Bonjour tout le monde !

Je tenais avant toute chose à remercier toutes les personnes qui suivent les aventures des jumelles et qui prennent le temps de me laisser des "petits" commentaires. Anari, je te remercie notamment pour le dernier qui m'a fait sourire :D

Pour information, j'ai créé l'arbre généalogique de la famille afin de vous aider à repérer un peu moins leur filiation ^^ (vous trouverez le lien dans mon profil).

De plus, je suis en train de réécrire les premiers chapitres (correction des fautes et quelques améliorations au niveau du style). Donc je les publierai dès que possible ;)

Bonne lecture à vous !


Chapitre 26 – Premiers combats

Le Prince de la Forêt Noire s'affairait avec le fils de Gloïn à distribuer à de pauvres villageois effrayés des armes mal façonnées. Il venait d'avoir une altercation avec Aragorn au sujet de la bataille qui se profilait. L'elfe n'approuvait pas son choix d'affronter l'armée de Saroumane et aurait préféré trouver un moyen de fuir avec le peuple. L'idée de tenir tête à dix mille Huruk-haïs n'était que pure folie, d'autant plus qu'eux-mêmes ne possédaient pas de forces défensives. Il ne comprenait pas pourquoi le rôdeur tenait tant à rester se battre avec les Rohirrim alors qu'il devait se destiner à prendre la tête du Gondor. Que pouvaient faire un homme, un elfe, un nain et même une sorcière contre la puissance de l'Istari ? Dans son for intérieur, il tentait de relativiser en se disant que la fille d'Elrond avait plus d'une corde à son arc et qu'elle pouvait causer d'importants dégâts à l'ennemi d'un simple claquement de doigts. Il suffirait de l'agacer au bon moment… Pour ce qui concernait les combats, Legolas avait toute confiance en elle. Avec le temps, il avait fini par accepter qu'elle soit en quelque sorte l'incarnation de la guerre.

En parlant du loup, il la vit apparaitre par le biais d'un de ses portails magiques. Il perçut tout de suite son humeur :

- Je te sens énervée… lui fit-il judicieusement remarquer. Un ennui ?

- Du tout, rétorqua-t-elle sèchement. On en est où ici ?

- L'armée sera là à la tombée de la nuit, l'informa Gimli d'un ton bourru. J'ai hâte de pouvoir montrer à votre elfe que les nains sont meilleurs que ceux de votre race ! les provoqua-t-il joueur.

- Alors d'abord, ce n'est pas mon elfe, répliqua la jeune femme rapidement, et ensuite je parie quand même sur lui : il touchera déjà beaucoup de bestioles du haut de la muraille tandis que vous ne ferez que les attendre avec votre hache, expliqua-t-elle sérieusement.

- Je vous battrai tous les deux ! grogna le nain vexé.

- Je parierais bien que je vous bats tous les deux réunis mais je ne sais pas comment compter le nombre d'ennemis carbonisés en masse. J'veux bien faire une estimation, mais vu que vous êtes du genre pointilleux, il risque d'y avoir divergence sur le score final, se moqua la sorcière.

- Si vous n'usiez pas de vos pouvoirs, je serais certain de vous vaincre ! rajouta Gimli qui n'en démordait pas.

- Continuer de croire en vos rêves Gimli, en espérant que ceux-ci vous mèneront loin, ou tout du moins qu'ils vous gardent en vie, acheva la sorcière en tournant les talons.

Elle alla trouver Théoden pour le conseiller sur les dispositions à prendre afin de mener au mieux la défense de ses hommes. Le Souverain fut peu enclin à écouter des conseils, surtout ceux émanant d'une femme, ce qui exaspéra la guerrière. Il l'avait déjà vue à l'œuvre dans son enfance et malgré cela, il ne lui faisait pas confiance. Aliania lui fit remarquer combien ses soldats manquaient cruellement d'expérience et de temps pour apprendre l'art du combat. Les archers devraient se trouver en première ligne au niveau des hauts murs de la forteresse afin d'abattre le maximum de créatures avec leurs flèches. Les épées ne viendraient qu'en second plan lorsque les orcs seraient à leur portée. La guerrière souhaitait pouvoir former des bataillons gérés par des personnes expérimentées. Évidemment, ces rôles ne pouvaient concernés qu'Aragorn, Legolas, Anastase, Tristan, Thibault et elle-même. Quoique certains gardes du Roi puissent éventuellement faire l'affaire. Après tout, elle ne les connaissait pas. Toujours est-il qu'elle ne dédaignerait pas le renfort de certains des siens… Il faut croire que les Valar venaient d'entendre ses souhaits ! Alors qu'elle poursuivait son plaidoyer auprès de Théoden, un son familier de cor retentit à l'extérieur. Aragorn fronça les sourcils pour tenter de se remémorer où il avait déjà ouï ce bruit.

- Je crois que les renforts arrivent ! s'exclama l'elfe en quittant la pièce en courant, suivie des personnes présentes.

- Pourquoi ce son sonne-t-il agréablement à mes oreilles ? se renseigna Aragorn qui l'avait rattrapée.

- C'est l'appel de Léïa ! précisa-t-elle en ordonnant aux gardiens d'ouvrir la porte principale.

La jeune femme n'eut que partiellement raison. Effectivement, les nouveaux arrivants s'avérèrent bien être des soldats provenant de la Vallée d'Imladris. Cependant, ils n'étaient pas menés par sa tante favorite mais par sa fille adoptive !

- Lenya ! l'accueillit sa cousine ravie de sa venue inattendue. Ça alors, pour une surprise, c'est une surprise ! Et une bonne en plus ! Qu'est-ce que tu viens faire là ? l'interrogea-t-elle en la serrant dans ses bras.

- Le Seigneur Elrond nous a avertis du danger qu'encourt votre Royaume Roi Théoden, expliqua-t-elle en s'adressant au vieil homme ébahi. J'ai été chargée de conduire quelques-uns de nos guerriers ici pour vous aider.

- Ne voyez aucune offense dans ce que je vais vous dire ma Dame, intervint Hama, mais en quoi une trentaine de lames pourrait-elle faire la différence contre des milliers d'orcs ? demanda le garde royal qui dévisageait les renforts d'un air perplexe.

- Ce n'est pas moi qui ai désigné ces soldats. Néanmoins, le Seigneur Elrond et la Reine Léïa n'auraient pas dépêchés de guerriers s'ils avaient estimé que le combat serait perdu d'avance.

- Vous ne trouverez pas de meilleures aides dans le temps qui vous est imparti Roi Théoden, appuya Aliania qui venait d'identifier chaque sous-officiers présents. Je les ai tous formés. Ils font partie des meilleurs, je peux vous le garantir. Vous avez devant vous de redoutables archers qui savent manier toutes armes qui tomberaient entre leurs robustes mains. Les amis, dit-elle en s'adressant à ses forces militaires, allez-vous reposer. La route a été longue et vous aurez besoin de toutes vos forces pour dans quelques heures.

La sorcière entraîna sa cousine à l'écart tandis que la troupe se dispersait lentement. Elle voulut savoir pourquoi c'était sa jeune cousine qui avait été missionnée pour une telle tâche et non sa tante elle-même. Lenya admit ne pas en connaitre la raison mais que cela ne la gênait point. Aliania avait du mal à la croire : mettre une telle responsabilité sur les frêles épaules d'une jeune femme à peine sortie de l'enfance était inutile à ses yeux. Elle avait confiance en sa cousine, bien plus qu'en leur tante Prestya. Toutefois, elle n'appréciait que moyennement le fait qu'elle se retrouve au cœur d'une grosse bataille. Espionner les ennemis et déjouer leurs plans en compagnie des rôdeurs étaient une chose, les affronter directement en masse en était une autre ! Il fallait garder à l'esprit que Lenya ne possédait aucun pouvoir magique et que seules sa détermination et son adresse la maintiendraient en vie au cœur de la bataille. Aliania se promit de veiller sur elle cette nuit autant que possible.

- Est-ce que tu as sur toi le bracelet dont je t'avais demandé de taire son existence ?

- Non, il est en lieu sûr à Imladris. Je n'allais pas risquer de l'égarer durant le voyage… Tu veux le reprendre ? s'inquiéta-t-elle.

- J'aurais bien aimé l'avoir le plus rapidement possible… soupira Aliania déçue. Tant pis, je passerai à Fondcombe dès que nous serons sorti de cette galère ! Va te reposer, nous disposerons les troupes au crépuscule. Les orcs devraient arriver en début de soirée…

- En quoi ce bracelet est-il important ? s'informa sa cousine en étouffant un bâillement.

- Tu le sauras le moment venu, esquiva son interlocutrice en la poussant gentiment vers l'intérieur. Je reviendrai tout à l'heure ! s'exclama-t-elle brusquement lorsqu'une de ses alarmes mentales se déclencha dans son esprit, lui indiquant ainsi la mise en danger d'un de ses protégés sur Terre.

La sorcière ne prit même pas le temps de soupirer et se précipita en Espagne là où une de ses jeunes protégées terrifiée requérait inconsciemment de l'aide. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu à secourir une des personnes placées sous sa surveillance…

À Fondcombe, la famille royale allait se mettre à table lorsqu'elle fut interrompue par un énorme brouhaha. Alania comprit immédiatement que cet horrible son martelé répétitif provenait du bouclier de protection qu'elle avait mis en place avec ses tantes quelques semaines plus tôt. Elle se précipita à la terrasse la plus proche et vit le dôme normalement incolore apparaitre dans des ondulations orangées.

- Cessez de vous cacher derrière cette barrière ridicule ! les somma une voix grave et coléreuse. Je sais que vous êtes là ! Sortez !

- Qui est cet indésirable ? se demanda Léïa perplexe.

- Rien qui ne doive nous perturber, répondit immédiatement sa sœur qui savait pertinemment à qui cette voix appartenait. Il finira par partir, ignorons-le.

- Sorcières, montrez-vous ! poursuivit le visiteur importun.

- Il n'a pas l'air de vouloir s'en retourner chez lui, murmura sa sœur.

- C'est Arthélius, souffla Alania légèrement ennuyée, pour ne pas dire angoissée. Il ne partira pas tant qu'il n'aura pas eu ce qu'il désire… Je vais lui parler, se dévoua-t-elle en prenant son courage à deux mains.

- Il n'est pas envisageable que tu lui fasses face, s'alarma sa tante. Il est visiblement furieux et ne semble guère ouvert au dialogue !

- Aliania a déjà tenu de longues conversations avec lui et n'a jamais été attaquée. S'il voulait nous nuire, il l'aurait déjà fait, réfléchit la jeune femme à voix haute.

- C'est un démon ! Qui plus est, plus rien ne le retient : Aliana l'a quitté et Aliania lui a déclaré la guerre ! Crois-moi, il n'est pas venu pour une simple visite de courtoisie ! argua Léïa avec vigueur.

- Je devine bien qu'il n'est pas venu pour prendre le thé mais s'il cherchait à nous détruire, il ne viendrait pas frapper à notre porte ! raisonna la plus jeune des quadruplées. Restez là, je vais voir ce qu'il en est.

Prenant son courage à deux mains, elle descendit dans la cour tout en ayant pris le soin de dissimuler un poignard affuté dans les plis de sa longue robe elfique. Son cœur battait la chamade et sa respiration s'accéléra. Elle tâcha de se reprendre et d'effacer les signes manifestes de son stress. En aucun cas Arthélius ne devait voir l'angoisse que sa venue générait en elle. Inspirant profondément, elle franchit le bouclier. Le démon cessa de s'acharner sur le dôme et éteignit la boule de feu qu'il s'apprêtait à relancer sur la paroi.

- Enfin ! Je commençais à m'impatienter ! cracha-t-il exaspéré. Mais quelle surprise ! Je ne m'attendais pas à ce que ce soit la précieuse petite fille adorée de ce cher vieil Elrond qui prenne le risque de m'affronter !

- À qui auriez-vous souhaité parler ? se renseigna-t-elle méfiante.

- Je sais de source sûre qu'Aliana est ici ! J'exige de la voir immédiatement.

- Détrompez-vous, elle n'est pas là. Quand bien même elle se serait présentée à Imladris, jamais elle n'aurait été accueillie. Personne ne sait où elle est. Pour bien des personnes, elle se terre à vos côtés. Très peu de gens savent qu'elle est en fuite, rétorqua Alania déterminée.

- Je ne te crois pas sorcière ! mugit-il dans un mouvement d'humeur. Toi et ta saleté de sœur la cachez !

- Je n'ai pas eu de nouvelles d'Aliania depuis bien des lunes. Elle va et vient à sa guise, vaquant seule à ses occupations. Si elle était ici, il est certain que ce serait elle qui se tiendrait en ce moment devant vous, poursuivit-elle calmement mais fermement. Si vous n'avez pas d'autres interrogations ou reproches, je vous prierais de bien vouloir prendre congé et de ne point revenir.

- Je fouillerai jusqu'à retourner la moindre feuille de ce royaume ! rugit Arthélius en rechargeant une boule de feu dans sa main droite dirigée vers la jeune femme.

- Attaquez-moi et affrontez la colère des miens, le menaça-t-elle en lui lançant le regard le plus noir possible.

À ce moment, le Reine Léïa fit son apparition accompagnée de plusieurs gardes armés jusqu'aux dents. Les arcs bandés, les elfes visèrent la tête du démon, prêts à décocher leurs flèches au moindre mouvement.

- Vous n'êtes pas le bienvenu sur nos terres, répéta la Reine en posant une main de soutien sur l'épaule de sa nièce. Veuillez partir sans faire d'éclat.

- Comme c'est touchant, voilà les renforts ! railla-t-il en ricanant. Comme je suis certain qu'Aliana est réellement rentrée en contact avec au moins l'une d'entre vous, bluffa-t-il perversement, je vais aller voir la sœur manquante. Comme je sais qu'elle ne me dira rien de son propre chef, je vais devoir la torturer jusqu'à ce qu'elle cède.

- Dire que vous vous disiez amis…lâcha la benjamine écœurée.

- C'est à cause d'elle que cette trêve a pris fin. Désormais, plus rien ne me retient de l'écorcher vive ! Lorsque cela sera fait, je reviendrai pour toi et tuerai tes tantes au passage ! chantonna-t-il excité à cette idée alléchante.

Les deux sorcières ne lui laissèrent pas l'occasion de poursuivre ses fantasmes. Tandis que Léïa ordonna aux arbres de dérouler leurs racines autour du démon, Aliana lança de toutes ses forces la lame dissimulée dans ses vêtements. L'homme ne se laissa pas si facilement avoir. Enflammant les ramifications des chênes qui tentaient de l'emprisonner, il stoppa télépathiquement le projectile avant de le renvoyer à l'expéditrice. Celle-ci se jeta de justesse du bon côté du bouclier protecteur, entraînant aussi sa tante. Leurs soldats les suivirent immédiatement pour se mettre à l'abri. Ils l'avaient échappé belle !

La nuit venait de tomber sur le Gouffre de Helm, plongeant ainsi les hommes dans l'inquiétude. Les Rohirrim avaient eu la bonne surprise de recevoir de l'aide provenant des Seigneurs de la Lorien qui leur avaient envoyé une légion de guerriers elfes. La troupe, composée d'une cinquantaine d'âmes, était menée par Haldir. Avec Aliania et Lenya, il avait disposé ses forces le long des hautes murailles. Il faut croire que les interventions d'Alana et Aliania avaient finalement porté leurs fruits pour que leurs ancêtres décident d'agir afin de secourir les peuples les plus nécessiteux. Parmi les elfes présents, la sorcière avait repéré Lendiwëll, l'ancien amant d'Alana. Celui-ci l'avait aperçue mais l'avait ignorée. Elle ne pouvait pas lui en vouloir. De toute façon, qu'auraient-ils pu se dire de plus depuis leur dernière rencontre ?

Peu à peu, le martèlement lointain des pas des orcs se fit de plus en plus distinct. Un éclair zébra dans le ciel noir, illuminant ainsi la scène d'horreur qui se rapprochait d'eux. Effectivement, Aragorn n'avait pas sous-évalué leur nombre… La marée noire qui s'étendait sous leurs pieds s'avéra monstrueuse. Les grognements se mêlaient à la cadence marquée de leur avancée. Soudain, un rugissement rauque domina le bruit angoissant. Apparemment dans leur langage, cela devait ordonner l'arrêt car la masse cessa de se mouvoir. Les créatures se mirent alors à frapper le sol avec leurs lances dans un mouvement parfaitement synchronisé. Ce rythme n'aida pas les soldats terrifiés à se concentrer. Quant à Aliania, elle-aussi avait du mal à se focaliser sur les sbires de Saroumane, ses pensées étant restées bloquées sur un souvenir très récent…

Flash-back :

La sorcière était en train de finir de se vêtir pour le combat lorsqu'elle fut dérangée par une présence masculine :

- Alors comme cela, tu paries sur moi ? s'enquit son ancien compagnon d'une voix légèrement sensuelle en sortant de l'ombre d'une pièce sombre.

La jeune femme, qui avait manqué de tressaillir à son apparition, répliqua sans lui faire face :

- Je parie sur les elfes pour les raisons que j'ai déjà données au nain, précisa-t-elle méfiante de son comportement étrangement… séducteur.

- Je m'appliquerai à ne pas te décevoir, murmura-t-il si près d'elle qu'elle put sentir son souffle sur sa nuque, ce qui la fit imperceptiblement frissonner.

- Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda-t-elle subitement mal-à-l'aise.

- Nous serons peut-être morts avant que s'éteignent les dernières étoiles, lui chuchota-t-il à l'oreille tout en faisant doucement glisser ses mains sur ses épaules puis sur le long de ses bras.

- Le ciel est voilé, il n'y aura aucun astre visible cette nuit… lui signala-t-elle avant de se dérober de son contact trop entreprenant.

La jeune femme se recula au point d'être dos au mur. L'elfe continua à avancer jusqu'à être collé à elle. Il entreprit de lui déposer une subtile ligne de baisers le long de son cou, profitant que son ancienne compagne ne le rejette pas. Il sentit son souffle s'approfondir tandis que les battements de son cœur s'accélérèrent. La sorcière ferma les yeux, envoûtée par les gestes de celui qui avait tant partagé autrefois avec elle. Ses caresses se firent de plus en plus insistantes, ce qui la ramena quelque peu à la réalité :

- Arrête, nous ne sommes plus ensemble… murmura-t-elle en détournant la tête.

- Nous pouvons l'être à nouveau, lui souffla-t-il en l'obligeant à plonger ses prunelles brunes dans ses deux perles azurées.

- Rien n'a changé, frémit-t-elle sous l'intensité de son regard. N'insiste pas…

Mais le Prince de la Forêt Noire ne tint pas compte de sa demande. Au contraire, il raccourcit la minuscule distance qui séparait ses lèvres des siennes et les emprisonna dans un chaste baiser. Voyant qu'elle hésitait, il poursuivit son étreinte avec plus de vigueur. Peu à peu, la sorcière sentit rejaillir en elle un sentiment qu'elle n'avait plus éprouvé depuis longtemps. Avec la mort de sa sœur, elle n'avait plus le goût à rien et cela ne s'était pas amélioré avec sa mésaventure dans Fangorn. Elle ne comprenait pas alors pourquoi son corps et son cœur réagissaient positivement face aux gestes de cet elfe. Oh bien sûr, ce n'était pas n'importe lequel !

- Cela ne… change rien… Legolas, haleta-t-elle entre deux caresses. Nous serons… toujours… séparés… au matin ! réussit-elle à articuler tout en laissant son désir prendre le dessus.

Autant dire que les deux elfes ne virent pas le temps passer avant que l'armée de Saroumane ne soit à la porte de Fort-le-Cor…

Fin du flash-back.

Aliania était songeuse. Elle n'arrivait pas à réaliser qu'elle venait de céder à la pulsion de Legolas ! De son point de vue, c'était lui l'initiateur de ce relâchement. Jamais elle n'aurait eu l'idée de le séduire une nouvelle fois, en particulier à l'aube d'une bataille qui s'annonçait meurtrière ! D'autant plus qu'elle ne se sentait absolument pas prête pour avoir ce genre d'activité avec qui que ce soit. La réminiscence de l'agression subie était encore bien trop vivace dans son esprit… L'idée qu'un homme puisse la toucher à nouveau l'écœurait. Quelques heures plutôt avec Anàrion, juste avant son départ, ils avaient fait une démonstration d'un porté aérien à la demande d'Anastase. Ce dernier tenait à améliorer sa performance pour la prochaine épreuve, bien que celle-ci n'ait pas encore été annoncée. Lorsque son ami en qui elle avait toute confiance l'avait saisie par la taille pour la soulever, elle avait eu un geste de vif rejet : son cœur, en proie d'une peur soudaine, s'était emballé et elle avait dû se reculer précipitamment. Lorsqu'il lui avait demandé ce qui n'allait pas, elle n'avait rien trouvé de mieux que de stimuler une crampe. Autant dire que le jeune homme n'en avait pas cru un mot mais n'avait pas insisté. C'est pourquoi la sorcière ne comprenait pas qu'elle se soit laissée faire, emportée par des sentiments contrastés. Son désir s'était peu à peu enflammé mais avait été souvent modéré par ses craintes, échos de son passé. Inconsciemment, elle avait probablement toléré qu'ils aillent jusqu'au bout parce qu'elle lui faisait confiance – du moins cela avait été vrai pour une longue époque – et qu'elle sentait que ses sentiments étaient sincères. D'ailleurs, maintenant qu'elle y réfléchissait, elle était jeune lorsqu'elle avait été attaquée. Bien qu'elle avait enfoui ses souvenirs douloureux au fond d'elle, elle se souvenait de sa méfiance constante et disproportionnée à son retour à la Cité d'Argent. Legolas avait mis beaucoup de temps et de patience avant qu'elle accepte d'entamer une relation non platonique.

Dehors, l'orage éclata aux environs de minuit. Un rideau de pluie se mit à tomber tandis que les éclairs zébrèrent dans le ciel noir. Aragorn, grandement occupé par la répartition stratégique des Rohirrim, n'avait pas fait attention à la disparition de l'elfe blond. Néanmoins, il vit le Prince de la Forêt Noire rejoindre Gimli au niveau des archers. Celui-ci avait l'air légèrement essoufflé et… décoiffé ? Ce qui marqua le plus le rôdeur fut de constater Aliania sortir de la même porte avec le regard plutôt hagard et les cheveux assez emmêlés. Son imagination lui jouait peut-être des tours mais il avait la sensation que leurs deux états étaient liés… Peu lui importait pour l'instant ! La marée noire d'Uruk-Haïs et de brigands des Montagnes qui venait de s'agglutiner sous la muraille avait de quoi accaparer plus ses pensées. Alors que les ennemis commencèrent à décocher leurs flèches sur le mur de pierre lisse, la sorcière se hissa en haut du créneau et assis tranquillement sur le rebord, les pieds dans le vide à portée des projectiles. Les soldats la contemplèrent ébahis. Mais que lui prenait-elle ! Aragorn, qui se douta de ses intentions, ne dit rien et attendit qu'elle agisse. La réponse ne se fit guère attendre : la nouvelle volée des pointes qui fonça sur eux se retourna in extremis vers les expéditeurs qui écroulèrent en masse.

- C'est ce que l'on appelle le retour à l'envoyeur ! les informa d'une voix forte la sorcière le sourire aux lèvres.

- Sorcière ! s'écrièrent les vagabonds effrayés. Brûlons-la !

- Pfff, ce vieux cliché ! cracha-t-elle. Remarque, c'est une bonne idée ! s'exclama-t-elle soudainement intéressée par les flambeaux rougeoyants portés par les serviteurs de Saroumane.

Usant de ses dons de télépathie, elle déroba des bâtons enflammés et les assembla en une seule masse flamboyante dans les airs. Puis, elle conjura une bourrasque de vent qui s'engouffra dans le brasier et dispersa brutalement les éclats rutilants sur les adversaires. Ceux-ci se mirent à hurler avant de s'écrouler, calcinés.

- Ça y est, ils l'ont énervée, murmura Legolas rassuré de voir que sa compagne était en forme.

- De toute façon, ils n'avaient pas besoin de lui dire quoi que ce soit, notifia Lenya. Depuis le temps qu'elle veut la peau de Saroumane…

- Tant que cela nous sert ! bougonna le nain agacé de ne pas pouvoir apercevoir le spectacle du haut de ses un mètre trente.

Aliania aurait bien tenté de tous les détruire mais elle ne voulait pas prendre le risque d'être épuisée trop vite. La nuit allait être longue alors autant commencer modérément l'attaque. La jeune femme se retourna vers les soldats et lança à leurs commandants :

- Il n'y a que moi qui bosse ou quoi ?

- Archers, tirez ! ordonna Aragorn en accompagnant le geste de son épée.

Une multitude de projectiles s'abattit sur les créatures de l'ombre. Malheureusement, leurs armures épaisses et leurs larges boucliers n'offraient que peu la possibilité d'attendre efficacement leurs cibles. Les plus jeunes garçons enrôlés balançaient des pierres sur les casques des assaillants sans grand succès. Aliania informa son ami que ses orcs tentaient d'enfoncer la Grande Porte de la chaussée à l'aide de troncs d'arbres. Aragorn s'élança alors là-bas pour tenter de les repousser. La guerrière allait descendre de son perchoir lorsqu'un violent éclair zébra juste au-dessus d'elle. Elle se baissa précipitamment en grinçant des dents. Cette électricité n'avait rien de naturel. Au contraire, un autre éclair bleuté fusa sur elle qui fit vivement apparaitre un bouclier protecteur autour d'elle. La forme frappa avec force la boule argentée qui éclata en une myriade d'étincelles. Furieuse, elle se redressa en faisant face au nord-ouest en direction de l'Isengard. Elle en avait la certitude : son ancien mentor déchainait sa puissance sur eux et devait probablement avoir senti sa présence parmi les soldats. Aliania était ennuyée. Les attaques de l'Istari ne pouvaient pas être contrées à distance. La sorcière aurait parfaitement pu les défendre si son ennemi se serait trouvé face à elle. Mais que pouvait-elle tenter depuis Fort-le-Cor ? Elle ne savait pas déchainer les éléments à distance ! Sans contact visuel direct, elle ne pouvait actuellement pas agir. Gandald était plus expérimenté en ce genre d'affrontement. L'elfe sentit la rage bouillir dans ses veines. Exhortant un cri de guerre, elle envoya valser d'un large geste de bras une trentaine de combattants. Sa décision était prise : il était grand temps pour elle de rendre visite au Magicien Blanc et de lui faire part de sa rancœur…

Aliania apparut au bas de la tour de Saroumane. Autour d'elle, tout n'était que désolation. Les terres autrefois vertes et lumineuses n'étaient plus que noirceur et flammes. Partout grouillaient d'infâmes créatures s'affairant à mettre en œuvre de nouvelles immondices de leur Maître. Quel gâchis ! Ruine et mort, voilà ce qu'avait engendré l'hôte de ces lieux !

En la voyant, les orcs se mirent à pousser des hurlements et à brandir de grossières lames en sa direction. L'elfe activa une bulle de protection autour d'elle et s'époumona en sommant à l'Istari de venir l'affronter. Soudain, la porte en fer forgé s'ouvrit sur le concerné qui prit la parole :

- Je m'attendais à votre venue, fille d'Imladris ! l'accueillit-il avec une étrange lueur dans les yeux. Vous étiez une jeune fille prometteuse Aliania. Quel dommage de ne pas avoir mis vos dons à la bonne disposition ! Je vous laisse néanmoins une ultime chance : rejoignez le camp des vainqueurs et nous partagerons les terres à gouverner. Vous n'aurez plus à obéir à celle que vous haïssez depuis si longtemps, vous n'aurez plus à lutter pour imposer la présence d'Aliana au reste du monde. Vous serez libre d'agir comme bon vous semble, sans devoir réprimer votre colère et justifier vos actes.

La jeune femme, qui jusque-là l'avait laissé discourir sans broncher tout en restant sur ses gardes, le dévisagea d'un air neutre avant de prendre la parole :

- Votre offre est sérieuse ? demanda-t-elle sans laisser transparaitre la moindre opinion sur son visage.

- Saroumane ne parle jamais à la légère, rétorqua l'ancien magicien blanc. Vos pouvoirs n'ont jamais été un sujet prêtant à de futiles plaisanteries ! lui assura-t-il en avançant d'un pas vers elle.

- Et si je me servais de mes pouvoirs pour vous botter les fesses ? lâcha-t-elle en révélant ses véritables pensées.

À ces mots, les traits de son ancien mentor se figèrent. Il aurait pourtant dû se douter qu'elle ne cèderait jamais face à de telles propositions obscures ! Pourtant, s'il avait eu la moindre chance de pervertir une des descendantes d'Éäriel, il aurait s'agi de celle-ci, elle qui oscillait toujours entre lumière et ténèbres.

- J'ai toujours eu de la méfiance envers vous et je ne vous ai jamais aimé, reprit la jeune femme d'une voix contrôlée. Le fameux jour est arrivé où vous révélez enfin votre vrai visage ! Vous rappelez-vous le jour où je vous ai affirmé que le temps nous prouverait que votre amitié avec mon peuple était uniquement intéressée ? Je parle bien évidemment de l'époque où vous daigniez encore faire l'effort de me visiter pour m'assommer de paroles dans cette maudite prison ! lui rappela-t-elle en faisant référence à la Cité d'Argent. Moi, je n'ai jamais oublié cet instant. J'avais raison depuis le début : vous n'avez jamais été qu'un sale manipulateur à la solde de Sauron. Déjà à cette époque, j'avais senti votre faiblesse, votre dépendance au pouvoir…, poursuivit-elle écœurée. Gandalf aurait dû m'écouter lorsque je m'évertuais à lui dire combien votre attitude était calculée ! Mais il ne l'a pas fait, sans doute cela était-il trop difficile à concevoir et à accepter pour lui à l'époque ! Car oui, cela fait mal d'être trahi par une personne de confiance. Mais je n'étais pas naïve : cela fait trois mille longues années que je vous ai démasqué ! cria-t-elle en perdant son attitude relativement bien maîtrisée jusque-là. J'ai beau vous chercher des excuses mais je n'en trouve aucune, décréta la sorcière en reprenant une voix étonnement calme mais glaciale. Qu'est-ce qui a pu pousser un Istari à servir l'Ennemi ? Les Valar vous ont envoyé pour lutter contre Sauron et non pour lui faciliter la tâche !

- Ne parlez pas de choses que vous ne comprenez pas petite insolente ! s'insurgea le vieil homme en mettant son bâton magique devant lui.

- Arrêtez de me considérer comme une gamine ! Je n'ai jamais été dupe de votre jeu méprisable ! lui rappela-elle fortement. Lorsque j'ai appris que vous aviez été nommé chef du Conseil Blanc, j'ai tout fait pour que l'une des miennes puisse y participer afin de vous surveiller ! Bien qu'il y avait Celeborn et Elrond, je…

- Votre père ! ricana-t-il en la coupant. Quelle ironie du sort ! Vous croyez tout savoir mais vous êtes tellement loin de la vérité ! déclara-t-il mystérieusement. Vous auriez presque pu avoir une place légitime au sein de cette assemblée si vous en aviez seulement conscience ! rajouta-t-il avec son insupportable ton d'homme omniscient.

- Et le pacte avec Prestya, on en parle ou pas ? contre-attaqua-t-elle en refusant de lui donner une occasion de la dérouter avec ses paroles venimeuses. Oui, on va en parler ! décida-t-elle seule. Votre alliance avec Sauron, j'aurais presque pu vous la pardonner car elle n'est que le résultat de votre peur et de votre avidité incontrôlée du pouvoir. Par contre, je ne vous pardonnerai jamais de vous être allier avec Prestya pour détruire la lignée des Protectrices ! Pour cela, vous allez mourir ! s'exclama-t-elle en lui voyant une vague de télékinésie.

Le Magicien s'y était attendu et para l'attaque en brandissant son bâton. Leurs deux ordres se rencontrèrent avec force et fracas en faisant exploser toutes les colonnes de pierres alentours. La sorcière se jeta à terre et roula pour atterrir derrière son adversaire. Elle se redressa en lui jetant un coup de pied latéral dans les chevilles. Celui-ci lui fit perdre l'équilibre ; elle en profita pour se ruer sur lui et lui asséner un gigantesque coup de poing amplement mérité. Depuis le temps qu'elle en rêvait ! Intérieurement, elle jubilait. L'homme réussit à récupérer son joyau et à se débarrasser de l'assaillante en la projetant au plafond. Elle retomba brutalement sur sol dans un craquement sinistre. A priori, son épaule droite venait au moins de se déboiter… Retenant un juron, elle se releva aussi vite que possible en foudroyant du regard son ancien mentor.

- C'est incroyable de constater combien votre puissance a été anéantie grâce à une simple rupture de liens ! la nargua-t-elle avant de la plaquer magiquement contre le mur en lui compressant violemment le corps.

- Je vais vous faire avaler votre barbe et vous jeter du haut de votre saleté de tour ! gronda-t-elle en grinçant des dents, retenant les larmes de douleur.

- Tout comme votre ancêtre Féänor, votre caractère agressif portera à votre perte !

- Féänor ? Il a péri sous les coups de Gothmog, le plus fort des balrogs de Sauron ! En quoi mon destin a-t-il un rapport avec sa fin ?

- Sa colère coule dans vos veines et celle-ci vous mènera à la faute tôt ou tard !

- Et c'est vous qui me parlez de faute ! s'insurgea-t-elle en le repoussant à l'aide d'un important effort mental.

Le vieillard fut projeté à son tour contre la paroi avant de s'y affaisser. Aliania se précipita sur le bâton et le menaça avec.

- Pauvre Magicien, susurra-t-elle auprès avoir repris une grande inspiration. Sans votre bâton de bois, vous n'êtes plus rien qu'un vieillard desséché ! Cela ne m'étonne point que vous ayez cherché à nous nuire. La ligné des Protectrices est tellement puissante qu'elle vous terrorise. Vous ne pouvez supporter l'idée de nous être inférieur ! Notre magie n'est pas dépendante d'un quelconque objet ou joyau ! Elle coule dans nos veines, plus puissante de génération en génération, et rien ne pourra l'anéantir ! Votre fin a sonné et je suis heureuse d'y contribuer ! clama-t-elle en fissurant la pierre ornant le sceptre blanc sur sa simple volonté.

Au dehors, des bruits retentirent. Des gémissements sonores attirèrent l'attention de la jeune femme qui jeta un rapide coup d'œil à travers une meurtrière. Le spectacle qui s'offrit à elle l'étonna ! Les lueurs émanant des entrailles rougeoyantes de la terre révélèrent la présence d'arbres en mouvement ! Ceux-ci détruisaient tout sur leur passage, anéantissant les immondices de Saroumane.

- Les Ents ! murmura-t-elle ébahie de les voir en action, eux qui avaient été si longtemps en sommeil.

- Non ! grogna l'Istari furieux, toujours en fâcheuse posture. C'est impossible !

- Faut croire qu'abattre leurs congénères pour nourrir les flammes de l'Enfer n'était pas la chose la plus intelligente à faire ! railla-t-elle victorieuse. je vous laisse à leurs bons soins et repasserai plus tard, une fois que vos derniers serviteurs croupiront au fond du fossé de Fort-le-Cor ! l'informa-t-elle avant de se volatiliser de nouveau.

Les étudiants de Poudlard étaient en ébullition. L'année scolaire touchait à sa fin ce qui signifiait que l'heure des examens avaient sonné. Tandis que certains stressés révisaient à même le sol dans les couloirs, d'autres en profitaient pour se chamailler afin de décompresser. Harry et Ron, bien que légèrement angoissés, papotaient tranquillement en attendant de pouvoir entrer dans la salle d'examen de Métamorphoses. Anabellissë arriva et leur demanda où se trouvait Hermione. Les garçons ne purent pas répondre si ce n'est qu'elle avait deux partiels programmés en même temps et que selon elle, ceci ne posait pas de problème. D'ailleurs, la jeune fille surgit essoufflée au moment où le Professeur McGonagall ouvrit la porte de la salle de classe.

- Tu as finalement renoncé à l'examen d'Arithmancie ? s'enquit le rouquin.

- Quoi, bien sûr que non, ne soit pas stupide, grogna-t-elle visiblement épuisée.

- Mais alors comment tu vas faire pour…

- Oh ça suffit Ronald ! Concentres-toi donc ! se fâcha-t-elle en s'engouffrant dans la pièce la tête haute.

- Quelle humeur ! soupira Ana en la suivant. Bon, allons transformer ces théières en tortues ! les incita-t-elle à entrer à leur tour.

Le Professeur McGonagall les fit passer un par un, sans jamais se départir de son air sévère. La plupart des élèves réussirent la transformation en se concentrant intensément sur le plat. Ana tenta la modification : d'un geste assuré, elle agita sa baguette de façon sophistiquée en formulant l'incantation. L'objet fut troqué contre une grosse tortue terrestre où un symbole elfique apparut sur la carapace. Bien que l'enseignante ne dise rien, elle sentit sa stupéfaction percer.

- J'espère que vous n'avez rien contre les signes distinctifs ? s'enquit-elle avec un doux sourire avant d'effleurer du bout des doigts la lettre gravée. Il s'agit d'un « A » dans ma langue maternelle, expliqua-t-elle avant de quitter la pièce pour aller déjeuner.

Une fois que les estomacs furent rassasiés, les troisièmes années passèrent l'épreuve de Sortilèges. Au plus grand désespoir d'Hermione, ils durent reproduire le sortilège d'Allégresse, le seul qu'elle n'avait pas pu faire en cours à cause de son oubli quelques temps plus tôt. Mais bien évidemment, elle fut celle qui le réussit le mieux. Ana, qui la trouvait trop tendue ces derniers temps, en profita pour sur-doser légèrement son lancer. La jeune fille se mit à rire jusqu'à devoir se tenir les côtes. Son hilarité devint contagieuse puisque l'ensorceleuse fut saisit elle-même d'un fou rire irrépressible qui dura jusqu'au soir. Puis, obligés de reprendre leur sérieux, les deux élèves se replongèrent dans leurs notes de Soins aux Créatures Magiques. Elles tenaient à prouver par leurs futurs résultats que le garde-chasse avait mérité sa promotion au rang de professeur. Le lendemain, celui-ci leur annonça d'un ton morne que leur épreuve consisterait à garder en vie les Veracrasses durant les soixante prochaines minutes. Bien que tous fussent satisfaits à l'idée d'obtenir une excellente note la baguette dans le nez, le Trio d'Or et Ana affichèrent un air compatissant. La veille, le géant leur avait confié que la commission d'appel pour Buck aurait lieu dans trois jours, autrement dit le surlendemain de l'épreuve, et qu'il avait été indiqué dans le courrier la venue d'un bourreau. Cela expliquait l'attitude pathétique de l'enseignant ainsi que l'air suffisant d'un certain Serpentard blond platine.

Le test de Rogue fut particulièrement catastrophique pour le Survivant et Neville, à croire qu'ils avaient ingurgité une Potion de Confusion au lieu de la créer ! Ana, à l'instar de la renommée Miss-Je-Sais-Tout, s'en sortit haut la main sous le regard glacial du Maître des Cachots. Étrangement, la matière où l'elfe eut le plus de difficulté fut l'Astronomie. En effet, comme tous ses congénères, la jeune femme adorait regarder les étoiles mais ne connaissait pas celles de ce monde ! Elle avait beau avoir écouté les cours, elle ne parvenait pas de se souvenir de toutes les constellations… Tant pis, elle ne pouvait pas exceller dans tous les arts ! Pour Ron, l'apothéose du syndrome de la feuille blanche survint lors du questionnaire d'Histoire de la Magie. Quant à Neville, ce fut avec le sourire qu'il quitta la serre d'examen de Botanique. Le meilleur pour Harry se passa avec le Professeur Lupin qui avait préparé un parcours ludique en plein air. Ana ne s'en sortit pas trop mal à part sur le dernier obstacle : un Epouvantard prit la forme d'une des jumelles tenant un couteau de boucher entre des mains ensanglantées… Elle n'eut pas le réflexe de formuler l'incantation pour repousser la créature mais plutôt de la projeter trois mètres plus loin. Évidemment, celui-ci n'eut aucun effet sur l'apparition et le Professeur dut lui rappeler qu'il s'agissait juste d'un Epouvantard. Gênée, l'elfe s'empressa de jeter le sort approprié et partit presque en courant pour s'isoler. Elle ne comprenait pas vraiment pourquoi cette image lui était apparue. Alana était déjà six pieds sous terre, Alania se trouvait tranquillement à Imladris tandis qu'Aliania… Oui, Aliania était effectivement une source d'angoisse. Cela pouvait également viser Aliana. Quoique… Elle n'en savait rien ! Peu importe, elle décida de ne pas se prendre la tête pour si peu, d'autant plus qu'elle savait qu'une autre personne allait jouer ce rôle incessamment sous peu… Le Professeur Trelawney les attendait en haut de sa tour pour les faire lire l'avenir dans une boule de cristal. Et comme Ana n'était pas du genre menteur, elle savait pertinemment que l'examen allait être ridicule.

Lorsqu'Aliania réapparut sur le champ de bataille, elle se baissa juste à temps pour ne pas recevoir une flèche en pleine gorge. Rien que ce geste la fit grimacer : son épaule la lançait douloureusement. Il fallait absolument qu'elle la remette en place ! Son combat avec Saroumane l'avait épuisée physiquement et mentalement. Bien qu'elle ne le lui ait pas montré précédemment, elle se sentait vidée. Son corps meurtri ruisselait de sueur et était noirci par la poussière et de sang. Elle se sentait faible... Poursuivre le combat au Gouffre allait s'avérer compliqué, surtout avec un bras inutilisable. Heureusement, elle savait manier avec dextérité son épée des deux mains. S'armant de courage et puissant une nouvelle force grâce à des pensées vengeresses, elle dégaina de sa main gauche sa lame qui brillait d'un éclat bleuté.

- Heureusement que tu me préviens qu'il y a des orcs dans le coin, grogna-t-elle blasée, je ne l'aurais jamais remarqué seule ! poursuivit-elle en se mettant à la fendre sur les ennemis telle une furie.

Les assaillants avaient fait une énorme brèche dans la forteresse et les commandements avaient ordonné le repli sur le bastion pour les soldats survivants. Ces derniers rencontraient de réelles difficultés pour se retirer au second niveau et se faisaient massacrer les uns après les autres. Aliania tenta de déplacer un gros bloc de roche pour colmater la brèche. À mi-chemin, l'amas caillouteux dégringola sur le flot noirâtre. Il ne combla pas la faille mais eut au moins le mérite d'écraser une longue traînée d'Uruk-hais sur son sillage. Malheureusement, cet acte coûta un étourdissement à la jeune femme qui faillit lui être fatal. Néanmoins Lendiwëll, qui se trouvait près d'elle à ce moment-là, s'interposa entre une lame acérée et sa cible. La jeune femme lâcha un cri de désespoir en voyant les prunelles de son ancien beau-frère s'agrandir sous le choc. Un soldat qui passait par-là trancha la tête de la créature et poursuivit son chemin. Malgré la fourmilière qui s'affairait mortellement autour d'eux, la sorcière tenta de retenir le gardien dans sa chute agonisante. Il tomba sur son membre blessé ce qui arracha un gémissement à la fille d'Elrond. Passant outre sa douleur et ses vertiges, elle le retourna afin qu'il puisse faire face aux étoiles. Sa respiration était déjà sifflante tandis que sa bouche cherchait vainement de l'oxygène.

- Tenez bon, le supplia-t-elle désespérée, je vous en supplie, tenez bon !

- Al…Ala… na, réussit-il à articuler entre deux plaintes rauques, tu es… là ! l'appela-t-il en divaguant. Ne me lai… laisse plus, l'implora-t-il en cherchant à s'accrocher à ses vêtements.

Consciente que Lendiwëll vivait ses derniers instants, Aliania prit pitié et décida d'entrer dans sa vision délirante. Après tout, elle pouvait bien lui offrir cela ! Refoulant ses larmes, elle adopta un visage serein et souriant tout en puissant dans ses maigres forces pour conjurer une bulle de protection temporaire :

- Oui mon amour, je suis là, lui souffla-t-elle en se penchant vers lui pour lui caresser tendrement les cheveux. Nous nous retrouvons enfin !

- Suis-je… en route… pour… les cav…cavernes de… Mandos ? parvint-il à formuler avant de cracher du sang.

- Je suis venue te chercher… Tu t'es montré si brave mon chéri, le rassura-t-elle en elfique tout en maintenant son visage entre ses deux mains ensanglantées.

- Tes lèvres… m'ont tant… manqué ! hoqueta l'elfe mourant, le regard lointain.

Alors, cédant à son instinct, elle lui offrit ce qu'il méritait : l'illusion d'un ultime baiser avec la femme de sa vie avant qu'il ne ferme les yeux à jamais. Avec une infinie douceur, elle effleura de sa bouche la sienne en lui intimant de se laisser faire. Il entrouvrit ses lèvres comme s'il voulait approfondir leur caresse mais n'en eut pas l'opportunité… La sœur d'Alana sentit son dernier souffle quitter son enveloppe charnelle désormais vide. La main qu'il avait posée sur la sienne se relâcha lentement pour glisser sur le sol humide. Aliania ne comprit pas pourquoi mais son départ fut comme un coup de poignard en plein cœur. Étrangement, elle avait la sensation de perdre une nouvelle fois sa sœur… Alors, épuisée et écœurée, elle laissa échapper un douloureux sanglot ainsi que des larmes de peine qui se marièrent à la pluie ruisselant sur son visage crispé.

- Comme c'est pathétique ! persiffla une voix masculine atrocement familière. Alors maintenant tu es avec un autre blondinet ? Enfin, étais, rajouta-t-il en voyant les yeux vitreux et fixes du défunt.

- Arthélius ! ragea la sorcière en se redressant et rejetant sa chevelure dégoulinante qui lui barrait son champ de vision.

Elle sentit son cœur battre encore plus vigoureusement dans la cage thoracique. Ce n'était pas possible, il ne pouvait pas être là ! Il ne pouvait tout de même pas avoir choisi ce moment précis pour venir lui rendre visite ! Un nouveau flot d'assaillants arriva en courant sur eux. Avant que la sorcière n'ait pu esquiver le moindre geste, le compagnon d'Aliana les incinéra massivement d'un simple regard.

- Où est ta sœur ? l'interrogea-t-il nonchalamment en regardant vaguement le combat qui faisait rage autour d'eux, comme s'il s'agissait d'une pure distraction guère digne d'intérêt.

- Quoi ? s'exclama la concernée interloquée. Tu crois qu'en ce moment, je cherche à savoir où est ma sœur ? cracha-t-elle incrédule.

- Ne te moque pas de moi sorcière ! se révolta-t-il en donnant un coup de pied dans un cadavre.

- Non mais regarde autour de toi idiot ! Tu penses réellement qu'elle se cache ici ? Si sa partie de cache-cache t'énerve, défoule-toi sur les orcs ! Vas-y, fais-toi plaisir !

- C'est plus me défouler sur ta gueule qui m'intéresse, l'informa-t-il furibond.

- Pourquoi maintenant ? Je ne te savais pas lâche…

- Comment oses-tu proférer de telles insultes ? s'exhorta-t-il en l'envoyant valser par-dessus un ancien banc en pierre.

- Tu viens m'affronter alors que tu vois parfaitement que la situation n'est pas loyale ! rusa-t-elle en se redressant sur ses genoux, la main maintenant son épaule qui devait désormais être en miettes. Tu tiens vraiment à ce que les autres se souviennent de toi comme celui-ci ayant réussi à me tuer alors que je suis déjà à demi-morte ? Tu sais ce qu'on dit : « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».

Le démon était tellement concentré sur la jeune femme qu'il ne vit pas Lenya décocher une flèche du haut d'un rempart. Celle-ci lui érafla la cuisse ! Loin de l'affaiblir, cela le mit hors de lui : tout ce qu'il se trouvait à sa portée s'embrasa, que ce soient des orcs, des hommes ou bien des paillasses. Aliania profita néanmoins pour sauter par-dessus la muraille la plus proche. Elle ne tenait pas à finir calcinée ! Si seulement les pouvoirs de sa sœur pouvaient lui être restitués en cet instant ! Au moins aurait-elle une chance de le repousser malgré son état de santé alarmant. Elle ne pouvait rien faire d'autre que de se dissimuler parmi la foule pour lui échapper ! Par malheur, son ancien ami continua à mettre à feu et à sang tout ce qui se trouvait sur son passage…

- Putain, pourquoi ce n'est pas l'autre ex-beau-frère qui a passé l'arme à gauche aujourd'hui ? pesta-t-elle sans voir que l'aube faisait doucement son apparition.

Elle ouït des sons de cors retentir au niveau de la Grande Porte. D'ailleurs, celle-ci céda sous les assauts répétés des béliers et des cavaliers jaillirent en force sur eux. Bannières fièrement levées, les Rohirrim tentaient une ultime sortie pour anéantir leurs ennemis. Cela donna une idée à la sorcière qui s'empressa de la mettre en œuvre. Elle héla son poursuivant pyromane et, une fois qu'elle fut certaine d'avoir été repérée, se rua le plus rapidement possible vers l'extérieur de la forteresse. Puisque ce traitre tenait tant à tout détruire sur son passage, autant le mener là où les dégâts joueraient en leur faveur ! Une chance que l'adrénaline coulait dans les veines de la Protectrice… Cela lui permettait de rester alerte malgré ses importantes blessures. Non seulement son épaule faisait un angle étrange, mais le nombre de plaies, brûlures et contusions commençaient aussi à chiffrer. Sans parler de ses réserves de magie limitées…

- Tristan, Anastase ! les interpella-t-elle en les voyant à l'entrée de la forteresse. Défendez l'entrée des cavernes, je me charge de celle-ci ! leur ordonna-t-elle rapidement.

- Tu es sûre ? s'étonna l'un d'entre eux sceptique tandis que l'autre décapita un Uruk-hai.

- Absolument ! confirma-t-elle en les poussant dans la bonne direction au moment où Arthélius la rattrapa. Ne restez pas dans le coin, ça sent le roussi !

Le démon, qui n'avait pas l'air de se fatiguer, relança une attaque de flamme. D'ailleurs, l'elfe se demandait pourquoi cette enflure ne la visait pas directement et œuvrait en faveur de son plan. Il n'était pourtant pas stupide ! Remarque, avec ses tempêtes de feu, il ne distinguait pas les hommes luttant contre la tyrannie des créatures de l'ombre… D'où la nécessité de l'amener dans un endroit où seuls les orcs étaient groupés, même si cela devait signifier pour elle de plonger littéralement dans un bain d'épées noires. Dès qu'elle fut sur la rampe menant à la Grande Porte, elle s'élança dans le vide pour atterrir brutalement sur ses ennemis. Ceux-ci s'excitèrent et se bousculèrent, se disputant comme des abrutis et laissant ainsi l'occasion à la jeune femme de se glisser en contre-bas de la rampe avant que ceux qui lui avaient servie de matelas soient transformés en brochettes.

- Et c'est moi que tu traites de lâche ? rugit le pyromane en envoyant une gigantesque vague de feu qui déferla tel un tsunami. Cesse de te terrer sorcière !

- Il est pire que Smaug ! grommela Aliania avant de poursuivre son objectif. Wow, trop cool ton truc, refais le pour voir ! Je n'ai pas bien vu… le nargua-t-elle tout en priant pour qu'il ne finisse pas par l'atteindre.

Au même instant, de nouveaux sons de cors se firent entendre dans le lointain. L'armée de Saroumane se mit à grogner en se détournant de Fort-le-Cor. En haut d'une crête apparut une forme blanchâtre lumineuse qui fut suivie d'une multitude de cavaliers. Les ennemis reçurent l'ordre de se regrouper et de faire face aux nouveaux arrivants. Ils s'empressèrent d'obéir, créant ainsi un important mouvement de foule qui servit à la combattante épuisée. Elle courut en direction des renforts qui descendaient désormais la pente en poussant des cris de guerre. Arthélius ne la lâcha point. Il parvint à la rattraper et la jeta au sol, s'accroupit à califourchon sur elle en appuyant fortement sur son épaule afin de s'assurer de garder une place dominante. Aliania ne put s'empêcher de hurler de souffrance, sans parler de l'angoisse que sa position physique générait en elle.

- T'es vraiment une enflure ! articula-t-elle en hoquetant. Qu'est-ce que tu espères ? La récupérer ? se mit-elle à rire à bout de nerfs. Comme si elle pouvait oublier ce que tu lui as fait, ce que tu nous as fait à toutes !

- Ferme-la sorcière ! fulmina-t-il. Pour la dernière fois, dis-moi où elle est !

- Je croyais que je devais me la fermer... le railla-t-elle en se remettant à rire nerveusement. Faut savoir ce que tu veux !

Tout son corps criait grâce. Elle se sentait partir et luttait pour ne pas sombrer dans une confortable inconscience. Face à ses paroles suicidaires, le démon sortit vivement un athamé et le plaça sous sa gorge en lui susurrant vicieusement :

- C'est fini Aliania, il est grand temps que je t'achève, chose que j'aurais dû faire il y a cela bien longtemps. Ça n'aurait jamais pu fonctionner cette fausse tolérance, ajouta-t-il en lui effleurant la tempe pour lui retirer une mèche de cheveux.

- Ôte tes sales pattes de là, grinça-t-elle nauséeuse.

- Avec plaisir ! cracha-t-il en levant rapidement sa lame avant de la rabaisser d'un coup sec.

Dans un ultime effort, l'elfe leva son bouclier magique pour ce qu'elle pensa être la dernière fois. Elle ferma les yeux, concentrant toutes ses pensées sur le maintien de la bulle argentée. Les secondes s'écoulèrent interminablement et elle sentit le champ se rétrécir. Elle pouvait sentir le souffle rauque d'Arthélius au-dessus d'elle, sa lame à quelques centimètres de son cœur. Au moment où elle crut renoncer, elle eut la sensation qu'une forme translucide la traversa pour se jeter sur le compagnon d'Aliana qui fut projeté en arrière. Juste avant de fermer les yeux, il lui sembla entrapercevoir une autre forme étincelante. Était-ce le lever du soleil ? Probablement pas. Ce fut là ses dernières réflexions avant d'être engloutie par les ténèbres.

Les yeux fixés sur une sphère transparente embrumée, Ana se retenait de ne pas soupirer. En face d'elle se trouvait le Professeur de Divination qui l'encourageait à lui décrire ce qu'elle voyait. Ne recevant pas de réponse, elle insista en élevant légèrement sa voix voilée. Blasée, l'elfe finit par desserrer des dents :

- À vous de me le dire ; après tout, c'est vous la voyante. Rendons aux Valar ce qui leur appartient, lâcha-t-elle agacée sans réfléchir une seule seconde à adapter l'expression.

- Nous avons fini, se désola-t-elle avant de l'expédier chercher le dernier candidat, à savoir son petit protégé.

- Harry, c'est à toi, bon courage ! l'avertit-elle en sautant lestement depuis l'ouverture de la trappe.

- Tu m'attends ? demanda-t-il anxieusement.

- Oui, je pense même tendre l'oreille pour voir quel mensonge tu vas trouver à lui dire cette fois-ci, rigola Ana en s'étirant tel un chat. Attention, elle a mis la dose en encens et bougies parfumées... rajouta-t-elle en étouffant un bâillement.

Au bout d'un moment, elle entendit le jeune Gryffondor déclarer au Professeur qu'il percevait la forme floue d'un hippogriffe et que, malgré les propositions glauques de cette dernière, l'animal avait toujours sa tête. La fille adoptive d'Elrond rigola discrètement : cette enseignante ne savait que prédire d'affreuses choses. Comme son protégé continua à soutenir que Buck allait s'en sortir, Sybille Trelawney décida de stopper l'examen de la boule de cristal. Alors que Harry allait ouvrir la trappe pour rejoindre son amie, le Professeur se mit à parler d'une voix inhabituellement rauque, les yeux dans le vague, comme si elle était en transe :

- Ça se passera ce soir ! Le Seigneur des Ténèbres est là, solitaire, abandonné de ses amis. Pendant douze ans, son serviteur a été enchaîné. Ce soir, avant minuit, le serviteur brisera ses chaînes et ira rejoindre son maître. Avec l'aide de son serviteur, le Seigneur des Ténèbres surgira à nouveau, plus puissant et plus terrible que jamais. Ce soir... avant minuit... le serviteur... ira... rejoindre... son maître..., finit-elle avant de reprendre sa voix normale. Oh mon garçon, vous êtes là ? J'ai dû m'assoupir quelques instants... Vous désiriez quelque chose ? s'enquit-elle devant son air choqué.

Le Survivant s'empressa de rejoindre l'elfe qui n'avait pas perdu un mot de ce qu'il venait de se produire. Aussitôt, elle interrogea son protégé qui fut incapable de fournir la moindre réponse, trop ébahi pour réagir. Il voulait en parler à Ron et Hermione. Le jeune homme s'interrogeait sur la véracité des propos tenus par la voyante. Avait-elle fait une véritable prédiction ou s'agissait-il encore d'une énième plaisanterie de mauvais goût ? Ana ne savait pas quoi en penser non plus. Jusqu'à présent, il était clair pour elle que cette femme n'était qu'une mystificatrice dénuée de sens moral. Mais après l'avoir entendue prendre ce ton presque surnaturel, l'elfe sentit le doute envahir son cœur. Elle allait devoir avoir une nouvelle discussion avec Dumbledore... Les deux Gryffondor arrivèrent dans la Salle Commune et, avant même d'avoir pu prononcer un seul mot, furent abordés par le reste du Trio d'Or qui leur apprit avec tristesse que Hagrid venait de perdre en appel. Celui-ci ne souhaitait pas recevoir de visite ce soir vu que Buck serait exécuté aux dernières lueurs du jour. Harry déplora alors l'abandon forcé de sa cape d'invisibilité car sans elle, il lui était difficile de se rendre secrètement dehors en pleine nuit. Au plus grand étonnement de tous, Hermione lui demanda de lui indiquer l'endroit où il l'avait laissée puis partit à l'aide de grandes enjambées en direction de la statue de la Sorcière Borgne. Quinze minutes plus tard, elle revint vers eux avec la cape dissimilée sous son pull.

Ana avait pris congé afin de se rendre dans le bureau directorial, décidée à faire parler son occupant de son don à employer d'étranges personnes. Entre Quirell, Lockhart et Trelawney, cela commençait à faire beaucoup ! Et encore, l'elfe ne prenait pas en considération les enseignants dénués de tout sens de la pédagogie ! Une fois que la statue protégeant l'escalier en colimaçon s'écarta, Ana frappa discrètement à la porte. Il savait déjà qu'elle venait lui rendre visite sinon le phénix n'aurait pas bougé d'une plume. Le vieil homme l'invita à entrer et à s'asseoir dans un confortable fauteuil en chintz. Après avoir échangé quelques banalités, la jeune femme se lança et l'interrogea sur les véritables pouvoirs de la voyante.

- Pourquoi me le demander ? l'interrogea-t-il avec son autre don constituant à répondre à une question en la remplaçant par une autre.

- Je ne peux m'empêcher de m'interroger sur la pertinence de ses cours et des contenus apportés aux élèves, formula-t-elle clairement de sa voix douce.

- Rares sont les étudiants qui parviennent à déceler les signes du destin dans les lignes de la main ou encore dans les feuilles de thé, ricana-t-il amusé.

- Et la boule de cristal, on en parle ou pas ? rajouta l'elfe qui ne put retenir un sourire distrait. Reprenons notre sérieux, poursuivit-elle en réadoptant une expression neutre. A-t-elle déjà prophétisé un véritable évènement ? Il me parait évident que je ne parle pas des prédictions météorologiques...

- J'ai employé ce Professeur il y a plus de dix ans, éluda-t-il poliment, et je n'ai pas reçu de plainte justifiant une remise en question de ce choix.

- Alors considérez ma venue comme une première contestation officielle, réagit-elle spontanément avant de se maudire d'acter avec la vivacité outrancière de Soledad.

- Voilà qui a le mérite d'être franc Miss, releva-t-il toujours avec son sourire bienveillant. Ce n'est pas parce que vous n'êtes pas persuadée de la véracité des dons de clairvoyance que ceux-ci n'existent pas.

- Je sais que la clairvoyance existe ! protesta-t-elle. Néanmoins, j'ai connu des prophètes bien plus efficaces. Et d'ailleurs, ceux-ci n'enseignent pas leur Art puisque leur capacité ne peut se développer chez autrui, même si l'élève se concentre intensément sur cette perspective. Ce don ne se transmet pas par le savoir mais par la filiation, expliqua l'elfe sûre d'elle.

- Alors soyez rassurée, la grand-mère du Professeur Trelawney était une voyante réputée ! déclara-t-il avant de se fourrer un bonbon au citron dans la bouche.

- Et bien... soupira la jeune femme exaspérée, cela a dû sauter deux générations !

- Ne soyez pas mauvaise dans vos propos, l'avertit sereinement le Directeur.

- L'avez-vous déjà vu prédire quelque chose ? répéta Ana derechef. Comment se conduit-elle dans ses cas-là ? Est-elle dans un état de transe ?

- Comment le savez-vous ? s'intéressa le vieil homme.

- C'est une véritable prédiction lorsqu'elle adopte soi-disant inconsciemment une voix rauque et qu'elle prétend ne plus s'en souvenir une fois la crise passée ?

- Qu'a-t-elle déclaré ? s'enquit sérieusement Albus Dumbledore en se redressant sur son siège.

- Le retour du Seign… commença-t-elle à dire avant de se stopper, interrompue par trois coups frappés contre la porte. Vous attendiez quelqu'un ? sourcilla-t-elle.

- Il s'agit très probablement de Cornélius Fudge et de son exécuteur pour le pauvre Buck, déclara-t-il en se levant pour accueillir les nouveaux arrivants.

Effectivement, le Directeur ne s'était pas trompé. Le Ministre de la Magie apparut sur le seuil coiffé de son éternel chapeau melon suivi d'un homme baraqué à l'allure antipathique. Immédiatement, Ana sentit de l'aversion envers ce dernier qui la toisa d'un regard glacial. La hache qu'il tenait dans sa main ne jouait pas dans sa faveur non plus.

- Il va être l'heure Albus, soupira le chef d'État d'un air ennuyé. McNair va devoir procéder à l'exécution dans les prochaines minutes.

- Quelle cruauté ! s'insurgea l'elfe outrée.

- Qui êtes-vous ? s'enquit le bourreau impassiblement.

- Quelqu'un qui pense que vous allez faire une énorme erreur, répliqua-t-elle en lui rendant son regard méprisant.

- Anabellissë, je vous suggère de reporter notre entrevue après l'heure du dîner, coupa le vieil homme d'une voix mesurée.

- Si ce que j'étais sur le point de vous dire s'avère vrai, alors nous ne pouvons pas attendre ce soir, insista la jeune femme.

- Je dois malheureusement régler une autre malheureuse affaire…

- Malheureuse affaire ? Un crime ignoble vous voulez dire ! Sur ce, je ne vous salue pas Messieurs ! les planta-t-elle sur place sans réclamer son reste.

Elle dévala les marches en colimaçon et s'empressa d'aller rejoindre la cabane du garde-chasse avant que la commission ne s'y rende. L'elfe était bien décidée à libérer Buck de ses chaînes, sa condamnation étant totalement injuste. L'hippogriffe était attaché dans le potager au milieu d'immenses courges. L'air malheureux, il dévisagea la jeune femme avec curiosité. Prise de pitié, elle s'inclina afin de lui montrer son respect et, une fois qu'il l'eut autorisée à s'approcher, commença à détacher sa corde. À cet instant, elle entendit un bruit de verre brisé et vit Hermione apparaitre par la fenêtre suivi d'Harry qui se massait la tête.

- Attention, les voilà qui arrivent ! s'exclama la Gryffondor en regardant dans le lointain. Ana ! l'interpella-t-elle en l'apercevant. Qu'est-ce que tu fais ?

- Je libère Buck ! souffla-t-elle en accélérant le rythme, consciente qu'elle serait visible pour les exécuteurs dans quelques secondes.

- Ne fais pas ça, ils accuseront tout de suite Hagrid ! l'avertit-elle l'air peiné.

- On ne peut pas les laisser tuer un innocent, s'offusqua Ana.

- Dépêchez-vous de partir tous les quatre, passez par derrière ! leur ordonna le demi-géant qui apparut à son tour dans l'encadrement. Rattache-le et sauve-toi ! rajouta-t-il à l'attention de la jeune femme qui obéit à regret.

Écœurés, les quatre Rouge et Or s'enfuirent le plus rapidement et discrètement possible en esquivant le petit cortège qui ne tarda pas à arriver à destination. En haut de la colline, le groupe d'élèves s'arrêta pour reprendre son souffle et fixa la cabane avec appréhension. Intérieurement, Ana se fit la remarque que Ron tenait entre ses doigts son rat Croûtard – en triste état et très agité certes – mais miraculeusement vivant. Alors qu'Hermione se blottit contre le rouquin à la vue de la hache qui s'abattit brusquement vers le sol, Ana sentit une rage sourde gronder en elle. La colère et la haine n'étaient pas des sentiments coutumiers dans le cœur de la jeune elfe mais ceux-ci s'étaient accrus depuis son arrivée à Poudlard. En réalité, c'était même plus récent que cela puisque que cette exacerbation était apparue au retour de Soledad. Mais pour l'heure, elle fut arrachée de ses pensées par un cri de douleur émis par Ron qui se tenait un doigt ensanglanté et criait à son rat de revenir. Ils en mirent à le poursuivre en courant jusqu'au Saule Cogneur où ils perdirent sa trace. Toutefois, leur attention fut bien vite accaparée par une forme bien plus préoccupante. À une dizaine de mètres se tenait un énorme chien noir au poil hirsute qui montrait ses crocs pointus. Ron eut juste le temps de crier à ses amis qu'il s'agissait du Sinistros avant de le voir s'élancer violemment sur lui. Le funeste présage personnifié l'entraîna par la jambe en direction du Saule Cogneur qui se mit à s'agiter, empêchant ainsi toute tentative pour lui porter assistance.

- AU SECOURS ! s'époumona-t-il avant de disparaitre dans un sinistre craquement dans l'entremêlement des racines de l'arbre déchaîné.

À ce moment-là, les jeunes adolescents stupéfaits furent bien loin d'imaginer ce qu'il allait se passer durant les prochaines heures serait décisif pour l'avenir de l'un d'entre eux…


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