Salut les amis !
J'espère que vous aller tous bien, que vous êtes en vacances (ou sur le point de l'être), que vos partiels se sont bien passés ! J'ai bientôt fini les miens (enfin... si je ne vais pas au rattrapages ^^').
Je n'ai pas été raisonnable puisqu'au lieu d'écrire mon mémoire de licence aujourd'hui, j'ai préféré finir le chapitre 21...
En espérant qu'il vous plaira, je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 21 – Laisser du temps au temps.
Le Professeur Dumbledore et Madame Pomfresh contemplaient impuissants les deux silhouettes totalement immobiles alitées dans des lits isolés au fond de l'infirmerie. Remus Lupin et Soledad Lopès gisaient là depuis maintenant plusieurs heures sans parvenir à s'éveiller. De temps à autre, l'un d'entre eux marmonnait une phrase sans grand sens pour ceux qui les veillaient ou bien se crispait. Leurs blessures physiques avaient été une nouvelle fois soignées avec habilité par l'infirmière qui ne comprenait pas pourquoi ses malades ne s'éveillaient pas. Ana avait émis l'hypothèse qu'Arthélius avait dû leur jeter un sort durant la bataille et que seul lui pourrait le rompre. Si tel était le cas, les faire revenir à la réalité allait s'avérer être difficile : en dehors d'Aliana, personne n'aurait le pouvoir de convaincre Arthélius de rompre le sortilège. Or, celle-ci avait disparu. Sans doute était-elle repartie avec son amant et cela, seuls les deux comateux pourraient le dire.
Le Professeur Lupin ne saisissait pas ce qu'il lui arrivait. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il se retrouva au bord d'une rivière inconnue encadrée par de larges étendues de fleurs multicolores. Des éclats de rires attirèrent son attention. Il se retourna pour voir une petite fille de quatre ou cinq ans qui courrait avec enthousiasme vers une magnifique femme, les bras chargées de fleurs et de plantes diverses. La ressemblance entre les deux personnes était assez remarquable : elles possédaient les mêmes yeux noisette expressifs, les mêmes cascades de boucles brunes foncées ainsi que le même nez fin. Remus crut identifier l'enfant comme étant Soledad mais il n'en était pas certain car il peinait à concevoir que la fillette pleine de vie qu'il voyait en ce moment-même était la jeune femme triste et renfermée qu'il avait rencontrée à Poudlard.
Bonjour ! tenta-t-il peu sûr de lui.
Mais les deux personnes ne lui accordèrent pas un regard et continuèrent à rigoler entre elles. La mère – parce qu'il supposait que c'est ce que la femme était pour l'enfant – attira sa fille dans ses bras et s'assit au bord de l'eau. Elle commença à lui énumérer tous les noms de plantes cueillies et s'attardait parfois pour lui expliquer leurs vertus médicinales ou magiques. La petite fille écoutait avec attention sa mère et s'amusait avec faire léviter innocemment les fleurs dans un cercle enchanté au fur et à mesure que les explications passaient. Sans vraiment s'en rendre compte, Remus se mit à sourire devant cette scène adorable. Il retenta sa chance :
Excusez-moi mais je crois que je me suis perdu… Où sommes-nous ? Est-ce que vous m'entendez ? Me voyiez-vous au moins ?
Mais de toute évidence, elles ne percevaient absolument pas sa présence. Le lycanthrope sentit un sentiment de panique l'envahir : comment allait-il sortir de cette étrange situation si personne ne le voyait ni même ne l'entendait ? Tout à coup, l'atmosphère devint démesurément lourde. Des dizaines de personnes masquées apparurent en cercle autour d'elles. Se levant précipitamment, la mère continua toutefois à serrer sa fille contre elle. La peur se lisait sur son visage. Elle ne devait pas se douter de ce qu'il allait se passer sinon elle ne serait jamais sortie avec sa fille.
Qu'est-ce qu'ils veulent Nana ? demanda timidement l'enfant en se blottissant contre elle.
Repartez immédiatement de là où vous venez et vous aurez la vie sauve, les avertit-elle clairement d'une voix qu'elle se voulait probablement assurée.
Nous attendons ce moment depuis bien trop longtemps pour repartir sorcière ! cracha l'un d'entre eux.
Pourquoi est-ce qu'ils font ça Nana ? Que leur a-t-on fait ? gémit la fillette en regardant sa mère qui se contenta de resserrer un peu plus son étreinte.
Reste cachée quoi qu'il arrive, lui souffla-t-elle calmement malgré ses yeux brillants de larmes.
La femme murmura quelques mots qui étonnèrent véritablement le professeur et la seconde d'après, la fillette disparut mystérieusement. S'écartant avec détermination de sa position initiale, elle plongea dans l'herbe haute pour éviter une première boule de feu. Elle s'évertua à attirer les attaquants à l'opposé d'où elle s'était tenue avec sa fille mais la tâche s'avéra ardue. Certains cherchèrent à découvrir où s'était volatilisée l'enfant tandis que les autres s'acharnèrent sur la mère dépassée. Les assauts durèrent longtemps. Avec fierté et courage, la Reine fit face à la dizaine d'agresseurs qui tournoyaient autour d'elle. Remus ne pouvait que regarder horrifié la scène se dérouler sous ses yeux impuissants. Le moment fatidique qu'il redoutait tant arriva : l'un des hommes masqué réussit à approcher l'elfe suffisamment prêt pour lui passer un bras robuste autour du cou. Haletante, elle se débattit mais cela fut peine perdue. Elle était une sorcière-elfe certes, mais elle ne possédait pas la force physique d'un homme. Un second attaquant se précipita en lui enfonçant une dague dans le bas-ventre et la fit lentement remonter en rire à gorge déployée. Lupin sentit une violente nausée l'envahir en voyant la Reine, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte, lentement s'affaisser contre son agresseur, le regard fixé sur ses mains souillées par son propre sang.
Tu vas enfin mourir comme une chienne au milieu de nulle part ! cracha-t-il. Dommage que cela ait pris autant de temps sorcière ! Tes filles seront les prochaines, lui susurra-t-il à l'oreille avant de se volatiliser à l'instar de ses complices.
Remus était figé d'horreur. Comment cela était-il possible ? Comment une chose aussi atroce pouvait-elle bien exister ? Ses yeux se fermèrent. Il ne voulait plus voir ce corps éviscéré, entendre les halètements de souffrance émanant de l'elfe. Il pouvait presque sentir l'odeur de sang. Son attention fut attirée par une autre forme de bruit :
Nana ! l'appela une voix paniquée de petite fille.
Affligé, il vit Soledad réapparaitre sous ses yeux. Il aurait dû s'y attendre au moment-même où sa mère avait prononcé la formule d'invisibilité. Si le sort n'avait pas été levé par celle-là même qui l'avait conjuré, alors cela ne pouvait signifier qu'une seule chose… Il voulut réconforter l'enfant agenouillée en pleurs dans une mare de sang. Malheureusement, il comprit enfin qu'il ne pouvait en aucun cas intervenir. Quand bien même il l'aurait voulu, il n'aurait pas pu : on ne changeait pas le passé en voyageant dans les terribles souvenirs des gens en souffrance. Il ne pouvait que rester là à regarder une gamine terrifiée suppliant à grands cris sa mère de ne pas la quitter…
Soudain, la scène devint floue et le paysage cauchemardesque s'effaça pour laisser place à un autre bien plus apaisant. Quatre fillettes d'une dizaine d'années qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau riaient ensemble. Une fois de plus, aucune d'entre elles ne sembla remarquer la présence du sorcier. Les quadruplées se trouvaient dans une cours pavée de dalles recouverte par une épaisse couche de neige. Les joues et lèvres rougies par le froid, elles firent une ronde endiablée en chantant à tue-tête.
Est-ce que vous seriez partantes pour faire un cache-cache ? proposa l'une d'elle surexcitée.
Oh oui ! répondirent en chœur ses sœurs avec entrain. Commence à compter ! rirent-elles avant de courir se cacher.
La petite fille positionna ses mains devant les yeux et entama une chansonnette. Lorsqu'elle l'eut achevée, elle se mit en quête de ses sœurs en sautillant. Elle se dirigea rapidement vers l'extérieur de la cour guidée par des traces de pas. Intérieurement, le professeur sourit face à l'attitude innocente des fillettes. Malgré l'inconcevable scène traumatisante à laquelle Soledad avait assisté quelques années auparavant, elle ne semblait pas en garder des traces indélébiles. En la voyant si heureuse et épanouie avec ses trois autres sœurs, Remus Lupin se sentit un peu soulagé sans réellement savoir pourquoi. Ce sentiment d'apaisement ne dura qu'un court instant : des cris suraigus retentirent dans le lointain. Se précipitant vers la source, il se demandait sur quel souvenir il allait encore tomber. Lorsqu'il arriva à l'orée d'une forêt au bord d'une rivière, il vit un groupe de quatre ou cinq hommes qui entouraient dangereusement l'une des quadruplées. L'un d'eux se saisit violemment de son bras et l'obligea à se taire en lui plaquant une main sur sa bouche.
LÂCHEZ-LA ! ordonna une autre voix qui vibrait de peur et de colère.
Une de ses sœurs – Lupin supposa à juste titre qu'il s'agissait de Soledad – venait d'arriver sur les lieux et tentait de la libérer des mains de ses agresseurs. La fillette fit un large geste de la main dans leur direction dans le but de les faire tomber grâce à son don de télékinésie. Malheureusement, cela n'eut aucun effet sur eux qui se mirent à rire.
Aliana, sers toi de tes pouvoirs ! cria-t-elle désespérée.
Ils n'ont aucun effet, gémit-elle. Laissez-moi tranquille ! Je ne vous ai rien fait ! s'agita-t-elle paniquée.
Qu'est-ce qu'on fait ? On la tue maintenant ou bien on attrape l'autre gamine aussi ? s'enquit l'un des sorciers platement.
Ne trainons-pas, leurs tantes risquent d'arriver et je ne tiens pas à les affronter, grogna un autre en giflant brusquement l'enfant qui se débattait avec l'énergie du désespoir.
ALIANA ! l'appela sa petite sœur en se ruant stupidement vers eux.
Qu'aurait-elle pu faire contre eux de toute façon ? Ils étaient tous bien bâtis et aucune enfant – sorcière ou non – n'aurait pu en venir à bout seule. Remus observait d'un air écœuré la scène. Il se sentait tellement impuissant... Pourquoi était-il obligé de regarder les moments douloureux de son élève ? Comment cela était-il même possible sans le recours à une Pensine ? Vraiment, l'enseignant était dérouté par ce qu'il lui arrivait. Il se demandait aussi où se trouvait Soledad – l'adulte du moins – et si elle allait bien. Après tout, un des derniers souvenirs dont il se souvenait avant d'avoir été frappé par cette étrange boule de lumière était Arthélius qui la poignardait avec hargne dans l'épaule. Se reconcentrant sur la scène devant lui, il vit Soledad se prendre une série de coups de pieds dans le ventre et les côtes. Son aînée avait perdu conscience et ne pouvait entendre ses supplications. Soudain, des appels lointains tirèrent les hommes de leur jeu malsain. Grognant de frustration, ils se volatilisèrent à l'aide de la magie au moment-même où deux elfes apparurent, leurs arcs respectifs bandés prêts à être utilisés. Choqués, les gardiens ne purent rien faire si ce n'est voir disparaitre l'une des filles de leur Seigneur couverte de sang tandis qu'une autre agonisait sur le sol verglacé.
Soledad ouvrit les yeux et se demanda immédiatement où elle se trouvait. Elle était placée en position défensive bien qu'elle ne se souvenait pas avoir adopté cette attitude. Elle observa avec méfiance la scène qui s'offrait à elle. Une multitude d'enfants étaient en train de jouer entre eux avec de grands cris enthousiasmes. Aucun d'entre eux n'avait manifesté un signe prouvant qu'ils l'avaient aperçue. Perplexe, l'elfe leur fit un signe de la main qui ne les perturba nullement. Rapidement, elle comprit qu'elle ne devait pas réellement être parmi eux. Quelque peu habituée aux cas étranges, elle effectua quelques vérifications de base pour tenter d'établir un diagnostic de sa situation. Apparemment, personne ne la voyait ni ne l'entendait. Elle se rendit aussi rapidement compte qu'elle n'avait aucune possibilité de toucher quoique ce soit lorsqu'un ballon lui traversa le corps. Maugréant, elle se dit qu'elle ne pouvait pas être un fantôme bien qu'elle en avait techniquement l'apparence.
Ou alors je suis en train de rêver, pensa-t-elle soudainement. Mais alors, pourquoi je me retrouve au milieu d'une cour de récréation ? Remarque, ça change agréablement des cauchemars dans des bois glauques… relativisa-t-elle sombrement.
Elle fut tirée de ses réflexions par de bruyantes railleries d'enfants. Un groupe d'élèves entourait un autre de leur camarade assis sur un banc miteux. Celui-ci ne semblait pas vraiment en bonne santé et fixait le sol les larmes aux yeux.
Tu es encore tout seul Reminou ? s'esclaffa un brun joufflu.
C'est normal, personne ne veut être ami avec ça ! renchérit un autre roux.
Reminou le sans-ami, Reminou le sans-ami ! scandèrent-ils en chœur.
Soledad eut pour réflexe de réprimander les intimidateurs mais évidemment, son intervention fut vouée à l'échec étant donné que personne ne pouvait la voir. Frustrée, elle tapa du pied au sol. Ce n'était certes pas très mature comme réaction mais elle ne pouvait rien faire d'autre. Elle ne supportait pas qu'on s'en prenne à plus faible que soi ! Les enseignantes qui étaient censées surveiller la récréation n'avaient pas l'air d'avoir l'intention d'intervenir bien qu'elles aient très bien aperçu le manège scandaleux des gamins. C'est alors que Soledad fit le rapprochement entre l'enfant brimé et le professeur actuel de Défense Contre les Forces du Mal. Le sobriquet choisi était d'ailleurs assez évocateur pour la sorcière. La cloche sonna et les élèves se hâtèrent de rejoindre leurs rangs respectifs. Remus soupira et les suivit d'un pas morne.
La pauvre, il doit avoir à peine six ans et il avait déjà des problèmes à l'époque… Je me demande s'il était déjà un loup-garou. Il a l'air tellement fatigué ! pensa l'elfe émue par la scène plus qu'elle ne l'aurait admis devant un public.
Sa question allait bientôt trouver une réponse puisque la scène se métamorphosa pour prendre la forme d'un champ de blé. Surprise, elle regarda rapidement autour d'elle pour évaluer la présence d'un quelconque danger. Mais comme dans la scène précédente, elle était invisible aux yeux d'un Remus âgé d'environ neuf ans qui courait parmi les épis dorés éclairés par un magnifique soleil couchant. Fronçant les sourcils, Soledad se demanda qu'est-ce qu'un enfant faisait tout seul à la nuit tombée au milieu d'un champ. Curieuse, elle le suivit rapidement. De toute manière, elle n'avait rien de mieux à faire si ce n'est trouver un moyen efficace de sortir de là. Elle avait un mauvais pressentiment en voyant la quasi pleine lune se lever. Comme si elle s'y attendait, un homme déboula devant l'enfant qui s'arrêta médusé. L'homme avait des vêtements assez sales, un sourire vicieux qui révélaient des dents jaunes étonnement acérés pour un humain, des cheveux raides et emmêlés.
Alors Remus, on ne t'a jamais dit qu'il était imprudent de se promener seul le soir ? dit-il d'un ton affreusement douçâtre. J'ai un message pour ton cher papa…
Qui êtes-vous ? murmura l'enfant clairement apeuré.
Ton pire cauchemar, répondit-il en se transformant en loup-garou sous les yeux écarquillés du garçonnet.
Soledad eut le réflexe de s'interposer entre le monstre et sa cible mais une fois de plus, cela n'eut aucun effet. Folle de rage, l'elfe ne put que regarder impuissante le petit garçon hurler et se faire mordre par le lycanthrope. Celui-ci lui lacéra également le visage. Elle ne comprenait pas comment cela était possible. Après tout, la lune n'était pas tout à fait à son apogée. Ces créatures n'étaient-elles donc pas célèbres pour n'attaquer à la pleine lune et qui plus est de manière involontaire ? Qu'avait donc fait Lupin Senior pour qu'un loup-garou se venge sur son fils de façon si cruel ? Pourquoi diable Remus se promenait seul aussi loin d'adultes ? Tant de questions auxquelles Soledad se promit de rechercher des réponses dès que possible…
Remus Lupin se retrouva une nouvelle fois dépaysé. Cette fois-ci, il atterrit dans une cour où deux elfes jumeaux retenaient de force une Soledad agitée qui n'avait guère changé depuis le dernier flash si ce n'est qu'elle n'était plus blessée. Elle se débattait avec force en hurlant qu'ils n'avaient pas le droit de les séparer, les accusant de vouloir la laisser mourir ici. Les deux personnes tentaient de l'apaiser mais c'était peine perdue. Le cœur de Remus se serra lorsqu'il la vit s'effondrer en larmes à même le sol en répétant sans cesse que sa sœur n'était pas morte et qu'il fallait aller la sauver. Un troisième elfe qui s'était approché salua la fratrie et se présenta comme étant le Seigneur Lenorièl. Atterré, l'enseignant l'écouta faire un discours de bienvenue autoritaire et ne fut guère étonné d'entendre la fillette lui répondre sèchement et tenter de s'enfuir en profiter d'un bref relâchement lors de leur surveillance. L'enfant fut rattrapée de justesse par un nouvel elfe blond aux yeux bleus qu'elle malmena pour qu'il la relâche. La scène changea une nouvelle fois. Le lycanthrope supposa être dans la chambre de Soledad, du moins celle qui lui a été attribuée pour son séjour à la Cité d'Argent. Bien qu'il n'en fût pas sûr, il émit l'hypothèse que son élève avait légèrement grandi depuis sa dernière vision. Installée sur un rebord de fenêtre éclairée par un pâle éclat lunaire, elle avait ramené ses genoux contre sa poitrine et fixait durement un point invisible. Elle était tellement absorbée par ses pensées qu'elle ne réagit pas lorsque quelqu'un frappa à la porte. Après avoir patienté une petite minute devant la porte close, le visiteur entra. Il s'agissait d'un elfe qui portait un plateau rempli des victuailles alléchantes.
Dame Aliania, je vous apporte votre dîner que vous avez une fois de plus refusé de prendre avec vos camarades, dit-il en s'inclinant.
Mais la jeune fille n'esquiva pas le moindre geste en sa direction. Il faut croire que cette attitude était courante chez elle puisque l'homme quitta la pièce en abandonnant le plateau sur le lit non défait. À peine cinq minutes plus tard, la porte se rouvrit derechef pour laisser passer le Prince Legolas.
Comment votre dîner se passe-t-il jeune Princesse ? s'enquit-il l'air de rien en s'installant près d'elle sur le rebord.
Étonnement bien, maugréa-t-elle lassée d'être dérangée.
C'est étrange, je jurerais que le plateau est aussi intact que s'il sortait des cuisines.
Son interlocutrice ne daigna même pas lui accorder un regard, aussi mauvais soit-il. Au contraire, elle se leva et alla se coucher une boule sur le lit, les bras enserrant sa taille gracile.
Vous ne devriez pas vous endormir l'estomac vide Aliania… commenta-t-il calmement. Prenez au moins une pomme, lui proposa-t-il en lui tendant doucement.
Vivement, elle se redressa pour lui faire volte-face, lui arracha le fruit des mains et l'envoya s'écraser contre le mur en hurlant qu'elle ne voulait pas manger. Elle poursuivit son accès de rage en arrachant les couvertures de son matelas, renversant ainsi au passage le plateau, jetant les oreillers, arrachant les pages de son livre de chevet. Tous les bibelots y passèrent les uns après les autres. L'homme qui s'était dans un premier temps mit à l'abri – sans doute pour attendre qu'elle s'épuise un minimum – se rua sur elle lorsqu'il la vit se taper consciemment les avant-bras contre la pierre. Tant que les dégâts étaient matériels, la crise n'était pas trop grave. Cependant, il ne pouvait décemment pas la laisser se faire physiquement du mal. Il lui enserra la taille et les bras en lui ordonnant fermement de se calmer. Mais loin d'être prête à l'écouter, elle se débattit furieusement en tentant de lui frapper les tibias avec ses talons. La pièce se mit à trembler soudainement et le Professeur Lupin vit clairement l'inquiétude venir allumer les prunelles azures de l'elfe. Le sorcier se dit intérieurement qu'il avait intérêt à trouver un moyen rapide de l'apaiser s'il ne voulait pas finir blesser. Cet épisode lui faisait un peu penser à des scènes d'incidents magiques provoqués involontairement par des jeunes magiciens qui ne maitrisaient pas encore leurs dons. Avant qu'il n'ait le temps de pousser plus loin son analyse, l'image se transforma de nouveau et il atterrit dans un bois sombre…
La sorcière soupira bruyamment lorsqu'elle se rendit compte qu'elle allait de nouveau assister à un autre souvenir de son professeur. Le petit garçon était alité sur un matelas dans une pièce désespérément dépourvue de chaleur humaine. Son visage portait encore des marques de lacérations fraiches comme si elles dataient de la veille. Ce qui était probablement le cas vu que sur une chaise était posé un tas d'habits déchirés qui ressemblaient à ceux qu'il portait le soir de l'attaque qui a bouleversé sa vie à jamais. Le petit garçon affichait un teint maladivement pâle et transpirait à grosses gouttes. Sous les yeux écœurés de la sorcière, son corps fut pris de violentes convulsions visiblement très douloureuses. Ses membres s'étirèrent de façon inhumaine tandis qu'il poussa un hurlement rauque. Il se leva tant bien que mal pour se contempler dans le miroir qui était encastré dans l'une des portes d'une grande armoire en bois de cerisier. Terrorisé, il se vit muter en une créature à la fois étrangement filiforme et robuste. Ses ongles se prolongèrent pour devenir des griffes acérées mortellement dangereuses alors que son nez et sa bouche s'allongèrent en un museau à l'odorat surdéveloppé et en des babines retroussées dégoulinantes de bave. Soledad grimaça de dégoût : non seulement l'apparence du loup était peu ragoutante mais aussi elle ressentait de la peine pour le pauvre enfant qui devait souffrir le martyr. Le loup-garou nouveau-né fonça contre la porte de la chambre mais ne réussit pas à l'abattre. Il était évident que la pièce avait été magiquement scellée. Jamais une simple porte en bois n'aurait en temps normal résisté aux assauts acharnés du lycanthrope déchaîné. Énervé, le loup détruisit tout sur son passage. Chaque meuble vola un à un en éclats. Lorsque plus rien ne pouvait lui servir de défouloir, le loup tourna en rond et finit par se mordre lui-même dans de hurlements sinistres. Soledad ferma les yeux et attendit que la scène s'achève.
Le professeur de Défense Contre les Forces du Mal se sentit véritablement oppressé par cette nouvelle vision lugubre. Il était entouré d'arbres pourvus de feuilles aux couleurs de l'automne à perte de vue. Il n'y avait rien d'autre si ce n'est les horribles croassements des corbeaux qui volaient d'une branche à une autre. Des bruits d'une course effrénée se firent entendre. Se tournant vivement, il s'écarta de justesse pour laisser passer une silhouette de taille moyenne vêtue tout en blanc qui courait comme si le Diable était à ses trousses. La jeune fille jeta un regard effrayé derrière. Lupin n'eut alors pas trop de mal à reconnaitre une fois de plus son élève âgée d'une douzaine d'années et se demanda ce qu'elle fuyait avec tant d'énergie. Un éclat de rire sinistre déchira l'atmosphère glauque. Soledad fit un tour complet sur elle-même pour tenter d'identifier la source de cette manifestation humaine. Reprenant son souffle, elle écoutait avec attention le moindre bruissement qui pourrait lui indiquer un indice sur ce qu'elle redoutait. Ses efforts durent se montrer vains puisqu'elle se remit à courir. Remus la suivit autant que son endurance lui permettait. Il grimaça en constatant que les pieds et les jambes de la jeune fille étaient en sang à force de déambuler sur le sol terreux où s'amoncelaient des feuilles mortes, des ronces épineuses et des branches brisées. Ces blessures risquaient fortement de s'infecter. Mais il comprit que cela était le dernier des soucis de l'adolescente lorsque la pluie se mit à tomber drument, lui brouillant ainsi la vue. Des ombres semblaient la suivre et la rattrapaient. L'une d'entre elles la frappa violemment dans le bas du dos avec une énorme branche. Criant, elle chuta durement à terre en faisant involontairement une roulade sur elle-même à cause de la force du coup. Le visage crispé, elle se retourna aussi vite que possible pour voir à qui elle avait affaire. Cinq individus l'encerclèrent en lui tournant autour tels des vautours ayant repéré une proie en plein désert. Un éclair zébra dans le ciel orageux. L'un d'entre eux s'approcha dangereusement vers la jeune fille tremblante qui eut néanmoins le réflexe de lui décocher un bon coup de pied dans la cheville ce qui eut pour effet de le faire reculer dans un grognement de douleur. Furieux, un de ses acolytes lui empoigna brutalement le bras et la força à se lever. Se redressant malgré elle, Soledad tenta de se débattre pour lui faire lâcher prise en hurlant. La pluie commença à se déverser des nuages obscurs.
Hurle tant que tu veux, personne n'entendra tes cris ici ! lui susurra-t-il dans le creux de l'oreille d'une voix qui ne lui laissait rien présager de bon.
Laissez-moi tranquille ! Je ne vous ai rien fait ! Partez ! s'époumona-t-elle hystérique. Alanaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! appela-t-elle désespérée.
Je vais te donner une bonne raison de couiner sale gamine ! cracha un troisième en la giflant.
Oui, distrayons-nous un peu, renchérit le quatrième dont les yeux étaient allumés d'une lueur malsaine.
Remus Lupin retint un haut-le-cœur lorsqu'il vit l'homme jeter l'adolescente à terre et s'asseoir à califourchon sur elle en remontant brusquement sa robe déchirée tandis que deux autres maintenant ses bras au-dessus de sa tête. Oubliant momentanément qu'il ne pouvait pas agir, Lupin tenta de se jeter sur l'agresseur avant qu'il ne commette l'irréparable. Le professeur était malade de ne pouvoir la secourir malgré le fait qu'il savait au fond de lui que rien ne pourrait changer cet instant. Après tout, les souvenirs n'étaient qu'un rappel du passé, une ombre demeurant dans la mémoire d'une personne meurtrie. Il commençait à vraiment bien comprendre pourquoi la jeune femme qu'il avait rencontré à Poudlard était tant en permanence sur la défensive et même agressive. Il avait déjà plus ou moins deviné auparavant qu'il avait face à lui une jeune fille en souffrance mais avait placé ceci sur le deuil qui la touchait depuis peu. Il lui parut désormais évident que son mal-être était bien plus ancien et profond. Il tourna le dos à l'ignoble scène mais ne put s'empêcher d'entendre les cris d'abord suppliants entrecoupés de sanglots puis les gémissements plaintifs de son élève. Par Merlin ! Pourquoi n'utilisait-elle donc pas ses pouvoirs pour se défendre ? Est-ce que la peur paralysait ses capacités magiques ? C'était la seule explication aux yeux du lycanthrope qui ne souhaitait qu'une chose : sortir de cette vision cauchemardesque. L'un des hommes exigea d'avoir la place à son tour tandis qu'un autre s'exclama que c'était ensuite à lui de se divertir. Au fur et à mesure qu'ils passèrent, les protestations s'amenuisèrent pour finir par cesser totalement. Jetant un coup d'œil, Lupin vit le visage inexpressif de l'elfe tourné dans sa direction. Le cœur au bord de lèvres, il avait l'angoissante impression qu'elle le dévisageait, les yeux suppliants l'appelant à l'aide. Mais c'était impossible. Elle ne pouvait pas le voir, ce n'était qu'un souvenir. Cela s'est déjà produit. Personne ne peut changer le passé. Fixant son faciès, il devina parmi les gouttes de pluie des larmes silencieuses couler de ses deux amandes vidées de vie. Sa bouche légèrement entrouverte esquissait de légers mouvements comme si elle se murmurait des choses à elle-même. Ses cheveux étaient emmêlés par un mélange ruisselant de terre et de brindilles.
Tu as vu Rumirk ? Elle a l'air de causer la demoiselle.
Qu'as-tu donc à dire ? Tu n'en as pas eu assez ? rit grassement celui qui l'écrasait.
En tendant l'oreille, Remus réussit à saisir qu'elle articulait une petite chansonnette qui ressemblait à une comptine d'enfant :
Un, deux, n'aie pas peur, ouvre les yeux
Trois, quatre, quoique ce soit, tu vas le battre
Cinq, six, de l'aube, attends les prémisses
Sept, huit, quoiqu'il arrive, tu es bénie
Neuf, dix, ne t'inquiète pas, tout sera bientôt fini...
Elle chantonnait cet air inlassablement, sans doute pour oublier l'horreur qu'était en train de lui faire subir ces hommes abjects. Lupin trouva la comptine étrange et se demanda vaguement qui la lui avait apprise. Son interrogation lui sortit rapidement de la tête puisqu'à son grand soulagement, la scène se métamorphosa une nouvelle fois. Le soupir d'apaisement qu'il poussa resta bloqué dans sa gorge quand il vit sur quelle nouvelle réminiscence il tomba.
Soledad venait de quitter la cours de récréation pour atterrir dans un endroit qu'elle reconnut sans peine. L'école de magie Poudlard n'avait pas vraiment changé en quelques décennies. Devant elle marchait un Gryffondor de première année qui longeait timidement le mur. Un groupe de Serpentard guère plus âgé que Lupin l'accosta avec véhémence, lui arracha son sac de l'épaule et rit grassement avant de s'éloigner fier de lui. Rouge de honte, l'élève s'empressa de s'agenouiller pour ramasser ses affaires éclaboussées par une bouteille d'encre qui avait éclatée sous le choc. Une de ses congénères qui avait aperçu la scène de loin lui vint en aide.
Ne fais surtout pas attention à eux, lui recommanda-t-elle avec douceur en lui tendant un livre miteux.
Je ne leur ai pourtant rien fait… murmura-t-il tout bas gêné.
Bien sûr que non, le rassura-t-elle en se redressant en même temps que lui. Je déteste les garçons dans leur genre ! Ils se croient tellement intéressants et supérieurs aux autres… C'est pitoyable ! grogna la jolie rousse aux yeux émeraude.
Merci Lily. Tu ne devrais pas rester avec moi…
Je fréquente qui je veux Remus. Si j'ai envie de te parler, alors je le fais, rétorqua-t-elle en haussant du sourcil.
Cela ne va pas plaire à Potter…
S'il y en a bien un qui m'agace, c'est lui et ses deux amis qui le collent en permanence !
Au moins, il a des amis… souffla le lycanthrope malheureux.
Mais Remus, je suis ton amie ! lui assura Lily Evans avec un grand sourire. Et je suis sûre que je ne suis pas la seule ! Franck Londubas t'adore ! Et Alice aussi d'ailleurs. Allez viens, on va déjeuner, dit-elle en l'entraînant vers la Grande Salle.
Le décor changea une nouvelle fois pour se stabiliser sur une image de l'infirmerie. Remus était alité avec le teint atrocement pâle. Dans un second lit, un garçon du même âge le fixait avec insistance. Soledad comprit rapidement qu'il s'agissait probablement du père d'Harry, James Potter. Physiquement, son fils était son portrait craché.
Pourquoi es-tu toujours malade ? lui demanda-t-il sans autre forme de préambule.
J'ai juste le système immunitaire fragile… esquiva Remus les joues rouges.
Mon père m'a toujours dit que les sorciers résistaient bien plus que les moldus à ce genre de problème, lui signala-t-il pour lui montrer qu'il n'adhérait pas à cette explication.
Ce n'est pas toujours le cas… maugréa le lycanthrope mal à l'aise.
Monsieur Lupin, il est temps de venir avec moi ! les interrompit l'infirmière en faisant tressaillir Soledad qui ne l'avait pas vu arriver.
Où est-ce que tu vas ? s'enquit le jeune Potter perplexe.
Cela ne vous concerne en aucun point Monsieur Potter ! Je pense que vous devriez retourner dans votre dortoir, la Pimentine a du faire son effet depuis plusieurs heures déjà, répliqua la médicomage avec vivacité.
Le garçon, apparemment vexé d'avoir été aussi sèchement rembarré, quitta son lit et s'empressa de récupérer sa baguette magique posée sur la table de chevet. Quant au second garçon, il soupira et suivit Madame Pomfresh à l'extérieur de l'infirmerie. L'elfe leur emboîta le pas à instar de Potter qui les avait discrètement pris en filature. La soignante emmena Remus à l'extérieur du château tout en s'assurant que personne ne pouvait les voir. Ils s'arrêtèrent près de l'endroit où se dressait le célèbre Saule Cogneur, l'arbre de Poudlard réputé pour sa capacité à donner des coups à quiconque s'en approcherait de trop près. D'un simple geste de sa baguette, Madame Pomfresh immobilisa l'arbre qui frémissait et invita l'élève à passer devant. À sa grande surprise, un passage s'ouvrit au niveau des racines noueuses. S'engouffrant sans hésiter, le Gryffondor emprunta un passage assez étroit et légèrement glauque. L'elfe songea que ça devait même être carrément effrayant pour un gosse de son âge. Au bout d'un petit quart d'heure de marche, le souterrain s'élargit pour laisser place à un escalier en bois miteux. Grimpant les marches, Remus ouvrit la porte pour arriver dans une pièce complètement saccagée : les derniers rayons du soleil perçaient péniblement au travers les planches de bois clouées aux fenêtres, laissant ainsi deviner des débris de meubles jonchaient le sol. L'infirmière l'abandonna dans cet horrible endroit après lui avoir assuré d'un ton complaisant qu'elle reviendrait le chercher à l'aube. Le petit garçon eut à peine le temps d'acquiescer que la porte se retrouva scellée par un sort. Blasé, il s'assit dans un coin en fixant avec inquiétude les dernières lueurs du jour disparaitre le plongeant ainsi inexorablement dans les ténèbres. Soledad se douta alors de se qui allait se produire : le pauvre gosse allait subir une nouvelle pleine lune… Des cris humains de souffrance ne tardèrent pas à retentir puis se transformèrent en des hurlements bestiaux. Le loup se déchaina sur les objets pourris puis, ne trouvant sans doute pas cela suffisamment occupant, commença à se mordre lui-même à défaut de chair humaine. De l'autre côté de la porte, un autre Gryffondor écoutait avec horreur et stupéfaction le carnage qui se déroulait de l'autre côté…
Remus Lupin ouvrit lentement les yeux dans l'appréhension de voir encore une scène d'horreur sans nom. Ses pupilles tombèrent sur une chambre de soin où la jeune fille dormait dans un sommeil agité. Un elfe blond – Legolas lui semblait-il – la veillait le front plissé par l'inquiétude. De temps à autre, il lui passait un tissu pour rafraichir son visage à l'apparence fiévreuse qu'il trempait dans un récipient où flottaient des morceaux de feuilles vertes. Le professeur imagina que cette scène s'était déroulée peu de temps après son agression dans le bois. Bien qu'elle ne portait plus les mêmes habits, elle gardait les mêmes blessures reconnaissables entre mille. Sa respiration était plutôt sifflante ce qui laissait présager que ses violeurs avaient dû lui briser plusieurs côtes. Des larmes s'échappaient de temps à autre de ses yeux clos. Elle s'agitait tant et si bien que ses bandages commencèrent à se défaire. Son veilleur tenta de la tranquilliser en posant une main sur son épaule mais cela eut l'effet inverse puisqu'elle se redressa d'un coup en prenant une grande inspiration avant de pousser un cri et de s'éloigner le plus possible de l'homme.
Aliania, calmez-vous, je ne vous veux aucun mal, vous êtes en sécurité ici ! dit-il d'une voix suffisamment forte pour couvrir ses cris hystériques.
NE M'APPROCHEZ PAS ! hurla-t-elle en lui jetant un oreiller puis se recroquevillant contre le mur en serrant contre elle sa couverture.
Chuuut, tout va bien, il ne peut rien vous arriver ici, je vous en fais la promesse, tenta-t-il soucieux qu'elle se calme avant qu'elle n'aggrave véritablement ses blessures déjà suffisamment sérieuses.
Laissez-moi tranquille, je ne vous ai rien fait ! gémit-elle en sanglotant.
Dame Aliania, je suis le Prin… je suis Legolas, ne vous souvenez vous point de moi ? demanda-t-il pris d'un doute sur ses capacités d'orientation actuelles.
Je veux voir mes sœurs ! exigea brusquement la jeune fille avec une lueur de désespoir au fond de ses prunelles brunes.
Elles ne peuvent venir à la Cité d'Argent, vous le savez bien, soupira-t-il discrètement comme s'il était à la fois peiné et lassé par cette requête.
Je veux voir mes sœurs, je veux voir mes sœurs, je veux voir mes sœur, répéta inlassablement l'elfe dans une sorte de litanie entêtante.
Je suis désolée mais ceci est impossible… Votre père a été prévenu de votre fugue et de l'état préoccupant dans lequel un rôdeur vous a trouvée dans une forêt. Que vous est-il arrivé Aliania ? Pourquoi avoir fui la sécurité de la Cité ?
Je veux voir mes sœurs, je veux voir mes sœurs, je veux voir mes sœurs, continua-t-elle le regard lointain.
Remus ne savait pas comment lui aurait pu réagir s'il s'était trouvé à la place du jeune Prince. Vu de l'extérieur, il ne comprenait pas que l'on puisse interdire à une adolescente terrifiée de voir ses propres sœurs sous prétexte que… que quoi d'ailleurs ? En quoi était-ce bénéfique pour l'elfe d'être coupée des membres restants de sa famille ? Non vraiment, Remus ne comprenait pas ce refus et était persuadé que s'il avait pu agir, il aurait couru chercher les autres sœurs. Il aurait également évité de la questionner immédiatement de son agression dès son réveil. Toutefois, il saisissait l'inquiétude du veilleur qui le poussait à obtenir des éléments de réponses. Le lycanthrope ignorait les raisons exactes qui ont poussé la jeune fille à s'enfuir de la Cité mais cette fugue n'était guère étonnante. Après tout, Aliania n'avait jamais caché sa répugnance à venir en ces lieux ! Connaissant son caractère, il était même surprenant qu'elle ait attendu aussi longtemps avant de se sauver. Physiquement, elle avait plutôt relativement bien grandi depuis le jour où ses frères l'avaient amenée à la Cité. Ses réflexions furent de nouveau interrompues lorsqu'un autre souvenir prit forme sous ses yeux. Cette fois-ci, Aliania était assisse sur un rebord de terrasse, les genoux ramenés contre sa poitrine. À ses côtés se tenait un jeune homme aux cheveux bruns mi longs qui lui parlait :
Comment peux-tu être aussi sûre qu'elle va venir cette nuit ? lui demanda-t-il perplexe.
Je te l'ai dit, j'ai trouvé un moyen sûr de communiquer avec mes sœurs…
C'est-à-dire ?
Désormais, il n'y a pas que nos corps qui sont reliés. Nos esprits le sont aussi !
Je ne comprends pas… murmura Anàrion perdu.
C'est incroyable ce que l'on peut faire avec un minimum de volonté et de concentration, lâcha-t-elle avec une sourire désabusée. Nos pouvoirs sont encore capables d'évoluer et ce malgré notre séparation.
Je crains de ne pouvoir jamais m'accoutumer aux histoires de sorcellerie, soupira-t-il.
Bien sûr que si ! Tu n'as même pas sourcillé ce matin lorsque le bureau de notre cher précepteur s'est déplacé à l'autre bout de la pièce…
Ah bon, c'était toi la responsable ? s'exclama l'homme en faisant mine d'être surpris.
Tu connais beaucoup d'autres sorciers parmi prisonniers ? railla la fille d'Elrond exaspérée.
Prisonnier ? N'exagère pas quand même…
Tu es libre de partir quand tu veux, le coupa-t-elle abruptement. Cet endroit est un lieu d'accueil à tes yeux ! Mais pas pour moi… Mon… père, cracha-t-elle écœurée, m'a condamnée à rester enfermée ici sans voir mes sœurs. Je préférerais encore retourner dans cette maudite Tour Noire tiens ! Au moins, Aliana était avec moi ! déclara-t-elle sombrement.
Après un moment de silence propice à la réflexion, Anàrion reprit calmement la parole :
Tu ne m'as jamais dit ce qu'il t'était arrivé ce jour-là…
Quoi ? se redressa-t-elle le toiser.
Pourquoi es-tu revenue blessée à la limite de la mort ?
Parce qu'un Nazgùl m'a poignardé peut-être ? ironisa-t-elle se méprenant sur la date en question.
Je ne te parlais pas de ta captivité à Barad-dûr mais du jour où tu t'es enfuie de la Cité d'Argent…
Je… je ne m'en souviens pas, répondit-elle sincèrement en fronçant légèrement les sourcils.
Comment cela tu ne t'en souviens pas ?
Je ne sais pas, j'ai oublié. Tout est flou. En fait, plus j'essaie d'y penser, plus les souvenirs s'échappent…
De quoi te souviens-tu alors ?
Juste que j'ai eu un mauvais pressentiment et que je suis partie rejoindre mes sœurs…
Rien d'autre ?
Non…. De toute façon, cela n'a plus d'importance. Alana approche et je repars avec elle ce soir quoiqu'il arrive.
Et qu'en est-il du Prince Legolas ?
Quoi Legolas ?
Ne va-t-il pas te manquer si tu pars ? s'enquit-il malicieusement.
Pourquoi mon geôlier me manquerait-il ? répliqua-t-elle tout en se gardant bien de montrer à son ami combien il avait visé juste.
En tout cas, tu vas me manquer… lui avoua-t-il dans un souffle.
Viens avec nous ! dit-elle soudainement avec assurance.
Pardon ?
Viens avec nous, répéta-t-elle en ancrant son regard dans le sien.
Je n'ai pas ma place parmi les tiens Aliania, protesta le jeune homme en détournant des yeux.
Tu serais surpris de voir à quel point le peuple des elfes peut se montrer accueillant avec les étrangers qui font plus d'un mètre dix... Enfin, ce sont les souvenirs que j'ai d'eux... ça fait longtemps que je ne me suis pas rendue à Imladris.
Comment crois-tu que le Seigneur Elrond va réagir en te voyant revenir vers eux sans son accord ?
Si cela lui déplait, je repartirais et je chercherais Aliana. De toute manière, je n'ai aucune envie de le voir.
Pourquoi cela ?
Il m'a abandonné ici ! s'exclama-t-elle furieuse. Il n'avait pas le droit de faire cela ! Je le déteste !
Au moins, tu as la chance d'avoir un père. Ce n'est pas le cas pour tout le monde en ces lieux, lui reprocha-t-il légèrement.
Certes... maugréa-t-elle de mauvaise grâce.
De son côté, Soledad commençait sérieusement à se lasser de ces sauts dans les méandres de la mémoire de son professeur. Après avoir assisté à de multiples scènes de moqueries et à sa rencontre avec les Maraudeurs, elle se retrouvait désormais face à un Remus Lupin terriblement abattu assis derrière un bureau qui lisait de multiples lettres. Se penchant par-dessus son épaule, elle put constater qu'il s'agissait de réponses d'emploi, toutes négatives. L'homme se mit à maudire à voix haute sa condition de loup-garou. L'elfe se demandait pourquoi elle parcourait ces souvenirs... À quoi cela rimait-il ? Qu'est-ce que ça pouvait apporter à Arthélius de l'avoir plongé dans l'esprit de son professeur ? D'ailleurs, maintenant qu'elle pensait, est-ce que cela signifiait que celui-ci avait accès à ses souvenirs tortueux ? En réalisant que cela était probablement le cas, elle sentit la colère et la panique grimper en elle ! Non, il ne pouvait pas voir son passé, il n'en avait pas le droit ! Elle refusait que quiconque accède à ses souffrances, elle ne voulait pas que quelqu'un voit ce par quoi elle était passé ! Personne n'avait à savoir ce qu'elle avait pu endurer ! Le sang battait dans ses tempes tandis qu'une grosse migraine menaçait de faire exploser sa boîte crânienne. Hurlant de rage, elle voulut donner un coup de pied féroce dans le bureau mais bien évident, rien ne se produisit. Se concentrant avec intensité, elle exigea de retourner dans son propre esprit immédiatement. L'image devint floue et de courts flashs apparurent sous ses yeux : Lupin la regardant se faire torturer par un démon, puis un souvenir de la mort d'une ancienne amie. Elle reconnut encore d'autres scènes qu'elle aurait préféré oublier. Le fait que son professeur y ait eu visiblement accès l'écœurait profondément. Tentant de rediriger sa pensée vers son esprit, elle fut transportée dans un nouveau souvenir. La bonne nouvelle était qu'il s'agissait bien d'un des siens. Malheureusement, il s'agissait également d'un des plus terribles pour elle. Tétanisée, elle revit une fois de plus une des scènes qui la hantait depuis des années : la chute qui lui avait enlevée la personne qui la maintenait en vie. Sous ses yeux impuissants, elles chutèrent de la terrasse dévastée en s'agrippant l'une à l'autre par la main. Les jumelles plongèrent dans les eaux tumultueuses de la rivière et disparurent en dessous de la surface.
Soledad ? l'appela Lupin incertain.
Voyant qu'elle ne réagissait pas, il se plaça devant elle et l'appela à nouveau.
Faut pas rester ici, murmura-t-elle plus pour elle-même.
Soledad, qu'est-ce qu'il se passe ? Pourquoi est-ce que nous sommes ici ? Miss Lopès ! la sollicita-t-il en la secouant légèrement en voyant son regard hagard.
Le paysage apocalyptique se métamorphosa une énième fois et les deux voyageurs furent projetés dans les réminiscences récentes liées au pont de Khazad-Dûm.
Maintenant ça suffit ! réagit l'elfe en voyant son ancien mentor affronter le balrog. Il faut que l'on se réveille immédiatement !
Mais comment ? demanda Lupin à mi-voix en voyant le fantôme du souvenir hurler lorsqu'un vieillard bascula dans le vide.
Arrêtez de regarder ! s'offusqua-t-elle.
Qui est-ce ? ne put-il s'empêcher de demander, hypnotisé par la scène.
Aucune importance, concentrez-vous Lupin ! rétorqua-t-elle sèchement. Il n'y a qu'un seul moyen de sortir de ce bordel : c'est de le vouloir vraiment ! Alors pour une dernière fois, CONCENTREZ-VOUS !
Sur quoi dois-je me concentrer ?
Vous voulez retourner dans votre esprit et puis vous réveiller. Vous ne voulez pas savoir quelle sera la prochaine scène qui risque d'apparaitre. Je ne vous le permets pas. Ce sont mes souvenirs, j'en suis l'unique gardienne ! RÉVEILLEZ-VOUS !
Le Professeur Lupin se redressa d'un coup dans son lit à l'infirmerie. Désorienté, il regarda tout autour de lui sans comprendre ce qu'il lui arrivait. L'elfe qui se trouvait dans un lit voisin se réveilla en sursaut. Avant que quiconque n'ait eu le temps de réagir, elle se leva précipitamment et se rua hors de l'infirmerie en bousculant une Madame Pomfresh hébétée. Avant de claquer la porte, elle ordonna à l'enseignant d'oublier ce qu'il venait de se passer.
Aliania ? l'appela une voix incrédule. Tu es réveillée ?
Jusqu'à preuve du contraire, je ne fais pas encore de crise de somnambulisme donc oui, je suis réveillée, lâcha en levant les yeux au ciel.
Anabellissë était appuyé contre un mur en compagnie du Trio d'Or.
Ça a l'air d'aller, déclara-t-elle en l'observant avec un petit sourire. Ton épaule est guérie ?
Ouais ça va super ! Quoi de neuf les jeunes ? se renseigna-t-elle pour se mettre à jour.
Harry a fait une super chute du haut de son balai durant le dernier match de Quidditch. Tu aurais vu ça, tu aurais halluciné ! répondit Ron. Son Nimbus a fini en mille morceaux sous le Saule Cogneur.
Soledad grimaça en imaginant la scène et nota dans un coin de sa tête que sa sœur adoptive avait légèrement pâli à la mention des gardiens d'Azkaban.
Oh et il y a une sortie à Pré-au-lard ce week-end. Tu viendras avec nous ? poursuivit-il avec entrain.
Si je suis dans le coin, pourquoi pas ? Ana, est-ce que tu sais où est Aliana ?
Je ne l'ai pas revu depuis plusieurs jours, depuis qu'Arthélius...
Ok j'ai saisi, la coupa la guerrière. Attends, tu as dis plusieurs jours ! Ça fait combien de temps que je... que l'attaque a eu lieu ?
Trois jours, Madame Pomfresh ne te l'a pas dit ?
Elle n'en a pas eu l'occasion. Bref, je vais voir où en est la Communauté.
Tu crois qu'elle est toujours en Lorien ?
C'est ce que je vais vérifier... grommela-t-elle en s'éloignant.
La sorcière hésitait. D'un côté, elle se devait de rejoindre la Communauté de l'Anneau pour s'assurer que tout allait bien – enfin aussi bien que possible étant donné la perte de leur guide – mais s'il s'avérait qu'elle s'était réfugiée en Lorien, cela signifiait qu'elle allait devoir affronter ceux qu'elle considéraient comme ses grands-parents. Elle ne se sentait pas prête pour cela. D'un autre côté, elle anticipait déjà les futurs regards inquisiteurs de Lupin. Elle ne savait pas exactement quels souvenirs il avait vus et ne comptait pas lui laisser l'occasion de le lui dire car cela supposerait supporter une conversation des plus désagréables pour elle.
En voyant l'étendue d'arbres dorés qui se tenait majestueusement devant elle, Aliania s'arrêta une minute pour se donner du courage. Elle ne savait pas trop quelle attitude adopter envers les siens. D'un côté, la colère et la rancune qu'elle ressentait envers sa famille n'étaient jamais redescendues. Mais d'un autre côté, elle n'avait pas l'énergie de se battre avec eux. Son petit coma magique l'avait épuisé psychiquement. Un bruissement attira son attention et elle se retrouva immédiatement encerclée par des elfes armés.
Charmant accueil Haldir... lâcha-t-elle en se retournant vers le gardien de Lorien.
Dame Aliania ? Est-ce bien vous ?
Par déduction, cela ne peut être que moi, railla-t-elle en abaissant sèchement une pointe d'arc qui était trop près de son visage à son goût.
La Dame Galadriel s'attendait à votre venue, avoua-t-il en ordonnant à ses gardes de la laisser passer.
Comme c'est étonnant ! Elle peut prédire ma venue mais elle ne peut pas voir la guerre arrivée ? C'est pathétique... maugréa-t-elle. C'est bon, je connais le chemin. Je n'ai pas besoin de guide.
Elle s'empressa de se diriger vers la cité des Galadhrim qui était dissimulée entre l'Anduin et le Cours d'Argent. Répondant au nom de Caras Caladhon, la ville aurait surpris n'importe quel humain puisque les habitations étaient bâties au cœur des arbres. Au haut du plus majestueux résidaient les Seigneurs de Lorien. L'escalier qui menait au sommet était un véritable chef d'œuvre. Une fois arrivée en haut, elle reprit son souffle – décidemment ils étaient vraiment trop longs ces escaliers ! – et se dirigea vers l'une des salles de réception d'où l'échappaient des éclats de voix.
Le miroir m'avait informé de votre venue, lui souffla une voix envoûtante.
Aliania soupira agacée. Elle haïssait lorsque sa grand-mère entrait dans son esprit sans invitation. Heureusement qu'elle ne pouvait pas lire le fond de ses pensées ! Sur ce point, l'elfe se sentait fière de maitriser d'excellentes défenses mentales. Telle qu'elle connaissait Galadriel, celle-ci avait du accueillir chacun des membres par une intrusion mentale personnalisée.
Pourquoi ce besoin irrépressible de pénétrer d'entrée de jeu dans la tête de vos visiteurs ? lança la guerrière en attirant tous les regards sur elle.
Il y a bien longtemps que vos pas ne vous avaient mené en ces lieux Aliania, l'accueillit-elle sans aucunes émotions apparentes.
Le temps est relatif... maugréa-t-elle suffisamment distinctement pour être comprise.
Pourquoi êtes-vous là ? s'enquit froidement Celeborn en la toisant.
Fallait bien que je vérifie où mes compagnons de route étaient, dit-elle au haussant des épaules.
Profitons de ce moment pour parler, lui proposa son hôtesse.
Pas la peine, il y a rien à dire.
Nous avons à vous parler, en privé, rajouta-t-il calmement.
À quel sujet ? demanda-t-elle blasée d'avance.
À propos de l'attaque qui a eu lieu à Imladris...
À ces mots, l'elfe blêmit légèrement tandis que ses traits se figèrent. Les membres de la Communauté ne savait pas s'ils devaient s'interposer ou pas. Conscients que la sorcière risquait de rapidement déraper sur un sujet aussi sensible, ses amis tentèrent une diversion.
Mes Seigneurs, j'imagine que la Dame Aliania a fait une longue route pour arriver ici. Ne serait-il pas plus juste de la conduire à une chambre afin qu'elle se repose ? osa Aragorn en toute humilité en courbant la tête à la fin de sa suggestion.
Certes, nous aurons le temps d'échanger demain. Accompagnez-la à ses quartiers.
L'homme obéit et fit signe à son amie de le suivre sans faire d'histoire. Aliania s'exécuta machinalement. Toutefois, elle ne prit pas la direction de quartiers familiaux mais celui des invités de marque.
Tu ne veux pas te rendre dans tes quartiers personnels ? s'enquit le rôdeur s'en réellement s'en étonner.
Pas vraiment... je déteste aller là-bas, trop de souvenirs... et crois-moi, j'en ai eu ma dose ces derniers jours ! Allons plutôt là où vous logez.
Est-ce que tu vas bien ? Tu sembles éreintée.
Pourtant, j'ai dormi pendant presque trois jours – non, ne cherche pas à comprendre – alors ne me dis pas que j'ai l'air fatigué. Vous avez été bien accueillis ?
Ton peuple nous offre la sécurité, il ne pouvait nous faire de meilleur présent, déclara-t-il sereinement.
Et comment vont les autres ? Je veux dire... après ce qu'il s'est passé...
La perte est dure à accepter... murmura le roi en exil.
Je ne pense pas qu'il soit mort, lâcha-t-elle brusquement.
Aliania... tu l'as vu tout comme nous basculer dans le vide, tenta-t-il de la raisonner en douceur. Je comprends que tu refuses de croire en cette terrible nouvelle mais...
Aragorn, je suis sérieuse ! Je ne sais pas pourquoi mais j'ai la sensation qu'il appartient encore à ce monde. Sur le coup, j'ai pensé comme vous mais plus j'y repense et plus je me rends compte que je n'ai pas réellement senti sa mort. Je sais que ce que je dis semble n'avoir aucun sens... mais j'ai le sentiment qu'il est vivant. Je crois ressentir son aura magique, je te le jure ! lui confia-t-elle les yeux miroitants de larmes.
Galadriel a également vu la chute dans son miroir... Je crains qu'il n'y a pas l'ombre d'un espoir, souffla-t-il peiné.
Estel, il y a toujours de l'espoir, lui dit-elle en le fixant droit dans les yeux. À toi tout seul, tu incarnes celui-ci de tout un peuple. N'oublie jamais cela.
Je ne suis pas à la hauteur de mes aïeuls, souffla-t-il tristement.
Bien sûr que si ! Tu es même plus fort qu'eux. Crois-moi, j'ai connu la plupart de tes ancêtres. Tu possèdes en toi le meilleur de l'héritage qui t'a été légué. Le courage, le sens de l'honneur, la force physique et morale, la bonté... Tu es l'un des hommes les plus valeureux que la vie m'ait donnée de rencontrer ! Et puis, je n'aurais pas confié ma sœur à n'importe qui ! rigola-t-elle pour relâcher la tension avant de l'enlacer brièvement.
Le Dùnedan lui rendit son étreinte amicale. Ce genre de démonstrations affectives était tellement rare entre eux – non pas parce que ces gestes étaient désapprouvés par leurs peuples – mais parce que la jeune femme tenait à contrôler ses sentiments. Depuis qu'elle le connaissait, elle se sentait en parfaite confiance avec lui. Leur amitié était d'une solidité à toute épreuve et en cas de besoin, ils pouvaient compter l'un sur l'autre. Toutefois, les étreintes réconfortantes entre l'homme de l'Ouest et l'elfe demeuraient rares mais efficaces.
Je sens que quelque chose t'ennuie Aliania, est-ce que tu veux en parler ?
Ce n'est pas vraiment important...
Si je parviens à percevoir que tu es préoccupée, c'est que c'est important. Je te connais.
Pour faire court, je me suis disputée avec Aliana il y a quelques temps. Entre temps, j'ai fini par apprendre que son compagnon la brutalisait et que ce salop est en plus celui qui s'est allié avec Prestya pour couper nos liens magiques. Du coup, j'ai tenté de la sortir de ses griffes mais ça n'a pas vraiment fonctionné. Résultat, j'ai une sœur désorientée en fuite et un puissant démon qui est passé du statut d'ami à ennemi mortel.
Oh...
Ouais « oh » comme tu dis. Tu vois maintenant pourquoi je ne suis vraiment pas d'humeur à « échanger » dans les chefs de ces lieux. Mais puisque je suis là, il faut que je fasse quelque chose que j'aurais du faire il y a longtemps...
De quoi s'agit-il ?
L'elfe hésita un moment avant de murmurer :
Lorsque... nous étions dans la rivière, Alana et moi étions connectées. Je ne sais pas comment mais... mais elle savait qu'elle... qu'elle n'allait pas se réveiller, confia-t-elle la voix douloureusement tendue. Elle m'a alors chargée de transmettre différents messages. L'un des destinataires se trouve ici... Je dois le lui délivrer, souffla-t-elle en essuyant précipitamment une larme qui s'était échappée.
Alors, à la grande surprise du rôdeur, la guerrière commença à hoqueter et sangloter. Sans hésiter, il la prit dans ses bras protecteurs et lui caressa tendrement les cheveux d'un geste apaisant.
Je ne l'avais encore jamais dis à personne, gémit-t-elle. Je suis désolée, je... je ne voulais pas... je... c'est atroce comme elle me manque ! Pourquoi... pourquoi ça nous ai arrivé ? Elle ne... méritait pas ça ! C'est moi qui… qui aurait dû être à sa place ! Et maintenant, je suis toute… toute seule, pleura-t-elle en perdant totalement le contrôle d'elle-même. J'aurais du... j'aurais du clapser à sa place !
Elle se laissa tomber au sol secouée de spasmes déchirants. L'homme qui l'avait retenue dans sa chute la serra davantage contre lui en s'appuyant lui-même contre l'écorce de l'arbre. Il se contenta de l'écouter tenir des propos de plus en plus incohérents en la berçant doucement. Au bout d'un certain temps, il sentit sa respiration s'apaiser peu à peu et ses larmes se tarirent. L'elfe avait fermé les yeux et semblait être assoupie. C'est à ce moment-là que le reste de la Communauté décida de rentrer dans l'espace des dortoirs. Legolas fronça légèrement des sourcils en voyant la femme qu'il aimait endormie dans les bras de leur nouveau guide. Inconsciemment, il éprouvait une certaine jalousie envers le rôdeur qui de toute évidence avait réussi à se laisser approcher par son ancienne compagne. Il lança un regard interrogatif à son ami qui haussa subtilement des épaules. En la contemplant avec plus d'attention, il remarqua ses joues rougies ce qui eut le mérite d'effacer toute trace d'animosité dans son cœur. Si Aliania était mal au point de s'effondrer devant quelqu'un, alors il valait mieux qu'elle déverse ses sentiments par des larmes que par le sang.
Le lendemain matin, ils furent réveillés par les rayons de lumière qui transperçaient les feuillages des arbres. L'elfe brune grogna. Elle ne voulait pas ouvrir les yeux tellement elle était bien installée. Contre quoi était-elle installée d'ailleurs ? C'était très confortable et ça respirait ! Soudain, les paupières se levèrent pour tomber sur une masse emmêlée de cheveux bruns ondulés. Se redressant, elle rencontra le regard moqueur de son ami qui devait se douter qu'elle ne se souvenait pas où elle s'était endormie.
Étrange, murmura-t-elle en s'étirant.
Qu'est-ce qui étrange ? s'enquit celui qui lui avait fait office d'oreiller.
Tu n'entends pas ?
Je n'entends rien.
Justement, il n'y a pas de chants d'oiseaux. Normalement, il y en a toujours un pour venir te siffler dans les oreilles le matin.
Nous n'avons pas entendu d'oiseaux depuis notre arrivée.
C'est qu'ils ont été plus malins que nous et sont partis loin de la guerre, soupira la sorcière en se mettant sur ses pieds. Sois franc : j'ai l'air d'une idiote qui a pleurniché toute la nuit ? demanda-t-elle sans détour en lui montrant ses propres pupilles.
Ça peut passer pour de la fatigue, mentit Aragorn en retenant un sourire.
Menteur ! fit la jeune femme non dupe.
Étouffant un flot d'injures entre ses dents, elle fit couler de l'eau cristalline sur son visage marqué par ses anciens pleurs. Lorsqu'il la vit sur le point de quitter l'espace de nuit, il lui demanda où elle allait. Cette dernière lui promit de revenir vers eux dès qu'elle aurait accompli une tâche importante. Aliania déambula parmi les maisons des gardes. Elle croyait se souvenir où demeurait Lendiwëll. Par un heureux hasard – et qui obligeait la jeune femme à aller jusqu'au bout de sa démarche – son ancien futur beau-frère s'affairait en bas de son arbre à façonner son arc. Lorsqu'il leva la tête, il crut d'abord être sujet à une hallucination. C'était impossible, ce ne pouvait pas être sa défunte promise qui le fixait en ce moment-même !
Bonjour Lendiwëll… murmura-t-elle à mi-voix mal à l'aise.
Dame Aliania ? tenta-t-il peu sûr de lui.
Oui, c'est moi. Est-ce que je peux… vous parler ?
Oui, bien sûr. Veuillez m'excuser, je ne m'attendais pas à… à vous voir, balbutia-t-il en la dévisageant.
Si ça peut vous rassurer, moi non plus je ne m'attendais pas à revenir en Lorien.
Elle comprenait la réaction du garde. Après tout, sa visite devait lui procurer un coup au cœur. La voir devait raviver une profonde douleur en fond de son âme. Il est vrai que cela ne devait pas être évident d'avoir l'impression de parler à la personne qu'on aime et d'avoir conscience que ce n'est pas le cas.
Pourquoi vouliez-vous me voir ?
Je ne sais pas ce que vous avez enduré depuis que… depuis qu'elle est partie. Je suis désolée si ma venue vous blesse car telle n'est pas mon intention. Avant de nous quitter, Alana m'a demandé de vous transmettre un message. Elle voulait vous rassurer en vous disant qu'elle allait bien et vous demande de… de continuer à vivre…
En entendant ces propos, l'elfe blond ne peut retenir ses larmes et se détourna de la sorcière pour qu'elle ne le voie pas pleurer.
Je sais que c'est dur à entendre, lui souffla-t-elle d'une voix douce, et j'aurais dû trouver la force de vous le dire avant. Vous l'avez rendue heureuse Lendiwëll et pour cela, elle vous en sera éternellement reconnaissante. Elle vous aimait tellement qu'elle souhaite que vous continuiez votre chemin avec toutes les nouvelles rencontres que cela implique…
Le pourriez-vous ? s'enquit-il d'une voix rauque.
Quoi ?
Continuer à vivre.
Je meurs un peu plus chaque jour sans elle… admit-elle en sentant les larmes remonter une nouvelle fois. Le fait est que je ne pourrai jamais reprendre une vie normale. Elle s'est arrêtée le jour où son cœur a cessé de battre. Mais je n'aurai de repos que lorsque ceux qui ont contribué à sa perte pourriront à dix pieds sous terre !
Alors nous sommes deux à avoir cessé de vivre, accorda-t-il tristement.
Un lourd silence s'installa entre les deux personnes endeuillées et ne fut rompu que par l'ordre de rassemblement lancé dans le lointain par Haldir. S'excusant, il prit son carquois et s'éloigna après un léger hochement de tête. La guerrière expira profondément : elle avait enfin réussi à lui délivrer le message.
Hey Sol ! Tu viens avec nous à Pré-au-lard ? l'apostropha Ron dès que l'elfe apparut dans la cour de Poudlard.
Il y a des chances ! répondit-elle ravie de se changer les idées après son passage éclair en Lorien.
Amusez-vous bien... leur souhaita Harry tout en tentant de cacher sa déception de ne pas avoir eu l'autorisation de se rendre lui aussi au village sorcier.
T'inquiète pas, je te promets qu'on te ramènera plein de bonnes choses de chez Honeyduckes et Zonko, poursuivit le rouquin.
Ana ne vient pas ? réalisa l'elfe étonnée.
Je crois qu'elle a été voir McGonagall, ne me demande pas pourquoi, dit son protégé en haussant des épaules.
D'accord, à tout à l'heure ! lui répondit-elle avant un petit sourire compatissant.
Une fois arrivée dans la rue principale de Pré-au-lard, ils se dirigèrent directement vers Honeyduckes, le magasin de confiseries. Objectivement, c'était un véritable paradis pour les enfants et les adolescents : des milliers de bonbons multicolores attiraient les regards des gourmands depuis les immenses bocaux dans lesquels ils étaient stockés. La diversité des goûts et des effets de ces sucreries magiques était assez impressionnante. L'odeur sucrée émanant de la boutique fit grimacer la guerrière. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas mis les pieds dans un magasin entièrement dédié à de la nourriture. Retenant son souffle, elle se faufila à l'intérieur bondé. Hermione et Ron étaient déjà en train de remplir un énorme sachet pour le ramener à Harry. Ils étaient en train de débattre sur ce qu'il serait susceptible d'aimer ou non lorsqu'ils furent interrompus par... le garçon lui-même !
Harry ! Mais qu'est-ce que tu fais là ? s'exclamèrent-ils en chœur.
Alors, on fait le mur mon grand ? sourit Soledad narquoise. Comment as-tu fait pour sortir sans te prendre par Rusard ?
Fred et Georges m'ont donné une carte magique qui s'appelle la carte du Maraudeurs. Elle montre sept passages secrets qui mènent à l'extérieur du château. Ça montre aussi où se trouve chaque personne !
Mais Harry ne va pas la garder, il va la confier au Professeur McGonagall, les interrompit la jeune fille.
Pourquoi cela ? s'offusquèrent-ils.
À cause de Sirius Black. Les professeurs doivent savoir qu'il existe d'autres moyens pour rentrer dans Poudlard.
Harry s'empressa de lui expliquer que Rusard en connaissait déjà quatre, qu'un autre finissait sous le Saule Cogneur donc que personne ne pourrait en sortir et que celui qu'il avait emprunté finissait dans la cave de la boutique et que personne ne pouvait découvrir son existence. Soledad repensa soudainement au souvenir de Lupin quant à l'entrée se situant sous l'arbre déchainé. Elle ne savait toujours pas où le passage menait concrètement, mais elle avait la certitude que la maison délabrée pouvait être accessible à n'importe qui. De ce fait, la probabilité pour Black réussisse à rentrer n'était pas nulle, d'autant plus que cela était déjà arrivé une fois. Les Détraqueurs avaient beau patrouiller en ville dès la tombée de la nuit, le criminel pouvait très bien trouver un moyen de détourner leur attention. Hermione non plus ne semblait pas convaincue par les arguments de son ami. Changeant de sujet, Ron les entraina dans la rue pour faire visiter à son ami le reste du village.
Sol ! cria une voix suraigüe.
Avant que l'elfe n'ait eu le temps de comprendre d'où elle venait, une petite forme se rua sur elle pour l'enlacer. Se remettant de cet instant de surprise, elle rendit l'étreinte à l'enfant et la prit dans ses bras.
Mélissa ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? Où sont tes parents ?
MELISSA ! Ne me fais plus jamais une frayeur pareille ! la gronda Madame Peterson qui arrivait en courant, les bras chargés de sacs de courses. Soledad, c'est bien toi ? s'arrêta-t-elle surprise.
Salut Marie, la salua-t-elle tout sourire. Comment ça va depuis le temps ?
Ça va et toi ? Je ne m'attendais pas à te voir ici. Tu as reçu mes messages ?
Oui, ça va. Je les ai reçus mais je n'ai pas eu l'occasion de passer...
Tu es libre ce soir ? la coupa-t-elle.
En théorie oui.
Viens chez nous alors, ça nous ferait super plaisir. Mélissa n'arrête pas de nous demander quand est-ce que tu passeras.
Vraiment ? s'étonna l'elfe.
Une vraie machine à question à laquelle on aurait oublié d'installer le bouton off... Alors, c'est oui ? Matthew sera là aussi.
Dis oui, dis oui, dis oui ! la supplia l'enfant en resserrant son étreinte.
C'est d'accord. Mél ma chérie, tu m'étouffes là ! protesta-t-elle gentiment en la reposant à terre.
Bon, on se dit à ce soir alors ? Je dois finir de faire les courses... En plus, Mélissa est infernale à l'approche de Noël.
Une enfant de sept ans infernale une semaine avant la venue du Père Noël ? Je ne comprends vraiment pas pourquoi, souligna la guerrière en faisant un clin d'œil complice à l'enfant qui rigolait. Bon allez, à ce soir !
Qui était-ce ? se renseigna Ron une fois qu'elles furent parties.
Une amie, éluda l'elfe qui ne désirait pas dévoiler la façon dont elle les avait rencontrées.
On va boire un verre ? proposa Harry frigorifié étant donné qu'il n'avait pas pris de cape.
Si tu veux, on va te faire découvrir la Bièraubeurre ! s'enthousiasma Hermione. Venez !
Le Trio d'Or et l'elfe prirent place autour d'une table ronde. Le bar était presque aussi bondé qu'à la confiserie. Au bout de quelques minutes de plaisanteries, Harry faillit s'étrangler lorsqu'il vit la porte s'ouvrir sur les Professeurs McGonagall et Flitwick ainsi que sur Hagrid, Ana et le Ministre de la Magie.
Planque-toi Harry ! souffla Soledad tandis que les deux autres Gryffondors le forcèrent à aller sous la table.
Hermione eut l'excellent réflexe de faire léviter un gros sapin pour permettre à Harry de se dissimuler derrière. Il était temps car les cinq nouveaux arrivants s'installèrent à la table d'à côté tout en conviant Madame Rosmerta à les rejoindre. Cornélius Fudge commença à raconter à la barmaid qu'il pensait que Black se trouvait toujours dans le coin depuis Halloween. La gérante en profita pour lui reprocher la présence effrayante des Détraqueurs qui faisaient fuir les clients du soir. Le Ministre lui fit remarquer que la sécurité passait avant tout. C'est alors que la femme avoua que jamais elle n'aurait cru que le jeune garçon qu'elle avait connu aurait tourné aussi mal.
Comment était-il plus jeune ? s'enquit Ana curieuse.
C'était un gentil garçon – turbulent certes ! – mais adorable avec le cœur sur la main. Il ne se séparait jamais de son meilleur ami. Quels farceurs ils faisaient ce Sirius Black et ce James Potter !
James Potter ? articula l'elfe ébahie. Le père d'Harry Potter ?
Oui, cela vous étonne n'est-ce-pas ? souligna le Professeur McGonagall. Ils dirigeaient à eux deux une petit bande fort sympathique qui a causé pas mal d'ennuis à Poudlard. Ils étaient tellement liés tous les deux qu'ils ne se sont plus jamais quitté, même une fois leur scolarité achevée. D'ailleurs, je crois bien me souvenir que Black a été le témoin au mariage des Potter. Et le pire dans tout ça, c'est qu'il a été désigné pour être le parrain du petit ! Fort heureusement, le jeune Potter n'ait au courant de rien, vous imagineriez le choc autrement ?
Effectivement, ça risque d'être difficile à entendre...
Et Black s'est allié à Vous-Savez-Qui ? murmura Madame Rosmerta choquée.
C'est pire qu'une simple alliance, confia Fudge à voix basse. Black, en tant que plus fidèle serviteur, a vendu les Potter à Vous-Savez-Qui ! Le couple savait qu'il était traqué alors il a demandé à une personne de confiance de devenir leur Gardien du Secrets pour le sortilège du Fidélitas. Cela leur permettait de cacher leur maison aux yeux de Vous-Savez-Qui tant que la personne de confiance – Black en l'occurrence – ne les trahissait pas. Or, il a révélé son vrai visage un soir d'Halloween en indiquant où se trouvait la famille de son meilleur ami. Le Seigneur des Ténèbres a été vaincu ce soir-là ce qui a mis Black en fâcheuse posture. Il a du fuir. Cependant, il n'avait pas prévu qu'un de ces anciens amis se mettrait à sa recherche pour se venger...
J'ai vu Black lorsque j'ai été récupérer Harry dans les décombres encore fumant de sa maison ! Il était effondré... Mais comment aurais-je savoir qu'il déplorait la perte de son maître plutôt que de ses amis. Heureusement que j'ai refusé de lui confier Harry vu que Dumbledore m'avait ordonné de le lui ramener. Et qu'est-ce que j'ai fait ? J'AI CONSOLÉ CE TRAÎTRE ASSASSIN ! rugit le garde-chasse en attirant tous les regards sur eux.
Chut, moins fort Hagrid ! le réprimanda la Sous-directrice.
Après il est reparti en me laissant sa moto volante prétextant qu'il n'en aurait plus besoin.
Il est fort heureux que sa fuite n'a pas duré longtemps. Le lendemain, les Aurors l'ont rattrapé, n'est-ce-pas ?
Ce n'est pas le Ministère qui l'a trouvé en premier, déplora Cornélius Fudge. C'est un des leur ami, Peter Pettigrow, qui s'est lancé à sa poursuite.
Le petit garçon grassouillet qui suivait partout Potter et Black comme s'ils étaient des Dieux ? intervient la barmaid en fronçant les sourcils.
Oui, lui-même. Jamais je n'aurais cru qu'il trouverait le courage de faire face à Black. Cela lui a coûté la vie ainsi qu'à une douzaine de moldus innocents. Un doigt : c'est tout ce qu'on a retrouvé de lui. Les témoins disent qu'il a juste eu le temps de crier « Lily et James ! Comment as-tu pu faire ça, Sirius ? » avant de se faire exploser. On a coincé Black qui riait aux éclats dans la rue. Il est complètement fou !
Les professeurs repartirent en direction du château après avoir convier le Ministre de rester dîner avec eux. Soledad, Hermione et Ron regardèrent Harry qui était totalement figé sous la table. L'elfe soupira : elle savait qu'un jour ou l'autre son protégé découvrirait le pot aux roses. Il ignorait juste comment.
Le retour à Poudlard fut fait dans un silence de mort. Personne n'osait dire quoique ce soit bien qu'ils se jetaient tous des regards en coin remplis d'inquiétude. Harry était reparti seul dans le souterrain et cela rendait anxieuse sa protectrice. Qui sait ce qu'il pouvait passer par la tête de jeune garçon en ce moment ? L'elfe aurait aimé discuter avec Ana de ce qu'il venait de se produire mais elle allait être en retard chez les Peterson. Aussi décida-t-elle d'aller chez ses amis pour se vider l'esprit et de s'occuper d'Harry en rentrant.
Quelques heures plus tard, Soledad revient à Poudlard le sourire aux lèvres. Elle venait de passer une excellente soirée chez les Peterson. La petite Mélissa était vraiment adorable et faisant beaucoup rire l'elfe. Elle l'avait obligé à promettre de revenir durant les vacances de Noël pour lui apprendre à danser. Son sourire s'effaça lentement lorsqu'elle aperçut le château qui se découpait dans la nuit. Les souvenirs de l'après-midi affluèrent d'un coup dans son esprit. Elle s'installa sur la rambarde du pont et se mit à réfléchir. Pauvre Harry... Il devait se sentir trahi par tout son entourage et elle ne pouvait pas l'en blâmer. En se mettant à sa place, elle se dit qu'elle aurait tout cassé sur place. Ses pensées furent interrompues par l'arrivée discrète d'une personne derrière elle.
Miss Lopès ? Ôtez-moi d'un doute : vous n'allez pas sauté dans le vide ?
Pourquoi ferais-je cela ? répondit-elle véritablement surprise par la question du lycanthrope.
Il n'est guère prudent de s'asseoir sur une rambarde de bois face à un précipice d'une centaine de mètres.
Alors il faut croire que j'aime vivre dangereusement, lâcha-t-elle légèrement narquoise. Qu'est-ce que vous faites debout ?
Une insomnie et vous ? dit-il d'une voix légère.
Je ne suis pas une grande partisante du « coucher tôt », fit-il en haussant des épaules.
Peut-être est-ce pour fuir de vilains cauchemars ? tenta-t-il vaillamment après un moment de silence.
Alors nous y voila ? expira l'elfe bruyamment pour lui montrer son exaspération.
Comment ?
On arrive au moment où vous vous tentez de me psychanalyser et où moi je vous envoie bouler en force !
Loin de moi l'idée de vous psychanalyser Soledad, je me disais juste que nous pourrions parler de ce qu'il s'est passé l'autre jour...
Je suis désolée pour les désagréments causés mais je vous avais dit de rentrer de votre salle de classe lorsqu'Arthélius est arrivé !
Ce que j'ai vu... ce sont vos souvenirs n'est-ce pas ? Ces évènements ont vraiment eu lieu ?
Je ne sais pas tout ce que vous avez vu mais ça n'aurait jamais du arriver, grogna-t-elle dangereusement. Ils ne vous regardent en rien !
Avez-vous déjà pensé à en parler à quelqu'un ? se renseigna-t-il doucement.
Non mais c'est une blague ? commença la guerrière sur la défensive.
Les traumatismes que vous avez subis ne peuvent pas être surmontés seuls Soledad, murmura-t-il calmement. Votre souffrance est compréhens...
Est-ce que j'essaye de vous prendre la tête avec votre passé ? la coupa-t-elle abruptement. NON, je ne crois pas ! Alors vous n'avez pas intérêt à parler à qui que ce soit du mien !
Vous saviez déjà que j'étais devenu un loup-garou. Alors, j'imagine que si vous étiez dans mon esprit, vous avez revu tous les ennuis et toutes les moqueries qui ont suivi ma transformation. Je me trompe ?
Non... N'empêche que je ne me permets pas de vous saouler avec votre passé. Je vis avec mon passé, je n'ai pas le choix ! Il est hors de question que quelqu'un le fouille ! Les morts font partis de la vie et peu importe qu'elles aient été violentes et inattendues ! Lorsqu'on nait pour combattre le mal, on doit se faire à l'idée que l'on marche aux côtés de la Grande Faucheuse en permanence. Il ne peut en être autrement ! cria-t-elle les larmes aux yeux. Il n'y a qu'une chose à faire : oublier et avancer ! Vous saisissez ?
Selon vous, il n'y a qu'une chose à faire : laisser du temps au temps... conclut-il en lui posant une main apaisante sur l'épaule.
Alors, alors ? Qu'en avez-vous pensé ? Ce chapitre vous aide-t-il à mieux comprendre certaines choses ?
A très bientôt chers lecteurs et merci beaucoup de votre suivi régulier !
