"Quand les portes métalliques luisantes sont entièrement refermées, Lyne aperçoit son reflet, fermement empoigné par celui de Cato. Elle soupire et affaisse les épaules."

Cato la tourne vers lui et la regarde dans les yeux. Lui aussi est décoiffé et suant. Bien moins rouge, mais a tout de même des couleurs. Elle est bien trop fatiguée pour réfléchir à ce que Cato doit potentiellement lui vouloir. Elle attend juste qu'il se décide à parler, ne souhaitant pas lui signifier son impatience d'une quelconque manière. Ses pieds lui font mal dans ces chaussures effritées, alors elle espère qu'il va bientôt se lancer. Elle le voit la détailler, ne sachant s'il est appréciateur ou réprobateur à ce qu'il voit. Puis, elle le voit prendre une inspiration.

- Ta main? Dit-il simplement en baissant les yeux sur la main bandée de Lyne.

Elle se décompose. Il l'a arrêtée et faite patienter juste pour ça? Elle soupire, ferme les paupières et serre la mâchoire. Il se fout d'elle. Pourquoi veut-il savoir ce qu'elle s'est faite à la main? Cela a-t-il une importance particulière pour lui? Puis, elle se rappelle la brève émotion qu'elle a aperçu sur son visage: l'inquiétude.

- Pourquoi? Ça t'inquiète? Lance-t-elle, amère.

- Non, je veux juste savoir si tu es toujours capable de lancer un couteau avec précision. Mon investissement en toi dépendait aussi de tes compétences. Alors si tes compétences sont affectées par ta blessure, autant te dire que notre marché est annulé, réfute-t-il d'un trait, austère.

Un roc tombe dans l'estomac de Lyne. Elle fait tout son possible pour garder son impassibilité, mais le seau d'eau froide qu'il vient de lui balancer en pleine figure laisse tout de même des traces. Elle s'est aussi faite des idées avec cette soit disant inquiétude. Cato, inquiet? Non, ça ne fait pas partie du même univers ça. Elle doit trouver une réponse frappante au plus vite pour éviter de le laisser voir les fissures de son masque.

- Tu verras ça demain avec les résultats de l'évaluation, claque-t-elle en le fixant froidement.

Elle se tourne vers l'ascenseur et appui sur l'appel pour le faire redescendre. Pourquoi a-t-elle la gorge nouée? Elle devait s'y attendre. Il s'agit de Cato, pas d'un garçon du District Quatre. Elle croise les bras sur sa poitrine et fusille les portes métalliques du regard. Elle voit le reflet du Deux la regarder indiscrètement. Ses yeux bleus acier descendent lentement et remontent tout aussi lentement le long du corps de Lyne. Aucun sourire n'habille ses lèvres. La colère empli Lyne au fur et à mesure que les yeux de Cato font leur aller-retour. Elle se sent comme un objet. Il ne parle d'elle qu'en compétences ou échange intime. Elle n'est qu'un vulgaire produit un peu trop joli. Les portes s'ouvrent et elle s'y jette presque à l'intérieur.

Elle reste face à la paroi vitrée du fond, préférant voir la ville que Cato. Elle voit les lumières s'amenuiser à mesure qu'elle s'élève, lorsque l'ascension s'arrête. Elle souffle. Cato a derechef arrêté l'ascenseur. Elle baisse la tête et reste ainsi en attendant qu'il s'explique. Elle entend ses pas légers se rapprocher d'elle, s'arrêtant juste derrière elle. Elle lève les yeux sur la vitre et voit le reflet du blond. Il regarde lui aussi les reflets de la vitre. Leurs regards se croisent. Que veut-il ? Ce regard. Elle ne lui a jamais vu. Ou du moins a crut le déceler, mais s'est visiblement fourvoyée.

Il actionne un geste vers elle, alors elle détourne le regard et se tourne face à lui, plantant réellement ses yeux dans ceux du garçon, sérieuse.

- Qu'est-ce que tu veux Cato? Lâche-t-elle pour abréger.

Il continue de la regarder, ne répondant pas.

- Je te rappelle que tu es au deuxième étage, alors si tu ne veux pas parler, moi j'ai à te parler, siffle-t-elle en avançant d'un pas vers lui pour le défier.

- Ça y est, tu t'es lassée de flamand rose et reviens vers moi? Dit-il calmement.

Elle ne s'attend pas à ce commentaire. Lassée de quoi avec Marvel? Ça s'éclaire en elle: La veille lors de l'entraînement. Il parle sûrement de sa tentative de rapprochement. Elle rigole intérieurement en repensant à son enthousiasme pour cette mission.

- Il n'y a jamais eu de flamand rose pour moi. Mais peu importe, ce n'est pas de ça que je devais te parler.

Elle va se lancer dans une tirade, mais il la coupe calmement.

- Ah bon? Ce n'est pas l'impression qu'il m'a donné hier en venant me rapporter toutes vos messes basses.

- Comme si ça pouvait t'importer. Maintenant, laisses-moi parler.

- Non! Toi, laisse moi parler, s'énerve-t-il en la plaquant brusquement contre la paroi. Tu t'es bien amusée ces derniers jours à me faire un chaud-froid, à chauffer Marvel sans y accorder d'intérêt, et à te jouer de moi. Mais je n'oublie pas que je n'ai toujours pas de réponses. Et ne crois pas que parce-que ton cher frère est venu me voir pour essayer de me faire peur, je vais revoir mes positions. Alors je te répète une dernière fois le marché. Tu acceptes de t'offrir à moi et je protège ton stupide jumeau, ou tu refuses de t'offrir à moi et j'en fais l'aiguiseur favori de mon épée. Tu as jusqu'au début des Jeux pour te décider Lyne.

Il se recule et la relâche.

- Pourquoi tu fais ça? Dit-elle faiblement en le regardant dans les yeux, cherchant désespéramment la réponse en eux.

Il la regarde sans réellement comprendre la question.

- Pourquoi tu t'obstines à me vouloir? Précise-t-elle.

Il la regarde un long moment, faisant circuler ses yeux comme s'il cherchait lui-même la réponse à la question.

- Tu n'as pas besoin de savoir, répond-il simplement, sec et distant.

Il appui sur le bouton, et avance jusqu'à la paroi en verre à côté de Lyne pour regarder à son tour les lumières de la ville s'amenuiser. Lyne ne le quitte pas des yeux, n'arrivant pas à cerner ce garçon. Il est tantôt effrayant et haïssable, et tantôt marrant et amical. Qu'est-ce qui peut bien le faire changer ainsi? Sûrement les raisons pour lesquelles il s'obstine tant à la vouloir. Finnick lui a dit que lorsqu'il sent sa proie en danger, il la protège en s'assurant de son appartenance totale. Peut-être que, le fait de lui avoir échappé autant de temps l'a fait changer. Alors si c'est ça, elle sera obligée de rester sur le bouton chaud durant les jeux pour éviter de faire tuer son frère. Mais dans ce cas-là, elle ne pourra pas échapper à la contrepartie. Elle doit vérifier. Maintenant.

Elle soupire doucement mais intentionnellement, et pivote son corps vers Cato. Elle voit le reflet de ses yeux se tourner vers elle. Elle pose son regard sur le profil du garçon, faisant peser sa présence. Après quelques instants, elle se redresse et arrête l'ascenseur. Elle entend son soupir amusé. Elle retourne à sa position initiale et pose son regard sur lui. Il se retourne pour enclencher l'ascenseur mais elle le bloque en se jetant à moitié sur lui pour l'en empêcher.

Il l'attrape par la racine des cheveux et la colle contre la paroi en verre, le regard brûlant, la tête penchée vers elle. Le cou tendue et les lèvres entrouvertes, Lyne le fixe en attendant une réponse plus explicite. Elle brûle d'envie de le ruer de coups jusqu'à ce qu'il se décide à répondre, jusqu'à ce qu'il abandonne ses idées machistes et arrivistes, jusqu'à ce qu'il daigne redevenir humain, mais ça lui est impossible. Elle doit attendre que son hypothèse soit vérifiée. Elle doit attendre qu'il craque.

- Cato, souffle-t-elle d'une voix enfin réussie mielleuse, dis-moi.

Elle le voit changer d'expression. Son visage passe de l'hésitation ardente à une colère explosive. Elle sent ses doigts se serrer davantage autour de ses cheveux, les tirant un peu trop à son goût. Sa mâchoire se serre et ses yeux se plissent. Un grognement monte en lui comme le rugissement d'un tigre en chasse. Elle est propulsée contre la paroi latérale et soulevée du sol par deux prises fortes et pressantes. Elle est enfermée entre la paroi et le buste de Cato. Le temps qu'elle prenne conscience de sa situation, une vive douleur remonte le long des racines de ses cheveux, et elle sent une couche légère et douce glisser sur ses épaules. Ses cheveux, il a détaché ses cheveux. Elle cale ses mains sur les épaules larges du tribut blond pour laisser une distance de sécurité, mais il n'attend pas plus pour la briser. Il embrasse le cou de la fille, pressant et inassouvi.

Des frissons parcourent le corps entier de Lyne. Depuis sa nuque jusqu'à ses chevilles, en passant par ses seins et sa colonne vertébrale. Elle ferme inconsciemment les yeux, plongée dans un tourbillon de sensations qu'elle ne connaît pas. Elle remonte ses jambes contre lui et avance instinctivement son bassin. En même temps, il caresse passionnément les longues mèches de la fille, créant un mélange simultané de sensations agréables chez elle. Elle sent ses caresses partout sur elle, ne sachant plus où se concentrer pour ressentir le plus de plaisir. Il fait remonter ses mains sur ses reins, sa taille, ses côtes puis ses seins.

Brusquement, il abaisse les bras de Lyne, les bloque d'une main contre elle et la tourne dos à lui. Il relâche ses bras et fait glisser sa main sous le t-shirt de la fille, il remonte doucement sa main, faisant subtilement effleurer ses doigts sur sa peau sensible. Il a repoussé les cheveux de Lyne devant une de ses épaules et embrasse son autre épaule par intermittence, éparpillant ses baisers par-ci par-là. Les frissons ne cessent de la sillonner de part en part. Son cœur bat dans ses oreilles et elle n'entend rien d'autre que sa respiration et celle de Cato à côté de son oreille. Les doigts du garçon courent sur sa peau chaude et quémandeuse, montant jusqu'au début de ses seins, lui faisant accélérer sa respiration, puis redescendant malicieusement, entamant des caresses entre ses hanches. Lyne sent le corps de Cato contre elle, bougeant en coordination avec le sien.

Elle ne peut réfléchir à rien, bien ou pas bien. Elle ne veut réfléchir à rien. Peu lui importe. Mais en même temps, une voix en elle lui cri d'arrêter. De ne pas céder, de penser à Dhyn. Dhyn. Ce prénom lui revient soudain en tête. Que fait-elle? Elle doit, elle doit arrêter ça. Elle doit, devrait repousser Cato. Celui-ci fait glisser ses doigts sur les seins de Lyne. Il dégrafe habilement son soutien-gorge et empoigne possessivement sa poitrine. Non, elle ne doit pas faire ça, pour Dhyn.

Cato fait serpenter son autre main autour des hanches de Lyne avant de faufiler sa main en-dessous les tissus. Elle retient sa respiration, surprise et gênée. Non. Dhyn. Elle attrape le poignet de Cato et le tire vers le haut. Elle entend son rire soupiré à son oreille. Cato embrasse de nouveau le cou de la jeune fille, la plongeant dans un état d'étourdissement. Elle ne veut pas que ça s'arrête. Mais, Dhyn. Il mourra. Lyne se force à revenir à la réalité et repousse les mains envahissantes de Cato. Elle attrape ses bras et se tourne face à lui, le cœur affolé, à demi déshabillée et les joues chaudes. Elle lève les yeux et le regarde. Il arbore son air satisfait. Cela ne manque pas d'énerver Lyne. Comme si cela n'était qu'un jeu pour lui, que ça ne l'atteignait pas. Mais après vérification, il s'avère que cela l'atteint aussi.

Elle ragrafe son soutien-gorge en le fixant dans les yeux, et va rallumer le bouton de l'ascenseur. Quelques instants après, les portes s'ouvrent pour laisser Cato sortir à son étage. Il la détaille une fois de plus, dessine un demi sourire, puis sort. Une fois les portes fermées, elle arrête l'ascenseur pour reprendre ses esprits. Bon, déjà elle sait que le déclencheur c'est elle. Maintenant il faut trouver les raisons pour lesquelles il la veut absolument. Peut-être juste la chasse. Mais si ce n'était que ça, il le lui aurait dit. Et vu comme il la touche, ce n'est pas avec indifférence. Elle sent encore chaque pression qu'il a exercé sur sa peau de ses doigts frais. Elle doit calmer son pouls pour pouvoir réfléchir. Et sortir les images de Cato de sa tête, ça bloque tous ses raisonnements. Une chose est absolument sûre, il n'y a qu'elle qui peut le rendre amical.

Bonsoir/jour chers lecteurs, voilà le nouveau chapitre! J'espère qu'il vous a plut, dîtes-moi ce que vous en avez pensé, c'est plaisant d'échanger avec vous :). Merci pour la visite et la review si c'est le cas, et bonne fin de week-end. À bientôt pour la suite ;) C.