_ Debout là dedans!
Le gardien fit glisser sa matraque de gauche à droite sur les barreaux. House, d'une voix caverneuse, l'envoya chier dans sa langue.
L'homme entra et se posta face à lui.
_ Qu'est-ce que tu as dit?
Le diagnosticien ouvrit un œil et fusilla l'homme du regard.
_ Va te faire enculer chez les libéraux.
_ Qu'est-ce que tu as dit?! L'homme le frappa à l'aide de sa matraque.
Cette fois-ci, House lui répondit dans sa langue :
_ Je t'ai dit que tu puais de la gueule! Sors près de moi ou je vais gerber!
Le gardien s'apprêtait à le ruer de coups quand son collègue passa la tête dans le dortoir.
_ Laisse l'américain si tu ne veux pas avoir de problèmes.
_ Il m'a manqué de respect.
_ Ils sont tous irrespectueux.
Le gardien lançant un regard haineux à House puis lui lâcha avant de sortir :
_ Fais gaffe à tes arrières.
L'autre gardien entra dans la pièce et se planta devant House.
_ C'est la journée portes ouvertes aujourd'hui?
_ Arrêtes de faire le malin ou tu ne tiendras pas deux jours de plus ici. J'ai l'impression que tu fais tout pour finir au cachot. Tu apprécies tant l'obscurité et l'humidité?
House leva la tête vers lui et planta ses yeux grisailles dans les siens.
_ Je ne suis pas du genre à faire ce qu'on me dit. Ne vous attendez pas à ce que je sois coopératif.
Le gardien éclata de rire puis s'accroupit, afin d'être à la même hauteur que House.
_ Je vais te dire pourquoi tu tiens tant à y retourner. Si tu sors d'ici et que tu vas dans la cours, tu peux être certain de passer un sale quart d'heure. Tu n'es pas très apprécié par les autres détenus.
_ Pas de ma faute s'ils n'arrivent pas à aligner deux mots pour faire une phrase.
_ Si tu veux revoir ta charmante petite pute, faudrait mieux que tu te tiennes à carreaux.
_ Ma charmante quoi?! s'étrangla House.
_ Elle est pas mal. Tu la payes combien pour qu'elle te la cire? Je suis intéressé.
House se leva brusquement et lui donna un violent coup de pied au visage. L'homme bascula en arrière en poussant un cri de douleur. Deux autres gardiens accoururent et sautèrent sur House qui avait déjà attrapé la matraque de l'homme pour le frapper. Ils l'immobilisèrent et le plaquèrent au mur. L'homme se releva péniblement et essuya le filet de sang qui s'écoulait de sa bouche.
_ Ces américains! Ils se croient au dessus de tout!
Il lui asséna un crochet droit.
_ Ils sont trop présomptueux à mon goût!
Il lui asséna un crochet du gauche suivit d'un uppercut.
House lui cracha son sang à la figure et reçu à nouveau une paire de crochets. Le gardien le frappa jusqu'à ce qu'il s'évanouisse. Il se sentit trainé jusqu'à la cours et on l'y jeta, comme on jette pâture à des prédateurs. Un silence s'installa quand il atterrit au milieu de la cour sableuse. House fut prit alors d'un fou rire. L'image de Wilson avec des bois de rêne sur la tête s'imposa à son esprit. Aizen, suivit de sa bande s'approchèrent de lui et l'observèrent un instant. Un autre groupe de prisonniers s'avança à son tour. Des murmures s'élevèrent dans la foule tandis que le rire de House augmentait de volume. Il prit une poignée de sable, se redressa et l'envoya en direction des gardiens qui avaient refermé la grille.
_ BANDES DE SALAUDS! Il fit basculer sa tête en arrière et rit de plus belle. Il manqua de s'étrangler avec son propre sang. Il se pencha et le cracha.
_ They want get my ass dead or alive! il se tourna vers Aizen et le fusilla du regard.
_ Qu'est-ce que tu me veux toi?!
_ Il est fou. murmura un homme.
D'autres murmures firent échos à cette observation.
Aizen ne répondit pas et s'éloigna de House. Celui-ci se laissa tomber sur le sol et ferma les yeux. Les autres prisonniers imitèrent Aizen et s'éloignèrent, laissant le diagnosticien allonger sur le sol sableux et poussiéreux de la cour.
Au bout d'un moment, alors que le soleil tapait avec obstination sur la peau du diagnosticien à bout de force, un homme s'approcha de lui, lui procurant ainsi de l'ombre. House ouvrit un œil et grogna. L'homme s'accroupit à ses côtés et pencha la tête.
_ Je savais les américains obstinées mais pas à ce point. Vous me faites plus penser à un français dressé face à l'oppresseur.
_ C'est à dire?
_ Désespéré.
House se redressa et détailla l'homme. Ses yeux étaient bridés comme la plupart des personnes ici mais son attitude reflétait celle d'un occidental. Il lui tendit la main avec un sourire.
_ Mon nom est Joseph Lee. Ravi de rencontrer le célèbre docteur House.
Le diagnosticien hésita un moment puis lui serra la main à son tour.
_ D'où me connaissez-vous?
_ Je suis médecin aussi.
Il fit un nouveau sourire et l'aida à se relever.
_ Venez avec moi. Je connais un endroit plus tranquil.
House hocha la tête et le suivit tant bien que mal. Cet homme l'intriguait. Il voulait en savoir plus.

***

Ils se casèrent au niveau d'un angle de la cour. Angle depuis lequel ils pouvaient surveiller prisonniers et gardiens sans être dérangés.
Joseph sortit une cigarette roulée à la main et l'alluma à l'aide d'un briquet dissimulé dans ses chaussettes. House le regarda faire sans rien dire. Après quelques bouffées de fumée, il lui demanda enfin :
_ D'où sors-tu ton tabac ?
_ Je me le fais livrer comme toi et tes calmants. Je t'ai vu en gober hier. C'est la belle femme qui te les a refilé ?
Le diagnosticien hocha la tête.
_ Alors demande lui de ne plus le faire car tu es grillé. Si je t'ai vu, un gardien t'a sûrement vu aussi.
_ J'ai besoin de ma vicodine.
_ Si ta femme se fait prendre…
_ Ce n'est pas ma femme.
_ Si la belle se fait prendre, elle aura de gros ennuis. Et quand je parle d'ennuis, je ne pense pas vraiment aux ennuis avec la justice. Et manque de pot. Elle est plutôt mignonne.
_ Qu'est-ce que tu insinues ?
_ Tu vois le gars là bas. Au fond de la cours, qui gratte le sol…
House se tourna et regarda dans la direction que Joseph pointait du doigt.
_ Et alors quoi ?
_ Sa femme lui faisait parvenir des photos en douce. Des photos ! Elle s'est fait grillée et violée.
Le sang de House ne fit qu'un tour. Le gardien qui l'avait tabassé traversa la cours au même moment.
_ Violée par Sanosuke. Le gars là.
_ Le gardien…
_ Ouep ! Joseph prit une nouvelle bouffée de fumée.
House suivit Sanosuke du regard en se l'imaginant au bout d'une corde. Il se rappela alors de se qu'il lui avait dit à propos de Cuddy.
_ Le salaud. susurra-t-il.
_ Alors si tu tiens un minimum à elle… Il vaudrait mieux qu'ils n'aient pas une raison pour l'emmener dans leur bureau.
House abattit son poing sur le mur.
_ A toi de choisir, ta vicodine ou sa vertu.
House ferma les yeux et s'adossa au mur.
_ Surtout que tu n'a pas la côte auprès des gardiens.
House rouvrit les yeux et regarda en direction du ciel.
_ Sanosuke… C'est lui qui m'a fait ça.
Joseph pouffa de rire.
_ Alors vaudrait mieux qu'elle ne vienne plus du tout !
House lui lança un regard noir. Son sourire disparut aussitôt.
_ Et pourquoi le grand docteur House se retrouve dans la pire prison du pays ?
_ Pourquoi un médecin chinois avec un prénom d'occidental se trouve ici ? répliqua House.
_ Mon pays est ingrat envers les intellectuels dont l'esprit n'est pas encore formatée par le régime.
_ Tu m'as comparé à un français tout à l'heure…
_ Ma mère est française et j'ai passé mon enfance là bas.
_ Tu es arrivé ici et a manifesté comme tout bon français qui se respecte ?
_ Tu as tout compris. J'ai à peine eu le temps de déplier ma banderole.
House éclata de rire. Joseph sourit puis éteignit sa cigarette.
_ Alors, et pour toi ?
_ Médecin généraliste ?
_ Nutritionniste. Jouons au jeu de la vérité jusqu'au bout veux-tu.
_ Je ne sais pas pourquoi je suis là.
Joseph pouffa de rire.
_ Les policiers sont arrivés et t'ont emmené de force ici sans raison ?
_ C'est une bonne raison d'enfermer quelqu'un parce qu'il voulait manifester ?
_ Non mais s'en est une. De plus, tu es étranger.
_ J'enquêtais.
_ Tu es docteur.
_ Nous dirons alors que j'étais en vacances.
_ Pourquoi ne rien vouloir me dire ?
_ Je ne fais confiance à personne.
_ Ici, il vaudrait mieux que tu ais un allié.
_ Tu en as un ?
_ Oui, l'un des gardiens. Il avait des troubles digestifs, je l'ai soigné. C'est grâce à lui que j'ai mon briquet.
_ Je vois.
_ Alors, le jour où tu décideras de t'en faire un. Fais-moi signe.
Joseph fit mine de s'éloigner quand House lâcha :
_ Je suis venu en Chine pour retrouver mon père.
Il se tourna vers le diagnosticien qui se laissa glisser le long du mur. Il s'accroupit à ses côtés et attendit patiemment la suite de son récit.
_ Ma route m'a amené sur des pentes ardus et mon obstination m'a amené ici.
_ Qu'est-ce que ton père fait comme ça pour que son fils s'attire autant d'ennuis ?
_ Il pêche avec un vieil ami.
_ Sérieusement.
_ Il pêche avec un vieil ami.
_ Il pêche la baleine ?
_ C'est presque ça.
_ Services secrets ?
_ Mon père était un militaire retraité venu en séjour ici pour passer quelques temps avec un ancien ami. Ils adoraient pêcher. Apparemment ils ont ferré le mauvais poisson.
_ Ils auraient assisté à quelque chose qu'ils n'auraient jamais dû voir ?
_ Il a disparu, alors je me suis rendu sur place pour faire le boulot des incompétents de flics qui servent ma nation.
_ Et alors ?
_ Je me retrouve ici. Voilà.
_ Tu me caches…
_ Tu en sais déjà trop. Je me demande même pourquoi je t'en ai raconté autant.
_ Parce que nous sommes tous les deux enfermés ici injustement et que moi, je me suis soulevé face au régime de mon pays. Apparemment, ton père a disparu à cause du régime.
_ Qui te dit ? Il aurait pu être enlevé par des bandits.
House planta son regard dans celui fuyant de Joseph.
_ Tu sembles bien sûr de toi. nota-il.
_ Excuse moi. C'est ma rancœur qui me pousse à mettre tous les œufs dans le même panier.
Le diagnosticien le jaugea un instant puis se mit à fixer le sol.
_ Pourquoi te raccrocher à la Chine si ta vie est en France ?
_ Parce que la Chine est la terre d'une partie de mes ancêtres. Et que j'y tiens moi à cette terre.
_ Tsss ! Les chinois et leur foutu code d'honneur !
Joseph éclata de rire. Il lui tapota l'épaule et se releva.
_ Eh bien docteur House. J'espère vous revoir entier demain.
Il lui fit un clin d'œil et commença à s'éloigner.
_ Tu ne m'as pas demandé si j'ai retrouvé mon père.
Joseph stoppa net et se tourna vers le diagnosticien.
_ Si c'était le cas, tu ne serais pas là.
Il ajouta un avec un triste sourire :
_ Je suis désolé pour votre père.
House marmonna quelque chose d'inaudible. Joseph se dirigea vers le centre de la cours. Le diagnosticien l'observa s'éloigner à grands pas. Il n'en avait pas l'air au premier coup d'œil, mais ce Joseph Lee était plutôt svelte.
_ Humpf. fit House.

***

Cuddy jeta les clefs de sa chambre l'hôtel sur la table de chevet et se laissa tomber sur son lit. Elle ferma un instant les yeux puis décida d'appeler. Elle prit le combiné et composa le numéro en PCV.
_ Allô, Cameron ? Acceptez l'appel en PCV s'il vous plait.
_ Bonjour Docteur Cuddy.
_ Bonsoir. répondit la doyenne avec un sourire. Tout se passe bien de votre côté ?
_ Oui, Wilson se débrouille très bien.
_ Vous direz à Wilson que j'ai besoin de lui ici. Je vous confie l'hôpital.
_ Qu… Quoi ? Mais mais je ne saurais pas…
_ Vous saurez très bien. Je vous demande juste de ne pas transformer cet hôpital en SPA.
_ Très bien… Merci pour votre confiance.
Cuddy se frotta les yeux. Elle était si fatiguée…
_ Mais pourquoi Wilson doit-il rappliquer ?
_ House est comme une huitre et j'ai beaucoup de mal…
_ Vous n'auriez jamais du partir.
_ J'étais déjà sur place.
_ Justement. Pourquoi ? Vous n'aviez pas de conférence.
_ Tout cela reste entre moi et Blythe.
_ La mère de House ? Je ne comprends pas…
_ Il n'y a rien à comprendre Cameron. Prévenez Wilson.
_ Très bien.
_ Merci. souffla Cuddy.
_ Comment va-t-il ?
_ A votre avis ?
_ J'ai un avis là-dessus mais je préfère de loin le votre. C'est vous qui l'avez vu.
_ Sincèrement… Je ne sais pas. Cet homme est…
_ C'est House.
_ Oui voilà… Je suis fatiguée, je vais vous laisser.
_ Quand pourrez-vous le revoir ?
_ Dans deux jours. En espérant qu'il soit plus coopératif. La dernière fois il était en manque.
_ Vous avez réussi à lui donner la vicodine ?
_ Oui.
_ Parfait.
_ Mais je doute qu'elle ne soit efficace.
_ Comment ça ?
_ Ils lui ont prit sa canne et apparemment il prend pas mal de coup.
_ Oh mon Dieu !
_ Bon là je vais raccrocher.
_ Très bien très bien. Courage.
_ J'en ai Cameron. Mais c'est autre chose et je ne sais pas quoi…
_ Au revoir.
Cuddy raccrocha et poussa un soupir. Elle se sentait vide. Et l'image de House, couvert d'hématomes la hantait. Elle savait qu'il ne changerait pas d'attitude malgré le fait qu'il se fasse tabasser. Un jour ou l'autre… Elle secoua la tête. Il valait mieux penser à autre chose. Elle se leva de son lit et retira son haut tout en se dirigeant vers la salle de bain. Alors qu'elle s'apprêtait à entrer dans la douche, elle entendit un bruit en provenance de sa chambre. Elle attrapa une serviette, puis entrebâilla la porte. Personne dans son champ de vision. Elle jeta un coup d'œil derrière elle et attrapa son sèche cheveux. Elle se glissa dans l'entrebâillement de la porte et balaya sa chambre du regard. Elle baissa sa garde puis se retourna. Elle ouvrit la bouche pour crier mais l'homme fut plus rapide et lui plaqua une main ferme sur la bouche. Il la menaça d'un revolver et lui fit signe de se taire. La poitrine de Cuddy se soulevait à un rythme effréné. Qui était cet homme ? Que lui voulait-il ? Il lui dit quelque chose qu'elle ne comprit pas mais la manière dont il l'avait dit en disait long sur ses intentions. Elle hocha vivement la tête et il retira sa main de sa bouche. L'homme sortit une longue enveloppe de son manteau et la posa sur son lit. Il s'éloigna à reculons tout en pointant son arme sur elle puis sauta par la fenêtre. Cuddy resta un moment au même endroit. Tentant en vain de calmer son rythme respiratoire. Elle se tourna vers son lit et s'en approcha. Elle prit l'enveloppe et l'ouvrit. Elle en retira des photos et y jeta un coup d'œil. Elle plaqua sa main sur sa bouche et lâcha les photos.
_ Mon Dieu… souffla-t-elle.

TBC...