Chapitre 36 – Je t'aime

Vingt minutes plus tard Temperance arriva devant le Hoover Building. Elle vit Booth appuyé contre un mur, la tête basse et les épaules affaissées. Elle se gara et s'approcha de lui.

« Booth », dit-elle doucement en touchant son bras.

Il hésita une seconde avant de lever les yeux vers elle. Elle dut retenir un halètement à sa vue. Il ne s'était visiblement pas rasé ce matin et ses cheveux étaient un peu dressés, probablement à force d'y passer sa main. Ce qui attira son attention furent ses yeux rouges, comme s'il avait passé beaucoup de temps à pleurer. Les yeux de Brennan se posèrent sur la grande marque rouge sur sa joue gauche. Elle leva la main pour toucher doucement sa peau. Elle le vit grimacer mais après quelques secondes il se détendit et la laissa poser sa paume sur sa joue.

« Seeley… qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Pas ici… OK ? »

« OK. Viens, on va chez moi. »

« OK… »

Elle le prit par la main et le guida vers sa voiture. Le trajet fut silencieux mais elle continua à lui tenir la main.

Il regardait encore ses chaussures alors qu'ils montaient vers son appartement et elle le mena sur le canapé. Il laissa ses bras reposer sans force sur ses genoux. Sa tête resta baissée, elle s'assit donc en face de lui sur la table de salon et attrapa ses mains.

« Seeley… ? »

« Elle m'a giflé. »

Il avait l'air dégoûté… de lui-même.

« Seeley, qu'est-ce qui s'est passé ? Je sais tout jusqu'à ce que Zach soit parti. »

Il secoua la tête, comme s'il essayait de chasser le souvenir.

Elle leva de nouveau la main et prit sa joue intacte, lui tournant la tête pour le regarder dans les yeux.

« Dis-moi… laisse-moi t'aider. On peut s'en sortir, OK ? »

Elle vit les larmes remplir de nouveau ses yeux.

« Je l'ai mérité… je le sais… j'ai réagi avec excès. J'aurais dû essayer de la rattraper… elle semblait tellement… effrayée. On s'était déjà 'battus' avant… mais c'était toujours sans avoir l'intention de blesser… on ne s'était jamais blessés physiquement… Dieu, j'aurais dû essayer de la rattraper… »

« Tu étais choqué… c'est compréhensible… »

« C'est inexcusable ! »

Temperance fut surprise de l'intensité de sa voix.

« J'ai regardé son visage… elle était terrifiée… de ce qu'elle avait fait… de ce que j'aurais pu faire… et je l'ai laissée partir. Elle en a subi assez… comment va-t-elle le gérer ? »

Il semblait si effrayé lui-même… si vulnérable que ça en brisa presque le cœur de Temperance. Elle se leva de la table de salon et s'assit à côté de lui sur le canapé. Elle ne savait pas vraiment d'où venait cette impulsion, mais voilà… elle avait la volonté dévorante de lui donner tout le réconfort qu'elle pouvait. Elle l'avait sentie quelques jours auparavant, dans la cuisine, en le voyant s'écrouler. Elle l'étreignit. Elle passa une main dans ses cheveux et murmura doucement dans son oreille.

« Personne n'attend de toi que tu t'occupes de tout, Seeley… tu n'es qu'un homme. Un homme merveilleux, certes… mais seulement un homme. Vous allez passer outre… je te le promets. »

Elle le sentit frissonner dans ses bras alors que le premier sanglot s'échappait de son corps. Il essayait encore de les retenir mais son corps en tremblait.

« Laisse-toi aller, Seeley… ne te bats pas… laisse-toi simplement aller. »

Enfin, elle sentit la tension le libérer alors qu'il cédait dans ses bras.

« Je ne peux pas tout faire… j'ai pensé que je pouvais… mais je ne peux pas » dit-il d'une voix étranglée.

« Tu n'as pas à le faire… on ne s'attend pas à ce que tu le fasses. Vivian et moi t'aimons comme tu es. »

Elle se figea. Est-ce que j'ai dit… ce que je pense que j'ai dit?

Ses sanglots s'espacèrent et il s'écarta un peu pour regarder son visage.

« Est-ce que tu as dit… »

« Je t'aime. »

Ses yeux s'agrandirent et son souffle se coinça dans sa gorge. Il s'attendait à ce qu'elle nie… et dise que c'était seulement en tant qu'ami. Mais le confesser comme ça… alors qu'il était plus vulnérable qu'il ne l'avait jamais été devant elle… était la chose la plus dingue qui lui était jamais arrivé.

« Bones… »

« Je ne l'ai jamais dit à personne, Seeley… à part ma famille au moins. »

Malgré les larmes qui coulaient encore sur ses joues, il lui sourit doucement. Il leva la main et lui caressa la joue.

« Temperance… ça signifie tellement pour moi… je ne peux même pas commencer à te dire… »

« Je n'aurais probablement pas dû le dire si tôt… et probablement pas maintenant, étant donné les circonstances… »

« Non… non, Bones, c'est bon. C'est une des choses que je préfère avec toi… »

Elle sourit timidement.

Il attrapa l'arrière de sa tête et l'approcha de lui. Il caressa doucement ses lèvres des siennes. Il soupira.

« Tu ne manques jamais de me surprendre, Temperance. J'ai toujours pensé que je serai le premier à le dire… on dirait que je serai le second. »

Elle le regarda, la surprise dans les yeux.

« Tu… »

Il sourit et prit son visage entre ses mains.

« Temperance… »

Il posa un baiser sur chacune de ses paupières.

« Bones… »

Il traça une ligne de baisers le long de sa joue gauche.

« Tu es la femme la plus incroyable que j'ai jamais rencontré. »

Il traça une ligne de baisers de long de sa joue droite.

Il survola ses lèvres, posant de légers baisers à chaque coin.

« Je t'ai… »

La sonnerie de son téléphone fixe les arrêta.

« Ignore-le » murmura-t-il.

Ils attendirent que la sonnerie s'arrête, mais qui que ce soit, il attendit le répondeur.

« Dr Brennan ! C'est Zach ! Vous êtes là?! S'il vous plaît, si vous êtes là, répondez. S'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît ! C'est Vivian ! »

Le son de la voix de Zach les avait figés sur place, mais à l'instant où il avait entendu le nom de sa soeur et enregistré la panique dans la voix de Zach il bondit du canapé et attrapa le téléphone.

« Zach ! Zach, qu'est-ce qu'il y a ?! Où est-elle?! »

Temperance n'entendait pas ce qui se disait, mais elle voyait Seeley. Et elle voyait le sang disparaître de son visage et sa prise sur le téléphone se relâcha. Elle le vit s'écraser sur le sol. Quelques instants plus tard, le corps de Booth le suivit alors que ses genoux lâchaient.

« Seeley ! »