"Les ténèbres la tirent vers eux, l'empêchant de continuer à rêver consciemment. Puis elle cède enfin, tombant dans un tourbillon obscur où elle se perd jusqu'à ce que la voix de Noomi se fasse entendre, claire, douce, et sucrée."
L'hôtesse à la perruque dorée vient la réveiller assez tôt ce matin-là, lui réservant l'agréable surprise d'un soin médical personnalisé. En entendant cela, Lyne pousse un soupir d'exaltement. Ses muscles vont arrêter de la tirailler et elle pourra enfin détendre ses pieds. Elle saute du lit et s'habille rapidement avant de rejoindre l'hôtesse devant l'ascenseur. Elle s'y engouffre dès son arrivée et sautille presque d'impatience à l'intérieur. Cela fait quelques jours qu'elle a mal de partout, et l'entraînement de la veille n'a pas arrangé les choses.
Une fois dans la cabine médicale, elle est un peu moins enthousiaste à l'idée de retrouver le médecin poivre et sel qu'elle a quasiment insulté la veille. Elle entre la tête baissée et ne le regarde pas avant qu'il inspecte ses yeux. Il n'est pas ravi non plus de la retrouver. Son visage est fermé et hostile. Elle s'en veut quand même un peu de l'avoir blâmé de cette façon, il n'y est pour rien.
Elle le regarde, attendant de trouver le bon moment pour s'excuser, mais elle n'arrive jamais à trouver un instant favorable. Il termine son inspection et la fait une nouvelle fois glisser dans la machine aux néons. Tout son corps se détend, retrouvant toute sa souplesse et son dynamisme des premiers jours. Elle passe près d'une heure et demi voire deux heures à patienter le moment opportun, mais elle ne se lance jamais, redoutant la réaction du médecin. Alors qu'elle se rhabille pour sortir, elle s'arrête. Elle devait s'excuser. Elle se retourne face à l'homme et le regarde jusqu'à ce qu'il s'en rende compte et se redresse. Il la toise, l'air neutre, mais elle voit la froideur dans ses yeux. Elle ne sait pas si s'excuser va changer grand chose, mais elle doit le faire, plus pour elle que pour lui.
- Hum... je tenais à m'excuser pour hier. Vraiment. Je me suis comportée comme une gamine stupide et irréfléchie. Je suis désolée de m'être emportée contre vous, vous n'y étiez pour rien. J'étais un peu sur les nerfs et bouleversée, et je me suis permise de vous insulter sans plus de réflexion. J'en suis navrée. Je sais que vous n'êtes pas obligé d'accepter mes excuses, mais j'y tenais. Et merci, pour les soins.
Ses yeux alternent entre le sol et le visage de l'homme, ne pouvant supporter d'affronter le regard foudroyant du médecin. Une fois sa tirade terminée, elle le regarde quelques instants dans les yeux avant de se retourner pour finir de s'habiller. Elle n'a aucune réponse. Elle enfile ses baskets sans prendre le temps de les lacer, puis s'avance vers la sortie. Elle ouvre la porte et entend l'homme la héler.
- Mademoiselle, fait-il d'un ton calme, comme pour lui prescrire un médicament.
Elle se retourne et voit qu'il repose une photo sur son bureau. Il s'avance vers elle et la regarde droit dans les yeux.
- Des insultes venant d'une jeune fille de 18 ans qui se prépare à mourir sont plus touchantes que celles venant de Capitoliens. Alors ne vous excusez pas d'avoir fait preuve d'un peu de sincérité. Cela fait du bien de les dire comme de les entendre. Alors c'est moi qui vous remercie, pour m'avoir rappelé ce pourquoi je fais mon métier. Bonne chance pour les Jeux mademoiselle.
Son ton est posé et parait sincère. Lyne s'étonne de plus en plus des habitants du Capitole. Est-il possible qu'ils soient plus nombreux à trouver les Jeux injustes que l'inverse? Elle ne s'attarde pas plus sur ces pensées, ne souhaitant pas se créer de faux espoirs. Elle hoche la tête et sort. Noomi et elle remontent au quatrième pour prendre un bon petit-déjeuner. Elles croisent Dhyn et Finnick qui vont prendre leur place à la cabine médicale. Elle passe un bras autour de la taille de son frère et pose ses lèvres sur sa joue, sentant sa fine barbe la picoter. Elle lui lance un sourire franc, appréciant de retrouver le Dhyn qu'elle aime, celui avec qui elle rit et bavarde sans cesse. Finnick pose sa main sur la taille de Lyne et ils se font une bise avant de continuer leurs chemins. Une fois à table, Lyne se modère un peu pour ne pas avoir le ventre trop lourd. Elle se sert un chocolat viennois, un verre de jus d'abricots, une part de gâteau au chocolat et un pancake accompagné de confiture de figues.
Que va-t-elle présenter à l'évaluation? Clove maîtrise déjà le lancer de couteaux, et bien mieux qu'elle, elle risque donc de passer pour une débutante. Le combat? La plupart des garçons vont s'en donner à cœur joie. Mais elle est une fille. Peut-être que ça intéresse davantage les juges de voir une fille combattre. Mais elle n'est peut-être pas assez douée pour en faire une démonstration qui lui rapportera une bonne note. La machette? Il n'y a rien d'impressionnant là-dedans. Peut-être doit-elle faire un mélange des trois. Un parcours avec combat rapproché, armé, et lancer de couteaux. Elle verra ce qu'elle pourra faire en arrivant dans la salle. Elle demandera aussi à Finnick comment se déroule l'évaluation en général, ce qu'ils ont à disposition.
En attendant, elle a une demi journée de libre. Lyne va pouvoir se reposer un peu. Le sommeil, ce n'est pas ce qui lui sera offert aux Jeux, mieux vaut en profiter tant qu'elle le peut encore. Elle termine son petit-déjeuner puis retourne dans sa chambre pour se glisser sous les draps soyeux et frais. Elle prend la télécommande posée sur sa table de chevet et y pose un doigt dessus. Le mur latéral change de décor. Lyne hausse les sourcils, surprise. Elle fait glisser son doigt sur la télécommande lisse et bombée, et le décor change de nouveau, passant à un désert aride. Elle continue de faire défiler les décors, s'arrêtant brièvement sur la forêt verdoyante, mais préfère retrouver l'océan calme et infini de son District. Ils ont même prit le soin d'imiter le bruit des vagues venant s'échouer sur le sable.
Elle reste assise face au mur un long moment, sentant presque l'air frais lui chatouiller le visage. Elle donnerait n'importe quoi pour revoir ce décor en vrai, sentir l'air salé balayer ses cheveux, entendre l'eau se mouver autour d'elle, éprouver l'humidité collante de ses vêtements.
Elle sait qu'à cette heure-ci ses frères et son père s'adonnent à la pêche. Dylan doit être à l'école, buvant comme toujours les paroles des professeurs. Elle se demande comment ça peut bien être aux repas depuis leur départ. Pas très joyeux en tous cas. Il ont dût assister à la parade quelques jours plus tôt. Qu'ont-ils pensés de sa robe? Sont-ils énervés contre son styliste? Probablement. Lyne esquisse un sourire. S'ils la voyaient comme Dhyn la voit ces derniers jours, ils seraient plus que déçus. Elle soupire en s'allongeant en travers du lit. Vivement que tout ça se finisse, elle en a assez de jouer la comédie. De toute façon, son frère et elle mourront sûrement dans cette arène, alors elle ne voit pas l'intérêt d'espérer. Comment les anciens tributs ont-ils fait pour avoir l'air si sûrs d'eux? Ils avaient réellement l'air de penser qu'ils avaient une chance de gagner. Lyne ne veut pas espérer. Car espérer et ensuite faire face à la réalité est destructeur. Ses pensées commencent à s'enfoncer dans de plus profonds tourments, alors elle décide de s'activer un peu pour s'occuper l'esprit. Elle se redresse et sort de sa chambre. Une fois arrivée dans le séjour, elle s'arrête. Que faire? Pourquoi pas visiter? N'ayant pas d'autres idées, elle valide celle-ci et appui sur le bouton d'appel de l'ascenseur. Il s'ouvre quelques secondes après, dévoilant un grand homme aux cheveux mi-longs blonds en bataille, l'air amorphe. Lyne esquisse un sourire en coin, il a apparemment trouvé bons breuvages. Parfait.
Elle entre dans l'ascenseur et se tourne vers le vainqueur vaincu par les longues macérations de sa boisson. Haymitch Abernathy se tourne vers elle et lui renvoi un large sourire qui manque la faire éclater de rire.
- Monsieur Abernathy, vos tributs vous ont-ils parlés de ma commande spéciale? Fait-elle, connaissant déjà à peu près la réponse.
- Oui, répond-t-il d'une voix pâteuse, et elle est déjà là.
- Dans votre estomac ou dans votre appartement? Se moque-t-elle en agrandissant son sourire.
- Tu verras ça ce soir jeune fille, mais, l'alcool c'est mauvais pour la santé, la prévint-il en posant lourdement sa main sur son épaule pour la regarder dans les yeux.
- Merci du conseil, vous devriez tâcher de vous en souvenir.
Une envie de rire l'envahit, mais elle se retient, ne souhaitant pas paraître arrogante ou hautaine. Lyne connaît déjà les effets de l'alcool. Au Quatre, elle a une bande d'amis avec qui elle sortait souvent le soir, en cachette. Ils se rejoignaient près de leur école pour ensuite décamper jusqu'à une maison vide qui avait le courant. Ils passaient leur nuit à jouer aux cartes, vieille tradition du District, mais de façon plus amusante. Au fur et à mesure des années, les jeunes ont trouvés toutes sortes de jeux à faire pour passer le temps. Les jeux de cartes avec alcool sont sûrement leurs préférés. Lyne sait donc s'y prendre avec ces boissons. Elle descend au rez-de-chaussée et s'arrête devant un plan du bâtiment.
Il n'y a pas grand chose d'intéressant. Les étages attribués aux tributs, le centre médical, la salle d'entraînement, la cantine et les cuisines, les salles de transformation et des couloirs qu'elle ne connaît pas. Elle décide de se balader un peu au hasard, empruntant des couloirs à l'instinct. Mais elle se retrouve vite dans des lieux qui, visiblement, ne sont pas faits pour elle. De longs couloirs blancs aux lumières aveuglantes et aux portes à accès sécurisé. Toutes les portes sont munies d'un hublot en verre dépoli. Lyne s'approche tout de même pour tenter d'y voir quelque chose, collant d'abord son oreille contre la porte pour s'assurer qu'il n'y a personne derrière, puis se met sur la pointe des pieds pour bien coller son visage sur le hublot. Rien. Elle n'y voit absolument rien. Soudain, un hurlement d'effroi se fait entendre depuis l'autre côté, amenant avec lui une ombre noire et indistincte qui heurta la porte. Lyne sursaute et se recule précipitamment de plusieurs pas. Le cri dure presque une minute avant de s'éteindre, replongeant le couloir dans le silence le plus absolu. Le cœur de la fille continue de battre la chamade. La porte est fermée à clef, elle ne peut rien faire pour cette personne, mais elle voudrait bien savoir pourquoi elle s'est mise à hurler ainsi.
De peur d'avoir alarmé quelqu'un alors qu'elle n'a probablement rien à faire là, Lyne fait demi-tour en rasant les murs, trottinant silencieusement jusqu'à retrouver une zone autorisée. Elle se repère enfin après presque dix minutes, elle est à côté du centre médical. Elle avance d'un pas rapide pour poursuivre son chemin, mais des éclats de voix provenant du couloir à sa gauche l'arrêtent.
- … si tu continues elle va te tuer, parce-que c'est ce qui va arriver, et tu le sais très bien. Elle n'est pas là pour faire mu-muse elle, elle veut retrouver sa famille, alors elle fera tout pour y arriver, y comprit te tuer si elle le doit. Ce n'est pas parce-que c'est une fille et qu'elle est jolie que tu dois la sous-estimer. Attends ce soir pour avoir son résultat.
- De toute façon je lui ai dit. Tout dépendra de son résultat. Mais je ne pense pas qu'elle décrochera une super note, elle ne fait rien de spécial à part lancer des couteaux et se battre. Clove fait la même chose en bien mieux.
Cette voix, elle la reconnaît immédiatement. Cato. L'autre voix doit être son mentor. Lyne tend l'oreille, plus attentive à la conversation.
- … qu'elle a Finnick Odair pour mentor. Il a gagné à quatorze ans et a séduit tout le Capitole, alors ne crois pas qu'elle ne peut pas faire pareil. Si elle s'est joué de toi durant une semaine, n'y fait pas confiance, et surtout, oublie la un peu! Clove a parlé de ton obsession, mais qu'est-ce que tu nous fais là Cato? Laisse la tranquille cette fille, tu en auras plein une fois dehors, je ne vois pas pourquoi tu te fais du mal avec elle.
L'agacement s'entend dans la voix grave de son mentor, visiblement, tout le monde n'est pas d'accord avec ce que fait Cato.
- Les filles qui ne veulent que ça ne sont pas amusantes. Et une fois dehors, il n'y aura que ça. Alors je veux profiter encore un peu de ces filles qui me fuient.
- Si elle te plante un couteau dans le dos tu ne viendras pas te plaindre que je ne t'avais pas prévenu, tranche l'homme à la voix grave.
Lyne ne bouge pas, de peur d'être surprise par ses ennemis. Elle entend des pas s'éloigner, alors elle se redresse et simule une arrivée normale. Mais en tournant, elle se cogne contre un corps dur. Elle pense trouver Cato et serre la mâchoire, mais en levant la tête elle voit pire. Son mentor. Un homme encore plus grand que Cato, chauve au visage carré et au regard froid. Une boule de muscles plus gros les uns que les autres. Il la toise d'un regard noir. Il doit se douter qu'elle a tout entendu. Elle s'excuse calmement, lui sourit aimablement puis continue son chemin tout aussi paisiblement, comme si de rien n'était. Dès qu'elle est dans le couloir suivant, elle accélère le pas. Autant s'éloigner le plus possible de cet homme avant qu'il ne l'égorge lui-même pour avoir manipulé son tribut. Apparemment, personne ne l'aime beaucoup dans le Deux, surtout qu'ils n'en savent pas plus qu'elle sur les raisons qui poussent Cato à lui tourner autour visiblement. Elle arrive aux ascenseurs et se glisse à l'intérieur.
Elle est seule. Finnick et elle ne sont donc pas les seuls à chercher un sens aux actions du Deux. Ceux de son District ne comprennent pas non plus. Donc ce n'est pas un coup monté de la part de leurs mentors, c'est bien Cato qui n'en fait qu'à sa tête. Et il n'en dit rien à personne. Il leur ment même. Car Lyne sait très bien que l'explication qu'il a donné à son mentor est fausse, il n'est pas allé la chercher bien loin. Elle ne le fuit pas, leur petit moment dans l'ascenseur l'a bien prouvé. Alors si Cato ne dit même pas la vérité à son mentor, c'est vraiment qu'il ne peut pas avouer sa raison de faire ça. En a-t-il honte?
Voilà le nouveau chapitre, un autre vient tout de suite après, mais en attendant, dîtes-moi ce que vous en avez pensé svp. Que pensez-vous de la discutions entre Cato et son mentor? Il cache quelque chose d'après vous? Et ce cri? De qui provient-il? Et pourquoi cette personne a-t-elle crié? ;). Voilà, de nouvelles questions. J'espère que vous avez aimé, et donc rendez-vous au chapitre suivant, petit bonus pour vos commentaires si agréables. Je vous remercie profondément pour ce que vous me dîtes, ça fait chaud au cœur. Je rappelle aux impatients que le livre est publié sur Wattpad, et que les chapitres sont plus avancés. Voilà, bisous! C.
