Bonjour !
Je m'excuse de mon absence prolongée mais ce n'est pas tous les jours évident de se motiver pour écrire et d'avoir l'inspiration au bon moment ;)

J'espère que vous apprécierez ce chapitre. Je préfère prévenir les âmes sensibles que certaines descriptions peuvent être dérangeantes...

Bonne lecture à tous !


Chapitre 24 – Les méandres de la mémoire.

- Enceinte ! Tu es enceinte ! lâcha Soledad ébahie. Non ! Mais pourquoi tu ne m'as rien dit ! la réprimanda-t-elle légèrement.

- Tu n'es pas fâchée ? lui demanda-t-elle timidement, affreusement gênée.

- Fâchée que tu ne me l'aies pas annoncé plus tôt ? sourcilla-t-elle immédiatement.

- Fâchée que je porte l'enfant d'un démon, acheva son double d'une toute petite voix à peine audible.

Aliana avait baissé la tête pour ne pas se risquer à croiser le regard choqué de sa sœur. Elle redoutait d'y lire plus que de la simple surprise. Après tout, apercevoir du dégoût ou de la haine serait plausible. Le père n'était pas vraiment dans ses bonnes grâces ces derniers temps et cela ne risquait pas de s'arranger sous prétexte qu'ils étaient désormais liés par de réels liens familiaux. Arthélius avait fait des erreurs impardonnables pour Aliania. Quant à Aliana, elle avait réussi à comprendre les raisons qui avaient poussé son amant à pactiser avec Prestya et l'excusait par amour pour lui. Après tout, la rupture des liens magiques était un moyen – radical certes – mais tellement efficace pour diminuer les risques vitaux.

- Je vais éviter de raisonner de cette façon, grimaça l'elfe se serrant son double dans une étreinte rassurante. Quand l'as-tu su ?

- Peu de temps avant de quitter Poudlard. Je ne savais pas quoi faire ; d'ailleurs, je ne sais toujours pas quoi faire... avoua-t-elle sur ses gardes, prête à reculer au moindre changement d'attitude de son interlocutrice qui, jusqu'à présent, ne réagissait pas trop mal.

- Donc il n'est pas au courant ? s'enquit Soledad une pointe d'inquiétude dans sa voix, les muscles crispés à l'attente de la réponse.

Si Arthélius savait qu'elle portait son héritier ou héritière, il allait redoubler d'ardeur pour les retrouver et les ramener dans son royaume. Cela, Aliania ne pouvait l'accepter. Le père était déjà suffisamment dangereux, pas la peine qu'il transmette cette puissance néfaste à un descendant ! Sans parler du fait qu'elle ne supporterait pas devoir à nouveau protéger un membre de sa famille contre les siens… La situation était déjà assez explosive quand elle tentait de défendre Aliana contre les Forces du bien ! Défendre la progéniture de leur union maudite s'avérait impossible d'avance.

- Non, je ne crois pas. Je me suis bien cachée... se justifia-t-elle en quittant l'étreinte réconfortante de sa jumelle afin de guetter sa réaction.

- Ça c'est sûr, je n'ai jamais réussi à te trouver, grommela la sorcière pour elle-même. Hey ! Ne t'inquiète pas ! réagit-elle en la voyant sur le point de fondre en larmes. Tout va bien se passer, je suis avec toi.

Il était hors de question qu'elle l'abandonne ! Elle était sa sœur et le fœtus son futur neveu ou nièce. Elle refusait de risquer de les voir retourner vers Arthélius. Le fait que sa sœur se montre uniquement à elle la rassurait quelque peu. C'était la preuve qu'elle lui faisait plus confiance qu'à son conjoint.

- Tu ne dois le dire à personne ! exigea Aliana anxieusement.

- Ça finira par se savoir, lui murmura sa petite sœur prudemment. Quelles sont tes attentions ?

- Je ne sais pas... répéta l'elfe déchue désorientée.

- Est-ce que tu comptes le garder ? se renseigna la guerrière très franche. L'élever ?

Même si formuler ses questions pouvaient sembler cruelles, Aliania se devait de les poser rapidement afin de pouvoir agir le plus vite possible. Mais de toute évidence, son interlocutrice n'était pas prête pour cela.

- Puisque je te dis que je ne sais pas quoi faire ! s'énerva son aînée épuisée. Tu me saoules avec tes questions ! s'exclama-t-elle en se reculant dans un mouvement d'humeur.

- C'est donc ça les fameux sauts d'humeur des femmes enceintes ? se notifia intérieurement la jeune femme. Ça promet... Ok ! répondit-elle en levant les mains devant elle en signe d'abandon. Ok, j'arrête. Laisse-moi juste t'en poser une dernière d'ordre pratique.

- Quoi ? grogna l'intéressée suspicieuse.

- Est-ce que tu accepterais de venir avec moi ?

- Où ça ?

- Dans un lieu sûr. Je peux t'ouvrir les portes d'un de nos lieux secrets. Tu prendras ma chambre ; personne ne viendra t'embêter là-bas.

La future mère accepta après une brève hésitation. Elle en avait assez de se terrer dans des endroits miteux et glacés. Devoir éviter aussi bien les forces de la lumière que celles des ténèbres étaient loin d'être reposant, surtout dans son état. Elle se sentait extrêmement fatiguée et à fleur de peau. Personne ne connaissait sa situation, pas même sa meilleure amie Elyane. D'ailleurs, celle-ci était également en fuite depuis qu'elle avait trahi Arthélius pour prévenir Aliania des gestes déplacés qu'il avait eus à son encontre. La jeune elfe maudite n'en avait pas voulu à son amie bien que son acte lui avait coûté très cher : les coups, elle aurait pu les supporter. Mais devoir vivre sans l'homme de sa vie tout en sachant qu'elle portait désormais sa future descendance... Cela lui semblait inconcevable. Dévoiler sa situation à sa sœur n'avait pas été une décision facile à prendre. Non seulement elle avait eu très peur d'être rejetée, mais elle craignait également que d'autres apprennent sa venue et cherchent à l'anéantir. De toute sa vie, elle ne se souvenait pas avoir été autant terrifiée. Elle avait vu pas mal d'horreur pourtant... Mais là, c'était différent. Désormais, elle devait prendre en considération une vie innocente. La chair de sa chair. Son enfant. Leur enfant.

Donne-moi la main ma chérie, je vais t'emmener directement dans ma chambre, s'enquit-elle en lui faisant un sourire rassurant. Remets ta capuche, on ne sait jamais... lui intima-t-elle toutefois.

Personne ne doit me voir Al... répéta-t-elle nerveusement.

Je sais, c'est pourquoi je te conseille de dissimuler ton visage par simple précaution. Il y a pas mal de passages dans nos cachettes. Quoique celle-ci soit souvent déserte, marmonna-t-elle plus pour elle-même.

Ce ne sont plus vraiment des planques si autant de monde les connaissent, maugréa la compagne d'Arthélius entre ses dents.

Soledad se retint de rire : sa sœur avait enfin montré un signe de normalité en lâchant un semblant de sarcasme. Elle la reconnaissait bien là ! Se concentrant, elle visualisa l'entrée d'une ancienne cachette souterraine située sous les plaines du Rohan. Celle-ci avait été bâtie plusieurs siècles auparavant grâce au soutien de plusieurs grands sorciers de l'époque. Désormais, seule la puissance des filles d'Elrond maintenait l'endroit encore debout. Elles avaient réinvesti les lieux lorsque la place était venue à manquer au campement principal. À ce jour, peu de soldats l'occupaient. D'ailleurs, Soledad doutait que les Rorrihim sachent ce qui se tramait véritablement sous leurs pieds. Ils ne l'auraient probablement pas toléré. Après tout, c'était leur territoire.

Le portail s'ouvrit au beau milieu d'une prairie autrefois verdoyante. Désormais l'herbe flétrie craquait sous leurs pas tandis que les quelques arbres restants avaient perdu toutes leurs feuilles. Dans le lointain, on pouvait apercevoir la lisière d'une très ancienne forêt appelée Fangorn. Rares étaient ceux qui osaient s'en approcher. Même Aliania ne pénétrait jamais dans ce légendaire sanctuaire d'Ents. Sans véritablement en connaitre la raison, elle se sentait nauséeuse en étant à proximité de cet ensemble d'arbres. Peu importe pour l'instant car, à une dizaine de mètres, se trouvaient de grosses pierres verdies par de la mousse moisie. La jeune femme s'empressa de guider sa sœur vacillante vers l'entrée dissimulée entre les roches. Évidemment, le passage était protégé magiquement et seuls les guerriers autorisés pouvaient y accéder. En tant que chef, Aliania n'eut aucune difficulté à faire entrer sa sœur même si elle n'était pas censée parvenir à cet endroit secret. Sans surprise, les rares personnes présentes les regardèrent d'un air suspicieux.

Aurions-nous un invité mystère ? se renseigna un jeune homme dont la hardiesse était connue de tous en ces lieux.

Rien qui ne te concerne ! le rembarra-t-elle gentiment mais fermement. Va donc me chercher les derniers rapports de mission histoire que j'y jette un œil. Tu me les poseras devant la porte, lui ordonna-t-elle l'air de rien.

Tandis que le jeune adulte s'exécutait, la sorcière fit entrer la silhouette encapuchonnée dans la pièce réservée aux supérieurs. Sans grande surprise, celle-ci était libre. En effet, seules ses sœurs ainsi que ses tantes y avaient accès. Autant dire que les probabilités pour trouver l'une d'elles ici étaient plus que minces. La sorcière alluma une torche à l'aide d'un briquet – la technologie avait du bon, il n'y a pas de doute ! – qui révéla aux yeux de l'invité la chambre. La surface ne devait pas faire plus de quinze mètres carrés et accueillait un lit de fortune – un tas de couvertures superposées en réalité – ainsi que plusieurs pierres constituant une table et trois chaises. Bien que le mobilier soit très sommaire, l'endroit avait quelque chose de réconfortant pour Aliania. Peut-être cela était-il dû au fait qu'en rentrant d'une dure bataille, elle appréciait pouvoir s'isoler dans un coin sans entendre les gémissements des soldats blessés et les cris des personnes endeuillées. Ici, personne ne venait la déranger, d'autant plus dans cette cachette presque oubliée de tous.

Tu peux prendre le lit. Je sais que ce n'est pas le grand luxe mais c'est bien un des seuls endroits où je peux te garantir la paix et la sécurité.

C'est... bien, lâcha-t-elle désappointée par la vision qui s'offrait à elle.

Allez, tu peux le dire ! éclata de rire sa jumelle.

Quoi ?

Que c'est désespérant de se terrer dans un endroit aussi miteux !

Disons que je ne m'attendais pas à ça. Je sais que tu n'as pas la folie des grandeurs niveau art déco, mais là... Enfin bref, je sais au moins désormais à quoi ressemblent les planques où tu adores d'évader pour échapper à Prestya. C'est clair qu'elle serait rebutée par ce lieu. Ça me va très bien, acheva-t-elle dans un soupir de bien-être en s'écroulant sur le pseudo-lit.

Après un moment du silence propice à la réflexion, elle reprit la parole :

Alors, tes impressions ?

Mes impressions pour ?

Tu vas devenir tata, ça te fait quoi ? sourit-elle légèrement.

Je te dirai ça quand j'aurai véritablement réalisé ce que cela signifie, plaisanta-t-elle.

C'est drôle, je n'aurais jamais imaginé être la première. J'ai toujours pensé que ça serait toi !

Moi ? s'étonna-t-elle choquée. Pourquoi moi ? J'aurais plutôt parié sur Alana, dit-elle à mi-voix.

Tu es celle qui jusqu'à présent est… enfin était la plus stable sentimentalement, s'expliqua-t-elle sérieusement.

Ravie de l'apprendre. Tu répèteras ça à tous ceux qui veulent m'envoyer voir un psy, maugréa la guerrière. Alana était celle qui voulait fonder une famille…

Le départ d'Alana t'a fait tellement mal que tu as préféré coupé les ponts avec tes proches pour te concentrer sur ta douleur. Je peux comprendre et respecter cela. Mais tu devrais reprendre progressivement le cours de ta vie. N'essaye pas de me faire croire que Legolas ne te manque pas, ne serait-ce que par moment. Je ne peux pas croire que tu as effacé de ton esprit les milliers d'années de votre relation.

Tu as besoin de quelque chose ? détourna de sujet l'intéressée mal-à-l'aise d'être ainsi analysée.

Juste dormir, murmura-t-elle en s'allongeant plus confortablement et en fermant les paupières.

Tu ne veux pas manger ou boire avant ? s'assura son double en détaillant sa pâleur.

Non, souffla-t-elle déjà à moitié endormie. Ne t'inquiète pas pour moi... réussit-elle à dire avant de rejoindre les bras de Morphée.

Il n'y a pas que pour toi que je m'inquiète, voulut-elle lui avouer en fixant son ventre arrondi.

L'elfe rabattit une épaisse couverture sur son aînée puis récupéra sur le seuil de la porte un imposant dossier. Heureusement pour elle que peu d'activités avaient lieu ici sinon elle aurait eu le droit à une bibliothèque entière ! Fatiguée d'avance, Aliania ouvrit le recueil et commença sa lecture. La première feuille concernait un rapport de mission datant de l'année dernière et était signée par Alana. La suivante détaillait une attaque remontant six mois auparavant. Ainsi de suite, elle découvrit – ou se remémora – les anciens comptes rendus plus ou moins soignés selon leurs auteurs. Aucuns ne semblaient récents ce qui étonna quelque peu la guerrière. Décidée à éclaircir ce mystère, elle sortit pour interroger un de ses soldats :

Nùméo ? l'interpella-t-elle. Pourquoi le compte-rendu le plus récent remonte seulement à six mois ? Vous avez fait quoi depuis tout ce temps ?

Pourquoi serais-je censé avoir une réponse ? sourcilla-t-il charmeur.

Sans doute parce que tu habites ici depuis des années et que tu te vantes assez fréquemment de savoir tout sur tout, répliqua-t-elle sans détacher son regard du sien.

Elle était curieuse de voir jusqu'à quand ce gamin oserait soutenir son regard. Ce que sa tante aurait pris pour de l'insolence pure et dure à refreiner l'amusait. Beaucoup n'osait pas la défier du regard et le fait qu'un gosse s'amuse à ce jeu lui faisait étrangement du bien. Il s'agissait juste d'un divertissement distrayant plein d'innocence et non d'une lutte visuelle dont la victoire signifiait la suprématie de l'auteur.

C'est vrai que je sais pas mal de choses, admit-il sur un ton mystérieux. Il n'y a plus jamais personne qui passe par ici. Ce n'est donc pas étonnant que les papiers ne soient pas plus récents : il n'y a rien à déclarer. La dernière personne que j'ai vu toucher au recueil est Alana et...

Quoi ? C'était quand ? le coupa-t-elle brusquement.

Peu de temps avant sa mort. En même temps, ça ne pouvait pas être son fantôme ! répondit le jeune homme sans prendre de pincettes.

À ces mots, l'elfe se figea. L'impertinence était une chose, mais de manque de délicatesse une autre. C'était même carrément au-delà du manque de tact ! Le gars devait être suicidaire de lui sortir ça comme ça avec son sourire imperturbable ! S'exhortant au calme, elle inspira profondément en s'évertuant à retenir le coup de poing qui ne demandait qu'à partir :

C'est la dernière fois que tu fais une remarque de ce genre, c'est clair ? le menaça-t-elle sérieusement d'un regard assassin.

Mais ce n'était pas méchant ! protesta-t-il surpris.

Retourne à ton poste ! le houspilla-t-elle d'un aboiement sec. Et bosse, ça te changera !

Mais il n'y a rien à faire.

Et si tu allais prendre l'air pour surveiller un peu ce qu'il se passe en surface ? lui proposa la guerrière sur un ton qui n'admettait aucune réplique.

Le jeune homme obéit non sans avoir lâché un profond soupir exaspéré. Il était bien tranquille sans sa supérieure dans les parages ! Les terres du Rohan n'étaient pas sûres ces derniers temps et il n'avait guère envie de se risquer à l'extérieur. Bien qu'il ne l'admettrait jamais publiquement, il ne possédait rien en lui qui ressemble de près ou de loin à de la bravoure. Ces ancêtres avaient toujours servi la famille de la lignée des Protectrices et cela leur avait coûté la vie. À sa connaissance et jusqu'à preuve du contraire, Nùméo était le dernier survivant. Il avait bien entendu parlé d'un lointain cousin disparu mais n'en savait pas plus. Voilà pourquoi son cœur ne s'emballait pas de joie à la perspective de se mettre à découvert. Il espérait bien avoir le temps et l'opportunité de mettre un héritier en route avant de rejoindre ses aïeuls. Mais pour l'instant, ce n'était pas d'actualité.

Aliania s'était replongée dans l'examen de la paperasse. Décidemment, cette planque était d'un ennui ! C'est vrai qu'il ne s'y passait vraiment pas grand-chose. Elle pensait sérieusement à reconvertir cet endroit en un simple lieu de stockage d'armes ou en réserve à potions... Ses yeux s'arrêtèrent sur une enveloppe cachetée qui avait comme un goût de déjà-vu. Fronçant les sourcils, elle examina de plus près le papier. Celui-ci n'avait pas encore eu le temps de jaunir et la calligraphie ainsi que le cachet étaient exactement les mêmes que la première lettre que la défunte lui avait laissée. La jeune femme tremblait légèrement. Par tous les Valar ! Allait-elle être aussi fébrile à chaque trouvaille ? Sachant qu'il risquait d'en avoir encore un certain nombre, cela craignait !

Allez, ressaisis-toi ! s'ordonna-t-elle intérieurement en secouant la tête.

Al ? geignit son aînée d'une voix endormie.

J'suis là, répondit la concernée en rangeant rapidement la lettre sous son tee-shirt en la coinçant dans son jean.

Ça fait combien de temps que je dors ?

Pas assez longtemps. Rendors-toi, lui intima-t-elle posément.

La future mère se retourna en gémissant doucement. Son corps recroquevillé en posture fœtale, son teint maladivement pale et son souffle entrecoupé alerta son double. S'agenouillant près d'elle, elle posa avec délicatesse sa main sur son front moite dissimulé partiellement par des mèches éparses. Il lui paraissait évident qu'elle avait de la température mais également des douleurs ventrales. Malheureusement, il n'y avait dans cette planque aucun moyen médicinal pour la soulager si ce n'était tenter de faire baisser la fièvre avec de l'eau froide.

Depuis comment de temps as-tu mal ? Est-ce que ça t'arrive souvent ? s'inquiéta la guerrière.

C'est de pire et pire... avoua-t-elle en serrant des dents pour étouffer une plainte sonore.

Laisse-moi regarder... murmura-t-elle en la poussant à s'allonger sur le dos.

Avec difficulté, Aliana s'exécuta en grimaçant. Elle ferma les yeux lorsque sa cadette palpa adroitement son ventre arrondi. Aliania ne connaissait pas grand-chose au domaine de la maternité mais, malgré son inattention manifeste dont elle avait fait preuve durant les temps d'apprentissage en compagnie de son père, gardait en elle quelques brides de savoirs. Par exemple, elle avait conscience qu'avoir des sortes de contractions à six mois et demi de grossesse n'était pas vraiment bon signe.

À part les douleurs abdominales et la fièvre, tu as d'autres symptômes ?

J'ai déjà perdu du sang… avoua-t-elle piteusement. Mais ça s'est arrêté tout seul.

Pourquoi n'as-tu pas été voir quelqu'un ? la sermonna la sœur plus pour la forme qu'autre chose, elle-même n'étant pas adepte des médecins. Sur Terre j'entends. Personne ne t'aurait reconnu là-bas.

Tu serais surprise de constater à quel point les probabilités de tomber sur une personne qui a déjà vu l'une de nous sont importantes, grogna-t-elle irritée par le reproche.

Il y a environ six milliards d'humains sur Terre, crois-moi, notre renommée n'est pas si développée !

Tu as besoin de le dire à voix haute pour t'en convaincre ? lâcha-t-elle sarcastique.

Non mais sérieusement Aliana, tu vas consulter un généraliste au fin fond de la campagne, il n'y a pas grand risque !

Un quoi ?

C'est une sorte de docteur de proximité qui gère les soins les plus courants, notamment les suivis de grossesse, lui expliqua-t-elle grossièrement. Bref, j'aimerais que tu voies quelqu'un.

NON, personne ne doit être au courant, tu me l'as promis en plus ! geint-elle en se redressant prête à partir.

Tu restes couchée ! lui ordonna fermement son double. Je vais essayer de préparer une potion pour t'aider mais ce n'est pas gagné. Je n'ai pas tous les ingrédients ici, je dois monter à la surface.

Quelle potion ? fit-elle méfiante.

Un vieux truc de grand-mère, éluda la jeune femme qui n'avait guère envie d'avouer que la recette provenait de leur père et que cela signifiait donc qu'elle avait écouté bien plus que ce qu'elle l'aurait bien voulu admettre ses leçons d'art de la guérison.

Aliania refit surface en pleine nuit. Une fine odeur de brûlé vint lui narguer les narines. Cela l'intrigua car l'endroit se trouvait à des lieux d'habitations. Étant donné l'importance du fumet, il s'agissait probablement plus qu'un simple feu de camp allumé par de quelconques voyageurs téméraires ou égarés. Dans le lointain à l'orée de la forêt, le ciel lui parut encore plus obscur que le reste du firmament. Bien qu'approcher de trop près Fangorn la répugnait, elle se força à se diriger par là-bas. De toute façon, l'une des plantes qu'elle cherchait se dissimulait généralement au pied des chênes, enfouie sous un paquet de mousse. Ainsi, elle ferait d'une pierre deux coups en se rendant là-bas !

Une dizaine de minutes plus tard, elle découvrit le reste encore tiède de ce qui avait dû être une compagnie d'orcs. La plupart des armures portaient la main blanche de Saroumane. Immédiatement, l'elfe se demanda s'il y avait la moindre chance pour qu'il puisse s'agir des mêmes créatures qui ont enlevé les deux hobbits à l'Argonath. Cela ne serait guère étonnant car à sa connaissance, le magicien corrompu n'avait pas envoyé d'autres troupes en mission. Néanmoins, les renseignements reçus de ses espions étaient peut-être erronés ou incomplets. D'ailleurs, qui avaient pu massacrer une pareille cohorte ? Aux dernières nouvelles, le roi Théoden du Rohan n'était pas trop porté sur la protection de son peuple… Quoique son fils tâchait de résister comme il le pouvait. Mais celui-ci était jeune et n'avait probablement pas connu de réelles batailles. Aliania doutait de sa capacité à défendre correctement les frontières du royaume. Fouillant les décombres à la recherche d'indices, elle ne fit pas de grandes découvertes. Le ciel sans étoile ne l'aidait pas à y voir plus clair… Soudain, son attention fut attirée par une perception de mouvements dans la forêt. Elle se concentra et tenta d'analyser ce qui avait capté son attention. L'ouïe aux aguets, le regard balayant les ténèbres, l'elfe était à l'affût du moindre signe pouvant lui indiquer qu'elle n'était pas seule. Un sentiment de malaise s'accentua peu à peu. Soudain, elle vit une forme qui la guettait de derrière un arbre. A priori, il s'agissait d'une enfant – ou peut-être même d'une jeune adolescente – toute vêtue de blanc. Avant que la sorcière n'ait eu le temps de l'appeler, la silhouette quasi fantomatique se mit à courir pour s'enfoncer dans Fangorn.

Hey attends ! la héla la sorcière en se mettant à sa poursuite. Attends ! N'aie pas peur, je ne te veux pas de mal. Mais c'est dangereux pour toi de rester seule dans cette forêt. Reviens !

Au fur et à mesure où elle avançait, la sorcière se sentit de plus en plus oppressée et cela n'avait rien à voir avec le manque de souffle causé par cette course effrénée. Il faisait vraiment très sombre et, bien qu'il n'y ait pas de vent, des gémissements lugubres retentissaient. Sa vision semblait lui jouer des tours. Alors qu'elle courrait derrière cette enfant à l'allure irréelle, sa vue eut tendance à se brouiller et à lui montrer des flashs provenant de ses mystérieux cauchemars. Pour autant, elle ne ralentit pas l'allure car elle n'avait pas perdu de vue la silhouette blanchâtre qui paraissait plus voler que courir dans ces bois. Elle essaya à nouveau de convaincre l'enfant de l'attendre mais celle-ci redoubla de vitesse tant et si bien qu'elle fut hors de vue. Aliania jura et accéléra à son tour. Heureusement qu'elle avait une bonne endurance ! Tout à coup, elle déboula face à un gigantesque arbre. Elle n'eut pas le temps de remarquer à quel point ses branches nues étaient sinistrement pointues, formant ainsi une image austère au clair de lune. À trois mètres d'elle se tenait celle qu'elle venait de pourchasser avec tant d'ardeur. En réalité, l'inconnue n'était pas si inconnue que cela… Aliania se contemplait complément déboussolée. Parce qu'il n'y avait pas de doute possible, la mystérieuse présence qui la dévisageait avec intensité avait son apparence de jeune adolescente. Qu'est-ce que cela signifiait ? Était-elle sujette à une hallucination ? Tout cela avait pourtant l'air bien réel si on omettait durant dix secondes que cela était impossible.

Qui es-tu ? murmura-t-elle dans un souffle court.

Je suis la réponse, répondit-elle énigmatiquement en la fixant gravement.

Et c'était quoi la question ? grogna-t-elle subitement très nauséeuse.

Tu n'as pas pu tout oublier. J'en suis la preuve…acheva-t-elle d'une petite voix en fixant le pied de l'arbre avant de disparaitre pour laisser place à l'obscurité.

Quoi ! s'exclama Aliania totalement perdue. Je ne comprends pas ce que…

Mais elle ne parvint pas à achever sa phrase. En tournant sur elle-même pour chercher la jeune fille du regard, son malaise prit de l'ampleur pour attendre rapidement son apogée en quelques secondes à peine. Une avalanche de souvenirs déferla dans sa tête en un instant. Elle fut replongée dans ses cauchemars sauf que cette fois-ci, elle était réellement éveillée. Les agresseurs de la petite fille apparurent autour d'elle et l'agrippèrent à tour de rôle. La peur la paralysait elle se sentait en défense. Son cœur tambourinait furieusement dans sa poitrine et tous ses membres la faisaient atrocement mal. Les individus s'acharnèrent sur elle d'une violence inouïe ! Elle ne pouvait rien faire d'autre que de crier et de les supplier d'arrêter. Ce dont elle n'avait pas conscience, c'est que rien de ce qu'elle voyait et ressentait en ce moment-même n'était réellement en train de se produire. Cette agression dont elle avait été la victime avait déjà eu lieu il y a fort longtemps. Il n'y avait personne avec elle dans cette affreuse forêt ! Mais la puissance de la montée des réminiscences rendait le processus hallucinogène. L'elfe était incapable de discerner le présent du passé. Elle avait sincèrement l'impression de vivre – à nouveau – l'attaque. Elle était en train de se dire qu'elle n'aurait jamais dû quitter la Cité d'Argent sans attendre l'arrivée de sa sœur. Sa sœur. Elle l'appela à s'en déchirer la voix. Peut-être que celle-ci n'était pas si loin que cela et qu'elle lui porterait secours. Elle se raccrochait à cette illusion tout en se débattant au sol. Les branches mortes, les ronces et les pierres lui égratignaient le dos et les bras mais elle s'en moquait. Son seul objectif était d'empêcher ces hommes abjects de l'approcher pour assouvir leurs vils désirs…

La poursuite des orcs de l'Isengard avaient fini par mener les trois membres de la Communauté sur les terres du Rohan. Au bout de plusieurs jours de course intensive qui avait beaucoup fait pester Gimli, ils étaient tombés sur une cavalerie menée par Eomer, le neveu du Roi. Banni pour ce dernier, le chef des cavaliers s'affairait à maintenir à distance les forces obscures qui parcouraient librement leur territoire. Ce fut ainsi qu'Aragorn, Legolas et Gimli apprirent que les orcs avaient été massacrés il y a peu et qu'a priori, il n'y avait pas traces des deux malheureux hobbits dans les résidus du brasier. Voulant s'en assurer, les voyageurs s'étaient rendus sur place pour constater les faits par eux-mêmes. Une fois là-bas, ils avaient fini par découvrir des indices concernant les captifs. Après une minutieuse inspection du sol, Aragorn avait décelé que les hobbits avaient réussi à fuir en direction de Fangorn. Avant de se lancer à leur recherche à l'aveuglette, le trio avait établi un campement pour la nuit où ils avaient fait une étrange rencontre. Un vieillard dissimulé sous une cape les avait accostés sans leur parler puis avait disparu en faisant fuir les deux chevaux offerts par Eomer. Par la force des choses, ils ont fini par supposer qu'il avait eu affaire à Saroumane et qu'ils devraient se montrer plus prudents à l'avenir.

Le trio marchait désormais avec précaution en slalomant entre les vieux troncs d'arbres. Gimli n'était vraiment pas rassuré et maudissait intérieurement les elfes d'avoir appris aux arbres à parler dans l'ancien temps. Ceux-ci semblaient communiquer en gémissant et cela s'accentuait dès que le nain brandissait un peu trop haut sa hache. Aragorn quant à lui s'évertuait à garder une oreille attentive aux bruits des alentours sans prêter trop attention à ses deux compagnons querelleurs. Soudain, des cris retentirent. Ceux-ci provenaient sans aucun doute d'une femme totalement effrayée. Ils restèrent figés une seconde avant de courir à sa recherche afin de lui porter secours. Ils n'eurent guère de mal à la trouver tellement les hurlements étaient continus et sonores. Les armes dégainées ne furent pas d'une grande aide étant donné qu'il n'y avait personne hormis une jeune fille qui se débattait au sol comme si sa vie en dépendait.

Aliania ! s'écria Legolas qui l'avait immédiatement reconnue. Aliania, c'est moi, c'est Legolas. Calme-toi, tu n'as rien à craindre. Est-ce que tu m'entends ? Mais que lui arrive-t-il ? s'enquit-il désappointé en direction du rôdeur qui ne savait pas non plus trop comment agir.

Lâchez-moi ! supplia-t-elle en pleurant. ALANAAAA, aide-moi ! Je t'en supplie ! NON, allez-vous en, pitié ! Ne faites pas ça, NON… sanglota-t-elle inconsciente de la présence de ses amis.

Puis d'un coup, les cris cessèrent. Le fille d'Elrond tourna la tête vers le côté et laissa des larmes silencieuses dévaler sur ses joues rougies. Elle se mit à chantonner avec un calme contradictoire une comptine :

Un, deux, n'aie pas peur, ouvre les yeux

Trois, quatre, quoique ce soit, tu vas le battre

Cinq, six, de l'aube, attends les prémisses

Sept, huit, quoiqu'il arrive, tu es bénie

Neuf, dix, ne t'inquiète pas, tout sera bientôt fini...

Le Prince de la Forêt Noire se rappelait vaguement de ces paroles. Il lui sembla qu'elles provenaient de l'ancienne compagne du Seigneur d'Imladris. Cependant, il n'en aurait pas mis son arc à couper. Aliania ne percevait visiblement pas leur présence mais était en proie à une violente crise de… De quoi d'ailleurs ? Elle était célèbre pour ses ires mais pas pour des délires anxiogènes. La dernière fois où il l'avait vu paniquer au point d'en perdre le contrôle, c'était à son réveil lorsqu'elle avait compris que le lien magique avec ses sœurs était rompu. Qu'avait-il pu se produire dans cette forêt pour qu'elle soit si mal ? Saroumane avait-il un rapport avec son état ? En parlant de celui-ci, le Prince perçut un mouvement dans le lointain et en avertit immédiatement ses compagnons qui s'apprêtèrent à brandir leurs armes respectives. Se positionnant devant la jeune femme qui à présent était totalement inerte, ils attendirent l'arrivée de l'homme au capuchon. Ce fut une silhouette auréolée d'un blanc éblouissant qui apparut et désarma sans peine à distance les trois voyageurs.

Heureuse rencontre, assura-t-il d'une voix grave, le visage dissimulé dans la lumière flamboyante. Vous êtes sur les traces de deux jeunes hobbits ?

Qui êtes-vous ? s'enquit Aragorn les yeux plissés.

Ils sont passés par ici hier soir. Ils ont fait une rencontre à laquelle ils ne s'attendaient pas. Cela vous rassure-t-il ?

Montrez-vous ! exigea le rôdeur inquiet et à fleur de peau.

Contre toute attente, l'homme s'avança et dévoila ainsi son véritable visage, plongeant ainsi ses interlocuteurs dans l'ébahissement le plus total. Car devant eux ne se tenait pas un ennemi comme ils l'avaient craint jusque-là mais bel et bien un vieil ami.

Gandalf ! souffla le Dùnedain choqué. Pardonnez-moi, je vous ai pris pour Saroumane, avoua-t-il avant de s'agenouiller en signe de respect suivi de près pour Gimli et Legolas.

Je suis Saroumane, du moins Saroumane tel il l'aurait dû l'être. Désormais, je suis Gandalf le Blanc.

Mais vous êtes tombé… reprit le descendant d'Isildur perdu.

Alors que Legolas sortit de sa surprise et couvrit son ancienne compagne de sa cape, l'Istari commença à narrer superficiellement sa chute et son combat contre le balrog. Il ne s'attarda néanmoins pas sur les détails car ils devaient se hâter. Le peuple du Rohan avait grandement besoin de leur venue qui devrait s'avérer salvatrice. Ils se remirent en route guidés par le vieil homme qui s'était drapé dans une cape grise. Legolas tenait dans ses bras Aliania qui restait inconsciente. Il l'a sentait fiévreuse et son cœur battait anormalement dans sa poitrine qui se soulevait par intermittences irrégulières. Il avait beau la savoir résistante aux maladies et blessures, il n'en était pas moins inquiet à son sujet.

Savez-vous ce qu'il lui est arrivé ? se renseigna le Prince en s'adressant au revenant.

Pourquoi devrais-je être au courant ? s'étonna-t-il.

Vous êtes bien au courant de ce qu'il est advenu de Merry et Pippin… expliqua-t-il en fronçant légèrement des sourcils.

Peut-être qu'elle aussi a fait une rencontre à laquelle elle ne s'attendait pas, déclara-t-il mystérieusement en lui jetant un bref coup d'œil.

Anabellissë dévisageait d'un air sceptique le portrait géant de Black qui était désormais fixé sur la grande porte d'entrée. D'après leur professeur de Sortilèges, celle-ci avait pour consigne de ne pas ouvrir à cet individu. Étant loin d'être une professionnelle de la magie, l'elfe se questionnait sur la réelle efficacité de ce dispositif. Néanmoins, ça devait probablement être plus productif que les tours de gardes alternés des enseignants… Elle avait fait plusieurs fois de tour de l'école à la recherche d'une faille dans la sécurité mais n'avait rien décelé d'anormal. Ce qu'elle ne savait pas, c'était que son jeune protégé avait connaissance d'un moyen simple de passer de Pré-au-Lard à l'intérieur du château. D'ailleurs, celui-ci allait rapidement en profiter pour se rendre en toute discrétion à la sortie mensuelle au village. Au deuxième étage, une statue à l'effigie d'une sorcière borne dissimulait l'entrée d'un passage secret qui débouchait dans la cave du magasin Honeyduke.

À l'heure du repas, Hagrid envoya un message aux deux Gryffondor pour leur signifier qu'il désirait leur parler. Le soir même, comme il avait été convenu dans le courrier, le garde-chasse vint les chercher à l'entrée principale du château. Lorsqu'ils entrèrent dans sa cabane, ils constatèrent que Buck l'hyppogriffe était allongé sur le lit et mâchonnait un morceau de viande. Harry remarqua également une horrible veste posé sur le dossier d'une chaise. Hagrid surprit son regard et expliqua que c'était pour l'audition devant la Commission d'Examen des Créatures Dangereuses qui aurait lieu vendredi. À cette nouvelle, les jeunes Gryffondor grimacèrent : cet événement leur était complètement sorti de la tête ainsi que leur promesse d'élaborer la défense de Buck… Le demi-géant ne leur en tint pas rigueur car il comptait les réprimander à un tout autre sujet : Hermione. Il leur reprocha leur manque de tact envers leur amie qui allait mal ces derniers temps et leur signala que leur amitié devrait valoir bien plus qu'une simple histoire de balai confisqué ou de rat dévoré. Ce furent un peu honteux que les deux garçons repartirent dans leurs dortoirs. Hagrid avait raison, leur relation avec Hermione ne devait pas s'achever sur de tels enfantillages ! Ils n'étaient plus des enfants mais des adolescents en quête de maturité. Le chemin vers la sagesse s'annonçait encore long mais ils se devaient de se placer sur la bonne voie. Toutefois, Ron ne semblait pas encore véritablement disposé à faire la paix avec la jeune fille, d'autant plus que celle-ci menaçait désormais de révéler l'existence du passage secret aux professeurs si jamais Harry faisait le mur pour aller à la prochaine sortie au village sorcier. Autant dire que le rouquin n'apprécia que très peu cette délicate mesure de sécurité et le lui fit savoir. Blessée, Hermione se précipita dans les dortoirs. Ana décida d'intervenir :

Ronald ?

Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il sur la défensive, conscient que lorsque quelqu'un utilisait son prénom en entier, ce n'était pas bon signe.

Je te serai gré de bien vouloir cesser tes amabilités avec Hermione, l'informa-t-elle sévèrement.

Hein ? sortit le cadet Weasley désappointé par cette phrase légèrement trop élaborée pour lui.

Je traduis ! intervint une voix familière déformée par la fatigue. Arrête d'être aussi méchant avec Hermione ou tu le regretteras amèrement, interpréta Soledad qui avait l'air d'un zombie.

La sorcière elfe semblait souffrante. Son teint blanchâtre faisait ressortir ses yeux rouges encadrés par des cernes violacés. Si Ana ne la connaissait pas aussi bien, elle aurait pu jurer que sa sœur adoptive avait passé ces dernières heures à pleurer. Mais cela n'était pas son genre… Ses cheveux étaient emmêlés comme si elle s'était battue comme une chiffonnière. D'ailleurs, des feuilles et des brindilles étaient coincées dans ses boucles brunes. Ses vêtements recouvraient mal ses membres égratignés.

Est-ce que ça va ? s'inquiéta Ana soucieuse de voir les yeux de sa confidente brillants de larmes.

Non, souffla-t-elle un peu désorientée. Enfin si ! rectifia-t-elle rapidement. Oh puis merde ! Je ne suis là pour personne ! lâcha-t-elle avant de se ruer à l'extérieur de la tour.

Attends-moi ! lança-t-elle en essayant de la rattraper. Alia… Soledad, reviens !

La course poursuite la mena dans les toilettes des filles du troisième étage. Sa sœur s'était enfermée dans l'une des cabines et refusait de lui ouvrir malgré ses sollicitations.

Sol, ouvre cette porte et dis-moi ce qu'il t'est arrivé ! exigea Ana en tambourinant contre la cloison.

Rien, fous-moi la paix ! hurla la concernée visiblement pas enclin à s'exécuter.

Qu'est-ce que tu fais ? poursuivit la jeune elfe déterminée.

À ton avis, qu'est-ce qu'on peut bien faire dans des toilettes Ana ? l'agressa-t-elle derechef. Je n'ai pas besoin de toi pour ça !

Ne joue pas à ça avec moi, je te connais par cœur, l'avertit-elle. Je sais ce que tu fais quand tu te sens mal…

DÉGAGE DE LÀ ! explosa la guerrière qui souhaitait vraiment être seule.

La montée des douloureuses réminiscences qu'elle venait de subir dans cette maudite forêt la déstabilisait complètement. C'était même au-delà de cela ! Elle commençait juste à saisir que ce qui venait de lui arriver ne s'était pas vraiment produit, du moins pas ce jour-là. C'était assez confus dans son esprit. Les liens se tissaient lentement dans sa tête migraineuse. Les rêves qui la hantaient depuis des mois n'avaient finalement rien de prophétique ou de délirant. Il s'agissait de souvenirs refoulés d'une chose horrible qui lui était arrivé. Elle ne pouvait pas le croire. Non, elle ne voulait pas admettre que cela lui était arrivé ! Jamais elle n'avait pu se montrer aussi faible et être autant à la merci d'immondes hommes. Elle ne voulait pas le croire ! Pourtant, cela avait réellement dû se passer… Les visions et sensations qui l'avaient assaillie n'avaient pas pu être inventées. Elles semblaient abominablement trop réelles. En repensant à ce qu'ils lui avaient fait subir, elle fut prise d'une violente nausée. Elle s'agenouilla et vomit toute la bile qu'elle put expulser de son corps souillé.

Si tu es malade, tu ferais bien de m'ouvrir, l'interpella sa sœur adoptive toujours sur le qui-vive.

Putain, mais reste pas plantée là comme une débile ! Dégage ! cracha Soledad entre deux rejets.

Très bien ! céda-t-elle à la fois outrée et blessée par ces propos très durs. Je sors, j'en ai assez de tes humeurs Aliania !

Mais l'intéressée ne l'entendit même pas. Les flots de souvenirs se remirent à déferler sur elle comme un tsunami frappe impitoyablement un littoral surpeuplé. Ses sentiments la submergèrent de nouveau. Les larmes débordèrent sur ses joues et son cœur se brisa. Elle se sentait mal, tellement mal. Poussant un cri de rage, elle se mit à frapper contre les cloisons qui ne tardèrent pas à se fissurer sous ses assauts incontrôlés. De grosses écharpes de bois se plantèrent dans ses poings mais elle s'en fichait. Elle ne ressentait même pas de picotements. Le poids qui pesait sur son cœur l'occupait amplement niveau douleur ! Elle avait totalement perdue le contrôle d'elle-même. Elle n'avait plus conscience d'être dans les toilettes de Poudlard, ne réalisait pas qu'elle était en train de se blesser et que tout le monde pouvait l'entendre. Et effectivement, quelqu'un l'avait bien entendue. Remus Lupin n'eut pas besoin de tendre trop l'oreille pour ouïr le fracas émanant des toilettes des filles. Craignant une querelle d'élèves recourant aux baguettes, il entra précipitamment pour les séparer. Quelle ne fut sa surprise de se retrouver face à une porte verrouillée vibrante sous des coups acharnés ! Il demanda à la personne de cesser cette conduite inacceptable et de lui ouvrir sur le champ. L'elfe n'obéit pas et continua de se défouler en criant sa haine. Le lycanthrope, très inquiet pour la jeune femme, débloqua magiquement la porte pour découvrir la guerrière ensanglantée en proie à une violente crise. Il tenta de la calmer mais ses requêtes n'eurent aucun effet.

Soledad, arrêtez-vous et dîtes-moi ce qu'il ne va pas, s'enquit-il d'une voix forte.

JE LES DÉTESTE TOUS ! J'EN AI MARRE ! CE N'EST PAS POSSIBLE, CE N'EST PAS VRAI ! JE N'Y CROIS PAS, ÇA N'A PAS PU SE PRODUIRE ! QU'ILS CRÈVENT TOUS CES ENFLURES ! PUTAIN, J'VEUX QUE ÇA S'ARRÊTE, J'EN PEUX PLUS ! débitait-elle alternant entre sanglots et cris tout en se tapant la tête contre le mur de pierres.

Le professeur fut obligé de recourir à la magie pour la maitriser. Il voulut lui lancer un sortilège d'entrave afin qu'elle cesse de se blesser mais celui-ci ne fonctionna pas comme il s'y attendait. Elle stoppa ses mouvements destructeurs mais ses membres n'étaient pas collés contre son flanc comme c'était normalement le cas avec cette formule. L'elfe se laissa glisser contre la cloison et se mit à sangloter bruyamment en enfouissant son visage entre ses bras. Remus Lupin s'agenouilla près d'elle mais elle le repoussa violemment :

NE ME TOUCHEZ PAS VOUS ! s'insurgea-t-elle hystérique.

Je ne vous veux pas de mal, croyez-moi Soledad. Que vous arrive-t-il ? l'interrogea-t-il calmement mais fermement.

Je veux qu'on me foute la paix, j'vous ai rien demandé ! l'agressa-t-elle durement en rejetant vivement sa main qui s'était trop rapprochée à son goût.

Déstabilisé, il se releva maladroitement en se demandant que faire. Il ne pouvait tout de même pas céder à sa requête et la laisser seule dans cet état.

Ne voulez-vous pas que j'aille chercher Anabel...

Qu'est-ce que qui est trop dur à comprendre dans « j'veux qu'on me foute la paix ! » ? Faut être débile pour ne pas capter ! cracha-t-elle en séchant ses larmes rageusement.

Alors que l'homme allait sortir pour chercher de l'aide, la sorcière l'interpella soudain prise d'un éclair de lucidité. D'une voix blanche et horrifiée, elle l'accusa :

En plus vous le saviez ! Vous l'aviez vu... gémit-elle en se remettant à pleurer en hoquetant.

Je ne comprends pas... avoua-t-il complètement perdu par les propos a priori sans queue ni tête de son élève.

Vous avez vu ce qu'il s'est passé dans cette putain de forêt ! lâcha-t-elle dans un cri qui sortait du fond du cœur.

À ces mots, le lycanthrope blêmit. Les images de l'agression de la jeune femme étaient encore vivaces dans son esprit. Il n'avait pas pu les effacer de ses pensées... Mais pourquoi Soledad se mettait-elle dans cet état aujourd'hui ? S'était-il passé quelque chose de particulier qui puisse rouvrir ses blessures ? Quelqu'un avait-il eu un geste déplacé envers elle ? Serait-il même possible qu'elle ait rencontré à nouveau l'un de ses agresseurs ? Il se posait une multitude de questions sur les raisons de la crise de la guerrière car celle-ci était impressionnante il ne l'avait jamais vu perdre le contrôle de ses émotions à ce point-là.

« Les traumatismes que vous avez subis ne peuvent pas être surmontés seuls Soledad. Votre souffrance est compréhensible », tels étaient les mots qu'avait prononcés le professeur lors de leur discussion nocturne suite à leur balade magique dans leurs esprits respectifs. Il savait donc ce qu'il lui était arrivé. Il l'avait forcément vu. Il le savait. Soledad ne pouvait supporter cette idée-là !

Pourquoi réagir ainsi aujourd'hui Soledad ? murmura l'homme qui s'était lui aussi assis contre le mur mais à une distance raisonnable de l'elfe toujours instable. Est-ce que... vous ne vous en rappeliez pas ? la questionna-t-il pris d'un horrible doute.

Comment ça se fait que vous ayez pu voir ce truc dans ma tête alors que ça vient juste de me revenir en pleine gueule ? l'accusa-t-elle profondément blessée et désorientée.

Elle se redressa pour sortir de la pièce telle une furie et se dirigea vers la Forêt Interdite. Se réfugier dans un bois sombre alors que Fangorn avait été le déclencheur de ses réminiscences ? Logique implacable… Mais il n'y avait pas de place pour la réflexion tout ce qu'elle pouvait faire, c'était fuir et se blesser physiquement pour extérioriser sa douleur, sa rage et sa peine. Ces pourritures… Comment avaient-ils pu lui faire ça ? Elle n'était qu'une gamine bon sang ! Rien de ce qu'elle avait pu dire ou faire n'aurait dû provoquer ces hommes. Elle devait faire quelque chose, mais quoi ? Il était trop tard maintenant, le mal était fait ! Elle aurait pu s'épargner cette descente aux enfers si seulement elle n'avait pas remis les pieds dans cette maudite forêt ! Elle saisissait mieux désormais les raisons qui la retenaient inconsciemment de se rendre à Fangorn. En revanche, elle ne comprenait pas comment elle avait pu tout oublier… Un pareil acte ne pouvait décemment pas s'effacer de l'esprit comme on oubliait une date d'anniversaire. D'ailleurs, vu l'âge qu'elle avait à l'époque, cela voulait dire que… qu'elle n'était pas pure lorsqu'elle s'était offerte à Legolas. Il ne devait pas se douter de ce qu'elle avait subi, autrement jamais il n'aurait toléré une telle honte. En Terre du Milieu, les femmes se devaient d'être vierges avant de s'unir officiellement à quelqu'un. Elle qui pensait être sincère avec lui… Leur lien avait mis beaucoup de temps à s'instaurer car elle a longtemps craint le contact physique avec les hommes. Personne n'avait jamais su l'expliquer à l'époque. Désormais, cela était si évident… Si elle avait un quelconque espoir de se remettre un jour avec le Prince de la Forêt Noire, il venait de se réduire à néant. Elle se dégoûtait. Comme avait-elle pu les laisser la souiller de la sorte ? Se faire torturer étant déjà une chose, mais se faire abuser ! C'était inconcevable, ça n'avait pas pu arriver… Après tout, elle savait se défendre à cet âge-là ! Pourquoi n'avait-elle pas répliqué ? Même si physiquement elle n'aurait pas été à la hauteur, elle aurait dû user de ses dons déjà très développés ! Pourquoi n'avait-elle pas réagi ? Ce n'était pas son genre, elle à qui tous reprochaient d'être trop excessive dans ses actes.

S'écroulant contre un tronc rugueux, elle tenta de reprendre son souffle. Ses yeux la brûlaient tellement elle avait pleuré. Elle regarda ses avant-bras rougis par l'hémoglobine d'un regard terne. Elle n'avait plus de larmes à verser pour se soulager. De toute façon, pleurer n'avait jamais été à son sens le meilleur moyen pour faire évacuer la pression… S'emparant un caillou aux bords acérés, elle le fit glisser en appuyant fortement de l'intérieur de son coude jusqu'à la base de son pouce. Elle renouvela l'opération sur son membre gauche et ferma les yeux, bien décidée à se laisser emporter par le sommeil éternel. Sombrant rapidement dans une semi-inconscience, Soledad ne vit pas un énorme chien noir l'approcher et la renifler en couinant. L'animal lui lécha la joue pour tenter de lui faire reprendre conscience mais en vain. Alors, chose surprenante, il se recula et se métamorphosa en homme. Et ce ne fut pas en n'importe quel homme : Sirius Black. Si quelqu'un était arrivé à ce moment-là, il aurait sûrement cru que l'évadé avait fait une nouvelle victime… Or, les apparences sont souvent trompeuses. Le fugitif n'avait vraiment pas une allure attrayant. Tout semblait montrer qu'il était un cadavre ambulant ! Teint cireux, peau sur les os, vêtements miteux. Il s'empressa de déchirer un morceau de sa chemise sale pour compresser les larges plaies ouvertes de la jeune femme. Il ne savait pas grand-chose d'elle. Il l'avait déjà aperçue à plusieurs reprises et s'était demandé qui elle était. Ce n'était ni une élève, ni un professeur… De plus, l'ancien détenu trouvait qu'elle dégageait une aura indéfinissable, presque surnaturelle. Bref, il ne savait pas quoi faire. Il ne souhaitait pas la laisser se vider de son sang. Il se sentait coincé. D'un côté, il devait prévenir les personnes adéquates pour la sauver mais d'un autre côté, il ne pouvait pas se permettre de dévoiler sa présence. Les Aurors le renverraient immédiatement à Azkaban sans même lui laisser la moindre chance de s'expliquer. L'homme réfléchit à toute vitesse puis prit une décision. Il se retransforma en chien et courut en direction de la cabane du garde-chasse. C'était son seul recours possible.

Durant ce temps au château, l'équipe enseignante avait été avertie de l'état inquiétant de l'elfe et s'était mise à sa recherche. Ana avait été informée et culpabilisait énormément. Elle aurait dû insister et forcer sa sœur à lui ouvrir la porte plutôt que de la laisser lâchement tombée. Tandis que les professeurs Rogue, McGonagall, Lupin et Chourave fouillaient le château, Dumbledore accompagné d'Ana cherchaient à l'extérieur. Quant à Hagrid, il avait reçu l'ordre de regarder à proximité de la Forêt Interdite. Ce dernier entendit des jappements de chien dans le lointain. Cela l'étonna car les canidés ne faisaient généralement pas partie des habitants de la forêt. Il décida de pister l'animal. Bien qu'il ne le vit jamais, il continua à suivre ses aboiements insistants et finit par arriver devant la triste scène… L'obscurité ne lui permit pas de bien voir directement ce qu'il se trouvait au pied de l'arbre. Mais rapidement, il reconnut la silhouette de la sorcière. Il se hâta de la ramener à l'infirmerie tout en pensant qu'elle ne pesait vraiment pas lourd pour une jeune femme musclée… Il ignorait ce qu'il s'était passé et craignait qu'elle ne se soit faite attaquée par un animal sauvage. Si elle était vraiment dans l'état psychique décris brièvement le lycanthrope, il fit l'hypothèse qu'elle n'avait pas eu le réflexe de se défendre avec ses pouvoirs. Comment aurait-il pu imaginer à ce moment-là que le pire danger dans ces bois ce soir avait été elle-même ? Pourtant, l'état de ses avant-bras aurait dû l'alerter. Quoique… il n'était pas spécialiste de tout ce qui avait trait aux conduites autodestructrices. Il la confia à une infirmière atterrée : elle n'avait pas eu à réfléchir longtemps avant de comprendre d'où provenaient les blessures… La professionnelle avait rarement eu l'occasion de traiter ce genre de cas à Poudlard, Merlin merci pour elle ! Elle grommela en défaisant les deux loques dégoutantes qui avaient fait office de bandages en pestant contre le garde-chasse pour son manque manifeste d'hygiène. Le demi-géant répliqua qu'il n'était pas l'auteur de ces pansements de fortune et qu'il avait trouvé l'elfe telle quelle au pied d'un arbre. Occultant ce détail, l'infirmière le fit sortir pour qu'il aille prévenir les autres enseignants. Tout en désinfectant les nombreuses plaies, la médicomage tentait de réveiller sa patiente qui était blafarde comme la mort. Son pouls faible mais néanmoins présent rassura quelque peu la soignante qui lança un sortilège complexe visant à faire remonter la température corporelle. De plus, elle se hâta de lui administrer une potion de régénération sanguine pour pallier l'importante perte. Une fois que son état fut stabilisé, Madame Pomfresh ausculta entièrement la malade et constata les vestiges de coupures plus ou moins anciennes un peu partout sur son corps. Certaines étaient récentes et auraient dû être aisément repérables pour ses proches sauf si l'elfe avait recouru à la magie pour camoufler ce type de marques… ce qui était évidemment le cas. L'infirmière avait eu de gros soupçons sur l'état de santé de cette élève depuis le décès de son double. Ayant assisté à leur dépendance l'une à l'autre, elle s'était douté que Soledad ne devait pas aller bien et que cela se traduirait par des actes auto-agressifs plus ou moins dissimulés. La médicomage déplora de ne pas avoir tenté de dialoguer avec l'elfe de son ressenti avant cet ultime acte de désespoir. Peut-être qu'avec une écoute attentive, elle n'aurait pas ressenti le besoin de s'ouvrir les veines… Généralement, les adolescents qui en arrivaient-là ne désiraient pas réellement mourir. Leurs tentatives échouaient souvent et leur servaient d'appel à l'aide.

Dumbledore vint demander des nouvelles de la jeune femme. Il se sentait mal. Marie l'avait sollicité afin de veiller sur sa sœur en cas de malheur. On ne peut pas dire qu'il avait réussi sur ce coup-là. À ce moment-là, il sentit le poids des années peser sur ses épaules. Il aurait dû faire plus attention à elle car il savait que sous ses airs de battante se cachait une jeune femme désespérée et fragile. Lui avait conscience de ce qu'il se terrait sous sa carapace de fer et culpabilisait de ne pas avoir vu à quel point elle avait touché le fond. Débordée par ses différentes missions, Soledad savait en tirer un certain avantage : dès que quelqu'un approchait d'un peu trop près de ses sentiments véritables, elle s'évadait dans un autre monde. De ce fait, personne ne pouvait aisément percevoir son réel état d'esprit et intervenir à temps.

Soledad resta inconsciente une trentaine d'heures qui parurent interminables pour Ana qu'avait cessé de la veiller. Les elfes n'avaient pas besoin de dormir comme les humains ce qui était presque tout le temps un avantage. Mais aujourd'hui, Ana aurait aimé pouvoir s'endormir écrasée par la fatigue car au moins, le temps passerait plus vite. Ses longues heures d'attente furent récompensées. Le lendemain au petit matin, Soledad remua en grognant doucement. Elle se discernait bizarrement. D'un côté, elle se sentait bien comme si elle était enveloppée dans un cocon duveteux néanmoins d'un autre côté, elle percevait un léger malaise amplifier peu à peu dans son esprit. Elle essaya de se remémorer ce qu'il s'était passé pour qu'elle soit allongée sur un matelas parce que, avons-le, elle dormait rarement dans un véritable lit. L'elfe constata que quelqu'un lui tenait la main et ce contact lui déplut. Elle se tourna sur son flanc afin de s'extirper de cette emprise et mit son avant-bras sous sa tête en guise d'oreiller. Cela lui procura des picotements fortement désagréables qui l'obligèrent à quitter définitivement le peu de sensation de bien-être qu'il lui restait.

Aliania, es-tu réveillée ? lui murmura une voix douce.

Mauvaise pioche, pesta-t-elle intérieurement à l'appel de ce prénom.

Elle se réveille ? se renseigna une autre voix de femme, beaucoup plus alerte cette fois.

J'ai l'impression… Soledad, est-ce que tu nous entends ? retenta Ana inquiète.

Ouais, je ne suis pas sourde ! continua l'intéressée à fulminer dans sa tête.

Elle ouvrit difficilement les paupières. Ils avaient dû lui donner un puissant calmant, ce n'était pas possible autrement cette sensation de tanguer en étant alitée. Pourquoi avaient-ils eu besoin de faire ça ? Ah ouais… La forêt. Enfin, les forêts en l'occurrence.

Tu te souviens de ce qu'il s'est passé ? Est-ce que quelque chose t'a attaqué ? l'interrogea sa sœur dans l'espoir d'entendre une autre version que celle de l'infirmière.

Comme si tu n'avais pas deviné ! railla la malade tout en gardant le silence et en se détournant délibérément des deux femmes.

Miss Lopès, il faut que nous parlions de ce qu'il s'est passé… déclara calmement la médicomage qui ne savait pas trop comment aborder le sujet.

Un lourd silence lui répondit. La patiente gardait les yeux ouverts et fixes mais ses lèvres étaient scellées. L'attitude de la guerrière montrait clairement ses intentions futures. Ana vit ses craintes se confirmer et le fit savoir publiquement afin de montrer à sa sœur qu'elle n'était pas dupe de son manège :

Elle ne nous répondra pas. Ça va être une nouvelle période de mutisme. C'est tellement plus facile de se taire lorsqu'il faut assumer ses actes, n'est-ce que Aliania ? la provoqua-t-elle consciemment.

Évidemment, la jeune femme n'apprécia pas d'être ainsi mise à jour. Furibonde, elle tenta de se lever pour partir se réfugier dans un endroit plus tranquille. Malheureusement pour elle, la potion calmante coulait encore dans ses veines et neutralisait partiellement ses muscles endoloris. Elle fit trois pas chancelants avant de tomber à terre.

Tu pensais aller où ? poursuivit Ana en s'agenouillant près d'elle tout en faisant signe à la soignante de ne pas intervenir. Pourquoi as-tu voulu te tuer dans cette forêt alors que je t'ai convaincue de ne pas sauter dans le vide il y a plusieurs années ? l'interrogea-t-elle sans détour. Qu'est-ce qui a changé depuis ?

Et j'ai été trop conne de t'avoir écouté ce jour-là ! eut-elle envie de hurler.

Consciente que prendre des pincettes avec Soledad ne serait pas forcement une précaution nécessaire à prendre, Ana mit les pieds dans le plat.

S'il le faut, je vais aller questionner toutes les personnes communes que nous connaissons afin de découvrir ce qu'il t'est arrivée ces derniers jours Al ! menaça-t-elle sérieusement pour essayer de la faire parler, consciente qu'elle aurait horreur de ça. Alors, toujours pas décidée à causer ? Très bien, je vais commencer par rendre visite à la Communauté de tu-sais-quoi, ensuite j'irai à Imladris et ainsi de suite. Surveillez-la bien pendant ce temps, Madame Pomfresh !

Comme si elle était en état d'aller ailleurs, maugréa l'infirmière en s'approchant pour la remettre au lit.

Vous seriez surprise de voir à quel point cette demoiselle est douée lorsqu'il s'agit de prendre la fuite, décréta Ana tout en ignorant le regard flamboyant que sa grande sœur lui jeta.

LA FERME ! vociféra la concernée intérieurement.

La pièce se mit à trembler et des flacons entreposés dans une armoire volèrent en éclats. Alors que l'infirmière sursauta, Ana resta de marbre. Ce n'était pas la première fois que le mobilier faisait les frais des humeurs de la jeune femme.

Tu as raison, fait tout péter, ça va arranger les choses ! s'exclama Ana qui n'avait pas envie de faire d'effort de compassion aujourd'hui.

L'elfe lui en voulait d'avoir osé attenter à ses jours et ne se gênait pas pour lui faire savoir. Elle ne voulait plus lui trouver d'excuses et était lasse de devoir toujours se montrer douce et empathique avec la guerrière. Comment avait-elle pu penser à partir et à la laisser toute seule ? Rien qu'en y pensant, elle avait envie de la frapper pour la forcer à réagir. Mais elle se contint car bien que Soledad soit à moitié droguée, elle était largement apte à lui mettre une raclée si l'envie lui prenait…

Je vais revenir, n'hésitez pas à l'assommer pour qu'elle ne s'échappe pas, conseilla-t-elle l'infirmière sur le ton de la conversation.

Comme si elle pouvait y arriver, ricana la sorcière toujours muette.

Bien qu'Ana ait menacé Aliania d'interroger la Communauté, elle se trouva face à une difficulté de taille : elle ignorait où la trouver. Ainsi, elle changea de stratégie et ouvrit le portail pour Imladris.

Aliana s'était rapidement endormie en attendant le retour de sa sœur. Mais lorsqu'elle ouvrit les yeux quelques heures plus tard, elle s'étonna de ne trouver personne. Il n'y avait aucun signe qui pouvait indiquer un quelconque passage. Encore ensommeillée, elle l'appela télépathiquement avant de se rappeler que ce n'était plus faisable. Jurant entre ses dents, elle se leva avec difficulté maudissant le fait de ressembler à un oliphant ! Elle ne savait pas trop quoi faire. Ignorant quand sa cadette repasserait, elle hésita : devait-elle attendre encore ou bien sortir de ce trou ? Son estomac se manifesta bruyamment ce qui l'aida à se décider. Elle sortit de la pièce tout en gardant son visage voilée. L'endroit était quasiment désert. Elle reconnut le jeune homme – Nùméo lui semblait-il – qui les avait accueillies précédemment. Il surprit son regard et vint à sa rencontre.

Aliania n'est pas encore rentrée. Désirez-vous quelque chose ? s'enquit-il poliment.

Vous a-t-elle dit quand elle reviendrait ? l'interrogea-t-elle en priant pour qu'il ne la reconnaisse pas.

Non et quand bien même cela serait le cas, la réponse n'en serait pas moins certaine, répondit-il. Il y a toujours des impondérables.

J'imagine, grommela la compagne d'Arthélius. J'en fais justement partie, rajouta-t-elle pour elle-même. Bon, y aurait-il de quoi se sustenter dans cette caverne ?

Le gardien lui fournit de quoi stopper ses grognements d'estomac. Ce ne fut pas de la grande cuisine mais cela eut le mérite de la rassasier et de lui redonner des forces. Elle retourna s'enfermer dans la salle de repos, se demandant quand sa sœur reviendra.

Inconscient des derniers évènements concernant sa protectrice, Harry se morfondait. Tous profitaient de l'autorisation de sortie pour se rendre au village sorcier. Malheureusement, son oncle lui avait refusé ce privilège et aucun professeur ne le lui avait accordé en raison du danger qui rôdait à l'extérieur de Poudlard. Néanmoins, le Survivant brava l'interdiction de se rendre à Pré-au-lard. Il emprunta le passage secret de la sorcière borgne après avoir réussi à semer Neville lui-aussi privé de sortie. Ron l'attendait impatiemment au milieu de la rue principale. Il sursauta que son ami caché sous sa cape d'invisibilité lui saisit le bras. Ravis de se retrouver entre garçons, ils se rendirent dans tous les magasins convoités des adolescents dont la confiserie Honeydukes et les farces et attrapes de Zonko. Histoire de profiter du beau temps, ils décidèrent d'aller voir de plus près la Cabane Hurlante, la maison la soi-disant la plus hantée de Grande-Bretagne. Elle se situait à l'écart du village perchée en hauteur sur une colline. D'apparence miteuse – voire même lugubre malgré la luminosité du ciel – la vieille demeure fit frissonner les deux Gryffondor. Leur contemplation fut interrompue par l'arrivée des trois Serpentard qu'ils haïssaient sans doute le plus : Drago Malefoy et ses deux acolytes Vincent Crabe et Grégory Goyle. Dès qu'ils s'aperçurent de la présence du rouquin, l'aristocrate blond s'empressa d'ouvrir les hostilités en lui faisant remarquer combien cette vieille baraque devait lui sembler agréable par rapport à la maison familiale Weasley. Avant que Ron puisse répliquer, le jeune arrogant se retrouva la tête dégoulinante de boue. Ses camarades ne furent pas en reste et reçurent à leur tour une bonne dose de gadoue malodorante. Apeurés de ne pas comprendre d'où cela provenait, ils prirent la fuite. Malheureusement, la cape de Malefoy s'accrocha à la cape d'invisibilité qui glissa un bref instant. Mais cela suffit pour révéler la présence de son ennemi ce qui le fit hurler de surprise. Le Gryffondor se hâta de remettre sa cape en place mais le mal était déjà fait. Il devait retourner au château à toute allure avant que le fils de Lucius ne raconte sa fugue à un professeur. Il s'enfuit en criant à Ron qu'ils se retrouveraient à Poudlard. Le chemin du retour lui parut interminable. La peur au ventre et le souffle saccadé, il remonta aussi vite que possible le toboggan de pierre qui débouchait derrière la statue de la sorcière borgne. Par précaution, il abandonna la cape de son père dans le tunnel et sortit maladroitement dans le couloir. À peine eut-il fait pivoter la masse de pierre que des pas retentirent. Le Professeur Rogue arriva déjà à grandes foulées dans sa direction. Tentant d'afficher un air neutre, le jeune homme essaya tant bien que mal d'essuyer ses mains pleines de boue dans ses poches remplies d'achats divers. Le Maître des Potions s'arrêta juste en face de lui avec un air triomphant mal dissimulé. Ça sentait les ennuis à plein nez...


Je trouve que je n'ai pas été sadique cette fois-ci pour couper le chapitre (je me rattraperai dans le prochain avec un peu de chance ^^).

Qu'en avez-vous pensé ? Surpris par la tournure des événements ? J'ai hâte de lire vos avis !

Merci d'avoir pris le temps de me lire, je vous souhait un bon week-end prolongé ! A la prochaine :D