Bonjour,
je vous poste la suite et cette fois-ci, je n'ai pas attendu une année entière pour l'écrire !
J'espère qu'elle vous plaira et vous éclairera sur certaines énigmes de cette histoire.
Bonne lecture !
Chapitre 30 – Lorsque le passé met en doute l'avenir
Le Royaume de Galadriel et Celeborn avait perdu de son éclat. Lorsque les huit cent soldats arrivèrent à l'orée du Bois d'Or à l'aube du 15 mars, ils furent tous oppressés par une atmosphère lourde et glauque. La plupart d'entre eux avait connu l'endroit lors de jours glorieux. L'ambiance était diamétralement opposée. La Reine Prestya contempla d'un air attristé les cadavres d'Elfes et d'Orques qui jonchaient le sol. Alania sentit la colère gronder au fond de son cœur : ces maudites créatures avaient souillé l'un de ses havres de paix, ils devraient en payer le prix !
Ils avancèrent dans un silence consterné, se demandant jusqu'où leurs pieds devraient fouler ces corps. Environ trois kilomètres après avoir franchi la lisière, ils furent accueillis par des gardes de la Lorien qui s'inclinèrent face à la Reine. Tandis que les troupes furent invitées à attendre, les dirigeantes furent guidées jusqu'aux Seigneurs des lieux.
— Dame Prestya, Dame Alania, nous ne nous attendions pas à recevoir de l'aide, s'inclina Celeborn, l'air grave.
— Nous avons appris l'attaque menée depuis Dol Guldur. Je crains que nous ne soyons arrivés que trop tard, déplora tristement Alania.
— Détrompez-vous Alania, nous devinons qu'un autre assaut s'apprête à être lancé. Nos gardiens sont las et blessés. Vos renforts sont les bienvenus.
— L'Ombre nous a atteints depuis plusieurs semaines mon pouvoir s'affaiblit face à celui du Mordor, souffla Galadriel, les traits épuisés.
— Unissons les Trois, clama la plus jeune des Protectrices.
— Hélas ! Vilya et Narya sont hors de portée.
— Pas autant que vous ne le pensez, concéda Alania en dévoilant alors l'anneau de son père, suspendu à une chaine autour de son cou.
— Le troisième est depuis longtemps perdu, avança la Reine Prestya, sûre d'elle.
— Naraclya de la Forêt Noire possède Narya, révéla alors Celeborn.
— Cela ne se peut !
— Jusqu'à présent, Aliania en était la gardienne secrète puis, par désir d'équité entre les royaumes elfiques, elle a confié l'Anneau de Feu à la femme de Thranduil. Les Trois peuvent se lever et résister aux Ténèbres.
— Je n'arrive pas à croire que cette sal… ma nièce ait pu cacher ce secret depuis la mort de ma pauvre sœur ! s'exclama la Reine, choquée. Le savais-tu ? attaqua-t-elle Alania.
— Ma sœur a toujours su dissimuler tout élément qu'elle souhaite garder secret. La seule personne qui aurait pu être au courant n'est plus de ce monde. Toutefois, je comprends maintenant mieux sa résistance à la tyrannie… Elle a toujours été entière, mais quand même, son incroyable degré de résistance aux ténèbres s'explique enfin !
— Pourtant, son attitude s'apparente plus à celle d'un tyran que d'une petite fille modèle, maugréa la Reine.
— Peu importe ses paroles ou ses actes. Quoiqu'elle fasse ou dise, tu auras toujours une gentillesse à lui adresser, coupa brusquement sa nièce, prenant congé de son famille.
L'Armée n'eut guère le temps de se reposer de son long trajet. À peine eut-elle posé ses armes qu'un cor l'appela au combat. Comme l'avait prédit Galadriel, un second assaut déferla de Dol Guldur. Prestya s'empressa d'organiser la défense avec le remplaçant de Haldir. Alania sentit son cœur se serrer d'angoisse. Elle n'avait jamais vraiment été habituée au combat à l'épée et n'avait guère plus confiance en ses pouvoirs, plus particulièrement depuis qu'elle n'était plus reliée à ses sœurs. Leurs liens magiques avaient été un sacré avantage niveau force et coordination. Désormais, Alania ne devait compter que sur ses propres ressources. La peur n'eut pas le temps de prendre le dessus : les troupes ennemies les frappèrent de plein fouet, enragées par leur soif de sang. La Sorcière leva son épée et l'abattit sur la première tête venue. Les sons et les odeurs inhérentes à la bataille lui soulevèrent le cœur. Elle fit tout son possible pour ignorer les jets de sang qui entachaient sa peau délicate, ainsi que les cris de douleurs des personnes mortellement touchées. Dire que ses aînées se retrouvaient régulièrement dans cette situation sans se plaindre ! La benjamine ne pouvait que les admirer...
— Dame Alania, grimpez dans un arbre et décochez vos plus belles flèches ! lui cria une voix dans le chaos.
La suggestion n'étant pas mauvaise, la jeune femme s'exécuta. Elle serait bien plus efficace avec son arc qu'avec sa lame... Sautant sur la première branche basse qu'elle vit, elle prit rapidement de la hauteur, se cala contre l'écorce rugueuse du tronc et fit chanter son arbalète. Son arme n'était pas banale : non seulement elle avait été façonnée par les meilleurs artisans d'Imladris, mais aussi avait été ensorcelée par Aliania. Son carquois ne cessait de se remplir au fur et à mesure qu'elle lançait un projectile. Cet artifice était fort utile et lui permettait de combattre sans être en contact direct avec l'adversaire.
De son côté, Prestya ne se contentait pas d'ordonner la défense. Sa lame, elle-aussi envoûtée, ne laissait aucune chance aux opposants. Dès qu'elle en effleurait un, il s'écroulait, terrassé par un enchantement néfaste. Toutefois, la Reine n'était pas exempte de la lassitude et commençait à se fatiguer physiquement. Heureusement qu'elle s'était entourée de soldats de confiance, loyaux et intrépides. Peu à peu, les envahisseurs de Dol Guldur s'amenuisèrent jusqu'à totalement disparaitre, vaincus par les Elfes. Harassés par l'épuisement mais satisfaits de la victoire, les soldats se laissèrent glisser au sol, heureux de pouvoir reprendre leur souffle. Ceux qui en avaient encore la force portèrent secours aux blessés et incinérèrent les cadavres des ténébreuses créatures.
Au même moment, à bien des miles de la Forêt d'Or, Aliania poussa un soupir de soulagement inaudible dans le désordre ambiant. L'arrivée des Rohirrims tombait vraiment à pic ! Non seulement cela l'avait soustrait de l'emprise d'Arthélius, mais aussi de celle du Roi d'Angmar. Occupé à organiser la contre-attaque, ce dernier l'avait tout bonnement délaissée ! Les Orques se regroupèrent pour former un mur de lances – du moins le tentaient-ils car leurs rangs avaient été bien éparpillés par l'assaut de l'Armée Réunifiée. Mais à la vitesse où les cavaliers arrivaient sur eux, cela ne ferait aucune différence : les premiers bataillons allaient se faire piétiner. Le problème, c'était que les soldats d'Imladris risquaient de subir le même sort s'ils restaient disséminés au sein de la marée noire. La Protectrice incita tous ceux qu'elle trouva sur son chemin à se diriger vers la Cité pour éviter d'être broyés sous les sabots déchaînés. La vague toucha les premières lignes, les décimant avec une violence inouïe. Au fur et à mesure qu'ils avançaient, la masse s'éclaircit. Les Rohirrims ralentirent et s'éparpillèrent, piétinant et tranchant tout ce qui passait à leur portée. Fort heureusement, la dispersion rendait la scène plus visible. Les combattants parvenaient à voir qui leurs coups atteignaient.
Faisant fi de la douleur qui irradiait sa cheville et son omoplate, Aliania continua à faire chanter son épée. La lame bleutée oscilla parfois avec d'autres teintes mais elle n'y prêtait pas attention. Le danger était omniprésent, peu importe la nature des créatures ennemies !
— BAISSE-TOI ! l'intima urgemment une voix.
— Merci, je ne l'avais pas vu venir celui-là, admit la fille d'Elrond en se redressant, des cheveux épars collés à son front plein de sueur.
— À ton service, s'inclina l'homme dont l'identité lui échappait.
— RASSEMBLEMENT ! Ralliez-vous à moi ! cria le Roi Théoden.
Au loin, de nouveaux cors retentirent. Les Orques se ruèrent en leur direction, pressés de se protéger derrière les nouveaux venus dans la bataille : un rang d'éléphants géants, montés par de féroces légionnaires Haradrims.
— Wow, ce sont des Oliphants ? s'exclama Lenya qui venait de sortir de nulle part. Je n'en avais encore jamais vu ! Ils sont magnifiques ! Sommes-nous vraiment obligées de leur faire du mal ? On pourra juste maîtriser leurs maîtres et… poursuivit-elle, les yeux brillants d'excitation.
— Lenya, j'espère que tu plaisantes ? la coupa sa cousine, choquée. Et tu en ferais quoi ? Ce ne sont pas des animaux de compagnie ! En plus, ce sont eux qui vont nous massacrer.
— Je n'ai jamais dit que j'allais en ramener un à Imladris, se défendit-elle tout en esquivant un poignard perdu.
— J'y veillerai personnellement, l'avertit-elle, l'air faussement sévère. Bon, trêve de plaisanterie. Les cavaliers vont se battre contre eux nous continuons de notre côté avec la vermine qui n'a pas réussi à fuir !
— Tu as raison, il ne reste que quelques milliers de bestioles à abattre, railla son interlocutrice en s'exécutant toutefois.
À ces mots, Soledad balaya d'un large geste la masse sombre. Une vingtaine de créatures vola dans les airs et s'écrasa dans de sinistres craquements.
— Tu ne pouvais pas adopter cette technique dès le début ? sourcilla-t-elle, goguenarde.
— C'est ce que j'ai fait mais Arthélius m'est tombé dessus entre temps, râla la guerrière.
Outre le fait que sa blessure sous l'épaule continuait à saigner, elle commençait à s'épuiser sérieusement. Cela faisait des heures qu'ils fracassaient leurs ennemis. Bien que les Rohirrims soient d'une précieuse aide, elle avait l'impression que la marée noire ne désemplissait guère. Une fois de plus, elle avait perdu de vue sa cousine et n'avait toujours pas aperçu sa tante.
Un cri suraigu résonna au-dessus de leurs têtes. Levant les yeux au ciel, tous virent l'un des Nazgùls foncer sur le Roi Théoden. Ne pouvant parer l'attaque, le monarque fut happé par la gueule de la créature ailée, puis projeter une dizaine de mètres plus loin. Tous s'écartèrent, terrorisés par la présence du Roi Sorcier d'Angmar. Le chef des Rohirrims était à terre, bloqué sous sa monture inerte. Le Premier Capitaine de Sauron s'en approcha, invitant le dragon à se régaler de sa chair. Aliania fit son possible pour lui venir en aide mais sa progression était entravée par la présence d'un Troll. Du coin de l'œil, elle vit un vaillant soldat se dresser contre le Nazgùl et trancher la tête de la monture. Furieux, son adversaire se releva, une arme redoutable à la main. Le Rohirrim esquiva plusieurs fois une massue aux pointes acérées. Aliania parvint à se débarrasser du Troll – elle s'était inspirée de la méthode dont Harry avait fait preuve lors de sa première année – et se précipita devant Théoden. Elle vit que le valeureux guerrier qui avait tenté de s'interposer était à terre, le visage crispé par la douleur, serrant son bras qui formait un angle bizarre.
— Vous commencez sérieusement à me gonfler ! cracha-t-elle à l'attention du spectre.
— Sauron vous offre une ultime chance de rejoindre le camp des vainqueurs. Refusez et vous signerez votre arrêt de mort, menaça-t-il.
— Bien que je l'aie déjà dit à Saroumane, je vais le répéter une fois de plus : JAMAIS je ne serai des vôtres ! JAMAIS je ne laisserai Sauron s'emparer de mes pouvoirs et de mon libre arbitre ! JAMAIS !
— Votre insolence et votre impudence est sans limite. J'aurai du vous éventrer lors de notre première rencontre, décréta-t-il, une lame de Morgul pointée vers elle.
Bien qu'elle eut une multitude d'idées de répliques à lui sortir, la Sorcière opta pour la concentration. Ne tenant pas à recevoir un nouveau coup par une lame maudite, elle ressembla ses dernières forces et projeta toute sa puissance contre son Némésis. Celui-ci usa également de ses pouvoirs. Les deux puissances enchantées se rejoignirent avec fracas. Ce fut comme si deux violentes bourrasques se rencontrèrent, créant ainsi une monstrueuse tempête de vent. Une multitude de débris vola dans tous les sens, frappant quiconque se trouvant dans son champ. La Sorcière ignora tant bien que mal les heurts, fixant démesurément le spectre qu'elle haïssait avec fureur.
— Pauvre fou, aucun homme ne peut me tuer ! se moqua-t-il.
Soudain, le Nazgûl poussa un cri perçant et perdit le contrôle de sa magie. Au même moment, sa rivale ressentit une vive douleur dans le bas du dos, précisément à l'endroit où il l'avait poignardée des siècles auparavant. Tombant à genoux à l'instar de son ennemi, l'Elfe aperçut un petit homme lâcher une courte épée qu'il avait plantée dans le bras de son adversaire. Puis, une autre silhouette apparut devant elle :
— Je ne suis pas un homme, lança fortement Eowyn, transperçant le visage du Roi-Sorcier d'Angmar.
À ce dernier coup, la Protectrice eut le souffle coupé tant la douleur se propagea dans tout son corps. Cette fois, s'en était fini, elle se sentit partir. Avant de s'effondrer pour de bon, elle crut voir une aura blanche flotter au dessus d'elle.
Léïa était à bout de forces. Malgré les renforts du peuple de Théoden, la bataille ne tournait toujours pas en leur faveur. Cela faisait des heures qu'ils luttaient sans relâche. Ses troupes étaient parsemées sur l'ensemble du champ et elle ne parvenait pas à trouver du regard de hauts gradés. La défense n'était plus ordonnée et perdait en efficacité. Sur le moment, elle se maudit d'avoir divisé l'Armée en deux ! Léïa n'aurait pas refusé quelques centaines de soldats elfiques en plus pour ce combat. Elle espérait que le royaume de Celeborn, au moins, était sauf grâce au renfort des Protectrices.
Soudain, alors que la lutte semblait sans espoir, l'atmosphère changea. Avant que les guerriers ne comprennent réellement ce qu'il se passe, ils furent engloutir dans une vague d'effluve verdâtre. Avec effroi, la Reine comprit que ce qu'elle avait d'abord pris pour de la fumée était en réalité une cohorte de fantômes en colère. Fort heureusement, ils massacraient les troupes de Sauron et non celles des Peuples Libres ! Leur mystérieuse arrivée fit radicalement basculer la bataille en leur faveur : à peine une vingtaine de minutes plus tard, le combat cessa, marquant la victoire des Hommes et des Elfes. Morts de fatigue mais fous de joie, les survivants s'exaltèrent bruyamment. Puis, peu à peu, les exclamations festives laissèrent place à la dure réalité : rapatriement des blessés, quête des disparus, recouvrement des morts. Ceux qui en avaient encore la force fabriquèrent des civières de fortune et emmenèrent les blessés les plus graves aux Maisons de Guérison. De part et d'autre, des gémissements de douleur et des cris de peine parvenaient aux soldats les plus lucides. Parmi eux se trouvaient Aragorn et Eomer, qui, malgré leur harassement, s'affairaient à transférer les blessés inertes sur des brancards, confiant leurs transports à d'autres.
Le moment n'étant pas propice à la revendication, le fils d'Arathorn se refusait d'entrer dans la Cité sans y être invité par l'Intendant du Gondor. Il ne souhaitait pas que sa venue soit mal perçue par le Seigneur Denethor dont l'amour du pouvoir n'était pas un secret. Toutefois, ce fut Gandalf qui vint à sa rencontre, l'intimant à se rendre dans les Maisons de Guérison afin d'aider les malades. Il lui expliqua que la Cité était sans chef, Denethor s'étant immolé et que son fils Faramir,ninconscient, était en proie à une terrible fièvre. Aragorn, de nature sage, s'annonça comme le capitaine des Dunedains d'Arnor et demanda au Prince Imrahil, Seigneur de Dol Amroth, de prendre officiellement le commandement du Gondor tandis qu'Eomer reprenait celui du Rohan. Alors qu'il se rendait vers Faramir, il fut surpris d'être accueilli par un petit homme portant les armoiries de la Citadelle : Pïppin. Le Rôdeur se rendit respectivement aux chevets de Faramir, d'Eowyn puis de Merry. Leurs états étaient inquiétants. Un jeune garçon parvint à rapporter de l'athélas afin qu'Aragorn puisse user de ses dons de guérison. Il aurait aimé que le Seigneur Elrond soit là pour le seconder. Faisant de son mieux en passant outre la fatigue, il se concentra intensément et appela Faramir, baignant son front moite avec de l'eau infusée. Après plusieurs minutes, le jeune Prince émergea de ses sombres rêves, répondant à l'appel de son Roi. Il renouvela l'opération auprès de la Dame du Rohan, puis auprès du Hobbit. Les trois malades resteraient alités le temps de leur convalescence.
— Une autre jeune femme a été trouvée près de la Dame Eowyn et du garçon, l'informa Ioreth, une vieille guérisseuse. Son état n'est a priori pas autant préoccupant que les autres mais elle ne se réveille pas. Pourriez-vous passer la voir ?
Le Rôdeur acquiesça, le visage las. Dans une pièce voisine, il trouva deux femmes. L'une, visiblement dans un stade de grossesse avancée, tenait la main de l'autre demoiselle inconsciente. Lorsqu'elle vit l'homme s'avancer vers elles, elle lui jeta un regard fort peu aimable. Néanmoins, elle se décala légèrement pour lui laisser la place d'intervenir. Ce fut à cet instant qu'Aragorn releva l'identité de la patiente.
— Aliania, murmura-t-il en posant une main sur son front.
— Elle finira par se réveiller, comme toujours, l'interpella l'inconnue.
— Qui êtes-vous ?
— Aux dernières nouvelles, une des ses protégées, ricana la future mère, amèrement. Même si aujourd'hui, c'est plutôt moi qui veille sur elle.
— Vous devriez aller vous reposer, lui conseilla Aragorn, en fixant ses traits tirés. Je vais m'occuper d'elle.
— De nous deux, je crois que ce conseil s'applique davantage pour vous, répliqua Aliana. Il n'est pas question que je la laisse seule avec vous.
— Nous sommes amis, commença le roi tout en faisant respirer le restant d'Athélas à la jeune Elfe.
— Alors en tant qu'ami, vous savez bien sûr qu'elle déteste l'odeur de cette plante ? poursuivit-elle en plissant le nez face à la senteur caractéristique.
— En réalité, ce n'est pas l'odeur, mais l'origine de la médecine que j'applique qui la rebute, répondit l'homme d'un calme olympien.
À ces mots, Aliana se tut. Il avait effectivement raison et elle ne pouvait rien répliquer à cela, sauf si elle tenait à révéler sa véritablement identité. Déjà qu'Anàrion était soupçonneux à son égard, ce n'était pas la peine d'attirer l'attention d'Aragorn plus que nécessaire. Aliania grogna dans son sommeil et se mit sur le côté, s'appuyant ainsi involontairement sur sa lésion. Son grognement se changea en gémissement plaintif. Elle se redressa péniblement puis se frotta les yeux. Lorsqu'elle vit son guérisseur, elle soupira et, encore sonnée, s'assit en tailleur en faisant toutefois attention à sa cheville meurtrie.
— Drôle de brûlure, constata le Dunedan, perplexe. Elle a la forme d'une main.
— C'est rien, maugréa-t-elle. Alors, cette promenade sur le chemin des Morts ? C'était sympa ?
— Nous avons fait une rencontre intéressante. Qu'as-tu pensé de notre arrivée ?
— J'ai du la rater... je me souviens juste d'Angmar mordant la poussière.
Face à cette conversation menée sur un ton plus que léger, les deux amis se sourirent et partirent dans un fou rire incontrôlable. Malgré ses blessures qui la lançaient, la Sorcière se sentait étrangement bien. Elle avait l'impression d'avoir un poids en moins sur ses épaules, comme si l'ombre qui enserrait son cœur était partie. C'était comme si elle était sous une grande dose morphine, voire même sous l'emprise d'ecstasy. L'Elfe se calma néanmoins lorsqu'elle croisa les prunelles incrédules de sa grande sœur. D'un subtil signe de tête, elle l'interrogea sur son état. Son interlocutrice haussa légèrement des épaules et quitta la pièce.
— Qui était-ce ? retenta l'homme.
— Vous ne vous êtes pas présentés ? s'enquit-elle, méfiante.
— Elle s'est présentée comme l'une de tes protégées, rien de plus.
— As-tu vu Anàrion ? réalisa-t-elle soudainement. Et les autres ?
Le Rôdeur secoua la tête. Aliania se leva malgré ses protestations et se mit en quête de ses autres proches. Elle devait s'assurer qu'ils allaient tous bien, le contraire lui étant une idée inenvisageable. Aragorn appela les fils d'Elrond pour multiplier les soins envers les souffrants. Ils s'affairèrent jusqu'à l'aube avant de se retirer dans une tente de fortune dressée à l'entrée de la Cité.
Aliania chercha parmi la cohue post-bataille des visages familiers, ignorant les personnes l'appelant à l'aide. Au bout de trois quart d'heure, elle finit par apercevoir sa tante. Elle eut un choc de la voir ainsi : visage ensanglantée, cheveux emmêlés, vêtements souillés. Depuis ces derniers siècles, ses tantes ne prenaient plus vraiment part aux combats. La jeune femme devait donc se réhabituer à voir sa tante dans un sale état. Léïa l'enlaça sans un mot, soulagée de la voir en vie. Puis elle passa sa main sur la joue de sa nièce en lui demandant des nouvelles. Sa descendante la rassura d'un simple sourire en se dégageant doucement. Elle requit à son tour des nouvelles de sa cousine. À cette question, son faciès se figea et désigna une petite cour à demie détruite. L'Elfe se précipita là-bas et trouva Lenya blottie contre un corps, le visage strié de larmes.
— Oh chérie, je suis désolée, souffla la fille d'Elrond en l'étreignant fortement. Halbarad était un homme bien...
À ces mots, ses pleurs redoublèrent.
— Je l'aimais... déplora-t-elle, le souffle saccadé. Ce n'est pas juste, il ne... il ne méritait pas de mourir ! Pourquoi lui ? Pourquoi ?
— La mort est rarement juste mon cœur, la berça-t-elle lentement, tentant de la calmer.
— J'ai l'impression d'avoir un poignard en plein cœur !
— Je sais, je sais...
Voir sa cousine, si jeune, si fragile, aussi démunie lui brisait le cœur. Halbarad était un Rôdeur qu'elle appréciait et aurait aimé une fin heureuse pour Lenya et lui. Encore un nom de plus à rajouter sur la liste des personnes à venger...
o*o*o*o
Anabellissë avait beaucoup réfléchi ces derniers jours au meilleur cadeau qu'elle pourrait offrir à Harry pour ses quatorze ans. Elle en était venue à la conclusion que la présence surprise de son parrain pourrait être bénéfique. C'est pourquoi elle s'était mise à chercher des indices pour retrouver Sirius Black. Elle savait par Harry qu'il avait trouvé refuge dans un endroit exotique en raison des drôles d'oiseaux colorés qui venaient apporter le courrier. Mais en dehors de cela, elle n'avait rien trouvé de bien extraordinaire comme indice. Elle n'avait pas vraiment moyen de le contacter sans trop attirer l'attention. Renonçant à cette surprise, l'Elfe avait néanmoins pris la décision d'égayer l'anniversaire de son protégé : plutôt que le laisser seul en compagnie des Dursley, elle passera ce jour-là avec lui.
Le 31 juillet, l'Elfe prit temporairement congé des Weasley et emprunta la cheminée pour arriver sur le Chemin de Traverse. Bien qu'elle fût novice en ce monde, elle n'avait pas mis longtemps à prendre le pli avec ses hôtes. Cela faisait la troisième fois qu'elle prenait ce mode de transport et l'avait rapidement assimilé. Puis, Ana s'enfonça dans les rues moldues de Londres, se laissant guider par carte enchantée. Au final, elle trouvait plus étrange cette partie là que le côté sorcier. La technologie, omniprésente, l'impressionnait et l'inquiétait. L'atmosphère bruyante de la rue agressait ses pauvres oreilles pointues et elle sursautait de temps à autre lorsqu'elle croisait un élément inconnu. Une heure trente plus tard, elle parvint à Privet Drive. Ce quartier était plus résidentiel, bien plus agréable que le centre ville. La maison des Dursley était rutilante, bien loin de l'apparence de celle des Weasley. Elle n'eut pas besoin de frapper à la porte : allongé sous l'ombre d'un prunus, Harry était en train de lire un lire, l'air passablement ennuyé.
— Tu as l'air captivé ! lança-t-elle à son attention, un large sourire aux lèvres.
— Ana ! s'exclama-t-il en se redressant d'un coup. Mais qu'est-ce que tu fais là ?
— Joyeux anniversaire mon grand ! lui souhaita-t-elle avant de l'étreindre en douceur. Une petite escapade, ça te tente ?
— Merci ! Et c'est oui, avec grand plaisir !
— Par contre, je compte sur toi pour me guider. J'ai suffisamment peiné pour arriver jusqu'ici ! rigola l'Elfe en lui passant un bras autour des épaules.
Ils se rendirent dans un parc et s'assirent sur une balançoire. L'adolescent ne semblait pas en trop mauvaise forme. Il lui expliqua que les Dursley n'osaient pas trop le malmené par crainte de voir débarquer Sirius. Le Survivant n'avait pas jugé utile de leur révéler l'innocence de son parrain. Depuis, bien qu'il ne mangeait toujours pas exactement à sa faim, il n'était plus privé de repas durant des jours. Et surtout, il n'était plus confiné dans un placard à balai et occupait la seconde chambre de son cousin. Le Survivait circulait désormais librement dans la rue, chose qui jusqu'à présent lui était interdite. Néanmoins, il raconta la fureur de son oncle lorsqu'il avait reçu l'invitation des Weasley. Molly avait cru bien faire en l'envoyant à la façon moldue mais avait commis une légère erreur sur le nombre de timbre à coller. Le facteur avait même sonné à la porte pour remettre le courrier, curieux de savoir d'où il provenait. L'oncle Vernon l'avait très mal vécu et s'était fait violence pour ne pas massacrer son neveu. Après maintes hésitations et râlements, il avait fini par accepter de laisser Harry partir le reste des vacances chez les Weasley. Le départ était prévu pour le 20 août et le jeune homme comptait les jours avec impatience. Soudain, son regard se fit plus sérieux :
— Est-ce que tu as des nouvelles de Soledad ?
— Pas depuis qu'on a quitté Poudlard, soupira-t-elle. Mais bon, ne dit-on pas « pas de nouvelle, bonne nouvelle » ?
— Cela peut aussi signifier que la personne est morte, lâcha platement le Gryffondor. Enfin, je veux dire... tenta-il de se rattraper, la dernière chose qu'elle m'a dite sonnait comme un adieu. Comme si elle n'allait pas revenir, donc...
— Notre monde est en guerre, admit Ana calmement. Alia... Soledad va probablement jouer un rôle décisif. D'un côté, je me dis que malgré plus de trois millénaires de combat, elle est toujours vivante donc cela va perdurer. Mais d'un autre... hésita-t-elle à son tour.
— Elle n'est plus aussi combative depuis la mort de Marie, compléta Harry. C'est aussi mon impression. J'ai vraiment eu la sensation qu'elle n'allait pas revenir. Je doute de ses motivations.
— « Doute de tout, mais jamais de moi », c'est ce qu'elle m'a dit lorsque je traversais une période difficile. Je préfère croire en la vie et non céder au désespoir. Elle est forte, elle s'est sortira, décida Anabellissë d'un ton déterminé. En tout cas, ne désespère pas, on va bientôt te sortir de ta galère ! poursuivit-elle. Moins de trois semaines avant que les Weasley viennent te récupérer. Tu vas bien pouvoir survivre jusque là ?
— Ne suis-je pas le Survivant ? ironisa-t-il, mi-amer, mi-amusé.
Ils parlèrent jusqu'au coucher du soleil où Ana estima qu'il était temps pour le jeune homme de rejoindre le domicile de son oncle et de sa tante. Elle l'enlaça maternellement une dernière fois, le cœur un peu serré de devoir le laisser rentrer dans un foyer qu'il ne pourrait jamais considérer comme le sien.
o*o*o*o
Après une courte nuit guère reposante, les Capitaines se réunirent pour un conseil de guerre. Selon Gandalf, Sauron était en proie à un terrible doute : sachant que l'Unique avait été retrouvé, il se demandait probablement qui le possédait actuellement, d'autant plus que certains des Capitaines étaient suffisamment forts pour tenter de le manier. Aliania fit remarquer que l'Anneau n'obéissait qu'à son créateur et que, même si quelqu'un de leur camp s'en emparerait, il n'y avait aucun espoir d'en tirer profit. Sauron pouvait néanmoins le craindre, lui qui venait de subir une grosse défaite avec la bataille du Pelennor. C'est pourquoi il n'allait probablement pas attendre avant la prochaine attaque. Plus il laisserait à ses ennemis le temps de se regrouper, plus le risque d'user l'Unique contre lui augmentait. Gandalf supposa que la prudence serait de se barricader dans l'un des royaumes encore debout, tentant de résister le plus longtemps possible face à l'Ennemi. Malgré tout, il ne conseillait pas la prudence. Celle-ci s'avérerait vaine. Comme l'avait dit Denethor avant son trépas, ils pouvaient triompher une journée sur le champ de bataille, mais contre la Puissance qui s'était maintenant levée, il n'y aurait aucune victoire. La seule chance qui leur restait résidait en l'accomplissement de la quête secrète de Frodon Sacquet.
— Il faut maintenir l'attention de Sauron sur nous, déclara Aragorn, d'un ton calme et déterminé.
— Je crois qu'il nous a déjà bien dans le collimateur, railla l'Elfe, bien que totalement en accord avec les dires de son ami.
— Il est essentiel de vider ses terres pour permettre au Porteur de l'Anneau de se frayer un chemin jusqu'à la Montagne du Destin, compléta la Reine Léïa.
— Nous ne remporterons pas la victoire par les armes, intervint Eomer.
— Non, admit Gandalf. Mais c'est le meilleur espoir qu'il nous reste.
— Qu'allons-nous faire ? Attendre une nouvelle attaque ? s'enquit le Prince Imrahil.
— Attendre qu'il remobilise des troupes cachées ? sourcilla la jeune Protectrice. Non ! Il faut l'affronter aux Portes Noires.
— Nombre de nos soldats ont été blessés ou pire, argua Eomer, prudemment. Comment pourrions-nous réquisitionner une armée suffisamment importante pour défier le Seigneur Sombre ?
— Notre arrivée a permis la libération des voies vers le Lossarnach. J'espère que les messagers envoyés rapporteront d'autres forces.
— Et puis qui sait ? Une aide impromptue est toujours à imaginer, sourit mystérieusement Aliania, sous le regard interrogateur de sa tante et de ses demi-frères.
— A qui penses-tu ?
— Vous le verrez en temps voulu, éluda-t-elle, le cerveau en ébullition. Et comme le temps presse, je file ! annonça-t-elle en se levant d'un bond.
— Nous partirons dans deux jours à l'aube, trancha Aragorn. Seuls les volontaires viendront. Nous laisserons également des troupes à Minas Tirith pour en assurer la défense. Il ne s'agirait pas de revenir victorieux vers une Cité en cendres.
Deux jours plus tard, ce furent près de six mille soldats et mille cavaliers qui prirent la route pour le Mordor. Aliania n'était toujours pas réapparue. La Reine Léïa avait donc pris la tête du millier de soldats restants de l'Armée Réunifiée. Bien qu'elle ait fortement insisté pour que sa fille reste à Minas Tirith, celle-ci avait refusé à l'aide de grands cris. Elle avançait donc d'un pas déterminé, au milieu d'hommes résolus à marcher vers leur destin, aussi funeste soit-il.
À peine deux lunes plus tard, alors que les soldats étaient proches de Minas Morgul, un portail magique s'ouvrit sur la silhouette d'Aliania. Vêtue d'une tenue très moderne – à savoir un jean déchiré, une ceinture cloutée et un débardeur lacéré – la jeune femme ne passa pas inaperçue dans les rangs.
— Comptez-vous affronter les troupes de Sauron dans cet accoutrement ? héla son ancien mentor qui la dévisagea de la tête aux pieds. Bien que je loue votre adresse au combat, je crains que ces morceaux de tissus ne protègent guère de l'acier.
— Alors je me contenterai de les éviter, répliqua-t-elle d'un haussement d'épaules nonchalant.
Elle n'était pas revenue parler « fringue » avec lui. Au contraire, elle s'était pas mal activée ses deux derniers jours et était en autre repasser au campement principal d'Imladris. Elle avait eu envie de s'y reposer quand son regard était retombé sur la pièce tagguée par son défunt double.
— Gandalf, ça fait combien de temps que l'on se connait ? lança la jeune femme en s'asseyant à côté de lui.
— Quelques centaines de vie homme, estima-t-il, avant de tirer une bouffée de sa pipe.
— Quelques unes, en effet, affirma-t-elle. Tous s'accordent à dire que vous êtes celui qui sait tout.
— La connaissance de l'homme ne saurait s'étendre au-delà de sa propre expérience, philosopha le Magicien, d'un ton docte.
— Bien sûr... et celle d'un Istar ? contrecarra l'Elfe, décidée à aller jusqu'au bout de son idée.
— Que souhaitez-vous savoir ?
— La vérité.
— Ceci est une bien vaste requête. À quel sujet ?
— « Je sais ce que je suis mais j'ignore qui je suis… Pourquoi nous ont-ils menti ? », lâcha Aliania en détachant chaque syllabe.
— Je vous demande pardon ? sourcilla-t-il, perplexe.
— Je veux savoir pourquoi Alana a gravé cette inscription sur un mur en toutes les langues qu'elle connaissait.
— Votre défunte sœur ? réagit lentement le vieillard.
— Vous connaissez combien d'autre Alana ? pesta la Sorcière. Alors, une idée sur la question ?
— En vérité, seule votre sœur portait ce nom, se défila-t-il en toussotant.
— Gandalf, on est sur le point de se faire exterminer. Vous croyez réellement qu'on a du temps à perdre ? Alors cessez de tourner autour du pot et dites moi tout ce que vous savez à ce sujet. Je suis sûre que vous me cachez d'importants éléments.
— Les grandes connaissances engendrent les grands doutes, répondit-il, songeur.
— Arrêtez avec vos proverbes et énigmes ! s'énerva-t-elle. Je suis en train de vous dire que ma sœur a décelé un putain de secret nous concernant et qu'elle n'a pas eu l'occasion de découvrir le fin mot de l'histoire. Seulement, moi je suis encore en vie et je compte bien résoudre ce mystère avant de crever. S'il y a bien une personne qui puisse m'éclairer, c'est vous !
— Qu'est-ce qui vous fait croire que je serai votre lanterne ?
— Parce que à la base, c'était vous mon guide !
— Avez-vous seulement écouté une fois mes conseils ?
— Qu'est-ce que vous insinuez ? Que j'étais une mauvaise apprentie ? Je vous signale que j'ai toujours été hyper attentive à vos leçons, s'offusqua-t-elle – plus pour la forme que le fond, il fallait bien l'avouer.
À cette remarque, le Magicien manqua de s'étouffer avec sa pipe. Le manque de recul sur son attitude passée frôlait le risible.
— En tous cas, bien plus qu'à celles de Saroumane ! reprit-elle face au silence de son interlocuteur. Il était d'un ennui ce vieux ! Sérieux, il était plus efficace qu'un somnifère et... s'interrompit-elle d'un coup, les yeux plissés par la concentration. Attendez une minute... Il m'avait dit quelque chose de bizarre lorsque... quelque chose à propos de mon père et du Conseil Blanc. Comme quoi j'étais loin de la vérité et j'aurais presque pu entrer au Conseil si j'en avais conscience ! Pourquoi a-t-il dit ça ?
— Je ne suis pas dans l'esprit de Saroumane et n'ai pas la prétention de connaitre ses pensées.
— Ça c'est sûr, persiffla-t-elle entre ses dents, sinon on n'en serait pas là.
— Vos reproches ne sont pas les bienvenus Aliania, fille d'Elrond, répliqua-t-il avec humeur. Ne croyez pas que je porte l'unique responsabilité du désastre dans lequel nous sommes !
— Cela fait un long moment que les Istari ont été envoyés sur cette terre pour lutter contre Sauron ! Malgré ces milliers d'années, vous n'avez pas trouvé le moyen de lui régler son compte ! Mieux même : votre chef lui a servi de larbin ! Elle est belle la défense des Maïar !
— Et qu'en est-il de celle des Protectrices ? se défendit le Magicien, probablement vexé.
— Je ne suis pas responsable de la première lignée. S'il y a des plaintes, c'est à Prestya et Léïa qu'il faut s'adresser. Quant à la dernière en date, on ne s'en sortait pas si mal jusqu'à ce que nos liens magiques soient détruits. Et à qui la faute ? Une fois de plus on en revient à ce connard de Saroumane.
— Je n'ai jamais autorisé et approuvé cette rupture. Néanmoins, les choses étant ce qu'elles sont, nous ne pouvons retourner en arrière. Il est vain de se perdre dans les méandres du passé.
— C'est trop facile de dire ça ! Le passé nous façonne, explique notre présent et nous projette vers l'avenir. Ignorer la vérité et douter sur son passé ne permet pas d'avancer. Ça va me rendre folle de ne pas savoir !
— Ce n'est pas le doute, mais la certitude qui rend fou! raisonna son interlocuteur. Vous êtes prisonnière de votre passé Aliania. Suis-je dans le vrai si je devine que certains de vos souvenirs dissimulés au fond de votre inconscient vous sont revenus récemment ?
— Possible, grogna-t-elle en repensant à son agression lorsqu'elle avait fugué de la Cité d'Argent. Mais je ne vois pas le rapport.
— Cette réminiscence vous a bloqué et fait souffrir lorsqu'elle a ressurgi. Ignorer aussi longtemps cet aspect de votre passé vous a été salutaire. Certaines choses blessent moins lorsqu'elles restent cachées.
— Ce n'est pas à vous de décider ce que je dois entendre ou pas ! s'exclama-t-elle si fortement que leurs voisins leur jetèrent des regards interrogateurs.
— Aliania, aurais-tu l'amabilité de ne pas t'adresser aussi brutalement à notre vieil ami ? intervint la Reine Léïa, venant s'installer près d'eux.
— Tu tombes bien, rebondit sa nièce, ça te concerne aussi. Pourquoi Alana se demandait « Je sais ce que je suis mais j'ignore qui je suis… Pourquoi nous ont-ils menti ? » ? Gandalf joue le vieil sénile. Et toi, ça va être quoi ton excuse pour éviter de répondre à mes questions ? anticipa-t-elle, goguenarde.
Sa tante jeta un regard en coin à l'Istar, manifestement gênée, avant d'affronter sa nièce. Elle nia saisir sa requête et exigea d'avoir plus d'explications. Aliania s'enquit de raconter à nouveau son étrange découverte dans la pièce anciennement scellée. Elle nota que plus son récit avançait, plus sa tante pâlissait.
— Vu la tête que tu fais, tu sais quelque chose Léïa. N'essaie même pas de la nier ! Je te connais trop.
— J'ignorais qu'Aliania avait laissé des lettres. Pourquoi ne pas nous en avoir fait part plus tôt ? réagit la Reine en essayant de se donner une contenance.
— Parce que jusqu'à présent, elles ne concernaient que moi. Mais la dernière trouvaille a été une perle assez...perturbante. Je n'avais encore jamais lu un écrit aussi déboussolant. Alana était vraiment en pleine remise en question, comme si elle doutait de... notre origine, acheva Aliania en guettant en attention la moindre réaction de ses locuteurs.
— Votre origine ? murmura Léïa, d'une petite voix. Mais enfin chérie, tu sais parfaitement d'où vous venez. Vous êtes nées à Imladris en 3357 du Deuxième Âge...
— C'est tellement convaincant la façon dont tu le dis, sortit sa nièce d'un ton glacial.
— Ne remettez pas les dires de votre tante en question, lui vint en aide le Maïar, elle ne fait qu'énoncer la vérité.
— Admettons que cela soit vrai, quels sont les mensonges qui jalonnent notre vie ? Alana n'aurait jamais douté de ses proches sans une excellente raison. Même Saroumane avait l'air de savoir quelque chose !
— Il a probablement craché son venin pour tenter de te blesser... Il ne faut pas l'écouter, tenta la Reine, mal-à-l'aise.
— Il faut préférer des ennemis qui disent la vérité à des amis qui ne la disent jamais, rétorqua sa nièce. Et ça, c'est toi qui me l'as appris. Dommage que Prestya ne soit pas dans le coin, je suis sûre qu'elle aurait été ravie de me balancer une brûlante vérité dans la gueule.
— Chérie... commença-t-elle avant de se taire, indécise.
— Quel silence éloquent ! crépita la Sorcière, le sang bouillonnant dans les veines. Alana n'a jamais fini sa lettre : « Durant la cérémonie, à qui devrais-je véritablement donner mon », mon quoi ? Mon cœur ? Cela n'a aucun sens ! Elle ne pouvait pas douter des sentiments sincères de Lëndiwell. Que peut-on donner d'autre à un mariage ?
— Un bras, intervint un de ses soldats. Ça ne t'ennuierais pas de taper ton scandale plus loin ? Y'en a qui aimerait se reposer pendant qu'il en est encore temps ! souffla-t-il, exaspéré.
— Bouge de là si t'es pas content ! le rembarra-t-elle du tac au tac, brandissant un poing rageur vers lui, avant de réaliser la signification de son intervention.
Durant une cérémonie, la mariée se devait de donner son bras à son père pour qu'il la mène jusqu'à l'autel. Ce crétin n'avait pas tort ! Était-ce ce que sa sœur n'avait pas eu le temps d'écrire ? Mais pourquoi aurait-elle mis ça ? Il était évidemment qu'Elrond aurait tenu ce rôle ! « Ils nous auraient mentis »... Et l'allusion sarcastique de Saroumane sur son père...
Sa gorge se serra, l'air lui manqua. Ce n'était pas possible ! Elle ne voulait même pas envisager l'idée, l'horrible doute qui se formait dans son esprit. Et si... ? Et si Alana avait découvert un énorme secret de famille le genre de secret si atroce que la vérité est destructrice ? Le genre de secret qu'on aurait finalement préféré qu'il reste dissimulé à tout jamais ? Et si Elrond n'était pas... ? Elle ne voulait pas formuler cette pensée, pas même dans son esprit. Cela était tellement ridicule !
— Tout compte fait, c'est moi qui me casse, réussit-elle à articuler d'une voix blanche, le visage livide, le cœur au bord des lèvres.
Ignorant les sollicitations de sa tante et son ancien mentor, la jeune femme s'éloigna le plus rapidement possible, pressée de s'isoler par crainte de perdre tout contrôle d'elle-même. Et cette fois-ci, ce n'était pas la colère qui surgissait mais un mélange de stupeur, de peine mais aussi de peur. Elle n'arrivait plus à réfléchir de manière cohérente. Sa tête tourna et sa vision se brouilla. À l'abri des regards indiscrets, elle se laissa tomber au sol en hoquetant, la respiration saccadée. La Sorcière aurait voulu crier mais aucunes ses cordes vocales ne semblaient vouloir lui obéir. Alors que la panique la submergeait, elle sentit deux bras musclés l'encercler, pas suffisamment fort pour entraver sa respiration, mais assez pour l'aider à se contenir. Une voix masculine bien familière lui intima de respirer lentement et profondément. Une main lui frotta le dos d'une façon apaisante, l'aidant à reprendre un souffle plus normale. Une fois que la jeune femme fut calmée et dans un état de semi-conscience, l'homme l'attira contre sa torse, s'adossant lui-même contre un tronc d'arbre. Il la berça en chantonnant, masquant sa surprise de sentir des larmes brûlantes mouiller son cou.
— Tous des menteurs, articula-t-elle difficilement avant de renifler d'une manière peu élégante.
— Qui t'a fait du mal ? murmura son ancien compagnon tout en poursuivant son doux bercement.
— Ils nous ont mentis, poursuivit-elle, derechef.
— Qui cela Aliania ? Et à quel sujet ?
— Laisse tomber, c'est pas important, émergea-t-elle, reprenant progressivement le contrôle de ses émotions.
— Tu ne te mets jamais dans un état pareil sans raison. Ne veux-tu pas me dire ce qu'il s'est passé ?
— Ce n'est pas important, répéta-t-elle en se détachant de son étreinte, les yeux rougis. Je ne pourrai plus jamais leur faire confiance, mais ça ne fait rien. Pour le temps qu'il nous reste de toute façon...
— Ne dis pas ça ! Notre temps n'est jamais terminé.
— On ne s'en sortira pas tous, tu en es conscient ?
— Nous ne sommes pas mauvais au combat, je ne suis pas inquiet pour nous à ce niveau-là. Ma véritable interrogation est de savoir si tu veux réellement t'en sortir ?
— J'm'en fous, lâcha-t-elle avec un haussement d'épaule défaitiste.
Voulait-elle vraiment s'en sortir ? Bien sûr que non ! Pas si vivre signifiait continuer à souffrir. Elle avait une furieuse envie de fumer et de boire mais bien évidemment, elle n'avait pas de paquet de cigarettes, ni de bouteille sous la main ! Autre solution qu'elle affectionnait grandement ces dernières années : faire courir une lame sur sa peau. Seulement, elle allait devoir se débarrasser de la surveillance de son congénère.
— Al... Je ne sais pas quoi te dire. La vie ne vaut-elle vraiment plus la peine de se battre pour elle ? Je sais que ta sœur te manque – elle manque à tous – mais je suis sûr qu'elle aurait préféré que tu te relèves comme tu l'as fait à chaque fois qu'un obstacle s'est dressé devant toi. Tout comme je sais que tu n'as pas envie que j'aborde ce sujet, compléta-t-il avec douceur.
— Alors pourquoi tu le fais, tiqua-t-elle sans pour autant s'énerver, n'en ayant pas l'énergie.
— Parce que les non-dits ne libèrent pas de la souffrance.
— Parler, ça ne sert à rien non plus... grommela la jeune femme. Pas quand on ne t'écoute pas, pas quand on te répond des mensonges.
— Je t'écoute et ne te mens pas, déclara-t-il délicatement. Tu sais que tu peux avoir confiance en moi. Ne te l'ai-je pas prouvé maintes fois par le passé ?
La Protectrice ne broncha pas bien qu'elle ne fut pas totalement insensible à ses propos. Jusqu'à preuve du contraire, c'était vrai qu'il avait toujours été loyal et sincère envers elle. Il lui avait tendu la main lorsqu'elle avait été volontairement éloignée de sa demeure par sa propre famille qui avait prétexté agir pour son bien. Il l'avait soutenue contre le Roi Thranduil qui ne l'appréciait guère, la jugeant sans doute trop caractérielle pour une femme Elfe. Il avait écouté ses doutes et ses peines, supporté ses accès de colère, respecté ses choix et surtout, il l'avait aimée comme personne d'autre n'aurait pu le faire. La Sorcière n'aurait pas pu rêver mieux comme compagnon. Par malheur, le trépas de son aînée avait bouleversé irrémédiablement la vision qu'elle se faisait de l'avenir. Plus jamais elle ne pourrait être heureuse, cela lui était impossible ! Décemment, elle ne pouvait pas envisager de reprendre une vie quasi normale alors que la dépouille de sa jumelle pourrissait sous une stèle.
Soledad effleura brièvement un objet froid au fond d'une de ses poches. Le temps approchait. Très prochainement, cet artefact l'aiderait à mettre en œuvre son plan de bataille. Mais pour cela, elle devrait le coupler avec deux autres confrères ainsi que réciter une formule. Ce n'était pas le rituel en lui-même qui inquiétait la guerrière mais plutôt les conséquences. Elle allait devoir sortir le grand jeu et ignorait l'étendue de ses possibilités. Il n'y avait qu'en le testant qu'elle le saurait, même si cela n'était pas sans danger.
De son côté, Alania s'affairait à soigner les blessés, tentant de sauver ceux qui pouvaient encore l'être. Le combat avait été rude et sanglant. Les carcasses des créatures de Dol Guldur s'agglutinaient en plusieurs monticules, destinés à finir en cendres. Les Tombés de la Lumière gisaient en ligne, dissimulés sous des linceuls. En vérité, leurs pertes auraient pu être bien plus sévères. Un rapide recensement leur apprit qu'ils ne déploraient qu'une cinquantaine des leurs, ce qui était un moindre mal au vu de la violence de l'assaut. Malgré la triste vision des corps, Alania ne se sentait pas aussi mal que ne l'aurait cru. La présence de deux des Anneaux Elfiques ne devait pas y être pour rien… La Sorcière finit par succomber à la fatigue. Sans prendre la peine de rentrer en lieu sûr, elle s'affaissa contre un tronc et posa son front sur ses genoux. Trente minutes de répit ne lui feront pas de mal, non ?
Ne voyant pas sa nièce revenir dans la demeure familiale, Prestya envoya des gardes à sa recherche. Tous ses muscles endoloris criaient grâce tandis que son esprit priait pour se retrouver dans un bon et long bain délassant. Malheureusement pour elle, le confort de la Cité d'Elrond se trouvait à bien des lieues de là. La Forêt d'Or avait ordinairement beaucoup de charme mais ne possédait pas toutes les aisances auxquelles elle était accoutumée. Soupirant profondément, la Reine essuya sa lame noircie par des substances suspectes, probablement du sang d'araignée. Plusieurs de ces dégoûtantes bestioles avaient pris part au combat, tentant de les emprisonner dans leurs toiles collantes. La sœur de Léïa n'avait pas hésité à trancher tout morceau s'approchant à moins d'un mètre de son bras, ne supportant pas l'idée d'être salie par ces immondices. À la fin de l'attaque, elle avait priorisé de se laver, avant même de comptabiliser les pertes. Elle s'était dirigée vers le quartier des invités lorsque sa présence avait été requise en haut lieu. Renonçant à l'attrait de l'eau, elle avait retrouvé les autres dirigeants pour débriefer. Par tous les Valar, ce qu'elle avait envie de dormir !
Elle ne pouvait toutefois s'empêcher de se demander ce que devenait sa sœur et sa nièce – enfin ses nièces. Bien qu'elle ne débordait pas d'affection par les deux plus grandes, elle se sentait quand même un minimum concernée par leur sort (du moins se forçait-elle à le penser). Quoique... tant que les deux aînées ne faisaient pas trop parler d'elles par leurs frasques, cela lui convenait. Malheureusement, autant elle ne pouvait pas trop se plaindre d'Aliana, autant elle avait des choses à dire pour Aliania. Toutefois, Léïa la protégeait envers et contre tous, fermant les yeux ou pardonnant ses éclats. Prestya haïssait cela. Elles avaient toujours été élevées dans le respect des us et coutumes elfiques et ne pouvait supporter un tel débordement venant de la génération suivante. De plus, elle ne supportait le fait qu'Aliania perde un temps précieux à aider des peuples auxquels elle n'appartenait pas. Depuis qu'elle franchissait ces portails magiques, elle revenait à chaque fois changée. La vérité était qu'Aliania préférait vivre sur cette Terre, endroit hostile, violent et sauvage aux yeux de la Reine. Sa nièce avait adopté les pires traits de caractères de ces humains barbares et insensés ! Et surtout, elle avait entraîné Alana dans cet enfer, la détournant ainsi du chemin royal qui lui était destiné. N'ayant jamais eu d'enfants, la Reine comptait sur Alana pour reprendre le pouvoir à sa mort. L'Elfe n'a pour ennemi que les blessures liées à l'art de la guerre et non ceux dues aux ravages du temps. Étant une Dame Protectrice, la probabilité de mourir au combat n'était pas faible. Parfois, elle se disait que la Seconde Lignée des Protectrices disparaitrait avant la sienne : Alana est morte, Aliana a été englouti par les Ténèbres et est actuellement portée disparue, Aliania est dérangée et suicidaire tandis qu'Alania n'a pas les épaules pour porter à elle seule le pouvoir. Quel triste constat...
o*o*o*o
Soledad avait repris le chemin pour la Terre, désireuse de poursuivre son plan de bataille. Mais avant, elle fit un détour par l'une de ses planques, désireuse de récupérer de quoi décompresser. Elle agrippa une bouteille de vodka, un paquet de cigarettes et pensa aussi à embarquer ce qu'il lui restait de son dernier passage dans le ghetto... Ce soir, elle comptait bien tout oublier, quitte à le regretter amèrement le lendemain matin. Elle but une longue rasade, sniffa une ligne puis alluma une clope. Oh puis merde ! Elle irait réquisitionner ses connaissances plus tard. Après tout, elle avait encore le temps et méritait bien une petite pause. En à peine quelques minutes, un sentiment grisant d'euphorie l'envahit. La Sorcière qui s'était installée sur le rebord d'une fenêtre d'un vieil appartement londonien – lieu squatté depuis des mois par des jeunes à la dérive – respira à pleins poumons, étrangement sereine. Sa famille lui mentait depuis le début ? Quelle importance ? Pour ce qu'elle en avait à foutre d'eux de toute façon ! Ne disait-on pas qu'à défaut de choisir sa famille, on choisissait ses amis ? Ses amis... Lui en restait-il après tout ce qu'elle avait fait après la mort de sa sœur ? Alana... Putain, qu'est-ce qu'elle pouvait lui manquer ! Malgré la cocaïne qui entravait son esprit, elle ressentit son mal-être revenir à grand pas. Saisissant son poignard, elle fit glisser la lame sur son avant-bras, se délectant de la fine morsure et du ruissellement du sang. Qu'est-ce qu'elle aimait cette sensation de liberté ! Elle ne ressentait même plus la fatigue et presque pas la souffrance. D'ailleurs, cela ne lui convenait pas : elle voulait ressentir la douleur physiquement. Elle la supportait tellement mieux que celle de l'esprit... Elle s'attaqua à l'une de ses cuisses, appuyant plus fortement cette fois-ci. Le sang jaillit de la plaie et dégoulina lentement sur le rebord, gouttant ensuite sur le sol crasseux de la sinistre rue. Voyant le sachet de poudre blanche à moitié plein, l'Elfe se resservit. Il lui fallait une sacrée dose pour être vraiment défoncée. Complétant sa prise avec de l'alcool, elle commença à se sentir vraiment détachée de tout.
Un bruit derrière elle la fit se retourner. Un gars la dévisageait, un large sourire aux lèvres. Elle ne pensait pas le connaitre et à vrai dire, elle s'en contrefoutait. Cet appart servait d'abri à toutes les petites racailles du coin. À une époque pas si lointaine, elle zonait parmi eux, peu soucieuse de l'image que cela pourrait renvoyer d'elle. C'était le genre de planque où très peu de gens auraient pensé à venir la chercher.
— Alors ma belle, t'es nouvelle dans le coin ? Wow, t'as vraiment l'air en plein trip, susurra-t-il en fixant son regard vitreux et, accessoirement, ses membres tachés de sang. T'en veux ? demanda-t-il en lui tendant un joint.
Devant le rire sarcastique de la jeune femme, l'homme ne se démonta pas et s'avança vers elle, renouvelant son offre.
— Pourquoi t'en veux pas ? T'as peur ? la provoqua-t-il.
— J'sais pas c'que c'est qu'la peur, rétorqua-t-elle en s'en emparant, l'esprit totalement embrumé par la drogue.
Elle tira deux longues bouffées avant il lui repasser, le regard provocateur. Prétextant être à sec, il s'empara de sa vodka et s'enfila un long trait. Puis il raccourcit encore la distance, frôlant d'une main sa chevelure bouclée. Voyant qu'elle ne mettait pas trop de vigueur à le repousser, il se colla à elle et commença à lui caresser le visage.
— Dégage, souffla-t-elle en se redressant, rentrant dans le salon délabré.
— Oh allez, j'suis sûr que t'en as envie, t'as le look pour ça.
— T'as cru que j'étais une pute, cracha-t-elle, le regard néanmoins étrangement aguicheur.
Le problème avec la drogue, associée au tabac et l'alcool, c'était que cela changeait profondément le comportement des consommateurs. Même la fille la plus raisonnable de la ville n'aurait pu se tenir correctement sous leurs emprises.
— Tu préfères que je te traite comme une princesse ? railla-t-il en la bloquant contre le mur, les mains appuyées sur ses hanches.
— Tu crois pas si bien dire, j'en suis une là d'où je viens, répliqua-t-elle sans bouger avant de se remettre à rire.
— J'vais être roi alors, entra-t-il dans son délire, l'embrassant dans le cou.
Il continua à déposer une myriade de baisers, son souffle s'accélérant. Ses mains remontèrent le long de son ventre puis atteignirent sa poitrine qu'il se mit à malaxer. La respiration de la jeune femme s'approfondit. Elle était dans un tel état de détachement... Tout ce qu'elle savait, c'était que les mains de l'étranger lui provoquaient d'étranges sensations et qu'elle n'avait pas vraiment envie que ça s'arrête. Elle n'écoutait ni sa raison, ni son cœur, seulement ses instincts purement primaires. L'homme se faisait de plus en plus entreprenant, insistant sur des zones très personnelles. Soledad laissa échapper un gémissement. Il en profita pour l'embrasser fougueusement, introduisant sa langue dans sa bouche. Elle ne lui rendit pas son baiser mais ne le repoussa pas non plus. Lorsqu'il se frotta contre sa cuisse blessée, elle ne s'en rendit même pas compte. Il ôta son tee-shirt et passa ses mains sous le débardeur lacéré de la guerrière, achevant de le mettre en pièce.
Soudain, un flash surgit dans la tête de Soledad : une forêt sombre, une petite fille vêtue de blanc entourée de brigands, des supplications... Elle eut un réflexe de survie et rejeta violemment l'homme avant de se recroqueviller au sol, la tête entre ses mains. Celui-ci, surpris, s'écroula sur une table basse et ne se releva pas – sans doute trop imbibé d'alcool et d'autres substances illicites. La fugace réminiscence avait eu pour mérite d'éviter le drame pour la Protectrice mais elle ne le vivait pas comme cela pour l'instant. Au contraire, elle ne comprenait pas qu'en une seconde, elle était passée d'une sensation grisante à un malaise prononcé. Elle fut prise de violentes nausées et recracha tout ce que contenait son estomac. Ça faisait un moment qu'elle ne s'était pas sentie aussi mal – du moins à cause d'un mauvais mélange. Sa tête tourna et elle se sentit basculer dans l'inconscience...
o*o*o*o
Aliana tournait en rond dans la Maison des Guérison. Ce qu'elle pouvait trouver le temps long ! Non seulement elle s'ennuyait à mourir, mais en plus sa progéniture ne l'épargnait pas. Parfois, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir des pensées négatives envers le fœtus qui lui compliquait tellement la vie. Sans lui, cela ferait longtemps qu'elle serait retournée avec Arthélius. Malgré le mal qu'il avait pu lui faire, elle était prête à lui pardonner, mettant son attitude sur l'influence néfaste de Sauron. Elle croisait les doigts pour que l'Armée des Peuples Libres, qui faisait actuellement route pour les Portes Noires, revienne victorieuse. Bien qu'Arthélius soit officiellement du côté du Mordor, elle préférait néanmoins la défaite de l'ancien serviteur de Morgoth. Elle se méfiait de lui et supposait qu'il valait mieux continuer à vivre plus au moins dans l'ombre, bien à l'abri de sa cruauté. Arthélius n'était pas un modèle de vertu, mais au moins, il la désirait et la protégeait à sa manière. À part lui, qui l'acceptait pour ce qu'elle était ? Sa petite sœur ? Oui, bien évidemment... Mais elle avait déjà tellement de mal à être accepter par le reste de la famille... Ce n'était pas la peine d'en rajouter une couche, d'autant plus qu'Aliana ne tenait pas spécialement à vivre à Imladris à nouveau. Cela serait trop étrange et gênant. Rien que la pensée de côtoyer Prestya quotidiennement lui donnait des frissons. Et son père... Elle lui en voulait tellement de ne pas avoir agi à l'époque. Il aurait déchainé son armée, il aurait probablement pu la récupérer et sa vie aurait été totalement différente. La jeune Elfe n'appréciait guère ses tantes mais elle ne les tenait pas pour principales responsables. Après tout, un père ne devait-il pas tout faire pour protéger ses enfants ? Avait-il pensé que les trois filles restantes seraient suffisantes ? En tout cas, Aliania était la seule à avoir véritablement cherché à conserver le contact. Même Alana ne s'était pas donné cette peine. Quoique... leur aînée n'avait pas un caractère aussi marqué : divisée entre l'approbation de ses ascendants et celle d'Aliania, elle avait essayé de rester neutre. Elle ne cherchait pas à la voir plus que nécessaire mais ne l'attaquait pas non plus. En fait, elle fuyait au maximum toute situation qui requérait une prise de position.
Son regard se tourna vers l'horizon, le ciel éclipsé par de sombres nuages chargés d'électricité. Par tous les Valar, que se passait-il là-bas ? L'Armée avait-elle atteinte l'entrée des Terres Noires ? Sauron était-il en train de déchainer sa colère contre elle ? Et surtout, reverrait-elle sa petite sœur ? Aliana préfèrerait tellement aller sur le champ de bataille pour l'épauler plutôt que rester dans cette Cité qui transpirait l'angoisse.
Cinq jours après avoir dépassé la Vallée de Morgul, l'Armée atteignit enfin l'entrée du Mordor. Une semaine de marche ! Si longue et si courte à la fois, selon comment les soldats la comptabilisaient en nombre de pas foulés ou en battements de cœur qu'ils leur restaient avant leur mort. L'Ennemi ne réagit pas au fait qu'une masse d'assaillants se tenait à l'orée de son territoire. Aragorn divisa les troupes et les disposa sur les deux collines encadrant les Portes Noires. Puis il somma les Capitaines et les représentants de chaque Peuple Libre de l'accompagner réclamer justice à Sauron le Perfide. Ils avancèrent et attendirent une réponse à leur appel. Au bout d'un moment, les battants s'ouvrirent dans un craquement sinistre sur une délégation menée par un vil homme surnommé la Bouche de Sauron. Il se stoppa à quelques mètres d'eux, les toisant avec une insolence sans limite, et exigea de parler avec la personne la plus qualifiée, dédaignant volontairement Aragorn.
— Ce n'est pas le choix qui manque pourtant ! s'exclama une voix féminine derrière eux.
Instinctivement, ils jetèrent un rapide coup d'œil pour apercevoir Aliania, revêtue de sa tenue de combat, le visage déterminé. Elle avait du ouvrir du portail à l'instant car ils ne l'avaient pas revue depuis la vallée de Morgul. Contrairement aux autres ambassadeurs, la jeune femme n'avait pas de monture et s'imposa fièrement entre celles de Gandalf et de Legolas. Ce dernier l'observa discrètement : elle n'avait pas l'air en trop mauvais état – du moins son désarroi de l'autre jour n'était plus présent sur son visage.
Le Rôdeur ne dit rien mais accrocha du regard le héraut noir. Une lutte silencieuse s'installa et la Bouche de Sauron finit par céder, s'insurgeant que le Dunedan l'avait attaqué bien qu'il n'eut esquissé ni mouvement, ni parole. Gandalf rétorqua en réfutant les faits, rappelant au passage qu'un ambassadeur se devait d'être moins impertinent. Le choisissant comme porte-parole, il lui montra avec un plaisir non voilé un paquet, message de son Maître. Il l'ouvrit et en sortit des effets personnels que les membres de la Communauté de l'Anneau eurent tôt fait d'identifier : il s'agissait des affaires de Frodon Sacquet ! Pippin laissa échapper un cri de détresse malgré l'avertissement sévère du Magicien Blanc. Difficile de nier quoique ce soit face à la réaction du Hobbit...
— Une épée et une cotte de maille argentée, wow, quelle trouvaille ! railla effrontément la Protectrice, tentant de faire diversion. C'est une invitation à faire du troc ou quoi ?
— Ne m'adresse pas la parole femme, tu n'en es pas digne ! cracha-t-il durement.
— Je suis tout à fait d'accord sur le fait qu'une pourriture comme toi ne mérite pas de traiter avec une personne de mon rang, le fit-elle enrager. Mais je suis prête à faire un petit effort avant de t'étriper, sourit-elle tranquillement.
— Le Semi-Homme endurera mille tourments, tonna-t-il, au moins que vous acceptiez la proposition de Sauron, grand Maître de ces Terres.
— Bah voyons... commença-t-elle avant d'être interrompue par son ancien mentor.
— Nommez-les, exigea l'Istar, masquant sa peur derrière un visage fermé.
Alors, le Messager énonça une foule de conditions toutes aussi inacceptables les unes que les autres : la capitulation totale et définitive des Peuples Libres, avec l'obligation d'être tributaires de Sauron et de reconstruire l'Isengard, et cetera, et cetera... Bien évidemment, aucune vie ne faisait le poids face à l'importance de la requête déposée. Repoussant sa culpabilité et sa tristesse à fond de son cœur, Gandalf refusa catégoriquement la proposition du Seigneur Noir. Ivre de rage, l'ambassadeur repartit au galop pour se mettre à l'abri. Aliania ne l'entendit pas de cette manière et d'un simple geste de la main, elle le fit voltiger de son cheval et le propulsa violemment contre la muraille où il se fracassa, probablement tué sur le coup.
— Pour être sûre que le message soit clair, se justifia-t-elle d'un haussement d'épaules face au regard désabusé de sa tante Léïa. Quoi ? Ça en fait toujours un en moins !
— On se replie ! hurla le fils d'Arathorn en voyant les vantaux s'ouvrir en grand sur une monstrueuse marée d'infâmes créatures.
Les Capitaines s'empressèrent de rejoindre leurs bataillons respectifs, parés à répondre aux ordres du Roi Elessar auxquels tous s'étaient ralliés. Ils mirent pieds à terre et relâchèrent les chevaux, conscients que seule la mort les attendait. Le Prince de la Forêt Noire se rapprocha vivement d'Aliania :
— Si nous nous en sortons, je veux reprendre ma vie à tes côtés Aliania, déclara-t-il solennellement. Je t'aime, ne meurs pas ! la supplia-t-il en lui effleurant la joue avec tendresse.
Il sortit alors de sous son armure le fameux pendentif, symbole de leur amour, et le lui attacha autour du cou.
— Je n'arrive pas à croire que tu l'as gardé sur toi depuis tout ce temps ! s'étonna la guerrière, ébahie.
— Puisque te battre il le faut, fais-le aussi pour nous...
— Tu crois que c'est le bon moment là ? Concentre-toi sur ce qu'il se passe devant toi Legolas, esquiva-t-elle en alerte. Ils nous encerclent...
— Tu as raison, assez de vaines paroles, laissons place à l'action.
Le fils de Thranduil l'attira vivement contre lui et l'embrassa fougueusement, animé par une force et une passion désespérées. Surprise par son geste, la Protectrice se figea dans un premier temps avant de lui rendre son baiser. Après tout, ce serait probablement le dernier... Ils se séparèrent, le souffle court, pour prêter attention aux paroles de leur ami qui motivait ses troupes. Aliania siffla d'admiration : les mots choisis sortaient droit du cœur et cela se sentait ! Elle était tellement fière de l'homme que le petit garçon recueilli jadis à Imladris était devenu !
— Comment veux-tu que je rivalise avec ça ! s'exclama la Sorcière d'un air admiratif. Tu as préparé ton discours à l'avance, c'est ça ?
— Est-ce que cela signifie que tu vas t'abstenir de motiver tes troupes avant la bataille ? sourcilla Anàrion, dubitatif.
Elle le dévisagea, incrédule de le trouver ici alors qu'elle lui avait confié la mission de veiller sur Aliana. Retenant le reproche entre ses dents, elle se contenta de lui jeter un regard prononcé. Il la connaissait suffisamment pour le traduire sans interprète.
— Bah… je vais dire comme Aragorn ! Que rajouter de plus ?
— À toi de nous le dire mais dépêche-toi, l'Ennemi nous encercle… intervint Lenya blême, subitement l'air moins heureuse d'être venue à sa mère.
Étrangement, alors que toutes les âmes présentes étaient en train de retenir leur souffle, la guerrière sourit énigmatiquement et prit une grande inspiration et clama d'une voix forte :
— Soldats ! Écoutez-moi ! Vous n'avez pas parcouru tout ce chemin pour le rebrousser maintenant. Vous avez choisi de venir combattre l'infamie pour défendre la liberté de tous. Je vous en suis reconnaissante. Sans vous, la guerre aurait été perdue d'avance depuis bien longtemps. L'époque où nous ne faisions que repousser leurs ignobles attaques est révolue. Aujourd'hui, nous choisissons de les attaquer sur leurs terres pour en finir. Je ne peux pas vous promettre de victoire. Toutefois, faites en sorte que cette bataille marque l'Histoire pour les siècles à venir. Donnez le meilleur de vous-même pour réduire leurs rangs à néant. « Revenons victorieux ou ne revenons point » : telles ont été les paroles d'un de vos capitaines. Je n'aurai pu trouver de meilleurs mots. La victoire ou la mort sont les seules options qui s'offrent à nous. Ne laissons pas Sauron s'emparer de nos cœurs et réduire nos corps en esclavage. Vous êtes tous d'excellents guerriers, prouvez-le une fois encore. Je suis fière de livrer bataille auprès d'aussi vaillantes personnes. Hommes et Femmes, montrons-leur notre valeur ! Êtes-vous tous avec moi ?
Des cris d'approbations et de révoltes rageuses retentirent. Il se passa un étrange phénomène : les clameurs semblaient provenir de toutes parts, comme si d'autres personnes s'exprimaient au-delà de leur bataillon. Les hommes avaient beau regardé autour d'eux, ils ne voyaient pas de quelles troupes émanaient ces exclamations.
— Qu'ils viennent faire une jolie ronde autour de nous ! ricana Aliania, ouvertement. Seulement, sont-ils réellement prêts à entrer dans la danse ?
— Pour une fois, tu es vraiment trop subtile pour moi, admit son compagnon, les muscles raidis par la tension.
— Sérieusement, vous avez tous cru que j'allais venir pour l'Ultime Bataille avec une poignée de soldats ? Hey toi là-haut ! héla-t-elle le Seigneur Noir. Tu crois pouvoir nous écraser en une seule vague ? Déjà qu'il ne te reste plus qu'un œil, tu pourrais faire des efforts pour t'en servir ! ridiculisa la jeune femme d'une voix forte. Ne vois-tu donc pas ce qu'il t'attend ?
— Aliania, qu'est-ce que…
— À VOUS DE JOUER MES FRÈRES ! rugit la sorcière, brandissant un poing rageur en l'air.
À cette injonction, d'innombrables cris de guerre retentirent à nouveau autour d'eux. Sous les yeux ébahis des Hommes et des Orques, une multitude de personnes apparut comme par enchantement sur les collines environnantes. Formant pas moins de cinq bataillons, les nouveaux venus attendaient impatiemment les ordres de leurs capitaines respectifs, eux-mêmes subordonnés par ceux de la Protectrice.
— Comment est-ce possible ? souffla Legolas, étourdi.
— J'ai pensé qu'il était temps de reprendre le pouvoir.
— Je ne suis pas sûr de saisir ce que…
— Disons que comme Aragorn, j'ai fini par récupérer mon héritage ! Les pouvoirs d'Alana sont en moi, expliqua-t-elle rapidement devant l'incompréhension de sa tante. J'ai pu ouvrir différents portails pour ramener et camoufler des troupes supplémentaires.
— Mais où les as-tu trouvées ? s'enquit sa cousine, perplexe. Le campement principal est vide !
— Contrairement à ce que certains pensent, j'ai beaucoup d'amis et d'alliés en dehors de la Terre du Milieu. Certains ont répondu à mon appel.
Un vent se leva et la terre trembla. Quittant du regard Barad-Dûr, Aliania l'encra dans celui du Dunedan et inclina légèrement la tête, lui faisant comprendre que c'était à lui de déclencher le conflit. Après un court moment, il lui sourit puis lâcha deux petits mots avant de s'élancer à corps perdu sur le bastion des viles créatures.
— Pour Frodon ! reprirent en chœur ses compagnons, lui emboitant le pas dans une course effrénée, déterminés à se battre jusqu'au bout, quelque qu'en soit la fin.
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