle ne connaissait pas encore.

Un train, c'est un moyen de transport qui marche à la vapeur. Il y a une locomotive qui tire des sortes de compartiments où sont installés des passagers. Tous les élèves arrivent grâce au Poudlard Express à l'école, expliqua Hermione.

Ah... Et où sont Harry et Hermione ?

Il s'est évanoui durant le trajet... McGonagall l'a forcé à aller voir Pomfresh, répondit Ron entre deux bouchées. Et Hermione avait un truc à régler avec McGo.

Il est malade ?

Un détraqueur est monté dans le train, il n'a pas supporté... rajouta-t-il dans un murmure.

Un quoi ? Je ne sais pas si c'est le fait de ne pas avoir côtoyé des sorciers depuis des mois, mais je ne comprends pas de quoi vous me parlez.

Ce sont les gardiens d'Azkaban, la prison pour sorciers où a été envoyé Hagrid l'année dernier. Ils sont horribles ! Quand ils t'approchent, tu as la sensation que tout s'assombrit, que tu ne pourras plus jamais être heureuse... frissonna Ginny.

Ça pourrait expliquer la sensation bizarre que j'ai ressentie en arrivant ! Et pourquoi cette créature était dans le train ?

Il cherchait Sirius Black. Ah mais c'est vrai ! Tu n'es pas au courant de ça non plus. Il y a environ deux semaines, un prisonnier fou furieux s'est évadé d'Azkaban. Depuis, tout le monde est en alerte.

Quel a été son crime ?

Il a tué douze moldus et un sorcier à la disparition de Tu-Sais-Qui. Il est complètement détraqué et super dangereux ! lui apprit Ron.

Un cinglé dans les rues, l'année commence bien ! ironisa Fred.

Tiens, voilà Harry et Hermione qui arrivent, signala Georges.

Ana les salua et leur demanda des nouvelles. Ils durent se taire car Dumbledore se leva pour faire son discours de bienvenue. Celui-ci n'était pas réellement accueillant en fin de compte :

En raison des derniers évènements, j'ai dû autoriser le Ministère à placer certains gardiens d'Azkaban aux frontières de Poudlard. Bien qu'ils soient ici pour notre sécurité, je demande à tous et à toutes de vous montrer extrêmement vigilants. Personne ne peut sortir du domaine sans une autorisation préalable. Les détraqueurs n'ont pas pour habitude de négocier et de se laisser berner, aussi je vous prie de rester prudents. Pour continuer sur une note plus joyeuse, je tiens à vous annoncer que j'ai nommé Rubeus Hagrid au poste de Soins aux créatures magiques qui a gentiment accepté de prendre la relève du Professeur Brûlopot. De plus, nous avons le plaisir d'accueillir parmi nous le nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal, le Professeur Remus Lupin !

Regarde la tête de Rogue ! souffla Ron à son ami encore pâle.

Effectivement, Severus Rogue dévisageait le nouvel enseignant comme s'il était une créature particulièrement repoussante. Les élèves qui le remarquèrent mirent cette attitude sur le fait que le Maître des Potions souhaitait plus ou moins secrètement ce poste depuis de nombreuses années. Cependant, les Gryffondors n'avaient pas souvenir que Rogue avait déjà montré une telle aversion envers un collègue publiquement, si on omettait Gilderoy Lockhart bien évidemment. Le repas s'acheva et les élèves se dépêchèrent d'aller dans leurs dortoirs respectifs. Ana avait rendez-vous avec le Directeur aussi elle hâta-t-elle de se rendre à son bureau.

Bonsoir Anabellissë ! Avez-vous passé de bonnes vacances ? s'enquit Albus Dumbledore tout sourire.

Contrairement à la majorité de vos élèves, je ne peux pas me plaindre en disant qu'elles étaient trop courtes. Pour moi, ça faisant bien plus de deux mois sans revenir ici. Les vôtres en revanche ont dû être perturbées par l'évasion de ce Sirius Black.

Il est vrai que sa fuite a créé bien des remous chez les sorciers. Poudlard reste toutefois un endroit sûr pour les élèves.

Pourquoi s'en prendrait-il à des enfants ?

Entre nous, je pense qu'il cherche surtout une personne en particulier…

Vraiment ?

Oui, d'où mon accord pour placer des détraqueurs aux entrées du domaine.

Il s'agirait donc d'une personne à Poudlard ?

Peu de temps avant son évasion, Cornélius Fudge s'est rendu à Azkaban où les gardiens lui ont appris que Sirius Black ne cessait de répéter dans son sommeil « il est à Poudlard ». Il semble logique de penser qu'une personne de l'école est visée.

Une idée sur l'identité de la personne ? tenta l'elfe bien qu'elle sentait la réponse tombée rapidement.

Harry Potter.

Pourquoi est-ce que ça tombe toujours sur lui ? soupira-t-elle.

Black était un fidèle partisan de Lord Voldemort. Peut-être a-t-il envie de se venger de la disparation de son Maître ?

Et il aurait attendu douze ans à croupir dans une prison ? Comment s'est-il échappé ?

Jusqu'à présent, c'est un grand mystère. Personne n'avait jamais réussi cet exploit.

C'est embêtant une telle faille dans la sécurité… fit remarquer inutilement Ana pensive.

Harry est au courant qu'il est la cible de ce malade ?

Il n'est pas censé le savoir. Il nous a fait une belle frayeur cet été en s'enfuyant de chez son oncle et sa tante…

Ça, ça devait arriver, le coupa-t-elle d'un ton calme. Ce garçon entre dans l'adolescence et on ne peut pas dire qu'il est particulièrement bien traité dans sa famille. Je ne comprends pas votre entêtement à le laisser chez eux.

Il y est en sécurité, répondit-il fermement.

Il y a des quantités de familles sorcières qui seraient ravies de l'accueillir. Ils seraient lus aptes à le protéger en cas d'attaques que des simples moldus. En plus, je ne sais pas si vous en êtes conscient, mais la sécurité d'un enfant, ça passe aussi par le bon équilibre de son esprit et l'apport en besoins primaires tels que la nourriture. Les Dursley le négligent à tous les niveaux.

Je ne discuterai pas sur ce fait. Harry restera jusqu'à nouvel ordre dans sa famille moldue. Pendant que j'y pense, une lettre vous a été envoyée pendant les vacances, changea-t-il de sujet en lui tendant une missive.

Après y avoir jeté un bref coup d'œil, l'elfe la rangea dans sa robe.

Vous ne l'ouvrez pas ? s'étonna Dumbledore.

Elle n'est pas pour moi de toute façon, trancha-t-elle déçue. C'est pour… Aliania, lâcha-t-elle.

Toujours pas de nouvelles ? se renseigna-t-il doucement.

En fait, je n'en sais rien.

Comment cela ?

J'ai entendu des rumeurs comme quoi elle était rentrée à Imladris. Mais lorsque j'ai demandé de plus amples informations auprès des principaux concernés, ils ont tous esquivé la réponse. J'avoue que c'était très étrange. Une guerre approche et rend les gens curieux. Il y a un voile de mystère qui recouvre notre cité…

Aliana était tranquillement en train de dessiner en se servant d'un groupe de joyeux lurons comme modèle. Sans raisons particulières, les amis de son copain avaient décidé de mettre de l'ambiance en cette soirée de janvier. La jeune fille n'était pas vraiment d'humeur festive et s'ennuyait. Arthélius était enfermé depuis des heures dans une pièce qui lui servait soi-disant de bureau. Son amie se demandait bien ce qu'il manigançait. Personne – pas même elle – n'était autorisé à franchir la porte qui était bien scellée. Cette consigne avait été instaurée depuis environ un an. Auparavant, Aliana n'avait aucune restriction d'accès. Désormais, elle s'interrogeait : que pouvait bien fabriquer son amant ? Pourquoi refusait-il une quelconque présence dans cette pièce ? Qu'avait-il à cacher ? Avait-il des problèmes ? Préparait-il un coup dans le plus grand secret ?

Elle fut tirée de ses réflexions par le grincement de la lourde porte derrière elle. Arthélius apparut les traits satisfaits. Apparemment, ses longues heures de travail – à supposer que c'était bien de cela dont il s'agissait – devaient porter leurs fruits.

Enfin sorti de ton trou ! l'apostropha l'elfe peu amène.

Qu'est-ce que tu dessines ? esquiva le sorcier en l'enserrant par la taille et en se penchant pour contempler son croquis.

Rien de très intéressant, bougonna-t-elle. Tes copains en pleine heure de gloire ! ironisa-t-elle en les désignant d'un geste las.

Faut bien qu'ils fêtent leur victoire, fit Arthélius en haussant des épaules.

Quelle victoire ?

Ils ont enfin réussi à éliminer une sorcière qui me gênait depuis quelques temps, déclara-t-il sur le ton de la conversation.

Ah ouais ? sourcilla sa compagne. Tu te rappelles que j'en suis une aussi ?

Oui mais toi, tu ne me gênes pas, répliqua-t-il avant de l'embrasser fougueusement.

Mais arrête ! le repoussa-t-elle avec humeur en brisant son étreinte.

Qu'est-ce qu'il t'arrive ? grogna Arthélius sans semblait avoir trouvé un excellent divertissement pour se vider la tête.

Rien, grogna-t-elle.

Le sorcier réfléchit un instant avant de lui souffler au creux de l'oreille :

Aurais-tu eu par hasard des nouvelles de ta sœur ?

Laquelle, j'en ai plusieurs !

Sur les deux restantes, ce n'est pas compliqué de deviner, rétorqua-t-il avant de prendre conscience que ce n'était pas une remarque très intelligente en voyant le regard haineux de sa compagne le fusiller.

En quoi cela t'intéresserait-il ? s'enquit-elle d'une voix dangereusement douce.

Je te sens sur les nerfs en ce moment, expliqua-t-il.

Pendant que tu passes ton temps enfermé dans ton bureau à faire je-ne-sais-quoi, moi je dois regarder tes sous-fifres picoler et me jeter des regards trop subjectifs à mon goût !

Y'en a un qui a osé de faire des avances malhonnêtes ? s'insurgea d'un coup son amant.

Voudrait mieux pas pour eux s'ils tiennent un tant soit peu à leurs pathétiques existences ! riposta Aliana. Qu'est-ce que tu fous dans cette pièce à la fin ? cria-t-elle, s'attirant ainsi les regards curieux des occupants de la caverne.

Je m'occupe d'affaires qui ne te regardent pas.

Ah vraiment, ça ne me concerne pas ? répéta-t-elle férocement. Je te signale qu'on est un couple ! Ce qui te concerne me concerne également ! Pour qui te prends-tu pour m'écarter comme ça ?

Mais pour ton supérieur, s'énerva-t-il. Qu'est-ce que tu crois ? C'est moi qui dirige cet endroit ! Ce sont mes serviteurs ! Ils obéissent à mes ordres. Et toi aussi !

JE NE SUIS PAS TA CHOSE ! s'époumona-t-elle hors d'elle. JE T'INTERDIS DE ME TRAITER DE LA SORTE !

SORTEZ ! ordonna-t-il à ses sbires qui ne se le firent pas répéter deux fois, conscients que des têtes allaient tomber si leur chef perdait le contrôle de ses nerfs.

Qu'est-ce qu'il y a chéri ? Tu ne tiens pas à ce qu'ils voient quelqu'un te tenir tête ? le railla-t-elle ouvertement.

Brusquement, l'homme la saisit à la gorge et la plaqua contre la paroi lui coupant ainsi la respiration. Affreusement surprise, la jeune fille resta figée alors qu'il lui susurrait d'une voix rageuse dans l'oreille :

Écoute moi bien Aliana, tu n'es pas en position de dire quoique ce soit. N'oublie pas que tu es dans le camp des forces de l'ombre et que c'est moi qui commande. Ta place de reine ne te donne aucun pouvoir sur ma personne ! Garde bien en tête que nous sommes ta seule et unique famille. Ce sont nos pères qui t'ont élevé ! Tu dois t'estimer heureuse qu'on ne t'ait pas éventré à l'époque. Après tout, tu étais dans le mauvais camp…

Mes sœurs… réussit-elle à souffler les yeux brillants de larmes.

Tes sœurs ? rigola-t-il. Tu es le mal en personne ! Tu n'existes plus à leurs yeux ! Tu es juste une saleté à éliminer sur leur liste de démons à tuer ! l'asséna-t-il d'un ton venimeux. Personne ne veut de toi là-bas ! Pas même Aliania ! Sinon comment expliques-tu que tu ne sois toujours pas la bienvenue chez les Elfes ? Si elle le désirait vraiment, elle aurait forcé les siens à t'accepter ! Parce que ne nous voilons pas la face, cette fille à l'étoffe d'une championne lorsqu'elle veut quelque chose elle l'obtient coûte que coûte. Tu ne comptes pas suffisamment pour elle, ça crève les yeux ! Mes congénères te tolèrent parce que je leur impose ta présence. Avec le temps, tu as peut-être l'impression d'avoir une place légitime à mes côtés ? Rien n'est jamais acquis pour toujours Aliana, déclara-t-il, une lueur démente dans ses pupilles noircies. Alors ne t'avise plus jamais de me contrarier, est-ce clair ? dit-il en lui claquant la tête contre la roche abrupte.

- Lâ… lâche-moi, tu… me fais… mal, s'étrangla-t-elle entre deux sanglots étouffés en tentant de se dégager.

- Tu auras encore plus mal si tu te débats, lui murmura-t-il sadiquement avant de l'embrasser et de lui maintenir les deux bras au niveau de sa tête.

L'elfe essaya de hurler mais l'homme ne lui laissait aucune chance. D'un geste brusque, il arracha le collier que la jeune femme utilisait pour ouvrir des portails, lui bloquant ainsi toute possibilité de fuite. Il poursuivit son travail en déchirant son bustier. Aliana réussit à le griffer au visage. Furieux, le sorcier la jeta violemment sur le sol rocailleux et se mit à califourchon sur elle pour l'immobiliser. Malgré sa colère, il était satisfait de la situation. Voir une magnifique femme aussi vulnérable, la sentir prise de panique s'agiter sous lui l'excitait. Avec du recul, il aurait peut-être réalisé la gravité de son geste commis sur la femme qu'il aime. Mais pour le moment, il ne prêtait attention qu'à ses pulsions et chercha à les assouvir. Ignorant les yeux apeurés et suppliants de sa compagne, il la pénétra pour soulager sa virilité douloureuse. Gémissant, l'elfe ferma les yeux et pria le ciel pour qu'il en finisse vite. Elle ne comprenait pas comment la situation avait pu dégénérer à ce point. Cela faisait des siècles qu'ils s'étaient unis et jusqu'à présent, cela avait toujours été dans le plus grand respect mutuel. Jamais il n'avait porté la main sur elle, jamais il ne l'avait brutalisée et humiliée ainsi. Elle ignorait ce qui la blessait le plus : le fait qu'il l'a rabaisse au rang d'un simple objet ou les coups qui lui meurtrissaient le corps. Les blessures disparaitraient dans les prochains jours. Rien en n'était moins sûr pour les traces psychologiques… Après un moment qui lui parut interminable, il se retira en lui soufflant d'une voix paradoxalement douce que cela avait été un plaisir de discuter avec elle. Il l'abandonna à même le sol – sol qui lui avait égratigné le dos lorsqu'elle s'était débattue et qui la glaçait maintenant jusqu'aux os – tétanisée et haletante, le corps désormais à peine masqué par des haillons poussiéreux.

De l'autre côté de la porte, une personne avait entendu les supplications de la campagne d'Arthélius. Écœurée, elle s'était dissimulée dans un renforcement et, lorsqu'elle vit son supérieur sortir d'un pas vif en resserrant sa ceinture, se précipita dans la pièce pour prendre des nouvelles de son amie. Car oui, quoi qu'ait pu dire Arthélius, Aliana possédait de véritables amis parmi les forces des ténèbres. Elyane faisait partie de ces personnes. Scandalisée, elle découvrit l'elfe secouée de pleurs silencieux allongée sur le sol. Sa gorge nue était rougie par des marques de doigts tandis que ses bras étaient figés sur les côtés, dévoilant eux-aussi des actes de maltraitance. La jeune fille semblait tétanisée et n'avait pas remarqué sa présence.

Aliana ? l'appela-t-elle en posant une main réconfortante sur son épaule. Est-ce que tu peux te lever ? Tu m'entends ? la sollicita-t-elle en la secouant légèrement.

Avec peine, la blessée se tourna sur le côté et se mit lentement à genoux tout en sanglotant. Elyane l'aida à se mettre debout et passa une main autour de sa taille pour la soutenir afin de la conduire vers un banc. Une fois assisse, la jeune femme se ressaisit et sécha ses larmes sous l'œil interrogateur de son amie.

Que s'est-il passé ?

Ri… rien, balbutia-t-elle en essayant de mettre de l'ordre dans ses habits déchirés.

J'ai tout entendu Aliana ! Pourquoi est-ce qu'il t'a fait ça ? Qu'est-ce qu'il lui a pris ?

On s'est juste légèrement disputés, mentit-elle en fuyant le regard de la servante.

Tu parles, maugréa-t-elle. Te voilà dans un bel état !

Aide moi juste à retrouver mon collier, la pria la jeune elfe en se massant les poignets endoloris.

Elyane repéra rapidement le bijou qui avait été projeté dans un coin sombre. Elle ne savait pas d'où venait cet objet, mais elle voyait rarement Aliana sans. La chaîne argentée, constituée d'entrelacs de fins maillons probablement d'origine elfique, était brisée. Le pendentif formait un enchevêtrement de quatre formes allongées, l'ensemble étant entourée par un cercle lui aussi argenté. Au centre, une pierre de lune ronde était retenue par de minuscules crochets. Le temps ne semblait pas avoir d'emprise sur son éclat.

Tu es certaine que ça va aller ? s'inquiéta la servante.

Oui, certifia Aliana qui s'était sentie mieux en serrant son collier contre elle. J'ai des choses à faire… dit-elle avant de se mettre à tousser.

Il a failli t'étrangler… pourquoi ?

Disons que je ne partageais pas la même opinion sur un point et qu'il n'a pas apprécié que je l'en informe en public, maugréa-t-elle.

Ce n'est pourtant pas la première fois que vous soyez en désaccord. Jusqu'à présent, il n'avait jamais été violent envers toi… Au pire, il se défoulait sur nous…

Désolée, marmonna-t-elle gênée par cette dernière phrase.

Ne le sois pas ! s'exclama Elyane. C'est normal.

Je ne trouve pas.

Ici, on obéit à la loi du plus fort, répondit simplement la servante résignée.

Et cela était vrai. La règle était simple en ce bas monde, il n'avait que deux catégories : écraser ou se faire écraser. Écraser ces semblables, c'était s'assurer sa survie. Là où tout n'est que guerre et trahison, il fallait savoir s'imposer pour régner. Ceux qui n'avaient pas cette détermination servaient ou mourraient. Depuis des siècles, Arthélius régissait cette population. Rares étaient ceux qui cherchaient à l'évincer ou même osaient le défier. Ces congénères ne s'opposaient pas à ces décisions même s'ils savaient qu'elles les mèneraient à une mort certaine. De toute façon, quiconque désapprouvait ouvertement ses désirs était torturé ou tué sur le champ. Beaucoup avait vu d'un mauvais œil son choix de s'unir à Aliana. Non seulement c'était une elfe, mais c'était aussi l'une des sorcières des plus puissantes annoncées par de multiples oracles. Les prophètes de l'époque avaient prédit que lorsqu'une sorcière-elfe mettrait au monde quatre filles un même soir, le monde de ténèbres verrait sa fin approcher. Prenant peur, les démons et mauvais sorciers s'étaient unis pour détruire cette sororité. Ils avaient guetté et pourchassé toutes les sorcières-elfes enceintes et les avaient assassinées. Néanmoins, l'une d'elle leur avait échappé et avait été recueillie dans une haute cité elfique : Imladris. Les quadruplées avaient vu le jour en parfaite santé à la plus grande horreur du camp adversaire. Quelques années plus tard, une partie de cette coalition réussit à tuer la mère maudite. Il leur fallut encore quelques années de plus pour parvenir à enlever l'une des enfants chéries par le peuple des Elfes. Au départ, ils pensaient la tuer mais l'un d'entre eux eut pour idée de l'élever et de la manipuler afin que sa puissance se retourne contre son propre camp. Ce plan machiavélique n'avait fonctionné qu'à moitié. L'enfant avait bel et bien grandi parmi eux mais n'avait pas réellement causé de sérieux dommages à leurs ennemis. Toutefois, les trois sœurs qui étaient restées groupées se montraient déjà suffisamment redoutables. Ils n'osaient imaginer ce qu'il en aurait été si Aliana était restée avec ses sœurs. De toute façon, ils n'auraient jamais à la savoir. Surtout que la réunification des quadruplées était désormais impossible, la deuxième ayant été tuée récemment.

Le premier cours de la rentrée avait lieu en haut de la tour nord. Harry, Ron, Hermione et Ana se rendirent là-bas en se demandant à quoi allait bien pouvoir ressembler leur premier cours de Divination. Ils ignoraient même à quoi ressemblait leur professeur, celui-ci ne mangeant jamais avec eux dans la Grande Salle. Arrivés à destination, une trappe s'ouvrit au-dessus de leurs têtes.

Voilà qui n'est pas banal, maugréa Ron. Après toi Harry !

Une fois entrés, ils se retrouvèrent dans un petit espace aménagé étrangement pour une salle de classe. Il y avait des poufs et des coussins posés sur le sol en bois entourant de minuscules tables branlantes.

Bonjour, s'éleva une voix mystique, je suis le Professeur Trelawney, asseyez-vous mes enfants. Bienvenue à vous en ce sobre lieu où nous tâcherons d'étudier l'art noble qu'est la divination, les accueillit la femme qui était vêtue un peu comme une bohémienne et qui les regardait à travers d'énormes lunettes. Sachez que peu d'entre vous serons capables de lire l'avenir. Cela n'est réservé qu'à un infime nombre d'entre nous, murmura-t-elle avant de se pencher vivement vers Neville. Vous mon garçon ! Est-ce que votre grand-mère va bien ?

Le garçon balbutia une réponse affirmative tout en regardant nerveusement ses camarades.

À votre place, je n'en serais pas si sûre… soupira Sibylle Trelawney en réajustant son châle.

Anabellissë commençait déjà à se faire une opinion personnelle sur ce professeur. Elle se voyait déjà passer l'année à respirer des odeurs mélangées de différents encens qui l'assoupirait peu à peu. Cette personne semblait vouloir faire dans le sensationnalisme. La preuve étant qu'elle avait déjà prédit en moins de dix minutes à Lavande que sa pire crainte se produira le 16 octobre, à Neville qu'il casserait une tasse (incident qui arriva rapidement étant donné la nervosité évidente du garçon) et à la classe entière le départ définitif à Pâques de l'un d'entre eux.

Ça c'est de la prédiction, souffla Ana moqueuse sous les yeux scandalisés de Parvati et Lavande qui buvaient les mots du professeur.

Quant à vous, dit-elle en s'intéressant à l'elfe, je perçois comme une aura sombre autour de vous... je sens aussi de la peine. Ma pauvre chérie, les oracles ne vous épargneront rien, soupira-t-elle dramatiquement.

Merci Professeur pour cette brillante analyse, répondit la concernée goguenarde. En plus de trois mille ans d'existence, personne ne m'avait fait remarquer à quel point mon âme d'elfe était sombre, ironisa-t-elle. Étonnement, je n'avais jamais perçu ce problème. Heureusement que vous me l'avez dit ! Je me méfierais à l'avenir...

Nous allons nous lancer dans la difficile tâche de lecture des feuilles de thé, reprit la voyante en ignorant délibérément les propos méprisants de son élève. Après avoir bu votre thé, retournez votre tasse dans la soucoupe et analyser les formes à l'aide du livre Lever le voile du futur. Mettez-vous par équipes de deux !

Au bout de dix minutes, Hermione et Ana entendirent Ron annoncer à Harry qu'il allait souffrir mais que cela le satisferait. Le professeur s'en mêla en arrachant la tasse des mains du rouquin et la relâcha aussitôt dans un cri horrifié, tétanisant ainsi le Survivant.

Oh par Merlin ! Mon pauvre garçon ! s'écria-t-elle en se tenant le cœur. Vous avez le Sinistros sur vous... déclara-t-elle d'une voix dramatique.

La réaction de la majorité des élèves ne tardèrent pas : des cris retenus et des yeux effarés se répandirent dans la salle tamisée.

C'est le pire des présages de mort ! expliqua-t-elle devant l'air d'incompréhension du Gryffondor. Vous allez mourir...

Et comment va-t-il mourir ? En tombant de l'échelle à la sortie de votre cours ? Un chaudron qui va exploser ? Un terrible cataclysme ? Une horrible maladie ? énuméra rapidement l'elfe en posant une main rassurante sur le bras de son protégé.

Je ne crois pas qu'il s'agisse du Sinistros, rajouta Hermione. On dira plus un âne si on regarde comme ça le dessin...

Ma chérie, je suis navrée de vous dire qu'à l'instant où vous avez franchi ces portes, j'ai senti que vous n'aviez pas les capacités psychiques pour le troisième œil.

Quand vous aurons décidé si je dois mourir ou non, vous me le direz ! lança le soi-disant condamné à mort lassé de cette discussion.

Ana ne put s'empêcher de rigoler en entendant sa répartie qui était digne de provenir d'Aliania. Harry commençait à prendre du caractère et cela ne pouvait que lui faire du bien.

Durant le cours de métamorphoses, Minerva McGonagall fut perplexe en constatant les visages minés des troisièmes années. Hermione commença à lui raconter l'épisode de Divination lorsqu'elle la coupa d'une voix blasée peu familière :

Je vous écoute : qui doit mourir ? se renseigna-t-elle sous les yeux ronds des élèves.

Moi, répondit Harry gêné.

Chaque année, le Professeur Trelawney se donne pour coutume d'annoncer la mort d'un de ses élèves. Je suis au regret de vous apprendre que jusqu'à présent, cette prédiction ne s'est jamais réalisée vu que vous m'avez l'air en parfaite santé, je ne vous dispense pas de me rendre votre prochain devoir Monsieur Potter, lui dit-elle sous le rire d'Hermione.

À l'heure du repas, Ron semblait toujours soucieux et fixait Harry avec intensité :

Dis-moi Harry, tu n'as jamais vu un grand chien noir, n'est-ce pas ?

Si, le soir où je me suis enfui de Privet Dri...

QUOI ? s'étrangla le rouquin sous l'œil réprobateur des filles.

Donc, si je résume la situation, il suffit de voir une fois dans sa vie un gros chien noir pour savoir que l'on va mourir ? lança à voix haute Ana hilare. Pauvres sorciers, cela doit vraiment être atroce pour vous de vous balader dans la vie sans croiser de type de présage !

Mon oncle Bilius est mort vingt-quatre heures après avoir vu le Sinistros ! Les sorciers sont terrifiés par ce présage ! insista le jeune Weasley.

Toute l'explication est là, déclara Hermione d'un ton docte, ils sont tous morts de peur.

Ronald s'apprêtait à répliquer quand Ana se leva prestement en tapant dans ses mains :

Allez les jeunes, on se dépêche sinon on risque d'arriver en retard pour le premier cours d'Hagrid, les pressa l'elfe en coupant ainsi nette la dispute naissante. Espérons qu'on n'ait pas à étudier une créature noire à quatre pattes qui aboie, pria-t-elle en joignant ses mains ensemble et en levant les yeux au ciel, s'attirant le rire d'Hermione.

On risque surtout de se faire mordre par le livre Monstreux Livre des Monstres, souligna Neville qui avait écouté la conversation.

Ça c'est vrai ! renchérit Lavande. Quelle idée de commander des bouquins qui essaient de déchiqueter la main du lecteur...

Pas que la main, sourit Harry en repensant au livre qui avait mordu sa chaussure la première fois où il l'avait ouvert dans une chambre d'hôtel miteuse avant la rentrée.

Les autres élèves se posaient aussi la question sur le moyen d'ouvrir le livre. Lorsqu'ils arrivèrent vers la cabane du garde-chasse, celui-ci était visiblement très impatient de commencer son cours. Évidemment, Malefoy et ses sbires étaient présents et lançaient déjà des remarques désobligeantes assez peu discrètes à l'attention de leur nouvel enseignant. La première concernait la stupidité d'avoir exigé de tels livres qui ne s'ouvraient que si on les caressait. La seconde fut, une fois que le professeur s'était éloigné pour chercher les créatures, de décrier haut et fort combien Poudlard était tombé bien bas en embauchant un tel bon à rien.

Deux minutes plus tard, Hagrid revint avec quatre créatures étranges qui semblaient être un croisement entre un cheval et un oiseau. Elles possédaient quatre pattes, deux ailes, une tête avec un bec et deux yeux perçants. Le garde-chasse les présenta comme des hippogriffes. Il s'agissait de créatures fantastiques qui plaçaient le respect au-dessus de tout, c'est pourquoi il était très dangereux d'en approcher un sans s'être incliné auparavant et d'avoir son approbation. Il ne supportait pas les insulter et pouvait devenir violent s'il en recevait. Le trio d'Or se rapprocha prudemment des créatures tandis que le reste des élèves les fixaient avec appréhension. Tous sauf Malefoy qui n'avait cessé de chuchoter durant toute la durée des mises en garde. Harry osa courageusement saluer l'un des hippogriffes appelés Buck et réussit même à monter sur son dos et survoler le lac sous les applaudissements admiratifs de ses camarades. Agacé par le succès de son ennemi, le Serpentard blond s'avança vivement vers Buck et l'insulta. Ce qui devait arriver arriva : la créature se cabra et donna un coup de sabot dans le bras de l'insolent qui s'écroula sur le sol en hurlant. Tandis qu'Hagrid calmait l'animal, Ana s'était précipitée pour examiner le membre touché.

Ne m'approche pas sale elfe ! cria-t-il en tentant de s'éloigner avant de se remettre à gémir.

Ça a l'air d'aller Malefoy, tu es assez en forme pour m'insulter, réplique-t-elle calmement en lâchant le bras qui n'était visiblement pas fracturé.

Je vais perdre mon bras ! Je vais perdre mon bras ! pleurnicha dramatiquement le Serpentard.

Il n'est même pas cassé ! le raisonna l'elfe en le regardant de haut.

Je ne le sens plus ! continua-t-il.

Si tu ne le sens plus, pourquoi tu geins d'avoir mal ? ironisa Ana qui commençait à se lasser de la réaction démesurée de l'élève.

Hagrid, il faut l'emmener tout de suite à l'infirmerie ! réagit Hermione.

Oui, oui, je m'en occupe... murmura le demi-géant fortement ennuyé qui souleva le blessé et fonça vers Madame Pomfresh.

Le soir venu, les rumeurs allaient bon train sur l'état de santé soi-disant préoccupant de Malefoy. Les Serpentards qui avaient assisté à l'accident enjolivaient l'histoire à leur profit personnel. Les Gryffondors s'inquiétèrent de constater l'absence de leur professeur à la table professorale. Craignant qu'il ne soit renvoyé, ils décidèrent d'aller le voir chez lui malgré les réticences d'Hermione qui leur fit remarquer que cela pouvait s'avérer dangereux vis-à-vis de Black. Les garçons évincèrent ses appréhensions en lui rappelant qu'ils avaient encore le droit de se promener dans le parc de l'école. Leur ami leur ouvrit la porte les yeux rougis. Il leur expliqua que le Conseil d'Administration de Poudlard avait été informé et que celui-ci désapprouvait le contenu de son cours jugé trop dangereux pour des troisièmes années. Monsieur Malefoy qui est membre du Conseil ne souhaitait pas en rester là sous prétexte que son fils a failli perdre son bras. Les Gryffondors protestèrent en affirmant que Malefoy jouait la comédie et qu'il était responsable que ce qu'il lui était arrivé.

On vous soutiendra Hagrid, promit Ron ce qui eut pour effet de le faire fondre en larmes.

La Communauté de l'Anneau venait de faire halte sous un doux soleil qui remontait son moral atteint par la monotonie du trajet. Tandis que Sam et Gimli s'affairaient à allumer un feu pour faire cuire deux lapins capturer le matin-même par le Rôdeur, celui-ci s'évertuait à apprendre les rudiments de l'art de l'épée à Merry et Pippin avec l'aide du Gondorien. Gandalf et Legolas les observaient tout en réfléchissant silencieusement. Lassée d'être isolée, Aliania sortit de sa cachette comme si de rien n'était, tira son épée et contra une attaque d'Aragorn. Croisant son regard, il comprit qu'elle souhaitait se défouler un peu et instruire les hobbits par la même occasion. Sans échanger une seule parole, il chargea sous les regards surpris des autres compagnons qui se demandaient pourquoi l'elfe avait daigné les gratifier de sa présence. Aragorn fit exprès de commettre des erreurs dans sa défense tandis que Boromir les expliquait aux semis-hommes. Trente minutes plus tard, elle fit signe aux deux comiques de prendre place face à Boromir pour s'entraîner.

Bougez vos pieds, conseilla le Dùnedain en fumant sa pipe.

Gardez toujours un œil sur votre adversaire, rajouta Aliania qui parlait publiquement pour la première fois depuis leur départ de Fondcombe. Restez concentré Pippin ! le sermonna-t-elle en le voyant s'arrêter pour la dévisager.

Oh désolé ! s'exclama Boromir en manquant de blesser l'un des hobbits par inadvertance.

À ce moment-là, les deux jeunes personnes se ruèrent simultanément sur l'homme et le firent tomber. Ne relâchant pas leurs efforts, ils s'assirent sur lui pour le maintenir au sol. Hilare, Aragorn se leva pour venir en aide à son semblable qui le suppliait doucement d'intervenir. C'est alors que les deux semis-hommes se cramponnèrent aux jambes du Rôdeur et le firent basculer en arrière à son tour ! Aliania fit quelque chose qui ne lui pas prit depuis longtemps : rire sincèrement. Voir un des hommes qu'elle avait longuement entraîné se faire rétamer en deux secondes par des demi-portions était passablement désopilant. Gandalf fut heureux de l'entendre rire et se tourna vers le Prince de la Forêt Noire qui ne partageait pas la joie de groupe. Ses yeux azurs étaient dirigés vers un nuage dans le lointain. Surprenant son regard, Sam lui demanda ce que c'était. Gimli balaya ses interrogations en déduisant que ce n'était qu'un petit nuage. Toutefois, les traits de la jeune femme s'étaient à leur tour figé avant de clamer en chœur avec son congénère :

Des crébins du pays de Dùn ! Cachez-vous !

À couvert ! ordonna Aragorn tandis que l'elfe éteignait précipitamment le feu.

Des espions de Saroumane !

Mais qu'est-ce que j'ai hâte de lui tomber dessus à celui-là ! maugréa l'elfe en se redressant à son tour. Pour commencer, je lui ferai bouffer sa barbe et ensuite, je lui coup...

Le passage par le Sud est surveillé, l'interrompit le Magicien. Il nous faut passer par le col de Caradras !

Faut être givré pour vouloir passer par là ! s'écria-t-elle franchement pas emballée par l'idée d'affronter les monts enneigés.

Nous n'avons pas le choix ! renchérit le Magicien en colère.

Bah ça sera sans moi ! répliqua la sorcière en disparaissant dans un portail magique.

Le lendemain de l'incident, Malefoy se pavanait dans le château en mettant bien en évidence son bras en écharpe. Il en profita pour se plaindre à son Directeur de Maison qu'il ne pouvait pas couper correctement ses ingrédients pour faire la potion demandée. Rogue trouva ainsi amusant d'imposer cette tâche aux deux Gryffondors qui durent se retenir de lancer une réplique mordante. Heureusement, le prochain cours allait être plus intéressant puisqu'il s'agissait du premier cours avec le Professeur Lupin. Ce dernier avait gagné l'admiration des Gryffondors lorsqu'il avait chassé le détraqueur qui voulait aspirer l'âme d'Harry dans le train. Sur le chemin, Ana, Ron et Harry furent rattrapés par une Hermione essoufflée.

Bah... tu n'étais pas derrière nous ? demanda Ron perplexe.

Si, j'avais juste oublié un truc, souffla-t-elle avant de se baisser précipitamment pour ramasser la dizaine de livres qui avaient fait craquer son sac.

Hermione, pourquoi tu prends la totalité de tes livres ? Nous n'avons pas besoin de tout ça pour le prochain cours, fit remarquer Harry.

Oui, c'est vrai, admit-elle distraitement avant de se remettre en route.

Elle nous cache quelque chose, marmonna le rouquin.

Ça m'en a tout l'air, fit Ana en haussant des épaules.

Étrangement, Remus Lupin arriva légèrement en retard et leur demanda de le suivre jusqu'à la salle des professeurs. Severus Rogue s'y trouvait et s'empressa de quitter les lieux, prétextant qu'il ne voulait pas assister à ça. Mais avant claquer la porte, il conseilla vivement à son collègue de ne rien demander à Londubat s'il voulait éviter une catastrophe. C'est avec satisfaction qu'Ana vit leur nouvel enseignant défendre son élève simplement mais radicalement :

J'avais justement besoin de Neville pour la première partie de l'expérience, expliqua-t-il avec un sourire rassurant pour son élève qui avait rougi de la tête aux pieds sous les sarcasmes déplacés du Maître des Potions.

Dégouté, l'homme quitta la pièce la tête haute. Soudain, les élèves virent l'armoire derrière eux trembler en un craquement sinistre.

Ne vous inquiétez pas jeunes gens, il s'agit juste d'un épouvantard. Ces créatures aiment bien se terrer dans des endroits sombres et humides. Qui peut me dire ce qu'est un épouvantard exactement ? Oui Miss Granger ?

Un épouvantard est une créature qui a le pouvoir de changer de forme et qui se métamorphose en la chose qui terrifie le plus la personne qui l'approche.

Très bien ! Cinq points pour Gryffondor. Une façon très simple permet de s'en débarrasser : le rire. Mais vous devez le repousser avec la formule suivante : riddikulus. Parfait. Neville, voulez-vous bien vous placer devant l'armoire s'il vous plait ? l'encouragea le professeur. Fantastique ! Quelle est la chose qui vous effraie le plus au monde ?

Le Professeur Rogue, maugréa-t-il gêné.

Tous éclatèrent de rire. La réponse était évidente. Même leur enseignant eut du mal à retenir un sourire. Ana aimait bien ce professeur qui semblait posséder de réelles capacités avec les adolescents. Il les valorisait et les encourageait dès que possible. Sa douceur et sa patience étaient des atouts majeurs. Elle se demandait toutefois pourquoi il avait toujours l'air maladivement pâle et les yeux cernés. Après avoir chuchoté quelques mots à l'oreille du craintif Gryffondor, Remus Lupin souleva le loquet de l'armoire d'un coup de baguette. Le Professeur Rogue en sortit l'air menaçant. Neville était complètement figé.

Ta baguette Neville ! souffla Ana.

Ri... Riddikulus ! réussit Neville en tremblotant.

À la plus grande joie des Rouges et Ors, le Maître des Potions se retrouva vêtu d'habits de femme : robe de sorcière, chaussures à talons, sac à main rouge et chapeau orné d'un vautour empaillé. Le fou rire secoua longuement les élèves qui enchaînèrent les sorts pour s'entraîner. Serpent, clown, main momifiée défilaient à tout-va. Ana finit se placer devant la créature. Elle s'attendait à voir l'œil de Sauron ou l'un des Spectres de l'Anneau (elle avait toujours craint des êtres là) ainsi elle avait imaginé les transformer en œil de verre cassable ou en serpillère. Aussi fut-elle étonnée de voir la créature se changer en une silhouette humaine. Un homme qu'elle ne connaissait pas. Étrange. Durant trois secondes, elle le fixa et se perdit dans son regard. Et là, sans qu'elle sache pourquoi, quelque chose se brisa en elle. L'homme à l'allure de brigand se rua sur elle en un hurlement sauvage. Oubliant de lever sa baguette, elle fut frappée de plein fouet et projetée violemment à terre. Le professeur était sur le point d'intervenir mais quelqu'un le devança. La personne se saisit fermement de l'homme et le balança contre l'armoire qui éclata en mille morceaux de bois. Puis, elle se mit en position de combat face à lui, prête à lui faire payer son attaque. Mais l'épouvantard se métamorphosa à nouveau, déstabilisant ainsi son adversaire...

Tout comme ses camarades, Harry fut surpris de voir l'épouvantard agresser l'elfe. Jusqu'à présent, il s'était contenter de se métamorphoser en quelque chose de terrifiant sans passer à acte. Ébahi, le Survivant n'avait pas esquissé un geste pour secourir son amie. Heureusement, quelqu'un eut le réflexe d'intervenir. Le Professeur Lupin ? Non, ce n'était pas lui. Elle s'agissait d'une silhouette plus fine et plus petite qui envoya valser l'étranger contre le meuble et s'apprêtait à lui régler son compte. Sans s'en rendre totalement compte, le Gryffondor s'était accroupi vers Ana pour s'assurer qu'elle n'était pas blessée. L'elfe, choquée, avait le regard résolument fixé sur les deux combattants. Alors Harry détailla également la scène qui se déroulait sous leurs yeux. C'est alors qu'il vit avec stupéfaction l'homme se changer en femme. L'une de sœurs Lopès. Celle-ci souriait d'un air mauvais et jonglait avec une boule de feu entre ses mains. Elle leva son bras et visa la nouvelle arrivée qui était interloquée. Harry réagit et détourna l'attention de l'épouvantard sur lui. Un détraqueur apparut alors avant de se transformer à nouveau en lune. Remus Lupin lança le sort, détruit la créature et se retourna vers la mystérieuse arrivante. C'était le portrait craché de l'apparence prise précédemment par l'épouvantard. Tout comme Ana, elle avait le teint pâle, les oreilles pointues et les cheveux ondulés. Cependant, son regard reflétait un mélange d'émotions contradictoires : la défiance, le mépris, la colère mais également de la peur. Elle se retourna vers Ana qui était toujours à terre, les yeux embués de larmes. Sentant tous les regards posés sur elle, la jeune femme tendit une main secourable à sa sœur adoptive pour l'aider à se relever. Celui-ci s'en saisit incrédule. Cela ne pouvait pas être vrai, ça ne pouvait pas être elle, pas après tout ce temps sans nouvelles !

Aliania ? articula-t-elle indécise.

Qui d'autre ? lui répliqua l'autre avec un léger sourire. Tu n'as rien ?

Non, ça va. Enfin… je… je ne m'attends pas à ça…

À te faire attaquer ? sourcilla-t-elle.

À te voir surtout, avoua-t-elle.

Excusez-moi mais je ne crois pas vous connaitre Miss, intervint le professeur.

Tiens, c'est drôle, j'aurais pu dire la même chose, railla la jeune femme en le dévisageant. Nouveau professeur ? le jaugea-t-elle sans gêne.

Je suis le Professeur Remus Lupin, le remplaçant de Gilderoy Lochkart au poste de Défense Contre les Force du Mal, se présenta-t-il calmement sans entrer dans le jeu de son interlocutrice.

Celui-là non plus je ne le connais pas. Vous êtes en quelle année maintenant ? questionna-t-elle Harry l'air de rien.

Troisième, l'informa-t-il tout en la regardant bizarrement. Est-ce que… est-ce que tu reviens ? Je veux dire… balbutia-t-il, tu restes là ? Enfin…

Oui, excellente question Harry, renchérit Ana qui s'était ressaisie. Tu reprends ta place ou bien tu es juste passée pour nous signaler que tu étais vivante ? s'enquit son amie sur un ton qui lui était peu familier.

La sorcière tiqua sur le dernier mot. Effectivement, elle était bien vivante – du moins physiquement parlant parce que dans sa tête, son âme galérait à se maintenir à flot – et en une phrase qui aurait pu paraitre banale, sa sœur venait de lui relancer en pleine figure qu'elle n'avait plus son double, que malgré son retour à Poudlard, cela n'allait pas effacer le passé et que sa jumelle ne reviendrait plus jamais en ces lieux, ni nulle part ailleurs d'ailleurs. L'elfe tourna les talons et sortit de la pièce sans répliquer un seul mot. Tous ceux qui la connaissaient furent stupéfaits : Soledad Lopès, l'élève célèbre pour ses frasques et son insolence sans égal, venait de quitter la pièce sans chercher à avoir le dernier mot. C'est comme si elle avait capitulé devant l'ennemi sans se battre, comme si elle n'avait pas eu la volonté et l'énergie nécessaires pour répliquer une pique mordante dont elle avait le secret.

Qui était-ce ? redemanda l'enseignant perplexe.

Soledad Lopès, ma sœur en quelque sorte, soupira Ana, culpabilisant soudainement de ne pas avoir su mieux contrôler ses nerfs.

Ta sœur ! s'étonna Dean. Tu es sœur avec les jumelles Lopès ?

Leur père m'a élevé comme si j'étais l'une de ses filles. Alors oui, Alia… Soledad est ma grande sœur adoptive. Faut que je l'attrape, excusez-moi ! lança-t-elle au professeur avant de s'élancer à sa poursuite dans le but de s'expliquer avec elle.

Soledad se sentait mal. Elle ne savait pas vraiment à quoi elle aurait dû s'attendre en revenant à Poudlard mais sûrement pas à voir Anabellissë cassante. En peu de temps, elle avait l'air d'avoir changé. Auparavant, les deux sœurs s'étaient déjà disputées mais au moins, elles s'expliquaient sur les raisons du désaccord. Ana avait toujours eu le don de lui faire comprendre qu'elle était en colère sans pour autant se montrer froide, distante ou cassante comme ça venait d'être le cas. D'un autre côté, l'elfe avait de bonnes raisons d'être fâchée contre la guerrière ! Elle avait quand même disparu en la laissant sans nouvelles durant plus d'un an (voir même de plusieurs années si l'on s'en tenait au calendrier de la Terre du Milieu). Alors oui, avec du recul, Soledad pouvait s'estimer chanceuse : l'accueil aurait pu être bien plus glacial. Cela s'était plutôt bien passé tout compte fait.

Aliania ! Attends-moi ! la héla sa congénère qui venait de la rattraper. Faut que je te parle.

Pas là, ici les tableaux ont des oreilles, se souvint-elle en voyant les yeux écarquillés de certains portraits qui la dévisageaient. Viens ! fit-elle avant de l'entraîner dans le parc.

Une fois installées vers le lac, les deux elfes se plongèrent dans sa contemplation sans réellement le voir. Ana fut la première à briser le silence dans un murmure :

Je n'aurais jamais dû te dire ce que je t'ai dit tout à l'heure, ce n'était pas correct…

J'ai déjà oublié, lâcha sa grande sœur d'un ton morne.

Où est-ce que tu étais ? risqua-t-elle.

Un peu partout, marmonna son interlocutrice qui avait l'impression que tous lui posaient toujours les mêmes questions à son retour.

Voilà qui est bien vague comme réponse, soupira-t-elle.

Parce que c'est un vaste sujet, souligna Soledad derechef. J'ai… pas mal voyagé en Terre du Milieu et aussi sur Terre.

Ça va peut-être te sembler étrange mais j'ai cru ressentir ta présence l'année dernière dans le château…

Ce n'est pas impossible, j'y ai fait un passage en vitesse, admit-elle.

Ça t'aurait trop coûté de venir me saluer ? demanda franchement sa petite sœur de but en blanc.

Tu as changé, constata-t-elle, tu as… plus d'assurance on va dire.

Il parait que j'ai développé certains de tes caractéristiques depuis quelques temps, lâcha-t-elle. Le Professeur Rogue m'a fait remarquer que je te ressemblais plus que je ne le pensais.

Tiens, il est toujours là lui ?

Je sens qu'il va être ravie de te revoir, plaisanta la jeune elfe. Enfin… si tu restes.

Faut bien reprendre un jour la mission, maugréa Soledad pas franchement ravie à l'idée de retourner en cours avec des adolescents et de revoir l'équipe professorale. Qui était cet homme ? demanda-t-elle abruptement.

Quel homme ? se renseigna l'elfe interloquée.

Celui qui t'a attaqué.

Je l'ignore, répondit-elle sincèrement. Je n'ai pas souvenir de l'avoir déjà vu et pourtant, j'avais l'étrange sensation qu'il ne m'était pas totalement inconnu…

Mais pourquoi ce démon t'a attaqué ? insista Soledad perplexe.

Ce n'en était pas un. C'était un épouvantard, une créature qui prend la forme la plus terrifiante possible. On apprenait comment s'en débarrasser.

Donc toi, tu as peur d'un homme que tu ne connais même pas ?

Et toi, tu as peur de toi-même ! lui rappela sa sœur laconiquement.

N'importe quoi !

Alors pourquoi l'épouvantard a pris ton apparence ?

Mais qu'est-ce que j'en sais ! Je m'en fous ! Raconte-moi plutôt ce qu'il s'est passé depuis ton arrivée ici.

Alors Ana reprit tout depuis le début de la seconde année en notant avec amusement dans un coin de sa tête l'air écœuré de son interlocutrice lorsqu'elle évoqua l'histoire du serpent géant qui se baladait incognito dans le château.

À ton tour maintenant, l'encouragea Ana, raconte-moi ton voyage.

Je te l'ai dit, j'ai pas mal fait de trajet en Terre du Milieu. En résumé, le Roi Théoden du Rohan est devenu sénile et les Spectres de l'Anneau Unique sont de sortie pour une chasse au trésor, ironisa-t-elle sombrement.

L'Unique a refait surface ?

Oh que oui ! Le Conseil d'Elrond a décidé d'envoyer une compagnie pour le détruire dans les flammes du Mordor. Autant dire que la tâche s'avère ardue.

J'ignorais qu'une telle mission était en cours… Qui est assez fou pour y participer ?

Quatre hobbits de la Comté, un nain, un elfe de la Forêt Noire, deux hommes dont Aragorn, Gandalf et moi…

Euh, ne le prends pas mal mais pourquoi tu es là dans ce cas ?

Gandalf veut passer par le Col du Caradras ! s'insurgea-t-elle. De toute façon, il me fallait de l'air, ils commençaient à tous me saouler sérieusement.

Je me disais aussi… Mais pourquoi prendre quatre semis-hommes ? Ce ne sont même pas des guerriers.

Sauf que l'un d'eux est le porteur de l'Anneau et que les autres ont refusé de le laisser partir sans eux. Bref, les prochains mois risquent d'être compliqués, conclut-elle lassée.

Ça va être l'heure du dîner, on y va ? proposa Ana en se levant.

Bof, vas-y sans moi, ça ne me tente pas…

Aliania, c'est ça ou le col du Caradras ! la menaça-t-elle d'un air faussement sévère.

Je ne cède jamais sous les menaces, tu ne le savais pas ? sourcilla-t-elle.

Malgré tout, elle la suivit dans la Grande Salle en adoptant son habituelle attitude décontractée, le regard prêt à toiser quiconque l'agacera. Évidemment, la rumeur de son retour s'était déjà répandue comme une traînée de poudre et toutes les conversations se stoppèrent nettes lorsqu'elles passèrent entre les quatre tables d'élèves. Les professeurs aussi s'étaient tus et la dévisagèrent. Dumbledore la fixait d'un air impénétrable.

Je te rejoins, souffla Soledad à Ana qui hocha la tête et assit vers le Trio d'Or.

La jeune revenante se dirigea d'un pas assuré vers le Directeur et le devança :

Je suis attendue dans votre bureau, c'est ça ? s'enquit-elle en levant un sourcil blasé.

Pourquoi poser la question si vous connaissez déjà la réponse ? répondit le vieillard amusé. Soyez la bienvenue parmi nous Miss Lopès, l'accueillit-il chaleureusement.

Elle le gratifia d'un léger hochement de tête et retourna s'asseoir l'air de rien. Un silence pesant s'installa à table. Ron, fidèle à lui-même, le brisa avec un tact fulgurant :

Alors, est-ce que tu étais passé Soledad ? On ne t'a pas revu que ta sœur est… commença-t-il avant de s'arrêter net lorsqu'il reçut un coup de coude de son voisin qui lui lançait un regard lourd d'avertissement.

RONALD WEASLEY ! l'incendia en même temps Hermione outrée par le manque de jugeote de son camarade.

J'avais des choses à régler, lui répond-elle en grinçant des dents. Faut que je prenne l'air, lâcha-t-elle en se levant précipitamment et en quittant la Grande Salle sous les regards interrogateurs des autres.

Vraiment Ronald, tu n'as pas pu t'en empêcher ! le fustigea la Gryffondore sévèrement.

Bah quoi ? riposta le rouquin qui n'avait visiblement pas compris où il avait fauté.

Tu avais vraiment besoin de lui rappeler que sa sœur n'est plus là !

Je ne l'ai pas dit ! protesta-t-il les oreilles rouges.

Tu étais sur le point de le dire !

Un conseil Ron, d'ailleurs il vaut pour tout le monde : n'allez pas aborder le sujet du départ de Marie. Laissez-la tranquille avec son passé, sauf si c'est elle qui vient vous en parler, est-ce clair ? exigea Ana fermement.

Oui, murmurèrent le Trio d'Or.

Soledad avait erré durant plus d'une heure dans le château sans vraiment savoir où aller. À chaque fois qu'elle repassait dans un couloir ou dans une salle de classe, des souvenirs revenaient à la surface : Marie qui chantait pour consolider la barrière de protection magique, qui lui tenait la main en lui racontant les dernières nouvelles de leur pays, qui riait à la vue d'un Rusard victime des frères Weasley…

À un moment, la jeune fille s'arrêta dans une petite cour intérieure. Celle-ci lui était vraiment familière. Normal étant donné que c'était à cet endroit précis qu'elles se ressemblaient la nuit pour parler de tout et de rien jusqu'aux premières lueurs de l'aurore. Avant qu'elle ne puisse la retenir, une larme brûlante dévala sur sa joue. Celle-ci fut vite effacée par un mouvement de main rageur. Elle ne devait pas craquer maintenant. Prenant de grandes inspirations, elle s'attela à se détendre en chorégraphiant des figures plutôt aériennes. Mais son chagrin alourdissait ses gestes. Dépitée, elle se laissa glisser le long d'un mur de pierres avant de blottir sa tête entre ses genoux et de se balancer légèrement d'avant en arrière. C'est ainsi que le Professeur Dumbledore la découvrit. Ne l'ayant pas vu se présenter à son bureau, il était parti à sa recherche tout en se doutant des endroits où il serait susceptible de la trouver. Son intuition ne l'avait pas trompé.

C'est une belle nuit pour un mois de septembre, dit-il pour annoncer sa présence.

La jeune releva la tête pour le regarder d'un œil accablé. Qu'est-ce qu'elle en avait à faire que la nuit soit belle ? À ses yeux, le monde était teinté de gris et plus rien ne valait la peine de s'extasier.

Bien sûr, vous les jeunes, vous ne prenez sans doute pas le temps d'apprécier ce genre de futilités dignes d'intérêts pour les vieillards comme moi, admit-il dans un clin d'œil complice.

Son ancienne élève ne réagit pas. Cela ne découragea pas le Directeur qui commençait à comprendre comment fonctionnait le caractère de feu de la sorcière. Soit elle se murait dans un silence froid, soit elle se mettait à hurler. Cette attitude aurait pu rebuter quiconque chercherait le dialogue avec elle mais pas les personnes qui la connaissaient suffisamment. Albus Dumbledore n'avait pas la prétention de pouvoir anticiper toutes les réactions de la jeune fille, mais il pouvait néanmoins s'attribuer le mérite de ne pas se laisser impressionner. Lorsque les gens n'y voyaient qu'un accès de rage, le Directeur y voyait une peine intense. L'ironie voilait l'amertume tandis que l'insolence cachait un profond sentiment d'injustice. Tout n'était que dissimulation et transformation des sentiments chez cette jeune fille. La vie ne lui avait pas fait de cadeau et elle se protégeait comme elle pouvait avec ça. L'homme pouvait la comprendre. Après tout, lui-aussi dissimulait de lourdes blessures dans son cœur…

Je suis vraiment désolé pour votre sœur… murmura-t-il doucement en lui laissant un regard compatissant. Je n'imagine même pas à quel point cela est dur…

Ne me parlez pas de ma sœur, grogna-t-elle d'une voix sourde.

C'est normal de souffrir, continua-t-il sur un même ton exaspérant.

JE NE VEUX PAS EN PARLER ! hurla-t-elle soudain. ÇA NE VOUS REGARDE PAS DE TOUTE FAÇON !

Je comprends votre colère Soledad… tenta-t-il toujours dans cette même attitude pathétiquement complaisante.

MAIS POURQUOI INSISTEZ-VOUS TOUJOURS POUR VOUS MÊLER DE CE QUI NE VOUS CONCERNE PAS ?

Le bien-être de mes élèves me concerne. Mais au-delà de cela, il est humainement normal de se soucier les uns des autres. Vous avez subi une terrible épreuve et il est naturel que vous le viviez mal. Sachez que nous pouvons vous soutenir.

J'me passerai de votre soutien ! le rejeta-t-elle vivement. Il n'y a rien à faire, rien à dire ! Alors on n'en parle plus ! Je suis revenue pour poursuivre ma mission, pas pour déblatérer sur mon cas.

À ce propos, Anabellissë vous a expliqué ce qu'il s'était passé l'année dernière ?

Oui. Et pour cette année, il faut se méfier de Black ! Le pauvre Harry… première année, il se retrouve avec un prof qui a son pire ennemi collé à l'arrière de la tête en deuxième année, il a affaire à son souvenir et son serpent géant et maintenant, c'est un fidèle psychopathe qui le poursuit ! Y'en a qui cumule ! résuma-t-elle.

C'est un assez bon récapitulatif, admit Dumbledore. Vous a-t-on parlé des détraqueurs ?

Ouais, aussi. C'est vraiment nécessaire d'en placer tout autour du château ?

C'est une sécurité dont nous ne pouvons-nous passer pour l'instant, déplora-t-il d'un air fatigué. À ce propos, je vous déconseille fortement de vous approcher de l'un d'eux. Ils peuvent avoir des effets assez violents sur les personnes qui ont subi des traumatismes…

Ça va, j'ai compris, maugréa-t-elle en laissant le Directeur seul dans la cour.

Dumbledore la laissa partir sans la retenir. À quoi bon ? Il avait fait une promesse à Marie Lopès et il comptait bien la tenir. Mais veiller sur Soledad ne voulait pas dire qu'il devait la harceler avec ses questions douloureuses. La jeune femme refusait d'exprimer ouvertement sa peine et il se devait de respect cela. Il n'avait pas oublié la lettre que la défunte lui avait confiée quelques jours avant sa mort afin qu'il puisse la remettre à sa sœur en cas de malheur. Cependant, il estimait que ce n'était pas le bon moment. Elle n'était pas prête à en prendre possession.

De retour dans le dortoir, Soledad retrouva Ana allongée sur son lit, plongée en pleine lecture d'un livre à l'apparence soporifique.

J'ai reçu ça pour toi, se rappela-t-elle en lui tendant plusieurs enveloppes ouvertes.

Pourquoi sont-elles ouvertes ?

Parce qu'elles m'étaient adressées. Je devais te les transmettre. Apparemment, les Peterson ont hâte de te voir. Au fait, qui sont-ils ?

Une famille que j'ai aidée il y a quelque temps, éluda la guerrière distraitement en lisant les lettres. Je reviens !

Elle dévala les marches et griffonna à la hâte une réponse sur un vieux morceau de parchemin.

Harry, je peux demander à Hedwige de porter une lettre ? demanda-t-elle à son protégé qui était penché sur un devoir de botanique.

Euh oui, pas de problème ! lui assura-t-il machinalement.

Elle alla à la volière et attacha délicatement le message à la patte de la chouette blanche qui hulula de contentement. Elle n'avait pas souvent l'occasion de porter du courrier, son propriétaire n'ayant pas beaucoup de contacts à l'extérieur. Une fois Hedwige disparue, elle déambula le reste de la nuit dans l'enceinte de Poudlard. Elle aimait passer son temps libre à errer dans l'obscurité propice à l'apaisement et à la mélancolie. C'était sans doute paradoxal mais elle appréciait la nébulosité opportune à la réflexion. Généralement, les gens craignaient la noirceur tandis qu'elle, elle était attirée par celle-ci. Bizarrement, elle avait moins peur du noir que de la lumière. C'est pour cela que l'elfe – lorsqu'elle n'était pas en cours ou en Terre du Milieu – se mit à errer chaque nuit parmi le dédale de couloirs. Se moquant de la fraicheur puis de la froideur qui s'étaient abattues progressivement au fur et à mesure que le mois d'octobre défilait, la sorcière marchait en ressassant ses pénibles pensées. Une nuit où ses souvenirs la torturaient particulièrement, elle fut interrompue par une voix douce :

Vous aimez bien vous promener la nuit Mademoiselle Lopès, déclara Lupin.

Vous aussi à ce que je vois, eut-elle envie de répliquer mais se contenta d'un simplement haussement d'épaules.

Pour certains, la nuit est propice au repos tandis que pour d'autres, elle est l'occasion de méditer. Mon instinct me souffle que vous appartenez à la deuxième catégorie. Tout comme moi.

Pourtant on dirait que vous auriez plus besoin de dormir que de réfléchir, continua à penser la guerrière en son for intérieur.

Vous n'êtes pas bavarde... pourtant, j'ai eu vent de certaines de vos légendaires frasques. Le pauvre Professeur Rogue en a bien souvent fait les frais ! rigola-t-il.

À cette évocation, l'elfe ne put retenir l'esquisse d'un léger sourire. Effectivement, c'était le bon vieux temps.

J'ai appris ce qu'il est arrivé à votre sœur, poursuivit-il doucement. J'en suis désolé...

En entendant cette phrase, Sol soupira ouvertement et tourna délibérément le dos au professeur, plongeant ainsi son regard dans l'étendue des arbres envahie par la pénombre. Évidemment, cet homme n'était encore qu'un enseignant qui se permettait de compatir à son malheur. Par tous les Valars ! N'y a-t-il donc personne qui comprenne qu'elle ne voulait plus entendre les gens parler de sa sœur ? Au moins, Rogue avait le mérite d'agir envers elle comme si rien n'avait changé. Ses yeux ne reflétaient pas la pitié qu'elle pouvait lire dans chaque regard, lui rappelant ainsi cruellement à chaque seconde ce qu'elle avait perdu.

L'autre jour, nous avions abordé en cours les épouvantards. Savez-vous de quoi il s'agissait ?

L'elfe haussa les épaules.

Ces créatures prennent l'apparence de nos pires peurs même de celles dont nous n'avons pas conscience.

J'ai peur de personne, lâcha la jeune femme d'une voix si basse que Lupin ne fut pas certain d'avoir bien entendu.

Il n'eut pas l'occasion de vérifier car son élève s'éloigna d'un pas vif dans les ténèbres de la nuit. Il avait des difficultés à cerner son élève. Un jour, elle se montrait plutôt agréable malgré son humour tendant sur l'impertinence, le jour suivant, elle était renfermée et agressive. Dumbledore lui avait expliqué qui elle était ainsi que son mode de vie spécifique. Malgré cela, le Professeur Lupin ne parvenait pas à comprendre vraiment qui était cette jeune fille. Ce dont il n'avait pas encore conscience, c'est que Soledad commençait à l'apprécier et à lui accorder une relative confiance. Peu de personne pouvait se vanter de cet exploit.

Durant la première sortie des élèves au Pré-au-lard qui eut lieu pour Halloween, Ana profita de cet après-midi pour montrer à Soledad les principaux sorts appris ces derniers mois. Le Professeur Lupin leur proposa, en faisant fi de sa fatigue manifeste, de les aider à s'entraîner. Ils lancèrent des sorts de défense pendant plusieurs heures et cela finit même par un fou rire commun lorsque Ana se trompa de cible et envoya valser sa sœur contre un mur. Inquiète, elle se précipita vers elle pour s'excuser et s'assurer qu'elle n'avait rien de cassé. Celle-ci la regarda d'un regard noir avant de partir dans un grand éclat de rire en remarquant son air excessivement paniqué. D'abord sceptique, elle rejoignit son amie dans son délire et l'hilarité gagna le professeur aussi.

L'habituel festin d'Halloween se déroula dans la joie et la bonne humeur. La plupart des élèves étaient ravis de leur journée passée au village entièrement habité par des sorciers. Harry les écoutait poliment s'extasier tout en tentant de cacher sa déception de ne pas avoir pu aller avec eux. En effet, les responsables légaux n'avaient pas signé l'autorisation de sortie et le Professeur McGonagall avait refusé d'endosser ce rôle. À la fin du repas, ils remontèrent à la tour Gryffondore mais furent bloqués par un amas d'élèves qui n'avaient pas.

Que quelqu'un aille chercher le Professeur Dumbledore ! ordonna d'une voix aigüe Percy Weasley en tant que préfet-en-chef.

Qu'est-ce qu'il se passe ? se renseigna Ginny.

Écartez-vous ! exigea Soledad qui prit les choses en main.

Ses camarades la laissèrent passer sans problème. Après tout, elle était un peu plus apte qu'eux à gérer le problème. En arrivant devant le portrait, elle constata que celui avait été lacéré à plusieurs reprises par une lame tranchante. La Grosse Dame avait disparu et le passage était clos. Soledad la repéra rapidement dissimulée dans un autre tableau complétement terrorisée.

Qui vous a attaqué ? l'interrogea-t-elle en voyant le Directeur la rejoindre rapidement.

Il est fou ! Complétement fou ! gémit-elle hystérique. Il m'a poignardé ! sanglota-t-elle.

Mais qui ça ? la pressa l'elfe.

Sirius Black ! lâcha-t-elle telle une bombe.


J'espère que ce chapitre vous a plu !

Merci pour vos visites et à bientôt ! (enfin, ça serait peut-être en avril la prochaine fois parce que là, deux chapitres en 20 jours, je ne suis pas sûre que pouvoir renouveler cet petit exploit XD )

Bye !