Bonjour tout le monde !
Comment allez-vous ? Personnellement, ça va super ! (un niveau diplôme en poche depuis vendredi ! :D Et vous, les exams, c'est bon ?).
Bon, j'arrête de vous saoûler en paroles et suspense ; quoique certains risquent de m'étrangler (au passage, je rappelle que toute tentative de meurtre sur l'auteur est interdite ^^) vu où j'ai coupé mon chapitre. XD

Bonne lecture !


Chapitre 22 – Une page se tourne

Étonnamment, Soledad ne demanda pas férocement à l'enseignant de retirer sa main de son épaule. Néanmoins, elle se dégagea doucement de ce contact et murmura :

- Harry sait.

- Je vous demande pardon ?

- Il sait que Black est son parrain et qu'il a trahi ses parents.

- Comment l'a-t-il su ? balbutia le Professeur Lupin.

- Peu importe comment. L'importance est de savoir quoi faire maintenant.

- Comment a-t-il réagi à la nouvelle ? s'inquiéta-t-il.

- On ne peut pas dire qu'il ait fait des bonds de joie… ironisa-t-elle. Je ne serais pas étonnée qu'il se conduise bizarrement les prochains jours.

- Que peut-on faire ? soupira le lycanthrope.

- Gardez à l'esprit qu'il n'est pas censé savoir que vous savez qu'il sait. Et en plus, il ne sait pas – du moins pas encore – que vous étiez ami avec son père et Black. Votre nom n'est apparu nulle part dans la conversation malencontreusement entendue. Vous me suivez jusque-là ? s'enquit la sorcière qui décelait de l'incompréhension dans le regard de l'enseignant.

- Oui, je pense. Donc selon vous, je ne dois pas réagir sous peine de me trahir.

- Si vous tenez à lui apprendre la vérité, grand bien vous fasse ! Simplement, ne soyez pas surpris s'il vous place sur la liste des gens qui l'ont trahi. Je vais essayer de lui parler mais ce n'est pas gagné vu l'ampleur des dégâts !

- Je peux vous poser une question ? l'interrompit-il calmement.

- Faut voir…

- Pourquoi est-ce que vous chantez et dansez tout le temps ?

- Dumbledore ne vous l'a pas dit ? sourcilla l'elfe qui ne s'attendait d'ailleurs pas à cette question.

- Dumbledore est un grand homme qui a néanmoins du mal à répondre une question sans en formuler une autre en guise de réponse.

- Ah, vous avez remarqué vous-aussi ? ricana la jeune femme. Dans ce cas, je vais tâcher de vous répondre le plus simplement possible. Il existe des personnes dans le monde que l'on nomme des « canaliseurs ». Ce n'est pas terrible comme nom mais c'est assez révélateur de leur fonction. Ces personnes ont la particularité de capter les énergies émises par les sorciers et mêmes les moldus. Ils les canalisent en eux et ça leur permet de déployer une grande source de puissance magique. Ils peuvent même la redistribuer entre les émetteurs s'ils le désirent. Je sais que ça peut paraître très bizarre à vos yeux, mais lorsque les gens chantent et dansent, ils créent une immense vague d'énergie. Les canaliseurs n'ont donc plus qu'à se servir pour concentrer puis déployer les pouvoirs en masse. Personne ne sait d'où ces capacités proviennent. Quasiment toutes les femmes de ma famille possèdent ce don. Étant donné que notre rôle est de protéger différents peuples, on se sert beaucoup de ce concept de canaliseur pour les défendre. Il est de coutume d'organiser des épreuves qui sont en fait des sortes de tests. Plus on réussit, et plus on obtient des récompenses. Ça peut être des fioles de potions rares, des avantages ou privilèges – du style avoir le droit de siéger au prochain Haut Conseil – où encore euh… je ne sais pas, des armes par exemple. Il faut bien l'avouer, reprit l'elfe après une courte pause, si on accepte de se plier à ce genre de tests, c'est plus pour montrer aux uns et aux autres de quoi on est capable. La plupart du temps, on se moque pas mal des récompenses…

- En gros, il s'agit plus de frime que d'enjeux réels ? résuma Lupin dubitatif.

- En gros, c'est ça. Je vous l'accorde : c'est complètement con ! concéda l'elfe blasée. Mais bon, ça permet quand même de garder un certain niveau physiquement et puis, sans voir le côté artistique qui est sympathique, ça apprend aux guerriers à coordonner leurs mouvements. Alors, satisfait de la réponse ?

- J'adorerais vous voir chanter et danser, admit-il un son traditionnel doux sourire.

- Bon, il se fait tard, non ? esquiva Soledad. Vous n'avez pas cours demain ?

- Étant donné que demain, nous serons dimanche – en réalité, nous sommes déjà dimanche vu l'heure – non, je ne donnerai pas de cours. D'autant plus que ce sont les vacances de Noël. Si vous voulez toujours essayer de vous faire passer pour une élève, évitez d'oublier la date des vacances, lui conseilla-t-il en étouffant un rire.

- Si seulement les vacances des gosses pouvaient réellement signifier des vacances pour moi… grommela la sorcière en s'éloignant à pas feutrés dans la nuit.

Elle retourna à la Tour Gryffondor dans l'optique de pouvoir faire un somme. Bien qu'elle n'ait mené aucun combat aujourd'hui, elle se sentait fatiguée et n'aspirait qu'à se poser dans un fauteuil près de la cheminée. Elle sentit son espoir se réduire à néant lorsqu'elle vit que la Salle Commune accueillait déjà un élève insomniaque.

- J'aurais dû me douter que tu ne dormirais pas Harry, dit-elle en s'asseyant près du jeune garçon qui avait à peine sursauté en la voyant arriver. Comment tu te sens ?

- À ton avis ? lui répliqua-t-il amer.

- En colère et dégoûté de la vie, répondit-elle aussitôt.

- Puisque tu le sais, pourquoi tu me poses la question ? marmonna-t-il grognon.

- Tu n'as pas eu de problèmes pour retourner à Poudlard cet après-midi ? s'enquit l'elfe pour désamorcer la tension qui s'installait entre eux.

- Non, grinça-t-il entre ses dents. C'était bien ta soirée ?

- Ouais, ça va. Il n'y a pas eu d'engueulades ou de tentatives de meurtres, ça change ! plaisanta-t-elle.

- Pourquoi personne ne m'a rien dit ? la coupa-t-il sans préambule.

- Sans doute pour te protéger… murmura-t-elle légèrement honteuse à la pensée qu'elle était au courant et que s'il venait à l'apprendre, il risquait de lui en vouloir.

- C'est stupide !

- Les adultes font souvent des choses stupides en prétextant vouloir protéger les plus jeunes, déclara Soledad d'un ton morne. Avec du recul, ils réalisent parfois qu'ils ont eu tort d'agir de la sorte. Cela partait pourtant d'une bonne attention à la base. Le fait est que personne n'a voulu te blesser Harry. Ils pensaient avant tout à ta protection.

- Tu étais au courant ? l'agressa-t-il subitement.

- Que Black est ton parrain ? Oui… Mais je l'ai deviné il n'y a pas longtemps ! se défendit-elle lorsqu'elle vit le garçon ouvrir la bouche prêt à s'insurger. Je les avais prévenus que lorsque tu viendrais à l'apprendre, tu serais furieux ! Mais ils ont estimé que tu ne le découvrirais jamais…

- Qui ça « ils » ?

- Harry, s'il y a une chose que tu dois bien retenir sur mon compte, c'est que je ne révèle jamais le nom de mes sources. Et puis, la vraie question n'est pas là. Qu'est-ce que tu comptes faire de cette information ?

- Je viens d'apprendre qu'il me reste une personne de ma famille mais que c'est justement celle-ci qui est responsable de la mort de mes parents et d'une douzaine de moldus en plus. Je comprends mieux maintenant pour Arthur Weasley m'a demandé de ne pas chercher Black par moi-même à la rentrée. Et Malefoy qui m'a dit qu'à ma place, il chercherait à se venger. Ils étaient tous au courant ! Même toi, tu m'as trahi Sol. Je ne vais pas rester les bras croisés à rien faire !

- Je comprends ta colère et je la respecte. Mais il est hors de questions que tu te mettes à la poursuite de Black, s'exclama la sorcière en le fixant droit dans les yeux. En plus, le gars n'attend qu'une seule occasion pour t'atteindre !

- Parfait, dès que je le verrai, je le tuerai.

- Arrête Harry, tu n'es pas un meurtrier, tu ne sais pas et n'auras jamais à savoir ce que ça fait de devoir ôter la vie d'une personne, tenta-t-elle de le raisonner. Ne t'abaisse pas à son niveau !

- Je vais me coucher, bonne nuit ! lâcha-t-il avant de monter les marches quatre à quatre.

- Que lui arrive-t-il ? s'éleva une voix féminine en haut de l'escalier.

- Ana ? Pourquoi ne dors-tu pas ? s'étonna sa sœur adoptive.

- Je n'ai pas sommeil, haussa-t-elle légèrement des épaules d'un ton désinvolte. Qu'est-ce qu'il se passe avec Harry ? Il semble perdu depuis que nous sommes rentrés de Pré-au-lard.

- La prochaine fois que tu décides de discuter avec les profs, assure-toi qu'aucun élève ne puisse vous entendre avant…

- Pardon ?

- Les Trois Balais. Ron, Hermione, Harry et moi-même y étions lorsque vous avez parlé de Black.

- Mais Harry n'a pas le droit de sortir en dehors de Poudlard !

- C'est un adolescent Ana ! Il se fiche pas mal de ne pas avoir l'autorisation de sortie pour aller faire les boutiques avec ses amis.

- Pourquoi l'as-tu laissé sortir ?

- D'abord parce que je ne savais pas qu'il allait nous rejoindre, et puis ensuite parce que je ne suis ni sa mère, ni son professeur. D'accord, il a fait le mur et alors ? Tu ne l'as jamais fait plus jeune ? Ah non c'est vrai, se reprit-elle après un court instant de réflexion, j'oubliais que je m'adressais à une parfaite petite demoiselle.

- Aurais-tu quelque chose à me dire ? s'enquit Ana sur ses gardes.

- Non, du tout. Je te faisais juste remarquer que tu ne peux peut-être pas comprendre totalement le comportement normal d'un adolescent qui se rebelle vu que toi-même tu n'as jamais commis d'erreur si ce n'est avoir cueilli un fruit dans le verger sans autorisation ! débita l'elfe sans reprendre son souffle.

- En résumant, je suis trop bien élevée pour pouvoir saisir ce qu'il y a de grisant au fait de transgresser les règles ?

- Si tu savais à quel point c'est libérateur de briser les règles, tu l'aurais fait depuis longtemps ma belle ! déclara Soledad d'un ton détaché. Bref, tout ça pour dire que le fautif n'est pas celui qui a enfreint le règlement mais ceux qui n'ont pas su tenir leurs langues dans un lieu public bondé. Tu as les profs dans ta poche toi en fait ?

- Les profs dans ma poche ? Qu'est-ce que cela signifie ? se renseigna l'elfe perplexe.

- Tu es dans leurs bonnes grâces ? reformula la guerrière.

- Je m'entends plutôt bien avec la plupart d'entre eux si c'était le sens de ta question. Tu serais surprise de constater combien il est facile d'être ami avec les gens lorsqu'on ne passe pas son temps à les agresser, souligna-t-elle d'un air entendu.

- Quoi ? Tu sous-entends que je suis agressive ? s'offusqua son interlocutrice pour la forme.

- Régulièrement, oui !

- Oh ! Si peu…

- Je veux rentrer, déclara-t-elle brusquement.

- À Imladris ?

- Oui, après tout, ce sont les vacances et tu es souvent dans le coin alors je veux retourner en Terre du Milieu jusqu'à la rentrée, précisa Ana l'air fatigué.

- Tu n'es pas obligée de rester ici, l'informa la guerrière platement, concrètement, je n'ai pas d'ordres à te donner.

- En tant que Protectrice supérieure… commença sa sœur adoptive.

- Tu n'es pas une guerrière, la compléta Soledad d'un haussement d'épaules. Il n'y a donc pas de lien de subordonnisation. Tu es libre d'aller où ça te chante.

- Au fait, des nouvelles de la Communauté ?

- Toujours en Lorien…

- Comment se sont passées les retrouvailles avec la famille ?

- En fait, il n'y a pas vraiment eu de discussion, je me suis assurée que les autres étaient bien là et je suis repartie.

- Les Seigneurs de Lorien n'ont pas voulu te parler ? s'étonna Ana dubitative.

- Disons plutôt que je n'ai pas accepté de dialoguer avec eux.

- Il le faudra bien un jour Aliania.

- Ils voulaient me parler de ce qu'il s'était passé à Imladris ! s'agaça-t-elle. Qu'est-ce que je pourrais leur raconter de plus que ce qu'ils ne savent déjà ? Il n'y a rien à dire de plus, je ne veux pas revenir là-dessus.

- Peut-être qu'eux ont besoin d'avoir ta vision des faits et qu'ils veulent juste s'assurer que tu ailles bien malgré les circonstances, tenta la pseudo Gryffondor.

- Ne me fais pas rire… bougonna-t-elle blasée en s'étirant.

- Va dormir si tu es fatiguée, proposa Ana en la dévisageant.

- Je te renvoie la proposition, tu commences à avoir des cernes ! Pourquoi tu m'as dit tout à l'heure que tu n'avais pas sommeil alors que ça crève les yeux que tu es morte de fatigue ?

- Cet endroit commence à me rendre malade… murmura-t-elle gênée.

- Comment cela ?

- Ce n'est pas vraiment l'endroit, c'est plutôt … la proximité de ces viles créatures, les Détraqueurs…

- Ana, ils sont à l'extérieur du parc. Au pire, si tu ne veux pas passer devant eux quand tu sors de l'enceinte de Poudlard, je te montrerais un moyen de les éviter.

- Mais je sens leur présence depuis ici Aliania ! Tu sais combien les elfes sont sensibles aux énergies négatives, tu dois bien les sentir toi-aussi !

- En vérité, non, répliqua-t-elle en s'enfonçant dans le fauteuil. Tant que je n'en vois pas un en face, ça ne me fait rien. Faut croire que je côtoie suffisamment les forces maléfiques pour ne plus être déstabilisée par leurs effets à distance.

- Et que t'arrive-t-il lors qu'ils apparaissent devant toi ?

- Ce n'est pas trop difficile à deviner, éluda Soledad d'une voix froide. Et toi ?

- Des choses que j'avais depuis longtemps enfouies en moi…

- Tu veux en parler ? lui demanda plus doucement celle qui lui servait souvent de confidente.

- Non, je veux juste faire une pause.

- Est-ce que ça a un rapport avec l'Epouvantard ? se remémora soudainement l'elfe.

- Je crois, esquiva-t-elle à son tour. Ouvre-moi le portail, je n'ai plus de pierre pour l'ouvrir.

- Comment ça se fait ? l'interrogea la princesse méfiante.

- Elle est juste déchargée, je demanderai à la Dame Léïa de la réapprovisionner en énergie.

- D'accord, acquiesça-t-elle en accédant à sa requête. À plus tard !

Après avoir jeté un bref coup d'œil à l'horloge, la jeune femme soupira et étouffa un bâillement. Il ne lui restait que trois heures avant que le peu d'élèves restants ne se lèvent. Fermant les yeux, elle s'allongea sur le canapé non loin des braises à peine rougeoyantes. Elle s'endormit rapidement et rejoignit le pays des songes qui se peuplait plus de cauchemars terrifiants que de rêves agréables.

Le lendemain après-midi, Ron et Hermione suggérèrent à Harry de rendre visite à Hagrid afin de lui faire penser à autre chose qu'à son traître de parrain. Malheureusement pour eux, Harry accepta dans l'optique d'interroger le garde-chasse sur son silence. Soledad les suivit : elle n'avait guère mieux à faire de toute façon. Ana étant partie, elle se devait de veiller un maximum sur son protégé. Lorsqu'ils toquèrent à la porte du demi-géant, celui-ci ne leur répondit pas et de drôles de bruits atteignirent les plus fines ouïes. Le Survivant redoubla d'effort pour attirer l'attention du propriétaire qui finit par venir leur ouvrir la porte, les yeux étonnement rougis. L'homme se jeta misérablement dans les bras du garçon qui eut du mal à rester en équilibre. Hermione s'empressa de lui demander ce qui n'allait pas. Se mouchant, il désigna une lettre ouverte sur la table. Après l'avoir lue, la jeune fille informa les autres que le Conseil d'Administration de l'école reconnaissait l'innocence de Hagrid dans l'incident avec Malefoy et l'hippogriffe mais que ce dernier ferait l'objet d'une enquête approfondie afin de s'assurer qu'il n'était véritablement pas dangereux pour les sorciers. Dans l'esprit du garde-chasse, Buck était déjà condamné… Le Trio d'Or lui assura qu'ils allaient tout faire pour préparer sa défense pour le procès fixé au 20 avril. D'ailleurs dès leur retour, ils plongèrent leurs nez dans les livres portant sur les juridictions magiques.

La veille de Noël, tous les quatre étaient tranquillement à train de déguster le repas du réveillon lorsque Croûtard, le rat de Ron, sortit le bout de son museau pour venir grignoter sur la table.

- Dis-moi Ron, ça fait combien de temps que tu as ce rat ? se renseigna l'elfe un peu ébahie de constater que le rongeur était toujours de ce monde malgré son piteux état.

- Il appartenait déjà à mon frère Percy, ça fait bien au moins huit ans que je le connais ! Pourquoi ?

- Disons que je le trouve étonnement bien conservé pour un rat.

- Il serait en bien meilleure forme si cette abrutie de boule de poils oranges ne le terrorisait pas à la moindre occasion.

- C'est un chat Ronald, intervint Hermione furieuse qu'il parle ainsi de son félin Pattenrond, il ne peut pas comprendre en quoi c'est mal de chasser Croûtard. Ce n'est qu'un rat comme les autres pour lui !

- Tu oses appeler « ça » un chat ? s'insurgea le rouquin les poings serrés. Cette bête est maléfique !

- Tu dis n'importe quoi, je ne te permets pas de… poursuivit Hermione.

- Et c'est reparti ! soupira Harry. Sol, la prochaine fois, évite les sujets qui fâchent. Ils vont en avoir pour des heures !

Et effectivement, ce furent fâchés qu'allèrent se coucher les deux Gryffondor sous les yeux consternés de leurs amis. Le lendemain, les deux filles s'étaient retrouvées dans la Salle Commune. Dix minutes plus tard, elles entendirent les garçons rirent aux éclats. Curieuses, elles les rejoignirent dans leur dortoir.

- Salut les gars, ça va ? Hey nouveau balai Harry ! s'exclama l'elfe.

- Et pas n'importe lequel les filles, s'enthousiasma Ron, c'est un Éclair de Feu, le meilleur balai du monde !

- Qui te l'a envoyé ? exigea de savoir la jeune fille d'un ton anxieux.

- Aucune idée il n'y a pas de carte.

- Il a dû coûter très cher ?

- Évidemment Hermione, c'est le top du top ce balai-là ! rétorqua Ron exaspéré par l'attitude de la Gryffondor. Dis Harry, je peux l'essayer ?

- SURTOUT PAS ! s'insurgea Hermione sur le qui-vive. C'est vraiment étrange que tu ne saches pas qui te l'a offert Harry, tu ne trouves pas ?

- À quoi penses-tu Hermione ? sourcilla Soledad.

Mais avant qu'elle n'ait eu le temps de répondre, son chat se rua sur Ron qui entra dans une vive colère. Le rat essaya de s'enfuir en grimpant sur la tête de son maître mais le félin continuait à s'acharner sur eux. Hors de lui, le rouquin donna un coup de pied à l'animal enragé qui déguerpit de mauvaise grâce. Sa propriétaire le suivit en lui jetant un regard meurtrier. Autant dire que lorsque l'heure du déjeuner arriva, l'ambiance était à son apothéose. Étant donné que le château était quasiment vide, Dumbledore avait décidé que tous seraient réunis à une même table. Selon Soledad, c'était une erreur grossière : les élèves ne pourraient probablement pas être à l'aise entourés de professeurs. Le Professeur Trelawney arriva en retard et prétendit qu'elle s'était vu abandonner ses quartiers pour les rejoindre. Une chaise fut rajoutée et Minerva McGonagall dut user de persuasion pour qu'elle accepte d'être la treizième convive à s'asseoir à cette table. En voyant le Directeur obliger le professeur de Potions à tirer sur un pétard surprise et à se coiffer du chapeau ridicule qui en sortit, les Gryffondor durent étouffer un fou rire.

- Servez-vous donc en dinde aux marrons Miss Lopès, elle est excellente ! l'invita le Directeur en constatant que son assiette ne s'était guère remplie depuis le début du festin.

- Vous avez cru que je ne savais pas me servir par moi-même ? répliqua-t-elle avec un regard d'avertissement.

- Vous n'avez presque rien avalé !

- Faut que je puisse rentrer dans mon costume de scène pour demain soir, mentit-elle consciencieusement. Par contre vous, vous devriez peut-être faire attention à votre taux de cholestérol… lâcha-t-elle pour renverser l'attention sur lui et sa généreuse portion de marrons au beurre persillé.

Une fois de repas achevé, les deux garçons de Gryffondor et l'elfe se levèrent simultanément avant d'être stoppés par un cri d'effroi émis par le Professeur de Divination.

- Lequel d'entre vous s'est levé un premier ?

- Quelle importance ? lâcha Soledad exaspérée.

- Le premier à se lever sera le premier à mourir, gémit-elle angoissée.

- Alors ça doit probablement être moi, railla-t-elle ouvertement, vu ce que je m'apprête à faire… Quoique ça attendra encore un peu, se parla-t-elle pour elle-même. Venez les jeunes, vous n'avez rien à craindre, ce n'est pas comme si un tueur fou vous attendait derrière la porte !

Même le Professeur McGonagall eut du mal à retenir un rire méprisant destiné à sa collègue. Les Gryffondor s'empressèrent de quitter la Grande Salle à l'exception d'Hermione qui prétexta vouloir parler à sa Directrice de Maison. D'ailleurs, ces dernières les rejoignirent dans la Salle Commune à peine quelques minutes plus tard en demandant à voir le balai envoyé anonymement.

- Il n'y avait aucune carte délivrée avec cet objet ? s'enquit le professeur visiblement suspicieuse.

- Non, répondit simplement Harry en jetant un regard courroucé à son amie qui s'était caché derrière un livre.

- Alors, je vais devoir vous l'emprunter pour effectuer quelque petites vérifications, trancha-t-elle sur un ton qui n'admettait aucune réplique.

- Et pourrait-on savoir pourquoi ? intervint l'elfe devant le regard choqué de son protégé.

- Avec les autres professeurs, nous devons nous assurer qu'il n'a pas subi de mauvais sorts, décréta-t-elle sèchement. Ne vous inquiétez pas Potter, vous le récupérerez en parfait état de fonctionnement s'il ne présente aucun danger, dit-elle en emportant l'objet avec elle.

- Pourquoi tu lui as dit Hermione ! fulmina le rouquin les joues encore plus colorées que ses cheveux.

- Ça ne t'es jamais venu à l'esprit que c'était sans doute Sirius Black qui l'avait envoyé pour tenter de tuer Harry ? le défia-t-elle les pommettes bien rouges aussi.

Bien qu'elle n'ait probablement pas eu tort d'agir de la sorte, ses amis lui en voulaient vraiment. Fort heureusement, les autres élèves allaient revenir dans quelques jours et les tensions seraient moins dures à supporter. Soledad n'avait pas oublié la promesse qu'elle avait faite à la petite Mélissa. Néanmoins, elle devait se hâter de retourner en Lorien car, quitte à devoir parler à ses aïeuls, autant le faire tant qu'Aragorn était sur place pour calmer le jeu en cas de nécessité. D'un autre côté, cela l'ennuyait de laisser Harry sans réelle surveillance.

- Harry ? l'appela-t-elle.

- Oui ?

- Je dois m'absenter, je ne devrais pas en avoir pour des heures mais vu que je fais un saut chez moi, ça risque réellement d'être long pour vous. C'est pourquoi je ne pars que si tu me promets de ne pas sortir de Poudlard et de ne rien faire de dangereux. C'est d'accord ?

- Je ne vois pas trop où je pourrais aller Sol…

- On ne sait jamais, mieux vaut prévenir que guérir ! Oh mon Dieu, réalisa-t-elle soudain, c'est moi qui ai dit ça ? Je viens de parler comme un vieil adulte rabat-joie ! s'effara-t-elle.

- Ne t'inquiète pas, tu es encore loin d'agir comme la majorité des adultes.

- Je ne sais pas comment je dois le prendre, maugréa-t-elle entre ses dents, mais merci ! Allez, à tout à l'heure !

- Il parait que vous vouliez me voir ? dit Aliania en guise de salutation.

Arrivée au cœur de l'arbre de ses grands-parents, elle venait visiblement d'interrompre un après-midi de détente entre les membres de la Communauté et les propriétaires.

- Disparaitre au petit matin sans même nous en avertir n'était guère convenable, l'avertit Celeborn d'entrée de jeu.

- Oh ça va, ne faites pas comme si vous n'étiez pas habitués ! Je ne me sentais pas obligée de repasser…

- Il est heureux que vous soyez revenue, tempéra la Dame Galadriel avec son éternel sourire qui exaspérait la guerrière. Il est temps pour mon époux et moi-même de prendre congé de vous Messieurs, s'adressa-t-elle à la Compagnie. Aliania, allons discuter dans nos quartiers privés.

- Ça ne peut pas se faire ici ? grogna-t-elle peu enclin à se retrouver seule face aux Seigneurs de Lorien.

- Il s'agit d'une concertation familiale, lui notifia Celeborn fermement.

- Et bien c'est parfait ! En tant que futur époux d'Arwen Undomiel, Aragorn fait partie de la famille. Il est en droit de prendre part à cette entrevue, d'autant plus qu'il était présent le jour dont vous voulez me parler, trancha-t-elle derechef.

Après un long échange silencieux, le couple acquiesça et leur fit signe de les suivre.

- Qu'est-ce que tu fais ? lui souffla le Rôdeur suspicieux et mal à l'aise.

- Je m'assure d'avoir un témoin neutre, lui avoua-t-elle. Vaut mieux pas que je me retrouve seule avec ces deux-là !

- Je ne tiens pas à être mêlé à vos histoires ! lui répliqua-t-il l'air sévère.

- Très bien, si jamais ça dérape, tu ne pourras pas dire que je n'avais pas essayé de prendre des précautions…

- D'accord, je viens mais refuse d'intervenir si cela ne s'avère pas nécessaire. Marché conclu ?

- Marché conclu, confirma l'elfe avant de prendre une grande inspiration et adopter un regard déterminé.

Ils furent reçus dans une petite pièce ouverte sur l'extérieur. Après s'être installés dans de confortables fauteuils en osier, Celeborn entama la conversation.

- Cela fait fort longtemps que vous ne vous êtes pas présentée en ces lieux bénis Aliania. Pourrait-on connaitre la raison de cette attitude fuyante ?

Ahurie par la question, l'elfe aurait explosé d'un rire amer si la discussion ne s'annonçait pas si sérieuse. Cependant, elle s'auto-intimait de rester correcte – enfin autant correcte que possible – aujourd'hui.

- Nous n'allons pas refaire l'histoire… Mon aversion pour ces lieux ne date pas d'hier. Si cela peut vous rassurer, la Lorien n'est pas spécifiquement visée ; je déteste être dans les autres royaumes elfiques également. La majeure partie de leurs habitants m'insupporte et la réciproque est vraie aussi. Trop de différences se sont bâties entre nous. Il n'a pas du vous échapper que nos idéaux et caractères sont assez distincts ?

- Certes mais nous ne sommes pas ennemis pour autant. Comment pouvez-vous ressentir de l'animosité envers votre propre peuple, vos propres ancêtres ?

- Ce n'est pas évident de s'entendre avec des personnes qui déblatent durant des décennies avant d'agir ! lâcha-t-elle de façon très honnête. Et puis franchement, vous êtes d'un ennui ! Non mais c'est vrai ! Comment pouvez-vous passer la moitié de votre vie à discuter de futilités en restant en haut de ces mallorns ? Je ne vis pas dans une bulle contrairement à vous qui ne connaissez rien des difficultés du monde. Lorsque vos voisins ont besoin d'aide et de soutien, vous vous détournez d'eux. J'ai horreur de ça ! Vous êtes-vous déjà demandé dans quel état serait cette forêt si mes soldats ne luttaient pas quotidiennement pour repousser les forces de l'ombre ? Que ce serait-il passé sans les interventions furtives des Rôdeurs ? Votre passivité finira par vous perdre, les prévint-elle.

- En ne nous mêlant pas des problèmes des autres, nous assurons notre sécurité, expliqua gravement Celeborn.

- Galadriel, vous êtes la gardienne de Nenya, l'anneau de l'Eau ! Son pouvoir est si puissant qu'il permet de protéger votre royaume tout entier contre les forces obscures sans même lever le petit doigt. Alors n'essayez pas de me faire croire que vous coupez des autres est un moyen de protection. Au contraire, vous pourriez étendre son champ d'action au-delà du bois d'or !

- Seule l'union des trois anneaux elfiques pourraient réunir suffisamment d'énergie pour lutter efficacement sur une grande distance…

- … et quand bien même cela serait notre volonté, cela ne serait pas à notre portée. Nous en avions déjà parlé avec Alana peu de temps avant son trépas. Votre… père a en sa possession Vilya, l'anneau de l'Air qui lui sert à guérir et préserver son royaume. Quant au troisième anneau, votre mère en fut la dernière gardienne connue. Jamais personne ne put retrouver trace de Narya, l'anneau de Feu. Sans sa capacité à lutter contre la tyrannie, la domination et le désespoir, nous sommes dans l'impossibilité de nous liguer contre le mal.

- Ce n'est pas parce que vous ne l'avez pas récupéré qu'il est perdu, déclara la jeune elfe les dents serrées en oubliant soudainement la légère hésitation qu'avait eue Galadriel avant de parler de son père.

- Auriez-vous ouïe quelques informations à ce sujet ? s'enquirent-ils très intéressés.

- Narya n'a jamais été perdu, avoua-t-elle à mi-voix. Lorsque ma mère a été assassinée, j'étais là ! J'ai vu la bague glisser de sa main et tomber dans l'herbe. Je l'ai récupérée et dissimuler durant des siècles. Ce n'est pas pour rien qu'enfant, j'ai réussi à combattre la tyrannie de Sauron durant la Première Guerre de l'Anneau, rigola-t-elle amèrement.

- Qu'en est-il actuellement ? s'empressa de demander son grand-père avide de connaitre la réponse à l'un des plus grands mystères de leur ère.

- Je l'ai confiée…

- À qui l'avez-vous confiée ?

- À la Reine Naraclya, l'épouse du Roi Thranduil.

- Pourquoi ne pas l'avoir gardé pour vous ?

- Mes pouvoirs se sont suffisamment développés pour que je permette de m'en passer. Et je trouvais juste d'équilibrer les forces entre les trois grands royaumes elfiques. Ainsi, la Forêt Noire aurait un gardien au même titre d'Imladris et que la Lorien. L'unique différence est que le trésor de la Forêt est resté caché sur mes recommandations. Seul le couple royal a été mis dans la confidence, même leur fils unique ignore la vérité !

- Pourquoi ne pas nous en avoir informés ?

- Durant ces derniers millénaires, cette bague ne vous a point manquée. Et peu importe les raisons qui m'ont poussées à rien vous révéler. Quoique je dise, vous retrouveriez toujours quelque chose à redire, alors à quoi bon perdre du temps en de futiles justifications ? soupira-t-elle sans attendre de réponse.

- Tous les grands de notre monde se sont interrogés sur la disparition de cet anneau et vous nous avez volontairement dissimulé la vérité, poursuivit Celeborn impassiblement.

- Qu'est-ce que je disais ? grogna-t-elle écœurée. À chaque fois que l'on doit parler, il y a toujours des reproches qui me sont adressées. Alors maintenant allons à l'essentiel parce que je ne veux pas m'attarder ici, d'autant plus qu'un de mes protégés m'attend, indiqua la guerrière qui sentait sa patience s'amenuiser à grande vitesse.

- Nous voudrions comprendre pourquoi Alana n'est plus là, souffla sa grand-mère en la fixant droit dans les yeux, sans doute à la recherche d'un moyen de pénétrer dans son esprit pour y déceler une quelconque information.

- Quoi ? Votre miroir ne vous l'a donc pas montré ? Il n'est guère perspicace celui-là, maugréa-t-elle en tentant de voiler sa peine sous de la hargne.

- Le miroir ne dévoile pas tout... Que s'est-il passé ce jour-là ?

- Que dire ? Attaque massive inopinée, rassemblement des forces insuffisant, éboulement suivi d'une chute dans la rivière. Je ne vois pas quel autre récit je pourrais vous en faire ! s'enflamma-t-elle.

- En quoi l'issue de cette attaque a-t-elle été différente des autres ?

- Vous saviez que nos liens ont été coupés ? D'ailleurs, pour information, c'est Prestya qui est derrière ce massacre, elle a pactisé avec ce traitre de Saroumane et le démon Arthélius ! Depuis, mes sœurs et moi avons eu beaucoup de mal à gérer la lutte contre les forces du Mal. On avait presque réussi à cerner le clan qui avait envahi Imladris lorsqu'une sorte de troll est sorti de nulle part. On a fini par l'avoir sauf qu'on n'avait pas prévu qu'il casserait la terrasse surplombant la rivière dans sa chute… On est tombé dans les remous de la crue…

- Et ?

- Et ? répéta-t-elle ahurie. Et de toute évidence, il n'y en a qu'une qui a refait surface ! cracha-t-elle. À quoi ça vous avance de parler de ça ? Je ne veux pas en reparler ! dit-elle en tentant de dissimuler les larmes qui menaçaient de déborder si elle clignait des paupières.

- Nous voulons simplement comprendre pourquoi nous avons dû faire le deuil de cette enfant qui nous était si chère.

- Ravie d'apprendre que vous avez pu faire votre deuil ! lâcha-t-elle amère.

- Nous n'avons pas eu le choix… Qu'est-il advenu de ses pouvoirs ?

- Comment cela ?

- Lorsque votre mère est partie, ses dons vous ont été transmis. J'imagine qu'il en a été de même pour Alana et comme elle n'avait pas de descendants, vous avez dû en toute logique en hériter.

- Cela ne vous regarde pas, décréta-t-elle fermement le regard flamboyant.

- Comment osez-vous dire cela ? fit le Seigneur Celeborn en détachant chaque syllabe.

- Cette transmission concerne notre sororité et non nos ascendants. En fait, vous vous fichez pas mal qu'elle soit partie, réalisa-t-elle soudainement, vous êtes juste morts d'inquiétude à l'idée que je puisse avoir tout pouvoir !

- Je vous interdis de proférer de telles infamies sur nous ! tonna son grand-père furieux. Je ne tolèrerais pas que vous nous insultiez de la sorte. Quelle pitié que les Valar n'aient pas épargné la vie de celle qui faisait notre fierté contre la vôtre ! rugit-il en perdant tout le contrôle de lui-même.

Aliania ne pouvait pas en croire ses oreilles. Son aïeul venait de lui avouer ouvertement qu'il aurait préféré la voir morte à la place de son aînée. Il la désavouait donc à ce point ? Quelque chose se brisa dans son âme à cet instant-là. Elle se sentait trahie et humiliée. Leurs rapports n'avaient jamais été radieux mais de là à souhaiter la voir six pieds sous terre ! Une fois de plus, quelqu'un osait marquer une préférence entre sa sœur et elle ! Elles étaient pareilles ; alors de quels droits faisait-il une distinction entre elles ? La colère remplit son cœur si vite qu'Aragorn n'eut pas le temps de l'empêcher de sortir le flot de paroles suivant :

- J'aurais dû mourir à sa place, c'est ça ? C'est vraiment immonde de votre part d'oser me sortir ça ! Et après, vous osez me considérer comme un être dépourvu d'âme et de sentiments ? C'est moi le monstre dans l'histoire ? J'en ai ras le bol d'être toujours perçue comme la méchante de l'histoire. Et pourquoi est-ce que jamais rien n'est reproché à Prestya, hein ? POURQUOI ! Je n'ai jamais trahi les miens contrairement à elle ! Pourquoi est-ce qu'on ne lui dit jamais rien à cette garce ! J'en peux plus de vivre entourée de sales hypocrites dans votre genre ! Vous savez quoi ? Allez-y : quittez la Terre du Milieu pendant qu'il en est encore temps ! Puisque que vous vous en fichez éperdument des autres peuples, fuyez avant que la guerre ne soit à vos frontières !

- Aliania, calme-toi, lui intima Aragorn en lui posant une main sur chaque épaule.

- NON ! Tu les as entendu toi aussi ! Je suis de trop à leurs yeux ! J'en ai marre, vraiment trop marre d'être la méchante ! Depuis des millénaires, je me sacrifie pour maintenir la paix et eux osent me dire que je suis inutile, que le monde se porterait mieux sans moi et…

- Ils n'ont jamais dit ça, trancha-t-il fermement en tentant de l'éloigner avant qu'elle ne perde totalement le contrôle.

La terre se mit à trembler sous leurs pieds – du moins les vibrations firent remuer le tronc de leur arbre – tandis que des feuilles dorées se mirent à tomber. Aragorn savait pertinemment que c'était loin d'être un phénomène naturel et s'empressa d'encercler de ses bras musclés la sorcière pour tenter de la contenir. Celle-ci se laissa faire et tenta de reprendre le contrôle en inspirant profondément. Elle se laissa tomber à genoux et ferma les yeux en tentant de se concentrer sur autre chose. Cela s'avéra être efficace car les secousses cessèrent et le calme légendaire de la forêt revint. Rouvrant alors les paupières, elle se releva en se dégageant doucement de l'emprise de son ami puis fixa ses aïeuls :

- J'aurais ses pouvoirs en moi, vous ne seriez plus de ce monde pour en parler, dit-elle la voix remplie de haine, le souffle court. Je pense que l'on s'est tout dit. Désormais, nous ne nous connaissons plus. À l'avenir, si des affaires devaient être traitées entre la Lorien et la lignée des Protectrices, vous verrez cela avec Alania. Adieu !

- Ne nous quittons pas sur ce malheureux échange, l'implora sa grand-mère d'une voix affreusement douce qui dénotait de celle de sa descendante.

Mais Aliania ferma son visage et partit la tête haute en jetant à terre un objet brillant vert. Aragorn alla le ramasser en soupirant et hésita à le rendre aux Seigneurs. Face à son hésitation, Galadriel lui transmit ses pensées :

- Gardez cette pierre de notre pays avec vous Elessar. Cette feuille symbolise l'appartenance sacrée à notre peuple. Aliania est aveuglée par la douleur et la colère obscurcit son jugement. Vous lui redonnerez au bon moment. Allez-vous reposer, un long et pénible trajet vous attend demain.

Le rôdeur s'inclina respectueusement et, après avoir rangé la broche dans sa chemise, sortit rejoindre le reste de la Communauté qui devait probablement l'attendre de pied ferme après le séisme de tout à l'heure. Qui plus est, les cris de la jeune femme n'auront sans doute pas échappé à leurs oreilles ainsi qu'à toutes celles des habitants des alentours…

Soledad était aussitôt retournée à Poudlard après son altercation avec ses ancêtres. Décidément, elle aura tout vu, tout entendu dans sa famille… Perchée sur le rebord du pont en bois, elle ruminait intérieurement :

- Quelle famille de barje ! pensa-t-elle blasée. Une mère assassinée, un père dépassé, une tante laxiste, l'autre psychorigide et traitre, une sœur rejetée battue en fuite, une autre terrifiée et bien sûr ne pas oublier celle morte noyée. Wow, je ne suis pas gâtée… Remarque, je suis mal placée pour parler… monologua-t-elle toute seule dans sa tête. Si seulement je savais où se trouve Aliana en ce moment… soupira-t-elle. Depuis le temps que je me dis que je devrais changer de karma ! Faut faire appel à qui pour ça ? Un chamane ? Pouah ! S'il faut que j'aille jusqu'en Afrique pour ça… Heureusement que personne ne peut lire dans mes pensées, je passerais encore pour une folle…

- Miss Lopès ? Ne faites pas ça, descendez immédiatement de la rambarde ! l'interrompit brusquement une voix féminine.

- Ou une suicidaire apparemment ! soupira-t-elle en se retournant sur le Professeur McGonagall qui la fixait d'un air mélangeant méfiance et courroux.

- Qu'est-ce que vous avez tous à penser que je vais me jeter dans le vide dès que je me pose sur un mur ou une rambarde ? s'exaspéra-t-elle en repassant agilement ses jambes du bon côté.

- Vous n'en aviez pas l'attention ? s'enquit la vieille femme suspicieuse.

- Non ! s'offusqua l'elfe en levant les yeux au ciel. Si je voulais en finir, je ne sauterais certainement pas dans le vide ! J'adore m'asseoir les pieds dans le vide, c'est un crime ? la défia-t-elle de son habituel air d'arrogance.

- La situation pouvait prêter à confusion... maugréa-t-elle toutefois suffisamment distinctement pour que la jeune femme l'entende.

- Vous vouliez quelque chose ?

- Je ne faisais que passer pour retourner au château, rétorqua-t-elle les lèvres pincées. Vous... vous êtes sûre que tout va bien ? insista-t-elle inquisitrice.

- Quoi ? Ça n'a pas l'air d'aller ? demanda-t-elle sur un ton qui laissait clairement deviner que la discussion devait prendre fin promptement.

- Bien que je me suis fait à l'idée que vous aimez trainer la nuit dehors, je ne peux pas fermer les yeux sur le fait vous avez le teint maladivement pâle et les yeux un peu trop rougis, l'informa-t-elle sans détour.

- C'est ce qui arrive lorsqu'on enchaîne les nuits blanches, dit-elle en mettant ses symptômes sur la fatigue plutôt que sur l'énergie qu'elle mettait en œuvre pour ne pas se mettre à pleurer de peine et de rage. De toute façon, je ne suis que de passage, j'ai encore une ou deux petite choses à régler avant de revenir ici.

- Et pourrait-on savoir quand vous consentirez à revenir ? se renseigna la Directrice Adjointe le regard austère.

- Vous avez un problème avec moi ? demanda l'elfe sur ses gardes.

- Du tout ! Pourquoi ?

- Vous ne seriez pas la seule aujourd'hui, maugréa-t-elle entre ses dents. Je dois y aller ! fuit-elle en usant de son incroyable don pour partir en moins de temps qu'il ne le fallait pour le dire.

La sorcière, le cœur et l'esprit perturbés par les récents échanges, se rendit chez les Peterson sans prêter attention à l'heure tardive. La rue était déserte si on omettait les deux sans-abris qui décuvaient des innombrables bouteilles d'alcool qui jonchaient le sol poisseux. Soledad frappa discrètement à l'entrée. À peine une poignée de secondes plus tard, Marie Peterson entrebâilla la porte l'air anxieuse en demandant au visiteur de se présenter.

- C'est Soledad, murmura l'elfe en prenant conscience de l'heure tardive. Désolée de te déranger à cette heure, je n'ai pas fait gaffe…

- Oh, c'est toi ? Entre vite au chaud ! l'invita-t-elle l'air visiblement soulagée.

- Pourquoi est-ce que tu ne dors pas ? s'enquit-elle en la suivant à la cuisine où une bouilloire était en train de chauffer sur le feu.

- J'attends Hachim… Il n'est toujours pas rentré du boulot. Je n'aime pas ça.

- Ça lui arrive souvent ?

- Pas vraiment ; il y a pas mal de boulot en ce moment. Enfin bref ! Qu'est-ce qui t'amène dans le coin ? Tu vas bien ?

- Ça va, dit-elle sur un ton qu'elle aurait souhaité bien plus convaincant. Je me suis dit que vu que j'avais un peu de temps libre, j'allais vous faire un petit coucou comme promis. Je n'avais juste pas fait attention à l'heure, maugréa-t-elle en voyant que la grande aiguille de la pendule était positionnée sur le chiffre un.

- Cela ne fait rien, en fait, ça tombe très bien. Je m'inquièterai moins avec toi pour attendre le retour de mon mari.

- Quoi de neuf ?

- Mélissa est infernale en ce moment, elle court partout dans la maison en chantant à tue-tête dans le super micro que les voisins lui ont offerts – qu'ils ne viennent pas se plaindre du bruit après ! – et laisse trainer toutes ses nouvelles poupées un peu partout dans la maison. Sinon, pas grand-chose et toi ? Ne le prends pas mal mais tu n'as vraiment pas bonne mine. Tu veux peut-être boire ou manger quelque chose ? s'inquiéta-t-elle de façon très maternelle.

- Tu es gentille mais je n'ai pas faim… mais je ne serai pas contre un verre !

- Je te prépare un super cocktail de mon invention ?

- Tout ce que tu veux du moment qu'il soit interdit à la vente aux mineurs, répondit-elle franchement en esquissant l'ombre d'un sourire teinté d'ironie.

- C'est comme si c'était fait ! rigola-t-elle en sortant un shaker d'un des placards situé au-dessus de l'évier. Allez, raconte-moi ce qu'il ne va pas, je serai une vraie tombe ! promit-elle.

- En gros, j'ai revu des gens de ma famille, avoua-t-elle en appuyant sur le dernier mot. Ça ne s'est pas très bien passé. Ils m'ont dit des trucs pas très sympathiques…

- Du genre « pourquoi tu ne nous as pas envoyé de carte de vœux ? » ou… ?

- C'était plutôt de genre « tout le monde se porterait mieux si tu ne foulais plus cette terre », cracha-t-elle écœurée.

- Ils sont malades de tenir de tels propos ! s'emporta Marie Peterson. Mais sérieusement, tu es sûre que tu n'as pas mal interprété ou mal entendu ? Parce que ça me parait impossible qu'un membre d'une famille puisse tenir ce genre de discours à un de ses proches…

- Je te l'ai déjà dit, j'ai une famille très explosive. Mais là, ça a été la bombe de trop, admit l'elfe en soupirant. Je ne sais même pas pourquoi je me mine avec ça, j'ai mis les voiles et puis c'est tout.

- C'est quand même dommage d'en arriver là, on a qu'une famille… souffla-t-elle.

- J'ai la famille que je me suis choisis. Peu importe mes ancêtres, tenta-t-elle de relativiser plus pour elle-même.

- Les amis ne remplacent quand même pas des parents, non ?

- Bah… si, rigola-t-elle amèrement. Enfin, j'ai toujours du me débrouiller toute seule – du moins avec mes sœurs – et mes parents n'étaient pas là pour me protéger et me guider. On a bien eu des pseudos mentors, mais ce n'était pas trop ça non plus.

- Attends ! s'exclama Marie surprise. Tu ne m'avais pas dit que tu as des sœurs ! Tu es l'aînée ? Elles ont quel âge ? débita la jeune femme.

- Ah bon, je ne te l'avais jamais dit ? tressaillit la sorcière avant de réaliser qu'effectivement, elle n'en avait jamais fait mention jusqu'à présent avec les Peterson. En fait, j'ai quatre sœurs. Enfin… on était quatre. On est plus que trois maintenant, avoua-t-elle douloureusement.

- Je suis désolée, murmura son amie peinée pour elle. Ça fait longtemps ?

- Non… je ne sais pas. Ça fait quoi ? Deux ans environ pour vous, réfléchit-elle à haute voix sans se dire que cela pouvait paraitre bizarre qu'elle n'ait pas la notion du temps comme eux.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle doucement en posant sa main sur le bras de son invité.

- Pas envie d'en parler… maugréa-t-elle. Ce n'était déjà pas tous les jours facile avant qu'elle parte ; depuis c'est pire que tout. Hier, ma chère famille m'a quand même fait savoir qu'elle aurait préféré que ça soit moi qui sois morte. Voilà pourquoi je n'ai pas spécialement envie d'essayer d'arranger les choses avec eux.

À ce moment-là, la porte d'entrée claqua pour laisser apparaitre un Hachim visiblement exténué. Il s'arrêta étonné de voir les deux jeunes femmes attablées autour d'un verre à cette heure-ci.

- Mesdames, les salua-t-il avec une légère courbette.

- Salut ! Alors, dure journée ? s'enquit Soledad en lui faisant la bise.

- Ne m'en parle pas, c'est l'horreur au Ministère en ce moment. Vous avez fait quoi aujourd'hui ?

- Euh, je suis arrivée à l'improviste il y a une heure environ, admit-elle.

- Merci d'avoir tenue compagnie à ma femme alors ! la gratifia-t-il d'un sourire chaleureux. Tu restes dormir ? La chambre d'ami n'a pas bougé depuis la semaine dernière, lui dit-il avec un clin d'œil.

- Ça marche ! Bonne nuit, à demain !

- À tout à l'heure ! précisa Marie en étouffant un bâillement sonore.

Après avoir passé une excellente journée en compagnie des Peterson, Soledad décida de prendre son courage à deux mains et de mettre en œuvre l'idée qui lui avait traversé l'esprit durant la nuit. Elle désirait regarder dans le Miroir de Galadriel pour avoir une petite idée de ce que lui réservait l'avenir. Elle avait besoin de se raccrocher à quelque chose de concret – enfin aussi concret que possible étant donné les incertitudes liées aux prédictions futures – et peut-être que le Miroir l'aiderait à se motiver. Peut-être même qu'il lui apporterait certaines réponses... Difficile d'anticiper les images révélées par cet étrange reflet. Sa propriétaire laissait rarement un étranger l'approcher mais en tant que descendante de la lignée, la sorcière s'autorisait elle-même à y jeter un rapide coup d'œil. Il faisait nuit noire lorsque la jeune femme arriva dans la cité. Théoriquement, chacun devait dormir hormis les gardes qu'elle esquiva sans aucun encombre. La salle du Miroir était légèrement éclairée par des dizaines de lucioles qui voletaient paisiblement dans les airs. La jeune femme s'avança d'un pas déterminé vers le récipient recueillant une eau pour l'instant limpide. Sans se laisser déconcentrer par le ruissellement de la cascade non loin de là, elle baissa les yeux vers l'onde qui s'agita. Sous ses yeux, un flot d'images prit forme et défila rapidement : une femme qui lui ressemblait étrangement se battait avec des pouvoirs magiques contre un ennemi qu'elle ne pouvait pas voir. Une aura blanchâtre l'entourait tandis qu'un tourbillon faisait voler ses longs cheveux bruns. Aliania la vit s'effondrer à terre le souffle coupé. L'image changea et elle la vit à nouveau sauf que cette fois-ci, sa mère – parce que ce ne pouvait être qu'elle – faisait face à un homme d'âge moyen vêtu d'une tunique bleue et qui tenait dans sa main droite une sorte de bâton surmonté d'un gros saphir. Le regard de sa mère semblait exprimer la méfiance mais il était difficile d'en être sûre. Une nouvelle vision arriva pour montrer son père en compagnie de sa mère, le ventre déjà bien arrondi par sa grossesse multiple. Souriants et les yeux pétillants de joie, ils étaient assis sur l'une des terrasses d'Imladris. Les flashs suivants apparurent : le Seigneur Lénorièl transpercé par une flèche décochée par un horrible orc balafré d'une main blanche sur le visage ; Legolas rigolant avec une autre femme qui lui était a priori inconnue mais qui se trouvait bien trop proche de son ex amant à son goût; une elfe à la chevelure brune baignant dans son sang les poignets tranchés ; Aragorn faisant face à un Sauron à la puissance alimentée par son anneau rougeoyant au doigt ; les Havres Gris en feu ; elle se vit elle-même enlaçant une petite fille en larmes ; Legolas s'apprêtant à s'interposer au péril de sa vie entre elle et une épée brandie... D'autres images très brèves s'ensuivirent mais l'elfe les scruta d'un regard lointain. Ce qu'elle avait pu observer l'anéantissait : loin de lui offrir de l'espoir, le Miroir venait de la démoraliser au plus haut point. Non seulement l'avenir s'annonçait pourri, mais en plus, des questions liées à ces visions l'assaillirent en masse. Pourquoi a-t-elle revu des moments avec sa mère qui, de toute évidence, avaient eu lieu avant leur naissance ? Contre qui s'était-elle battue ? Qui était l'homme en bleu ? Pourquoi lui plus qu'un autre ? La femme baignant dans son propre sang appartenait-elle au passé ou au futur ? Pouvait-elle encore agir pour la sauver ? D'ailleurs, depuis quand une elfe recourait-elle au suicide – surtout en se tailladant les veines – alors que c'était tellement improbable pour ce peuple ? Sauron en chair et en os fonçant sur Aragorn : cela voudrait dire que leur quête allait échouer et que la Terre du Milieu allait embraser... Très rassurant comme perspective ! Et qui était cette petite fille ? Legolas allait-il véritablement mourir pour elle ? Vraiment, les questions fusaient dans son esprit torturé. Il fallait qu'elle parte ! La forêt d'or devenait vraiment étouffante !

Anabellissë s'apprêtait à reprendre le chemin de Poudlard. Elle n'avait pas spécialement envie de repartir loin d'Imladris. L'ambiance apaisante qui régnait en ces lieux calmait ses récentes montées d'angoisse. Voir son père adoptif lui avait fait du bien même elle avait dû supporter les assauts inquisiteurs de la Reine Prestya quant aux activités d'Aliania. Bien entendu, l'elfe ne lui avait pas répondu directement et avait tout fait pour esquiver les questions. Ana avait également bien profité de la compagnie d'Anàrion qui avait la responsabilité de veiller sur le campement d'Imladris. Celui-ci en avait profité pour lui présenter sa nouvelle compagne dénommée Ysildria. Il l'avait rencontrée lors d'une fête organisée dans un campement de rôdeurs quelques mois après l'attaque qui avait déchiré la tranquillité légendaire de la demeure du Seigneur Elrond. La jeune femme était une descendante de Nùmenor qui jusqu'à présent vivait avec un parent éloigné répondant au nom d'Halbarad qui s'avérait également être un parent proche d'Aragorn. Ana l'avait trouvée très agréable et était heureuse pour Anàrion. Cela faisait tellement longtemps qu'Alana, Aliania et elle souhaitaient secrètement que leur ami trouve enfin le bonheur ! Elle regrettait de devoir déjà les quitter mais son devoir l'appelait : la rentrée à l'école des sorciers approchait à grands pas. Il était temps pour elle de reprendre son rôle de surveillante et accessoirement les cours.

Lorsque l'elfe actionna son collier qui avait été rechargé par la Dame Léïa, le portail s'ouvrit et elle arriva directement dans le parc de Poudlard. La neige avait fondu mais l'air matinal était encore glacial en ces premiers jours de janvier. Se hâtant, elle prit la direction de la tour Gryffondor pour prendre ses affaires de cours. Ses amis l'accueillirent par un grand sourire et attendirent qu'elle ait revêtu une cape en fourrure avant de se rendre à l'enseignement de Créatures magiques qui avait lieu à l'extérieur. Cela ne la tentait pas trop de rester deux heures à l'extérieur par ce temps, d'autant plus qu'elle ressentait la présence lointaine des Détraqueurs. En fin de compte, le cours avait été très sympathique en comparaison à celui qui avait suivi : la Divination ou l'Art-d'abrutir-les-gens-avec-des-conneries ! Pour le second trimestre, le Professeur Trelawney avait décidé de leur apprendre à lire l'avenir dans les lignes de la main. Soledad arriva juste à ce moment-là au plus grand plaisir de ses camarades qui se doutaient que le cours risquait d'être moins soporifique que d'habitude.

- Lire dans les lignes de la main ? Mais ça n'existe pas ça... déclara-t-elle sceptique. Non, cette pratique fait juste partie du folklore préféré des forains moldus, c'est tout...

- Montrez-moi votre main Monsieur Potter, trancha sèchement le Professeur offensée. Oh mon pauvre chéri... vous avez la plus courte ligne de vie qu'il m'a été offert de voir, gémit-elle en reprenant son insupportable air faussement compatissant.

- Je crois qu'elle ne t'aime pas Harry ! lâcha derechef l'elfe. J'espère que tu t'en remettras... feignant une mine inquiète. Je suis curieuse, elle dit quoi ma ligne de vie ? provoqua-t-elle l'enseignante dont ses yeux lançaient des éclairs derrière ses énormes lunettes rondes.

- Le destin est tellement injuste parfois, répondit-elle en reprenant sa voix voilée. Voir qu'il vous reste encore quelques décennies à vivre alors que notre pauvre petit Harry Potter peut compter son nombre d'années restantes sur les doigts d'une main ! soupira-t-elle dramatiquement.

- C'est tragique en effet... maugréa la sorcière exaspéré par la comédie de l'enseignante.

- Plus la ligne est longue et marquée, plus le nombre d'années s'allonge ? s'intéressa Lavande en fusillant du regard ses camarades qui étaient à deux doigts d'exploser de rire.

- Exactement ma chère ! acquiesça la voyante ravie de trouver une fan.

- En même temps, à force de serrer le poing pour foutre des pains, ça laisse de longues lignes au creux de la main, railla la guerrière en haussant un sourcil sous les éclats de rire étouffés des jeunes. Puis bon, si vous m'auriez dit que j'avais une courte vie, je me serais inquiétée parce que, soyons sérieux deux minutes, ça fait un moment que je suis obligée d'entendre des conneries pareilles – au moins quelques dizaines de siècles – donc question longévité, je ne suis pas plaindre, n'est-ce pas Ana ? conclut-elle en cherchant l'appui d'un témoin valable.

Sa sœur adoptive ne put qu'approuver en réprimant le sourire qui menaçait de lui échapper. Par tous les Valar, que ces répliques lui manquaient ! Depuis la mort d'Alana, sa sœur s'était relativement effacée – peut-être pas encore suffisamment aux yeux de certains professeurs – et répliquait moins souvent. Elle avait désormais tendance soit à se terrer dans un profond silence, soit à exploser sans véritablement contrôler ses paroles pour y inclure une pointe d'humour.

- Bon, on a quoi après déjà ? s'informa la sœur Lopès.

- C'est l'heure de manger ! répondit automatiquement le jeune Weasley toujours affamé.

- Ok, mais après ça ?

- Défense Contre les Forces du Mal, répondit Harry.

- Enfin quelque chose d'un niveau minimum instructif !

- Encore faudrait-il que tu aies ta baguette, notifia sa sœur d'un ton neutre.

- Ma baguette ? répéta-t-elle en réfléchissant. Ah ouais ! s'exclama-t-elle comme si elle venait de faire une découverte. Ce truc allongé qui fait parfois des étincelles ? Je n'ai aucune idée de l'endroit où elle peut être tiens !

- Sol ! la réprimanda-t-elle exaspérée. Admets que le rangement n'a jamais été ton fort !

- Mais je n'ai jamais prétendu le contraire. C'est bien pour ça que c'est Alan..., dit-elle avant de s'interrompre brusquement avant de se reprendre la voix légèrement étranglée, ... que c'est elle qui s'occupait de la paperasse administrative. Je vous rejoins en cours ! lança-t-elle avant de partir précipitamment.

C'était ce genre de petites choses qui à première vue banales lui faisaient si mal. Alors qu'elle faisait tout pour oublier ne serait-ce qu'une demi-heure que son double lui manquait atrocement, la moindre allusion lui donnait à chaque fois la sensation de se prendre un poignard en plein cœur. Elle ne parvenait pas à éloigner sa douleur. « Laisser du temps au temps » : il en avait de bonnes Lupin ! C'était une phrase bateau de pacotille à deux balles ! Le temps ne changera rien, la peine ne s'atténuera jamais et son mal-être ne fera qu'augmenter au fil des mois. Ce n'était pas parce qu'elle avait repris son rôle de Protectrice qu'elle oubliait : elle ne pourra jamais effacer ce manque dans son esprit et dans son cœur ! La lame qu'elle fit courir le long de son avant-bras traça une nouvelle estafilade qui ne faisait que compléter un tableau déjà bien glauque... Une chance pour elle qu'elle maitrisait désormais à la perfection le sortilège de Camouflage qu'elle avait appris dans un livre en première année. Cela lui évitait les questions gênantes et les regards en coin. Bien à l'abri au fond d'une cabine de toilettes délabrées, elle fixait d'un regard absent le liquide carmin qui s'échappait lentement de ses veines. Son esprit légèrement embrumé se demandait vaguement si elle avait déjà vécu une seule journée dans sa vie sans que son sang ne se déverse de son corps. Probablement pas. Au fond d'elle, elle commençait à se lasser de la situation : elle était une puissante sorcière admirée et crainte par des milliers de gens et dès qu'elle se retrouvait seule, elle devenait une misérable loque alternant entre alcoolisation, vomissement et scarification. Ce dernier procédé ne lui semblait plus vraiment la soulager en aucune sorte, la douleur physique étant une trop fidèle amie, elle n'avait plus cette vertu apaisante du début. Quant à l'alcoolisation, elle adorait cette sensation de liberté animer son corps sans que son esprit ne le contrôle vraiment. L'alcool, bien plus facilement accessible que la drogue, était devenu un besoin quasi vital pour lâcher prise. Néanmoins, elle ne pouvait pas se permettre d'avoir tous les matins la gueule de bois, ses missions ne lui laissaient pas le droit à l'erreur. Quant aux vomissements, ils faisaient partie de son quotidien. C'était devenu un automatisme : dès qu'elle avalait quelque chose, elle le régurgitait l'heure suivante. Ses pensées dérivèrent vers sa sœur Aliana dont elle n'avait aucune nouvelle depuis sa fuite. Cela l'inquiétait même si elle n'en avait parlé à personne. En même temps, à qui en aurait-elle parlé ? Son autre sœur ? Sa tante ? Elles ne comprendraient pas. Un de ses amis ? Pourquoi pas. Reste à savoir lequel... Émergeant difficilement de ses réflexions, la jeune femme jeta un coup d'œil à son montre : une fois de plus, elle était en retard. Lançant le sort de Camouflage sans l'aide de sa baguette – faudrait peut-être qu'elle songe à la retrouver d'ailleurs – elle se dévisagea un instant dans un miroir attaqué par le calcaire. Son visage était blême et son eye-liner avait légèrement coulé. Tant pis, elle effaça grossièrement le surplus et se mit à courir vers la salle de classe. De toute manière, Lupin n'était pas du genre à lui faire des remarques désagréables sur sa ponctualité défaillante, pour ne pas dire son absentéisme prononcé. Effectivement le loup-garou, qui lui-même ne semblait pas rayonnant de santé, ne lui tint pas rigueur de son arrivée tardive. Il était l'un des rares enseignants à ne pas subir l'impertinence de cette élève pour la simple et bonne raison qu'il était un professeur exemplaire à bien des niveaux. Comme les autres Gryffondor, elle espérait que le poste de Défense Contre les Forces du Mal resterait longtemps sous la direction de cet enseignant modèle. Aujourd'hui, ils apprirent à déjouer les pièges tendus par de vilaines petites créatures dénommées des Farceliens. Ces minuscules bestioles passaient leur temps à faire des blagues d'un goût douteux aux voyageurs égarés dans la jungle. Mais bon, comme l'avait signalé si intelligemment Dean Thomas, il fallait encore aller dans au beau milieu de la forêt Amazonienne pour risquer de les rencontrer... Autrement dit, il n'y avait que peu de chance pour que cela se produise. À la fin du cours, Harry rappela discrètement à son professeur qu'il lui avait promit d'apprendre à se protéger et à repousser les Détraqueurs après les vacances de Noël. Celui-ci lui fixa un premier rendez-vous le jeudi soir au grand soulagement du jeune homme qui avait subi les remontrances de son capitaine de Quidditch fortement mécontent que le dernier match ait été perdu à cause de la chute de son attrapeur.

Le soir venu, les Gryffondor se couchèrent tôt. La reprise après les vacances de Noël était toujours difficile car celles-ci n'avaient généralement rien de très reposant. Ana étouffa un bâillement et s'empressa de monter se coucher en laissant Soledad dans la Salle Commune qui s'affairait à rédiger un long parchemin. Deux heures plus tard aux alentours de minuit, elle était sur le point de s'assoupir lorsqu'elle fut alertée par de grands cris stridents. L'elfe bondit sur ses pieds et se précipita vers le dortoir de filles d'où semblait provenir les hurlements de terreur. En arrivant dans la chambre, elle vit que toutes les filles étaient réveillées et formaient un cercle autour d'Ana. Hermione s'était agenouillée près d'elle pour tenter de la réveiller mais l'elfe continuait à s'égosiller et à supplier en elfique une personne invisible.

- Qu'est-ce qu'elle a ? ronchonna Lavande les yeux ensommeillés.

- Qu'est-ce qu'il lui prend de crier comme ça ? renchérit Parvati en se bouchant les oreilles.

- Ana, réveilles-toi ! somma Hermione anxieuse.

- Bon les deux pipelettes, intervint Soledad rapidement, vous descendez dans la Salle Commune et vous y restez tant que je ne vous dis pas d'en bouger !

- Mais on n'a pas envie de…

- Exécution ! ordonna-t-elle fermement en les foudroyant du regard avant de rejoindre Hermione. Ana ? Ana, réveilles-toi, tout va bien… Ana ! l'appela-t-elle en la secouant légèrement.

Voyant que cela n'eut aucun effet, elle soupira et la souleva de force afin de se coller entre elle et le mur glacial. Une minute plus tard – le temps d'être sûre que tous les Gryffondor soient bien réveillés – elle se calma et se mit à sangloter dans ses bras :

- Aliania… ne les laisse pas m'emme… m'emmener, je t'en supplie ! hoqueta-t-elle perdue. Je ne veux… pas y retourner… implora-t-elle.

- Calme-toi, tu sais bien que je ne laisserai personne te faire du mal ma belle, lui souffla-t-elle en la berçant. Hermione, tu peux nous laisser ? chuchota-t-elle rapidement.

La jeune fille accepta sans difficulté et descendit les marches de l'escalier, en profitant au passage pour renvoyer les autres élèves se coucher.

- Tu as fait un mauvais rêve Ana, rien de plus… Qu'est-ce qui te fait peur comme ça ? lui demanda-t-elle en caressant ses cheveux d'un geste apaisant.

- Je me souviens de choses atroces, gémit-elle en reprenant son souffle. Des choses que j'avais complètement effacées de ma mémoire.

- Tu parles de choses qui te sont arrivées avant que tu arrives à Imladris ? réagit Soledad surprise.

- Oui, je crois. Depuis que les Détraqueurs rôdent autour du domaine, j'ai des images et des phrases qui résonnent dans ma tête. Je m'entends enfant les supplier de ne pas me frapper. Mais eux s'en moquaient, ils tapaient si fort… Promets-moi que tu ne les laisseras jamais m'approcher de nouveau !

- Cela, je peux te le garantir ! affirma sa sœur adoptive avec force. Je ne comprends même pas que tu es besoin de me poser la question. Je ne laisse personne s'en prendre à mes amis et à ma famille ! Est-ce que… s'enquit-elle hésitante, est-ce que l'homme dont l'Epouvantard avait pris la forme était l'un d'entre eux ?

- J'en suis persuadée maintenant, se remit-elle à sangloter. Je crois même que c'était leur chef.

- De toute façon ma chérie, tu n'as pas à t'en faire, ils sont morts il y a fort longtemps. Jamais ils ne pourront revenir d'entre les morts. J'imagine que ça doit être vraiment douloureux de revivre ça… Ces enfoirés t'ont maltraitée durant probablement des mois mais c'est fini, tu es en sécurité avec nous. Tu le sais ça ?

- Oui, oui, je le sais. Excuse-moi, je ne sais pas ce qu'il m'a pris… avoua-t-elle en séchant ses larmes.

- Et puis maintenant, tu n'es plus une enfant, tu as les capacités pour te défendre. Avec ta baguette, tu ferais déguerpir n'importe quel salop !

- Quel vocabulaire, la réprimanda-t-elle mécaniquement.

- Wow décidemment, je suis nulle comme grande sœur : ne suis surtout pas mon exemple ! plaisanta-t-elle pour faire naitre un sourire sur son visage. Bon, tu veux retourner au lit ou bien faire un tour dehors pour t'aérer ?

- Allons-nous promener, je ne parviendrai pas à me rendormir de toute façon.

Les deux filles d'Elrond descendirent les marches main dans la main sous l'air assassin des deux commères de troisième année qui retournèrent dans leur chambre en grommelant. Les ignorant, Soledad rangea dans sa poche son parchemin qu'elle avait délaissé à la hâte et entraina son amie dans les couloirs obscurs de Poudlard.

Quelques jours plus tard, Harry revint à la Tour Gryffondor avec un large sourire, son nouveau balai resplendissant neuf à la main. Sa vue déclencha un mouvement de foule enjouée et envieuse. Voir de ses propres yeux l'Éclair de Feu et le toucher de ses mains rendant sans doute l'information plus réelle aux yeux de ses camarades. Le Capitaine de l'équipe de Quidditch faillit même s'évanouir sous le coup de l'émotion en se saisissant du manche poli. Les deux elfes avaient un peu de mal à concevoir un tel engouement et se tenaient à l'écart des admirateurs. À leur côté, Hermione croulait littéralement sous les devoirs – la pile de parchemins qu'elle rédigeait depuis trois heures menaçait de s'effondrer – et semblait totalement épuisée. Ana avait essayé de comprendre comment la jeune fille faisant pour suivre autant de cours à la fois sans en manquer un seul mais avait fini par renoncer. Quant à Soledad, elle ne s'était même pas penchée sur la question. D'ailleurs, celle-ci était en train de refaire discrètement son bandage autour de son mollet, conséquence d'une attaque de démons ayant eu lieu le matin même à San Francisco où elle avait commencé une nouvelle mission. Tandis que Ron alla ranger le précieux sésame en prenant mille précautions, Harry les rejoignit suivi d'un Neville aux joues rougies par la honte d'avoir égaré le papier où il avait inscrit tous les mots de passe de la semaine exigés par le Chevalier du Catogan, le portrait remplaçant la Grosse Dame. Le Survivant informa son amie studieuse que le balai n'était pas ensorcelé et que tout était réglé. Il poursuivit la conversation en tentant de comprendre lui-aussi comment la jeune fille réussissait à autant travailler lorsqu'un cri furieux retentit au-dessus de leurs têtes. Dévalant les escaliers à toute vitesse, le rouquin se rua vers la Gryffondor et lui secoua un drap sous les yeux en lui hurlant de regarder. Apeurée et perdue, elle vit une tâche rouge qui ressemblait étrangement à…

- DU SANG ! ET CROÛTARD A DISPARU ! s'égosilla le jeune Weasley. DEVINE CE QUE J'AI RETROUVÉ SUR LA SCÈNE DU CRIME ? LES POILS DE TON SALE CHAT ! cria-t-il hors de lui en lui jetant la preuve à la figure.

Autant dire que les chances qu'avaient les deux élèves de se réconcilier venaient de partir en fumée, ou plutôt en casse-croûte dans les tréfonds de l'estomac d'un félin maléfique…

- Au fait Soledad, j'allais oublier, Dumbledore a demandé à te voir ce matin, déclara Ana en brisant le lourd silence horrifié qui s'était installé dans la Salle Commune.

- Je te jure que je n'ai rien fait ! s'exclama sa sœur adoptive en levant les mains en signe d'innocence.

- Mais je n'ai jamais dit le contraire, souligna-t-elle goguenarde. Aurais-tu des choses à te reprocher ?

- Du tout. Pas depuis ces dernières quarante-huit heures. Pas à Poudlard en tout cas, compléta-t-elle. Bon bah… je vais y aller maintenant.

- Il est presque vingt-deux heures… lui fit remarquer l'elfe.

- Et alors ?

- Alors ça peut peut-être attendre demain matin, non ?

- Crois-moi, ce gars-là ne dort pas ! Enfin, pas avant au minimum une heure du matin. À toute à l'heure !

- C'est cela… Au fait, s'exclama-t-elle, il m'a dit de te dire qu'il adore les M&ms. Je n'ai aucune idée de la raison pour laquelle il m'a confiée ce détail…

- Moi je sais ! rigola Soledad qui partit en connaissant le nouveau mot de passe ouvrant l'accès au bureau du Directeur.

La jeune femme prit machinalement la direction du bureau d'Albus Dumbledore. À force d'y aller, elle aurait pu faire le trajet les yeux bandés. Les couloirs étaient déserts et silencieux. Cela changeait agréablement de l'ambiance survoltée dans la Salle Commune créée par les adolescents de sa Maison. Après avoir donné le code, la statue géante du phénix s'écarta pour lui laisser monter les escaliers en colimaçon. Frappant trois coups vigoureux à la porte sculptée, elle attendit ensuite que le vieil homme l'autorise à entrer. C'était bien la première fois où elle venait sans être sur la défensive ! Mais cela n'allait pas durer… Après avoir échangés quelques banalités inutiles, le vieillard lui avoua d'une voix insupportablement douce qu'il avait une lettre à lui remettre. Sans se douter de sa provenance une seule seconde, l'elfe s'en saisit avant de pâlir affreusement. Sur l'enveloppe était inscrit avec un rouge légèrement terni son prénom dans un tracé elfique qu'elle aurait pu reconnaitre entre mille : celui de sa défunte sœur…


J'adore faire durer le suspense :p

A très bientôt chers lecteurs et merci beaucoup de votre suivi régulier même si je garde toujours espoir d'avoir un peu plus de commentaires au vu du nombre de visites relativement important ! ;)

A ce propos, je vais probablement créer un espace sur le forum pour répondre aux reviews anonymes. Je laisse également une adresse mail où vous pouvez me joindre : fanfics_soledad [ ]