Et voici venir l'arrivée de Castiel ! Il va y avoir des surprises ! :D

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Un compagnon au poil

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Dean, Sam et Gabriel observaient leur maître et une humaine qui discutaient autour d'un café dans la cuisine.

- Je crois que le maître est aveugle, constata Sam en secouant la tête.

- Pourquoi ? Parce qu'il ne voit pas que cette humaine veut s'accoupler avec lui alors que ça empeste dans toute la maison ? ironisa Dean.

- C'est celle avec le lecteur de puce, constata Gabriel avec un reste de méfiance.

Il n'appréciait toujours pas l'idée de s'être fait griller aussi facilement, quand bien même la scène devant son nez était amusante. L'humaine revenait régulièrement ces derniers temps, trouvant toujours une excuse pour voir leur maître. À chaque fois, c'était la même comédie. Le maître restait étrangement silencieux et brouillon pendant que l'humaine tentait discrètement de se rapprocher de lui. Immanquablement, elle repartait toute dépitée et le maître se repliait comme une vieille huître rance pendant deux jours.

- Elle venait déjà aussi avant ? interrogea Gabriel.

- Malheureusement oui, soupira Dean. Je suis même sûr que c'est pour ça qu'on a déménagé!

- Fais pas attention Gabe, Dean ne l'aime pas c'est tout, expliqua Sam la langue pendante.

- Ah ? Pourquoi ? Elle a renversé par mégarde ton bol d'eau ? A marché sur ta queue ? Ne t'a pas grattouillé comme il fallait derrière les oreilles ? ricana Gabriel en s'asseyant sur son derrière.

- Elle a un chat, grogna Dean.

Gabriel pencha la tête, perplexe, se tourna vers Sam qui secouait le museau avec moquerie.

- Dean déteste les chats.

- Ce ne sont que de sales rats montés en graine.

- Pour une fois que ça tombe pas sur moi, constata Gabriel.

- Toi, je suis sûr que tu as été croisé avec une de ces sales bêtes !

- Et toi avec un ours mal léché.

- J'ai l'impression qu'il y a du nouveau cette fois, les interrompit Sam dans leur échange de « politesses ».

Les trois chiens se rapprochèrent des humains, curieux.

- C'est normal Jody, je ne peux quand même pas te laisser comme ça...

- Tu me sauves la vie Bobby, soupira l'humaine. Je ne m'attendais vraiment pas à ce que mon nouveau propriétaire me fasse faux bond au dernier moment et aucun hôtel ne m'acceptera avec mon chat.

- Ton chat ?

- Mais oui, je t'en ai déjà parlé. Castiel, une boule de poils que j'ai recueillie il y a deux ans.

Bobby lança un regard dubitatif sur ses trois chiens.

- J'espère juste que tout se passera bien...

Sam et Gabriel tournèrent leur museau vers Dean dont les poils s'étaient hérissés par avance.

- Ils t'ont fait quoi les chats ? demanda Gabriel curieux.

Dean refusa de répondre mais un grondement sourd très évocateur sorti du fond de sa gorge.

- Il se trouve qu'on a eu une voisine qui avait un chat et ça s'est très mal passé, expliqua Sam en roulant des yeux. Sans compter cette fois où on a failli finir à la fourrière à cause de deux d'entre eux.

- Et toi alors ? T'as pas l'air aussi rancunier que l'ours ici présent, questionna Gabriel.

- Moi, contrairement à cette tête de mule, je me souviens que l'un d'eux l'a sauvé.

- Tu parles, il devait juste penser récupérer de la bouffe gratos et facile ! Et puis cette bestiole n'était pas un chat mais un puma ! Fallait voir sa taille !

- Tu exagères tout Dean. On était chiot, c'est normal qu'il ait été plus grand que nous. Et il n'a jamais voulu te manger !

- Alors pourquoi j'ai la putain de marque de ses putains de crocs sur ma patte ? gronda Dean en se mettant à lécher son épaule droite par réflexe.

- Parce que tu étais paniqué et qu'il n'a trouvé que ça pour ne pas perdre prise, soupira Sam, fatigué devant le déni de son frère.

- Ça ne change rien au fond du problème. On va avoir un chat ici et je n'aime pas ça du tout !

- On lui dira, bailla Gabriel, pas du tout intéressé par les états d'âme de Dean, avant de se dandiner jusqu'à l'extérieur et de s'affaler sur le perron pour se chauffer la fourrure au soleil.

Sam le rejoignit après un dernier regard à son frère encore sur la défensive.

Dean passa le reste de la semaine à garder la porte ou le portail, la truffe et les oreilles aux aguets, bien décidé à faire comprendre au chat squatteur qui était le maître ici, dès le premier coussinet posé.

Il lui fallut attendre une semaine. Une semaine durant laquelle son maître s'inquiéta de cette nouvelle attitude. Une semaine durant laquelle Gabriel s'amusa à créer de fausses alertes juste pour le plaisir de mettre Dean sur les nerfs. Une semaine durant laquelle Sam tenta tant bien que mal de ramener Dean à de meilleures dispositions, sans grand succès. Dean ne voulait définitivement pas d'un chat sur SON territoire.

Alors quand la voiture de Jody roula sur le terrain de la casse pour la première fois depuis sa dernière visite, Dean la suivit en grondant et l'observa méchamment descendre de la voiture. Puis il vit La Bête descendre de la voiture. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il fut surpris.

Déjà, on était loin du petit chat de gouttière. Le félidé faisait au moins la moitié de sa taille ! Il possédait une fourrure à poils courts presque entièrement blanche, le haut de la tête noir, tout comme sa queue en plumeau et une étrange petite tache en « T » qui démarrait au collier. Il le regardait de ses grands yeux bleus avec un espèce de dédain qui renforça la mauvaise humeur de Dean. Le chat pencha la tête sur le côté, sa queue en point d'interrogation derrière lui, l'air insatisfait, avant de se tourner vers Sam et Gabriel qui faisaient la fête à Jody – l'un par joie de la revoir et l'autre dans l'espoir d'un petit quelque chose.

Il venait... De se faire... Snober... Par un chat...

Il allait y avoir du ragoût de matou au dîner !

Sam et Gabriel regardèrent Dean avec désolation quand ce dernier se mit à grogner fortement en découvrant les crocs. C'était très mal parti cette histoire ! D'autant que le chat semblait d'aussi bonne composition que Dean. Depuis qu'il avait posé les coussinets sur la terre battue il n'avait pas ouvert la bouche, les avait observés avec froideur et jetait désormais son regard impassible sur un Dean furieux, en hérissant sa fourrure.

- Trois jours, paria Gabriel.

- De quoi ? demanda Sam.

- Je leur donne trois jours avant qu'ils ne se sautent à la gorge !

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Dean observait avec méfiance l'affreuse bestiole perchée sur la bibliothèque du salon. Tout son corps était tapi dans l'ombre, presque invisible, seuls ses yeux bleus et sa queue en panache pendant mollement dans le vide ressortaient sur la blancheur du plafond. Les deux lacs bleus étaient rivés sur lui et ne le lâchaient pas une seconde.

Les chats. Il ne pouvait pas les saquer. C'étaient de sales profiteurs qui se servaient de la naïveté des humains. Pas un pour racheter l'autre ! Pourquoi son frère et le teckel n'arrivaient pas à comprendre ça ? Son devoir était de protéger la maisonnée de cet être maléfique !

Puis il vit les yeux du chat se détourner de lui et son expression se marquer par la surprise. Dean suivit son regard et tomba sur Sam en pleine séance de papouilles sur un Gabriel aux anges. À force de lui lécher le museau comme ça, son frère allait finir par avoir de la fourrure sur la langue. Ils ne savaient vraiment pas se tenir tous les deux.

Dean releva les yeux et... Ne vit pas le chat. Merde ! Où était passé ce foutu félin !

- Que font-ils ? C'est une tradition chez vous ? fit la voix de Castiel juste à côté de lui.

- Certainement pas ! gronda Dean en faisant un écart sur le côté pour s'éloigner. C'est juste... Leur truc à eux.

Castiel pencha la tête sur le côté, une oreille dressée et l'autre aplatie. Dean détourna le regard cinq secondes pour observer à nouveau son frère. Quand il revint à Castiel, il manqua japper de surprise. Il avait à nouveau disparu. Regardant autour de lui, il finit par le retrouver en haut de la bibliothèque. Sale bestiole...

- Tu commences à faire ami-ami Dean ? l'interrogea son frère en haletant moqueusement.

- Ça va pas la tête ! Vivement que lui et sa maîtresse s'en aillent !

- Moi qui pensais que tu adorais le maître, lâcha négligemment Gabriel.

- Bien sûr que je l'aime ! Et je ne vois pas le rapport !

- Tu l'as vu avec son humaine au moins ?

- Il a l'air heureux, confirma Sam.

- Ça ne durera pas, gronda Dean de mauvaise foi. Vous verrez qu'il finira par se laisser de cette humaine et son affreux matou partira en même temps qu'elle ! Les humains pas plus que les chiens ne sont faits pour vivre en couple fidèle.

Sam offrit sa meilleure bitchface à son frère tandis que Gabriel se moquait honteusement de lui, oreilles hautes et langue en mirliton.

Dean grommela sur le fait qu'ils étaient de toute façon aussi bizarres l'un que l'autre et retourna à sa surveillance du diable en fourrure qui le zyeutait à nouveau depuis son perchoir.

000

Jody était résidente chez Bobby depuis une semaine quand ce dernier décida d'emmener ses chiens aux parcs pour leur faire évacuer le stress dû aux changements d'habitudes. L'un en particulier, Dean, semblait mal supporter l'arrivée de Jody et encore moins celle de son chat, Castiel, or pour le détendre, Bobby ne connaissait rien de mieux qu'une étendue d'herbe et un frisbee.

Les deux humains s'équipèrent donc pour l'expédition qui s'était transformée en journée loisir sous l'influence de Jody. Gourdes d'eau, gamelles portables et jouets divers, ainsi qu'un panier pique-nique pour le midi, tout était prêt quand Bobby mit leur laisse à ses trois chiens pour le temps du trajet.

- Et pour Castiel ? questionna-t-il curieux en voyant le chat les observer sans broncher depuis son poste d'observation sur le meuble de l'entrée.

- Je lui ai pris ce qu'il faut, répondit Jody avec un sourire en sortant une vieille balle de tennis que le chat fixa aussitôt avec attention. Il nous suivra sur la route, ce n'est pas la première fois.

- Si tu le dis, acquiesça Bobby d'un air dubitatif.

La folle équipée se mit tranquillement en route. Castiel suivit effectivement Jody, sans discuter ni traîner de la patte pendant que Bobby gérait au mieux avec ses trois chiens qui avaient tendance à s'emmêler les laisses.

- Tu veux que je t'en prenne un ? proposa gentiment Jody en voyant son ami en difficulté. Castiel ne s'éloignera pas de toute façon.

Bobby réfléchit sérieusement à la proposition alors que Gabriel cherchait clairement à ennuyer Dean pendant que Sam le regardait faire avec amusement.

- Tu n'as qu'à prendre Dean. Séparer Sam et Gabriel relève de mission impossible et si je laisse Gabriel avec Dean, il y en a un des deux qui va se faire mordre et qui ne l'aura pas forcément volé, marmonna Bobby.

Comme s'il avait compris les paroles de son maître, Gabriel le regarda d'un air offusqué avant de sagement laisser Sam se mettre entre lui et Dean. Si on ne pouvait même plus rire...

Dean se sentit soulagé quand il changea de main et s'éloigna du sale cabot qui était en train de lui gâcher sa sortie. Il commença même à apprécier la balade au bout de quelques minutes jusqu'à ce qu'une tête blanche et noire apparaisse subitement dans son champ de vision. Il ne put retenir un petit jappement de surprise cette fois et fusilla Castiel du regard.

- Tiens tes distances tu veux, grogna Dean

Castiel s'écarta un peu mais continua de trottiner aux côtés de Dean.

Au bout de trois quarts d'heure de marche, ce fut enfin la délivrance. Les laisses furent détachées, tout le monde s'ébroua et un premier frisbee vola. Dean court-circuita aussitôt son cerveau et se mit à courir comme un fou pour rattraper le morceau de plastique en vol et le rapporter à son maître. L'objet vola à nouveau. Dean courut. Rapporta. Courut. Rapporta. Plus rien d'autre n'avait d'importance.

Il ne voyait même plus son frère qui chahutait dans l'herbe avec Gabriel. Il ne s'apercevait même pas que Castiel courait non loin pour rapporter la balle de tennis à sa maîtresse.

L'air qui se mêlait à son pelage, la terre souple qui ployait sous ses foulées, les caresses de son maître sur son crâne, la joie de courir et de faire rouler ses muscles... Il aurait pu continuer comme ça pendant des heures et des heures ! Mais il y eut cette bourrasque malheureuse. Le frisbee fut emporté dans la mauvaise direction et se coinça dans la fourche d'un arbre.

Dean regarda tristement son frisbee depuis les racines, grattant l'écorce dans une vaine tentative pour grimper, tandis que son maître se frottait le crâne d'un air ennuyé. Ça allait être compliqué de récupérer ça...

Une balle jaune qui roula devant les pieds de Dean, attirant son regard quelques secondes. Quand il revint à l'arbre, Castiel était en train de grimper souplement avec une facilité déconcertante. Il arriva tranquillement à la fourche et se mit à pousser le plastique du bout des pattes.

Celui-ci tomba comme une pierre par terre.

Dean regarda son frisbee, le chat, son frisbee, le chat...

Il n'allait quand même pas devoir le remercier ? En plus ce sac à puces le toisait depuis son perchoir avec un petit air supérieur ! Il refusait de le remercier...

Le sortant de l'embarras, Jody tendit les bras à côté de lui et Castiel sauta dedans avec grâce pour recevoir sa grattouille de félicitation avec complaisance. Ça enlevait une bonne épine de la patte de Dean ça... Ou presque. Il sentait encore de temps à autres les yeux bleus lagunes du chat se poser sur lui, presque accusateurs. De mauvais poil, Dean ramassa son frisbee et l'apporta à son maître pour recommencer le jeu.

- Une petite pause d'abord Dean, souffla Bobby en s'asseyant par terre. Il est temps que vous buviez un peu vous tous.

Les petites gamelles furent sorties et remplies d'eau, Castiel eut droit à un peu de pâtée, Gabriel eut sa friandise, de même que Sam et Dean et les humains avalèrent leur pique-nique durant cette pause déjeuner. Gabriel dut être repoussé à plusieurs reprises pour l'empêcher de s'empiffrer de nourriture pour humain jusqu'à ce que Sam prenne les choses en main et s'allonge contre lui – presque sur lui – pour une petite sieste, calmant le blond immédiatement.

- Les chiens ne savent plus remercier ?

Dean jappa à nouveau de surprise et se tourna, crocs découverts, vers un Castiel qui était presque museau contre museau avec lui.

- J'aurais pu le récupérer moi-même, grogna Dean dans un parfait exemple de mauvaise foi.

Castiel pencha la tête, une oreille aplatie et l'autre dressée, sa queue en point d'interrogation derrière lui.

- Comment ?

- J'aurais trouvé ! Et ne te mets pas si près de moi ! Je te l'ai dit, pour Sam et Gabriel c'est leur trip à eux !

Castiel tourna son regard vers les deux autres chiens qui s'étaient déjà endormis, l'un contre l'autre, le museau de Sam reposant sur les pattes avant de Gabriel, provoquant des sourires attendris chez tous les passants qui les voyaient.

- Eux n'ont rien contre moi, signala Castiel.

- Justement ! Pourquoi tu ne vas pas les ennuyer eux plutôt que moi ?

Castiel pencha à nouveau la tête et ses oreilles pointèrent vers l'avant cette fois, comme ennuyé, comme s'il trouvait la question incongrue. Puis, tranquillement, il alla se lover sur les genoux de sa maîtresse pour dormir, comme les deux autres. Dean se retrouva assis sur son arrière train, seul et sans plus de réponses.

Saleté de chat...

Il rejoignit finalement son maître et alla s'allonger à ses côtés, la tête posée sur ses genoux pour profiter de gratouilles sur la tête.

Le reste du déjeuner se passa tranquillement. Bobby apprit que Jody avait bel et bien démissionné de son ancien poste de shérif pour se creuser un nouveau trou dans cette ville. Elle disait ne pas être dérangée à l'idée de tout reprendre à zéro dans son nouveau commissariat et par ses recherches de maison valable pour elle et son énergique Castiel qui avait besoin d'espace. Bobby lui répondit qu'elle pouvait bien rester le temps qu'il fallait, il n'y avait rien de pressé.

Il cachait son visage sous sa casquette. Elle retenait difficilement un sourire affectueux.

Le temps sembla s'arrêter et tout ce petit monde profita d'un moment rare de quiétude tranquille sous le soleil estival.

Puis les chiens et le chat se réveillèrent et les humains rangèrent leurs affaires. Bobby refit quelques lancés avec un Dean ivre de joie, Castiel courut après sa balle de tennis et Gabriel coursa un Sam au meilleur de sa forme.

Les jouets furent remballés et tout ce petit monde fit le grand tour du parc avant de rejoindre la sortie. Ce n'était pas un chemin qu'ils prenaient habituellement si bien que Bobby et Jody ne virent arriver les ennuis qu'au tout dernier moment. Soit trop tard.

- Castiel/Gabriel ! crièrent-t-ils chacun en même temps alors que le chat et le chien s'échappaient pour aller plonger avec allégresse dans un large bassin où plusieurs bateaux téléguidés naviguaient sous la direction de jeunes enfants.

Gabriel se fit un plaisir d'en courser quelques-uns à la plus grande joie des enfants qui voyaient là un défi supplémentaire tandis que Castiel au contraire les fuyait. Il était là pour se rafraîchir, pas pour être ennuyé par ces saletés de morceaux de bois motorisés ! Dépité d'être autant dérangé dans sa baignade, il finit par rejoindre le bord, bien content quand même de sa petite trempette. Un ébrouement plus tard, il était accueilli par sa maîtresse tandis que Bobby hurlait à Gabriel de revenir.

- Un chat qui nage, ricana Dean. On aura tout vu !

- C'est agréable, expliqua simplement Castiel, toujours assis sur le rebord de la fontaine.

- Tu ne me feras jamais croire ça. L'eau n'est bonne qu'à être bue. Nager dedans c'est... Contre-nature !

- Tu as peur ?

- Certainement pas, aboya nerveusement Dean. Je ne vois juste pas l'intérêt d'aller là-dedans !

- C'est que tu as très peu d'imagination Deano, lâcha Gabriel en sortant enfin de l'eau pour éclabousser tout le monde en s'ébrouant.

- Gabe, gémit Sam en allant aussitôt lui lécher le museau.

- Tu n'avais qu'à me rejoindre si je te manquais tant que ça, s'amusa le blond.

- On... On a pas une très bonne expérience de l'eau dans la famille...

Dean grogna puis se détourna pour rejoindre son maître qui discutait avec le propriétaire des petits bateaux de location de la noyade « accidentelle » de l'un de ses modèles.

- Et c'est quoi une « mauvaise expérience » pour toi ? questionna Gabriel en lui frottant le museau pour le rassurer.

- Une presque noyade, grimaça Sam pendant que deux paires d'yeux très attentives se braquaient sur lui.

- Vas-y, raconte-nous tout, l'encouragea Gabriel en s'allongeant sur la margelle.

- C'était il y a longtemps, on devait avoir quatre mois Dean et moi. Il y avait eu des orages les jours précédents et je ne me souviens plus trop du pourquoi et du comment, mais on s'était retrouvé en bordure d'un fleuve agité. Dean s'était approché du bord, pour récupérer une souris morte je crois, et il a été emporté par le courant. Il a réellement failli se noyer ce jour-là, gémit Sam en sentant les larmes revenir devant le souvenir.

Gabriel lui lécha le museau avant de lui frotter l'encolure.

- J'ai appelé à l'aide en essayant de suivre Dean. Ça partait vraiment mal, il se plongeait la gueule de plus en plus souvent ! Et puis j'ai vu une forme blanche plonger, attraper Dean et le ramener sur la berge. J'étais vraiment, vraiment soulagé. Dean est tout ce qu'il reste de ma famille, se justifia-t-il en regardant Gabriel avec des yeux mouillés. J'ai aperçu rapidement le chat, de loin, avant qu'il ne prenne la fuite et ne disparaisse au détour d'une ruelle. Je crois que je lui ai fait peur en courant et en aboyant comme un dingue... Dean avait une énorme marque de crocs sur l'épaule, ça saignait et tout, mais il était vivant. C'est après ça qu'on a été trouvé par des humains puis peu de temps après qu'on a été adopté par Bobby.

Castiel n'écouta pas la suite – une promesse de Gabriel d'aider Sam à vaincre sa peur – et fixa son regard sur Dean, de l'autre côté du plan d'eau. Plus particulièrement sur son épaule. Discrètement, il se rapprocha du chien et chercha les dites traces de morsures. Depuis le temps, elles avaient dû bien cicatriser mais Castiel avait vraiment dû serrer les crocs pour ne pas laisser s'échapper le jeune chiot paniqué. Il devait forcément garder des traces. Ses pupilles aguerries finirent par les trouver, ces points où les poils poussaient de façon anarchique. Un demi-cercle qui ne devait plus s'adapter à sa dentition désormais.

- Qu'est-ce que tu me veux encore, gronda Dean en se découvrant observé.

- Tu as beaucoup grandi, constata Castiel dans une phrase énigmatique avant de refaire un plongeon dans le bassin et de s'éloigner.

- Taré de chat... maugréa Dean avant de retourner à son maître.

Bobby indemnisa le loueur, gronda Gabriel qui se fit tout petit... Au moins une bonne heure ! Et toute la ménagerie repartit pour la maison. Jody râla en récupérant un Castiel de nouveau mouillé mais le soleil se chargea de le sécher rapidement. Bobby prit la laisse de Sam et Gabriel et Jody s'occupa de Dean pendant que son chat trottinait à côté.

- Un chat qui nage, on aura tout vu, lâcha Bobby sur le chemin.

- Apparemment c'est commun à son espèce, expliqua Jody. Il serait de l'espèce « turc de van » d'après le vétérinaire et ces chats aiment l'eau, tout comme ramener la balle.

- On est pas sorti de l'auberge...

Gabriel sentit le regard du maître peser sur son dos mais décida de l'ignorer. Ce n'était quand même pas sa faute s'il s'était trouvé un copain de baignade.

000

Castiel vadrouillait dans la maison et sur le terrain extérieur avec le silence nocturne pour seul compagnon. Les températures étaient fraîches et agréables. Un croissant de lune éclairait sa chasse d'une gerboise qui allait bientôt regretter sa promenade en plein air. Castiel ne mit pas longtemps à sauter sur le rongeur, l'assommer d'un coup de patte et l'achever d'une morsure bien placée.

Content de son travail, il retourna dans la maison et plaça son offrande devant la porte de la chambre de sa maîtresse en guise de remerciement. Il alla ensuite tranquillement manger sa pâtée encore tiède.

Un bruit dans le salon lui fit tendre l'oreille. À patte de velours, Castiel rejoignit la pièce, curieux de voir d'où venait le son. Il vit Gabriel et Sam, vautrés l'un sur l'autre pour ne pas changer et Dean, qui remuait étrangement.

Castiel s'approcha, toujours silencieusement, et observa le chien se débattre dans son sommeil.

Il se souvenait encore de ce jour où il avait eu pitié du petit chiot qui appelait à l'aide pendant que son frère se faisait emporter par le courant. Ce jour-là, il paressait sur la rambarde d'un pont quand il avait vu la boule de fourrure marron jouer les bouchons de liège dans le fleuve déchaîné. C'était le petit matin, il faisait bon, le chiot était vraiment déchirant dans ses appels à l'aide, la boule de poils à moitié noyée avec ses grands yeux terrifiés lui avait fait pitié et Castiel n'avait rien de prévu à part se chauffer au soleil. Il avait plongé.

Attraper le chiot n'avait pas été une mince affaire. La panique le faisait se débattre désespérément et il repoussait son sauveur. Castiel avait fini par se décider pour une solution radicale et avait planté ses crocs au premier endroit accessible, son épaule. Après ça, le ramener sur la berge fut une tâche relativement simple consistant à nager vers le bord, une masse inerte à peine plus lourde et encombrante qu'un bon maquereau entre les crocs. Il avait déposé le corps évanoui d'épuisement et de douleur sur le trottoir et avait tenté de le réveiller de quelques coups de langue, jusqu'à ce que le deuxième chiot débarque comme une furie. Par précaution, Castiel avait préféré fuir.

Et aujourd'hui il le retrouvait. Ce chiot qu'il avait sauvé des eaux. Sauf qu'il n'avait plus grand chose du chiot tout mignon. Même s'il avait toujours les mêmes yeux, grands, verts, curieux.

Dean donna quelques violents coups de pattes en gémissant, indication d'un possible cauchemar. Castiel s'allongea contre lui et se mit à ronronner comme un tracteur. Dean continua de gémir, de plus en plus doucement, avant de finalement se calmer. À quoi pouvait-il bien rêver ?

000

Il y avait de l'eau, partout. Tout autour. De l'eau rouge. Comme le sang. Au loin, les cris de Sam. Ses pattes commençaient à faiblir. Il avalait de grandes gorgées d'eau. Un courant froid l'immobilisa, le tira vers le fond, comme une grande main qui voulait le noyer. Il coulait. Le froid. Le noir. Les pleurs de Sam. Puis la brûlure sur sa patte. L'air. La chaleur. Sam qui ronronne pour le rassurer. Sam qui se colle à lui et lèche sa blessure.

Dean se réveilla brusquement et découvrit Castiel, lové contre lui, qui lui lapait la patte.

- N'envahie pas mon espace vital ! s'écria Dean en s'éloignant d'un bond.

Castiel l'observa de ses grands yeux interrogateurs.

- Tu faisais un cauchemar, expliqua-t-il simplement.

- C'est pas une raison !

Castiel le fixa puis s'approcha lentement. Dean recula ; Castiel avança. Dean recula et se retrouva coincé contre le mur ; Castiel avança jusqu'à avoir le nez sous sa truffe. La vision de Dean était envahie par les pupilles dilatées, noires et miroitantes de Castiel.

- Aujourd'hui je t'ai ramené ton jouet et je t'ai aidé à sortir d'un cauchemar. Il y a quelques années je t'ai sauvé de la noyade. J'apprécierais que tu commences à te montrer un minimum reconnaissant.

Dean sentit ses poils se hérisser de peur malgré lui. Ce... Chat, cette créature sortie tout droit de l'enfer, était en train de dominer Dean par sa simple présence. Il était à deux doigts de se coucher à plat pour marquer sa soumission. A un putain de chat !

Il sentait un grondement remonter du fond de son être quand une partie de sa phrase arriva soudain à son cerveau.

- Comment ça, sauvé ? grogna Dean en essayant de retrouver ses moyens.

Castiel pencha la tête sur le côté...

- Tu te noyais. Tu avais de grands yeux verts terrifiés. J'ai plongé. Pardon pour la marque, tu ne m'avais pas laissé d'autres choix.

L'instant d'après, Castiel sautait jusqu'en haut de la bibliothèque et regardait le plancher à travers ses yeux mi-clos, laissant un Dean stupéfié derrière lui.

000

Durant les trois semaines qui suivirent, Dean fit de son mieux pour fuir Castiel mais ça n'avait rien de simple. Pour commencer, ses cauchemars étaient revenus en force et Castiel semblait s'être donné pour mission de l'en soulager. Par conséquent, il se réveillait de plus en plus souvent avec une boule de poils blanche ronronnante contre lui, sous les regards goguenards de Sam et Gabriel. Même leur maître semblait croire qu'il s'agissait d'une nouvelle amitié entre lui et ce satané chat ! Et, culpabilité oblige, il n'osait plus rembarrer brutalement Castiel.

Pour ne rien arranger à l'histoire, l'humaine avait honteusement profité de ce que Castiel et lui semblaient plus proche pour mettre le grappin sur son maître ! Si bien que maintenant le maître ne dormait plus seul et que c'était plus ou moins acquis que chat comme chiens avaient maintenant un maître et une maîtresse pour eux quatre. Donc, Castiel n'allait pas repartir de sitôt, pour ne pas dire jamais.

Et pour finir, il y avait le regard bleu de Castiel constamment posé sur lui. Un regard profond et gênant.

- Tu as l'air pensif, constata Castiel en apparaissant à ses côtés.

Ah, et il y avait ça aussi. La manie de Castiel de toujours le surprendre en arrivant silencieusement ! C'était infernal et ça allait le rendre cardiaque à force.

- J'aimerais retrouver mon chez moi, celui d'avant, expliqua Dean sans plus de précision.

- Je comprends, moi aussi je trouve ça... Pénible, avoua Castiel en enroulant sa queue autour de lui.

- Vraiment ? On ne dirait pas.

- Avant, j'avais mon chez moi, j'étais seul avec ma maîtresse et elle était entièrement dévouée à moi, expliqua Castiel en tournant ses yeux vers Dean. Je ne devais pas partager mon territoire, ni son attention et maintenant...

Dean fut surpris par l'amertume contenue dans la voix du chat.

- Tu donnes pourtant l'impression d'être ici comme chez toi, cracha presque Dean, de nouveau en colère.

- Je fais des efforts, moi.

Dean encaissa l'accusation en s'aplatissant sur le sol.

- Gabriel, j'ai fini par m'y faire, avoua Dean à mi-voix. De toute façon, c'est mon frère qui se charge de lui le plus souvent et depuis qu'il est là, le maître me punit moins pour mes petites bêtises. Et puis ça restait mon territoire ici. Gabriel n'a jamais donné l'impression de vouloir dominer. À part quand il s'agit de friandises. Maintenant il y a cette nouvelle humaine et toi.

- Je dois m'habituer à trois chiens, un maître et une nouvelle maison, rétorqua Castiel.

- Je n'avais pas réalisé. Sam et Gabriel ont tellement l'air de tout accepter. A croire que ce changement ne leur fait rien du tout !

Castiel ne fit aucun commentaire et se rapprocha de Dean avant de ronronner pour calmer ses propres inquiétudes et celles de Dean en passant. Le chien se détendit progressivement sous la vibration apaisante. Sous l'impulsion du moment, il lécha la truffe de Castiel qui le regarda mi-surpris mi-offusqué.

- Je sais pas ronronner moi, se justifia Dean en laissant pendre sa langue d'un air amusé.

- Tu m'as ébouriffé le poil, répliqua Castiel d'un ton pincé.

- Tu veux vraiment que je te l'ébouriffe ?

000

- Quatre semaines au lieu de trois jours, mes pronostics baissent vraiment en qualité, soupira Gabriel en regardant Dean chahuter un Castiel exaspéré.

- Tu avais dit qu'ils se sauteraient à la gorge, le corrigea Sam.

- J'ai pas dit comment ni pourquoi !

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Fin de l'os

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Pour l'idée du chat vous pouvez remercier Pimpiericky ! On en a pas mal parlé ensemble et c'est elle qui m'a convaincu de faire de Castiel un félin ;) C'est aussi grâce à elle si vous avez ce chapitre aussi tôt parce que je n'avais prévu de le faire tout de suite à la base X)

Je vous rassure de tout de suite, c'est pas fini ;) La suite reprendra en drabble !

Je n'ai personnellement pas de bestiole 4 pattes donc si vous avez des envies particulières en drabble, hésitez pas à me demander ! Il y a plein de petites histoires, d'habitudes ou de bêtises que je ne peux pas connaître puisque non vécu ;)

Petite précision : moi j'adore Gabriel parce que je le trouve touchant et adorable mais je n'ai jamais dit que ce n'était pas aussi un sale clébard à l'humour plus que douteux et au comportement horripilant parfois. Bien au contraire !