Chapitre 1) Proposition
Elle sourit aussi en pensant à l'ironie de la situation. Des années plus tôt elle a fait des pieds et des mains pour séparer son époux de cette personne, usant de toutes les armes en sa possession pour atteindre son but, quitte à le blesser volontairement et maintenant elle veut non seulement lui demander son aide mais en plus le remettre aux côtés de son époux.
Lorsqu'elle parvient enfin à composer le numéro elle est soulagée de le voir répondre, elle craignait d'avoir à faire à son épouse, car, après qu'elle soit parvenue à ses fins, il s'est marié pour atténuer son chagrin. Le visage du jeune homme se ferme à sa vue, ses yeux s'assombrissent.
— Si c'est pour me faire part de votre grossesse, ce n'est pas la peine, je suis déjà au courant, Heero m'en a déjà parlé. Je vous ferai parvenir un cadeau lorsque j'aurais trouvé quelque chose qui puisse convenir à votre Altesse.
Le ton froid la fait ciller nerveusement, elle réalise combien elle a pu le blesser. Mais il n'est pas temps d'avoir des regrets.
— Ce n'est pas pour cela que j'appelle. J'ai un service à vous demander.
Elle voit les yeux du jeune homme s'agrandir de surprise. Il éclate de rire.
— Vous ne manquez pas d'air votre Altesse ! Désolé, mais j'ai mieux à faire.
— Attendez ! Ecoutez moi au moins jusqu'au bout, si vous acceptez, vous pourrez le retrouver, vivre avec lui !
Le jeune homme sursaute puis tourne un regard dur vers elle.
— Qu'est-ce que cela veut dire ?
— Je veux le quitter et j'ai besoin de votre aide pour y parvenir.
Le natté secoue la tête avec consternation.
— Vous êtes devenue folle ou vous l'étiez déjà ?
— Je ne crois pas, simplement, j'ai enfin réalisé mon erreur. Je n'aurais jamais du m'interposer entre vous.
Les yeux violets s'emplissent de douleur et de colère, elle le voit se passer une main sur le front, il baisse la tête, la relève.
— Je vous écoute, qu'avez vous en tête ?
— Que nous échangions nos corps. Ainsi, nous aurions tous deux ce que nous souhaitons le plus : la liberté pour moi, son amour pour vous.
A nouveau le natté écarquille les yeux, stupéfait.
— Echanger nos corps !
— Je sais que c'est possible.
— Mais, votre enfant ?
— Je sais que vous saurez l'aimer, car il est le fils d'Heero.
— Vous oubliez que je suis marié.
— Je prendrai soin d'elle. Je l'aime bien. Je vous promets qu'elle n'aura pas à souffrir de la situation.
— Je vais réfléchir.
— Je vous donne trois jours, passé ce délai, je considérerais que c'est non, d'accord ?
— Entièrement.
Ils rompent la communication. Le natté se laisse aller contre son fauteuil et ferme les yeux. Il a du mal à croire qu'il vient d'avoir cette conversation, la femme qui lui a pris celui qu'il aime lui propose de le lui rendre, mais sous quelle condition…
"Devenir une femme et surtout, devenir celle que je devrais haïr le plus au monde… en suis je capable ?"
Oui, mais devenir la femme d'Heero Yuy, la mère de son enfant…
"C'est vrai, c'est ma seule chance…"
Il regarde le téléphone puis secoue la tête et quitte la pièce.
"Inutile de se précipiter, faisons la languir un peu."
La Terre - AC 204 - 22 septembre
Lorsque son majordome lui annonce qu'il y avait un appel pour elle Réléna Darlian Peacecraft Yuy a envie de remercier le ciel, pour elle il ne fait aucun doute qu'il s'agit de l'américain et une seule raison peut le pousser à vouloir lui parler :
"Il va accepter."
Folle de joie elle danse presque jusqu'au téléphone, elle se moque de ce que pourrait penser un éventuel observateur, elle va bientôt être libre, commencer à vivre vraiment !
Comme elle le pensait c'est bien Duo Maxwell qui est en ligne, le visage sérieux, un peu tendu.
— Alors ? Demande avidement Réléna.
— Je veux que nous nous rencontrions dans un endroit discret avant de vous donner ma réponse. J'ai besoin de vous poser certaines questions pour être certain de faire le bon choix.
— Comme vous voudrez. Où et quand ?
— Demain sur L2, voici l'adresse où vous devez vous rendre.
L2 - AC 204 - 23 septembre
Réléna Darlian etc… regarde avec stupeur le lieu qui lui a été fixé comme lieu de rendez-vous.
"Les ruines d'une église ?"
Elle n'a pas le temps de se poser trop de questions, la porte branlante de l'édifice détruit s'ouvre avec difficulté et le natté apparaît, lui faisant signe de le rejoindre. Elle entre donc avec lui dans ce qui reste de l'endroit.
— Vous vous demandez sans doute pourquoi j'ai choisi cet endroit. Déclare Duo en essuyant un banc pour lui permettre de s'asseoir.
— En effet. Murmure Réléna en s'asseyant.
— J'ai vécu un an ici, avant qu'elle soit détruite et que ceux qui s'en occupaient soient tués. Même si ce n'est plus qu'une ruine que l'on ne garde que comme un symbole du pire massacre qu'ait connu cette colonie, c'est pour moi le seul véritable foyer que j'ai pu avoir. Surtout, c'est un lieu sacré, nul ne saurait y mentir. Explique Duo.
Les propos causent un choc à la jeune femme, elle n'a jamais cherché à le connaître vraiment, pour elle il était resté celui qui avait tiré sur Heero lors de leur première rencontre, un être dangereux, voire mauvais qui menaçait le garçon qui lui plaisait.
— Je ne savais pas…
— Je n'en parle jamais. La coupe t'il. Mais nous ne sommes pas ici pour parler de mon passé mais de notre avenir. Je dois avouer que je suis tout de même perplexe. Vous vouliez tant être avec Heero, vous disiez l'aimer… et aujourd'hui vous cherchez un moyen de le quitter… je ne comprends pas…
— Je pense que je vous dois une explication en effet. J'ai longtemps idéalisé Heero. Il était comme un prince pour moi. J'étais jeune et stupide, ensuite je me suis accroché à mon rêve, je n'ai pas voulu accepter la réalité, je l'ai forcé à m'épouser…
Duo tique un peu.
— Il vous aimait lui aussi. Dit il sourdement.
— Je n'en suis pas certaine. J'ai si bien su lui dire que c'était son devoir qu'il a fini par me croire, le devoir est si important pour lui. Il a vécu notre mariage comme une nouvelle mission. Et moi, je me suis réveillée un beau jour, pour constater que le prince que je croyais avoir épousé n'était qu'un soldat.
Duo hausse les épaules en un geste quelque peu méprisant.
— A votre tour de faire votre devoir non ?
— Mon devoir, je le fais depuis près de dix ans, mais contrairement à vous, je ne suis pas un soldat, mon endurance est moindre et je n'en peux plus de cette vie ! Lorsque nous avons découvert ma grossesse nous étions sur le point de divorcer, mais il a changé d'avis en apprenant que je portais son enfant. Toujours ce fichu sens du devoir !
La moue réprobative du natté la fait se lever. Elle serre les poings.
— Je ne regrette pas d'être enceinte, mais je ne voulais pas cet enfant et je crains pour lui aussi ! Quelle vie aura t'il si ses parents ne restent ensembles qu'à cause de son existence ? Comment pourra t'il croire qu'il est aimé si ses parents ne s'aiment pas ?
Cette fois elle a marqué un point, l'américain soupire.
— Heero ne m'aimera pas d'avantage si je me fais passer pour vous et encore moins si je lui dit la vérité.
— J'en suis consciente. Mais je sais que vous l'aimez assez pour gagner son cœur, même dans mon corps… surtout que…
Elle cesse de parler et se met à rougir.
— Que quoi ?
Réléna se mord la lèvre, se tortille un peu puis se décide à répondre.
— Une de ses missions pour les préventers s'est mal terminée, il est rentré épuisé et fièvreux. En pleine nuit il a commencé à délirer, à appeler quelqu'un à l'aide, comme s'il était encore prisonnier. Il a répété un nom pendant des heures, toujours le même. Et ce nom, c'était le votre. S'il ne vous aime pas, on peut au moins penser qu'il tient beaucoup à vous non ?
Duo rougit à son tour puis s'inquiète.
— Quelqu'un l'a t'il entendu ?
— Non, je me suis occupée de lui seule pour éviter cela.
— Et lui ?
— Il ne s'en souvenait pas. Je n'ai pas voulu le lui dire.
Le soulagement de l'américain est visible et Réléna en est touchée mais aussi un peu honteuse.
— Pardonnez moi…
— Quoi ?
— Tout… ce que j'ai pu faire ou dire à l'époque, je n'aurais pas du… je n'avais pas le droit… de vous le prendre…
L'américain sourit et ce sourire éclaire son visage d'une lueur malicieuse et tendre.
— Vous ne me l'avez pas pris, je vous l'ai laissé.
Réléna ouvre de grands yeux, elle ne s'attendait pas à une telle réponse.
— Comment cela ?
— Il était malheureux, tiraillé entre vous et moi, dévasté par des sentiments contraires, j'ai donc facilité sa décision, pour qu'il puisse retrouver le bonheur. Vous étiez le meilleur choix pour lui, je m'en rendais bien compte. Une femme, belle et riche vaut toujours mieux que quelqu'un comme moi, pas vrai ?
Réléna rougit encore. Elle avait elle même lancé ces mots alors, comme on décoche une gifle en plein visage et elle se souvient de l'expression meurtrie du jeune homme aux cheveux longs et de sa réponse.
— Vous aviez juré que vous feriez ce qui était le mieux pour lui si j'en faisais autant.
— J'ai tenu ma promesse il me semble, tiendrez vous la votre ?
— Je la tiens. C'est pour cela que je vous cède mon corps, ainsi, il n'aura pas à supporter le regard critique des imbéciles et vous le rendrez heureux.
— Oui… en me faisant passer pour vous… Soupire Duo.
Réléna lui prend les mains en un geste instinctif.
— S'il vous plaît, restez vous même, ne cherchez pas à copier mon attitude, ce ne serait ni bon ni juste… moi, j'ai toujours voulu être libre, m'affranchir des conventions, mais je n'ai jamais eu la force de tenir tête aux traditions. Ne les laissez pas vous soumettre.
— Vous voulez que je reste moi même, alors que votre image de marque en sera bouleversée ? Vous êtes certaine ?
— Oui.
— Dans ce cas, j'accepte, mais il reste la question de votre enfant, n'aurez vous vraiment aucun regret de ne pas être sa mère ?
— Au risque de vous sembler monstrueuse, non. Je ne voulais pas cet enfant, même si je suis heureuse de son existence, j'ai peur de ne pouvoir l'aimer autant que doit l'être un enfant, de lui reprocher un jour d'avoir contribué à mon maintien en "captivité". Sans lui nous aurions divorcé, son existence m'a condamnée à poursuivre un mariage dont je ne voulais plus, dont Heero ne voulait plus…
Les mains du natté pressent les siennes, en une étreinte chaude et rassurante.
— Ne craignez rien, je prendrais soin d'eux.
— Et moi, je prendrais soin d'Hilde.
Ils échangent un sourire.
Tout le monde est toujours là ? Tant mieux.
Vais-je oser mettre en action le plan de Réléna ? Rendez-vous au prochain chapitre pour le savoir.
