Cuddy vida son verre d'une traite et en commanda un autre. Le barman lui lança un regard qui en disait long mais la servit quand même. Elle lui fit un léger sourire avant de saisir le verre et de le porter à sa bouche. Alors qu'elle s'apprêtait à le vider, on lui attrapa sa main au vol et lui prit le verre.
_ Je crois que vous avez assez bu. dit Wilson en s'asseyant à ses côtés.
_ J'avais un peu mal au bras alors… commença-t-elle en montrant son plâtre.
_ Alors vous avez ingurgité des comprimés et avez décidé d'aller dans le bar le plus proche pour vous saouler.
_ Perspicace.
Wilson sourit.
_ House n'est pas encore mort. Ne commencez pas déjà à l'imiter pour combler un vide qui n'existe pas…
_ Encore…
_ Je ne vous connaissais pas aussi défaitiste.
_ Il me l'a déjà sortit celle là. Rendez-moi mon verre.
Elle tendit son bras valide qu'il repoussa facilement.
_ Non.
Il brandit le verre vers le barman qui le prit en lui lançant un regard noir.
_ Vous êtes un sale enquiquineur Wilson !
_ J'ai déjà entendu ça quelque part…
_ Laissez moi.
_ Non.
_ C'est le seul mot que vous connaissez ?
_ Dans ce genre de cas… Oui !
Il plongea sa main dans sa poche et en sortit un petit sac de gâteaux.
_ Qu'est-ce que c'est ? Des biscuits à l'alcool ? Un nouvel appât à femme en détresse ?
_ House ! Sors de ce corps !
Cuddy sourit et fit signe au barman de lui servir un verre. Celui-ci fit mine de ne pas l'avoir vu.
_ Salopard…
_ Il est chinois mais je pense qu'il comprend les injures de notre langue.
_ J'en connais aussi dans sa langue.
Cette fois-ci, elle se pencha sur le comptoir et l'injuria en mandarin. Le barman se figea, étouffa une imprécation puis recommença à faire ses affaires comme si de rien n'était. Wilson regarda Cuddy avec de gros yeux. Elle lui lança un regard faussement surpris puis se rassit convenablement sur son siège.
_ Vous êtes folle ! s'exclama-t-il enfin.
_ Il n'aurait jamais osé lever la main sur moi.
Wilson lança un regard au barman puis reporta son attention sur Cuddy.
_ Vous êtes folle !
_ A force de fréquenter House…
Sa voix se brisa. Elle lança un regard ampli de larmes au plafond puis se mit à fixer le comptoir. Wilson soupira puis lui tendit le sachet.
_ Ce sont des biscuits porte-bonheur… En tout cas… C'est ce que la vendeuse m'a dit.
Cuddy tourna la tête vers lui. Son regard passant du sachet à Wilson qui affichait un sourire rassurant.
_ Vous vous êtes fait arnaquer. déclara-t-elle enfin.
Wilson soupira.
_ House ! Sors de ce corps !
Cuddy éclata de rire et lui prit le sachet des mains.
_ Et là je dois faire quoi ?
_ En manger un serait judicieux.
Cuddy prit un gâteau et commença à le manger, sans grande conviction.
_ Il s'est déjà fait tirer dessus.
_ Il n'était pas dans l'état dans lequel il était avant de se faire tirer dessus.
Wilson prit un biscuit porte bonheur et passa sa frustration dessus. Elle avait raison. Il avait peu de chance de s'en tirer. La balle n'avait pas atteint de point vital mais son corps était dans un état d'extrême fatigue et cette balle avait été la goutte de trop dans le vase.
_ Il va s'en tirer.
_ Cessez d'user votre salive pour rien.
_ Je vais finir par croire qu'il s'est réincarné en vous…
_ Ce n'est pas mauvais. dit Cuddy en prenant un autre biscuit.
_ J'ai croisé l'agent Johnson tout à l'heure. Il vous cherchait.
_ Je ne sais rien. House me disait le minimum… Il… Quel idiot !
_ House a toujours été idiot. Ce n'est pas nouveau.
_ Si j'en avais su plus…
_ Ne commencez pas à rejeter la faute sur vous. C'est lui qui a préféré se faire torturer plutôt que de donner un fichu code… Tout ce bordel pour de l'argent…
_ Vous savez très bien qu'il n'a pas fait ça pour l'argent ! Il… elle sourit. Il a ses principes… Et il y tient.
Wilson lui lança un regard perplexe.
_ Vous… Avez…
_ Plusieurs fois.
L'oncologue leva les yeux au plafond.
_ Pourquoi m'obstiner à faire la morale alors ! Vous êtes de son côté !
_ J'étais…
_ Il n'est pas mort.
_ Je m'y prépare. House vous aurait dit…
_ Mais vous et moi ne sommes pas House ! Et que je sache, il était du genre à s'entêter même quand le cœur de l'une de ses patientes s'arrêtait de battre !
Cuddy sourit à cette pensée.
_ Ce jour là… Il m'a fait un compliment sur mes jambes…
Wilson fronça les sourcils.
_ Sur vos jambes ? Pas votre poitrine ?
_ Il n'y avait pas de jeu de lumière sur ma poitrine.
L'oncologue prit un autre biscuit et se le fourra dans la bouche.
_ Ce n'est pas en vous étouffant avec des gâteaux porte-bonheur que ça va changer quoi que ce soit. fit remarquer Cuddy d'un ton narquois.
_ Wilson est un pigeon de premier choix.
La doyenne sursauta et se tourna vers l'homme qui venait de prononcer ces mots et qui s'installait à ses côtés. Elle ouvrit la bouche mais aucun son ne franchit ses lèvres. Wilson manqua de tomber de son tabouret et commença à s'étouffer. Mais Cuddy ne lui prêta aucune attention, trop choquée pour esquisser le moindre geste. Trop troublée pour détacher son regard du visage de l'homme. Wilson commença à sautiller sur place en pointant du doigt son dos.
_ Y'a un médecin dans la salle ?! s'écria House en se penchant sur le comptoir.
Il attrapa une bouteille et lança un regard au barman qui semblait plus occupé à détailler sa chemise de nuit plutôt que de s'occuper d'un client en train de s'étouffer.
_ C'est la nouvelle mode dans les hôpitaux. Plutôt branché le gars, non ?!
Le barman ne réagit pas.
_ Mon ami est en train de s'étouffer ! Faites quelque chose !
L'homme sursauta et se dirigea vers Wilson dont le visage s'empourprait. House attrapa un verre et se servit. Après une gorgée revigorante, il se tourna vers Cuddy, qui n'avait pas bougé d'un poil, et lui sourit. Elle ne réagit qu'au moment où Wilson cracha enfin le bout de gâteau qui lui était resté en travers de la gorge. Elle cligna plusieurs fois des yeux en ouvrant et refermant la bouche sans rien dire.
_ Un verre ! s'exclama Wilson.
House arqua un sourcil et pinça Cuddy.
_ Aouw !
_ Enfin ! Un mot !
_ Pourquoi me pincer ?!
_ Tu avais ce regard de « pincez moi je rêve ! » alors je t'ai pincé pour que tu constates qu'il ne s'agit pas d'un rêve.
Après avoir bu trois verres de saké à la suite, Wilson s'affala sur le comptoir en poussant un soupir de soulagement. House, amusé, lui donna une claque amicale dans le dos.
_ Tu… Depuis quand es-tu réveillé ? demanda Cuddy qui se sentait à présent coupable.
_ Vingts minutes.
_ Mais tu es fou ! s'exclama Wilson en commandant un autre verre de saké.
_ Tu… Tu n'as rien à faire ici ! Et puis comment as-tu su que nous étions là… Et… Et…
_ Tu ne vas pas faire une congestion parce que tu as loupé mon réveil quand même. Quand je me suis réveillé je n'ai vu personne. J'en ai donc conclu que vous étiez dans le bar le plus proche.
Wilson éclata de rire.
_ On aurait pu être au réfectoire ! Tu t'es pointé dans ce bar pour boire un coup !
House fit la lippe.
_ Je me sentais si seul ! Je me réveille et personne ! J'ai cru qu'on m'avait abandonné alors j'ai voulu noyer ma tristesse !
Cuddy se mordit la lèvre.
_ Joli plâtre.
_ House… Je suis…
_ Arrêtes de t'excuser pour un rien ! Je plaisantais ! Je sais très bien que tu n'as pas quitté mon chevet ! Y'avait l'odeur de ton parfum dans la chambre… Sauf si l'infirmière te la piquer… Je suis plutôt séduisant avec toutes ses balafres, ces plaies et autres cicatrices non ?
_ Tu es abominable ! dit Wilson avant de vider son quatrième verre de saké.
Cuddy sourit et caressa la joue cicatrisée de House.
_ Ne l'écoute pas. Il est jaloux.
_ Pff ! Moi j'ai la cicatrice de mon opération à l'appendice !
_ Je crois que vous avez assez bu Wilson. dit Cuddy avec un sourire narquois.
Il lui fit une grimace et commanda un cinquième verre.
_ Je préfère être saoule avant que vous ne commenciez à vous aspirer mutuellement le visage.
_ House ! Sors de ce corps ! s'écria Cuddy.
Le diagnosticien éclata de rire puis se pencha vers la doyenne.
_ Je ne suis pas encore saoule ! Attendez ! s'exclama l'oncologue.
House se tourna vers lui et lui lança un regard amusé. Il voulu répliquer quelque chose mais commença à hoqueter.
_ House, ça va ? s'inquiéta Cuddy.
Il se laissa glisser du tabouret, se pencha, et cracha du sang.
_ HOUSE !
Il lança un regard se voulant rassurant à la doyenne avant de s'effondrer.
_ Tu n'es qu'un idiot ! s'exclamèrent Cuddy et Wilson à l'unisson.
Il sourit et repartit… Sentant vaguement des mains le saisir… Entendant vaguement des éclats de voix…

Le froid l'étreignit à nouveau.

La douleur le quitta enfin…

TBC …