Bonsoir,

Je sais que cela fait très longtemps que je n'ai pas publié et j'en suis désolée... La reprise a été très dure mais j'ai fini par clôturer le chapitre 29 !

Bien évidemment, je me doute que vous n'avez plus en tête toute l'histoire, c'est pourquoi je vais tenter de vous faire un court récapitulatif.

Petit résumé (trés édulcoré !) :

Des quadruplées, filles d'Elrond et de feu Eäriel, sont des sorcières-elfes, protectrices des innocents. Reliées entre elles par des liens magiques, elles communiquent télépathiquement et ressentent tout ce que les autres ressentent (ex : si l'une est blessée, les autres aussi).

Aliana, la plus grande, a été kidnappée durant son enfance par des démons. Dès lors, elle a été considérée comme perdue par sa famille (notamment par ses tantes, les Reines Léïa et Prestya). Depuis, elle vit avec Arthélius, puissant démon chef de son clan. Ce dernier s'est allié avec Sauron et s'est mis à la frapper lorsqu'elle l'a interrogé à ce sujet. Enceinte, elle a fini par fuir son emprise et s'est refugiée vers sa soeur Aliania (qui est la seule à connaitre son état de grossesse).

Alana est une jeune femme responsable qui joue les médiatrice entre les différents membres de sa famille. Elle est très proche de sa cadette Aliania. Elle allait se marier avec un soldat de Lorien - Lendiwëll - mais est tuée dans une attaque à Imladris.

Aliania est une jeune femme au caractère bien trempée. Elle n'a pas grandi avec ses soeurs car son père et ses tantes l'ont envoyée à la Cité d'Argent en raison de son mal-être suite à la mort de sa mère et de l'enlèvement d'Aliana. Elle était inséparable avec Alana et vit très mal son trépas. Elle a rompu avec Legolas et adopte une conduite autodestructice depuis le décès de sa soeur. Durant son exil, elle a rencontré une famille en Angleterre - les Peterson - avec qui elle a bien sympathisé.

Alania est la plus jeune d'entre elles. C'est la plus protégée et préfère la quiétude du foyer que la vie agitée de l'armée.

Au départ, Aliania et Alana (appelées aussi Soledad et Marie Lopès), ont été envoyées protéger Harry Potter à Poudlard. A la mort d'Alana, Aliania s'est exilée et leur soeur adoptive Anabellissë a pris le relais auprès du Gryffondor. Celui-ci vient d'apprendre que le fou meurtrier qui était censé le poursuivre durant sa troisième année d'études est en réalité son parrain Sirius.

Dans les deux derniers chapitres, la bataille du Gouffre du Helm a eu lieu (Arthélius a affronté Aliania qui s'en est sortie épuisée de justesse. Lendiwëll et Haldir sont morts).

Aliania décide de faire la trève avec la tante Prestya et mène une Armée Réunifiée en direction du Gondor...

Si vous êtes perdus, n'hésitez pas à me le dire en commentaire. Je tâcherai de vous éclairer ;)

J'espère vraiment que vous allez revenir lire la suite de Puisqu'il faut continuer à vivre...

Bon retour !


Chapitre 29 – Le début de la fin.

Peu de temps après le départ de l'Armée d'Imladris, Aliania s'était éclipsée pour répondre à une mystérieuse invitation de Hakim Peterson. Ce dernier disait vouloir s'entretenir avec elle d'un projet top secret. Bien que rencontrer le père de Mélissa ne soit pas une priorité absolue, elle avait quand même décidé d'y aller. Ce serait peut-être la dernière chose « normale » qu'elle ferait de son vivant... Elle entra dans un bar nommé « La Tête du Sanglier » qui se trouvait dans une petite ruelle de Pré-au-Lard.

— Je ne suis jamais venue ici, déclara discrètement Soledad en prenant place sur une chaise branlante derrière une table à la propreté douteuse.

— C'est beaucoup moins fréquenté que les Trois Balais, admit Hakim d'un air conspirateur.

— C'est moi ou le barman nous fixe ?

— Il faut dire qu'il ne doit pas avoir souvent d'aussi jolie cliente que toi, cligna-t-il d'un œil.

— Arrête ton numéro de charmeur à deux noises ! protesta-t-elle plus pour la forme qu'autre chose. Pourquoi voulais-tu absolument me voir en privé ? Comment va ta petite famille ?

— Elles vont bien, quoique Mélissa passe par une phase capricieuse qui a tendance à agacer sa mère. Mais bon, rien de bien grave. Elles se demandent toujours quand est-ce que tu passeras nous voir.

— Je suis pas mal occupée… Estime-toi heureux de m'avoir trouvée aujourd'hui. D'ailleurs, je ne vais pas pouvoir rester longtemps.

— Tu ne partiras pas avant d'avoir pris un verre, l'avertit-il gentiment. Deux whiskeys Pur Feu s'il vous plait ! lança-t-il au barman qui leur jeta un regard fort peu sympathique.

— Qui te dit que je veux boire ça ? sourcilla-t-elle.

— Ça va, n'essaye pas de me faire croire que tu aurais préféré une tasse de thé… se moqua-t-il ouvertement.

— Traite moi d'alcoolique pendant que tu y es ! s'offusqua-t-elle, faussement vexée.

— Malheureusement pour toi, Marie me raconte systématiquement les grandes lignes de vos soirées entre filles. Le côté mémorable ne m'a pas échappé, avoua le père de Mélissa en saisissant le verre que le gérant venait de poser devant lui.

Soledad fit de même tout en notant mentalement l'incroyable ressemblance entre le serveur et Dumbledore. Et tout comme le Directeur de Poudlard, celui-ci avait un regard bleu perçant qui lui donnait la sensation d'être analysée aux rayons X. D'ailleurs, bien qu'il soit retourné essuyer des verres derrière son bar miteux, il lui jetait toujours des regards furtifs.

— S'il croit être discret, il se met le doigt dans l'œil, marmonna la sorcière agacée.

— Tu parles d'Aberforh ? Ne lui prête pas attention, il est un peu sénile. Bref, Marie va avoir trente ans dans un mois. Je lui prépare une fête surprise et j'aimerai que tu sois présente ce jour-là.

— Sauf urgence, je viendrai avec plaisir, déclara la jeune femme, bien qu'elle doutait fortement de sa disponibilité. Tu as prévu quelque chose en particulier ?

— Depuis qu'elle t'a rencontrée, elle est fascinée par le monde des Elfes. Du coup, je souhaiterais organiser une fête autour de ce thème. Mais je dois l'avouer, je ne connais rien à ce sujet. Tu es la mieux placée pour m'aider.

Son interlocutrice rigola : faire appel à ses compétences pour faire honneur aux Elfes était risible. Néanmoins, elle voulait bien faire cet effort pour Marie. Ce n'était pas comme si elle devait ramener de vrais congénères pour animer la soirée, il lui suffirait juste de ramener quelques mets culinaires ainsi que quelques objets spécifiques à son peuple.

— Ok… Combien de personnes sont attendues ?

— Pas plus d'une dizaine. Marie est plus à l'aise en petit comité. Ça te convient ? On ferait ça dans le jardin d'un de mes collèges, au 161 Shakespeare Road à Brixton.

— Ok ça marche. Je vais faire de mon mieux pour répondre à ta demande. Mais je te préviens, il est hors de questions que je mette une tenue locale !

— C'est ce qu'on verra. Ah oui, petite précision : Mélissa ne doit pas être au courant, elle risquerait de faire une gaffe.

— Normal, ce n'est pas une langue-de-plomb, pas comme son père, railla Soledad.

— Et j'espère qu'elle ne le deviendra jamais, soupira le père dont une ombre passa sur le visage. Mais bon, pour le moment, Mélissa veut devenir une princesse, donc ça va.

Après avoir échangé encore quelques anecdotes et plaisanteries, les deux amis prirent congé. Avant de quitter le bar, le gérant des lieux fronça les sourcils et marmonna quelque chose entre ses dents. Soledad crut comprendre que le vieil homme pestait contre sa mémoire et se demanda vraiment ce qu'il clochait chez lui. Toutefois, elle ne s'en inquiéta pas outre mesure, d'autant plus qu'elle n'avait pas l'intention de fréquenter régulièrement ce bar. Non pas qu'elle n'aimait pas boire un verre avec des potes, mais elle préférait éviter de se faire remarquer dans ce genre d'endroit si près de Poudlard. Sa réputation n'étant déjà plus à faire, inutile d'aggraver la situation. En temps normal, la jeune femme n'aura pas prêté autant d'attention à son image. Toutefois, les propos durs d'Ana l'avaient secouée même si elle ne voulait pas l'admettre. Sa sœur adoptive s'était toujours montrée d'une tolérance à toute épreuve vis-à-vis de ses frasques. Le fait est qu'elle avait réussi à la pousser à bout et que ce n'était pas quelque chose dont elle pouvait être fière. Mise à part ses sœurs de sang, Ana était l'une des rares personnes à qui elle pouvait se confier. Étant donné sa situation familiale catastrophique, Soledad avait intérêt à faire des efforts avec Ana. Elle avait beau être une solitaire dans l'âme, elle ne pouvait pas se fâcher avec tout le monde, surtout pas avec une personne aussi droite qu'Ana. Si jamais elle survivait à l'assaut final contre Sauron, il lui faudrait tenter de reprendre une place plus stable au sein de sa famille et du Royaume d'Imladris – du moins ce qu'il en resterait après l'exode vers les Terres Immortelles. Cela ne sera pas aisé. D'ailleurs, cela ne lui tenait pas particulièrement à cœur ; néanmoins, la lignée des Protectrices se trouvait au bord de la ruine et elle ne voulait pas être désignée comme responsable de cet échec. Qui plus est, elle pensait à l'arrivée de son futur neveu qu'elle devait à tout prix protéger. Aliana n'avait encore pas vraiment choisi que faire avec son enfant à naître. Mais Soledad devait envisager tous les scénarios possibles. Son aînée n'étant pas en capacité de réfléchir objectivement sur sa situation, elle se devait de le faire pour elle. Si elle envisageait de renouer des relations correctes avec sa famille restante, c'était notamment pour offrir une protection à la future descendance. Ce n'était pas en restant en conflit avec eux qu'elle parviendrait à faire accepter l'accueil d'Aliana et de son bébé dans la Cité Elfique. En aucun cas ils ne pourraient rejoindre Arthélius… Si cela se produisait, tous iraient droit au massacre. La sorcière pouvait toujours imaginer cacher l'enfant sur Terre parmi d'illustres mortels inconnus bien que cela paraissait plus risqué que de rester sous la protection familiale. En réalité, peu importe où grandirait le nourrisson – du moment que cela se fasse à l'insu le plus total de son géniteur ! Actuellement, le seul véritable avantage était qu'Arthélius ignorait tout de la grossesse d'Aliana. Pour le moment, il remuait ciel et terre pour retrouver sa compagne et non son héritier. S'il venait à savoir la condition de sa femme, Aliania était certaine que le démon détruirait tout sur son passage sans une once de retenue.

o*o*o*o

— J'ai mal aux jambes et au dos, rechigna Alania en étouffant un bâillement

— Étant donné que tu es à cheval, relativise ! Pense à ceux qui sont à pieds... rétorqua sa grande sœur qui les avait rejoints et marchait non loin d'elle.

L'Armée avait quitté Imladris presque vingt-quatre heures auparavant et n'avait fait qu'une courte halte pour souffler. La plupart des soldats ne possédait pas de montures et avançait avec détermination sans se plaindre. Les plus hauts gradés avaient l'avantage d'être à cheval. Aliania souhaitait montrer l'exemple et accompagnait ses hommes de bon cœur. Habituée aux harassantes marches, elle menait les troupes avec vigueur et assurance. Il n'y avait que peu de bavardages. Probablement lassée par ce silence, Lenya se mit à fredonner. Automatiquement, sa cousine l'imita et, sans qu'elles ne s'en rendent réellement compte, elles se mirent à chantonner ensemble. Quelques guerriers se chargèrent alors des percussions à l'aide de poignards et de boucliers tandis que d'autres assurèrent les chœurs. La chanson du premier bataillon toucha le deuxième, puis le troisième. En quelques minutes, ce furent près de trois mille combattants qui chantèrent.

— Pourquoi fais-tu cela ? intervint sèchement la Reine Prestya. Nous risquons d'attirer l'ennemi sur nous !

— Et alors ? Vu la taille de cette armée, la discrétion est impossible. Autant s'assurer du moral des troupes ! argua sa nièce en haussant des épaules.

Puis elle se détourna pour reprendre son refrain. Elle se sentait étrangement bien. La puissance des paroles agitait ses pouvoirs magiques qui ne demandaient qu'à sortir. Cela faisait longtemps qu'une pareille assemblée n'avait pas eu lieu. Une pensée un peu folle traversa son esprit : elle projeta leur arrivée en chanson devant l'Armée Noire et imagina sa réaction... Il est vrai que les Protectrices usaient de moins en moins de leurs capacités à canaliser l'énergie magique émanant des chants et de la danse. Néanmoins, cette méthode – bien que non conventionnelle – s'était montrée efficace par le passé. Tenteraient-elles une attaque musicale ? Soledad en doutait fortement. Toutefois, elle n'avait pas de plan définitivement arrêté dans sa tête... Si ce n'était qu'elle devait se confronter à Sauron avant d'arriver sur ses terres. La jeune femme ne connaissait qu'un seul moyen pour cela et devait agir rapidement pour exécuter son programme. Elle espérait que le Magicien Blanc avait bien agi tel qu'elle le lui avait demandé dans la Forêt de Fangorn. De toute façon, elle allait vite le savoir étant donné qu'elle allait de ce pas le vérifier ! Après avoir délégué la responsabilité des troupes à Léïa, elle s'éclipsa pour réapparaître auprès de Gandalf. Évidemment, ce dernier ne se trouvait plus en Isengard néanmoins l'Ent Sylvebarbe lui apprit qu'il était reparti en direction d'Edoras où elle se rendit à son tour.

Lorsqu'elle franchit les portes du Château d'Or de Méduseld, l'Elfe trouva le Roi Théoden fortement occupé à concerter ses conseillers. Gimli fumait sa pipe un peu à l'égard, assis devant une chope de bière. Le Nain l'informa que Gandalf était parti à l'aube pour le Gondor en emmenant Pippin sur le dos de Gripoil. La nuit avait été mouvementée : le Semi-Homme avait déjoué la garde de l'Istar pour regarder dans la pierre d'Orthanc. Il avait eu affaire à Sauron lui-même… Fort heureusement, le Hobbit ne lui aurait pas révélé quoique ce soit de vital. Il avait également vu l'Arbre Blanc en flamme, ce qui avait poussé le Magicien Blanc à chevaucher jusqu'au Gondor pour les avertir.

— Où est Aragorn ? se renseigna-t-elle en regardant autour d'elle.

— Il a pris le Palantir puis s'est isolé. Je ne l'ai pas revu depuis.

— Faut que je le trouve…

Après s'être renseignée auprès des hommes du Roi, elle finit par le trouver dans une pièce où un maigre feu s'attisait. Il semblait perdu dans ses pensées. Il remarqua toutefois sa présence avant qu'elle n'ait eu à l'annoncer.

— Te revoilà, dit-il simplement en replongeant son regard sur un tas de chiffons roulés en boule.

— De toute évidence, haussa-t-elle des épaules. Tu sais très bien quelle requête je vais t'adresser.

— Que comptes-tu en faire ? se renseigna le Rôdeur sans quitter des yeux sa cible.

— La mettre en lieu sûr, ce que ne me parait pas une mauvaise idée lorsqu'on sait que Pippin a déjà trouvé l'occasion de faire une belle erreur avec…

— D'après Gandalf, le Hobbit n'aurait pas commis de véritable impair. Il s'est juste montré imprudent. Toutefois, les visions qui lui sont parvenues nous ont permis d'anticiper sur les intentions de Sauron… Nous savons désormais que le Gondor sera prochainement attaqué.

— Ce n'était pas difficile à deviner, souligna la guerrière sceptique. Après tout, ces terres sont les plus proches du Mordor et pour couronner le tout, elles ne sont pas bien protégées. Ce n'est pas l'actuel Intendant de cette cité qui va mener les troupes au combat.

— Le Seigneur Denethor…

— N'a aucune volonté, acheva l'Elfe. Tu ne le connais pas… Boromir était un homme bon et courageux malgré tout ce que j'ai pu dire sur lui. Si il a tenté de voler l'Unique à Frodon, c'est surtout parce que son père a perverti ses pensées. Alana avait eu l'opportunité de rencontrer son jeune frère Faramir et m'en avait dressé un portrait plutôt positif si ce n'était qu'il était trop effacé par rapport au reste de sa famille. Ma sœur m'avait alors dit à l'époque de me fier plus à Faramir qu'à son père. J'ai confiance en son jugement.

— Mithrandir est parti les avertir de l'assaut imminent. Je ne peux pas intervenir de l'intérieur du Gondor.

— Accepte ta destinée ! Brandis Anduril haut et fort et les Hommes se rallieront à toi. Tu as toute les qualités nécessaires pour prendre le commandement. Cette place te revient de droit. Crois-moi ou non, mais Sauron redoute ton apparition. Il n'a pas oublié Narsil et son propriétaire. Ton ancêtre Isildur a accompli l'impensable : lui dérober son anneau. À défaut de pouvoir jeter l'Unique de toi-même dans les flammes de l'Oroduin, tu peux t'assurer d'occuper Sauron suffisamment longtemps pour laisser une chance à Frodon de réussir sa mission.

— Il sait que je complote contre lui, murmura-t-il.

— Tu t'es montré à lui ? articula-t-elle lentement.

— J'ai bien conscience que mon identité peut effrayer Sauron, tu n'avais pas besoin de me le dire, rétorqua Aragorn d'un calme à toute épreuve. Je l'ai menacé.

— Et ? s'impatienta la Protectrice.

— Et il va se dépêcher d'envoyer ses troupes sur Minas Tirith.

— Eh bien ! Vous parlez d'une avance ! ronchonna Gimli qui venait de surprendre leurs derniers propos. En quoi était-ce utile de le presser à venir nous écraser ?

— Au moins, cela lui laissera moins de temps pour se préparer, réfléchit Aliania à voix haute.

— Nous ne sommes pas prêts ! rugit le Nain.

— Lui non plus, clamèrent simultanément le roi exilé et l'Elfe.

o*o*o*o

Une soudaine bourrasque agita les feuilles du Saule Cogneur. Un portail magique s'ouvrit non loin des branches qui, mécontentes, se mirent à gesticuler dans tous les sens. Soledad surgit d'un pas vif de l'onde translucide qui se dématérialisa dans la foulée. Elle tenait entre ses mains une boule de vieux chiffons. Jetant des regards méfiants autour d'elle, la jeune femme se dirigea vers le château aussi discrètement que possible. Elle doutait néanmoins que quiconque puisse l'apercevoir en pleine nuit… À en juger par l'aspect du spectre lunaire, il devait être entre deux et trois heures du matin. A priori, tous les élèves ainsi que leurs professeurs devaient être profondément endormis au fond de leurs lits. L'Elfe grimpa rapidement dans les étages et gagna la Salle Commune des Gryffondor, non sans avoir réveillé la Grosse Dame qui maugréa son agacement d'être ainsi tirée de son sommeil. La sorcière n'était pas persuadée de la véracité de sa plainte : elle soupçonnait fortement les portraits de simuler l'endormissement afin d'espionner les élèves imprudents… Dumbledore avait eu vent de trop de conversations privées à son goût lorsque Marie était encore ici… Ne pouvant dissimuler de micros à cause des interférences magiques qui rendaient les technologies moldus dysfonctionnelles, elle ne voyait que cette explication logique.

Le feu s'était presque éteint dans l'âtre. Elle le raviva manuellement avant de soupirer d'aise en s'asseyant dans un vieux fauteuil. Plongée dans ses pensées, elle s'amusa à jongler distraitement avec le paquet emmailloté. Maintenant qu'elle avait récupéré la pierre, elle hésitait à s'en servir. Était-ce vraiment nécessaire de contacter Sauron ? Ne prenait-elle pas un risque inutile ? Toutefois, elle n'avait jamais caché son aversion pour l'ancien serviteur de Morgoth : celui-ci devait pertinemment savoir qu'elle était l'une des premières personnes à se dresser contre lui. Pourquoi ressentait-elle le besoin de s'afficher aussi ouvertement à lui ? De le provoquer au travers du Palantir ? À son sens, Pippin avait fait une erreur monumentale en regardant dedans… D'un autre côté, il ne s'agissait que d'un Hobbit. Un Semi-Homme qui n'avait aucune connaissance du Monde et capacité à résister à l'attraction de Sauron. Même Saroumane n'avait pas su faire face à son influence néfaste. Quoique… la corruption de son ancien mentor remontait probablement à bien plus longtemps que la découverte du Palantir. Elle ignorait depuis combien de temps l'Istar communiquait avec le Seigneur Noir, mais elle supposait que cela ne remontait pas à des siècles. Adolescente déjà, elle pressentait sa faiblesse, sa soif insatiable du pouvoir… Personne n'avait voulu prêter attention à ses avertissements à l'époque ! À cette pensée, son sang ne fit qu'un tour dans ses veines. Elle les avait prévenus et ils l'avaient ignorée, méprisée même pour certains. Galadriel et Elrond avaient mis ses propos sur le compte d'un besoin de vengeance. Quant à Gandalf, il avait fait la sourde oreille, bien heureux de se voiler la face. Inutile de se rappeler de la réaction de Prestya… Seule Léïa l'avait écoutée et tentée de la raisonner en arguant ses dires. Prisonnière de la Cité d'Argent, Aliania avait fini par se taire au sujet de Saroumane et avait dissimulé tout au fond de son cœur sa colère, certaine que celle-ci referait surface au moment venu. Plus de deux mille années s'étaient écoulées depuis… Comme quoi, le proverbe populaire « tout vient à point à qui sait attendre » pouvait s'avérer vrai !

Le tissu glissa sur la sphère sombre et tomba sur la moquette rapiécée. Soledad se pencha pour le ramasser mais se figea lorsqu'elle constata qu'une image se formait au cœur du Palantir. Durant une fraction de seconde, la jeune femme fut tentée de recouvrir la pierre et de la jeter dans le lac… Elle ne s'attendait absolument pas à ce que la liaison se fasse alors qu'elle ne se trouvait même pas dans le même univers que la Terre du Milieu ! Rapidement, elle remarqua qu'elle n'avait pas affaire à Sauron. Les traits d'un visage se firent de plus en plus nets jusqu'à ce qu'elle puisse l'identifier. Les deux interlocuteurs parurent aussi surpris l'un que l'autre. Contre toute attente, Soledad se retrouva en contact avec une personne placée en haut de sa liste de gens à éliminer : Arthélius, La colère céda place à toute prudence :

— TOI ! Qu'est-ce que... POURQUOI TU AS CETTE PIERRE ? hurla-t-elle abasourdie.

— Je pourrais te poser la même question, sale sorcière, cracha-t-il furieux. A qui l'as-tu volée ? De quel droit oses-tu l'utiliser !

— J'n'en crois pas mes oreilles ! s'insurgea la fille d'Elrond, outrée. Depuis quand possèdes-tu un des Palantiri ? À quoi te sert-il si ce n'est pour espionner les... dit-elle avant de s'interrompre, une brusque pensée venant de traverser son esprit. Tu es avec...LUI ? Avec EUX ? Tu...

— Tu es délirante, persiffla-t-il. Totalement incohérente ! Même pas fichue d'aligner une phrase complète...

— Par tous les Valars, tu t'es allié au Mordor !

— C'est ce qu'on appelle regrouper les troupes. Tu sais ce qu'on dit « l'ennemi de mes ennemis est mon ami ».

— Le simple fait que tu songes à considérer Sauron comme un ami prouve combien tu es fou à lier...

— Tu n'as pas compris, susurra-t-il vicieusement, que tout ceci n'est que politique. Sauron s'apprête à détruire cette terre. Il n'y aura plus que le chaos et la désolation – non pas que cela me dérange, bien au contraire – et à ce moment-là, je l'affronterai et prendrai le commandement suprême ! Je gouvernerai l'intégralité de la Terre du Milieu !

— Super, je ne te savais pas à ce point mégalomane! grinça-t-elle des dents. Mais tu hallucines tout haut Arthélius ! Sauron se sert de toi tout comme il s'est servi de son pantin Saroumane ! Tu n'auras jamais le dessus sur lui. Si tu penses ne serait-ce qu'une seule seconde qu'il t'épargnera à la fin, tu es en train de te leurrer.

— Je sais parfaitement ce que je fais ! Inquiète toi plutôt pour les tiens car votre fin est proche...

— L'Arthélius que je connaissais ne se serait jamais plié sous les ordres de quiconque ! l'asséna violemment son ex belle-sœur. Tu es devenu faible.

— On en reparlera le jour de la bataille final. Ce n'est pas moi qui suis en fâcheuse posture sorcière. Ta lignée est presque anéantie, tu n'as plus la force de nous tenir tête, peu importe ce que tu tenteras. Le Troisième Âge s'achèvera avec l'extinction de tous les Peuples Libres.

— Ou avec celle du serviteur de Morgoth – et accessoirement celle de ses laquais – cela va sans dire, rétorqua-t-elle vivement avant couper court à la conversation, consciente qu'une personne descendait des dortoirs.

La liaison se rompit lorsqu'elle rabattit le vieux tissu sur la pierre d'Orthanc. Rapidement, elle fourra l'objet derrière un coussin. Elle eut à peine le temps de s'appuyer dessus qu'une voix s'adressa dans son dos :

— A qui parlais-tu ?

— Tu as l'ouïe fine, marmonna Soledad.

— C'est généralement le cas pour tous les gens de notre peuple, souligna Ana sereinement. Je ne pensais pas te revoir de sitôt.

— Comment va Harry ? demanda Soledad en dirigeant la conversation vers un terrain plus neutre.

Ana sembla hésiter à répondre. Elle ne savait pas trop si elle devait revenir sur la scène qui avait eu lieu dans le bureau de Dumbledore l'avant-veille. Soledad avait quand même outrepassé les bornes ! Et en même temps, elle lui avait balancé au visage de terribles nouvelles de son pays natal. Cela l'avait fait réfléchir. Sa grande sœur n'avait eu pas une attitude correcte – bien que compréhensible étant donné les circonstances – mais elle-même n'avait pas été très attentive aux problèmes annexes qui pesaient sur les épaules de la guerrière.

— Je pense qu'il est un peu sous le choc... choisit-elle de répondre. Apprendre que le fou meurtrier qui s'était évadé de prison pour soi-disant pour le tuer est finalement son parrain et que celui-ci est innocent et prêt à l'adopter, ça secoue pas mal...

— C'est un bon résumé, soupira la Protectrice. Encore faut-il que Fudge ouvre les yeux et admette l'énorme erreur judiciaire qui a été commise.

— Rien n'est moins certain, notifia Anabellissë sceptique. Il n'a pas l'air très... déterminé à reconnaitre ses torts.

Sa pseudo sœur laissa échapper un petit rire : le jour où le Ministre de la Magie reconnaitrait son aveuglement, il risquait de tomber de l'or du ciel, et celui-ci n'aurait rien à voir avec les Farfadets irlandais.

— Le Professeur Lupin a démissionné, soupira l'Elfe. Quel dommage ! Il était si compétent et pédagogue avec ses élèves !

— Pourquoi a-t-il fait ça ? marmonna Soledad.

— Le Professeur Rogue a raconté aux Serpentard sa condition de lycanthropie. Du coup, il a pris les devants et a préféré quitter Poudlard avant que les parents d'élèves ne le poussent dehors…

— Dumbledore l'aurait défendu ! protesta la guerrière, outrée. Ça me tue : personne n'a protesté lorsque Quirrell avait Voldemort collé à l'arrière de la tête ou quand Lockart brillait par son incompétence ! Mais sous prétexte qu'une fois par mois Lupin se transforme en boule de poil, il faut le virer ? C'est affligeant…

— Je te signale juste que très peu de personnes connaissent la vérité sur Quirrell. Quant à Lochkart, lâcha-t-elle dédaigneusement, il avait la physionomie qui plait tant à la gente féminine de ce monde… Malheureusement, Remus Lupin ne peut pas en dire autant. L'apparence prime sur la compétence c'est le triste constat que j'ai pu faire au sujet de cette population. Je vais retourner en Terre du Milieu, reprit l'Elfe pensivement.

— Sûrement pas, rétorqua la plus âgée des deux.

— Les vacances débuteront dans quelques jours, Harry n'est plus en danger et va retourner dans sa famille et...

— Et tu vas continuer à veiller sur lui le temps qu'il faudra, compléta Soledad sur un ton qui n'admettait aucune réplique. Je ne veux pas que tu rentres pour le moment, c'est beaucoup trop dangereux. La guerre est sur le point de prendre un tournant décisif. Tant que le Mordor est une menace, tu resteras ici !

— Justement, je serai plus à ma place au combat aux côtés des Peuples Libres. Je dois protéger autant que possible mon pays, argua Ana sur la défensive.

— Je crois que tu n'as pas très bien saisi l'ampleur de la situation Ana ! Il est hors de question que tu te retrouves sur un champ de bataille. Ta mort ne servira pas notre cause !

— Toute âme pouvant porter une épée doit se lever contre...

— Je vais te dire les choses autrement : dans l'éventualité où nous en sortirons vainqueurs, il nous faudra des personnes fortes pour tout reconstruire. Je veux que tu fasses partie des survivants et que tu œuvres pour rétablir un nouvel ordre. Je suis réaliste : nous anéantirons peut-être le Seigneur Noir, mais cela ne sera pas sans dommage. Nous allons subir de lourdes pertes. Quand bien même Sauron tomberait, il resterait encore grand nombre de ses fidèles à pourchasser. Les soldats qui n'auront pas trépassé devront le faire puis viendra la renaissance. À ce moment-là, tu seras là et mettras en œuvre tout ton savoir.

— Mais... balbutia-t-elle, vexée.

— Je ne sais pas si je vais survivre à cette guerre Ana ! déclara Soledad en détachant chaque syllabe. Je NE sais PAS, d'accord ? Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour faire tomber Sauron mais je ne peux pas certifier que la Lumière triomphera sur les Ténèbres. Cela m'aiderait grandement de savoir que des personnes de confiance seront présentes pour soutenir les survivants. Est-ce que je peux compter sur toi ?

— Tu peux compter sur moi, affirma Ana, bien que je n'approuve pas ce plan.

Puis elle remonta dans le dortoir d'un pas leste. Soledad soupira profondément et finit par s'assoupir dans le vieux fauteuil, prisonnière d'une sourde angoisse. Malgré une suite d'horribles cauchemars, l'Elfe ne se réveilla pas avant le petit matin où les premiers élèves descendirent pour le petit-déjeuner. L'esprit embrumé, elle n'identifia pas immédiatement d'où provenait la douleur lancinante dans le creux de son dos. Ce fut lorsqu'elle s'étira en grognant qu'elle se rappela la présence du Palantir. Soledad s'en empara et le dissimula sous une cape qu'elle agrafa à son cou. Elle la rendrait à son propriétaire une fois qu'elle aurait atteint la salle de bains sans que personne n'aperçoive son fardeau. La porte franchie, elle s'empressa de faire couler de l'eau bouillante qui détendit ses muscles endoloris. Savourant au maximum le confort d'une douche chaude, elle s'efforça à ne penser à rien d'autre. D'ici quelques jours, elle savait qu'elle livrerait une grande bataille avec ses soldats mais ignorait lesquels elle reverrait – enfin si elle-même s'en sortait… Quiconque l'ayant observé depuis la perte d'Alana pouvait sérieusement émettre des doutes sur sa volonté de vivre. Elle n'adoptait pas vraiment une attitude rassurante et responsable vis-à-vis d'elle-même. Bien qu'elle continuait à assurer son devoir de Protectrice, tous sentaient combien sa propre mort lui était égal. L'Elfe poursuivait sa tâche sans prêter attention à tout le reste. Elle avait pris grand soin de couper ses attaches les plus précieuses en rompant avec l'homme de sa vie et en prenant de la distance avec ses amis les plus proches. Cette rupture était compréhensible lorsque sa sœur était partie. Mais au fur et à mesure que le temps passait, elle ne faisait que s'éloigner de plus en plus. Un espoir s'était embrasé dans le cœur de Legolas la nuit de la bataille du Gouffre de Helm. Même si la jeune femme lui avait vite fait comprendre par la suite que rien de ce qu'il s'était passé n'avait d'importance, il refusait de la croire. Il pensait sincèrement que si la guerre et la mort ne les sépareraient pas pour toujours, alors il aurait l'éternité pour la reconquérir et lui rendre le sourire.

Ce fut à regret que la guerrière sortit de la douche pour s'habiller. Elle opta pour un pantalon de cuir noir, un tee-shirt blanc à une manche et une veste en accord avec son bas. Elle laissa les cheveux libres, ses boucles se reformant de façon quasiment instantanée malgré un brossage intensif. Soledad prit un large sac en bandoulière, y fourra le Palantir, quelques autres babioles puis descendit précipitamment les escaliers. Le soleil matinal d'été était agréable. Alors que les derniers cours allaient commencer, des élèves de plusieurs maisons profitaient du beau temps pour s'aérer. Parmi eux se trouvaient le Trio d'Or en compagnie d'Ana. Ils la saluèrent et lui demandèrent des nouvelles. Affichant un mince sourire, l'Elfe haussa des épaules et éluda la question. Elle prit Harry en aparté tandis qu'Ana encouragea les deux autres à se diriger vers les serres de botanique où le Professeur Chourave les attendait.

— Comment ça va Harry ? lui demanda-t-elle sans détour.

— Ça va, mentit-il pour esquiver un de ces discours réconfortants qu'on lui avait régulièrement servis ces derniers jours.

— Tu vas passer tes vacances à Privet Drive ?

— Où veux-tu que je les passe autrement ? Je n'ai pas vraiment le choix, Poudlard est fermé l'été, déclara-t-il en cachant mal son amertume.

— Peut-être que tu pourras aller quelques temps chez les Weasley ? Je suis sûre que la mère de Ron ne s'y opposerait pas, offrit-elle gentiment.

— On n'en a pas parlé…

— Ana ne sera pas loin en cas de problème, l'informa sa protectrice l'air de rien. Tu ne seras jamais vraiment seul durant les deux prochains mois. Si les Dursley rendent tes vacances insupportables, tu la contactes et elle agira.

— Tu ne seras pas dans le coin ?

— Peut-être que oui, peut-être que non, avoua-t-elle énigmatique. Tu verras bien…

— Est-ce que je dois m'inquiéter ? l'interrogea-t-il anxieusement.

— De t'attirer les foudres de Chourave ? Certainement ! Tu vas être en retard ! le houspilla-t-elle en lui ébouriffant les cheveux davantage qu'ils ne l'étaient déjà.

— Hé ! protesta-t-il faiblement en esquivant la jeune femme.

— Allez mon grand, va rejoindre Ron et Hermione, ils t'attendent.

Le cœur serré par un mauvais pressentiment, l'adolescent lui lança un dernier regard insistant avant de rattraper de ses meilleurs amis. La fille adoptive d'Elrond resta pantoise, sa belle chevelure châtaine s'illuminant au contact des rayons solaires.

— Ana…, commença la jeune femme.

— Arrête, la coupa-t-elle la voix serrée. Tout ce que tu vas dire sonnera comme des adieux.

— Ne sois pas aussi mélodramatique ! voulut minimiser la guerrière de façon nonchalante.

— Ne sois pas aussi indifférente de ton sort Aliania ! rétorqua-t-elle vivement. Promets-moi que tu feras tout pour revenir.

— Ne t'ai-je pas promis de tout faire pour détruire Sauron ?

— Ce n'est pas ce que ce que je te demande…

— Mais c'est ce que je compte faire, trancha-t-elle en ouvrant le passage magique.

Sans un mot de plus, la Protectrice franchit le seuil, abandonnant ainsi une Anabellissë troublée.

o*o*o*o

En réapparaissant à Dunarrow, une ancienne ville taillée dans les pans d'une haute roche où Théoden réunissait ses troupes avant de partir pour le Gondor, la sorcière s'isola au fin fond d'une caverne, bien loin des regards indiscrets. Elle ouvrit sa besace et en sortit la sphère. Immédiatement, la couleur du Palantir vira dans un ton orangé. D'abord comme un écho, puis de façon de plus en plus claire, une voix lugubre se fit entendre. L'Elfe était quasiment certaine qu'il s'agissait du Parlé Noire, la langue du Mordor. L'œil de Sauron apparut subitement, nimbant de flammes l'orbe.

— Vous ! intervint la voix menaçante de son ennemi.

— Et… vous, lâcha-t-elle sur un ton qui se voulait nonchalant, un brin provoquant.

— Vous auriez dû accepter l'offre que Saroumane vous a faite. Je n'ai pas d'autres choix que vous éliminer désormais.

— Je ne me serai jamais alliée à vous ! cracha-t-elle le regard noir. Je ne me plie à aucun ordre, surtout pas si ils viennent d'immondes manipulateurs comme vous. Je vous hais depuis toujours. Je n'ai pas oublié ce que vous nous avez fait à Barad-Dûr… l'avertit-elle la voix vibrante de colère.

— J'aurai dû vous éventrer à cette époque. Mais ce n'est pas grave je me ferai un plaisir d'anéantir tout ce à quoi vous tenez sur cette terre. Vous allez souffrir, me servir puis mourir dans d'atroces souffrances.

— Il faudrait déjà que vous sortiez, souligna l'Elfe sarcastique. Parce qu'à part donner des ordres, vous ne pouvez rien faire d'autre ! C'est difficile sans sa vieille carcasse et une malheureuse bague dorée !

— Votre impudence vous perdra sorcière. Vous n'êtes pas plus importante qu'une de ces larves qui grouillent à mes pieds. Vous n'êtes rien.

— En attendant, je peux lever mon épée et aller où bon me chante. Ce n'est pas votre cas, le nargua-t-elle avant de rompre la liaison, laissant le Seigneur des Ténèbres ivre de rage.

En sortant de la grotte, Aliania eut la surprise de trouver un soutien inattendu. Une trentaine d'Hommes à cheval entourait la tente de fortune du roi Théoden. Vêtus assez pauvrement, leurs postures affichaient toutefois une certaine assurance et appelaient au respect les Rohirrims.

— Que vaut le plaisir de votre visite ? s'exclama l'Elfe en inclinant légèrement la tête face à leur meneur.

— Nous sommes porteurs d'un message pour Grand-Pas. Maintenant qu'il lui a été délivré, nous attendons sa décision, l'informa Halbarad en lui rendant respectueusement son salut.

— Quel message ?

— Le Seigneur Elrond me dit de me rappeler des Morts, exposa le rôdeur qui sortit de la tente royale, en compagnie de deux Elfes dont la sorcière se serait volontiers passée.

— Il n'y a pas de meilleures possibilités pour mobiliser suffisamment de forces afin de porter un véritable coup à l'Ennemi, intervint Elrohir calmement, sans esquiver le moindre signe de familiarité avec sa demi-sœur.

— J'ai dû rater un chapitre ou bien mon décodeur est en panne car je ne comprends pas de quoi il s'agit… maugréa-t-elle en jetant un regard méfiant aux jumeaux.

— Je m'apprête à me mettre en route sur le chemin des Morts, admit Aragorn. Le Seigneur Elrond pense qu'il s'agit de notre meilleur espoir. Je suis le seul à pouvoir les convaincre à rejoindre le combat.

— Les convaincre ? articula son amie sceptique. Aragorn, tu es conscient que ce sont des esprits damnés ? Ils n'obéissent à personne et se fichent d'ailleurs éperdument de ce qu'il se trame dans le monde !

— Alors je les obligerai à répondre à l'appel de leur roi ! clama le fils d'Arathorn en sortant soudainement Anduril de son fourreau. Il est temps ! Je pars sur le chemin des Morts ! clama-t-il à nouveau. Allez en Gondor, défendez ce royaume autant que possible et si la fortune m'est favorable, je viendrai avec les renforts avant la fin.

— Nous venons avec vous Seigneur, s'inclina Halbarad devant son cousin. La Compagnie Grise marchera à vos côtés jusqu'au bout.

— Et nous aussi, lança Gimli en s'appuyant sur sa hache.

— Nous n'avons pas parcouru tout ce chemin ensemble pour que nos routes se séparent maintenant, confirma le Prince de la Forêt Noire. Quand désirez-vous partir ?

— Nous partirons dans une heure, décida Aragorn, intérieurement ému par ces marques d'amitié.

Tout d'un coup, l'héritière d'Imladris s'effondra au sol dans un hurlement étranglé. Au même-moment, la terre se mit à trembler violemment tandis que le ciel sembla davantage s'obstruer. Aliania se roula en boule en haletant, le visage crispé par la douleur.

— Il n'aura vraiment pas mis longtemps à répondre, grinça-t-elle des dents en tentant de respirer plus normalement.

— Que se passe-t-il ? s'écrièrent plusieurs hommes. Pourquoi la terre tremble-t-elle ? Que lui arrive-t-il ?

— Aliania, qu'est-ce qu'il ne va pas ? la pressa Elladan qui s'était agenouillé près d'elle, le front plissé par l'inquiétude.

— On y est enfin… gémit-elle en s'adossant avec peine contre la roche, arcboutant son dos comme si elle voulait faire bouger la paroi de ses omoplates. Il… Sauron ! Il a dû déclencher son plan ses troupes… sont en marche ! Ce connard d'Angmar me le fait bien sentir ! parvint-elle à dire avant de se mordre le poing pour étouffer une nouvelle plainte.

La fille d'Elrond passa son autre main dans son dos pour frictionner l'endroit où la douleur l'irradiait. Un liquide chaud et poisseux se déposa sur ses doigts : son ancienne cicatrice – héritage maudit de sa capture à Barad-Dûr – était rouverte à vif ! Cela ne lui était encore jamais arrivé. Elle la lançait bien de temps à autre selon les humeurs du Roi-Sorcier, mais à ce jour, la plaie ne s'était jamais remise à saigner ! Elle ne savait même pas que cela pouvait se produire… La blessure avait beau suinter, la douleur n'était pas naturelle. La souffrance ressentie allait au-delà d'une profonde entaille.

— Quelle est cette étrange lueur dans le lointain ? cria un garde du Roi, le doigt pointé vers le Gondor.

À ces mots, la guerrière se releva tant bien que mal à l'aide de son demi-frère qui continua à la soutenir une fois debout, les yeux allant et venant entre les doigts ensanglantés de la jeune femme et la lueur dans le lointain. Aliania ne protesta pas à ce contact prolongé et contempla la lumière verdâtre qui nappait l'horizon.

— Est-ce… ? commença Halbarad, le cœur rempli de crainte.

— Ouais, ça vient de la tour de Minas Morgul, confirma la Protectrice en retombant à terre malgré le soutien d'Elladan. Le signal ne peut pas être plus clair… La grande bataille de notre temps est lancée. On n'a plus le temps, il faut avancer ! s'adressa-t-elle autoritairement à Théoden. Votre armée doit mettre immédiatement le cap sur Minas Tirith, sans quoi il ne resterait plus rien à sauver de la ruine. Aragorn, si telle est ta volonté, pars chercher de l'aide chez les Morts et rejoins-nous au plus vite.

— Quand l'Armée Noire atteindra-t-elle le Gondor ?

— Bien avant que nous ne l'atteignons nous, c'est pourquoi il n'y a plus une seule minute à perdre en de futiles bavardages ! argua la sorcière en épongeant sa blessure.

— Et toi, que comptes-tu faire ? s'enquit Legolas, conscient qu'elle ne suivrait ni la Compagnie Grise, ni les Rohirrims.

— Je vais soutenir la Cité Blanche le temps que vous arriviez…

— Tu n'y arriveras pas seule, objecta son ancien compagnon pragmatique.

— Tu as une meilleure solution ? C'est bien ce que je pensais, répliqua l'Elfe brune après un silence éloquent.

o*o*o*o

L'année scolaire touchait à son terme. Surexcités, les élèves s'étaient engouffrés dans le Poudlard Express, pressés de pouvoir enfin profiter pleinement de leurs vacances d'été. Ana, qui montait pour la première fois de sa vie à bord d'un train, avait longuement contemplé le convoi avec curiosité. Ses jeunes amis avaient presque dû la pousser dedans tant elle avait pris son temps. Dans le wagon où s'étaient isolés Harry, Ron, Hermione et Ana, l'ambiance était chaleureuse. Le Survivant parvenait à cacher – du moins lui semblait-il – à ses deux meilleurs amis son appréhension de rentrer à Privet Drive. Sous les yeux réprobateurs d'Hermione, un petit hibou survolté naviguait allégrement dans la cabine, allant de la fenêtre à la porte, puis du sol au porte-bagage.

— Ron, pourrais-tu dire à cet oiseau de se calmer !

— Mais je ne peux rien y faire, il ne m'écoute pas ! Coquecigrue, ça suffit ! Arrête de nous embêter.

— Et si on le mettait temporairement dans la cage d'Hedwige ? suggéra l'Elfe qui commençait à se lasser des allers et venues du volatile. Harry, tu permets ?

— Oui, oui, si vous voulez, répondit le jeune garçon d'un air lointain.

Il tenait entre ses mains une lettre que Sirius lui avait envoyée la veille. Il ne faisait que la lire et la relire depuis, le sourire béat. Son parrain s'était caché en lieu sûr avec Buck, loin de Poudlard. Il lui avait avoué être celui qui lui avait offert l'Éclair de Feu et, cerise sur le gâteau, avait joint à son courrier une autorisation de sortie pour se rendre à Pré-au-Lard l'année prochaine. Se sentant sans doute coupable de la perte de Croûtard, Sirius avait proposé à Ron de garder Coquecigrue en guise de dédommagement. Le jeune Weasley avait accepté avec joie son offre étant donné qu'il avait toujours rêvé d'avoir son propre hibou, mais que ses parents avait toujours refusé à cause de leurs difficultés financières.

— Cet été, il va y avoir la Coupe du Monde de Quidditch ! s'exclama Ron, les yeux brillant de bonheur. Il faut absolument que papa obtienne des billets et que nous y allions tous ensemble !

— Cela serait super, acquiesça Harry avec néanmoins plus de retenue. Même si je ne pense pas pouvoir venir… Quoique, si je glisse aux Dursley que j'ai retrouvé mon parrain et que celui-ci est un meurtrier en fuite, il est possible que cela change bien des choses.

— Tu as raison Harry, il ne faut pas hésiter à sortir de bons arguments, rigola l'Elfe. Ne t'inquiète pas, ton été ne pourra pas être pire que les précédents. Tu n'as qu'un mot à dire pour que l'on vienne te chercher.

— Dumbledore refuse que je quitte le domicile de mon oncle et ma tante…

— On va le forcer à passer trois jours chez eux puis on lui fera alors réviser son jugement, déclara-t-elle tranquillement. Plus sérieusement, je m'arrangerai pour que tu ne sois pas obligé de passer toute la saison chez eux. Après tout, je suis sûre que Sirius t'autorisera à passer quelques jours chez les Weasley.

Le reste du trajet s'écoula rapidement. Passer une journée complète assisse sur une banquette pouvait paraitre longuet pour la plupart des gens mais, en fin de compte, le temps passa vite pour l'Elfe qui avait contemplé par la fenêtre les paysages défiler.

Lorsqu'ils descendirent sur le quai, les Gryffondor encouragèrent la jeune femme à traverser le mur de la voie 9 ¾ en lui jurant qu'elle ne se heurterait pas à une surface dure. Méfiante malgré tout, elle s'avançait une main en avant pour effleurer les briques. Constatant que ses doigts s'enfoncèrent sans douleur dans le mur, elle inspira et franchit le seuil.

— Je ne comprends pas, railla Ron en tirant sa malle, tu as déjà franchi plein de passages magiques auparavant. Alors pourquoi tu as eu peur de celui de la gare ?

— La prochaine fois, je m'arrangerai pour ouvrir un portail dont la destination est inconnue et je te suggérerai de passer en premier, répliqua-t-elle, légèrement vexée.

— Ça serait trop cool d'aller visiter ton monde ! s'enthousiasma le rouquin avant de grimacer lorsqu'il vit sa mère foncer sur lui. Maman arrête, lâche-moi, c'est gênant… grogna-t-il en tentant de repousser sa mère.

— Bonjour Mrs Weasley, clamèrent en chœur Harry et Hermione.

— Oh les enfants, comment allez-vous ? Mon pauvre chéri, c'est tellement épouvantable ce qu'il t'est arrivé ! Quelle idée d'accepter que tous ces affreux Détraqueurs rôdent autour d'une école ! Et ce fou furieux qui a essayé de te tuer, déplora-t-elle. L'essentiel, c'est que tu n'aies rien, poursuivit-elle en le serrant contre elle avec encore plus de vigueur que précédemment.

— Tu n'as pas fait autant de drame lorsqu'il m'a menacé avec un couteau la nuit d'Halloween, maugréa Ron en esquivant le coude de Hermione.

Bien évidemment, la véritable histoire de l'innocence de Sirius Black n'avait pas été dévoilée en raison de l'évasion de Pettigrew. Personne n'aurait voulu croire en un récit aussi extravagant sans avoir de véritables preuves. De ce fait, la femme d'Arthur Weasley avait juste eu vent de l'acharnement des Détraqueurs sur Harry, sans se douter une seule seconde de la réelle motivation de l'attaque. Elle ignorait que Black n'avait jamais voulu l'assassiner et que pour couronner le tout, celui-ci aimerait être réhabilité pour demander la garde de son filleul.

— Vous devez être Anabellissë, se calma-t-elle enfin en se tournant avec un grand sourire vers la concernée. Oh oui, Ron m'a tellement parlée de vous !

— Ravie de vous connaitre Mrs Weasley, s'inclina-t-elle respectueusement. J'espère que les propos de votre fils n'étaient pas trop négatifs.

— Mon Ron ne m'a dit que du bien de vous ! Les jumeaux semblent émerveillés à chaque fois qu'ils parlent à votre sujet. Maintenant que je vous vois, je comprends mieux pourquoi… Vous avez probablement du sang de Vélane en vous pour être aussi magnif…

— Maman, s'il te plait ! la coupa son fils, le teint cramoisi. Papa nous attend, nous devrions y aller.

— Je ne sais pas ce qu'est une Vélane, admit Ana amusée, mais les Elfes produisent cet effet sur beaucoup de mortels.

— Mais au fait, où vas-tu aller ? réalisa Hermione curieuse. Tu n'as pas de famille pour t'héberger !

— Je m'arrangerai…

— Mais tu connais des gens où tu pourrais aller ? insista la jeune fille. Londres n'est pas un endroit où tu peux vivre dans la rue. Je veux dire… il te faut de l'argent et un toit !

— Hermione, c'est gentil de te soucier de moi. Je suis néanmoins une adulte, je peux me gérer seule.

— Venez donc à la maison Anabellissë, offrit Mrs Weasley de bon cœur. Ce n'est peut-être pas un palace, mais vous y êtes la bienvenue. Ginny vous prêtera sa chambre et partagera celle de Ron.

— Oh, je ne peux accepter une telle hospitalité, s'exclama l'Elfe, gênée.

— Ne dites pas de sottise, la houspilla gentiment Molly Weasley. La question est réglée, en route les enfants !

— Je vous remercie sincèrement.

Une fois que Harry fut reparti en compagnie des Dursley – qui au passage avaient affiché à la fois une mine écœurée et effrayée à la vue des sorciers –, la bande de rouquins se mirent en route au cœur des rues animées londoniennes. Les vacances s'annonçaient sous les meilleurs augures et Ana se réjouissait d'avoir de quoi s'occuper un minimum l'esprit.

o*o*o*o

Ce fut sous un manteau de ténèbres que la guerrière gagna la Cité Blanche. Autrefois, la majestueuse ville scintillait sous les reflets du soleil. Désormais, la pierre blanche paraissait tristement terne. Les champs du Pelennor avaient perdu leur verdure. Au loin, des fumées noirâtres s'élevaient d'Osgiliath, la ville servant de poste d'avant-garde le long de la rivière. La blessure d'Aliania, à défaut de saigner, continuait à la lancer avec violence. Elle sentait que le porteur de la lame de Morgul jubilait de la bataille à venir. Serrant les dents, elle se hâta de parcourir les rues de Minas Tirith en quête de Gandalf. Les habitants se terraient dans leurs demeures, complètement terrifiés. Quant aux soldats, ils se tenaient contre les murailles, les regards fixés à l'horizon où perçait une gigantesque masse sombre. Celle-ci s'approchait lentement mais sûrement. L'Elfe comprit qu'il s'agissait des troupes de Sauron qui marchaient sur la Cité. Réprimant un frisson d'excitation et d'angoisse, elle poursuivit son chemin et tomba nez à nez avec une vieille connaissance :

— Anàrion ! s'exclama la guerrière incrédule. Mais qu'est-ce que tu fais là ? Je vous avais envoyés au campement principal d'Imladris !

— Nous sommes tombés sur un serviteur de l'Ennemi il y a quelques lunes de cela. J'ai pu lui faire avouer les sombres desseins de son Maître : Sauron s'apprêtant à déverser les troupes de Minas Morgul sur le royaume du Gondor. Je me devais de donner l'alerte et de prêter main forte.

— Oh vraiment ? Ainsi donc, il avait déjà tout prévu ? Je n'avais donc pas vraiment besoin de l'énerver pour qu'il se bouge… Il avait déjà bien calculé son coup ce connard… ragea-t-elle. Que t'a-t-on répondu face à cet avertissement ?

— Que mes propos n'étaient que calomnies et ma présence indésirable, souffla-t-il exaspéré. Il a fallu que la tour de Minas Morgul s'illumine pour que le Seigneur réalise que je ne mentais point.

— Denethor est visiblement toujours en grande forme, marmonna l'Elfe. Il serait grand temps que le pouvoir soit repris par son héritier légitime !

— Je crains qu'il ne soit pas de cet avis, souligna l'homme, légèrement goguenard.

— Il n'aura pas le choix, trancha la fille d'Elrond. Nous n'avons pas sauvé Aragorn des Orques pour qu'il vive éternellement dans la clandestinité et l'anonymat.

— Faramir est parti avec des cavaliers de sa Maison pour tenter de reprendre Osgiliath mais je crains que ce ne soit en vain. Trop peu reviendront aux portes de la Cité… Gandalf les a pourtant priés de ne pas se sacrifier inutilement, rapporta Anàrion.

— Où est la jeune femme que je t'ai confiée ? changea-t-elle de sujet.

— Dans la Maison des Guérisseurs. Son état de santé est préoccupant depuis quelques jours. J'ai dû la soutenir une bonne partie du chemin tellement la douleur l'accablait. Mais cela ne l'a pas empêchée de m'insulter alors que je cherchais à l'aider… C'est étrange, mais je trouve que vous avez des similitudes assez prononcées…

— Ça, c'est uniquement parce que tu assimiles toutes les femmes à forte tête à ma personne, grogna Aliania, butée.

— Il n'y a pas que le mauvais caractère ! Vos gestes et expressions se ressemblent de manière troublante…

— Peu importe, coupa la sorcière précipitamment, nous avons moult choses à faire. Ne perdons pas de temps en de futiles bavardages. As-tu vu Gandalf ?

— Il est probablement avec le Seigneur Denethor… De ce que j'ai pu ouïr, il n'a pas eu plus de succès que moi…

— Comme c'est étonnant, maugréa son amie, la mâchoire crispée. Je ne veux pas que tu t'éloignes de la jeune femme que je t'ai confiée. Tu retourneras monter la garde une fois que je lui aurai parlé.

— Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, il y a une quantité d'immondes bestioles qui viennent à nous pour détruire le royaume des Hommes. Tu penses vraiment que protéger une seule personne soit indispensable ? s'enquit-il, le ton lourd de reproches à peine voilées.

— De deux personnes Anarion, le corrigea-t-elle étrangement calme. Tu sais parfaitement que si je te confie cette mission, ce n'est pas sans raison. Alors par pitié, ne discute pas mes ordres. Je ne me prive pas d'un excellent soldat par caprice. Je vais la voir, prépare toi à reprendre du service.

— Si seulement tu m'expliquais les vrais raisons, je serai plus enclin à jouer les nourrices, l'asséna-t-il durement.

Négligeant de répondre à cet affront, Aliania partit d'un pas vif chercher sa grande sœur. Elle la trouva rapidement, alitée sur un matelas de seconde main qui manquait cruellement de rembourrage.

— Aliana, murmura-t-elle doucement en posant une main fraîche sur le front brûlant de sa sœur aînée. Tu m'entends ?

La jeune malade émit un gémissement et entrouvrit péniblement les paupières. Après quelques secondes d'efforts, elle réussit à identifier sa visiteuse et se redressa légèrement.

— Comment te sens-tu ? se renseigna-t-elle en lui tenant la main.

— Tu ne me trouves pas radieuse ? ironisa la future mère avant d'être prise d'une violente quinte de toux.

— Pas vraiment… Tu ressembles plus à un zombie qu'à un rayon de soleil.

— Merci, c'est gentil… Aïe ! réagit-elle dans un soubresaut. Il m'a donné un coup ! Tiens, regarde ! l'invita-t-elle à poser sa main sur son ventre rebondi.

— « Il » ? releva sa sœur dans un sourire. Tu penses que c'est un petit gars ? Hé ! Vas-y doucement avec ta maman ! s'adressa-t-elle à son futur neveu. Pour l'instant, tu es bien au chaud alors ne fais pas mine de vouloir sortir ! dit-elle tout en caressant la peau de son pouce.

Son aînée rigola avant de reprendre un air plus fermé. Voyant les traits tendus de sa petite sœur, elle savait que celle-ci allait aborder un sujet sensible. Et effectivement, son instinct ne l'avait pas trompée :

— Je dois te demander quelque chose et je souhaiterais que tu me répondes en toute sincérité : savais-tu que Arthélius se sert d'une pierre de vision ? Si tel est le cas, quelles sont ses intentions ? s'enquit-elle franchement.

— Je n'ai pas de certitudes, soupira-t-elle en se rallongeant convenablement.

— Dis-moi juste ce que tu sais ou ce que tu soupçonnes.

— Et bien, commença-t-elle hésitante, peu désireuse de trahir le père de son enfant, je sais qu'il possède véritablement un Palantir et qu'il communique avec Sauron. Ce que je ne sais pas en revanche, c'est la teneur de leurs échanges.

— Tu n'as pas cherché à en savoir plus ? s'étonna Aliania perplexe.

— Qu'est-ce que tu crois ? Que je suis au courant de tous ses plans ? Il se méfie de moi lorsqu'il s'agit de guerre.

— Et depuis quand ? Pendant longtemps, il t'a informée de ses intentions.

— Et étant donné que je te prévenais en douce et que ses attaques échouaient de ce fait, il a cessé de se confier à moi. Il n'est pas stupide ! Il a bien deviné d'où venait la fuite… répliqua sèchement Aliana.

— Dis comme ça… grommela son interlocutrice. Mais l'as-tu questionné sur ses rapports avec Sauron ? Parce que j'aimerais bien savoir sur quel pied danser avec lui, dupa la guerrière qui parlait en connaissance de cause. Je n'ai pas envie de défier le Mordor et de me retrouver face à Arthélius comme ennemi. Helm m'a amplement suffi !

— Comment ça Helm ? Vous vous y êtes croisés ?

— C'est lui qui est venu me provoquer ! Je me serais bien passé de sa visite…

— Et… il avait l'air d'aller bien ? s'enquit maladroitement la compagne.

— Tu te fous de moi là ! s'insurgea Aliania, vexée. Rassures-toi, il pète la forme cet enfoiré ! Si tu tiens à t'inquiéter pour quelqu'un, tu pourrais commencer par moi… Je ne me suis pas encore remise à cent pour cent de son attaque à la Smaug !

— Le feu a toujours été son élément, concéda sa sœur dans un faible sourire. Tu n'as pourtant pas l'air d'avoir eu trop au chaud.

— En tous cas, autant de compassion me fait chaud au cœur, déclara ironiquement Aliania sans desserrer des dents.

— Mais il n'y a pas de quoi, répliqua la compagne d'Arthélius derechef.

— Je repasserai te voir plus tard, repose toi, dit Aliania avant de prendre congé de sa sœur.

Anàrion se tenait de l'autre côté de la porte, le visage fermé.

— Je maintiens que je serai plus utile parmi les défenseurs de cette Cité qu'au milieu des Guérisseurs, insista-t-il.

— Tant que je ne ramène pas de renforts, tu ne quittes pas ton poste, répliqua la guerrière avec fermeté. A très vite j'espère !

Aliania emprunta à nouveau un portail magique pour réapparaître auprès de son Armée. La différence de taille lui sauta immédiatement aux yeux : il y avait au moins un tiers de soldats qui manquait ! Sa tante Léïa, l'air grave, la rejoignit avec sa monture et lui raconta avoir été prévenue d'un assaut massif contre la Lorien par les troupes de Dol Guldur. Par conséquent, elle avait pris la décision de détacher une partie de la cohorte pour aller les seconder.

— Pourquoi avoir fait cela ? Nous étions déjà trop peu nombreux à faire route vers le Gondor et le Mordor ! protesta Aliania.

— Nous ne pouvions pas laisser nos parents sans défense.

— La Lorien n'est pas sans défense, contrecarra sa nièce.

— Elle s'est affaiblie avec la perte de Haldir et des combattants au Gouffre de Helm. Tu n'étais pas là et nous avons pris une décision. Prestya et Alania mènent huit cent guerriers renforcer les troupes restantes de Celeborn, trancha Léïa fermement. Il nous fallait nous assurer de la survie de ce Royaume.

— Et bien ils ont intérêt à repousser l'Ennemi jusqu'à raser Dol Duldur, maugréa la sorcière. Thranduil a également intérêt à se bouger de son côté. Après tout, il est bien placé pour agir ! Jusqu'à présent, je sais qu'il s'est contenté de rejeter les bestioles hors de ses frontières. Cela fait longtemps qu'il aurait dû traiter le mal à sa source.

— Tu as fini ?

— Pas vraiment mais faisons comme si. Il faut accélérer la cadence, Minas Morgul s'est vidé ! Le Gondor n'est pas prêt à se battre. Denethor ne dirigera pas ses troupes et Faramir n'est probablement pas assez expérimenté. Gandalf est là-bas, mais j'ai bien peur que cela ne suffisse pas.

— Nous devrions arriver dans deux jours si nous nous hâtons davantage. Mais ne redoutes-tu pas une trop grande fatigue des nôtres une fois arrivés ?

— En ce qui concerne mes soldats, ils peuvent tenir, estima la jeune femme, confiante. Ils sont suffisamment bien entraînés pour cela. Qu'en est-il des tiens ?

— La plupart sont partis avec Prestya. Le reste devra suivre tant bien que mal… Quel dommage que nous ne puissions ouvrir un portail assez longtemps pour les amener en Gondor ! déplora la Reine dans un soupir.

— Je l'ai envisagé, mais cela me demanderait trop d'énergie… Je ressens encore les effets de la dernière confrontation avec Arthélius, je ne vais pas tenter le diable. À la limite, ce n'est pas si grave si je ne suis pas opérationnelle immédiatement, mais je ne voudrais pas voir le portail se briser en plein transfert. Ça m'est arrivé une fois lors d'une évacuation d'urgence… Un arbre m'est tombé dessus, ça a été le trou noir et on a jamais su ce qu'il était advenu des voyageurs.

— Je n'avais jamais eu vent de cette histoire, dit Léïa, songeuse.

— Comme si j'allais te raconter tous mes déboires ! ironisa sa nièce avant de se murer dans le silence.

o*o*o*o

Maintenant que Poudlard avait retrouvé sa quiétude estivale – élèves et professeurs étant partis en congés – le Directeur se sentait un peu seul dans l'immense château. Après avoir réglé une multitude de papiers administratifs, il s'étira et s'en alla faire un tour nocturne pour se dégourdir les jambes. Et comme aucun de ses actes n'était vraiment vain, il se rendit à Pré-au-Lard, une idée en tête.

— Bonsoir Aberforth, clama le vieil homme en franchissant le seuil de la Tête du Sanglier. Oh, on dirait que tu n'as pas beaucoup de clients ce soir, constata le visiteur en contemplant les sièges vides.

— Sans doute parce que je suis fermé depuis trente minutes, grogna le gérant du bar en jetant un torchon sale sur son plan de travail.

— Oh oui, effectivement, j'ai tendance à perdre la notion du temps avec mon travail, même si les élèves sont partis en vacances, admit le Professeur Dumbledore en s'installant tranquillement à une table. Mais voyons cela comme une chance ! Ainsi, nous aurons tout notre temps pour discuter.

— Si on peut considérer deux heures du matin comme une heure convenable pour une réunion de famille, grommela Aberforth. Dis-moi ce que tu veux savoir qu'on en finisse au plus vite ?

— Pourquoi immédiatement penser que je suis en quête d'informations ? Ne puis-je pas juste passer pour prendre des nouvelles de mon frère ? dit le Directeur de Poudlard en toute innocence.

— Ne me prends pas pour un imbécile. Tes visites ne sont jamais désintéressées. Je suis fatigué alors ne tourne pas autour du pot.

— As-tu vu ou entendu quoique ce soit à propos de la nuit où Sirius Black s'est échappé de Poudlard ?

— Non, pourquoi saurais-je quelque chose à ce sujet ? Tout le monde en a parlé en se basant sur les dires de la Gazette. Si quelqu'un en sait davantage, cela est probablement toi. Je suis d'ailleurs médusé que ce fou furieux se soit évadé à ta barbe !

— Et bien, Poudlard n'est pas Azkaban, détourna Albus Dumbledore en sirotant un thé au citron qu'il avait lui-même faire apparaitre. Rien d'autre ?

— Si. L'autre jour, une jeune femme – probablement une Vélane – est venue boire un verre avec un homme. Depuis, je ne cesse de me demander d'où je la connais. Son visage m'a paru drôlement familier et pourtant, je suis sûr que ce n'est pas une habituée de ce bar. Voilà ma plus grande préoccupation du moment si tu veux tout savoir !

— Une belle jeune femme, vraiment ? sourcilla son interlocuteur, diverti.

— Je n'ai jamais dit qu'elle était belle, grogna le gérant en cognant brutalement un verre au fond de l'évier.

— Mais c'est ce que tu sous-entendais en parlant d'une Vélane. Étrange, son profil ne correspond pas vraiment à ta clientèle habituelle. Peut-être que si tu me la montrais, je pourrais t'aider.

Le barman haussa des épaules puis fit pivoter sa baguette. Le visage de la jeune femme se matérialisa dans les airs. Face à cette image, le Directeur eut du mal à masquer un air amusé. La mystérieuse inconnue n'était pas une Vélane mais une Elfe ! Soledad sans aucun doute possible. Il dévoila l'identité à l'homme tout en taisant les circonstances particulières de leur rencontre. Toutefois, il s'interrogeait sur la sensation de déjà-vu de son frère, se rappelant que lui-même avait éprouvé la même impression trois ans auparavant. Depuis, il n'avait jamais pu retrouver d'où il connaissait Marie et Soledad. Le fait que son cadet éprouve le même sentiment ravivait son trouble. Décidemment, les sœurs Lopès n'avaient pas encore livré tous leurs secrets. Marie avait beau lui avoir dit qu'elle n'avait pas notion d'une précédente venue à Poudlard, il n'en était pas moins convaincu. Il en venait même à se demander si sa mémoire n'avait pas subi un sortilège d'amnésie.

o*o*o*o

Les grandes vacances avaient bien commencé au Terrier. Mrs Weasley se montrait charmante et attentionnée envers Anabellissë qui n'avait pas mis longtemps pour se sentir à l'aise. Bien que son hôte ne lui demandât rien, l'Elfe l'aidait dans les tâches quotidiennes, en particulier dans le raccommodage du linge. Avoir sept enfants n'était pas de tout repos ! Cela faisait un moment qu'Ana n'avait pas accompli de couture, mais elle n'avait rien perdu de sa dextérité. Avec Alania à Imladris, contrairement à d'autres de leur rang, elles passaient des heures à l'ouvrage pour leur plaisir. Elles aimaient créer de nouvelles pièces et les rajouter à leur collection déjà bien remplie. Cette période lui manquait… La jeune femme se demandait si elle pourrait revenir à cette vie-là un jour. Sans doute cela serait-il possible si Sauron trépassait. Songeuse, elle reprisait instinctivement une robe de sorcier défraichie. Soudain, elle étouffa une exclamation : l'aiguille venait de se planter dans son pouce. Ginny, plongée dans la lecture d'un magazine dans le fauteuil d'à côté, leva la tête :

— Tu t'es fait mal ?

— Non, ça va. J'ai été surprise, c'est tout, la rassura-t-elle en suçant la goutte de sang qui perlait à son doigt. Qu'est-ce que tu lis ?

Sorcière Hebdo, répondit-elle en refermant le journal. Ce numéro n'est pas très intéressant. J'ai préféré celui de la semaine dernière. Il y avait un super article dans la rubrique « beauté ». J'ai remarqué que tu ne portais jamais de maquillage, tu n'aimes pas ça ?

— Le maquillage n'est-il pas fait pour les filles laides ? les interrompit l'un des jumeaux, un balai de Quidditch à la main.

— Quoique pour certaines, cela ne suffise pas, rajouta Georges qui n'était pas loin.

— Fermez-la ! les rembarra leur petite sœur, le regard flamboyant. Vous dites n'importe quoi !

— Vous allez vous entraîner dans le jardin ? tempéra tranquillement Ana, tout en reprenant son ouvrage.

— Oui, on va demander à Ron aussi. Vous venez aussi ? les invitèrent-ils.

— Très peu pour moi, dit l'Elfe en déclinant poliment l'invitation. Je me sens bien que lorsque mes pieds touchent terre !

— Je vais vous faire la misère, accepta Ginny en s'attachant les cheveux. RON, TU VIENS JOUER AU QUIDDITCH ? l'appela-t-elle d'une voix forte.

— Bonsoir les enfants ! clama la voix d'Arthur Weasley, le père de famille qui rentrait tout juste du travail. Vous ne devinerez jamais ce que je vous rapporte ! dit-il en agitant une enveloppe sous leurs yeux.

— La rallonge d'argent de poche que nous réclamons depuis trois mois ? tentèrent en chœur les jumeaux.

— Aurais-tu eu une promotion Arthur ? s'enquit Mrs Weasley qui, alertée par le retour de son mari, venait de les rejoindre.

— Non, Molly chérie, rosit son mari, visiblement un peu gêné. Mais les enfants vont être ravis : ce sont des places de premier choix pour aller voir la Coupe du Monde de Quidditch.

— Arthur, nous n'avons pas les moyens de nous les offrir ! C'est de la folie, gémit son épouse.

— Ne t'inquiète de rien, elles m'ont été offertes gracieusement. Comme quoi, le Ministère doit être très satisfait de mon travail ! fanfaronna-t-il en montrant les billets argentés.

— Wow, trop bien, c'est génial, merci Papa ! s'exclamèrent ses enfants en sautant de joie.

— J'ai réussi à avoir deux billets en plus. Ana, si vous souhaitez venir…

— Je vous remercie Mr Weasley mais je ne suis pas une grande fan de ce sport. En revanche, je suis sûre que Harry serait ravi de s'y rendre avec vous.

— Et Hermione pourrait aussi venir ? suggéra Ron, le visage rayonnant.

— Exactement. Nous devrions immédiatement écrire leurs familles pour leur demander l'autorisation de prendre Harry et Hermione chez nous. Ils pourront rester ici jusqu'à la fin des vacances s'ils le souhaitent. Ginny, va me chercher Errol, s'il te plait.

— Tu sais Maman, les Dursley ont une sainte horreur de tout ce qui touche la magie, l'avertit Ron. Je ne suis pas persuadé qu'envoyer un hibou soit une bonne idée.

— Alors nous allons envoyer un courrier à la façon moldue ! déclara Arthur Weasley, l'air surexcité. Il faut mettre des timbales sur l'enveloppe et la mettre dans un box aux lettres, poursuivit-il, fier de ses connaissances.

Ana était rassurée : Harry ne serait pas condamné à passer toute la période estivale chez les Dursley pour qui la présence relevait plus d'une corvée qu'un plaisir.

o*o*o*o

À l'aube du 14 mars, l'Armée Réunifiée parvint à l'orée du Bois Gris. Au loin, tous pouvaient apercevoir de la fumée noire et entendre un grondement sourd. L'affrontement était proche. En se rapprochant, ils constatèrent que les champs de Pelennor, autrefois riches en cultures agricoles, pullulaient d'Orques, de Trolls et de tours de guerre.

— Ils sont si nombreux, murmura Lenya, ébahie.

— Ouais, Minas Morgul doit être quasiment vide, renchérit sa cousine en balayant la scène des yeux. Osgiliath est en flamme. Je pense que la ville n'est plus tenue par des Hommes.

— Est-ce qu'on tente de la reprendre ? s'enquit la fille de Léïa.

— Non, il faut charger sur le Pelennor en priorité. L'Ennemi prend en ce moment-même position pour assaillir Minas Tirith. Regarde ces tours : les Trolls vont les tirer jusqu'à atteindre le premier rempart. Nous devons les en empêcher.

— Par tous les Valar. Cela fait des siècles que je n'avais pas revu une si grosse assemblée d'Orques... fit Léïa sombrement.

— Pas trop rouillée j'espère, railla sa nièce, parce qu'on y va MAINTENANT ! acheva-t-elle en brandissant son épée dont la lame luisait d'une lueur bleutée.

La masse de boucliers et d'heaumes déferla dans un cri de guerre sur l'Ennemi. Les voyant arriver, les créatures virent volteface pour lever leurs lances, prêts à les accueillir. Faisant fi de ce premier danger, les soldats se jetèrent corps et âmes dans la mêlée, désireux d'en découdre le plus possible. Malgré le harassement du voyage, ils se montraient tous vaillants et forts. Des flèches volèrent, touchant ainsi les deux partis sans aucune distinction. Aliania vit deux compagnons d'armes s'effondrer sous cette volée. Peu importe pour le moment : l'essentiel était de se concentrer pour ne pas se faire tuer. Elle avait perdu le contact visuel avec les membres de sa famille mais faisait en sorte d'isoler cette pensée dans un coin de sa tête. Les Orques se moquaient éperdument de leurs voisins et n'hésitaient pas à s'en servir comme bouclier. Ils ne craignaient pas le trépas et ne vivaient que pour servir Sauron le Perfide. Même si les cadavres s'amoncelaient de plus en plus, les combattants peinaient à avancer vers la Cité. Au loin, la Protectrice voyait les Trolls poursuivre leur chemin vers Minas Tirith. Il fallait absolument faire une percée pour les abattre ! Pourquoi diable les Gondoriens ne rétorquaient pas à l'aide de catapultes et de flèches ? À croire qu'il n'y avait plus aucun soldat dans la Cité ! Mais peut-être était-ce le cas ? Après tout, Anàrion lui avait confié sa crainte face à l'exigence de Denethor envers son dernier fils : reprendre Osgiliath. Visiblement, il avait échoué. La prédiction funeste de son ami s'était-elle réalisée ?

— ATTENTION ! hurla une voix dans sa direction.

La Sorcière se retourna vivement et vit avec appréhension Arthélius débarquer avec une centaine des siens. Le nombre pouvait sembler dérisoire parmi la marée noire mais connaissant les capacités des larbins de son ex beau-frère, ce n'était vraiment pas le moment de sous-estimer la menace. Rien qu'Arthélius était capable d'exterminer cinquante hommes en un jet flamboyant… Il allait encore falloir que la Sorcière l'affronte elle-même. Elle interpella un visage familier dans le chaos et lui demanda de dire à Léîa de prendre le commandement de l'assaut contre les Orques tandis qu'elle s'occuperait des nouveaux arrivants.

Qu'est-ce que tu fous là, toi ? l'appela-t-elle pour attirer son attention.

La même chose que toi, à ceci près que je ne charge pas la même cible, rétorqua-t-il fortement.

Si tu as besoin d'action pour occuper ta journée, pourquoi tu ne continuerais pas tes recherches pour retrouver Aliana ? J'ai entendu dire qu'elle avait été vue près de Dol Guldur… risqua-t-elle une diversion.

Menteuse, elle déteste cet endroit. Jamais elle n'aurait été là-bas ! D'autant plus que je suis certain que tu sais pertinemment où elle est. Je finirai par la trouver, même si cela signifie que je dois t'étriper avant.

Comme si elle était du genre à se cacher derrière moi ! À croire que tu ne la connais vraiment pas.

Quoiqu'il en soit, elle reviendra vers moi. Je suis le seul à ne l'avoir jamais laissée tomber.

Ah ouais ? Parce que la rouer de coups, c'était un acte judicieux ? Tu penses vraiment que tu soutenais ces derniers temps ?

Bien que cela ne te regarde en aucun point, je n'ai pas reçu de plainte, c'est que ça devait lui plaire, déclara-t-il vicieusement.

Pourquoi t'es devenu un monstre ? Je veux dire, pourquoi ce changement d'attitude envers la femme que tu prétends aimer ?

Elle commençait à se mêler d'affaire auxquelles elle n'aurait pas dû. Il s'agissait juste d'un rappel à l'ordre. Chose dont tu manques cruellement, rajouta-t-il en lui lançant une boule de feu.

T'as toujours pas compris qu'elle avait choisi la « troisième voie » ? se moqua Aliania d'un rire sans joie en parant le coup au passage. Tu étais là quand elle nous l'a dit. Ça veut dire que ni TOI, ni MOI ne gagnons ! Elle a mis les voiles et ne veut pas être retrouvée par qui que ce soit.

OÙ EST-ELLE ?

J'EN SAIS RIEN, T'ES SOURD EN PLUS D'ÊTRE ABRUTI ? se déchira-t-elle les cordes vocales tout en libérant une violente vague de télékinésie.

Son rival fut catapulté dans les airs et atterrit dans le fleuve. Satisfaite, Aliania se dit que ça lui rafraichira les idées et calmerait momentanément ses envies de pyromanie à tout va. Il la rejoindrait bien assez tôt pour réclamer vengeance. La guerrière profita de l'absence de son Némésis pour éliminer quelques-uns de ses sbires. Il n'avait pas amené les meilleurs… Peut-être qu'Arthélius tentait de duper Sauron ainsi : faire mine de collaborer en sacrifiant les siens à la bataille alors que ce n'était en réalité que des larbins inutiles. Dans le fond, Aliania ne doutait pas de la franchise dont Arthélius avait fait preuve envers elle dans le Palantir. Il jouait les subalternes juste pour profiter de la destruction engendrée par Sauron, misant ainsi sur le fait qu'il se trouverait en bonne posture face à lui à la toute fin. Néanmoins, même si les Peuples Libres s'éteignaient, Arthélius ne pourrait l'emporter sur le serviteur de Morgoth. Il n'en aurait pas le pouvoir. Les sbires de son ultime concurrent seraient toujours trop nombreux.

— LES NAZGULS ! hurla une voix de femme, probablement celle de Lenya.

Tous levèrent les yeux vers d'affreuses créatures volantes aux allures de dragons. Des cris stridents à glacer le sang retentirent. Quelques soldats se baissèrent par réflexe, épiant les trajectoires des spectres de l'Anneau. Face à leur effroi, les Orques jubilèrent.

— Manquait plus qu'eux ! râla la Protectrice. Le tableau est parfait !

La plupart des montures ailées se dirigèrent vers Minas Tirith pour insuffler la terreur parmi les Gondoriens. Deux d'entre elles restèrent au niveau de l'Armée Réunifiée, descendaient pour rafler de leurs pattes aux griffes acérées des rangées de combattants. Les flèches décochées n'avaient aucun effet sur elles. Aliania fit voler un bloc de pierre vers l'un des Nàzguls mais le manqua. Pestant, elle s'apprêtait à recommencer lorsque quelque chose la plaqua brutalement sur le sol. Elle ravala un cri de douleur quand elle sentit une fine lame s'enfoncer au niveau de son omoplate. Son agresseur l'attrapa par le bras et la retourna sur le dos, appuyant sur sa blessure. La voyant en difficulté, un Elfe tira une flèche qui transperça le bras de l'assaillant. Grognant, Arthélius l'arracha et la renvoya immédiatement dans l'œil de l'archer qui s'effondra. La Sorcière profita de cette brève diversion pour saisir une épée abandonnée, ayant lâchée la sienne dans la collision. Elle fit un mouvement sec en direction du visage de son ancien beau-frère qui s'en sorti qu'avec une estafilade.

— J'ai horreur d'être mouillé, décréta-t-il en lui assénant un coup de poing.

— Alors rentre te sécher ! parvint-elle à répliquer en se débattant sous lui.

— On a déjà vécu ça il n'y a pas si longtemps tous les deux, susurra le démon en effleurant sa joue d'une douceur malsaine. À ceci près que cette fois-ci, ce vieux fou de Magicien n'est pas là pour te sauver la mise.

— On continue à se battre ou tu as l'intention de prendre racine ?

— J'admets que cette position ne me déplaît pas. C'est vrai que vous êtes deux copies conformes avec ta sœur… ça me donne des idées !

— Espèce de gros pervers ! s'insurgea-t-elle en tentant de le renvoyer magiquement à la l'autre bout du champs du Pelennor.

Malheureusement, Arthélius devait avoir trouvé une parade contre ça. Toutefois, elle ne baissa pas les bras et souleva derechef la première arme qu'elle aperçut. Elle l'attaqua de dos, faisait s'écrouler une massue sur sa nuque. Surpris, il perdit l'avantage et la jeune femme se libéra de son emprise. Oubliant la douleur sous son épaule, elle balança son pied de toutes ses forces dans son visage. Rien qu'au sinistre son perçu, elle supposa lui avoir brisé le nez. Elle allait recommencer mais il lui saisit le tibia au vol dans sa main droite. Optant pour son arme favorite, le démon usa de son pouvoir de feu et serra ses jointures incandescentes. Pour le coup, Aliania souhaitait être envoyée à son tour dans le fleuve ! L'odeur de chair brûlée lui soulevait le cœur, peut-être même plus que la douleur elle-même. Elle se rua sur lui, pressant son nez brisé jusqu'à ce qu'il la lâche.

Une créature ailée s'approcha d'eux à vive allure. L'ancienne blessure de la fille d'Elrond se raviva de plus belle, ne laissant aucun doute sur l'identité du cavalier. Ils tournoyèrent autour d'eux avant de se poser à proximité, faisant fuir tous les combattants voisins.

— Laisse-la, ordonna-t-il d'une voix caverneuse. Mon maître Sauron désire qu'elle se soumette à lui ou bien qu'elle meure de mes mains.

— Pas question, ça fait trop longtemps que j'attends ça ! trancha-t-il sans même daigner le regarder.

— Pauvre fou, tu oses me tenir tête ? N'oublie pas qui donne les ordres. Elle est à moi !

— Ne vous battez pas ! intervint l'intéressée en s'éloignant d'un mètre d'eux. Ou plutôt si, battez-vous tous les deux ! Ne vous occuperez pas de moi, faites comme si je n'étais pas là, proposa-t-elle Vous semblez avoir beaucoup de choses à vous dire.

— Tu n'iras nulle part.

À ce moment, des cors sonnèrent dans le lointain. Le Nàzgul expira un râle et, après avoir jeté un dernier regard glacial à la jeune femme, s'envola vers la perturbation. Arthélius inspecta rapidement la scène et ce qu'il vit n'eut pas l'air de lui plaire. Il lança une dernière menace remplie de haine à la guerrière et rappela ses hommes pour partir. Aliania vit des centaines de cavaliers s'élancer vers eux. Au vu de leurs bannières, il s'agissait de Rohirrims. Théoden était enfin arrivé !


Vu que ma pause a été tragiquement longue (ok, c'était un vrai hiatus), je ne termine pas ce chapitre sur un suspens (profitez-en car ce ne sera systématiquement le cas pour les prochains chapitres).

Qu'en avez-vous pensé ?

Merci à mes lecteurs qui sont revenus et bienvenue aux nouveaux !