"Le soprano de la blonde perça les tympans de Lyne, lui donnant encore plus de difficultés à se maîtriser."
- Si tu étais jalouse, il suffisait de le dire. Je suis sûre que Marvel et Cato se seraient fait un plaisir de te rendre service. Juste, s'ils pouvaient le faire dans ta bouche, ça serait un tel bonheur que tu la fermes ne serait-ce qu'un instant.
Lyne n'a pas le temps de penser à ses paroles que celles-ci sortent, malgré elle. Elle ne les regrette pas, mais c'est tout de même un peu cru. La blonde ne réagit pas, étonnamment.
- Tous les goûts sont dans la nature, lâche-t-elle finalement, calme. Je ferai part aux garçons de tes désirs, peut-être que ça les enthousiasmera.
- Peut-être que je devrais te couper la langue moi-même avec mes couteaux, ça serait plus rapide. De toute façon, on n'est jamais mieux servit que par soi-même, marmonne Lyne pendant que blondie s'éloigne.
Quelques instants plus tard, Lyne entend des ricanements derrière elle. La coach siffle et tout le monde s'arrête, se dirigeant vers la cantine du centre d'entraînement. Lyne prend une poignée de haricots verts al dente, un filet de poisson blanc qu'elle reconnaît comme de la dorade accompagnée de sa sauce citronnée, et une motte de riz long. En dessert, elle prend une orange qu'elle accompagne d'une crème au chocolat. Elle s'installe à une table avec Dhyn et mange en silence. Il est tout aussi rouge et suant qu'elle, exténué par son entraînement. Son frère se fiche de prendre un plat équilibré ou énergétique, il a juste faim. Il a prit une pièce de viande rouge de 100g avec des pommes de terre rôties au four et agrémentées d'une sauce aux girolles. Et en dessert, elle le voit se servir un crumble aux framboises et une mousse au chocolat blanc et noix de coco.
En une semaine d'entraînement, Dhyn a tout de même prit de la carrure. Ses épaules et ses bras ont l'air plus épais, et son torse est plus taillé qu'auparavant. Lui aussi a beaucoup changé.
Depuis leur départ du Quatre , Lyne ne l'a quasiment plus vu rire. Il s'est peu à peu renfermé, verrouillant l'accès à sa sœur. Elle doit aller dans les extrêmes pour pouvoir discuter avec lui, et encore, sans même orienter la discussion vers lui sous peine de le voir lui claquer la porte au nez. Lyne le regarde sans le voir, le voyant manger son plat sans envie, l'observant boire sans délectation, et croisant son regard sans percevoir de lumières briller à l'intérieur. Il disparaît au fur et à mesure que les Jeux approchent.
Lyne repose sa fourchette et regarde son plat. Sa motte de riz blanche, parfaitement circulaire, son fagot de haricots verts si éclatants et calibrés, et son poisson blanc immaculé et familier. Un tel plat serait un délice au Quatre, mais au Capitole, ce n'est même pas une ration de dépannage. Et elle ne prend aucun plaisir à le manger. Pas plus que Dhyn de dévorer un crumble aux framboises. Elle ne veut pas que les Jeux la changent, mais c'est déjà le cas. Elle boit son verre d'un trait, puis se lève et repart à la salle d'entraînement sous le regard froncé de son frère.
Lyne entre dans la salle d'entraînement et se dirige directement vers les mannequins. Elle attrape une paire de gants posés sur une étagère à côté et se met à frapper méthodiquement sur les mannequins. Un coup dans l'épaule au niveau du nerf. Un coup à la gorge dans la trachée. Un coup dans l'estomac en plein milieu du thorax. Un coup sous le menton. Un coup dans les côtes sous l'aisselle. Plus elle frappe, plus elle a envie de frapper, sentant la colère s'évacuer.
Un coup pour le Président Snow. Un coup pour les Jeux de la faim. Un coup pour la Moisson. Un coup pour Cato. Un coup pour le Capitole. Elle sent la force monter en elle, la poussant à frapper plus fort, encore plus précisément, toujours plus rapidement. Une suite de souvenirs emplissent son esprit: la foule en délire lors de la parade, un coup. Le discours de Snow après la parade, un coup. Les carrières qui la terrifient, hick-kick retourné. L'abondance de nourriture, coup de coude. Dhyn.
Elle grogne et fait dériver son poing pour ne pas frapper le mannequin à cette pensée. Son poing va s'abattre contre le pilier en béton à côté. Elle lâche un sanglot mêlé à un cri ravalé. Elle replie son poing et l'amène contre son ventre pour le cajoler. Elle sent des larmes tracer leur chemin humide sur ses joues chaudes. Les phalanges lui font horriblement mal.
Lyne découvre sa main pour mieux l'observer, et en dehors des plaies rouges vives, elle ne voit rien. Elle essai de tendre sa main, mais une douleur se répand immédiatement à l'intégralité de sa main, qu'elle referme aussitôt. Elle souffle longuement, pour retenir ses sanglots, et s'adosse à ce même pilier. Serrant la mâchoire, elle tâte les jointures de sa main pour voir exactement d'où provenait la douleur. Le majeur. Elle grimace. C'est le dernier entraînement, elle veut se donner à fond au combat, mais avec sa main préférentielle en moins, ça risquait d'être plus compliqué que prévu. Elle ne peut pas faire le pas sur le combat rapproché. Elle doit s'entraîner aujourd'hui aussi, surtout aujourd'hui. Elle a attendu exprès la fin de l'entraînement pour pouvoir s'y adonner à cœur joie. Ce n'est pas une petite phalange qui va l'en empêcher. Lyne se redresse et fouille toute la salle en vitesse à la recherche de poches de glace. Introuvable. Elle ressort et frappe à la porte des cuisines. Un homme des plus banals lui ouvre, prêt à lui hurler dessus, mais en voyant de qui il s'agisse, il se ravise.
- Tribut du Quatre, c'est ça? Fait-il en lui jetant un regard vertical.
- Oui, répond-elle. Est-ce que vous auriez de la glace? Je veux dire, des glaçons.
L'homme à la calvitie naissante et aux yeux ronds fronce les sourcils. Lyne découvre sa main et il hausse les sourcils avant de vite se détourner pour aller jusqu'à un mur blanc. Il appui sur une partie du mur délimitée par des fentes, et un tiroir s'ouvre. L'intérieur est éclairé de néons bleus et emplit de vapeur d'eau. L'homme attrape un plastique, puis avec une pelle à farine y glisse des glaçons à l'intérieur. Il referme le tiroir, referme le plastique qu'il tend à Lyne et observe sa main.
- Venez rincer ça.
Il amène Lyne jusqu'à un robinet et fait couler de l'eau froide dessus. Ça soulage quelque peu. Lyne pose le sac plastique sur sa main et s'adosse à l'évier, pensive. Sa main va l'empêcher de se battre aujourd'hui, c'est certain. Et elle ne sait même pas ce qu'elle va présenter le lendemain à l'évaluation, mais en tous cas, le combat est foutu. Qu'elle idiote de s'être emportée contre ce mannequin.
L'homme soupire, l'air désapprobateur, et regarde la main de Lyne de plus près. Elle a déjà enflée. Et devient bleue. Elle s'est sûrement cassé un os là-bas dedans. Sûrement une phalange vu l'impacte du poing.
- Comment as-tu fais ça? Demande soudainement l'homme.
- Je frappais un mannequin et mon poing a dérapé. Il s'est avéré que finalement j'avais pas mal de force, plaisante-t-elle sans sourires.
- Votre évaluation est demain, n'est-ce pas?
Comment sait-il?
- Oui, répond-elle, la voix froide d'un coup.
- Tu devrais aller voir votre coach et lui montrer. Elle pourra contacter les médecins pour t'offrir une de ces séances réparatrices. Ça sera mieux pour demain, pour les Jeux.
Lyne relève les yeux vers l'homme. Depuis quand les habitants du Capitole s'inquiètent du sort des tributs lors des Jeux? S'inquiète-il réellement? Le remord s'empare d'elle. Elle a toujours vu le Capitole comme un cirque. Elle a toujours prit ses habitants pour des spectateurs naïfs et ignorants. Elle n'a jamais ne serait-ce qu'imaginé que certains ne sont pas d'accord avec ça. Mais pourquoi travaille-t-il au centre d'entraînement s'il n'est pas en accord avec les Jeux? Peut-être pour prendre soin des tributs avant leur départ pour l'abattoir. Lyne enferme ses pensées au loin dans son cerveau et cligne des paupières pour avoir une réaction appropriée.
- Oui, dit-elle en hochant la tête.
Elle garde le sachet de glaçons et repart en direction de la sortie. Mais une fois au cadran de la porte, elle s'arrête. Elle se retourne vers l'homme et le regarde droit dans les yeux. Marrons foncés, francs, torturés. Il attend qu'elle parle, mais elle ne sait pas comment exprimer toutes ses pensées sans s'avancer. Elle opte pour quelque chose de plus implicite.
- Merci, lâche-t-elle en le fixant droit dans les yeux un long moment.
Il soutient son regard, puis elle sort et referme la porte derrière elle. Alors le Capitole n'est pas entièrement sous la coupe de Snow. Peut-être y a-t-il enfin un peu d'espoir.
Lyne retourne à la salle d'entraînement et va directement voir Atala, la coach. Elle lui montre sa blessure, et voit de suite à son expression qu'elle n'a besoin de rien dire pour avoir droit aux soins. La femme basanée l'empoigne par le bras, siffle doucement et un pacificateur prend sa place. Elle amène directement Lyne hors de la pièce, sous les regards étonnés des autres tributs, tous revenus de la cantine. Lyne n'a pas put voir Dhyn, mais elle a croisé le regard de Cato et étonnement, elle y a vu un mélange de satisfaction et d'inquiétude. À petite dose bien sûr, mais elle est sûre de l'avoir lu sur son visage. Le petit creux entre ses sourcils. Cela lui arrache un demi sourire.
Atala parcourt les couloirs, désorientant complètement Lyne, puis débouche sur une pièce qu'elle reconnaît. La cabine des soins médicaux auxquels elle a eu droit quelques jours plus tôt. Elle la laisse seule dans la pièce.
Lyne espère que les soins ne prendront pas trop de temps, comme ça elle pourra faire son exercice de combat au corps. Par curiosité, elle ôte le sachet de glace de sa main, pour essayer de comprendre l'expression presque horrifié de la coach. Elle comprend. Sa main a quasiment triplé depuis l'impacte. Elle est bleue et hyper sensible. Lyne ne peut plus la bouger sous peine de se voir fondre en larmes. Les plaies de ses phalanges sont boursouflées et craquelées, et un énorme hématome s'est formé sur le dos de sa main. Elle s'est effectivement cassé un os. Sa gorge s'est nouée sans qu'elle s'en rende compte. L'homme poivre et sel entre en trombe, attrape Lyne et la pousse jusqu'à la table froide et dure de l'autre jour. La jeune fille s'y allonge tandis que le médecin lance un œil à sa blessure. Le muscle alternativement contracté de sa mâchoire indique à la fille l'importance de sa bêtise. La machine s'active et la table glisse à l'intérieur, éblouissant Lyne de ses néons bleus. Les lumières traversent son corps verticalement à plusieurs reprises et Lyne se sent immédiatement détendue et soulagée. Elle ne s'est pas rendue compte qu'elle était autant contractée. La douleur à sa main se dissipe largement, lui permettant de la détendre. Un quart d'heure après, la table se déplace à l'extérieur de la machine et le médecin vient vérifier la blessure.
- Ta main va mieux, mais tu vas devoir y faire attention pendant deux ou trois jours, dit-il en tâtant prudemment le dos de sa main.
- Deux ou trois jours? Répète-t-elle d'une voix cassée, se retenant de crier.
Les Jeux sont dans trois jours et l'évaluation le lendemain. Elle ne pourra pas vraiment «y faire attention».
- Je suis désolé mademoiselle, mais vous briser le capitatum le dernier jour d'entraînement n'est pas la meilleure idée que vous ayez eu, rétorque-t-il, amer.
- Comme si j'avais demandé ça. Pour vous ça ne change rien que ça soit hier ou aujourd'hui, ce n'est pas vous qui aurez un fard d'eau lors de l'évaluation qui pourra possiblement vous rapporter des sponsors qui eux pourront vous aider à survivre dans l'arène, et ce n'est pas vous non plus qui aurez une faiblesse dans l'arène des Jeux face aux autres tributs armés jusqu'aux dents et tous pimpants! S'exclame-t-elle, les larmes au bord yeux. Vous pourriez au moins être agréable avec vos patients, ce n'est pas comme si la gentillesse allait vous étouffer, crache-t-elle en se levant d'un bond de la table avant de sortir de la pièce.
L'homme arbore une expression estomaquée, figé par l'abasourdissement. Lyne sort de la pièce et Atala doit y courir derrière pour éviter qu'elle ne se perde dans le labyrinthe des couloirs. Elle la ramène à la salle d'entraînement et Lyne ne ménage pas sa main en allant directement à l'atelier de combat au corps. Son instructeur s'étonne un peu de la voir arriver de l'extérieur en compagnie de la coach, mais il ne pipe mot et commence son programme récapitulatif. Lyne prend quand même le soin d'entourer sa main avec des bandes, et d'y mettre une mitaine de combat.
Il lui fait revoir tout ce qu'il lui a apprit jusqu'à présent pour voir sa maîtrise. Frappe haute et basse, coups de pieds, de poings, de genoux, de coudes. Parades, esquives, garde haute et basse. Anticipation et diversion. Basculement et étranglement. Désarmement et protection. Nerfs et points vitaux. Vitesse et puissance. Clefs de bras, de jambes. Achèvement.
Après ça, il lui concocte un parcours de cardiologie et de renforcement musculaire explosif. Corde à sauter, burpees, traction, corde à grimper, abdominaux, split squat jump, pompes sautées alternées sur ballon, chaise et gainage. À la fin, il va la ramasser à la petite cuillère. Elle ne peut presque plus marcher. Chaque muscles de son corps la tire. Sa queue de cheval ne sert plus à rien vu que la moitié de ses cheveux sont éparpillés au-dessus de son crâne et que l'autre moitié collent à sa nuque avec la sueur qui en dégouline. Les paumes de ses mains sont toutes rouges et brûlantes. Son visage n'est plus qu'une énorme tomate cœur de bœuf chauffée au four. Il lui faudra une semaine de plus rien que pour se remettre de cet exercice. Son t-shirt est si trempé de sueur qu'il en devient transparent, de même pour le vieux short usé. Au cours de l'entraînement, elle a réussit à trouer sa paire de tennis. L'instructeur lui offre docilement une grande bouteille d'eau et la calme sur sa descente un peu trop dénivelée, craignant un choc thermique. Elle ruisselle littéralement de sueur, manquant suffoquer dedans si elle ne se rafraîchit pas la nuque. Elle ne sait même plus avec quoi s'essuyer tellement que sa tenue d'entraînement est imbibée.
Elle se dirige vers l'ascenseur et voit Marvel qui patiente. Elle s'appuie contre le cadran de la porte de l'ascenseur et regarde le garçon. Il se met à rire, se moquant d'elle.
- Dur l'entraînement? Demande-t-il, connaissant déjà la réponse.
- Je ne sais pas si je dois aimer mon instructeur, ou le détester pour ce qu'il m'a fait subir, répond-elle naturellement, las de jouer la séductrice ou provocatrice. Au fait, pour la soirée, tu as parlé à tout le monde?
- Oui, ceux du Onze et la rousse du Cinq ne sont pas chauds du tout.
- Ok, j'irai leur parler.
- Bonne chance avec le colosse du Onze. Vu ton état, il risque de te casser en deux si tu l'énerve un peu trop.
- Je ne compte pas l'énerver, ni même l'agacer. Juste le convaincre, réplique-t-elle en esquissant un faible sourire franc.
- Persuades-le d'abord de ne pas t'écraser et vois après pour la soirée. Ça serait dommage de faire ça sans l'instigatrice.
- Ne t'en fais pas, la seule raison pour laquelle je risque de mourir là tout de suite, c'est à cause d'une rupture d'anévrisme.
Flamand rose rigole. Lyne lève les yeux, un large sourire aux lèvres, et voit Cato les toiser d'un regard noir quelques mètres derrière.
- J'irai les voir, et on fait ça demain soir. Rendez-vous au douzième étage à 19h00.
- On fera passer le mot demain en attendant l'évaluation.
Le brun s'engouffre dans l'ascenseur que Lyne n'a même pas entendu s'ouvrir. Alors qu'elle se redresse difficilement pour entrer à son tour, une main forte fait pression sur son bras pour la retenir. Ça n'est pas bien difficile. Elle grimace sous la pression amplifiée à cause de ses douleurs musculaires, et regarde Marvel lui faire au revoir d'un petit signe de main entre les portes de l'ascenseur. Quand les portes métalliques luisantes sont entièrement refermées, Lyne aperçoit son reflet, fermement empoigné par celui de Cato. Elle soupire et affaisse les épaules.
Hello les visiteurs, merci de votre passage, voilà un nouveau chapitre que vous avez aimé j'espère, faîtes-moi signe un peu, que j'ai les retombées de ce que je raconte. Donc merci encore, et à bientôt! C.
