Bonjour !
J'espère que vous allez bien depuis la dernière fois. Pour ma part, ce n'est pas la grande forme... mais bon, ça va passer.
Je vous poste la suite sans plus tarder et vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre 20 – Chutes en série.

Une fois que la Grosse Dame eut annoncé l'intrusion du criminel Sirius Black, Soledad laissa échapper un rire moqueur et s'adressa au Directeur :

Vous disiez quoi déjà ? Que les détraqueurs allaient assurer la sécurité ? Non mais laissez-moi rire !

Sol, je crois que ce n'est pas le moment de faire des remarques sarcastiques, lui notifia Ana sur un ton désapprobateur.

Sarcastiques ? Réalistes oui ! poursuivit-elle. Bon, faut s'assurer qu'il ne soit plus dans le château maintenant.

Tous les élèves retournent dans la Grande Salle ! ordonna fermement Albus Dumbledore. Vous y passerez la nuit le temps que les professeurs vérifient l'ensemble de Poudard.

Ana, tu les accompagnes ? Je vais fouiller le château et le parc.

Pourquoi je ne viendrais pas avec toi ? protesta-t-elle. J'ai appris à me défendre !

Justement, il faut bien une personne qualifiée pour veiller sur les élèves.

Tiens, un soupçon de diplomatie, releva sa sœur adoptive.

Tiens, un soupçon d'ironie, répondit Soledad du tac-au-tac. Quand j'aurai fini mon tour, je retournerai voir où en est la Communauté donc…

Donc je ne m'inquiète pas si tu disparais plusieurs jours, compléta l'elfe habituée. Entendu.

Les professeurs se mirent par équipe de deux pour plus de sécurité. Évidemment, Soledad ne fut pas particulièrement ravie d'entendre Dumbledore lui demander de fouiller les cachots en compagnie de Rogue. Celui-ci afficha également une mine écœurée et tourna les talons avec son légendaire mouvement de cape sans attendre la jeune femme.

Je vais vous faciliter la tâche, grogna-t-elle en le rattrapant. Vous vous occupez des cachots et je fouille le parc.

Si le Directeur m'a imposé votre présence, ce n'est certes pas pour mon plaisir personnel. Il veut que je garde un œil sur vous, renifla-t-il dédaigneusement.

Comme si l'idée que je me fasse prendre par surprise par Black ne vous ferait pas plaisir, rétorqua-t-elle blasée.

Je décline toute responsabilité en cas d'accident, déclara-t-il le visage ponctué par un mauvais rictus. Faites-vous tuer si cela vous chante, cela m'importe peu.

Avec un peu de chances, Black vous trouvera le premier ! lâcha-t-elle brusquement avant de sortir dans le parc.

Après avoir fait le tour de la propriété en inspectant les moindres recoins, Soledad allait rentrer lorsqu'elle remarqua des empreintes suspectes. Mettant à profit son expérience de rôdeuse, elle détailla les traces dans la boue encore fraîche. On aurait dit des empreintes de pattes d'un gros chien ce qui était étrange étant donné qu'aucun élève n'en possédait un. Un chien sauvage ? Cela serait étonnant… La piste s'arrêtait à quelques dizaines de mètres dans la Forêt Interdite. Soupirant, l'elfe retourna dans la Grande Salle du château à trois heures du matin. Dumbledore était en train de chuchoter avec Rogue. Elle perçut une partie de leur conversation avant d'annoncer sa présence.

… impossible que Black ait pu pénétrer sans une aide extérieure. Rappelez-vous des soupçons dont je vous ai parlé précédemment à propos de la nomination de…

Je ne pense pas que quiconque à l'intérieur de ce château ait aidé Black à entrer, coupa le Directeur fermement en se retournant pour tomber nez à nez avec l'elfe.

Rien à signaler dehors hormis des empreintes fraiches d'un gros toutou. C'est important à votre avis ? s'enquit-elle en chuchotant. Non ? Bon alors je vous laisse, j'ai à faire ailleurs.

Une file d'hommes se frayaient difficilement un chemin dans la neige pour pouvoir échapper à la fureur de la montagne. La Communauté avait essayé de passer au-dessus du col du Caradhras mais avait finalement dû renoncer et rebrousser chemin lorsqu'une avalanche avait bien failli les tuer.

- Alors comme ça on fait demi-tour ? les railla une voix féminine qui les fit sursauter.

- On a failli périr emportés par une avalanche, expliqua rapidement le rôdeur en guise de salut.

- Qui a été assez stupide pour crier dans la montagne aussi ? se moqua-t-elle ouvertement.

- C'était l'œuvre de Saroumane, bougonna Gandalf avec humeur.

- Encore ! Mais il est partout celui-là ! s'insurgea Aliania dont le visage s'était voilé.

- Nous devons passer par-dessous la montagne, poursuivit l'elfe aux yeux bleus d'un air neutre.

- La Moria ? s'étonna la sorcière. Le Trouée du Rohan serait moins risquée… objecta-t-elle sérieusement.

- Elle nous rapprocherait trop de l'Isengard ! la contrecarra son mentor. Nous n'avons pas le choix !

- Vous ne savez pas ce que vous allez trouver dans ces mines Gandalf, lui répliqua fortement la jeune femme avec aplomb.

- Mon cousin sera ravi de nous accueillir ! protesta Gimli outré par ces propos. Vous allez enfin savoir ce qu'est l'hospitalité légendaire des nains !

- Gimli, je sais combien les gens de votre peuple peuvent être accueillants. Seulement, je doute que la Moria soit telle que celle que vous ayez connue…

- Et pourquoi cela je vous prie ?

Elle ne lui répondit pas et ordonna au Magicien et au rôdeur de la suivre plus bas pour leur parler en aparté :

- Les mines rengorgent de dangers ! C'est de la folie de pénétrer là-bas ! Vaut mieux affronter la neige que les abîmes. Vous le savez fort bien tous les deux alors pourquoi insister dans cette voie-là ?

- Nous n'avons pas le choix. Saroumane surveille la Trouée du Rohan. Seules les mines sont encore à l'abri de son regard.

- N'empêche que je persiste à dire qu'il vaut mieux affronter le traitre que de se terrer dans les profondeurs du monde, trancha-t-elle fermement.

- Si vous craignez la noirceur, alors soit. Nous vous passerons de vous, la provoqua consciemment Gandalf, sûr de sa réaction.

- Je n'ai peur de rien ! C'est pour vous tous que je disais ça ! Mais soit, allons dans les mines ! Faisons-nous tous enterrer vivants, il n'y a pas de problème ! Avec un peu de chance, on ne croisera que des trolls des cavernes et des gobelins…

- Qu'est-ce qu'on peut croiser d'autre ? s'enquit Aragorn inquiet.

- Oui Gandalf, qu'est-ce qu'on peut trouver d'autre dans des mines ? demanda ironiquement l'elfe l'air intéressé.

- Rien que nous ne pouvons éviter en traversant silencieusement la montagne.

- Si vous le dites… soupira-t-elle excédée en capitulant avant de se retourner vers les autres membres de la Communauté et leur crier :

- Venez ! Allons-nous faire exterminer !

Ils la suivirent l'air plus qu'inquiet. Qu'allaient-ils bien pouvoir trouver dans ces mines qui effraie autant la sorcière ? Car tous avaient compris qu'elle n'était pas du genre à se laisser impressionner aisément…

Alors que les élèves se rendirent à leur cours de Défense Contre les Forces du Mal du vendredi après-midi, ils furent surpris d'être accueillis froidement par le Professeur Rogue. Harry voulut immédiatement savoir où se trouvait son professeur préféré mais se fit sèchement rembarrer par le Maître des Potions qui lui ôta dix point pour impertinence. Ana soupira discrètement face au mauvais caractère de l'homme. Après tout, la question de l'élève était légitime. Il était fort injuste de pénaliser quelqu'un qui se souciait d'un autre. Les abus se poursuivirent lorsqu'Hermione fit remarquer au professeur que ce n'était pas encore la date pour étudier les loups-garous. Severus Rogue retira de nouveaux points pour cette remarque jugée déplacée. Ron écopa même d'une retenue pour lui avoir fait remarquer que ce n'était pas la peine de les interroger si c'était pour refuser d'écouter la réponse des élèves prêts à répondre. Heureusement que Soledad n'était pas présente… Elle aurait incendié le professeur sur place !

Le lendemain, les équipes de Pouffsouffle et Gryffondor s'apprêtaient à s'affronter sur le terrain de Quidditch sous un temps plus que pluvieux. L'équipe des Serpentard s'était arrangée pour ne pas jouer ce match sous prétexte que leur attrapeur n'était pas encore remis de sa blessure au bras. Il était évident que ce n'était qu'une excuse pour être sûr de ne pas perdre la compétition à cause de la météo déplorable. Le public frissonnait dans les tribunes et espérait que le match se conclurait vite. Trente minutes après son commencement, les Rouges et Or menaient de cinquante points. Avec ses yeux d'elfe, Ana voyait combien les joueurs avaient les traits concentrés sur le jeu adverse. Soudain, tout devint froid. Glacial même. L'atmosphère se fit intensément austère et la pluie n'y était pour rien. Des formes sombres encapuchonnées surgirent sur le terrain. Elles planaient littéralement, provoquant la terreur parmi les spectateurs et les sportifs. Ana se sentit vraiment nauséeuse. Elle ferma les yeux pour tenter de faire passer son malaise mais des cris de supplications agonisantes retentirent dans son esprit :

Non, pitié ! Pitié ! Je serai sage, je vous le promets, je serai sage, je ferai tout ce que vous voudrez ! Ayez pitié, ayez pitié ! supplia une petite voix suraiguë.

La petite fille se mit à crier et à pleurer de plus belle. L'elfe s'agrippa ses cheveux et se recroquevilla. Elle ne connaissait que trop bien cette voix suppliante… Elle venait de se rappeler un passage de sa petite enfance avant qu'un rôdeur ne la conduise mourante auprès du Seigneur Lenorièl à la Cité d'Argent.

Tais-toi sale gamine ! ordonna sèchement une voix rauque d'homme. Tu vas voir ce que je fais de la vermine dans ton genre !

Ana ! cria une autre personne. Ana ! Ressaisis-toi ! Ce sont les détraqueurs qui te rendent malade ! Allez, relève-toi ! l'encouragea Hermione en la secouant.

Avec difficulté, l'elfe s'extirpa de ses sombres souvenirs et regarda autour d'elle. Au même moment, des élèves se mirent à hurler en désignant quelque chose dans le ciel. Levant les yeux, Ana vit avec horreur une silhouette inconsciente en pleine chute libre. Se rappelant d'un sort qu'elle avait lu quelques jours plus tôt dans un livre de Sortilèges pour Niveau Avancé, elle se redressa et brama le sort en visant le joueur de Gryffondor qui n'était plus qu'à une vingtaine de mètres du sol boueux. Le Directeur eut aussi le même réflexe et s'écria :

Arresto Momentum !

Le garçon atterri assez brutalement dans l'herbe malgré le net ralentissement provoqué par les deux sortilèges combinés. Albus Dumbledore s'avança furieusement sur le terrain et lança des formes argentées sur les gardiens d'Azkaban qui prirent la fuite. Faisant apparaitre un brancard, il fit léviter son élève et le déposa délicatement dessus. Sans prononcer un seul mot, il se hâta de l'emmener à l'infirmerie. Chancelante, Ana se rassit sur le banc et souffla un bon coup pour tenter d'évacuer la foule de sentiments qui l'avaient envahie en moins de deux minutes.

Profitant de l'absence prolongée de son compagnon, Aliana se faufila discrètement dans le couloir menant au bureau interdit. Elle avait dérobé à l'insu d'Arthélius la clef qui ne quittait normalement jamais son cou lorsqu'il s'était assoupi hier soir après avoir assouvi ses pulsions. Elle avait été étonnement chanceuse lorsqu'il était parti en mission sans vérifier la présence du crochet sur lui.

Les lieux étaient vides vu qu'une énorme attaque avait lieu en ce moment-même quelque part à la surface. La sorcière s'en moquait tant que cela occupait suffisamment longtemps les soldats en dehors du palais. Avec mille précautions, elle ouvrit la porte cadenassée et pénétra dans la pièce qui n'avait guère changé depuis sa dernière visite quelques mois plus tôt. Seul un élément central était nouveau. Un piédestal trônait au centre du bureau. Il était recouvert par un tissu de velours noir. Curieuse, Aliana souleva lentement l'étoffe et se figea. Dissimulé sous ce simple chiffon se trouvait une boule de verre noirâtre. Bien qu'elle n'en ait jamais possédé, l'elfe comprit immédiatement de quoi il en retournait. Il s'agissait d'un Palantir, une pierre de vision qui permettait de communiquer avec des personnes possédant ses semblables. Le problème était qu'aux dernières nouvelles, l'une d'entre elles appartenait à Sauron lui-même. Il n'était donc pas impossible que le Seigneur de la Terre Noire utilise cet objet pour les espionner à leur insu. À leur insu vraiment ? Arthélius était loin d'être ignorant de ces anciens artéfacts. Il n'aurait pas pris le risque de dévoiler ses actions à son ennemi sans raisons justifiées… Le cerveau de la jeune femme était en ébullition. Quelque chose clochait. Son amant n'aurait jamais eu recours à cette pierre en temps normal. Il savait parfaitement que l'œil de Sauron était à l'affût de la moindre information sur les royaumes extérieurs à ses frontières. Alors pourquoi diable gardait-il cet objet dans cette pièce ? La boule se colora soudainement d'une lueur flamboyante. Effrayée, l'elfe rabattit rapidement le voile opaque dessus. Elle ne voulait pas que Sauron l'aperçoive.

Tu ne devrais pas être là ! la surprit une voix atrocement froide qui la fit se retourner vivement en retenant un cri.

Qu'est-ce que tu fabriques avec ce Palantir ? répliqua-t-elle furieuse. Tu es devenu inconscient, fou, stupide ou les trois à la fois ?

Apparemment, tu n'as toujours pas retenu la leçon de respect de l'autre jour ! grogna-t-il en s'avançant menaçant.

Qu'est-ce que tu vas faire ? Te défouler sur moi encore une fois ? le nargua-t-elle dangereusement.

Puisqu'il te faut une piqure de rappel…

Où est-ce que tu l'as trouvé ? l'ignora-t-elle bravement en cherchant instinctivement son collier pour ouvrir un portail en urgence.

Malheureusement, son homme le lui avait confisqué lors d'une précédente violente altercation. N'étant plus reliée avec ses sœurs magiquement, elle n'avait pas pu les appeler à l'aide et était donc coincée dans le palais. Quitte à reprendre des coups, autant en tirer le maximum d'informations essentielles…

C'est insensé tout ce que l'on peut retrouver dans les tréfonds de l'Anduin.

Tu as fait drainer la rivière ? demanda-t-elle choquée.

Ça m'a pris pas mal de temps mais j'ai fini par y arriver.

C'est celui d'Osgiliath, réalisa la sorcière en se remémorant les récits des anciennes batailles. La première pierre à avoir été perdue lors de la Lutte Fraticide !

Futée ! la félicita-t-il sournoisement avec de la saisir avec force à la gorge.

Pourquoi tu me fais ça ! cria-t-elle en épuisant sa réserve d'air inutilement.

Parce qu'il serait temps que tu comprennes que les chosent changent. Une nouvelle ère approche et tu dois choisir ton camps une bonne fois pour toute ! grogna-t-il en la relâchant un peu.

Je suis avec toi, répliqua-t-elle perdue.

C'est faux, je te veux à cent pour cent à mes côtés ! Je ne peux plus tolérer que tu vives ici et que ton cœur soit rattaché au camp adverse qui se fiche éperdument de toi ! Les Elfes, les Hommes : tous se moquent de toi et veulent ta mort ! Pourquoi t'obstines-tu à les protéger ?

Je ne les protège pas, nia-t-elle sans conviction.

Bien sûr que si ! À chaque attaque, tu évites l'affrontement. Je ne t'ai jamais vu assassiner une seule personne des forces de la Lumière. Les seuls êtres que tu as torturés et tués étaient des démons ennemis à notre clan. Maintenant, cela suffit ! C'est terminé, tu dois choisir. Ce sont eux ou moi. Tu as le choix entre ceux qui t'ont abandonnée et qui cherchent à te tuer ou ceux qui t'ont offert l'hospitalité et le salut. La mort ou la vie ?

Je ne comprends pas pourquoi je devrais trancher un choix aussi net, lui répondit-elle les yeux larmoyants. Après tout, nous avons toujours fonctionné comme cela jusqu'à présent. Qu'est-ce qui a changé ? Tu me dis qu'une nouvelle ère approche ? Mais ça veut dire quoi ? Qu'est-ce que le retour de Sauron a à voir avec nous ? Notre clan n'a jamais dépendu et ne dépendra jamais de lui !

Une guerre va éclater et ce n'est pas le moment de se trouver du mauvais côté Aliana ! rugit-il en la poussant contre le mur.

Du mauvais côté ? cria-t-elle en se redressant fièrement. Tu insinues quoi ? Qu'il faudrait se rallier à lui ? Tu comptes lui servir de sous-fifre ? l'insulta-t-elle.

Arthélius ne supporta pas ce nouvel affront et la gifla violemment. Sa compagne fut projetée à terre, la lèvre en sang. Portant sa main sur sa joue douloureuse, elle ne put retenir ses larmes de couler. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi l'homme qu'elle aimait s'en prenait physiquement à elle.

Si tu crains que Sauron finisse par dominer le monde, pourquoi est-ce que tu n'envisages pas de t'allier avec ceux qui luttent contre lui ?

Qui te parle de lutter ? s'enquit-il d'un air mauvais.

Je ne te suis plus… Quelle est ta position vis-à-vis de lui ?

Puisque tu tiens absolument à le savoir, je vais te le dire. Je joue stratégie. Je fais croire à Sauron que je suis d'accord avec ses idées. Lorsque le moment sera opportun, je me soulèverai contre lui et le renverserai !

Tu délires complétement, lâcha Aliana dans un rire sans joie. Sauron ne se laissera pas abuser par un tel stratagème ! Il te détruira avant !

Il ne me vaincra pas ! assura-t-il le regard flamboyant de colère.

Tu plaisantes ? Cela a déjà commencé… Il t'a corrompu rien qu'au travers d'une pierre de vision ! Je me demandais pourquoi tu avais tant changé ces derniers mois. Maintenant, j'ai un aperçu de la réponse, dit-elle amère.

Je suis mon propre chef ! hurla-t-il ivre de rage. Si tu ne me fais confiance, qui le fera ?

Au pire, qu'est-ce que tu en as à foutre ? Tu viens de le dire : tu es chef, tu commandes et tes sujets obéissent. Peu importe qu'ils te fassent confiance ou non, lui fit-elle remarquer goguenarde.

Tu as raison, lui accorda-t-il une lueur folle dans le regard. Je commande et vous obéissez. Je t'ordonne donc de te tenir à mes côtés jusqu'au bout et ce à n'importe quel prix ! Tu vas me faire preuve d'une loyauté sans faille et d'une obéissance à toute épreuve ! vociféra-t-il. Désormais, je t'interdis de revoir tes sœurs et tu vas participer activement aux prochaines batailles. Montre au monde entier de quel côté tu es et assume-le fièrement !

Sinon quoi ? le provoqua-t-elle écœurée par son attitude dictatrice.

Il ne prit même pas la peine de lui répondre par des mots. D'un ample geste de la main, il la cogna à nouveau. Elle laissa échapper un cri de souffrance et s'affaissa sur le sol. Il continua de l'asséner de virulents coups de pied dans le ventre. À un moment, elle sentit ses côtes se briser. Son souffle devint saccadé et ses sanglots plus rauques. Elle le supplia de s'arrêter mais il ne l'écouta pas. Il la saisit par la gorge et la força à se relever, la maintenant plaquée contre le mur.

Sinon je te tue, répondit-il enfin dans le creux de son oreille comme s'il lui murmurait des mots doux. Est-ce que tu m'as bien compris cette fois ? lui demanda-t-il en lui caressant tendrement la joue ensanglantée.

Va te faire… foutre, réussit-elle à articuler entre deux gémissements de douleur et de peur.

Oh bonne idée, lui susurra-t-il vicieusement. Puisque tu le proposes si gentiment, je cède à ta requête ! lâcha-t-il d'une voix impitoyable.

Arthélius releva brutalement la robe de sa compagne et commença à défaire sa ceinture. Aliana se remit à pleurer : il ne pouvait pas encore lui subir ça ! Comment avait-il pu changer à ce point en si peu de temps ? À cet instant, l'elfe se mit à détester plus que jamais Sauron. Elle ne pouvait se résigner à penser du mal de l'homme qui l'avait toujours défendue alors elle se rabattit sur la pensée que le Seigneur du Mordor avait réussi à le corrompre sournoisement. Ce n'était pas de sa faute s'il était irritable et adoptait un comportement inacceptable. L'esprit de l'homme était forcément possédé, il ne pouvait pas en être autrement. Jamais il ne l'aurait traitée de la sorte s'il était réellement lui. C'était cette pensée qu'elle ressassa en boucle pour ne sombrer dans la folie. Il était innocent, Sauron le manipulait à distance. Il était inconscient, Sauron l'obligeait à agir comme ça…

Mon Seigneur ! l'appela l'un de ces gardes de l'autre côté de la porte. Un sorcier demande à vous voir. Il affirme que cela est urgent.

Laissant échapper un grognement de frustration, il se rhabilla et sortit en claquant la porte. La jeune femme se recroquevilla avec peine contre la paroi en gémissant. Chaque parcelle de son corps lui faisait atrocement mal. Elle se demandait comment ses autres sœurs supportaient autant la douleur durant leurs combats. C'était inhumain une telle souffrance ! Elle tenta de se relever mais la douleur atteignit un tel degré de supplice qu'elle défaillit et tomba sur le sol de pierres froides.

Au bout des plusieurs heures de marche intensive, la Communauté avait fini par redescendre aux racines de la montagne colérique. Ils arrivèrent vers un lac sombre qui s'étendait presque jusqu'aux parois rocheuses.

Voici l'entrée des mines, déclara le Magicien.

Et où sont les portes ? s'enquit le fils de Thranduil perplexe.

Étape numéro un : trouver et ouvrir ces maudites portes invisibles si elles ne sont pas éclairées par les reflets lunaires. Étape numéro deux : traverser sans se faire tuer, énuméra Aliania toujours en désaccord avec le chemin emprunté.

Cela suffit Aliania ! Arrêtez donc de démotiver les troupes ! s'exclama Gandalf las.

Je vais être obligée de vous accompagner pour protéger votre vieille carcasse croulante contre vous-savez-quoi, grinçant-elle entre ses dents. Étant donné que je ne pourrai pas ouvrir de portail dans ce lieu infect, je suis forcée de venir avec vous de l'entrée à la sortie. Enfin, s'il y a une sortie…

L'Istari préféra ne rien répondre et commença à tâter la roche étonnamment lisse pour trouver l'entrée. La sorcière-elfe alla s'asseoir dans un coin en grommelant. Elle ne la sentait vraiment pas cette traversée ! Au bout d'un moment, elle fut tirée de ses pensées par des bruits d'éclaboussures. Merry et Pippin s'occupaient à faire des ricochets sur la surface aux reflets noirs. Avant qu'elle puisse intervenir, Aragorn saisit le bras du plus jeune en lui ordonnant d'arrêter. La sorcière continua à fixer l'onde qui ondulait légèrement malgré l'absence de la caresse du vent. Fronçant les sourcils, elle se leva pour observer le phénomène de plus près.

Qui y-a-t-il ? lui demanda l'homme qui l'avait rejoint.

Tu trouves ça normal que l'eau bouge toute seule ?

Sans doute les remous des pierres lancées…

Non, c'est autre chose, murmura-t-elle sur ses gardes.

Leur attention fut détournée par un bruit de grincement glauque : les portes des mines étaient en train de s'ouvrir. Rejoignant les autres, Aragorn et Aliania entrèrent précautionneusement à l'intérieur sombre et humide. S'habituant peu à peu à l'obscurité, le rôdeur comprit rapidement que les appréhensions de son amie étaient fondées. Les lieux n'avaient rien d'accueillant : la noirceur dissimulait de dizaines des squelettes criblés de flèches jonchant le sol. Le nain hurla son désespoir tandis que les autres tirèrent leurs épées, regrettant d'être venus ici. Soudain, Frodon poussa un cri horrifié. Se retournant vivement, les compagnons virent un amas de tentacules entrainant le hobbit vers les profondeurs du lac. S'arrachant de leur stupeur, ils se précipitèrent en brandissant leurs épées. Les hommes et les hobbits coupèrent tant bien que mal les membres gluants de la créature cauchemardesque tandis que Legolas tenta de l'empaler d'une volée de flèches. Aliania était restée sur le bord. L'idée d'aller dans l'eau la bloquait complètement. Sans le vouloir, elle revoyait des flashs des derniers instants passés avec sa grande sœur dans la rivière tumultueuse. Elle fut arrachée brusquement de sa catatonie lorsque l'une des tentacules l'agrippa et l'entraina dans l'eau nauséabonde. Malgré tous ses efforts pour se dégager de l'emprise étouffante de la créature marine, elle fut engloutie dans les flots. Boromir eut l'excellent réflexe de se précipiter vers elle et de trancher sauvagement les articulations visqueuses. Il réussit à extirper la jeune femme du lac et la tira dans les mines sur l'injonction du magicien. Tous coururent à l'intérieur pour échapper à leur adversaire qui les poursuivit tout de même. L'entrée s'écroula sur elle, bloquant ainsi définitivement les membres de la Communauté dans les mines.

Aliania, tu n'as rien ? s'inquiéta Legolas en oubliant momentanément que la jeune femme ne lui adressait plus la parole depuis des semaines.

Ça va très bien ! le repoussa-t-elle avec conviction en se redressant chancelante.

Elle se mit à tousser et à cracher de l'eau.

Tout le... monde est là ? s'époumona-t-elle en essorant ses cheveux et ses vêtements qui lui collaient désagréablement à la peau.

Oui, lui répondit Gandalf après avoir fait une rapide vérification, nous sommes tous là. Nous n'avons plus le choix maintenant, il nous faut affronter les ténèbres de la Moria, soupira-t-il en éclairant d'une lueur faible les débris avec son bâton magique.

C'est un peu tard pour les regrets... fit remarquer l'elfe acerbe. Plus vite on avancera en silence, plus vite on aura une chance de sortir vivants de ce tombeau ! Allons-y ! déclara-t-elle en s'enfonçant dans les ténèbres déterminée.

La Communauté marcha durant plusieurs heures dans une quasi obscurité. Seul le bâton de Gandalf produisait un peu de lumière, les empêchant ainsi de tomber dans de profonds et sombres gouffres. Parfois, le Magicien hésitait entre deux passages mais choisissait relativement vite malgré tout. Néanmoins, ils arrivèrent à l'embranchement de trois tunnels qui prenaient tous la direction de l'est. Ne parvenant pas à se décider sur le chemin à emprunter, il opta pour passer la nuit dans l'une des pièces annexes qui devait être une ancienne salle de garde. Fatigués, les hommes s'assirent en soupirant de soulagement. Ce bien-être fut de bien courte durée lorsqu'un bruit retentit dans le silence pesant. Aliania fixait d'un œil réprobateur Pippin qui était responsable de cet écho puisqu'il avait stupidement jeté une pierre dans l'un des puits. Gandalf le réprimanda sévèrement et se tut lorsque des bruits irréguliers de tambours se firent entendre au loin.

Qu'est-ce que c'est ? murmura Boromir anxieux.

On dirait des signaux… analysa l'elfe aux yeux bleus.

Ce sont des signaux, confirma son ancienne compagne exaspérée. Il faut que l'on continue le plus vite possible. Avec un peu de chance, notre présence ne sera pas détectée.

Prenons la voie de droite, l'air y est moins vicié, décréta l'Istari. Je ne pense pas me tromper en nous y engageant.

Elle les mena dans l'étroit passage constitué de centaines de marches montantes. Depuis quelques temps, elle avait la sensation d'être épiée par quelque chose mais elle n'avait pas réussi à identifier quoi. Elle avait fait part de ses inquiétudes au Magicien qui lui avait avoué qu'il s'agissait probablement de Gollum, la créature qui possédait l'Anneau avant Bilbon, qui les suivait. Loin de la soulager, cette nouvelle la rendait nerveuse. D'après ce qu'avait pu observer Aragorn lors de sa capture, cette créature semblait sournoise et manipulatrice. Cela ne lui plaisait guère de la savoir tapie dans l'ombre à quelques dizaines de mètres d'eux.

Après deux heures de cheminement assez ardu, ils parvinrent dans une immense salle surplombée par de magnifiques voutes. Au centre de la pièce se trouvait une immense stèle tombale où était gravé le nom de Balin, le fils de Fundin, le Seigneur de la Moria. Gimli fut affligé par cette macabre découverte et tomba à genou sous les regards compatissants des autres. Gandalf repéra un vieil ouvrage poussiéreux tenu par un squelette. Il s'en saisit et commença la lecture. Il s'agissait des derniers moments vécus par les nains durant l'ultime bataille des mines. L'écriture était effacée par endroit ce qui rendait l'analyse complexe. Le récit s'acheva sur quelques mots qui donnèrent des frissons dans le dos des lecteurs : nous ne pouvons plus sortir, ils arrivent

Écoutez ! souffla la jeune femme tous les sens en alerte. Vous entendez ?

De nouveaux roulements de tambours rejaillirent des profondeurs. Les sons semblaient se rapprocher et étaient ponctués par des cris stridents et des bruits de piétinements.

Bloquez les issues ! ordonna le Magicien. Et reculez vers le fond !

Tandis qu'Aragorn s'empressa de barricader l'entrée avec Boromir, ce dernier recula vivement pour éviter de se faire embrocher par une série de flèches et informa rapidement les autres qu'il y avait un troll des cavernes au-delà de la porte.

Bon sang ! Nous sommes piégés comme ces pauvres nains, grommela l'Istari. Pourquoi diable ai-je trainé en ces lieux ?

Estimez-vous heureux s'il n'y a que des orques et un troll qui nous attaquent ! lança son ancienne élève sombrement.

Qu'est-ce qui pourrait être pire ? gémit Sam angoissé.

Priez pour ne pas avoir à le découvrir, fit l'elfe en grinçant des dents en bandant son arc.

Dès qu'un infime morceau de la porte fut arraché, Legolas décocha sa flèche qui alla se planter en plein dans le crâne d'un gobelin.

Je m'occupe du troll, ragea Aliania qui revoyait dans son esprit la masse puante qui avait provoqué l'éboulement de la terrasse à Imladris, la projetant ainsi elle et son aînée dans les eaux agitées de la rivière.

Pas toute seule, signala Aragorn qui se doutait de la pensée fugace de son amie.

Vu la quantité de bestioles dans le couloir, tu ne vas pas faire de crise de jalousie si je me réserve un troll ! ironisa-t-elle goguenarde en tirant son épée qui alternaient entre une lueur bleue et vert pale.

Qu'est-ce que c'est que cet artifice ? souffla le Gondorien en jetant un coup d'œil à l'arme luminescente.

À cet instant, le bois céda et une vague d'orques déferla sur la Communauté. La sorcière courut vers le troll qui défonça l'arche de l'entrée en un grognement monstrueux. Sans perdre de temps, Aliania roula entre ses jambes, se redressa et enfonça sa lame dans son mollet gauche. Criant, le troll abattit sa masse en direction de l'elfe qui l'esquiva sans difficulté aucune. La bataille faisait rage et tous – y compris les hobbits – croisaient le fer avec acharnement. À un moment, la guerrière crut entendre le porteur de l'Anneau appelé le rôdeur. Elle se retourna et vit son ami affalé contre un pilier fissuré. Le troll se détourna et visa le hobbit en plein dans la poitrine avec sa lance acérée. Les autres semis-hommes hurlaient d'horreur lorsqu'ils virent leur ami s'effondrer contre le mur le visage crispé de souffrance. Legolas et Aliania eurent alors le même réflexe : ils grimpèrent habilement sur la masse mouvante et décochèrent leurs pointes elfiques dans son cerveau. Cela suffit à achever la créature qui s'affala de tout son long. Les autres orques gisaient tous à terre. Aragorn, qui s'était ressaisit, se rua vers le hobbit s'attendant à trouver un tas de charpie à la place de son thorax. Avec sa grande surprise, le blessé se redressa en affirmant qu'il n'avait qu'une simple meurtrissure. Ses doigts écartèrent son col pour révéler une cotte de maille blanche étincelante.

Du mithril, souffla Gimli admiratif. Vous êtes très surprenant Monsieur Sacquet.

Au pont de Khazad-dûm ! urgea Gandalf.

Les membres de la Communauté se dépêchèrent de le suivre en direction de l'est vers la sortie. Des flammes formèrent derrière eux un large arc de cercle qui empêcha les centaines de gobelins de parvenir jusqu'à eux. D'ailleurs, ceux-ci poussèrent des hurlements stridents et reculèrent précipitamment comme s'il fuyait quelque chose de plus dangereux qu'eux-mêmes. Aliania échangea avec son ancien mentor un regard d'avertissement : ce qu'elle redoutait approchait…

Aragorn, il faut mener les autres jusqu'au pont ! cria la sorcière. Franchissez-le, la sortie sera toute proche après !

Je ne vous laisse pas ! protesta-t-il en s'arrêtant.

Faites ce qu'on vous dit, les épées ne nous sont d'aucun secours ici ! le morigéna le Magicien autoritairement.

Plus vous trainez, plus on aura du mal à le retenir ! renchérit l'elfe brune.

Qui ça ?

Le balrog de Morgoth, répondit calmement la sorcière qui avait fait volte-face pour affronter la créature composée de feu et d'ombre. COUREZ !

Les hommes se hâtèrent de lui obéir bien que les deux humains trainèrent, peu désireux de les abandonner face au danger mortel. Les deux sorciers les rejoignirent assez vite. Arrivés devant l'étroit pont, Gandalf les fit passer en file indienne : Gimli s'empressa d'ouvrir la route sous les lancers de flèches de gobelins qui s'étaient postés au niveau des hautes arches. Les quatre hobbits le suivirent en évitant de regarder dans le vide qui leur paraissait sans fond. Puis vient le tour de Legolas, Boromir et Aragorn. Aliania s'engagea à son tour après s'être assurée que son précédent mentor la suivait. Arrivée au trois quart de la traversée, elle ressentit une grande douleur au niveau de son ancienne blessure affligée par les Nazgùls. Elle serra des dents en tombant à genoux, pliée en deux. Elle se força à respirer profondément et à se concentrer sur la scène qu'il se passait derrière elle. Entendant Frodon crier le nom du Magicien, elle essaya de se redresser. Sa vue se brouilla et un vertige la prit. Elle ouïe Legolas l'appeler mais ne put lui répondre. Alors elle sentit deux bras l'attraper fermement et l'entrainer de force vers la sortie. Parvenue de l'autre côté, elle se releva malgré ses jambes flageolantes et voulut aller aider Gandalf qui bloquait le passage au fléau de Dùrin.

Vous ne passerez pas ! s'époumona-t-il en frappant son bâton sur le sol qui se fendit, entrainant ainsi le monstre dans une chute s'annonçant funeste.

Le Magicien éreinté s'apprêtait à revenir vers ses compagnons lorsque le fouet rougeoyant du balrog s'enroulant autour de ses genoux, l'entrainant à son tour dans le gouffre. Personne n'eut le temps de réagir et tout virent avec une horreur froide leur guide basculer dans le vide en leur ordonnant une dernière fois de fuir. Frodon hurla sa détresse tandis qu'Aragorn força le groupe à avancer vers la sortie en vitesse. Les orques se moquaient éperdument de leur perte et continuaient à les prendre pour cible. D'ailleurs, l'un des projectiles érafla l'épaule de la sorcière ce qui eut pour effet de la sortir de son état de choc. D'un geste rageur, elle renvoya magiquement les flèches à leurs expéditeurs en les maudissant. Le groupe réussit à sortir des mines, les visages poussiéreux striés par les larmes. La plupart se laissèrent tomber à terre et libérèrent leur douleur. Le rôdeur, bien que son regard exprimait une profonde souffrance, exigea des plus vaillants qu'ils relèvent les autres. Les plaines étaient loin d'être des lieux sûrs, en particulier à la tombée de la nuit. Ils ne pourraient s'accorder du repos qu'en franchissant les frontières de la Lothorien qui s'étendait dans le lointain. Aliania n'approuvait guère la décision de son ami mais ne dit rien. Son désaccord n'était pas lié à des raisons de sécurité mais bel et bien à des motifs très personnels. Elle ne se sentait pas d'attaque pour affronter le regard de ces grands-parents… Une fois que la sorcière fut certaine que ses compagnons de route ne risquaient pas d'être traqués sur des orques, elle franchit le portail pour retourner à Poudlard.

Elle se sentait nauséeuse et n'avait qu'une envie : dormir. Elle s'enferma dans le dortoir des filles mais fut vite dérangée par les voix atrocement surexcitées de Lavande et Parvati. Lasse, elle descendit rapidement les marches, traversa la Salle Commune et quitta la Tour Gryffondore pour errer une fois de plus dans les couloirs obscurs de l'école. Machinalement, elle finit dans la cour interne où elle avait déjà tant de fois ressassé ses sombres pensées. S'asseyant contre un muret, elle ferma les yeux en soupirant. Pourquoi n'avait-elle pas réussi à retenir son mentor ? Elle s'en voulait d'avoir été aussi faible. Si elle s'était plus concentrée sur le balrog au lieu de la douleur inhérente à sa blessure, elle aurait pu anticiper la chute du Magicien et l'empêcher. La culpabilité et la douleur lui tordaient les entrailles.

Sol ? la tira de son autoflagellation une voix hésitante. Est-ce que ça va ?

Tu ne devrais pas être dehors Harry, lui reprocha-t-elle pour esquiver la question dont la réponse ne pouvait être que négative.

Je t'ai vu sortir en trombe tout à l'heure, je voulais juste m'assurer que tu allais bien.

Ce qui est ironique, dit-elle en rigolant faiblement, c'est que c'est mon rôle de veiller sur toi et non l'inverse.

Un silence pesant s'installa entre les deux interlocuteurs. La légère brise souleva la mèche de garçon révélant ainsi sa fine cicatrice en forme d'éclair. Parlant plus pour elle-même, Soledad murmura :

Je n'ai pas été une très bonne protectrice...

Non Sol, dis pas ça...

C'est la vérité, affirma-t-elle d'une voix plus forte. Ça fait deux fois que Voldemort a essayé de te tuer rien que depuis ton entrée à Poudlard. Je ne t'ai protégé à aucun de ces moments-là. Je suis nulle ! gémit-elle.

Arrête ! Tu n'es pas nulle, je t'interdis de penser ça ! Écoute, je ne connais pas toute ta vie mais je sais que ton devoir de protection est ce qu'il y a de plus sacré pour toi. Ce sont des circonstances malheureuses qui t'ont empêchée d'être présente jusqu'à présent.

Peu importe les circonstances, le coupa-t-elle, tu es mon protégé et donc ma priorité.

Personne ne te reproche rien ! Je t'admire beaucoup tu sais : je ne sais pas comment tu fais pour tout gérer en même temps !

Je n'ai rien géré du tout ces dernières années, avoua-t-elle piteusement. Je n'ai fait que fuir ! Et ne dis pas le contraire car c'est vrai : j'ai tout plaqué sans penser une seule seconde aux conséquences que cela aurait et...

Mais nous allons tous bien Sol, l'arrêta fermement Harry. Je n'ai gardé aucune séquelles des attaques et Ginny s'en est très bien remise elle-aussi ! En plus, Ana était là. Nous n'avons jamais eu l'impression d'être abandonnés car ton amie s'est chargée de nous épauler. Ne penses plus au passé et tourne toi vers l'avenir. Je vais être honnête avec toi : je me suis enfui de chez mon oncle et ma tante et j'ai appris qu'un fou meurtrier s'est évadé d'Azkaban pour éventuellement me tuer. J'étais terrifié au début. Mais maintenant que tu es de retour, je me sens mieux car je sais qu'il ne peut rien m'arriver de fâcheux tant que tu restes dans le coin.

Dumbledore ne laisserait jamais Black t'approcher Harry.

Toi non plus, affirma le Survivant.

Tant que tu restes dans l'enceinte de Poudlard, ça devrait le faire, lâcha-t-elle en tentant de faire dévier la conversation vers un registre moins émotif. Enfin… si tu respectes le couvre-feu aussi, lui dit-elle avec un petit clin d'œil. Allez viens, je te raccompagne à la Tour.

Aliania venait d'être appelée en urgence pour porter secours à une connaissance. Lorsqu'elle était arrivée sur les lieux de l'attaque, elle n'avait pu que constater qu'elle était arrivée trop tard. Le corps de la sorcière gisait sans vie dans une mare d'hémoglobine. Soupirant de lassitude, l'elfe ferma délicatement les yeux de sa congénère et fit une rapide prière pour elle. Encore une personne qu'elle n'avait pas réussi à sauver ! Cherchant d'éventuels indices sur l'identité de son agresseur, elle inspecta les lieux avec minutie. Elle finit par dénicher parmi les décombres un morceau de tissu déchiré. L'armoirie qui y figurait était parfaitement reconnaissable : le symbole d'Arthélius était brodé en rouge vif.

Encore une personne à rajouter sur la liste de ses victimes ! pensa-t-elle écœurée. Il n'aurait jamais dû l'approcher… C'était dans le contrat. Quoique… il ne savait peut-être pas que je la connaissais ? espéra-t-elle au fond d'elle-même.

La guerrière ne savait pas quoi faire. Devait-elle aller lui parler ? En faire part à sa sœur ? Laissez passer ? Non, cette dernière option serait terriblement injuste pour celle qui venait de trépasser. Cela serait un affront à sa mémoire. Soupirant, Aliania décida de rendre visite à son aînée. Elle ne savait pas encore comment aborder le sujet avec elle. Tant pis, elle improviserait le moment venu.

Arrivant magiquement devant le lieu de résidence d'Arthélius, elle entra sans se soucier des gardes qui la fixaient d'un œil méfiant. La jeune femme trouva aisément sa grande sœur dans l'un des patios de la demeure.

Salut ! l'interpella-t-il d'un air qui se voulait enjoué. Comment ça va depuis la dernière fois ?

Hey salut ! lui répondit-elle avec un sourire en se retournant vers elle.

Wow jolie marque, remarqua la visiteuse en voyant un important bleu sur sa joue.

Te marre pas, je me suis fait tomber dessus une pile de vieux bouquins, mentit-elle en grimaçant.

Je te croyais plus adroite que ça…

Que me vaut le plaisir de ta visite ? demanda-t-elle en l'invitant à s'asseoir à ses côtés.

J'ai besoin d'une raison particulière ?

Non mais bon, tu aurais pu avoir une raison précise, souligna la sorcière en frissonnant légèrement.

Tu as froid ? s'étonna sa sœur en voyant la chair de poule recouvrir les bras nus de son interlocutrice.

Un peu, admit-elle doucement.

Attends, prends ma veste, lui offrit-elle en alliant le geste à la parole avant qu'elle ne puisse protester.

À cet instant précis, l'elfe regretta sa proposition. Elle avait oublié qu'elle ne portait qu'un débardeur dessous et que sa peau couverte de plaies encore très fraiches pour la plupart étaient plus que visibles. Son parent ne manqua pas de notifier ces marques et l'interrogea aussitôt sur leur provenance. Prise de court, elle balbutia une vague excuse sur une récente attaque mais sa sœur n'était pas dupe. Elle avait parfaitement compris que ces blessures avaient été commises volontairement.

Tu as recommencé ! lui reprocha-t-elle déçue par ce constat.

Non mais ce n'est rien du tout, dit-il d'une petite voix misérable.

Arrête ! Qu'est-ce que tu fais d'autre quand ça ne va pas ?

Rien !

Tu sais, les gens parlent…

Ah ouais, et qu'est-ce qu'ils disent ? grogna-t-elle amère.

J'ai entendu des rumeurs comme quoi tu avais toujours l'air malade, que tu forçais un peu trop sur la bouteille ces derniers temps, que tu te comportais vraiment bizarrement…

Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre comme connerie !

Il n'y a que la vérité qui fait réagir…

En parlant de ça, tu sais où était ton copain il y a deux heures ? cracha-t-elle pour changer de sujet.

Je crois qu'il devait mener un assaut à Dunarrow chez une sorcière, déclara-t-elle.

ET TU NE L'EN AS PAS EMPÊCHÉ ! s'insurgea-t-elle hors d'elle.

Pourquoi aurais-je fait cela ? sourcilla-t-elle.

IL L'A TUÉE ! vociféra-t-elle derechef. C'était l'une des nôtres ! Tu n'avais pas le droit de le laisser faire ça !

Je n'ai pas le droit de l'en empêcher non plus ! lui répondit-elle sur la défensive. Et puis, on parlait de toi et non des actions de mon copain...

Moi je te parle de lui !

TU COMMENCES SÉRIEUSEMENT À ME PRENDRE LA TÊTE ALIANIA ! DÉGAGE DE CHEZ MOI !

Tu me mets dehors ! s'offusqua-t-elle outrée.

OUI ! DÉGAGE ! lui cria-t-elle avant de quitter le patio à grands pas.

À la fois furieuse et peinée, la petite sœur reprit le chemin pour Poudlard, pressée de pouvoir s'enfermer dans les toilettes pour extirper son trop-plein d'émotions néfastes.

Depuis quelques semaines, Aliana s'ennuyait profondément. Sa dispute avec sa cadette la minait. Elle avait de la peine mais aussi de la colère envers elle : d'un côté, elle l'avait accusée de ne rien avoir fait pour empêcher la mort de la sorcière qu'Arthélius visait mais d'un autre côté, elle se rongeait les sangs pour elle. Jusqu'à présent, sa petite sœur avait toujours eu des tendances à se faire du mal pour évacuer la pression, mais Aliana ignorait à quel point. En revoyant les bras mutilés volontairement par sa sœur elle-même, elle frissonna. Elle ne pouvait pas la laisser s'affliger ces entailles ! Elle devait agir mais comment ? Elles s'étaient quittées fâchées… C'était difficile d'aller la voir et de lui parler comme si rien ne s'était passé. Pourtant, elle devait tenter le coup coûte que coûte. Et puis mince ! Elle restait l'aînée en fin de compte ! C'était à elle de savoir s'imposer vis-à-vis de ses plus jeunes sœurs ! Elle en avait assez d'être celle qui devait toujours se taire sous prétexte qu'elle n'avait pas son mot à dire à cause de son statut de Reine du Mal. Cela devait cesser ! Ce fut dans cet état de nerfs qu'elle traversa le portail grâce à son collier qu'elle avait réussi à récupérer pour la journée. Arthélius le lui avait rendu à sa demande. Elle en avait été étonnée et ne s'était pas posée plus de questions. Autant profiter de sa liberté provisoirement retrouvée. Elle apparut en plein milieu de la Grande Salle à l'heure du repas. Beaucoup d'élèves la regardèrent avec méfiance. Un vieillard qu'elle avait déjà vu précédemment se leva d'une table et vint à sa rencontre :

Je peux savoir comment vous avez réussi à rentrer ? s'enquit le Directeur à la nouvelle arrivée.

Qu'est-ce que ça peut vous foutre ? C'est Sol que je viens voir, pas vous !

Les protections ont été renforcées, personne n'est censé rentrer à sa guise, déclara-t-il fermement.

Oh vous, le Gandalf numéro deux, fermez-la, je ne suis pas d'humeur ! lui répliqua-t-elle.

ALIANA ! s'insurgea sa cadette qui venait d'arriver suivie d'Ana. Ne lui parles pas de cette façon !

Depuis quand tu prônes le respect ? arqua-t-elle d'un sourcil provocateur.

Depuis quand tu agresses les gens d'entrée de jeu ? rétorqua-t-elle du tac-au-tac.

Depuis toujours, pourquoi ? fit Aliana derechef.

Qu'est-ce que tu veux ? s'irrita son double qui n'avait pas envie de parler à sa sœur – et surtout pas devant tout le monde – depuis leur dernière prise de tête.

Te voir.

C'est fait. Au revoir ! fit-elle sèchement en lui tournant le dos le visage fermé.

Oh ! Tu te fous de moi là ! lui sortit-elle en lui agrippant brusquement le bras pour la retenir.

Et toi de moi ! rétorqua-t-elle en lui faisant vivement face. Qu'est-ce que tu fous ici ? On n'a plus rien à se dire !

Ce que tu peux être butée quand tu t'y mets... marmonna-t-elle.

Ah ouais ? ironisa-t-elle. Je suis butée ? C'est toujours mieux que d'être une lâche !

Lâche ? Et sur l'échelle de la lâcheté, tu te places où toi ? Après tout, ce n'est pas moi qui passe mes journées à me cacher pour me scarifier ou pour me faire vomir ! lâcha impitoyablement sa sœur hors d'elle. Ou encore qui se saoule au point de…

Elle n'eut pas le temps de finir sa tirade car Soledad se rua sur elle, bien décidée à lui faire payer très cher ses paroles blessantes. Les professeurs ne purent pas les en empêcher et assistèrent impuissants à leur règlement de compte.

D'où tu te permets de dire ça ! hurla-t-elle ivre de colère et de peine.

La vérité fait mal, n'est-ce pas Aliania ! cracha son aînée qui lui rendit un coup de poing. Et toi, d'où tu t'es permise de me traiter comme si j'étais une traitresse ?

Comment veux-tu que je continue à te défendre si tu ne nous aides pas un minimum Aliana ? J'en ai ma claque de toujours m'en prendre plein la gueule pour rien !

Je n'en vaux pas la peine, c'est ça ? lança-t-elle blessée.

Sa sœur ne lui répondit rien, l'agrippa brusquement et la projeta en dehors de la Grande Salle. Elle se redressa et jetant un coup de pied latéral dans les côtes de Soledad qui eut le souffle momentanément coupé.

Arrêtez-vous ! les supplia Ana qui ne savait comment faire cesser le combat. Je vous en supplie, arrêtez-vous ! Sol, sois raisonnable, il y a des enfants qui vous regardent !

Mais la sorcière n'avait que faire des tentatives désespérée de sa sœur d'adoption. Toute la colère et la peine accumulées ces derniers temps voulaient sortir. Personne ne pourrait l'empêcher d'évacuer toute cette pression trop longtemps contenue. Les vannes étaient ouvertes, elles ne pouvaient être refermées d'un simple mot.

Par tous les Valars ! Faites quelque chose, elles vont s'entretuer ! plaida Ana en direction des professeurs figés. Professeur Dumbledore, il faut les séparer maintenant ! Envoyez-les contre un mur !

Je ne peux pas faire ça….

Bien sûr que si ! Il vaut mieux qu'elles soient assommées que mortes ! fit l'elfe en pleurs. Mais regardez-les ! Elles sont déjà dans un sale état ! s'époumona-t-elle hystérique. AGISSEZ !

Le Professeur Lupin tenta de s'interposer devant l'aînée lorsqu'elle s'apprêta à abattre sur sa sœur un morceau de ferraille provenant d'une armure. Malheureusement, il fut déséquilibré lors de l'impact et bascula dans l'escalier. Il dévala les marches et resta inerte en bas du palier. À cet instant, Dumbledore agit en obéissant aux ordres de l'elfe. Il pointa sa baguette sur les deux corps enchevêtrés et les envoya impitoyablement contre la paroi. Soledad se prit la pierre en pleine tempe qui s'ouvrit sous le choc. Assommée, elle s'affaissa le long du mur, inconsciente. Quant à Aliana, elle heurta la pierre dans un craquement sinistre. Jurant, elle serrant des dents en se maintenant son poignet serré contre sa poitrine.

Pars ! exigea Ana en s'adressant à elle droit dans les yeux et en abaissant sa baguette magique sur elle.

Furieuse et humiliée, elle se redressa avec le plus de fierté possible et s'enfuit dans la nuit. La jeune fille inanimée et son professeur de Défense Contre les Forces du Mal furent conduits à l'infirmerie et laissés aux bons soins de Madame Pomfresh. Après leur avoir administré plusieurs potions, l'infirmière s'enferma sur son bureau le temps que ses patients se réveillent d'eux-mêmes. Le Professeur Lupin fut le premier à se tirer du voile cotonneux enveloppant son esprit. Calmement, il dévisagea son élève qui avait le bras droit en écharpe. Il profita de ce temps de tranquillité pour réfléchir à la scène qu'il s'était produit. Si son bon sens ne lui faisait pas défaut, la jeune femme qui était apparue en plein milieu du dîner se trouvait être Aliana, la sœur considérée comme maléfique par ses semblables. Dumbledore lui en avait vaguement fait part. Le professeur ne comprenait pas comment deux jeunes femmes, jumelles de surcroit, puissent se battre au point de vouloir s'entretuer. Il s'interrompit dans sa réflexion car son élève remua légèrement dans son lit. Après quelques secondes de gémissements, elle ouvrit péniblement les yeux. Après avoir jeté un bref coup d'œil à son voisin de chambre, elle se remit à fixer le plafond en silence. L'enseignant respecta l'état léthargique de l'elfe et attendit qu'elle prenne la parole. Ceci arriva quelques minutes après :

Je ne m'étais encore jamais battue avec Aliana..., souffla-t-elle la voix lointaine.

Pourquoi aujourd'hui ? questionna doucement Remus Lupin.

J'sais pas, répondit-elle de façon morne.

Peut-être parce qu'il y a des vérités que chacune d'entre vous n'étiez pas prêtes à entendre, suggéra l'homme qui se rappela des brides de leur dispute.

On n'est pas du genre à se mentir, contrecarra-t-elle derechef.

L'intention première n'est probablement pas de mentir mais de protéger l'autre, émit-il comme hypothèse.

Si vous le dites... dit-elle sans réfléchir en grimaçant de douleur.

Vous avez mal ? s'inquiéta le professeur.

Non, rétorqua-t-elle en grinçant des dents. Je ne me suis jamais sentie aussi bien ! Et vous, en dehors de la malencontreuse petite chute que vous venez de faire, pourquoi êtes-vous bloqué ici ?

Je suis juste là pour cette raison.

Belle tentative de mensonge, railla-t-elle. Vous êtes encore plus souvent à l'infirmerie que moi !

J'ai malheureusement une santé fragile.

Ouais, juste une fois par mois à la période de la pleine lune. C'est bon, j'ai deviné...

Le professeur tenta de nier la découverte.

Hey ! Soyez tranquille. Je ne dirai rien, lui promit-elle. Tant que vous n'êtes pas un danger pour les élèves les soirs de pleine lune, ça ne me dérange absolument pas d'avoir un loup-garou comme professeur.

Merci, murmura-t-il à court de mots.

Je vous en prie, il n'y a pas de quoi me remercier. Vous êtes qui vous êtes et personne n'a à vous juger pour cela. Ne laissez personne vous marcher dessus sous prétexte que vous n'êtes pas comme la majorité des sorciers !

Je prête sans doute bien plus d'attention aux jugements que vous... avoua-t-il tristement.

Si je m'étais écroulée à chaque insulte ou regard de travers, ça ferait longtemps que j'aurais tout abandonné. Je pense que vous vous sous-estimez. Vous êtes bien plus fort que la plupart des sorciers. N'oubliez jamais cela Remus Lupin, lui dit-elle en le regardant droit dans les yeux. La preuve ? Vous arrivez à me faire parler alors que je fais tout pour garder le silence...

Parler libère, déclara-t-il d'un ton docte.

Sauf quand personne ne vous écoute ou ne vous comprend. Ce que j'apprécie chez vous, c'est que vous écoutez vraiment sans juger les gens. Ça se fait rare de nos jours...

Je ne sais pas quoi dire.

Parlez-moi de vous. Vous en avez appris suffisamment sur moi ces dernières heures. Il serait juste que la tendance s'inverse.

Que voulez-vous savoir ? Vous avez découvert l'essentiel.

N'essayez pas de me faire croire que votre existence entière se résume à vous transformer en boule de poils une fois par mois ! s'offusqua-t-elle gentiment.

Certes, ça serait un peu réducteur, admit-il en esquivant un sourire.

Vous avez été élève à Poudlard ?

Oui et cela grâce au professeur Dumbledore qui a tout fait pour que je puisse poursuivre une scolarité ordinaire.

Ça ne m'étonne guère... Mais j'y pense, vous avez du connaître les Potter, non ?

Oui, je les ai connus... Ils étaient mes amis, avoua-t-il douloureusement.

D'où votre sympathie prononcée pour leur fils je suppose, constata la sorcière.

J'essaie de rester dans une relation officielle professeur/élève.

Mais c'est difficile, devina Soledad compatissante. Harry est un garçon qui a le cœur sur la main malgré tout ce qu'il a vécu. Il a préservé son innocence et on donnerait tout pour que cela perdure.

Vous non plus, vous n'avez pas l'air d'avoir eu une vie facile.

Oh mais on ne parle pas de moi mais de vous ! plaisanta-t-elle pour recadrer des choses. Je trouve aberrant que Harry ait du rester vivre chez les Dursley ! Il aurait été tellement mieux dans une autre famille. Ses parents n'avaient pas désigné de tuteur au cas où ? Ou une marraine ? Un parrain ?

Le regard du lycanthrope se voila.

Il avait effectivement un parrain. C'était notre meilleur ami. Mais il nous a trahi et a vendu James et Lily à Voldemort ! J'ai supplié Dumbledore pour avoir la garde d'Harry mais il a toujours refusé. J'imagine que ma condition lui aurait plus gâché la vie qu'autre chose, lâcha le lycan écœuré.

Vous pensez être pire que les Dursley ? s'étonna l'elfe. Wow, vous n'avez vraiment une bonne estime de vous ! Qu'est-il advenu de son parrain ?

Il... il a été arrêté par les aurors puis envoyé à Azkaban.

Au son de sa voix, Soledad sentit qu'il lui dissimulait un fait important. Pas besoin d'avoir un super instinct pour faire le rapprochement...

Je suppose qu'il est inutile de vous demander s'il y est toujours ? ironisa-t-elle.

Il a pris pour perpétuité.

Ce n'était pas le sens caché de ma question : est-ce que Sirius Black est le parrain d'Harry ?

Comment l'avez-vous su ? balbutia l'homme qui avait considérablement blêmi.

Franchement, ce n'est pas difficile de parvenir à cette hypothèse. Black était un fidèle de Voldemort qui a tué douze moldus et un sorcier avant de se laisser capturer. Et comme par hasard, Harry a le droit à une protection rapprochée depuis que Black s'est échappé. Ça plus le fait qu'il y a un peu trop d'émotion dans votre récit pour que votre ancien ami ne soit pas mêlé à cette histoire... Conclusion : j'en déduis qu'il est le parrain en question. Putain, pauvre gosse... Est-ce que quelqu'un à prévu de lui dire la vérité ?

Vous voulez qu'on lui dise que la seule personne vivante qui pourrait lui faire office de famille est la même personne dont la trahison a conduit à l'assassinat de ses parents ?

Ce n'est pas une chose facile mais je ne pense pas que lui cacher la vérité soit une bonne chose.

On le protège, protesta-t-il.

Et que se passera-t-il quand il découvrira le pot aux roses ? Vous avez envisagé cette éventualité ? lui fit remarquer la guerrière.

Il n'y a aucune raison qu'il l'apprenne.

Il y a un risque énorme ! Ce n'est pas qu'un simple secret de famille qu'on peut définitivement taire. Le monde sorcier connait l'histoire de Black ; vos camarades de promo savent parfaitement qu'il était très ami avec les Potter. N'importe qui pourrait lâcher une bombe... De toute façon, il n'est pas stupide pour un gosse de treize ans. Il finira par découvrir que Black est son parrain, tôt ou tard, expliqua-t-elle pragmatique.

Quelques jours plus tard, les élèves avaient cessé de parler de la violente altercation entre les deux sœurs. La routine avait progressivement repris son cours. Un matin, le Trio d'Or et les deux elfes étaient tranquillement en train de se diriger vers les serres pour leur cours de botanique lorsqu'Hermione s'arrêta :

Vous savez qui c'est ? leur demanda-t-elle en désignant d'un geste de tête une personne qui venait d'apparaitre dans un portail semblable à ceux des deux sœurs.

Non, répondit Ana perplexe. Sol, tu sais de qui il s'agit ? s'enquit-elle en voyant la silhouette s'avancer vers eux à grands pas.

Oui, déclara-t-elle sombrement. La vraie question est : que fait-elle là ? Allez en cours, je m'en charge…

Tu es sûre ?

Oui ! les pressa-t-elle.

Ana entraina les jeunes Gryffondors vers les serres non sans avoir noté dans sa tête que l'étrangère était vêtue avec des vêtements ressemblant bizarrement à ceux que portent habituellement les gardes d'Arthélius.

Elyane ? Qu'est-ce que tu viens faire là ? s'étonna Soledad. Comment ça se fait que tu aies le collier de ma sœur ? remarqua-t-elle suspicieusement.

Je l'ai volé…

QUOI !

Mais laisses-moi finir ! Je l'ai volé à Arthélius. Il lui a confisqué la dernière fois qu'elle est revenue de chez toi mais j'ai réussi à le reprendre…

Pourquoi ne pas le rapporter à sa propriétaire alors ? fit l'elfe sèchement.

Je sais que vous vous êtes pris la tête, commença la servante, mais faut que tu m'écoutes !

Là tout de suite, je n'ai pas envie d'écouter un démon ! l'agressa-t-elle vivement.

Oh mais tu vas te la fermer deux secondes et m'écouter ! s'énerva Elyane furieuse. Je n'ai pas beaucoup de temps, je mets ma vie en jeu pour venir te parler.

Il y a plutôt intérêt à ce que tu as à me dire soit réellement important sinon je t'étripe…

Ce n'est pas pour toi mais pour Aliana que je suis venue. Nom de Dieu, tu es aveugle ou quoi ? Elle ne va pas bien en ce moment ! Qu'est-ce que tu avais besoin de l'envoyer promener l'autre jour ? Tu es trop stupide !

J'espère que tu plaisantes ? Tu es venue pour m'insulter et me reprocher de m'être disputée avec ma sœur ? Mais tu as péter un câble Elyane !

S'il y a bien une personne qui a péter un câble, c'est Arthélius ! cracha-t-elle écœurée.

De quoi tu parles ? s'agaça la guerrière qui n'avait pas la patience de chercher à comprendre où la servante voulait en venir.

Tu ne t'es pas demandée pourquoi ta sœur était constamment recouverte de bleus et de fractures en tout genre depuis quelques temps ? Ce n'est pas possible d'être aussi conne ! IL LA FRAPPE !

Hein ? articula Aliania choquée. Comment ça il la frappe ? Tu veux dire… il l'a maltraite ? Mais vraiment ? Ce ne sont pas des blessures accidentelles ?

Non ! Faut que tu interviennes ! Elle n'a aucun moyen de se défendre et il va finir par la tuer ! Et moi, je vais me faire égorger pour t'avoir prévenue…

Pourquoi elle ne se sert pas de ses pouvoirs pour le rejeter ?

Mais qu'est-ce que j'en sais ! De toute évidence, il doit bien y avoir une explication mais elle ne me la donnera pas. Il n'y a que toi qui puisses la sortir de là. Tiens, je te rends son collier…

Je vais la chercher immédiatement, décida la sorcière qui sentait la fureur monter en elle. Planque-toi en attendant.

Ah ouais et où ça ? railla-t-elle. Il me retrouvera où que j'aille et me le fera payer cher !

Alors restes ici avec Anabellissë. Mais je te préviens, tu tentes quoi que ce soit contre elle ou les autres élèves, il n'y aura pas qu'Arthélius qui te traquera, la menaça-t-elle.

La confiance règne…

Depuis que je te connais, tu n'as jamais pu me sentir. Normal que je me méfie. Viens avec moi. Je vais prévenir Ana.

Rejoignant la serre en forçant l'allure, elle ouvrit la porte à la volée et se dirigea vers sa sœur adoptive qui la regarda d'un air interrogateur.

Ana, lui souffla-t-elle rapidement, tu peux venir s'il te plait ?

Qu'est-ce qu'il y a ? se renseigna-t-elle anxieuse une fois sortie de la serre.

Je dois aller chercher Aliana qui a des ennuis. Tu peux rester avec Elyane ?

Euh excusez-moi mais qui êtes-vous ?

Elyane, elle vient de le dire ! fulmina la servante.

C'est une servante d'Arthélius… et une amie d'Aliana. Je reviens le plus vite possible. N'hésites pas à la maitriser si nécessaire, lui conseilla la guerrière méfiante.

Aliania fit son apparition dans le palais d'Arthélius. Jetant des regards noirs aux démons qui osaient la fixer, elle cherchait sa sœur en déambulant dans les couloirs. Perdant rapidement patience, elle exigea aux gardes de lui dire où était leur Reine. Personne ne lui répondit et certains baissèrent même les yeux. Elle leur demanda alors où se trouvait leur chef et là encore, elle ne reçut pas de réponses. Exaspérée, elle se dirigea vers les quartiers privés du couple. Tant pis elle franchissait une limite dans leur espace intime. Entrant de leur chambre, elle fut stupéfaite de trouver son double allongée sur le lit dans un état de semi-conscience. Son visage tuméfié était crispé par la douleur.

Aliana tu m'entends ? l'appela sa sœur en prenant son pouls qui était heureusement régulier.

Qu'est-ce… qu'est-ce que tu fais… là ? murmura-t-elle en tentant de se réveiller plus.

Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Tu aurais dû me le dire ! lui reprocha sa sœur en l'examinant brièvement.

Les blessures n'étaient pas spécialement belles à contempler mais aucunes ne semblaient engager le pronostic vital de la jeune femme.

Je suis juste tombée, mentit-elle piteusement.

Ouais, bien sûr ! Laisses tomber les fausses excuses, je sais tout. Tu peux te lever ?

Laisse-moi, gémit-elle en lui tournant le dos.

Certainement pas. Allez debout ! la força-t-elle à se lever malgré ses protestations. On quitte la Terre du Milieu.

Pour aller où ? Je ne veux pas…

Tu te rappelles de Poudlard ? On y a fait une scène assez remarquée il n'y a pas si longtemps que ça, plaisanta-t-elle.

Sa sœur se contenta de grogner un coup. Elle ne voulait pas quitter le palais malgré les derniers évènements. Le monde extérieur était trop hostile à son goût : elle était cataloguée comme une personne démoniaque alors fuir pour le camp de la Lumière n'était probablement pas la meilleure solution pour elle.

Durant les jours qui suivirent son arrivée à Poudlard, Aliana n'avait pas décroché un mot. Sa petite sœur ne lui en tenait pas rigueur car si leurs places étaient inversées, elle aurait sans doute adopté la même attitude. Le Professeur Dumbledore, informé de la situation, leur avait proposé un vieil appartement de préfets-en-chef inutilisé depuis des décennies car celui-ci se trouvait dans une partie du château peu fréquentée. Ana était donc restée dans le dortoir des filles tandis que les jumelles avaient emménagé dans l'ancien appartement. Ce dernier n'était pas des plus confortables mais elles s'en moquaient éperdument. Le confort n'avait jamais été l'une de leurs priorités. Chaque nuit, Soledad pouvoir entendre sa sœur sangloter mais elle n'osait pas aller lui parler. Qu'aurait-elle pu lui dire ? Que ce n'était pas grave ? Que cela allait passer tout seul ? Soledad savait que son aînée ne pourrait décemment pas retourner auprès d'Arthélius. Il avait franchi une limite qui n'admettait aucun point de retour en arrière…

Alors que les Gryffondors sortaient de leur cours de Défense Contre les Forces du Mal, l'atmosphère devint soudainement lourde. La lumière qui filtrait à travers les fenêtres s'assombrit tandis que les murs se rendirent à trembler.

Qu'est-ce qu'il se passe ? gémit Hermione en s'accrochant au mur.

Tu crois que c'est un tremblement de terre ? s'enquit Harry inquiet.

Le Professeur Lupin sortit de sa classe pour voir d'où provenaient ces violentes vibrations.

Non, c'est autre chose, répondit sombrement Soledad qui se doutait de ce qu'il allait arriver. Les jeunes, vous retournez à vos dortoirs jusqu'à nouvel ordre ! exigea-t-elle fermement en voyant un portail s'ouvrir avec fracas. Maintenant !

Mais…

Ne discutez pas, renchérit l'enseignant en comprenant que son élève pressentait l'arrivée d'un danger imminent.

Vous aussi allez dans votre classe ! insista la guerrière en serrant des points.

Pas question, répondit-il simplement en levant sa baguette prêt à se défendre face à l'homme furibond qui venait de franchir le portail.

Où est-elle ? demanda froidement l'arrivant en toisant la sorcière.

De qui tu parles ? fit mine de s'étonner Soledad qui bouillonnait intérieurement.

Ne fais pas l'innocente avec moi Aliania, cracha Arthélius avec mépris.

Ah tu veux parler de ma grande sœur ? s'exclama-t-elle théâtralement.

OÙ EST-CE QU'ELLE EST ? s'énerva le démon.

Elle a bien le droit de venir me rendre visite ! Pourquoi tu t'énerves comme ça ? Aurais-tu peur qu'elle me fasse part d'une chose en particulier ? l'apostropha-t-elle vivement.

Elle n'a rien à faire ici ! poursuivit-il.

C'est TOI qui n'a rien à faire ici ! rétorqua vivement l'elfe qui sentait qu'elle n'allait pas tarder à lui en coller une. TU CROYAIS QUE TU ALLAIS POUVOIR CONTINUER LONGTEMPS A LA TRAITER COMME ÇA ESPÈCE D'ENFOIRÉ ! explosa-t-elle.

Ce ne sont pas tes affaires sale sorcière ! l'insulta-t-il.

Détrompes-toi : à partir du moment où je retrouve l'une de mes sœurs avec une seule marque de coup, cela devient mon problème. Tu ne vas pas t'en tirer comme ça Arthélius. En levant la main sur elle, tu as signé ton arrêt de mort ! décréta-t-elle en détachant bien chaque mot.

Toujours aussi violente à ce que je vois… Tu es sûre que tu te trouves dans le bon camp ? Je comprends mieux pourquoi tes soient-disant amis se méfient de toi. Tu agis plus comme un démon qu'une sorcière protectrice.

LA FERME ! bouillonna la guerrière en faisant un pas vers lui.

Ah, on dirait que j'ai touché un point sensible, se délecta-t-il fier de lui. Quel dommage que ta soif de sang ne t'ai pas amenée à aller jusqu'au bout avec ta chère tante ! Moi qui espérais tellement que sa trahison te donne une excuse pour la tuer ! Dire que je l'ai tiré de son sommeil pour rien, soupira-t-il faussement déçu.

De quoi est-ce tu parles ? C'est… c'est toi ! réalisa-t-elle avec horreur. C'est toi qui as pactisé avec elle ! C'est de ta faute si nos liens ont été rompus ! ESPECE DE TRAITRE !

Sans réfléchir une seule seconde, elle se rua sur lui. Son élan lui permit de projeter le démon au sol. Bien que le choc fût brutal, celui-ci se débarrassa rapidement de l'elfe et se redressa le regard flamboyant.

Lupin, laissez-nous ! s'écria-t-elle en l'écartant du chemin d'une boule de feu.

Je ne vous abandonnerai pas contre cet homme ! protesta-t-il.

Vous faire tuer ne me sera d'aucune utilité, ragea-t-elle en envoyant son ennemi s'écraser contre un tableau dont les habitants s'enfuirent en hurlant. PARTEZ !

Mais l'enseignant n'en fit qu'à sa tête et commença à lancer des sorts à leur adversaire. Celui-ci les esquiva sans peine en ricanant et haussant du sourcil :

Tu t'es trouvé un preux chevalier ? railla-t-il.

T'occupes pas de lui, ça se passe entre toi et moi… l'asséna-t-elle d'une série de coups de poings.

Les murs tremblaient en raison du trop-plein de pouvoirs qui menaçait d'exploser. Loin d'être affaibli par les chocs répétés au visage, le démon la saisit par un bras et lui déboîta l'épaule dans un craquement sinistre. Glapissant de douleur, l'elfe se releva malgré tout et lui décrocha un coup de pied latéral dans le torse où un nouveau craquement retentit. Hors de lui, il brandit une énorme boule de feu et la lança sur la sorcière qui roula de justesse sur le côté. Néanmoins, une seconde boule flamboyante se dirigea inévitablement vers son visage. Voyant qu'elle n'aurait pas le temps pour l'éviter, elle se protégea avec ses bras et attendit la sensation de brûlure. Mais celle-ci ne parvint jamais : Remus Lupin avait conjuré un puissant bouclier où s'était écrasé le projectile.

Tu commences vraiment à m'énerver toi ! le maudit le démon en faisant apparaitre une lame pour transpercer le flanc du professeur.

C'EST BON ! hurla une voix féminine. Je rentre avec toi. Mais laisse-les tranquille… s'il te plait.

ALIANA NON ! s'insurgea sa petite sœur en se précipitant devant elle. Tu ne vas pas retourner avec ce cinglé !

Il n'est pas cinglé… souffla-t-elle.

Tu ne peux pas le choisir, ce n'est pas possible ! Il est violent avec toi ! tenta-t-elle de la raisonner.

Ça, ça me regarde, fit-elle à voix basse le regard fuyant.

C'est lui qui s'est allié avec Prestya pour briser nos liens ! lâcha-t-elle animée par l'énergie du désespoir.

Tu mens ! Il n'aurait jamais fait ça ! le défendit-elle les yeux brillants de larmes brûlantes.

Pourquoi je te mentirai là-dessus ? Il me l'a avoué ! Demande à Lupin ! cria-t-elle en le prenant à témoin.

C'est vrai… commença-t-il avant d'être rejeté dans la foulée.

Vous ne savez rien de nos vies alors ne vous en mêlez pas !

Mais pourquoi tu ne veux pas voir la vérité en face ? lui souffla sa sœur en la fixant droit dans les yeux.

Parce que je l'aime… répondit-elle très doucement après un temps d'hésitation.

Et nous ? l'interpella-t-elle la voix peinée.

Tu es ma sœur. Que je le veuille ou non, rien ne changera cet état de fait. Tu as une place unique dans mon cœur. Et Arthélius aussi. Il est l'homme de ma vie. Comment réagirais-tu si on te privait du tien ? tenta-t-elle de lui expliquer ses sentiments.

Je ne suis plus avec, rétorqua-t-elle avec raideur.

Parce que tu l'as choisi…

Pas vraiment eu le choix, maugréa-t-elle.

Je ne veux pas perdre le mien…

Alors tu préfères me perdre.

Ne puis-je pas avoir les deux ?

Non plus maintenant.

Je te l'ai dit, tu dois faire un choix ! la rabroua l'homme fortement. Tes sœurs ou moi.

Je vais être aussi claire que lui Aliana : à partir d'aujourd'hui, il n'y a plus aucun accord d'amnisties qui tienne entre lui et moi. Désormais, c'est la guerre où seul l'un d'entre nous s'en sortira. Reste à savoir où toi tu veux te placer maintenant.

Vous ne pouvez pas m'obliger à choisir !

On savait tous que ce moment arriverait un jour.

Choisis ! lui ordonna son compagnon en lui tendant la main.

Chérie… murmura Aliania en lui tendant également la sienne.

Je ne PEUX pas choisir ! hurla la concernée en se tenant la tête.

Tu le dois. Tu sais que je t'aime plus que tout ma Reine, susurra le démon vicieusement.

Ta gueule Arthélius, tu es pathétique ! grogna la petite sœur. Si tu l'aimais vraiment, tu ne l'aurais jamais tabassée !

Et toi, si tu tenais vraiment à elle, tu aurais imposé à ta famille le retour de ta sœur, cracha-t-il victorieux. Elle n'en a en réalité rien à foutre de toi ! affirma-t-il à l'intention de son amante indécise.

Tu sais que ce n'est pas vrai !

Allez viens ! Dépêche-toi !

Elle possède son libre-arbitre sale traitre ! Tu ne peux pas la forcer :

Et toi non plus espèce de putain de sorcière !

Ça suffit ! VOUS ME FAITES CHIER ! s'époumona-t-elle en larmes. Puisque c'est comme ça, je choisis la troisième voie !

La troisième voie ? répétèrent-ils en chœur avant de se jeter un regard noir.

Alors elle toucha son pendentif et franchit un portail en courant, laissant en plan sa sœur et son amant.

TU AS TOUT GÂCHÉ ! ragea-t-il en lui plantant sa lame dans l'épaule.

Surprise, elle tomba à genoux le souffle saccadé, les mains pressant sa blessure sanguinolente. Profitant de cet instant de faiblesse, le démon dit une invocation et fit apparaitre une boule rougeâtre électrique. Le Professeur Lupin se jeta entre le projectile et son élève qui n'avait pu esquiver un mouvement d'évitement. La boule traversa les deux corps, les propulsant ainsi violemment contre le sol. Arthélius voulait profiter de ce répit pour achever ses victimes lorsqu'arrivèrent en renfort d'autres sorciers aux baguettes magiques pointées sur lui. Grognant de frustration, il s'empressa de quitter les lieux désormais trop hostiles pour lui. Les professeurs mirent les deux blessés inconscients sur un brancard et les transportèrent jusqu'à l'infirmerie, loin de se douter de ce qu'il se passait en ce moment même dans leurs esprits…


Voila ! J'espère que vous avez apprécié ce chapitre et je remercie Esmeth de l'avoir relu pour vérifier s'il n'y avait pas de grosses incohérences !

Le prochain chapitre sera essentiellement basé sur le passé de deux personnages, je ne vous en dis pas plus, vous le verrez bien assez tôt ;)