Houe avança d'un pas lourd vers la maison. Il passa près de la tombe sans lui accorder le moindre regard. Fixant avec obstination la porte en bois. Quand il arriva enfin devant cette barrière de bois, il attendit qu'elle ouvre la porte. Il savait très bien qu'elle l'avait vu arriver. Retarder l'échéance ne servait à rien. Elle devrait tôt ou tard ouvrir cette porte et le laisser entrer. La porte s'ouvrit en grinçant, comme si cet acte était pour elle un véritable supplice.
Meï passa la tête et fixa House pendant un long moment. Celui-ci ne dit rien. Il attendait, simplement...
_ Vous avez plutôt bonne mine. dit-elle enfin.
House resta impassible.
_ Je sais.
Il hocha la tête. Elle s'effaça devant lui afin de le laisser entrer. Il se dirigea vers le milieu de la pièce principale et se tourna à nouveau vers elle. Meï se dirigea vers la cuisine et revint avec une théière et deux tasses. Elle l'invita à s'asseoir et lui servit du thé. Elle s'assit ensuite et d'une main tremblante attrapa sa tasse. Elle bu une gorgée puis inspira profondément.
House l'observa faire sans rien dire.
_ Vous ne buvez pas?
_ Je devrais?
_ Où est le corps de ma fille? Pourquoi ne pas l'avoir ramené?
House passa son doigt sur le rebord de la tasse.
_ Je sais tout. déclara-t-il sans lui accorder le moindre regard.
Meï déposa délicatement la tasse sur la table.
_ Je vois...
House redressa la tête et planta enfin son regard dans le sien.
_ Mais j'ai deux trois choses à éclaircir.
_ Bien sûr.
Elle reprit sa tasse en main et en bu une gorgée.
_ Votre thé n'est pas empoisonné.
_ Je n'ai pas soif.
_ Comme vous voudrez... Vous n'avez pas soif mais vos lèvres sont sèches et déshydratées.
House se passa la langue sur les lèvres. Meï sourit et vida sa tasse.
_ Vous êtes plutôt forte, je l'avoue. J'ai failli me faire avoir.
_ Il faut être forte pour être à la tête d'une organisation comme la mienne. Je commande des hommes docteur House. Ce n'est pas chose facile, surtout quand vous êtes dans un pays qui n'a pas encore reconnu la valeur des femmes.
_ Depuis combien de temps?
_ Six ans. Au début, nous n'étions qu'une poignée de rebelles en mal être. Puis j'ai rencontré Lee. L'homme de ma vie... Pendant deux ans.
_ La rébellion a laissé place à l'appât du gain?
_ Nous ne pouvions rien faire face au régime. Alors l'anarchie et le profit se sont imposés à nous.
_ Comme toujours.
_ Comme toujours. répéta-t-elle avec un sourire.
_ Vous vouliez aussi être la deuxième femme de l'histoire à être à la tête d'une organisation criminelle chinoise.
_ Il faut bien se faire une place dans ce monde. J'ai choisi de manger avant d'être mangé. Cuddy sait sûrement ce que sait. C'est une femme importante... Elle est... P-A-R-F-A-I-T-E.
_ Vous cherchez à être parfaite?
_ Pas du tout. Je veux juste le pouvoir. De toute façon, je suis loin d'être parfaite comme ELLE. Vous n'en aimerez jamais une autre n'est-ce pas?
_ Non.
_ Dommage...
Elle se resservit une tasse de thé.
_ Vous savez ce qui la rend aussi parfaite? C'est son amour pour vous. Elle n'a pas hésité à risquer sa vie pour vous. Elle vous a suivi jusqu'au bout... C'est ce qu'il me manque pour être parfaite... L'amour.
House fronça les sourcils.
_ J'ai failli tomber amoureuse de vous docteur House. Séduisant... Intelligent... Obstiné! Quel gâchis! Vraiment! J'espère que l'autre est consciente de la chance qu'elle a.
_ Nous ne sommes pas là pour parler d'elle. Personne n'est parfait.
_ ELLE n'est pas parfaite selon vous?
_ Elle est parfaite... Pour moi.
_ Oh! Tout est une question de point de vue alors?
_ Pour moi par exemple, vous êtes la chose la plus imparfaite qui peuple cette terre.
La tasse se fissura sous la pression de la poigne de Meï.
_ Voyons docteur House...
Elle lui lança un regard langoureux.
_ Qui est véritablement Zimi? D'après ce que j'ai compris, elle est issue de la famille royale.
_ Vous l'aviez déjà rencontré n'est-ce pas? Et vous vous êtes liés d'amitié? Quelles bandes d'idiots! Pour que les choses soient parfaites, il faut les faire soi-même!
_ Cette petite était trop instruite et distinguée pour être votre enfant.
_ Quand avez-vous compris?
_ Quand Lee a nié son lien avec elle, malgré une arme braquée sur lui.
_ Cet homme était extraordinaire quand je l'ai rencontré.
_ Vous vouliez que je m'en débarrasse n'est-ce pas?
_ Bien sûr! Lee commençait à faire des manigances... Il voulait me devancer du pouvoir. Je devais donc m'en débarrasser. Je me doutais bien que vous voudriez venger votre père alors je vous ai tout dévoilé en masquant la vérité. Tout en sachant que les perturbateurs subiraient votre courroux.
_ J'imagine que vous êtes fière de vous.
_ Plutôt oui.
_ Vous m'avez donc sauvé pour me manipuler?
_ Tout à fait.
_ Vous n'avez toujours pas répondu à la question. Qui est véritablement Zimi. Pourquoi avait-t-elle autant d'importance?
_ Vous comprendrez docteur House que le maître mot de cette organisation est la discrétion. Zimi est une des nièces de l'empereur. Et ces idiots l'ont enlevé sans savoir qui elle était, alors qu'elle passait des vacances près du lac du village. Il a donc fallu que je me débrouille pour la sortir de là sans que ces idiots se sachent qui elle était en réalité. Si ça s'était su, ils auraient voulu s'en servir comme "otage". L'histoire aurait pu s'arrêter là mais non. Car il a fallu que l'ami de votre père s'en mêle. Alors que le camion traversait un village, il l'a aperçu à l'arrière et l'a tout de suite reconnue. Il a travaillé dans la garde personnelle de l'empereur, normal... Quelle poisse! Il est donc mort. Mais après, c'est votre père qui s'en est mêlé. Cet homme était plus coriace qu'on ne l'aurait pensé. Il nous a donné du fil à retordre. Plus que vous d'ailleurs.
_ Je vois...
_ La mort de Zimi n'arrange pas mes affaires.
_ Effectivement.
_ Je peux vous posez une question?
_ Allez-y.
_ Depuis quand me soupçonnez-vous?
_ L'opium.
_ N'importe qui peut avoir de l'opium chez lui.
_ Pas en aussi grande quantité, au point que la nourriture, les meubles en portent une trace. Votre maison est remplie de résidus. A vos début, votre maison était votre petite usine n'est-ce pas?
_ Il y en a partout?
_ En faible quantité, ça n'a donc aucun effet sur des personnes en bonne santé...
_ Cuddy...
_ Oui. Elle en a subit ses effets durant la convalescence. C'est comme ça que j'ai compris.
_ Vous êtes vraiment à part...
_ Qu'est-ce qu'il y a dans cette tombe? Vous n'avez jamais été mariée.
_ Qui est dans ma tombe?
_ Il y a quelqu'un alors?
_ Mes parents.
_ Vous...
_ Ils s'étaient opposés à mon projet. Manger avant d'être mangé docteur House.
Le regard du diagnosticien s'assombrit.
_ Vous êtes encore plus pourrie...
_ Balivernes! A présent...
Elle sortit de sa poche un revolver et le braqua sur lui. Le diagnosticien ne cilla pas.
_ Nous allons nous dire au revoir. Quel dommage vraiment, si vous vous étiez joint à moi, nous aurions pu faire de si grandes choses!
_ C'est la fin.
_ Oh non. C'est un nouveau commencement. Je serais d'ailleurs comblée si vous me donniez le code.
_ Vous ne me tuerez pas.
_ Pourquoi ça?
_ Parce que tout le monde sait où je suis.
_ Je vois.
_ Et que vous avez vous aussi une arme braquée sur vous.
Meï se figea et jeta un coup d'œil sous la table.
_ Magnifique. dit-elle admirative. Vous êtes une vraie perle rare docteur House.
_ C'est fini.
_ Vous ne me tuerez pas.
_ Et pourquoi?
_ Parce que sans moi, ELLE serait morte. Et vous aussi.
_ Vous avez raison.
Il se leva et rangea son arme à l'arrière de son pantalon.
_ Nous nous quittons là alors?
Il ne lui répondit pas et se dirigea vers la porte.

Elle le rattrapa et se posta devant lui.
_ Laissez moi passer.
Elle lui arracha sa canne des mains et le défia du regard.
_ Vous a-t-on déjà dit que vous étiez exceptionnel docteur House?
_ Plusieurs fois oui. Niveau baisabilité j'suis pas mal.
Meï sourit.
_ Vous êtes loin d'être parfait.
_ Peut être... Mais moi, je ne fonde pas ma richesse et ma réussite sur le malheur des autres.
_ Vous êtes médecin. Et reconnu dans le milieu... C'est grâce au malheur des autres que vous avez diagnostiqué des cas compliqués et que vous êtes ce que vous êtes.
_ Leur malheur n'a duré qu'un temps. Je soigne des gens! Je ne prostitue personne, je ne drogue personne, je ne tue personne!
Les yeux de Meï brillèrent face à cette réaction.
_ Vous êtes encore plus beau quand vous êtes en colère...
_ Vous êtes folle.
_ Diagnostic?
_ Constat.
_ Vous ne comprenez pas mes agissements ou voulez vous en persuader... Je penche plus vers la deuxième option.
_ M'en persuader?
Elle se rapprocha un peu plus de lui et d'une voix suave déclara :
_ Chaque être humain à sa part d'obscurité en lui. La frontière entre l'éthique et ce côté obscur est infime.
_ L'homme est égoïste oui, mais il a aussi ce qu'on appelle la raison! Et qui dit raison dit morale.
_ Depuis quand avez-vous une morale docteur House? J'en connais plus sur vous que n'importe qui vous savez...
_ Vous voulez que je rentre dans votre petit jeu?
_ Ce n'est pas un jeu. C'est du business.
_ Du business qui engage des vies humaines.
_ La vie de vos patients est entre vos mains non? Nous ne sommes pas si différents... J'aime avoir du pouvoir et décider de la vie ou de la mort.
_ Vous vous prenez pour Dieu?
_ C'est vous qui dites ça?
_ Je ne crois pas en Dieu mais un croyant vous dirait sûrement ça : vous irez tout droit en enfer!
_ Je ne crois pas non plus en Dieu. Encore un point en commun.
House soupira.
_ J'aurai préféré que vous me tiriez dessus...
_ Retirez ce masque docteur... Il cache vos beaux traits...
Elle fit remonter sa main le long de son bras, caressa son épaule puis glissa cette même main derrière sa nuque.
_ Vous ne me repoussez pas?
House ne bougea pas d'un iota.
_ Avouez que vous aimez ça...
Elle accentua sa prise sur sa nuque et le tira vers elle afin de pouvoir sceller ses lèvres avides des siennes. Le diagnosticien la plaqua sur la porte et remonta sa main le long de sa cuisse. Meï sourit et glissa sa langue dans la bouche de l'homme qu'elle désirait tant depuis le jour où elle l'avait vu. Alors qu'ils s'enlaçaient, elle sentit une lame glacée pénétrer sa chair et une vive douleur l'obligea à rompre leur baiser. Elle lança à House un regard interrogatif avant de baisser les yeux vers son ventre. Le diagnosticien lâcha prise et recula d'un pas afin de mieux contempler son œuvre. D'une main tremblante, Meï retira l'arme figée dans son ventre. Le goût de la langue de House laissa vite place à celui du sang.
_ Joli poignard. dit-elle en chancelant.
_ Vous ne mourrez pas car dehors, il y a des agents de la CIA et deux médecins. Mais la souffrance est ma petite vengeance personnelle. Zimi est morte et ce n'est pas votre seule victime. Vous ne méritez pas de vivre mais la mort est une sorte d'échappatoire. Je préfère vous savoir enfermée jusqu'à la fin de vos jours.
Un fin sourire étira les lèvres rosées de Meï.
_ D'une façon ou d'une autre... Mon objectif sera atteint.
Ses jambes se dérobèrent sous son poids et elle finit au sol. House ramassa le poignard et se taillada le bras.
_ Vous vous en moquez d'être arrêté ou même de mourir parce que vous vous dites que le plus important, c'est qu'on parlera de vous pendant longtemps... Et c'est là que réside votre immortalité... Bien pensé, mais vous oubliez un détail.
Elle lui lança un regard perplexe.
_ Cette affaire ne sera pas ébruitée. Les médias ne seront pas mis au courant et vous allez moisir dans une prison des plus banales... Pas de gloire, pas de reconnaissance... Rien. Vous serez juste un de ces prisonniers paumés et complètement dépendants de leur délires obsessionnels. Quel gâchis hein? Tant de travail pour quoi... Finir sa vie dans la plus totale ignorance.
Il lui lança un dernier regard glacial avant d'ouvrir la porte. Il fit signe aux agents de rappliquer et sortit sans se retourner.

TBC...