Bonjour à tous !
Voila enfin la suite ! Je crois que ça fait depuis janvier que je n'ai rien posté et j'en suis désolée...
Merci à tous mes lecteurs pour vos lectures et reviews.
A bientôt !
PS : ayant du réinserer un par un les tirets des dialogues qui ont mystérieusement disparu de la mise en page, j'espère que vous apprécierez ce chapitre ! ;)
Chapitre 27 – Au-delà des apparences.
Le Gouffre de Helm respirait la désolation et la ruine. Des flammes continuaient à danser malgré la cessation des hostilités mais les cris s'étaient progressivement tus. Les soldats blessés avaient été réunis dans ce qu'il restait des premières salles de la forteresse tandis que les carcasses d'Orcs avaient été empilées à la lisière de la forêt. Avec courage, les personnes valides poursuivaient l'immense tâche de déblayage dans l'espoir de retrouver de pauvres malheureux sous les décombres. Aragorn se tenait au chevet d'Aliania, toujours inconsciente. Gandalf l'avait retrouvée au cœur du champ de bataille en fâcheuse posture, coincée sous la menace d'Arthélius. L'Istar s'était apprêté à intervenir mais l'ennemi avait été projeté dans les airs sans raison apparente au moment où le maigre bouclier de protection de la jeune femme s'était évaporé. En le voyant, le compagnon d'Aliana avait hurlé de rage puis s'était volatilisé en jurant vengeance. Le rôdeur avait déployé ses capacités de guérison du mieux qu'il avait pu. Il avait remboité son épaule avant de poser une attelle de fortune à son avant-bras fracturé, nettoyé ses brûlures et pansé ses plaies. Actuellement, il ne pouvait pas faire mieux et devait aller aider les autres combattants. Aussi il la confia à l'étroite surveillance du fils de Thranduil qui accepta immédiatement. Lenya, qui avait reçu un méchant coup de lame entre les deux omoplates, s'assit près de sa cousine en grimaçant. Bien qu'Aragorn lui ait recousu cette déchirure, du sang continuait à suinter de celle-ci. La fille de la Reine Léïa ne se rappelait pas avoir connu de blessure aussi large et douloureuse jusqu'à ce jour. Mais peu importe : son état n'était rien comparé à celui de la sorcière. Ses réserves magiques devaient être au plus bas, ce qui ne favorisait pas la convalescence. Même si les contusions semblaient à première vue importantes, elles ne s'avéraient pas si graves pour la Protectrice. Elle avait survécu à bien pire. La difficulté provenait de son épuisement magique car durant la bataille, elle n'avait visiblement pas su économiser ses forces. Ses attaques massives avaient grandement avantagé les Rohirrim. Mais la visite surprise d'Arthélius avait probablement changé la donne de son plan. Le fait est que si Gandalf n'était pas arrivé, il y aurait eu un cercueil de plus dans le caveau familial… À cette sombre pensée, Lenya frissonna. Elle n'était absolument pas prête à perdre un autre de ses proches. Discrètement, elle contempla l'Elfe blond caresser tendrement les cheveux emmêlés d'Aliania. Le Prince lui soufflait de douces paroles en elfique qui firent sourire la cousine.
- Vous tenez toujours à elle, constata-t-elle simplement à voix haute.
- Comment pourrait-il en être autrement ? soupira Legolas songeur. Comment pourrais-je même désirer l'oublier ? Elle est tellement particulière, si extraordinaire !
- Il est vrai qu'il parait difficile d'effacer de sa mémoire une rencontre avec une telle personnalité, souligna-t-elle en esquivant un sourire amusé.
- Quel dommage que nos sentiments ne soient plus réciproques ! déplora-t-il fatigué. Peu importe les actes et les paroles passés, je ne souhaite pas la perdre… Mais comment rester près d'elle alors qu'elle me rejette sans cesse ?
- Ne renoncez pas à votre amour pour elle. Sombres sont les jours actuels mais l'avenir n'est pas encore déterminé. C'est le trépas d'Alana qui a entraîné la déchéance d'Aliania. Auparavant, votre union ne souffrait d'aucune ombre ! Laissez-lui le temps d'accepter cette douloureuse perte… souffla-t-elle dans un murmure quasiment inaudible.
- J'essaie de lui donner du temps mais comment ne pas réagir lorsque je la vois se détruire ? Comment patienter alors que je me rends bien compte que nos jours nous sont comptés ? La guerre est là et apporte son lot de morts chaque jour ! Elle se retrouve systématiquement aux premières lignes du combat et finira par échouer ! Alana nous a prouvés que les Protectrices, aussi puissantes soient-elles, ne sont pas infaillibles ! se confia-t-il d'une voix éraillée par l'émotion.
- Je sais… murmura la fille de Léïa pour l'apaiser. La même peur compresse mon cœur chaque jour. Toutes les femmes de ma famille – peu importe que je ne sois pas affiliée par le sang aux Elfes royaux d'Imladris – risquent leurs vies en permanence. J'ai cessé de compter le nombre de fois où l'alarme s'est déclenchée, appelant ainsi à la rescousse ma mère, ma tante et mes cousines. Je ne prête plus attention à la quantité de sang que j'ai dû éponger aux volumes de bandages que j'ai dû enrouler autour de leurs membres meurtris. Car tout ceci est notre réalité : c'est le prix à payer lorsque l'on appartient à l'entourage des lignées des Protectrices. Et je remercie les Valar quotidiennement de les protéger malgré les interminables épreuves qu'ils leur envoient, avoua-t-elle les yeux dans le vide.
- Les Valar n'ont rien à voir avec notre survie, grogna l'intéressée qui avait saisi la fin de la tirade de sa cousine.
- Par tous les Valar, tu es réveillée ! s'exclama Lenya heureuse. Comment tu te sens-tu ?
- En vie, rétorqua-t-elle derechef avant de tenter de se redresser. Et je viens de te dire que les Valar ne servent à rien alors pas la peine de les louer... poursuivit-elle en se laissant mollement retombée sur le matelas de fortune.
La sorcière soupira profondément en fermant les yeux. Immédiatement, elle revit défiler les événements marquants de la bataille et grimaça. Bien que Saroumane soit tombé, elle n'était pas satisfaite de cette nuit-là. Lendiwëll s'était sacrifié pour elle et Arthélius avait remporté le premier combat. D'ailleurs, pourquoi s'en était-elle sortie face à lui ? Il avait l'avantage et s'apprêtait à la poignarder juste avant que l'inconscience ne la surprenne. Quoique... Pourquoi se souvenait-elle vaguement d'une sensation étrange ? D'une force nouvelle inexplicable ? D'une forme blanche s'approchant d'elle ? Beaucoup de questions se bousculèrent dans l'esprit de la jeune femme. Mais les réponses ne vinrent pas. S'armant de courage, elle se redressa sous les protestations de ses deux veilleurs.
- Vous ne croyiez quand même pas que je vais rester allongée alors qu'il y a moult choses à faire ? les apostropha-t-elle. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Comment a-t-on remporté la victoire ?
- Gandalf nous a apporté un précieux secours en rassemblant des cavaliers d'Éomer. Ils se sont déversés telle une gigantesque vague sur les Orcs. Quelle chance que le Magicien Blanc t'ait repérée lors de leur charge ! Un peu plus et tu aurais fini sous leurs sabots déchaînés...
- Ce n'est pas aux sabots des chevaux mais à l'athamé d'Arthélius que j'ai échappé de justesse, maugréa-t-elle en tâtant son cou où une balafre se démarquait. Bref ! lâcha la sorcière qui se mit sur ses pieds, vacillante.
- Où vas-tu ? l'interrogea sa cousine, prête à la rattraper.
- Je dois retrouver quelqu'un... déclara-t-elle le regard dans le vague.
- Qui veux-tu voir ? intervint Legolas curieux.
- Lendiwëll... murmura-t-elle en repoussant sa peine qui ne demandait qu'à sortir. Il est tombé au premier niveau, je dois le retrouver...
- Nous le savons, déclara-t-il doucement. Son corps repose dans l'une des pièces réservée aux Seigneurs. Aliania, hésita-t-il un instant en cherchant ses mots, je dois également te faire part d'autre chose...
- Qui est mort ? demanda-t-elle immédiatement d'une voix sourde, consciente qu'il ne pouvait s'agir que d'une annonce de ce registre.
- Haldir...
Elle leur tourna le dos, incapable de leur faire face. Son cœur tambourinait furieusement dans sa poitrine comme s'il souhaitait en sortir. Désirant cacher son émoi, elle baissa les yeuxet fit mine de resserrer un bandage de ses doigts valides. Legolas s'approcha d'elle et posa une main réconfortante dans son dos. Il la sentit frissonner sous son contact auquel elle se dégagea promptement. La sorcière ordonna à sa cousine de les laisser seuls.
- Écoute Legolas, je préfère te le dire maintenant avant que tu ne te fasses de faux espoirs, l'avertit-elle en se retournant vers lui. Ce qu'il s'est passé la nuit dernière ne se reproduira plus. Cela n'aurait même jamais dû arriver.
- Pourquoi refuses-tu d'être heureuse ? Ne le nie pas : nous étions heureux ensemble, lui souffla-t-il dans l'oreille.
- C'est vrai, reconnut-elle en reculant légèrement, mais c'est un passé révolu. Je ne suis plus capable de t'offrir ce que tu désires. Oublie-moi...
- Tu as emprisonné mon cœur depuis le premier jour Aliania, quand bien même tu lui rends sa liberté, il préfère rester à tes côtés, insista le Prince en plongeant son regard azuré dans le sien.
- Je suis désolée, murmura la jeune femme en déposant un subtil baiser sur sa joue avant de s'enfuir, laissant ainsi son ancien amant le cœur battant douloureusement dans son thorax.
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Anabellissë fut la première à s'arracher de leur état de choc. Secouant Harry et Hermione, elle leur ordonna de bouger. Ils devaient aller chercher Ron avant qu'il ne se fasse dévorer par le Sinitros ! Malheureusement, le Saule Cogneur remplissait bien ses fonctions et s'agitait dans tous les sens, menaçant de les assommer à chaque tentative d'approche.
- IMMOBILIS ! s'égosilla l'Elfe en pointant sa baguette sur la masse végétale.
- Ça ne marchera pas, il faut… commença la jeune Gryffondor avant de se taire stupéfaite.
À son plus grand étonnement, le sortilège fit bel et bien effet : les branches s'immobilisèrent comme figées, les feuilles frémissantes comme si elles luttaient contre la magie. L'Elfe s'empressa de se glisser dans le trou avant que le sort ne se rompe. Les adolescents se hâtèrent de suivre son exemple. Ils la rejoignirent dans un sombre tunnel qui suintait l'odeur du renfermé. Ana n'était pas sereine : devait-elle accepter que les jeunes la suivent ou bien devait-elle les envoyer quérir du secours ? Le temps risquait de jouer contre eux. S'ils l'accompagnaient, que pouvaient-ils craindre ? Devait-elle occulter de son esprit la prophétie de Trelawney ? L'étrange apparition de cette fin de journée avait-elle un quelconque rapport avec le soi-disant retour du plus fidèle serviteur de Voldemort ? Et elle, bien qu'elle soit adulte, serait-elle apte à gérer seule la situation ? Après tout, elle doutait de ses capacités, en particulier dans ce monde dirigé par la magie. Au dehors, ils entendirent les branches du Saule se mouvoir à nouveau avec férocité. Voilà qui avait l'art de régler la question : les deux élèves ne pourraient pas ressortir sans risque de ce passage. Celui-ci existait bien sur la carte du Maraudeur mais n'aboutissait a priori nulle part. Au fur et à mesure qu'ils avancèrent courbés dans l'étroit couloir, ils présumèrent tous se diriger vers Pré-au-Lard.
Leurs soupçons se confirmèrent rapidement lorsqu'ils débouchèrent dans une vieille maison à l'allure miteuse : des débris de vieux meubles ainsi que d'objets variés jonchaient le sol, recouverts par une épaisse couche de poussière. Bien qu'il fasse jour au dehors, la pièce était sombre car la lumière filtrait difficilement entre les interstices de solides planches de bois clouées aux fenêtres. Terrorisée, Hermione leur souffla alors qu'ils se trouvaient probablement dans la Cabane Hurlante. Harry, perspicace, fit remarquer que la maison ne devait pas être hantée par des fantômes car ces êtres immatériels ne pouvaient faire de dégâts de cette ampleur. Ana pensa intérieurement que les spectres n'étaient pas les seules créatures à pouvoir hanter une telle demeure. Malgré tout, elle garda cette réflexion pour elle ; il n'était pas nécessaire de les faire paniquer davantage, d'autant plus qu'un inquiétant craquement venait de produire à l'étage. Retenant leurs souffles, le trio dénicha un escalier et commença son ascension d'un pas aussi léger que possible. Ana, qui se trouvait en tête, éteignit sa baguette lorsqu'elle débarqua sur le palier. À l'extrémité du couloir, une porte était entrouverte. Ils s'en approchèrent avec précaution, à l'affût d'un moindre signe. Un pitoyable gémissement leur parvint. Oubliant tout le reste, les deux jeunes se précipitèrent dans la pièce. Ron était assis à même le sol en se tenant la jambe, le visage crispé par la douleur. Effrayé, il regarda par-dessus eux en bégayant qu'il s'agissait d'un piège, que le chien était en réalité lui, un Animagus. Effectivement, tous deux se retournèrent vivement pour faire face à celui qui faisait régner la terreur parmi les sorciers : Sirius Black, le teint blafard et émacié, se tenait debout avec un large sourire démentiel. Celui-ci les désarma rapidement grâce à la baguette qu'il avait soutirée au rouquin et remercia Harry de ne pas avoir alerté un professeur. La rage au ventre, le garçon fit mine de s'élancer sur lui mais fut retenu par Hermione. Ron se releva péniblement pour lui prêter main forte et hurla au fugitif que s'il voulait tuer Harry, il faudrait d'abord les tuer tous les deux. Là-dessus, l'évadé répliqua doucement qu'il n'y aura qu'un seul meurtre ce soir.
- Oui, le vôtre, intervint Ana qui sortit de sa cachette en écrasant sa baguette entre les deux omoplates du meurtrier. Lâchez votre baguette immédiatement ou je vous tue sur le champ, exigea-t-elle d'une voix qu'elle espérait assurée.
- Jeune fille, ne fais pas de bêtise, tu risquerais de le regretter, tenta-t-il fébrilement.
- Je ne vous laisserai jamais toucher à un seul cheveu de ces enfants, gronda-t-elle. Harry, Hermione, prenez Ron et allez chercher Dumbledore !
- Non ! s'écria le Survivant d'une voix éraillée. Il a tué mes parents… JE VAIS LE TUER ! s'époumona-t-il en se ruant stupidement sur lui.
Décontenancé par son acte irréfléchi, Sirius Black bascula sur le sol, poussant ainsi l'Elfe qui perdit l'équilibre et chut malencontreusement sur le sol cendreux. Le jeune garçon, aveuglé par une haine viscérale, rua de coups l'homme qui l'avait indirectement rendu orphelin. Rapidement, l'ancien prisonnier reprit le dessus et enserra de ses mains le fragile cou de son assaillant qui se mit à suffoquer. Hermione réagit en l'assénant d'un coup de pied dans les côtes tandis qu'Ana le poussa à l'opposé de sa victime. Ron réussit à s'agripper aux baguettes et à les faire rouler sur le sol. Harry s'empara de sa baguette et immobilisa l'homme à terre. Lorsque Black lui demanda en ricanant s'il comptait le tuer, Ana vit bien la tentation s'insinuer sournoisement en lui. Aussi elle obligea son protégé à reculer et prit sa place. Il était hors de question qu'il devienne à son tour un assassin ! Ils allaient livrer le triste individu aux autorités compétentes et justice sera rendue.
- Tu devrais écouter toute l'histoire Harry, murmura soudain Black avec beaucoup moins d'assurance.
- Je sais déjà toute l'histoire, vous avez trahi mes parents. Voldemort les a trouvés à cause de vous ! rugit-il en se rapprochant.
- Harry, reste derrière moi et ne l'écoute pas ! lui ordonna l'Elfe les yeux rivés sur l'homme à terre.
- Voyez-vous cela : Black ! intervint une voix sarcastique familière.
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Assis en haut d'une meurtrière, Legolas se sentait un peu perdu dans ses sentiments. Il contemplait pensivement un collier dans sa paume de main. Celui-ci se composait d'un petit cœur finement taillé dans un grenat encerclé par une étoile en diamant. Symbole fort de l'amour qu'il portait à la fille d'Elrond, ce pendentif le rendait mélancolique. Il ne se souvenait que trop bien du funeste jour où il l'avait récupéré, tout comme se remémorait parfaitement du merveilleux jour où il lui en avait fait don et des explications qu'il lui avait fournies.
Flash-back :
Aliania s'entraînait avec Alana dans l'un des jardins fleuris d'Imladris. Anàrion venait de prendre congé de ses deux amies. La jeune femme semblait heureuse depuis qu'elle s'était enfuie de la Cité d'Argent pour retrouver ses sœurs. La voir sourire tout en exécutant de savants mouvements de combat rendait le fils de Thranduil perplexe. Comment une jeune fille pouvait-elle se sentir bien en se battant ? Cela restera probablement un mystère pour lui. Autant il avait pu comprendre que son enfermement à la Cité avait fait naitre en elle un profond sentiment d'injustice et de colère qu'elle avait dû extérioriser en s'entrainant physiquement comme un soldat. Autant il ne saisissait pas ce que la poussait maintenant à poursuivre cette attitude combative. Oh bien sûr, il avait eu l'occasion de constater que d'étranges créatures surnaturelles cherchaient régulièrement à lui nuire... Néanmoins, il ne comprenait pas qu'elle s'évertuait au corps à corps alors qu'elle pouvait se défendre avec ses pouvoirs magiques ! Après que Saroumane ait renoncé à son apprentissage, Gandalf avait pris la relève mais le jeune Prince n'était pas convaincu de l'efficacité de celui-ci. Aliania avait toujours été une élève difficile : étant obstinée et haïssant de surcroit l'autorité, elle avait fait désespérer nombre de ses précepteurs. A priori, Legolas avait été le seul capable d'obtenir sa coopération et cela, uniquement parce qu'il ne l'avait ni jugée, ni commandée. Au contraire, il l'avait aimé et continuait à le faire d'un amour sincère et inconditionnel. Mais jusqu'à présent, leur relation n'était restée que purement platonique : leurs différences d'âge et de statut ne leur permettaient pas de franchir cette limite. Qui plus est, la jeune fille était assez méfiante quant aux contacts physiques, ainsi s'étaient-ils contentés de partager des sourires complices et d'échanger des regards équivoques.
Soudain, l'une des jeunes combattantes s'arrêta et fit signe à son adversaire qu'elles n'étaient plus seules. Aliania se retourna et parut surprise de la venue de l'Elfe blond. Rangeant son épée dans son fourreau, elle s'excusa auprès d'Alana et alla à sa rencontre.
- Je ne m'attendais point à votre venue, déclara-t-elle en s'arrêtant juste devant lui. Quelle en est la raison ?
- Je voulais vous voir. La Cité est devenue bien calme depuis votre départ.
- Vous devriez vous en sentir soulagé ! plaisanta-t-elle.
- Mon oncle sans doute ! Mais il n'en va pas de même pour moi. Nos conversations me manquent ma Dame, dit-il en s'inclinant respectueusement.
- Juste nos conversations ? sourcilla-t-elle l'air innocent. Je croyais que l'un des principaux reproches que l'on me faisait était justement de ne pas savoir échanger normalement.
- Tout ne passe pas que par des mots, souffla-t-il en sortant un magnifique bijou d'une des poches de sa belle tunique verte brodée aux fils argentés.
Il lui passa délicatement la chaîne aux reflets lunaires autour de son cou tout en ancrant ses prunelles azurées dans les siennes. Retenant son souffle, la jeune fille n'esquiva pas un geste et attendit.
- Ce pendentif exprime toute l'affection que j'ai pour vous Dame Aliania. Le cœur est taillé dans une pierre de grenat, symbole de l'amour invariable qui résiste qui toutes les épreuves. Il est entouré d'une étoile parée de diamants qui représentent l'amour éternel, empêchant les ravages du temps de lui nuire. En vous offrant ce collier, j'espère vous assurer de mes sentiments les plus sincères à votre égard. Je vous aime Aliania, indéniablement et inexorablement.
- Je ne sais si je suis digne de vous, souffla l'Elfe envoûtée.
- Je n'aurais pu faire de meilleur choix...
- Je crois que vous ne savez pas vraiment dans quoi vous vous engagez... murmura-t-elle en fuyant son regard. J'attire le malheur.
- Ne dites pas de bêtises. Je n'ai jamais été aussi heureux depuis que je vous connais, la rassura-t-il en l'obligeant à le regarder à nouveau.
- Les gens autour de moi ont tendance à mourir prématurément... déclara-t-elle sérieusement. Je ne tiens pas à vous perdre de cette manière. Renoncer à vous serait plus sage pour votre sécurité.
- Ce n'est pas à vous mais à moi de veiller sur vous. N'inversez pas les rôles.
- Je suis une Protectrice, lui rappela-t-elle tristement. Mon destin est de combattre les Ténèbres et cela finira par me tuer, tôt ou tard. Le meilleur que j'ai à vous offrir est la vie et cela ne peut être possible que loin de moi...
- Je souhaite passer les prochains siècles à vos côtés, peu m'importe s'ils sont comptés du moment que nous les passions ensemble. Et puis, ce collier nous protégera des ténèbres… déclara-t-il en approchant lentement mais sûrement ses lèvres des siennes.
Le court espace qui les séparait s'effaça vite pour laisser place à un tendre baiser, d'abord hésitant, puis rempli de passion. Un des bras de l'homme entoura la taille gracile de la sorcière tandis que son autre main se posa sur le pendentif posé sur sa poitrine. La jeune fille mit sa paume sur celle de son amant et passa son bras droit autour de sa nuque. Une vague de puissantes émotions déferla sur le jeune couple qui dut cesser leur échange langoureux pour reprendre leur souffle. Le cœur du Prince battait la chamade tandis que celui de sa partenaire semblait s'arrêter. Dans quoi allait-elle entraîner l'homme qui lui avait fait reprendre goût à la vie ? En avait-elle le droit ? Était-elle capable d'entretenir une relation avec un homme, elle qui avait un sérieux problème avec la promiscuité masculine ? Ce baiser lui avait pourtant plu... Quel avenir pouvaient-ils avoir ?
Fin du flash-back.
Quelques heures plus tard, l'enveloppe charnelle du Commandant des guerriers de Lothlorien reposait sur un brancard de fortune, prêt à être transporté dans son pays natal, là où des ultimes adieux lui seraient rendus. Aliania avaient chargé les Elfes survivants de cette mission. Mais la jeune femme hésitait sur le devenir du corps de Lendiwëll : devait-il rejoindre lui aussi son royaume originel ou bien être honoré sur les lieux de son trépas ? D'après les dires de sa défunte sœur, il ne possédait aucune attache particulière dans la forêt d'or hormis son rôle de garde. Après maintes réflexions, elle opta pour un troisième choix qui lui parut bien meilleur que les deux premiers : Lendiwëll reposerait à jamais auprès d'Alana à Imladris. Si la mort ne les avait pas si prématurément séparés, ils se seraient mariés et auraient partagé le même caveau. L'Elfe s'était sacrifié pour sauver Aliania elle ne pouvait pas envisager de meilleur hommage pour lui. Aussi elle prépara personnellement une autre civière afin qu'une petite escorte, dirigée par Lenya, l'emmène à la dernière Maison Simple. Elle écrivit un rapide message à son père afin qu'il accède à sa requête et, après un ultime baiser sur le front de son sauveur, le glissa sous ses deux mains jointes sur son thorax. Elle espérait pouvoir être présente aux obsèques bien qu'elle redoutait de se retrouver face à la stèle de son double. Mais avant cela, elle devait clore son affaire avec Saroumane.
Gandalf rassembla une délégation pour se rendre en Isengard. Celle-ci se composait du Roi Théoden et de quelques-uns de ses soldats, d'Aragorn, de Legolas et Gimli ainsi que de la jeune sorcière. À la nuit tombée, ils franchirent les murs en ruine de la forteresse pour s'enfoncer avec appréhension dans la forêt de Fangorn. L'atmosphère leur semblait pesante. Les vieux arbres à l'aspect sinistre inquiétaient les cavaliers. Aliania se tenait rigidement sur le dos de Noctius : heureusement que cette partie de la forêt se trouvait éloignée du lieu de son agression sinon elle aurait probablement subi une nouvelle crise hallucinatoire. La douleur, vestige des précédents combats, l'aidait à se concentrer sur autre chose que ses vieux démons intérieurs. Soudain, le fils de Gloïn lâcha une de ses bougonneries habituelles :
- Pourquoi diable traverser cet horrible endroit ? Et quel intérêt de se rendre chez Saroumane ? Avons-nous nécessairement besoin de nous jeter dans la gueule du loup ? protesta-t-il de mauvaise humeur.
- Cessez donc de geindre Maître Nain et attendez pour voir ! répliqua le Magicien.
- Attendre pour voir quoi ? poursuivit-il derechef.
- Croyez-moi, intervint Aliania, vous n'allez pas être déçu du spectacle ! Nous n'aurons même pas à montrer patte blanche pour entrer sur les terres du traître, assura la jeune femme dans un sombre sourire.
- Est-ce que quelqu'un pourrait traduire ces deux-là parce que ce n'est toujours pas clair ! grogna Gimli.
- Attendez et vous verrez ! le rabrouèrent simultanément les deux détenteurs de pouvoirs magiques.
- Il n'y a pas de doute : j'ai bien là une élève fidèle à son mentor… marmonna-t-il malgré tout distinctement dans sa barbe.
- Ça fait longtemps que je l'ai dépassé, fit-elle remarquer goguenarde.
- Cela, je dois bien l'admettre… mais uniquement sur certains points ! compléta Gandalf. Pour d'autres, la route de l'apprentissage est encore longue et semée d'embûches.
- Ah oui ? Lesquels par exemple ? sourcilla la jeune femme, prête à répliquer.
- Un Magicien doit rester maître de ses émotions en toute circonstance, commença-t-il l'air de rien.
- Étant donné les circonstances, je trouve que je ne me débrouille pas trop mal, rétorqua Aliania offusquée. Au passage, je vous signale qu'au niveau de la maîtrise de la mauvaise humeur, vous êtes loin d'être optimal. Et puis de toute façon, je suis une sorcière et non un Istar, alors respecter leur code de conduite… Non merci ! railla-t-elle.
- Vous tenez toujours autant à avoir le dernier mot ?
- On se demande de qui je tiens, persiffla-t-elle en le regardant droit dans les yeux sous les sourires à peine dissimulés d'Aragorn et de Legolas.
- Ne soyez pas impertinente Aliania ! la réprimanda-t-il sévèrement.
- Désolée, je crains qu'il ne soit trop tard pour tenter de m'inculquer quelques règles de politesse… Il aurait fallu y penser avant ! lâcha-t-elle insolemment avant de prendre la tête de la file, désireuse de s'isoler.
- Ce n'est pas faute d'avoir essayé, déplora pathétiquement son ancien compagnon en elfique, déclenchant un fou rire incontrôlable chez le rôdeur.
Après quelques moments mêlés de rires et d'angoisses, ils sortirent enfin de l'abri des arbres. En contrebas du val, une tour sombre dominait un espace sphérique noyé par les eaux. Autrefois, de magnifiques jardins verdoyants s'étendaient à pied d'Orthanc. Désormais, la terre s'avérait être meurtrie, éventrée par des puits d'immondes créatures. De loin, ils virent des arbres se mouvoir sur le champ de ruine.
- Wow, les Ents ont littéralement nettoyé la vallée ! sourit Aliania d'un air satisfait. J'espère qu'ils ne se sont pas cassés trop de branches… Une telle agitation après un si long sommeil, cela ne doit pas être évident, souligna-t-elle narquoise.
- Ce n'est pas parce que vous ne les voyiez pas que ces gardiens de la Terre du Milieu n'agissent pas Aliania, dit Gandalf d'une voix grave.
- Ah bah j'aurais bien aimé qu'il agisse à l'époque, grommela-t-elle plus pour elle-même en repensant à son agression en ces lieux.
- De quelle époque parlez-vous ?
- Bon, avançons à leur rencontre où ils risquent de reprendre racine ! esquiva-t-elle en talonnant légèrement Noctius.
- J'ai toujours aimé son sens de la répartie, rigola le Prince de la Forêt Noire à l'adresse de son ami d'Imladris.
- Que de compliments pour elle ces derniers temps mon ami ! releva dans un souffle Aragorn le sourire aux lèvres.
- Que voulez-vous dire ? feignit innocemment l'Elfe.
- À vous de me le dire ! ricana-t-il en se remettant à suivre l'escorte.
- Parler par énigme est contagieux, je n'aime pas ça du tout… grogna le Nain qui n'avait strictement rien compris à leur échange.
Lorsqu'ils arrivèrent à l'entrée de l'sengard, ils furent accueillis par deux petites personnes auxquelles ils ne s'y attendaient pas : deux Hobbits se tenaient assis sur un mur ébréché, en train de se restaurer et de fumer. Gimli en tomba des nues et les gronda pour la belle course à pieds qu'Aragorn, Legolas et lui-même avait dû effectuer pour les retrouver. Tandis que les membres de la Communauté de l'Anneau rirent de bon cœur, soulagés de constater que les intrépides Semis-Hommes étaient vivants et en bonne santé, le Roi Théoden observait les ravages causés par les manigances du Magicien perverti. Sylvebarbe, le plus sage des Ents qui avait mené les siens à la révolte sur les encouragements de Merry et Pippin, vint leur souhaiter la bienvenue. Il les informa que bien que les lieux aient été lavés des immondices de Saroumane, celui-ci refusait de se rendre et se cachait en haut de sa tour. Gandalf invita donc les représentants de chaque peuple à l'accompagner rencontrer l'Istar déchu.
Ils furent reçus par Grima Langue de Serpent à qui ils sommèrent de requérir son Maître. L'ancien fidèle de Roi Théoden s'exécuta avec crainte. Une minute plus tard, la voix mystique de Saroumane parvint à leurs oreilles. Il tentait de les ensorceler avec d'apaisantes paroles, d'engourdir leurs sens et leur raison afin de les manipuler à sa guise. Son envoûtement échoua pitoyablement et aucun de ses interlocuteurs ne fut pris dans ses filets. Alors, Gandalf prit la parole et offrit au traître une ultime chance de se racheter de ses crimes en leur rapportant les plans de l'ennemi.
- Ne pensez pas que les choses ont changé, mon ami, cracha le vieil homme du haut de sa tour.
- Je ne voudrais pas dire mais je vous l'avais bien dis, fanfaronna Aliania en narguant ses anciens mentors. Comment ça va de là-haut Saroumane ? J'espère que la vue est agréable, poursuivit-elle ravie de constater la défaite publique d'un de ceux qui lui avaient pourrie l'existence. Remis de notre rencontre de l'autre jour ? Ce n'était pas très correct de votre part d'attaquer à distance les soldats de Théoden… Quelle preuve de couardise !
- Ceci sera ma dernière offre Aliania, susurra-t-il dans une ultime tentative, rejoignez moi et nous gouvernerons comme vous l'entendrez cette terre. Vous n'aurez plus à répondre de vos actes auprès de qui que…
- Notre combat vous aurait-il grillé la cervelle ? l'interrompit-elle écœurée. À quel moment n'ai-je pas été clair ? JE VOUS HAIS ! Vous avez sali cette terre ! Vous avez détruit notre lien et à cause de vous, le Monde est prêt à tomber ! C'est fini Saroumane : votre voyage s'achève ici ! cria-t-elle en projetant un poignard dans les airs, visant le cœur aigri et desséché de celui qui les avait trahis.
Gandalf leva précipitamment son bâton et détourna à la dernière seconde le projectile.
- Pourquoi vous avez fait ça ? s'indigna dans un cri la jeune guerrière, hors d'elle.
- Son bâton est brisé, il ne possède plus aucun pouvoir et ne représente plus aucune menace ! Vous n'avez pas à abattre un vieil homme sans défense Aliana, déclara froidement Gandalf en la fusillant du regard.
- On ne peut pas le laisser en vie, il faut qu'il crève ! suffoqua l'Elfe, exaspérée par les bons sentiments de l'Istar.
- Sa mort n'est plus une nécessité pour le Monde, uniquement un besoin de vengeance pour vous. Ce n'est pas tolérable, lui dit-il d'un ton ferme.
- Êtes-vous prêt à courir le risque ? fulmina la sorcière qui sentait la haine bouillir dans ses veines. Il ne va pas s'en sortir aussi facilement ! Il doit payer ses actes ignobles !
- Ne soyez pas si disposée au châtiment Aliania, cela ne servira à rien de lui ôter la vie si ce n'est de vous mettre en tort…
- C'est en le laissant respirer que je me mets en tort ! persiffla-t-elle, le poing serré sur la garde de son épée, prête à la dégainer.
- Votre sœur n'aurait pas voulu que vous deveniez une meurtrière, reprit le vieil homme sereinement. Penses-y.
Elle n'en croyait pas ses oreilles ! Comment osait-il tenir de pareils propos ? Il voulait tester jusqu'à où il pouvait la provoquer ? Un peu plus, et Radagast serait le dernier Istar vivant en Terre du Milieu ! La terre se mit à trembler, faisant onduler les eaux sombres dans de joyeux clapotements. Inspirant un grand coup, la sorcière s'exhorta au calme. Les soubresauts terrestres s'apaisèrent jusqu'à cesser totalement.
- N'ayez pas la prétention de savoir ce que ma sœur aurait voulu ou non Gandalf vous ne l'avez jamais vraiment connue, déclara-t-elle le regard noirci par l'animosité. Quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas que d'une histoire de vengeance. J'agis pour la sécurité de tous. Si jamais votre acolyte refait parler de lui d'une quelconque façon, je l'achèverais et vous en tiendrais personnellement pour responsable. Est-ce clair ?
Le Magicien ne lui répondit pas et se détourna d'elle. L'Elfe, malgré sa colère, fut satisfaite de voir les traits de Gandalf se fermer. Il ne devait probablement pas être si en paix que cela avec sa conscience. Était-ce le terme « acolyte » qui l'avait déstabilisé ? Son ancien mentor se sentait-il coupable de son aveuglement envers son congénère ? Après tout, personne sur cette terre ne pouvait prétendre connaitre Saroumane mieux que lui. Il n'y avait plus que trois Istari en Terre du Milieu, dont un complètement loufoque qui passait plus de temps à jouer les garde-forestier que les protecteurs. Radagast ne semblait plus guère s'intéresser à la lutte contre Sauron. D'ailleurs, la sorcière n'aurait même pas su où le trouver en cas de besoin et doutait que Gandalf soit plus informé qu'elle sur ce sujet.
Leur attention fut sollicitée par un bruit d'éclaboussure, suivi de près par un cri de rage puis de douleur : Saroumane venait de frapper violemment son serviteur du bout de son bâton brisé. Assommé, celui-ci vacilla et dégringola rapidement du sommet pour atterrir dans l'eau, le corps transpercé par un énorme pieu en bois. Malgré sa trahison, le Roi Théoden regretta d'avoir assisté à une telle scène. Autrefois, Grima avait été un homme du Rohan le voir finir ainsi l'attristait. Saroumane, profitant de la diversion, retourna s'enfermer dans sa tour. Alors que plusieurs d'entre eux se demandaient ce que le Conseiller avait jeté pour attiser ainsi la colère de l'Istar déchu, Pippin sauta du cheval. Son œil avait été attiré par un étrange reflet dans l'eau au pied de la tour. Ignorant l'appel interrogatif d'Aragorn, il recueillit entre ses mains mouillées une pierre noirâtre et sphérique d'une vingtaine de centimètres de diamètre. Comme hypnotisé par elle, le jeune Hobbit la contempla intensément jusqu'à ce que Gandalf lui somme d'une voix forte et autoritaire de la lui donner. Celui-ci allait obéir à contrecœur lorsque Aliania s'interposa entre eux et lui arracha l'objet avec vivacité.
- Aliania, que faites-vous ? sourcilla le Magicien méfiant. Hâtez-vous de me le donner ! exigea-t-il en tendant la main.
- Certainement pas ! refusa-t-elle catégoriquement. Il ne vous appartient pas !
- Pas plus qu'à vous ! répliqua le vieillard. Cette pierre est dangereuse et ne doit pas être mise entre n'importe quelles mains !
- Attention Gandalf, je vais me sentir insultée… gronda-t-elle sourdement. Que cela vous plaise ou non, elle me revient de droit. C'est l'œuvre de mon ancêtre et non du vôtre. Je ne fais que récupérer une part de mon héritage, argua-t-elle en la dissimulant avec virulence dans les plis de sa cape.
Elle ordonna mentalement à Noctius d'avancer et s'éloigna la tête haute du groupe d'hommes. À cet instant, ceux qui ne la connaissaient pas entraperçurent dans son allure les vestiges d'une fière souveraineté royale. Outrepassant la vision d'une femme lassée par des combats, ils découvrirent une ombre de ce qu'elle aurait pu être – ou de ce qu'elle pourrait devenir – si les belligérances ne l'avaient pas métamorphosée en guerrière sombre et froide.
- Aliania, ne soyez pas stupide ! tonna-t-il, tentant de rasseoir son autorité sur son ancienne élève. Revenez ici !
- Vous savez quoi ? Je pensais rester un peu pour vous tenir compagnie mais étant donné votre attitude, je vais plutôt pencher pour une éclipse ! cracha-t-elle en colère.
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Et en moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, elle disparut dans l'une de ses étranges brèches, laissant le groupe patauger au milieu de la zone sinistrée par les eaux.
Soledad, qui venait de rentrer de l'Isengard, dut lancer un sort de localisation pour savoir où se trouvaient le Trio d'Or et Ana. Constatant qu'ils se situaient dans la Cabane Hurlante, elle se hâta de dissimuler le Palantir parmi les énormes citrouilles poussant dans le potager du garde-chasse. Prise d'un pressentiment, elle se mit à courir avec célérité vers la maison abandonnée. Rapidement, elle parvint devant le grand portail rouillé qu'elle escalada sans trop de peine. Sa cape s'accrocha sur l'un des pics forgés et se déchira lorsqu'elle sauta de l'autre côté. Après avoir laissé échapper un juron, l'Elfe se rendit à la porte d'entrée condamnée. Défonçant aisément le panneau de bois pourri, elle s'empressa de grimper à l'étage lorsqu'elle entendit des bruits de bagarre. Localisant immédiatement la pièce d'où provenait l'agitation, elle y entra et évalua en un coup d'œil la situation.
- Voyez-vous cela : Black ! intervint-elle d'une voix moqueuse.
Tous les regards se tournèrent spontanément vers elle, oscillant entre surprise, peur et soulagement.
- Je me demandais quand vous feriez une autre tentative... reprit la jeune femme avec une petite moue interrogative.
- Vous ! s'exclama l'homme piégé.
- On se connait ? répliqua l'Elfe d'un ton léger.
- Dans un sens oui... Comment vont vos avant-bras ? s'enquit-il l'air de rien.
- Quoi ? réagit-elle interloquée.
Si il parlait, comme elle le soupçonnait, de sa pseudo tentative de suicide dans la Forêt Interdite, alors comment pouvait-il être au courant ? S'il l'avait véritablement aperçue à ce moment critique, sans défense, pourquoi ne l'avait-il pas achevée ? Au moins qu'il ne la croyait déjà condamnée ?
- Ne parle pas au chien Aliania ! intervint Ana d'une voix sèche qui ne lui ressemblait guère.
- Au chien ? releva-t-elle sceptique. Il va vraiment falloir revoir ta façon de parler avant de retourner à Imladris sinon ça va encore me retomber dessus, maugréa la sorcière.
- Pour ta gouverne, je ne fais que dire la vérité. Sirius Black est un Animagus qui prend la forme d'un énorme chien noir appelé plus communément ici le Sinistros.
À ces mots, la guerrière fronça légèrement les sourcils. Lors de son état de semi-conscience, elle avait vaguement souvenir d'avoir entendu des aboiements. À l'époque, elle avait mis cela sur le compte du délire. Et si cela était réel ? Désireuse de comprendre avant de le livrer aux Aurors, l'Elfe le fixa droit dans les yeux et lui somma télépathiquement de répondre à ses questions :
- À quoi faisiez-vous allusion tout à l'heure lorsque vous avez mentionné mes avant-bras ?
- À l'épisode dans la forêt, répondit-il après un court moment de surprise face à cette interrogation mentale.
- De quoi il parle ? gémit Hermione.
- Je pense qu'elle l'interroge avec son don de télépathie, comprit Ana agacée. Toi qui parlais de politesse i peine une minute, dit-elle à sa sœur, cela frise l'impudence ! Tu pourrais partager au lieu de nous laisser dans notre incompréhension.
Mais la jeune femme les ignora totalement et poursuivit son interrogatoire mental :
- Comment se fait-il que vous soyez au courant ?
- Les bandages, répondit-il simplement en montrant discrètement sa chemise déchirée.
- Je ne comprends pas : si vous dites la vérité, pourquoi m'avoir secouru alors que vous êtes un assassin notoire ?
- Vous vous fiez bien trop aux apparences, murmura-t-il rapidement. C'est ce que j'allais expliquer à ce jeune homme, dit-il en désignant Harry d'un geste de tête.
- Admettons une minute que je vous crois, déclara lentement Soledad, comment expliquez-vous vos actes passés ?
- IL A TUÉ MES PARENTS ! s'indigna le Survivant. IL N'Y A RIEN À SAVOIR DE PLUS SOL ! IL VA MOURIR !
- Expelliarrmus ! s'écria soudainement une nouvelle voix, faisant ainsi lâcher les baguettes à Harry et Soledad.
- LUPIN ! À quoi vous jouez bon sang ! s'exclama l'Elfe furieuse. On maitrisait la situation, pas la peine de nous prendre les baguettes !
- Où est-il Sirius ? l'ignora le Professeur en se plaçant vers son ancien ami, la voix vibrante d'émotions.
- Lupin reculez ! l'avertit Soledad. Et de qui vous parlez ?
- Il est là ! s'agita Back en pointant Ron du doigt. Vite Remus, attrape-le qu'on en finisse !
- La seule personne attrapée en ces lieux, c'est vous ! lui rappela la sorcière toujours alerte. C'est quoi cette histoire avec Ron ?
- Je ne comprends pas comment c'est possible, balbutia le Professeur. Sauf si… vous aviez échangé à la dernière minute sans me le dire ? s'enquit-il perplexe tandis que le fugitif hocha vivement la tête.
- Ravie de constater qu'au moins une personne semble comprendre ce qu'il se passe, maugréa Soledad exaspérée. Ça vous ennuierait de nous faire part de vos découverte Lupin ? ironisa-t-elle cyniquement. Non mais ce n'est pas vrai ! explosa-t-elle lorsqu'elle vit le Professeur en qui elle avait le plus confiance aider l'homme à se relever et l'étreindre comme un vieux frère.
Hermione aussi réagit violemment. Véritablement choquée, elle reprocha à son enseignant de les avoir trahis alors qu'elle avait gardé le secret. Devant les yeux ahuris de ses deux camarades, elle révéla à tous que Lupin était en réalité un loup-garou, qu'il avait aidé Black à s'introduire dans le château et que lui aussi voulait tuer Harry ! Soledad, consciente du passé du lycanthrope, prit sa défense en assurant que son statut particulier ne signifiait pas que l'homme était mauvais et que de toute façon, s'il avait véritablement voulu tuer Harry, il aurait eu un nombre incalculable d'opportunités pour le faire. Néanmoins, elle émit des réserves sur d'autres points, notamment le fait qu'il agissait comme s'il retrouvait son meilleur ami d'enfance au lieu d'un meurtrier. En preuve de bonne foi, le Professeur leur rendit leurs baguettes respectives et leur demanda de les écouter attentivement avant de faire des conclusions hâtives.
- Si ce n'est pas vous qui l'avez aidé, comment saviez-vous où nous trouver ? questionna Harry perdu.
- Excellente question, renchérit Ana. Alors ?
- La carte du Maraudeur, expliqua-t-il calmement. Et oui, je sais m'en servir étant donné que tu as devant toi deux de ses créateurs, anticipa-t-il la contestation adverse. Je suis Lunard et voici Patmol. Je me doutais que tu tenterais d'aller voir Hagrid malgré le couvre-feu grâce à la cape d'invisibilité de ton père. Je vous ai donc surveillé et quand vous êtes revenus, vous n'étiez pas seuls ! J'ai eu du mal à le croire mais j'ai vu Sirius percuter deux personnes près du Saule Cogneur.
- C'est faux, il n'y a que Ron qui a été attaqué par le chien, contrecarra Ana affirmative.
- Montrez-moi le rat, quémanda le Professeur aimablement.
- Quoi ? Qu'est-ce que Croûtard à avoir là-dedans ! protesta le rouquin.
- Attendez… murmura Soledad pour qui les pièces du puzzle commençaient à se mettre en place. Non ! Cela serait complètement fou… Vous pensez que Croûtard n'est pas véritablement celui qu'il est censé être, c'est ça ? s'adressa-t-elle à Lupin qui infirma son interrogation. Mais c'est délirant ! Comment se fait-il que les Weasley ne s'en soient jamais rendus compte ?
- Rendu compte de quoi ? croassa Ron de plus en plus vert, les doigts serrés sur son rat qui s'agitait plus que nécessaire.
- Vous avez un moyen de prouver ce que vous avancez ? s'enquit l'Elfe auprès des deux hommes, impatiente de savoir si ce rongeur pouvait en réalité être un Animagus.
Le lycanthrope hocha une nouvelle fois la tête et demanda à son élève de lui confier son rat. Soledad appuya sa requête en promettant à Ron que si la théorie s'avérait fausse, il lui serait rendu sans mal. D'un simple mouvement de baguette, le Professeur lança un sortilège informulé à la petite bestiole qui se métamorphosa alors, prête à faire éclater la vérité…
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Anàrion retira sa lame d'un corps de warg. Il avait essuyé une attaque avec la jeune femme enceinte qu'Aliania lui avait confiée. Ils étaient en route pour Imladris lorsqu'une troupe de gobelins montés sur des loups des montagnes leur étaient tombés dessus. Avec vaillance, il avait croisé le fer avec bon nombre d'ennemis. Pourtant la victoire ne fut pas de son fait mais de l'intervention de sa protégée ! Loin de s'en douter, il constata qu'elle possédait des pouvoirs de défense assez importants. Alors qu'un cavalier s'apprêtait à abattre son arme sur elle, la mystérieuse inconnue le fit s'embraser d'un simple regard. Sa petite démonstration de pyromanie s'étendit au restant des assaillants qui finirent en cendres.
- Par tous les Valar, qui êtes-vous ? s'exclama le soldat ahuri.
- Anyath, je croyais qu'on s'était déjà présenté, le nargua-t-elle en se recoiffant.
- Je n'en crois pas un mot ! rétorqua-t-il vivement. Je ne sais pas à quel jeu vous jouez Aliania et vous mais vous n'avez clairement pas besoin de moi pour vous protéger !
- Cela ne m'enchante pas plus que vous de rester à vos côtés ! répondit-elle derechef. Seulement, lorsque qu'Aliania a une idée en tête, elle va jusqu'au bout ! Vous êtes bien placé pour le savoir...
- Vous ne savez rien du lien qui nous unit Aliania et moi. Ne parlez pas de ce que vous ignorez !
- Bah voyons... grommela-t-elle le teint pâle. Allez en route ! Nous sommes beaucoup trop à découvert sur cette plaine.
L'homme remonta sur sa monture, bien décidé à éclaircir le mystère émanant de la jeune future mère. Il y avait vraiment quelque chose de pas clair dans cette mission et il se fit un devoir de découvrir de quoi il en retournait.
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- À qui a-t-on l'honneur ? demanda Soledad en dévisageant un petit homme apeuré dont les dents rappelaient étrangement celles des rongeurs.
- Peter Pettigrow ! lâchèrent simultanément les deux anciens meilleurs amis.
- C'est impossible ! Black l'a tué il y a douze ans ! réagit Hermione.
Mais Harry resta muet de stupeur. Malgré le pitoyable état de l'homme recroquevillé sur le sol, il pouvait reconnaitre les traits de l'ami d'enfance de son défunt père qu'il avait déjà aperçus sur plusieurs photographies offertes par Hagrid. Il ne pouvait pas en croire ses yeux ! C'était invraisemblable ! Si Pettigrow était bel et bien vivant, cela signifiait que Black – son parrain – était innocent ? Mais pourtant, douze moldus ont perdu la vie ce funeste jour… Le Survivant, désorienté, exigea de connaitre toute la vérité. Au fur et à mesure que les évènements passés se reconstituèrent devant eux grâce aux différentes interventions de Black et Lupin, les étudiants comprirent l'énorme méprise de l'époque. Ils apprirent que pour aider leur ami atteint de lycanthropie, Sirius, Peter et James avaient décidé durant leur scolarité de devenir des Animagi non déclarés afin d'aider Remus à mieux vivre ses douloureuses transformations. Les soirs de pleine lune, ils se changeaient en animaux pour ne pas craindre le loup-garou et lui tenaient compagnie dans cette vieille maison abandonnée. Les hurlements lui avait proféré la légende d'être une demeure hantée. Une fois diplômés, tous étaient conscients que Voldemort désiraient avoir les Potter sous ses ordres car ils étaient de puissants sorciers. Afin de les protéger, Dumbledore leur avait conseillé de mettre en place un sort de Fidélitas sur leur maison. Tant que la personne chargée de garder secrète l'adresse ne la révèle pas, ils étaient en sécurité. Les plus proches de Potter savaient que Sirius a été choisi pour tenir ce rôle. Mais, dans la plus grande discrétion, les Potter avaient changé au dernier moment de Gardien du Secret. Peter avait finalement été désigné comme protecteur de leur maison à la place de Sirius. Malheureusement, cette stratégie leur fut fatale car le jeune adulte s'était par crainte rallié à Voldemort et lui avait révélé l'endroit où vivaient les Potter. Dès que Sirius eut appris l'horrible nouvelle, il s'était empressé d'aller chercher son filleul, unique survivant du drame. Mais Dumbledore avait donné des ordres à Hagrid qui avait refusé de lui confier l'enfant. Alors, fou de rage et de chagrin, il s'est mis à la poursuite du traitre. Il l'a rattrapé dans une rue moldue. Pettigrow, dont l'instinct de survie était très développé, avait alors fait croire à tous les témoins présents que son poursuivant était un traitre et, après avoir fait exploser la rue, s'était tranché un doigt pour faire croire à sa mort. Son stratagème avait fonctionné et Black s'était retrouvé à Azkaban pour treize meurtres qu'il n'avait pas commis.
- Ce rat est encore plus de mauvaise foi que la chauve-souris, grommela l'Elfe lorsque Pettigrow tenta une nouvelle fois de les apitoyer et de démentir leur version, désireux de regagner sa liberté.
- Le Professeur Rogue n'est pas… commença Remus Lupin avant d'être interrompu par un Sirius Back choqué.
- ROGUE ! rugit-il. Rogue est ici ? Ce crétin est devenu enseignant à Poudlard ? Par Merlin, c'est une blague de mauvais goût !
- Ils étaient tous élèves à Poudlard, expliqua Soledad devant les airs d'incompréhensions marqués sur les visages de chacun. Un jour, les Maraudeurs lui ont fait une blague foireuse et Rogue a failli se faire bouffer par Lupin un soir de pleine lune. James lui a sauvé la vie à la dernière minute mais depuis, Rogue déteste plus que tout Lupin. Comme si il y pouvait quelque chose…
- Voilà qui est assez bien résumé Miss Lopès, intervint le principal concerné en sortant soudainement de dessous la cape d'invisibilité, menaçant le lycanthrope de sa baguette.
- Ce n'est pas très poli d'épier les conversations privées, sourcilla-t-elle sans esquiver un mouvement.
- FERMEZ-LA petite idiote ! cracha-t-il.
- Mais quel vocabulaire ! C'est la deuxième fois de la journée qu'on me traite d'imbécile, je vais finir par me lasser… poursuivit-elle pas du tout impressionnée. Qu'est-ce que vous faites là Rogue ? Ce n'est pourtant pas une réunion d'anciens élèves…
- Quel malheur pour toi que tu aies oublié ta potion tue-loup Lupin ! railla-t-il avec un immonde sourire hypocrite. Ce parchemin, dit-il en agitant la carte du Maraudeur, m'a indiqué tout ce que j'avais besoin de savoir. Comme Dumbledore sera déçu en constatant que mes avertissements contre son loup préféré se sont avérés justifiés ! se délecta-t-il avant de l'immobiliser magiquement avec de solides cordelettes.
- LAISSEZ-LE ! hurla la sorcière-Elfe. Vous êtes débile ou quoi ? Vous n'avez pas vu que Pettigrow – l'homme soi-disant assassiné par Black – est dans la même pièce que nous ?
Mais avant même que le Maître des cachots ne puisse jeter un coup d'œil dans le coin de la chambre, il fut propulsé contre le mur où il s'écroula inconscient. Le souffle saccadé, Harry le fixait la baguette pointée sur lui.
- Tu sais Harry, j'aurais pu le faire ça t'aurait évité une demande de renvoi de l'école… réagit sa protectrice faussement ennuyée par la situation.
- Sol, faut que je te parle, sortit précipitamment Ana.
- Maintenant ? Tu n'as pas choisi le meilleur moment…
Alors, Ana alla se planter devant elle en insistant du regard pour que la sorcière accède à ses pensées. Ordinairement, elle se refusait à ce type d'intrusion mentale – bien qu'elle n'ait aucun moyen de s'en protéger en cas de tentative – mais la situation urgeait. Elle lui rapporta la prédiction de Trelawney ainsi que son échange avec Dumbledore en quelques mots. Prenant conscience d'un nouveau danger, la fille d'Elrond décida de prendre sérieusement la situation en main. Elle avait plutôt tendance à croire en l'innocence de Black… Mais était-ce pour autant à elle d'en juger ? Sûrement pas. La vérité devra éclater en plein jour devant la Haute Cour de Justice. Pour cela, il fallait que toutes les personnes présentes restent à la disposition du monde magique. Néanmoins, elle se doutait bien que dès qu'ils en auraient la possibilité, Pettigrow et Black s'enfuiraient. Lequel irait véritablement rejoindre son Maître ? D'ailleurs, cela signifiait-il que Voldemort était toujours vivant quelque part, dissimulé à l'abri des regards, dans l'attente de retrouver ses pleins pouvoirs ? Voilà une perspective peu réjouissante… Saisie d'une inspiration soudaine, elle lança à la cantonade :
- Lequel d'entre vous léchait les bottes de Voldemort ?
La réaction ne se fit pas attendre : tandis que Remus et Sirius sourcillèrent face à cette formulation incongrue, Peter se recroquevilla davantage en couinant de terreur.
- Qu'est-ce qu'il y a Pettigrow ? Tu ne supportes pas d'entendre ce nom ? VOL-DE-MORT ! articula-t-elle fortement en guettant son attitude.
- Il ne faut pas prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres, gémit-il en se tordant les mains.
- Seigneur des Ténèbres ? Seuls ses fidèles l'appellent comme cela, remarqua judicieusement Ana qui avait pas mal étudié des livres d'Histoire à ce sujet.
- Cela ne prouve rien ! plaida le rat au bord de l'apoplexie.
- Ça commence à faire beaucoup de preuves… décréta Soledad qui fut vivement approuvée par son protégé.
- Je ne comprends pas, osa Hermione, si cet homme tenait tellement à tuer Harry, pourquoi n'a-t-il rien tenté en trois ans ?
- Parce qu'il est lâche ! Ce sale rat se cachait toujours derrière plus fort que lui et cela n'a pas changé. Même si Voldemort a disparu le 31 octobre, il reste encore de ses fidèles en liberté. À Azkaban, nombreux sont ceux rêvant de se venger du traître qui les a trahis à leur tour ! Queudver ne ferait jamais rien de dangereux s'il n'y gagnait pas quelque chose en échange.
- Et comment avez-vous fait pour vous évader d'Azkaban si vous n'avez pas eu recours à la magie noire ? interrogea Anna suspicieusement l'ancien prisonnier.
L'intéressé lui expliqua que le pouvoir des Détraqueurs affectait de façon moindre les animaux. Ainsi, lorsqu'il sentait le désespoir et la folie l'atteindre, il se métamorphosait en Patmol. Étant isolé dans sa cellule et les créatures aveugles, personne n'avait capté son stratagème. Un jour, le Ministre de la Magie est venu pour une autre affaire et lui avait cédé sa Gazette du Sorcier. Il est tombé sur un article montrant la famille Weasley en Égypte. Le jeune rouquin tenait un rat familier à qui il manquait un doigt. Persuadé qu'il s'agissait du traitre de Pettigrow et que celui-ci pouvait tenter de tuer Harry si Voldemort revenait à gagner de la puissance, il a tout fait pour trouver le moyen de s'évader. Finalement, après avoir retrouvé suffisamment de force et d'esprit, il a profité du moment où les gardiens lui apportaient à manger pour se faufiler sous sa forme animal. Il avait réussi à quitter l'île en nageant jusqu'à la rive opposé puis s'est caché dans la Forêt Interdite durant tout ce temps.
Devant toutes ces explications cohérentes, le Survivant décida de croire la version de Sirius Black. À son hochement de tête, Lunard et Patmol soupirèrent de soulagement et, d'un même geste, visèrent Queudver de leurs baguettes, prêts à le tuer malgré les supplications de ce dernier. Lorsque le rat se tourna pour supplier le jeune garçon en plaidant que son père l'aurait épargné, Sirius explosa de rage et l'attrapa par le col avant de le rejeter loin du fils de son défunt meilleur ami. À bout de nerfs, le traitre craqua et avoua en pleurs ses méfaits tout en débitant un flot incroyable de justifications malhabiles. Alors qu'il était sur le point de perdre la vie, Harry s'interposa de justesse en déclara qu'il aura la vie sauve mais qu'il sera livré aux Détraqueurs pour pourrir à Azkaban. Cela lui sembla être la solution la plus appropriée car il n'imaginait pas son père apprécier le fait que deux de ses plus proches amis assassine le troisième, même si la raison paraissait excellente… Néanmoins, il émit une réserve : si Pettigrew tentait de s'échapper en reprenant sa forme de rat, ils pourraient alors le tuer. Ron et Lupin se menottèrent de chaque côté du traitre ligoté tandis que Sirius faisait léviter magiquement le corps toujours inconscient de Rogue. Ils reprirent le chemin de la sortie sous l'œil attentif des deux Elfes. Ana avait toujours un mauvais pressentiment par rapport à la prophétie de Trelawney et n'aurait de quiétude qu'une fois Pettigrow derrière les barreaux. Quant à Soledad, elle était pensive. Elle entendit vaguement Black proposer à Harry de venir vivre avec lui une fois qu'il serait réhabilité mais n'y prêta guère plus d'attention. Elle ne pouvait s'empêcher de penser aux derniers événements de sa terre natale et réfléchissait à la conduite à tenir, notamment avec l'acquisition du Palantir. Si elle parvenait à s'en servir correctement, elle pourra en apprendre plus sur les plans de Sauron. Peut-être pourrait-elle lui tendre un piège en le menant à une fausse piste ? Ou alors juste l'énerver encore plus afin qu'il vienne les massacrer encore plus vite… La fille d'Elrond sentait qu'une grande bataille se rapprochait et que celle du Gouffre de Helm n'avait été qu'un simple échauffement. Le Gondor serait le plus durement touché car l'œil de l'ancien apprenti de Melkor était depuis longtemps braqué sur ce royaume en déclin. Sa malveillance avait déjà atteint et alourdi le cœur des hommes de la Cité Blanche de Minas Tirith. Ils ne seront pas prompts à repousser une attaque massive, surtout si personne ne les menait à la résistance. Boromir aurait pu tenir ce rôle à la perfection si les choses n'avaient pas mal tourné à l'Argonath… Malheureusement son père – le Seigneur Denethor, Intendant de cette Cité – ne se montrait pas aussi valeureux que ses ancêtres. C'était un homme aigri qui, influencé par le Souffle Noir, était prêt à tomber. Aliania savait qu'il avait un autre fils mais ne l'avait jamais rencontré. Si ses souvenirs ne la trompaient pas, Alana avait dû rencontrer brièvement Faramir et son frère durant leurs jeunes années lors d'une visite improvisée. À cette pensée, son cœur se serra davantage. C'était toujours difficile pour elle de se remémorer le passé de sa défunte sœur. Elle avait la profonde certitude qu'elle ne parviendra jamais à faire complètement son deuil et que, même si elle parvenait un peu mieux à contrôler ses pulsions autodestructrices, elle ne pourrait jamais reprendre le cours de sa vie. Celle-ci devra s'arrêter dès qu'elle en aura fini avec Sauron et les responsables du trépas de son double.
L'Elfe sortit bien vite de ses sombres cogitations lorsqu'un cri suraigu retentit dans l'obscurité nocturne tranchée uniquement par la lumière de... la pleine lune ! Déjà, le Professeur Lupin se tordait de douleur en grognant de manière bestiale. Sirius ordonna à Harry et Hermione de fuir mais ils refusèrent d'abandonner leur ami qui était toujours attaché à Pettigrow et par extension à l'homme qui était en train de se métamorphoser en loup-garou déchaîné. Ana hurla au traître de rester où il était mais évidemment, le lâche reprit sa forme de rat et déguerpit sans demander son reste. Devant l'urgence de la situation, Sirius redevint un énorme chien noir et se jeta contre le loup. La menotte se brisa, libérant ainsi le jeune rouquin terrorisé. Les canines des deux animaux s'entrechoquèrent tandis que leurs grognements se mêlèrent pour créer un sinistre concert. Aliania poussa de justesse à terre sa sœur adoptive qui avait failli se prendre un violent coup de griffes du lycanthrope. Voyant le chien à demi assommé, elle prit la relève pour éloigner la menace de ses protégés. D'un puissant coup de pied latéral, elle fit reculer le loup dans un sinistre craquement. Gémissant, la bestiole allait recharger lorsqu'un hurlement d'un loup le divertit. Intrigué, il s'élança en direction de la forêt. Sirius se mit à sa poursuite malgré les protestations de son filleul. L'Elfe hurla à Ana de veiller sur eux et courut à leur suite. Déjà que Pettigrow s'était échappé, il ne fallait pas que l'un des deux finissent en pâtée pour chat !
- Quel dommage que le traître ait la taille d'une souris ! Il ne pouvait pas se transformer en un animal pistable ce connard ! Et cet abruti de Pattenrond, il aurait vraiment dû faire de Croûtard son dessert, ça nous aurait débarrassé de… pesta Soledad entre ses dents avant de s'interrompre, alertée par un gémissement de chien. BLACK !
Les plaintes durent également alerter son protégé car celui-ci détala comme un fou vers le lac. L'atmosphère déjà austère vira carrément au sordide lorsqu'un froid glacial s'empara d'eux et leur embruma l'esprit.
- Les Détraqueurs ! Manquait plus qu'eux… grogna la jeune fille à haute voix. Harry, n'y va pas ! Va chercher Dumbledore ! s'exclama-t-elle en tentant d'ignorer les cris des fantômes de son passé dans sa tête.
- SIRIUS ! se déchira-t-il la voix en se précipitant vers l'homme.
L'ancien prisonnier avait repris sa forme humaine et se tenait la tête entre les mains, en proie à un désespoir manifeste. Une centaine de gardiens d'Azkaban tournoyait autour de lui, prêts à le capturer ou pis encore. Brandissant sa baguette, il demanda à Hermione qui l'avait suivi d'en faire autant et entama l'incantation censée repousser les infâmes créatures. Après quelques balbutiements, la jeune fille s'écroula sur la rive, inconsciente. Son ami tenta vaillamment de poursuivre la formule mais sa voix se fit de plus en plus faible. Il s'était agrippé à son parrain et refusait de le lâcher malgré le danger que cela représentait. Soledad ne savait pas repousser un Détraqueur… Quand bien même elle aurait appris à user correctement de sa baguette, elle n'aurait probablement pas pu se concentrer sur un souvenir heureux : trop déprimantes étaient ses réminiscences. Les cris de douleur et de détresse se firent de plus en plus présents dans son esprit. C'était insupportable ! Pourquoi de telles créatures existaient-elles ? Jamais, ô grand jamais, elle ne pourrait passer ne serait-ce qu'une seule heure à Azkaban. Hagrid avait eu de bonnes raisons d'exécrer cet abominable endroit ! Sérieusement, il valait mieux crever plutôt que de perdre la tête dans de pareilles circonstances !
NON LA FERME ! hurla-t-elle en se recroquevillant sur elle-même. Ce n'est pas réel, ce n'est pas réel ! se répéta-t-elle hystériquement en gémissant. Il faut que… Ha… Harry ! suffoqua la jeune femme en tâchant de se focaliser sur son protégé qui était sur le point de se faire embrasser par un Détraqueur.
Rassemblant force et courage, elle déracina l'arbre le plus proche et le projeta à toute vitesse sur le gardien qui recula avec mécontentement. Celui-ci voulut se venger et l'attaqua, la forçant à reculer précipitamment vers le lac. Malencontreusement, son pied heurta une racine : elle fut déséquilibrée et tomba à la renverse dans l'eau noire. Paniquée, elle eut le mauvais réflexe d'ouvrir la bouche pour inspirer de l'air. L'eau gadoueuse s'infiltra dans ses poumons. Elle s'agita et tapa du pied dès qu'elle toucha le fond. Il ne devait pas y avoir plus de trois mètres de profondeur. Remontant à la surface, elle nagea maladroitement de manière désynchronisée vers le bord. S'agrippant à l'herbe, elle se hissa difficilement hors de l'étang. Un des gardiens revint directement à la charge. Elle tenta de le stopper avec ses pouvoirs mais cela s'avéra inefficace. Elle se sentit sombrer tandis qu'une vive lueur argentée illumina la scène. Irradiant les créatures de l'ombre, la lumière les fit fuir avant de s'éteindre progressivement.
Luttant pour reprendre son souffle, Soledad fut incapable de se redresser dans les minutes qui suivirent. Ses membres étaient assaillis par des tremblements incontrôlables. Sa tête semblait sur le point de se fendre en deux mais ce n'était pas le plus grave à ses yeux. Elle se sentait sur le point de fondre en larmes et cela, elle ne pouvait pas l'accepter. Il était hors de question qu'elle perde le contrôle de ses émotions, surtout qu'elle n'était pas seule ! D'ailleurs, il y eut un mouvement sur sa gauche. Contractant ses abdominaux, elle se releva sur ses coudes, prête à réagir en cas de danger. Les cheveux ondulés dégoulinaient sur ses épaules dénudées. Elle avait dû perdre sa cape lorsqu'elle étouffait sous la surface… Une silhouette obscure et tristement familière apparut. Déchirée entre soulagement et crainte, elle tenta de se hisser sur ses jambes flageolantes pour se rapprocher de l'ancien prisonnier et du jeune Gryffondor. Mais celles-ci se dérobèrent et tout devint noir…
*Oui je sais, ça vous met sur les nerfs quand je termine mes chapitres par "..."* ^^
Qu'en avez-vous pensé ? J'espère que la scène de la Cabane Hurlante n'a pas été trop longue pour vous parce que je ne pouvais pas trop la raccourcir car elle est centrale pour le fandom. J'ai un peu modifié la forme, mais le contenu est très semblable.
Bisous !
