Bonjour à tous !
C'est la rentrée (pas des classes pour moi...) donc il est temps que je vous poste la suite des aventures :D

Et sans plus attendre, je vous laisse découvrir la suite car je sais que certains d'entre vous ont hâte de savoir le contenu de la lettre de Marie ;)

Bonne lecture !


Chapitre 23 – La lettre.

Aucun mot ne lui vint à l'esprit. Elle se tenait là debout face à Albus Dumbledore qui analysait le moindre de ses mouvements et rictus. Sauf qu'elle resta figée, le teint pâle et les yeux éteints ancrés sur la belle calligraphie couchée sur l'enveloppe. Celle-ci était d'ailleurs scellée avec un cachet de cire rouge où se dessinait un magnifique « A » majuscule entrelacé de plusieurs boucles en guise d'extrémités. Ses mains se mirent à trembler légèrement froissant ainsi le papier. Comment se faisait-il que le vieil homme lui donnait une lettre d'Alana ? Depuis quand l'avait-il en sa possession ? Pourquoi en avait-il la garde ? Comment était-il même possible qu'une telle correspondance existe ? Sa sœur lui disait tout oralement ou télépathiquement. Elle n'écrivait jamais de message pour elle si ce n'était la liste des costumes à apporter pour leurs épreuves… Vraiment, Soledad était littéralement figée sur place.

Miss Lopès ? l'appela doucement le Directeur en voyant qu'elle ne réagissait pas depuis plusieurs minutes.

Émergeant de sa stupéfaction, elle glissa le papier dans la poche de son jean rapiécé et tourna les talons pour s'éloigner lentement, hagarde. Elle ne s'attendait absolument pas à recevoir quelque chose de sa défunte jumelle. L'elfe sentait déjà son cœur se serrer douloureusement à chaque fois que son regard tombait sur un objet ayant appartenu à son double, alors recevoir un papier qui lui était directement adressé à titre posthume… Cela s'avéra être complément bouleversant. D'un côté, elle avait envie d'ouvrir cette lettre et de dévorer chaque syllabe qui allait inévitablement lui laisser l'agréable mais éphémère sensation que sa sœur lui parlait de nouveau seulement d'un autre côté, elle ne voulait pas défaire le cachet car une fois qu'elle aurait ouvert cette enveloppe, ça serait fini, elle ne pourrait plus jamais ressentir la joie de découvrir une trace laissée consciencieusement par la disparue. Cela pouvait sembler étrange comme raisonnement, néanmoins, c'était les idées qui fusaient dans son esprit chaotique. Machinalement, elle s'était dirigée dans la petite cour intérieure qu'elle et sa sœur affectionnaient tant en première année. Elle ne se souvenait que vaguement avoir quitté le bureau d'Albus Dumbledore sans émettre un son. La jeune femme se laissa lentement glisser contre un muret de pierres grises en fermant les yeux. Nauséeuse et désorientée étaient sans doute les adjectifs les mieux adaptés pour qualifier son présent état. Elle était tellement abasourdie qu'elle ne pensa même pas à sortir sa fidèle lame scrupuleusement dissimulée dans son soutien-gorge.

En Terre du Milieu, la Communauté avait repris le chemin en direction du Mordor. Ce fut le cœur lourd que chaque membre quitta le Royaume elfique d'Or car chacun avait conscience que quitter la Lorien signifiait renoncer à la sécurité et au confort pour affronter maints périls pour une durée indéterminée. Assis dans trois embarcations offertes par leurs hôtes, ils se relayaient pour ramer le plus rapidement possible tout en préservant leurs forces. Boromir dirigeait la barque où étaient avachis Pippin et Merry tandis que les deux autres hobbits se laissaient mener en tête par Aragorn. Legolas et Gimli se partageaient le troisième bateau en silence. Cela faisait deux jours qu'ils naviguaient et l'ennui se faisait sentir. L'elfe avait fait part de son inquiétude à leur guide quant au mauvais pressentiment qui l'étreignait lorsque son regard perçant observait sur la rive gauche. Les gardiens de la Forêt d'Or les avaient prévenus qu'il serait fort probable qu'une bande d'orcs patrouillerait dans le coin. Soudain, un son lointain de galop se fit entendre et la végétation s'agita comme si un animal se déplaçait au travers des feuillages. Alertés, les voyageurs fixèrent inquiets l'agitation qui se rapprochait rapidement. Un hennissement retentit avant qu'un cavalier apparaisse. Un cavalier noir ? Point du tout. Bien que la robe de l'équidé soit aussi sombre que les ténèbres, sa cavalière en revanche était vêtue d'un étrange pantalon bleu foncé – plus communément appelé un jean pour les Terriens – et d'une cape verte qui se confondait dans la verdure. Soulagés, les hommes abaissèrent leurs arcs et leurs épées qu'ils avaient dégainés par précaution. L'invité mystère n'était nulle autre qu'une des filles d'Elrond. À en juger par la monture et par le regard de défiance qu'elle leur lança, il s'agissait sans aucun doute d'Aliania. Aragorn donna l'ordre d'accoster sur la rive gauche pour la rejoindre. De toute manière, il ne se serait pas éterniser longtemps sur le fleuve et se serait arrêté pour installer un campement pour la nuit qui n'allait pas tarder à tomber.

Heureuse rencontre ! la salua le rôdeur qui, légèrement habitué à la voir apparaitre aux lieux et moments où on l'y attendait le moins, n'était guère surpris de son arrivée.

Attention, tu commences à parler comme Gandalf, l'avertit-elle en sourcillant tout en descendant de Noctius qui alla s'abreuver dans le lit de la rivière. Vous êtes poursuivis, lâcha-t-elle sur le ton de la conversation.

Des orcs ?

Ils sont à plusieurs lieues d'ici mais semblent pister quelque chose. Ils restent à environ cinq-cents pieds de l'eau. Du moins, c'est ce que j'ai pu constater lorsque je les ai dépassés discrètement.

Devons-nous nous remettre immédiatement en route ? s'enquit-il anxieux.

Non, ils se déplacent vite mais n'arriveront pas ici avant le petit matin. Faites une pause, je monte la garde !

Sauf votre respect, vous semblez aussi fatiguée que nous, intervint Boromir en dévisageant ses cernes naissantes. Il serait plus sage que nous nous relayons à tour de rôle.

La seule crainte que vous ayez à avoir est que je vous égorge dans votre sommeil afin de nous épargner de vos sous-entendus agaçants, répliqua-t-elle irascible.

Serait-ce une menace ? dit-il piqué à vif avec ces propos déplacés.

L'homme sortit son épée de son fourreau et plaça sa pointe acérée sous le menton de la guerrière qui n'avait pas bougé d'un cil. Aragorn leur ordonna sèchement de cesser leurs enfantillages tandis que l'elfe aux yeux bleus s'apprêtait à intervenir pour les séparer. Il n'appréciait guère voir le Gondorien menacer ainsi la femme qui faisait toujours battre son cœur malgré les circonstances. D'un salto arrière, la jeune femme se dégagea de la menace et décocha au passage un coup de pied dans la main de l'homme, l'obligeant ainsi à lâcher son arme en jurant.

C'est la dernière fois où je vous entends dire que je suis inapte à faire quelque chose. Est-ce bien clair ? cracha-t-elle en le foudroyant du regard.

Bien évidemment, l'homme ne répondit pas mais son regard haineux en disant long sur son envie de répliquer acerbement à cette maudite elfe. Il était prodigieusement agacé par le fait que quoiqu'elle fasse, quoiqu'elle dise, elle avait toujours le dernier mot car ses compagnons de voyage la soutenaient plus ou moins ouvertement. Cela avait le don pour le mettre hors de lui ! Fulminant, il récupéra sa lame et s'enfonça dans la forêt pour ramasser du bois pour le feu de camp.

Était-ce vraiment nécessaire ? la houspilla Aragorn en la contemplant sévèrement.

Pas gênée le moins du monde, elle afficha un sourire narquois et alla s'assoir contre un vieux tronc d'arbre. Une fois sortie de son état catatonique avachie contre un muret de pierres froides à Poudlard, elle s'était retenue de ne pas retourner voir Dumbledore pour lui dire ce qu'elle pensait des gens qui se gardaient bien de distribuer les messages en temps voulu. Elle bouillonnait intérieurement de rage et celle-ci n'attendait qu'une futile excuse pour se déverser sur le premier malheureux venu. Tandis qu'elle ruminait dans son coin, les autres installaient le campement de fortune en silence. Durant un long moment, la jeune femme fixa Frodon en fronçant légèrement les sourcils. Elle pouvait sentir le pouvoir de l'Anneau grandir… La puissance qui émanait du cercle d'or la rendait mal à l'aise. Elle se demandait si les personnes dépourvues de pouvoirs magiques avaient la capacité de ressentir cette énergie néfaste. Ils n'y étaient probablement pas indifférents, la preuve étant que l'Unique avait une volonté propre lui permettant de manipuler à sa guise les personnes à sa portée. L'Histoire l'avait prouvé à de nombreuses reprises… L'elfe se rendit compte que le jeune Sacquet avait surpris son regard insistant et la dévisageait à son tour avec une certaine anxiété. Relâchant son attention, la sorcière prit un couteau et entama le polissage d'une branche de bois pour le métamorphoser en pieu. Parfois, une simple grosse écharde pouvait devenir une arme salvatrice. Ce genre d'épée rustique lui avait déjà sauvé plusieurs fois la vie dans le passé.

Le vent commença à se lever et rendit difficile l'allumage d'un feu. Une heure plus tard, ils furent tous rassemblés autour de flammes vivifiées grâce à la magie de la jeune femme qui avait eu pitié des hobbits qui frissonnaient emmitouflés dans leurs capes elfiques offertes par Galadriel. Depuis un moment, le Prince de la Forêt Noire scrutait curieusement l'environnement. Se levant, il s'approcha d'un majestueux chêne au bord de l'eau.

Pourquoi cet arbre m'est-il étrangement familier ? murmura le Prince Legolas en passant ses doigts sur l'écorce rugueuse.

Probablement parce que tu t'es déjà tenu en ces lieux il y a quelques siècles, suggéra amèrement la sorcière en connaissance de cause.

Étonné qu'elle lui adresse volontairement la parole, il la regarda sans comprendre où elle voulait en venir.

Nous sommes à proximité de la Cité d'Argent, dit-elle pour répondre à son regard interrogatif qui s'éclaira à cette explication.

Bien sûr qu'il aurait dû reconnaitre cet endroit ! Il y avait passé de nombreuses heures en compagnie de la jeune femme lorsqu'elle demeurait à la Cité d'Argent dirigée par son oncle, le Seigneur Lénorièl. À l'époque, Aliania aimait fuir l'ambiance de ce lieu et réfléchir au bord de la rivière. Legolas, qui à l'époque s'occupait des jeunes accueillis, avait fini par découvrir où elle disparaissait mystérieusement. Au début, elle n'avait pas apprécié sa présence et l'avait repoussé avec force. Progressivement, voyant qu'il ne la lâchait pas mais qu'il ne la harcelait pas pour autant avec des questions comme les autres, elle avait fini par s'ouvrir à lui. Au départ, cela avait été juste quelques brides de paroles, puis des dialogues de plus en plus cordiaux. Leur relation avait évolué jusqu'à franchir les limites que leurs statuts et leurs rangs leur imposaient. Le Prince avait dû se montrer extrêmement patient avec l'héritière d'Imladris. Bien qu'il fût certain que leurs sentiments étaient réciproques, il avait mis beaucoup de temps à la mettre en confiance. Il n'avait jamais réellement compris pourquoi elle redoutait tant le contact physique. Il se rappelait qu'un jour, il lui avait simplement frôlé la taille et elle avait sursauté avant de s'éloigner apeurée. Si ses souvenirs étaient exacts, il devait même retrouver une trace de...

Il y a une inscription sur l'arbre ! s'exclama Pippin. Qu'indique-t-elle ?

Ceci ! pensa l'elfe blond en visualisant une ancienne gravure qu'il avait faite il y a fort longtemps.

Malgré le temps qui s'était écoulé depuis, le cœur qui encadrait l'enchevêtrement des lettres « A » et « L » apparaissait toujours entre les rainures de l'arbre.

Je ne m'en souvenais pas de celui-là, maugréa la jeune femme qui venait également de comprendre de quoi il s'agissait.

Qu'est-ce que c'est ? renchérit Merry curieux.

De toute évidence, ceux qui ont laissé une telle mièvrerie devaient être pathétiques ! souligna-t-elle se gardant bien de dire que ses auteurs se trouvaient ici présents.

Peut-être espéraient-ils simplement se souvenir de leur amour à jamais, souffla mélancoliquement le concerné.

Des conneries ouais ! ricana-t-elle sur la défensive en retournant s'asseoir sous le regard perçant d'Aragorn qui avait sans doute fait le rapprochement.

Vous savez qu'elle ne pense pas vraiment ses paroles mon ami, le réconforta-t-il en elfique dans un souffle en voyant la peine voiler le beau visage du Prince.

Parfois, je me le demande, répondit-il derechef en retournant près de son sac de voyage.

Après un léger souper, la plupart des membres de la Communauté s'apprêta à piquer un somme lorsque le vent se mit à souffler avec encore plus de force apportant ainsi une désagréable sensation.

Quelle atroce odeur ! s'exclama soudainement l'elfe blond. Ne la ressentez-vous point ?

Si... souffla son ex-compagne en se redressant sur le qui-vive.

On dirait l'odeur d'un grand brasier ! réalisa Gimli en plissant du nez face à la puanteur.

Brasier avec de la chair carbonisée, affirma la guerrière en masquant son dégoût en adoptant un air détaché.

D'où est-ce que cela peut provenir ? interrogea Frodon mal à l'aise.

La Cité ! s'exclamèrent les deux elfes en cœur.

N'était-elle pas abandonnée ? s'étonna Aragorn.

Non, elle est toujours habitée ! Apprêtez-vous à reprendre le fleuve ! leur ordonna la sorcière. Si les orcs sont responsables de cela, ça se pourrait qu'ils viennent jusqu'ici en peu de temps, leur expliqua-t-elle en sellant Noctius qui s'agitait.

Et toi ?

Je vais voir si je peux faire quelque chose ! s'impatienta-t-elle face à la question qu'elle jugea niaise.

Pas question, c'est trop dangereux ! s'insurgea Legolas.

Si tu crois que ça va m'arrêter… commença-t-elle avant d'être coupée à nouveau par le Prince.

Alors nous y allons ensemble ! Mon oncle est là-bas je te le rappelle ! rugit-il sur un ton qui n'admettait pas de réplique.

N'ayant pas le temps de débattre davantage, elle l'autorisa de mauvaise grâce à monter derrière elle sur Noctius en fulminant intérieurement. Bien que conscient de la crispation de la jeune femme à son contact, il fut néanmoins obligé de s'agripper un minimum à elle s'il ne voulait pas finir à terre durant la rapide chevauchée. Au fur et à mesure qu'ils se rapprochèrent, l'odeur devint de plus en plus atroce et de la fumée noirâtre commença à gêner leur vision d'aigle. La sorcière jura entre ses dents. Elle ne s'attendait pas à devoir un jour retourner là-bas et encore moins dans ces circonstances. Elle ne savait pas trop ce qui l'attendait sur place et ignorait comment elle allait réagir. Qui plus est, elle redoutait la réaction de Legolas car, bien qu'il ait déserté depuis longtemps ces lieux, il restait très attaché aux habitants restants. Et s'il ne restait qu'un amoncellement de cendres dissimulant des corps calcinés ? Ce fut le cœur angoissé qu'ils arrivèrent à la Cité qui s'avéra être en grande partie ravagée. Des amas étaient toujours en flammes et aucun son ne leur parvenait. À première vue, ceux qui avaient fait ce massacre avaient poursuivi leur chemin.

Ne fais pas de bruit, lui intima la guerrière sombrement. Il y a peut-être encore des orcs dans le coin.

Et si c'était autre chose ?

Non, regarde cette épée, souligna-t-elle en désignant un vulgaire cimeterre grossièrement forgé. Ça ne peut qu'appartenir à des saletés d'orcs ! Tâchons de trouver des survivants mais surtout, reste discret ! lui ordonna-t-elle pour ne pas le prier d'être prudent.

Le plus silencieusement possible, ils fouillèrent dans les décombres dans l'espoir de retrouver ne serait-ce qu'une personne de vivante. Aliania ne tombait que sur des cadavres et la plupart n'étaient guère identifiables tellement le feu avait fait fondre leur chair. L'odeur lui soulevait le cœur et la fumée lui piquait les yeux. De son côté, Legolas n'avait guère plus de chance et peinait à ne pas rendre son dernier repas. Cela faisait un certain temps qu'il n'avait pas assisté à une telle scène d'épouvante. Il se demanda à ce moment-là comment son ex compagne parvenait à garder son sang-froid dans ce genre de situations cauchemardesques. Oh bien sûr, elle n'avait pas le sourire mais au moins, elle ne s'effondrait pas et gardait la tête sur les épaules. La jeune elfe entendit soudain un faible gémissement à sa droite. Avec précaution, elle souleva un ensemble de gravats composé de pierres brisées et de débris de bois. En dessous se trouvait un homme qui était en train de mourir étouffé dans son propre sang. En la voyant, il tenta de lui parler mais ses paroles étaient difficilement compréhensibles :

Les... rcs... atta... tous...brûl...ain... blanche ! réussit-il à dire les yeux exorbités.

Les orcs vous ont attaqué, c'est ça ? Chut, ne parlez pas, vous allez vous fatiguer inutilement... lui souffla-t-elle consciente qu'il vivait ses derniers instants.

Quand bien même elle l'aurait voulu, elle n'aurait rien pu faire. L'homme était mortellement blessé : tenter de le soigner n'aurait été qu'une perte de temps et une souffrance inutile pour lui.

Ai... peur... mort... gémit-il en cherchant à toucher son visage.

N'ayez pas peur, lui intima-t-elle tranquillement avec un doux sourire en se saisissant de sa main.

Vous... venue... chercher... ? l'interrogea-t-il dans son délire. Êtes... la... lumi... lumière, articula-t-il avant de sombrer dans une éternelle inconscience.

L'elfe soupira brièvement et lui ferma doucement les yeux. Elle ignorait qui il était et ne le saurait sans doute jamais. Sans plus de cérémonie, elle se remit en quête d'autres malheureux même si elle n'y croyait pas trop. Il y avait des dépouilles mais pas autant qu'elle ne l'aurait craint. Peut-être que certains avaient réussi à fuir dans l'obscurité des bois. Au bout d'un moment, elle arriva dans une pièce – du moins ce qui en restait – et fut prise d'un étrange malaise. Elle ne tarda pas à comprendre pourquoi lorsqu'elle aperçut dans les décombres un miroir de poche qui lui était étrangement familier. Sensation normale étant donné qu'il lui avait appartenu lorsqu'elle vivait ici. Cet endroit ravagé avait dû être sa chambre... En observant bien, elle reconnut d'autres restes de mobilier qu'elle avait eu tout le loisir de contempler lors de ses longues nuits d'insomnie. Un bruit derrière elle lui indiqua que le Prince de la Forêt Noire se tenait près d'elle et vu son regard, elle en déduisit qu'il venait lui aussi de comprendre dans quelle pièce il venait d'arriver.

C'est tellement étrange de revenir ici tout a tellement changé !

C'est généralement ce qu'il se passe lorsqu'un incendie se déclare, railla-t-elle par habitude. C'est l'occasion de refaire enfin la déco !

Mais elle se tut lorsqu'elle vit à quel point l'elfe n'était pas réceptif à son humour. Faut dire que le lieu et le moment étaient particulièrement mal choisis. La sorcière adorait lancer des répliques humoristiques ou acerbes dans n'importe quelle situation. C'était un moyen comme un autre de dédramatiser. Cependant, cette attitude ne plaisait pas à tout le monde.

J'ai trouvé un survivant mais il s'est étouffé dans son propre sang on ne le connaissait pas, rajouta-t-elle pour dissiper son doute. Ce sont bien les orcs les investigateurs de ce désastre.

Je n'ai trouvé personne de vivant. Je refuse de partir sans avoir découvert ce qu'il en est du Seigneur Lénorièl, l'avertit le Prince la voix vibrante.

Alors dépêchons-nous, il ne faut pas tarder à rejoindre les autres. Il est probable que certains aient pu s'enfuir dans la forêt. On aurait retrouvé plus de cadavres sinon...

Il faut quand même vérifier !

Ils poursuivirent ensemble leur recherche en serrant des dents. En fouillant dans leurs souvenirs, ils reconnurent la plupart des pièces encore fumantes. Arrivés vers l'entrée principale, ils entendirent quelqu'un tousser sous les ruines. Les deux elfes se précipitèrent vers la source et soulevèrent les débris hâtivement. Ils parvinrent à dégager rapidement le rescapé qu'ils identifièrent cette fois-ci sans difficulté puisqu'il s'agissait du Seigneur Lénorièl.

Et merde ! pensa la sorcière en jetant un rapide coup d'œil aux blessures qui paraissaient graves.

Mon oncle ! l'appela le Prince en le soutenant. Mon oncle, m'entendez-vous ?

Legolas, que… que faites-vous… ici ? Dame Aliania ? s'étonna-t-il en pensant probablement qu'il perdait la tête.

Ne bougez pas mon oncle, nous allons prendre soin de vous, le rassura son neveu. Aliania va vous soigner.

HEIN ? pensa la concernée en dissimulant une grimace. Pourquoi est-ce que tu lui dis ça ! Je ne suis pas guérisseuse ! Je ne suis pas comme mon père !

Elle souleva néanmoins les tissus sanguinolents mais s'aperçut rapidement que ses soupçons s'étaient avérés exacts : la plaie principale était bien trop profonde et elle percevait un morceau de bois dans ses entrailles qui servait temporairement de barrage à une hémorragie mortelle. Si elle tentait de l'extraire, il se viderait à grands flots de son sang et si elle tentait de le recoudre tel quel, il était certain que les fragments de la flèche déchireraient ses viscères. Quoique qu'elle fasse, il était condamné. Elle l'avait su avant même de l'ausculter : le Miroir de Galadriel le lui avait montré… D'ailleurs, maintenant qu'elle y pensait, l'onde lui avait également révélé son meurtrier. Un énorme orc dont la tête était tatouée d'une main blanche. Sur le coup, la jeune femme n'avait pas saisi ce que cette trace signifiait. Ce n'était nulle autre que l'immonde signature de Saroumane ! Aliania fut extirpée de ses déductions lorsque le blessé s'adressa à elle :

J'ai appris… pour votre… sœur, toutes mes con… condoléances… poursuivit-il difficilement en tendant sa main vers le visage fermé de son ancienne pensionnaire.

Cela la faisait halluciner : cet homme était en train d'agoniser et il pensait encore aux convenances sociales ! Protocolaire jusqu'au bout…

Vous avez… changé… articula-t-il en souriant douloureusement tout en effleurant sa joue avec son pouce avant de les dévisager tous les deux. Prenez… soin l'un… de l'autre…vous êtes fait …l'un pour l'autre… fuyez la… guerre pendant qu'il… en est encore… temps ! Allez… vivre… en paix…, les implora-t-il dans son dernier souffle.

Mon oncle ! s'écria son neveu bouleversé. Ne nous quittez pas, je vous en supplie ! l'implora-t-il en le secouant légèrement.

Aliania avait mal pour son ancien compagnon. Voir son visage strié par les larmes de douleur n'était pas une vue réjouissante. Doucement, elle passait sa main poussiéreuse et ensanglantée sur le regard désormais vide de son ancien professeur. Sans un mot, elle posa son autre main hésitante sur l'épaule de l'elfe endeuillé. Ses doigts se resserrèrent avec plus de fermeté quand elle le vit perdre le contrôle et sangloter bruyamment. Instinctivement, elle passa son bras autour de son cou et l'attira contre elle, faisait temporairement fi de leur relation conflictuelle.

Nous ne pouvons pas le laisser là, réussit-il à dire au bout de quelques minutes.

Nous ne pouvons pas l'emmener non plus, lui répondit-elle placidement.

Il mérite mieux que de le laisser ici ! ragea-t-il courroucé par la réponse de la sorcière. Nous le lui devons !

En son for intérieur, la jeune femme avait envie de répliquer qu'elle ne lui devait rien du tout si ce n'était son emprisonnement dans cette cité qu'elle exécrait. Néanmoins, elle ne pouvait décemment pas tenir de tels propos devant le neveu du défunt, d'autant plus qu'elle les regretterait probablement plus tard. C'est pourquoi elle acquiesça et proposa d'emmener l'enveloppe charnelle au bord du fleuve pour lui creuser une tombe, faute de meilleure alternative. L'elfe accepta et fit monter son oncle sur Noctius qui ne broncha pas. La guerrière lui dit de grimper, de le ramener au campement et qu'une fois arrivé, de lui renvoyer son cheval car ils ne tiendraient pas à trois adultes sur le dos. Le Prince ne rechigna pas et s'élança dans l'obscurité tandis qu'Aliania refit un dernier tour pour vérifier qu'il n'y avait plus de survivants. Énervée, elle shoota violemment dans les débris : pourquoi avaient-ils rasé cette cité ? Elle savait que les orcs n'avaient pas besoin d'un véritable motif pour justifier le chaos mais elle ne pouvait s'empêcher de trouver cela injuste. Cet endroit n'avait rien fait pour mériter un tel massacre ! Que l'on tente de détruire les endroits où se dissimulent et s'entraînent ses soldats, cela pouvait se comprendre. Si elle en avait l'opportunité, elle aurait agi pareil dans les campements ennemis. Mais jamais elle n'aurait attaqué un peuple sans défense ! C'était une question de principe et d'honneur. Sauron et ses sbires allaient payer cher pour ces morts ainsi que pour toutes les souffrances qu'ils avaient engendrées ! Ces actes n'allaient pas rester impuni, elle ferait en sorte de s'en assurer même si ça devait être la dernière chose qu'elle ferait en ce monde – enfin, après avoir vengé ses sœurs et sa mère…

La Communauté attendait anxieusement le retour des deux elfes dans un silence de mort. Elle guettait le moindre signe annonciateur d'une quelconque arrivée amie ou ennemie. Cela faisait bientôt trois heures que leurs compagnons étaient partis en reconnaissance et leur absence commençait sérieusement à les inquiéter. Leur était-il arrivé quelque chose ? Qu'avaient-ils trouvé là-bas ? S'étaient-ils faits capturés ? Cette dernière supposition semblait peu probable aux yeux du rôdeur qui envisageait mal la sorcière se laisser prendre par une bande d'orcs. Leurs interrogations allèrent rapidement trouver des réponses car ils entendirent Noctius revenir au galop vers eux. Boromir s'empressa d'aider Legolas à faire descendre son oncle de selle tandis que les questions fusèrent : qui était-il ? Était-il mort ? Où était Aliania ? Que s'était-il passé ? Cependant, le concerné ne décrocha pas un mot si ce n'est pour ordonner à la monture de repartir chercher sa cavalière. Il s'empara du solide morceau de bois pointu qu'avait façonné la guerrière et s'affaira à creuser un trou sous les regards perplexes de ses compagnons de route. Son visage avait noirci à cause des vapeurs noirâtres ainsi tous purent y percevoir le récent passage de larmes. Les hommes soupirèrent face au manque d'explication mais lui apportèrent leur aide. La pluie n'étant pas tombé depuis plusieurs jours, la terre était sèche et il était ardu de fabriquer une tombe sans outils… Une heure plus tard, Aliania arriva dans le même état de saleté que le Prince. La Communauté tenta de l'interroger sans grand espoir car si des réponses il devait avoir, ils ne s'attendaient guère à les recevoir de la magicienne. C'est pourquoi ils furent réellement surpris lorsqu'elle leur narra en quelques mots les derniers évènements. Constatant leurs difficultés à creuser en profondeur, elle positionna ses deux paumes de main face au ciel et les leva doucement. La terre s'éleva et se déposa à côté du trou, prête à y être rejetée dès que le corps y serait logé. En descendant lentement l'enveloppe charnelle dans l'abysse, Aliania vit Legolas serrer du poing tellement fort le morceau de bois que du sang s'en écoula. Toujours sans véritablement réfléchir, elle lui prit la main en l'obligeant ainsi à lâcher la pelle improvisée pour qu'il ne se blesse pas davantage. Cela risquait d'être problématique pour tirer à l'arc en cas d'urgence. L'elfe endeuillé prononça à mi-voix une prière elfique souhaitant à l'âme du défunt de trouver la route pour les Terres Immortelles. La sorcière ne dit rien mais fit apparaitre grâce à un sortilège informulé une rose blanche qu'elle déposa sur le corps avant qu'il ne soit recouvert par les monticules de terre.

Quelque temps après, la Communauté se remit en route dans les embarcations tout en laissant la jeune femme sur la rive car celle-ci refusait catégoriquement de mettre un pied sur le fleuve. De toute manière, elle devait retourner sur Terre pour surveiller ses autres protégés. Elle leur assura qu'elle les retrouverait plus tard.

Alors qu'Anabellissë s'attelait à la lourde tâche de rédiger un rapport de mission – corvée qui aurait théoriquement du revenir à sa grande sœur adoptive – les Gryffondor travaillaient pour la plupart dans la Salle Commune. Lorsque la sorcière elfe arriva, tous se retournèrent vers elle. En effet, il paraissait difficile de passer inaperçue lorsque l'on était couverte de suie et sang… Après avoir rassuré Ana d'un vague sourire, elle alla prendre une douche puis se rendit sur le terrain de Quidditch où les Gryffondor s'entraînaient pour la prochaine rencontre avec les Serdaigle. Postés en haut des gradins, Ron ainsi que Madame Bibine observaient avec admiration les prouesses de l'attrapeur sur son nouveau balai. Harry volait si vite que seul un regard perçant pouvait le suivre en détail lorsqu'il accélérait et faisait des feintes. Avec cet atout, les adversaires partaient avec un sacré handicap !

Peu avant la fin de l'entraînement, le Professeur de vol commença à montrer des signes de lassitude et de fatigue. Soledad lui proposa de continuer à surveiller les élèves à sa place puis de les raccompagner lorsqu'ils auraient fini. Devant son air dubitatif, l'elfe lui rappela placidement que quitte à choisir un adversaire de taille entre elles deux, autant que ça soit elle. D'ailleurs, elle se demandait quand Black allait finir par se pointer ! Pour un criminel fou dangereux avide de vengeance, il prenait tout son temps ! Si ça se trouve, le vieux Dumbledore avait tout faux et le fugitif ne cherchait qu'à se faire la malle à l'étranger. Quoique… il n'aurait pas pris le risque de s'introduire dans le château à Halloween s'il n'avait pas eu une idée derrière la tête. En attendant, la guerrière l'attendait de pied ferme. Elle ne supportait pas de devoir attendre. La patience n'avait jamais été son fort bien qu'elle possédait plus ce trait que sa grande sœur Aliana. En parlant d'elle, il serait aussi grand temps de savoir où elle se planquait. Soledad ne put pas poursuivre ses réflexions davantage car les joueurs rouge et or venaient d'achever leur séance et se dirigeaient vers les vestiaires. Soledad rattrapa son protégé avec son ami roux. Ensemble, ils reprirent tranquillement le chemin de la Tour en discutant des étonnantes performances de l'Éclair de Feu. Soudain, le Survivant s'immobilisa aux aguets en fixant l'obscurité vers un arbre isolé.

Qu'est-ce que tu as ? s'enquit Ron en fronçant des sourcils en s'arrêtant à son tour.

Là-bas ! souffla-t-il anxieusement. Il y a des yeux !

Ouais, je les vois aussi. Sûrement un animal, fit l'elfe en haussant les épaules.

Lumos ! s'exclama le rouquin sur le qui-vive.

Et effectivement, la baguette révéla la présence d'un félin qui n'était nul autre que Pattenrond rôdant dans le parc. Le jeune Weasley s'empressa de le faire déguerpir en lui jetant une pierre. Quant à l'autre garçon, il poussa un bruyant soupir de soulagement ce qui interpella la sorcière :

Tu t'attendais à voir quoi Harry ?

Le Sinistros, admit-il à mi-voix.

Et tu crois à ces âneries ? dédramatisa-t-elle en passant un bras rassurant autour de ses épaules et en lui ébouriffant les cheveux. Allez champion, dépêche-toi d'aller te coucher, il y en a qui compte sur ton talent demain ! lui sourit-elle de toutes ses dents.

Le lendemain, Ana informa le Trio d'Or que Soledad avait eu une urgence nocturne et qu'elle reviendrait dès que possible. Par conséquent, ils se rendirent sans elle en direction du terrain de Quidditch. Le match se déroula sans anicroche et les Gryffondor écrasèrent rapidement l'équipe des joueurs vêtus de bleu. Ana mit un moment à se remettre d'un magnifique fou rire provoqué par les explications hilarantes de Lee Jordan, le meilleur ami des jumeaux Weasley, chargé de commenter la rencontre sportive. Le Professeur McGonagall avait failli lui supprimer le micro tellement ses propos manquaient d'objectivité et vantaient outrageusement l'Éclair de Feu. Désormais, la vieille femme s'occupait de régler le compte de quatre Serpentard qui avaient lâchement tenté de déstabiliser Harry en se déguisant en Détraqueurs. Cependant, le Survivant n'avait pas perdu ses moyens et leur avait balancé un puissant patronus en pleine tête sans même réaliser qu'il s'agissait juste d'élèves déloyaux.

Durant tout le reste de la journée, les Gryffondor fêtèrent leur victoire dans leur tour. Grâce à Fred et Georges, les jeunes avaient de quoi tenir un siège en se nourrissant uniquement de sucreries et en s'abreuvant de bièraubeurres. Seule Hermione ignorait le tapage ambiant car elle était une fois de plus plongée dans une série de bouquins, visiblement à fleur de peau. À un moment, la jeune fille éclata en sanglot lorsque Ron lança une remarque pour déplorer publiquement l'absence de Croûtard. Ana le réprimanda avant de rejoindre la Gryffondor qui s'était enfuie dans le dortoir. Les filles ne redescendirent pas de la soirée qui s'acheva près d'une heure du matin. Entre temps, Soledad était rentrée épuisée et s'était allongée sur son lit sans décrocher un mot à ses colocataires. La chambre sombra peu à peu dans un silence nocturne. Malheureusement pour elles, la nuit allait s'avérer mouvementée…

À Fondcombe, Alania venait de prendre congé de sa plus jeune sœur. Bien qu'elle tentait de le cacher, Arwen souffrait de l'absence d'Aragorn. Pourtant, elle était habituée aux longues semaines d'errance de son amant. Mais cette fois-ci, le doute étreignait son cœur : où se trouvait la Communauté ? Son homme allait-il bien ? Reviendrait-il de cette guerre qui allait éclater incessamment sous peu ? Même s'il s'en sortait vivant, pourraient-ils se retrouver côte à côte ? Tant de questions auxquelles les réponses ne pouvaient être que des suppositions et des prières… Alania avait passé l'après-midi entier à tenter de la rassurer en lui rappelant qu'Aragorn n'aurait pas pu être en meilleure condition pour partir au combat et que de toute manière, Aliania veillait au grain. Malgré ces paroles réconfortantes, la jeune elfe ne pouvait s'empêcher de s'angoisser. D'ailleurs, elle n'était pas la seule. Alania avait une énorme pression sur ses épaules depuis que sa grande sœur lui avait confié le commandement de l'armée. La jeune femme ne savait pas si elle répondait bien à la tâche et doutait beaucoup d'elle-même. Jusqu'à présent, il n'y avait pas eu encore de grandes alertes. Néanmoins, le jour où cela arriverait, elle doutait d'être apte à prendre de lourdes décisions. Comment ses sœurs faisaient-elles pour réussir à choisir ? Chacune de leurs décisions était susceptible de tuer les soldats placés sous leurs ordres, autrement dit sous leurs responsabilités. Car oui, contrairement à leur tante Prestya, la sororité des Protectrices tenaient précieusement à chacune des vies que les guerriers mettaient à leur service. Bien que chaque guerre apporte son lot de pertes, les jumelles acceptaient difficilement lorsque celles-ci survenaient. Elles ne raisonnaient pas comme de vraies meneuses devraient le faire. Techniquement, les hommes leur devaient allégeance mais généralement, elles dialoguaient avec eux pour savoir si les décisions prises allaient également dans leur sens. Alana disait souvent qu'il fallait toujours garder à l'esprit que sans eux, elles ne pourraient pas assurer correctement la protection des leurs et qu'étant donné que ces hommes mettaient leurs vies à leur service, c'était la moindre des choses de les écouter. Alania se dirigea vers le campement principal pour rejoindre Anàrion afin de former de nouvelles recrues. Enfin… du moins elle essayait de leur apprendre des choses car niveau technique de combat, elle n'était pas au top… Heureusement qu'elle pouvait grandement s'appuyer sur l'ami de ses sœurs pour pallier à ses manques.

À un certain nombre de miles de là, la Communauté se trouvait en difficulté : après une légère dispute entre les membres quant à l'itinéraire à choisir, ceux-ci s'étaient plus ou moins dispersés dans la forêt. Seulement, ils ne s'attendaient pas à ce qu'une bande d'orcs soit assez proche. Les viles créatures avaient déferlé brusquement sur eux et un rude combat faisait rage. Aragorn croisait le fer seul dans les hauteurs de la colline, laissant ainsi l'opportunité au Porteur de l'Anneau de s'enfuir. Les autres hobbits s'étaient dissimulés dans un trou tandis que Boromir se défendait non loin d'eux. Quant à Gimli et Legolas, ils tentaient de les repousser et de rejoindre les autres hommes. Les lames et les flèches fusaient de toutes parts et étaient parfois à deux doigts d'atteindre leurs cibles…

ARGHHHHHHHHHHHHHHH !

Tel fut le hurlement de terreur qui déchira le silence qui avait mis du temps à s'installer après la fiesta des Gryffondor. Se réveillant en sursaut, les filles se demandèrent ce qu'il se passait. Soledad grommela une phrase du style « putain, c'est trop demander de passer une nuit tranquille ! » avant de s'élancer vers la provenance du bruit. En se dirigeant vers le dortoir des garçons, elle entendit une porte claquer derrière elle puis Ronald Weasley hurler hystériquement que Sirius Black venait d'attenter à sa vie en le menaçant d'un long couteau. Sans hésiter, l'elfe fit demi-tour et se mit à la poursuite du meurtrier. Dévalant les marches, elle passa ensuite la porte gardée par le portrait du Chevalier du Catogan qui lui hurla des insanités au passage. Accélérant sa course, la sorcière ignora le point de côté qui la gênait ainsi que la froideur des dalles qui glaçait ses pieds. Elle détestait ce genre de réveil et en plus, elle n'avait pas encore eu sa dose de caféine ! Fulminant, elle se précipita dans un couloir du rez-de-chaussée où un énorme fracas venait de retentir. En arrivant sur les lieux, elle constata qu'une armure avait été jetée à terre – peut-être que Black l'avait percutée en fuyant – mais qu'aucune porte n'était ouverte. L'elfe fouilla rageusement le couloir en soulageant les rideaux et tapisseries. Rapidement, elle trouva ce qu'elle soupçonnait : un passage secret. Elle l'emprunta tout en longeant le mur car l'obscurité régnait en maître. De toute manière, le tunnel s'avéra être extrêmement exigu. Bien que l'homme devait être amaigri par son long séjour à Azkaban, la sorcière s'étonna de la facilité qu'il avait eu à faufiler par ce chemin. Loin d'être considérée comme bien portante, l'elfe serra des dents lorsqu'elle dut se glisser entre les deux parois très rapprochées. L'ancien prisonnier n'avait pas de poitrine lui, c'était certain ! Ses pieds nus touchèrent une matière qui l'interpella. Elle se pencha tant bien que mal et ramassa un élément qu'elle supposa être des cheveux… Elle vérifierait son hypothèse à la première lueur. Justement, elle ne tarda pas à apercevoir la douce lumière lunaire. Le passage déboucha dans une petite alcôve qui elle-même donnait sur un patio extérieur.

Pas si protégées que ça les entrées ! pensa-t-elle.

Un rapide coup d'œil l'informa que sa trouvaille se trouvait être une touffe de poils. Si elle n'avait pas été noire, elle aurait soupçonné Miss Teigne. A priori, elle ne connaissait pas d'élèves possédant un animal avec ce type de pelage. Ceci dit, elle allait devoir s'en assurer. En attendant, elle ne voyait nulle trace de l'évadé. Sans grand espoir, elle sauta par-dessus un petit muret pour atterrir dans le parc. Inspectant le sol à la seule lumière de l'astre lunaire, elle ne trouva rien. Alors qu'elle allait faire demi-tour, des traces d'animal attirèrent son regard. Elles étaient fortement semblables à celles qu'elle avait relevées lors de la précédente intrusion de Black. Étrange. Ne sachant pas trop quoi en déduire, l'elfe rebroussa chemin et se rendit dans la Grande Salle. Les professeurs avaient probablement réuni les étudiants une nouvelle là-bas le temps de fouiller les environs.

Effectivement, Soledad ne s'était pas trompée. Les professeurs parlaient à voix basse avec effervescence.

Arrêtez de vous agiter, il a filé ! les interrompit-elle blasée.

Comment pouvez-vous le savoir ?

Sans doute parce que je l'ai traqué dès que Weasley a donné l'alerte.

Vous l'avez vu de vos propres yeux ?

Non, juste entendu. Mais j'ai trouvé ça, les informa-t-elle en leur exposant la touffe de poils. Et des empreintes d'origine animale dans le parc. J'attire votre attention sur le fait que ce sont les mêmes que j'avais déjà remarquées à Halloween.

Qu'en déduisez-vous ?

Je n'en sais rien. À vous de me le dire ? répliqua-t-elle.

Seul le silence lui répondit.

Ok, reprit-elle. Comment se fait-il que Black ait pu rentrer sans donner le mot de passe dans la tour ?

En fait, il les avait tous ! Londubat a cru utile d'inscrire sur un parchemin chaque mot de passe de la semaine. Évidemment, cette tête de linotte l'a égaré et Black l'a trouvé ! Le Chevalier du Catogan s'est fait une joie de lui ouvrir.

Mais quel naze ! maugréa-t-elle.

Pour une fois, nous sommes d'accord, réagit Rogue sombrement. Il sera en retenu jusqu'à la fin de l'année personne ne devra lui donner les nouveaux codes d'accès et…

Je ne parlais pas de Neville mais du portait cinglé ! le coupa Soledad furieuse. Quand bien même Black avait les mots de passe, il n'aurait jamais du pouvoir pénétrer dans la tour à moins d'avoir fait exploser l'entrée ! Ce chevalier est un fou et un incapable. Jamais la Grosse Dame n'aurait fait une connerie pareille ! Il se fiche complètement de la sécurité des élèves !

C'est pourquoi il a été démis de ses fonctions, la rassura le Professeur McGonagall qui ne devait pas moins en penser. La Grosse Dame a accepté de reprendre son poste à condition d'être protégée par des trolls.

Comme si ça allait changer quelque chose pour elle… Enfin, c'est psychologique comme on dit, ricana légèrement l'elfe avant de prendre congé des enseignants.

Elle se rendit dans le dortoir qui était désormais vide – les élèves devant finir leur nuit dans la Grande Salle – et en profita pour se délasser. C'était très étrange d'entendre juste le silence. D'habitude, les bruits de voix des étudiants ainsi que les crépitements du bois se consumant dans l'âtre occupaient l'espace sonore. Il ne faisait pas très chaud dans la Salle Commune maintenant que le feu s'était éteint. Néanmoins, cela ne dérangea pas la guerrière qui n'était pas du genre frileuse. Au contraire, elle avait plus tendance à craindre la chaleur. S'affaissant au fond un fauteuil moelleux, elle entendit un froissement. Soupirant, elle se rassit pour sortir le papier responsable du désagrément. Elle le fixa longuement en se demandant si elle devait le lire. Cela faisait un moment qu'elle le gardait sur elle bien à l'abri des regards indiscrets. Mais étant donné qu'elle risquait à chaque instant de se faire attaquer et par conséquent d'abîmer – voire pire, de perdre – l'enveloppe, elle se dit qu'elle devrait quand même en prendre connaissance… Finalement, après une bonne demi-heure de lutte interne, elle prit son courage à deux mains et décacheta l'enveloppe scellée d'un cachet de cire rouge vif. Tenant le parchemin d'une main tremblante, elle commença la lecture :

Ma très chère sœur,

J'aurais tellement aimé que tu n'aies jamais à lire cette lettre car, si tu parcours ces mots, cela signifie que notre destinée a pris une bien malheureuse tournure...

Sans blague… pensa-t-elle sombrement. Destinée de merde ouais !

Je suis vraiment désolée d'avoir failli à notre devoir et de t'avoir abandonnée. Mon départ n'était pas souhaité, sois en sûre. Je n'ose guère imaginer ce que tu dois ressentir en ce moment.

Ce n'est pourtant pas compliqué à comprendre…

S'il te plaît, ne sois pas trop anéantie, ni trop en colère.

Non mais tu te fiches de moi là ! grogna-t-elle intérieurement.

Je comprends qu'il puisse être difficile d'imaginer comment vivre après mon départ.

Je ne peux pas vivre sans toi, et ça tu le savais très bien…

Nous n'avions jamais envisagé une telle situation. Tu te demandes sans doute comment se fait-il que je t'ai rédigée cette lettre avant de mourir ?

Ça, c'est sûr…

Depuis quelques temps, j'ai de mauvais pressentiments et ces sensations ne font qu'empirer. Pourtant, j'ai tout pour être heureuse : des sœurs merveilleuses et une famille en devenir prometteuse. J'ignore quand et comment cela se produira – ou cela s'est produit (c'est difficile de rédiger ce courrier puisque j'anticipe l'inimaginable) – mais je tiens à te faire part de certaines choses pendant qu'il en est encore temps. Je n'ai cessé de ressasser dans mon esprit l'étrange liste que tu as écrite à Poudlard. Aussi, j'aimerais reprendre quelques points avec toi. Tu parles de cauchemars dont je n'ai jamais eu vent. Pourquoi ne m'as-tu rien confié ?

Parce que ce ne sont que des cauchemars stupides qui n'ont rien d'inquiétants, se mntit-elle à elle-même.

Je croyais que tu avais confiance en moi, j'ai tendance à penser que je me suis trompée. D'accord, nous avons tous besoin d'avoir notre jardin secret mais quand même... je ne cesse de me demander ce qui te tourmente tant. Si ces mauvais rêves s'éternisent dans ton esprit, je t'en supplie, parles-en à quelqu'un. Aliana me semble être la personne indiquée mais après tout, je me rends compte que j'ignore beaucoup sur vos relations. Je vous souhaite réellement de vous retrouver au grand jour sans que les animosités des autres perdurent et vous nuisent. Tu peux être heureuse Aliania, il faut juste que tu t'en donnes les moyens.

Je nage dans le bonheur là, qu'est-ce que tu crois ? ricana-t-elle amère.

Éloigne-toi un tant soit peu de la guerre et tu verras comme on est bien. Oh, je me doute bien que tu dois être en train de lever les yeux au ciel en me signalant que je délire avec une vision trop utopique.

Gagné !

Peut-être bien… Cependant, l'espoir fait vivre ! J'étais remplie d'espoir à tes côtés. Je croirai toujours en nous et notre mission. Cela nous a valu de vivre des moments difficiles mais également de grands moments de joie. N'oublie jamais toutes les merveilleuses rencontres que nous avons faites et que tu feras encore ! Profite des avantages de l'immortalité car nous avons beau être immortelles, nous ne sommes pas réellement éternelles… Quelle douce ironie !

À qui le dis-tu ? soupira-t-elle.

Tu aimerais réunir l'Armée sous une seule bannière, je ne vois pas où se trouve la difficulté. Enfin si… Cela signifierait diriger d'un commun accord des milliers de soldats avec Léïa et Prestya. Autant pour la première c'est gérable, autant pour la seconde c'est sans doute plus compliqué.

Compliqué ? Ingérable oui ! s'outra Soledad.

Toutefois, en temps de guerre, il faudra apprendre à mettre vos rancœurs et vos différends de côté car la division vous mènera à l'échec. L'issue de la guerre concernera l'intégralité de la Terre du Milieu et même au-delà. Selon les pertes, des dizaines et peut-être même des centaines de peuples terriens pourraient perdre leur gardien. Chaque guerre apporte son lot de pertes et aucunes des vies ôtées se pourront être remplacées dans le cœur des familles endeuillées. En t'accordant en parfaite harmonie avec nos tantes, tu pourras éviter certains trépas. Garde bien à l'esprit que si vous n'êtes pas solidement soudées, vos soldats en pâtiront.

Comme si je n'en avais pas conscience...

Concernant les royaumes des Hommes, je suis persuadée que notre cher Estel embrassera sa destinée en temps voulu. Il redoute son passé et cette crainte est compréhensive. C'est justement parce qu'il est désintéressé du pouvoir qu'il possède les capacités pour réunifier le monde des Hommes et le gouverner. S'il le faut, rassure-le. Tu ne devrais pas à avoir à le convaincre. Il est responsable et sait au fond de lui quelle décision prendre.

Quant à ta volonté de venger Nana, j'ignorais que tu conservais encore de telles pensées obscures. Je peux concevoir que l'idée t'a effleurée mais j'ai du mal à saisir qu'elle ne quitte pas ton esprit.

Comment veux-tu que j'oublie ce qu'ils lui ont fait ? Comment pourrais-je penser à renoncer à la venger ? Toi non plus, tu n'aurais pas renoncé si tu avais assisté à la scène : ils l'ont éventrée ! Je ne pourrai jamais oublier ça…

Après tout, tu as toujours prétendu ne pas te souvenir de l'identité de ses tueurs… Aurais-tu omis des détails pour nous protéger ?

Plutôt pour me garder le privilège de les massacrer moi-même chérie...

Cela ne me surprendrait guère. Toujours est-il que ces démons doivent probablement pourrir vingt pieds sous terre à l'heure qu'il est ! Alors pourquoi t'obstines-tu à courir après des fantômes ? Ne perds pas ton temps et ton énergie pour cela !

Et si tu te trompais ? Peut-être sont-ils encore quelque part !

Parlons maintenant de ton souhait d'être admise au Conseil. Pour faire partie de ces membres, il va d'abord falloir que tu fasses preuve d'un sang-froid sans borne et excuse-moi de te le dire, mais de ce côté-là, ce n'est pas encore acquis.

On ne peut pas être parfait à tous les niveaux, faut bien être défaillant quelque part...

Ceci étant dit, la persévérance vient à bout de tout. Mais de toute manière, le Conseil est plus réservé aux politiciens qu'aux guerriers. À choisir, tu fais plus partie de ceux qui agissent que de ceux qui parlent. Il est possible qu'un jour, tu bascules dans l'autre catégorie et que la relève soit assurée sur le terrain.

Aucun risque !

Pour ce dernier point, il faudra bien songer à préparer l'avenir… À toi de trouver comment le faire.

L'avantage maintenant que tu es partie, c'est que tu ne peux plus regretter de ne pas être devenue tata, s'adressa-t-elle silencieusement à sa défunte sœur en sachant pertinemment ce que sa dernière phrase sous-entendait.

Je ne peux poursuivre la rédaction de cette lettre davantage car le devoir m'appelle. Néanmoins, je tâcherai de t'en écrire d'autres et de les disséminer là où tu seras susceptible de les trouver.

Hein ? Tu as réellement joué au Petit Poucet avec des lettres ?

Si cela se trouve, tu auras déjà trouvé d'autres lettres avant de lire celle-ci... J'aurais aimé te faire part d'une découverte importante concernant notre passé mais le temps me manque autant que les mots… Je crains que tu réagisses très mal en l'apprenant. Je n'ai pas de certitudes, juste des doutes mais ceux-ci sont suffisamment importants pour que je t'avertisse…

Quelle découverte ? Pourquoi tu ne m'as rien dit de ton vivant ! Tu n'as pas le droit de me lâcher ça comme ça puis de me faire poireauter jusqu'à je ne sais quand ! Si c'est si important, tu aurais dû me le dire immédiatement !

Prends soin de toi ma chérie. Je t'aime et je te promets de veiller sur vous tous par-delà la mort.

Alana.

C'est faux, pensa-t-elle dépitée. Si tu veillais vraiment sur nous, tu n'aurais pas laissé Aliana se faire défigurer par l'enfoiré qui lui servait de mec et tu ne m'aurais pas laissé plonger comme ça...Mais malgré tout...tu me manques atrocement, acheva-t-elle à voix haute en soupirant et suivant de son doigt le fin tracé de la signature.

Une larme dévala rapidement sur sa joue mais fut immédiatement essuyée par sa main tremblante. Elle ne pouvait pas craquer. Si elle se laissait aller maintenant, elle n'était pas sûre de pouvoir s'arrêter de pleurer. Garder le contrôle. Toujours.

Soudain, son cœur se mit à palpiter sans raison apparente. Elle fit le vide dans son esprit pour tâcher de se concentrer et deviner ce que son instinct lui soufflait. Inconsciemment, elle sentait qu'un de ses proches courait un grave danger. S'il aurait s'agit d'un protégé, la sensation aurait été différente et plus spécifique. À cet instant, elle ne parvenait pas à savoir qui se trouvait en fâcheuse posture. Excédée, elle se leva et franchit un portail, optant pour commencer sa quête à Imladris.

Aliania débarqua comme un boulet de canon dans la partie des appartements royaux. Ses deux tantes étaient en grande conversation avec le Seigneur Elrond. Ils se retournèrent vers elle en la dévisageant avec des yeux écarquillés par la surprise. Une fois de plus, son arrivée ne fut en rien discrète et, comme on ne change pas aisément ses bonnes manières, la prise de contact fut brutale :

Personne n'est sur le point de crever ici ? s'enquit-elle précipitamment. Dommage ! ajouta-t-elle en voyant Prestya qui la foudroya du regard.

Sans attendre de réactions, la guerrière courut dehors et prit le chemin du campement à toute vitesse. Elle faillit rentrer en collision avec sa jeune sœur qui poussa un léger cri de surprise. Posant sa main sur son cœur, elle houspilla son aînée en lui reprochant de vouloir sa mort par crise cardiaque. Après s'être assurée qu'il n'y avait rien d'exceptionnel à signaler dans le coin, Aliania ne perdit pas une seconde de plus et refranchit le portail pour rejoindre la Communauté. Elle ne savait pas vraiment où elle se trouvait mais se doutait qu'en grimpant sur le haut de l'Argonath – deux immenses statues d'anciens rois encadrant les chutes du Rauros – elle pourrait peut-être les localiser. Après tout, si elle prenait en considération le temps qui s'était écoulé depuis leur dernière rencontre, ils ne pouvaient pas être trop loin des chutes. De toute manière, la présence ou l'absence des embarcations lui indiqueraient s'ils se situaient en amont ou en aval des chutes.

La sorcière n'eut même pas besoin d'escalader les blocs de pierre au risque de se rompre le cou car elle repéra rapidement les trois barques parquées au bord de l'eau. Remarquant immédiatement les fardeaux abandonnés, elle se figea une seconde : pourquoi seraient-ils partis sans leurs sacs ? Quand bien même les hommes auraient été cherchés du bois pour le feu, ils n'auraient pas laissé leurs affaires sans surveillance. La sorcière n'eut pas longtemps à tendre l'oreille pour ouïr des sons de cor dans le lointain. Dégainant son épée, elle se rua vers leur direction. Assez rapidement, elle entendit des entrechoquements de lames de fer sur sa gauche. Ce n'était pas l'endroit d'où s'était élevé l'appel du cor du Gondorien mais, suivant son instinct, elle changea de trajectoire et s'empressa de rejoindre les assaillants.

La Communauté s'est dispersée, c'est vraiment intelligent ! pesta-t-elle pour elle-même.

Lorsqu'elle arriva sur le lieu de l'affrontement, elle vit Gimli planter sa hache dans la tempe d'un énorme orc tandis que Legolas décocha deux flèches simultanément en direction d'un flot d'ennemis. Sans hésiter, la jeune femme entra dans le combat et fit aisément tomber quelques têtes en un temps record. Les créatures grognèrent en la voyant agir ainsi et se concentrèrent sur elle. N'en ayant cure, l'elfe poursuivit la lutte tout en surveillant du coin de l'œil ses deux autres compagnons. À la moindre difficulté, elle interviendrait. Son mauvais pressentiment commença à s'atténuer – sensation logique lorsqu'on se trouve en plein combat mortel – ainsi elle se douta être au bon endroit. L'appel à l'aide de Boromir résonna à nouveau. Aliania réussit à demander entre deux coups d'épée où se trouvaient les autres. Son ancien amant l'informa qu'Aragorn avait fait une percée pour rejoindre le sonneur de cor. Il ignorait tout du reste. La sorcière grommela quelque chose avant de leur faire signe de la suivre tant bien que mal. Ils devaient se regrouper pour rassembler leurs forces. Sans cela, l'issue du combat risquerait de ne pas être en leur faveur. Toujours en maugréant, la jeune femme fit appel à ses dons pour se débarrasser des larbins de Saroumane. Invoquant des forces que sa famille n'aurait probablement pas approuvées, elle déchaîna les éléments contre eux. Du feu jaillit de ses mains et alla embraser l'ennemi grâce à un puissant souffle d'air qu'elle venait de conjurer.

Et pourquoi avoir attendu tout ce temps pour les calciner ? grogna le nain de mauvais poil tout en tentant de reprendre son souffle.

Parce que les brochettes d'orcs grillés, ça pue ! rétorqua la jeune femme. Et un simple merci aurait suffi, le rabroua-t-elle sèchement. Dépêchez-vous !

Ils s'élancèrent vers l'autre lieu de combat. Le son du cor n'avait plus retenti depuis de nombreuses minutes et cela ne devait pas être bon signe. Silencieusement, tous prièrent pour retrouver son propriétaire sain et sauf…

À quelques centaines de mètres de là, Aragorn faisait face au chef des attaquants. Il luttait depuis moins de deux minutes mais cela lui paraissait bien plus long. Sa lèvre ensanglantée le cuisait et son corps entier irradiait de douleur. En peu de temps, l'orc – qui devait être le chef de la troupe – l'avait projeté plusieurs fois à terre ou contre un arbre. Peinant de plus en plus pour se relever, il puisait dans les forces qui lui restaient. Il ne voulait pas seulement achever au plus vite le combat parce qu'il souffrait… À quelques pas de lui, un homme dont le corps était criblé de flèches agonisait sur le sol. Ses cheveux rendus ternes par l'éprouvante quête qu'il menait depuis de longues semaines étaient emmêlés et pleins de feuilles mortes. Le rôdeur se devait de lui porter secours le plus rapidement possible. Esquivant un coup de tête, il flanqua violemment son genou dans la partie censée être sensible pour la gente masculine. Loin de causer une douleur effroyable à la créature, cet acte ne fit que l'énerver un peu plus. Elle le projeta contre un arbre et lança un bouclier abandonné qui bloqua le rôdeur en fâcheuse posture. L'orc brandit sa lame et s'apprêta à le décapiter lorsqu'il réussit à se dégager in extremis de l'entrave. Profitant de la proximité de son ennemi, il fit fondre son épée Andùril sur le bras qui tomba puis l'enfonça ensuite dans l'épais torse. La créature dont le visage était tatoué de la main blanche montra férocement les dents et s'agrippa de son bras restant à celui d'Aragorn, le forçant ainsi à se rapprocher encore plus de lui. Se dégageant brutalement, le roi en exil fit tournoyer Andùril et lui coupa la tête. Il accourut en boitillant vers son frère d'arme et s'écroula face à lui. Celui-ci était miraculeusement encore vivant malgré les pointes d'acier qui lui transperçaient le thorax. Le Gondorien avait de grandes difficultés à respirer et tentait de se confondre d'excuses incohérentes. Aragorn finit par saisir que le mourant avait tenté de prendre l'Anneau à Frodon et qu'il avait essayé de se racheter en portant secours à Merry et Pippin. Malheureusement, les orcs étaient trop nombreux et avaient fait captifs les deux semis-hommes. Ce fut sur ces tristes paroles que les anciens amants et leur ami nain arrivèrent sur le lieu du drame. Ils se stoppèrent, affligés par la vue du départ proche de leur compagnon de route. Le Dùnedain tenait fermement entre ses mains celles du guerrier et écoutait attentivement son souffle rauque. À leur grand étonnement, Boromir tint pour dernière parole une reconnaissance d'allégeance envers le rôdeur, acte qu'il avait toujours refusé d'accomplir jusqu'à présent. Le cœur lourd, le roi en exil passa délicatement sa paume de main sur le visage du Gondorien afin de clore à jamais ses paupières sur son regard désormais voilé.

Ils guetteront son retour du haut des murailles de la Cité Blanche mais cela sera en vain, soupira le fils d'Arathorn la voix teintée par la tristesse.

Où sont les autres ? s'enquit calmement la jeune femme le regard rivé sur le corps du défunt.

Merry et Pippin ont été emmenés d'après les dires de Boromir. Quant à Frodon, je l'ai laissé s'en aller…

Tu as quoi ? articula-t-elle incrédule.

Son destin n'est plus entre nos mains désormais. L'Unique exerçait une trop grande tension au sein de la Communauté le hobbit le savait et le craignait. Il a préféré partir seul pour le Mordor.

Seul ? Je ne vois pas comment il pourrait se débarrasser de Sam et vu que celui-ci n'est pas là, j'en déduis qu'ils sont partis ensemble. C'est du suicide…

Peu importe. Ils ont choisi leur route et maintenant, nous devons élire la nôtre. Nous n'abandonnerons pas les jeunes Touque et Brandebouc à une fin atroce. Nous devons pourchasser ces orcs tant qu'il nous reste des forces ! Mais avant tout, nous devons honorer dignement le corps de Boromir, décréta-t-il fermement.

Ne sachant que dire, ses amis se contentèrent de rester silencieux tout en baissant la tête. Alors la quête s'achevait ainsi ? Le Porteur allait tâcher de se frayer un passage parmi les terres hostiles en compagnie de son jardiner en guise de garde du corps ? Néanmoins, leur guide avait raison : ils ne pouvaient décemment pas laisser les deux cousins affronter les pires tourments sous prétexte qu'ils avaient été enlevés. Cela serait indigne d'eux. Aussi, il fallait agir rapidement.

Ils portèrent l'enveloppe charnelle jusqu'à une barque où ils la déposèrent. Après avoir nettoyé au maximum le corps, Aragorn glissa l'épée du fils de l'Intendant entre les deux mains de celui-ci. Au niveau de son visage livide, il positionna le cor qui avait été brisé en deux durant son ultime combat. Il le dévisagea une dernière fois avant de pousser doucement l'embarcation sur le fleuve. La Nature se chargea d'offrir le dernier voyage au vaillant homme : le courant l'accompagna lentement vers le précipice où il ne tarda pas à disparaitre dans l'écume des flots à tout jamais…

Abattue par l'image de la dissolution de la Communauté, Soledad était retournée à Poudlard. Aragorn, Gimli et Legolas s'étaient élancés à la poursuite des kidnappeurs de Merry et Pippin après avoir rendu un dernier hommage à Boromir. Encore une vie ôtée par les forces ennemies… Car bien qu'elle ait souvent eu des différends avec l'homme du Gondor, la sorcière savait pertinemment que celui-ci était un brave dirigeant qui ne cherchait qu'à protéger son peuple. Son sale caractère lui venait de son père Denethor qui l'avait probablement éduqué de manière à ce qu'il fasse passer leurs intérêts avant ceux des autres. Il avait une vision assez archaïque du monde : les hommes devaient gouverner et protéger le peuple tandis que celui-ci lui devait respect et obéissance. Son attitude méprisante qu'il avait adoptée envers la guerrière était compréhensible dans le sens où à sa connaissance, aucune femme n'avait jamais osé braver les interdits et les coutumes ancestrales. Au moins, Aliania espérait qu'avec un peu de chances, elle lui avait permis de mourir avec une plus grande ouverture d'esprit. Ce qui était certain, c'est que son sacrifice héroïque avait sauvé son honneur et qu'elle s'assurerait que tous gardent en mémoire qu'il était tombé en se battant jusqu'au bout pour défendre deux êtres plus faibles que lui.

À l'orée de la Forêt Interdite, elle vit une silhouette sombre qui se détachait de la pénombre des arbres. Les sens en alerte, elle s'en approcha avec méfiance. Son instinct lui souffla néanmoins qu'elle ne courait aucun danger et que la mystérieuse personne ne lui était pas étrangère. Un rayon lunaire éclaira davantage la scène. Analysant la forme emmitouflée assise sur un tronc d'arbre, elle eut soudain un flash de lucidité :

Aliana, c'est toi ? s'enquit Soledad en se précipitant vers la silhouette encapuchonnée qui lui tournait le dos.

N'approche-pas ! tel fut l'ordre donné par la mystérieuse personne.

Aliana, c'est moi ! Où est-ce que tu étais passée ? s'exclama-t-elle en s'avançant vers elle.

Mais la jeune femme se détourna de manière à ce que son visage reste dissimulé dans la pénombre. Emmitouflée dans une large cape noire usée, elle soupira et reprit :

À quel point tu m'aimes ?

Quoi ? fit la jeune femme interloquée par la question de sa sœur.

À quel point tiens-tu à moi ? reformula son interlocutrice d'une voix lointaine.

Pourquoi tu me demandes ça ? s'enquit-elle lentement légèrement désorientée. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Tu me protégerais envers et contre tous ? poursuivit-elle hésitante.

Je ne comprends même pas que tu aies besoin de poser la question : bien sûr que oui ! C'est ce que j'ai toujours fait jusqu'à présent, non ?

Pas certaine que ça dure...

Pourquoi cela ? Et ça te dérangerait de me regarder en face ? s'agaça-t-elle.

Je ne sais pas quoi faire, murmura l'elfe déchue toujours de dos.

Regarde-moi, lui intima sa petite sœur avec douceur mais fermeté.

Tu vas me détester, gémit-elle en refusant de bouger.

Tu m'as piqué mon mec ? demanda-t-elle brusquement tout en sachant pertinemment que ça ne pouvait pas être ça.

Quoi ? NON ! Jamais je n'aurais... balbutia son aînée surprise.

Alors non, je ne vais pas te détester, la coupa-t-elle tranquillement. Allez, ça ne peut pas être aussi horrible, dis-moi.

La jeune femme leva enfin les yeux vers elle. La fatigue tirait ses traits et ses cheveux auraient bien besoin d'un bon masque revitalisant. Soupirant à nouveau, elle se redressa sur ses jambes avec peine sous le regard perplexe de sa petite sœur. Pourquoi avait-elle l'air si éreintée ? Était-ce parce qu'elle fuyait Arthélius qui remuait ciel et terre pour la retrouver ? Ou bien était-ce autre chose ? Que lui cachait-elle de si important ? Pourquoi se comportait-elle si bizarrement ? Jusqu'à présent, elle n'avait jamais craint de parler librement à sa petite sœur de ce qui la tracassait. Que s'était-il passé pour que cette confiance soit mise à l'épreuve ? Ses questions allèrent rapidement trouver des réponses. En effet, ce fut à ce moment-là qu'Aliana ouvrit sa cape pour laisser apparaitre une forme anormalement proéminente au niveau de son ventre, ce qui ne laissait aucun doute sur la nouvelle qu'elle avait à lui annoncer...


TADAM !

Vous aurez tous compris quelle est la grande nouvelle d'Aliana (normalement, en tant qu'auteur sadique, j'aurais du couper juste avant qu'elle ne se retourne vers sa petite soeur pour faire durer le suspence XD ) ;)

J'attends vos réactions avec impatience,

Merci de votre fidélité et à bientôt !