Chapitre 61 – Tu ne peux pas détester ce que tu ne peux pas aimer
Après que Max soit parti, Seeley, se dirigea vers la chambre de Vivian, mais Temperance l'attrapa par le bras.
« Laisse-moi faire. S'il te plaît ? Je pense que je sais comment l'aider. »
Il hésita un instant. Il ne doutait pas de ses capacités, mais il avait vu le visage de sa sœur.
« S'il te plaît, Seeley. Je sais que tu veux l'aider… mais je pense qu'elle a besoin d'entendre ce que j'ai à lui dire… »
Il lui sourit doucement, cédant.
« Très bien. J'attends là. »
Il la regarda frapper à la porte de la chambre. Elle attendit un moment avant d'entrer et de fermer la porte derrière elle.
Il se laissa tomber sur le canapé et soupira.
Dieu, Jared, si tu savais ce que tu as laissé.
Temperance voyait la silhouette de Vivian blottie sur le matelas. Elle traversa le lit et s'assit à côté d'elle en posant une main sur son épaule.
« Vivian ? »
La fille se tourna et Temperance vit les larmes sur son visage. Ainsi que la marque rouge sur sa joue.
« Pour être honnête, je pensais que ce serait Seeley. »
Temperance sourit.
« Vous avez de la chance, vous savez, Tempe. Je veux dire… je sais que vos parents vous ont abandonnée… mais vous savez qu'ils l'ont fait pour vous protéger. Vous savez qu'au moins ils vous aimaient. Je l'ai vu quand votre père était prêt à exploser quand il pensait que Seeley vous avait fait du mal. Je l'ai vu là quand il vous regardait. Mon père ne m'a jamais regardée de cette manière. »
« Il le fera un jour. »
« Vous n'en savez rien. »
« Si… Je pense que tout ce qu'il a entendu ce soir était suffisant pour le faire réfléchir. Peut-être pas aujourd'hui, mais un jour il va réaliser ce qu'il a fait. »
« Je ne voulais pas dire tout ça. J'ai juste… craqué. »
« Après tout ce temps, je pense que tu le méritais. »
Vivian roula encore et regarda le plafond.
« Je pense… que quand il m'a giflée c'était la première fois que j'étais sûre qu'il m'avait entendue. C'est pas déprimant ? »
Temperance vit la résignation dans les yeux de la jeune femme. Elle devait lui faire comprendre.
« Vivian. Ton frère t'aime. »
Vivian la regarda avec une certaine tristesse.
« Je sais. Je sais qu'il m'aime. Et je l'aime. Il a été tout pour moi depuis longtemps. »
« Et tu sais que Zach t'aime. »
Vivian fit un petit sourire.
« Je le sais aussi. Et je l'aime. Je ne pense pas avoir jamais eu quelqu'un à aimer en dehors de Seeley… Zach a prouvé que j'avais tort. Et je n'ai jamais été aussi heureuse d'avoir tort. »
« Et Angela et Hodgins t'aiment aussi. Tu ne grimaces pas quand Hodgins commence à parler à propos d'insectes ou de boue et tu es assez d'accord avec quelques-unes de ses folles théories. Et tu conspires avec Angela. »
Vivian rit doucement et s'assit.
« Il a totalement raison à propos de la Zone 51… totalement cachée. Je les adore tous les deux. »
Temperance lui prit la main et lui sourit.
« Et tu m'as moi. »
Le sourire de Vivian était large maintenant.
« Bien sûr que je vous ai. Vous me permettez de rester saine avec les autres fous. »
« Tu vois ? Tu es aimée. »
« Je suppose que oui. »
Elles rirent un moment avant que Vivian ne soupire.
« Tempe… vous pourriez demander à Seeley de venir ? Je pense que je suis prête à subir son affection fraternelle sans pleurer maintenant. »
« Bien sûr. »
Temperance était revenue dans le living-room en souriant. Le moins que l'on puisse dire après les évènements de la dernière heure c'était qu'il était un peu perturbé.
« Bones ? »
Elle se pencha et l'embrassa doucement.
« Elle va aller bien. Elle te demande. »
Son premier instinct fut de bondir et de se ruer dans la chambre, mais le sourire qu'elle lui faisait calmait ses peurs.
Il frappa à la porte et Vivian l'ouvrit un moment plus tard, un petit sourire sur le visage.
« Hey, frangin. »
« Hey, frangine. »
Ils se regardèrent en souriant pendant un moment avant qu'il ne voit les yeux de Vivian s'humidifier. Il la prit dans ses bras et la serra fort. Il l'entendit rire contre son épaule à travers les larmes.
« Et moi qui lui ai dit que je n'allais pas sangloter. »
« Tu ne sanglotes pas. Tu verses des larmes… il y a une différence. »
« Tu arrives toujours à me réconforter… »
« Et je le ferai toujours… »
Ils s'assirent sur le matelas et se firent face. Il allait parler quand Vivian se lança avec un commentaire qui le surprit.
« Je n'en veux pas à Jared, Seeley. »
« Humm… »
Elle rit doucement.
« Je ne lui en veux pas… Je ne le déteste pas… c'est difficile de détester quelqu'un que tu n'aimes pas. »
« Vivi… »
« Laisse-moi le dire. Je ne le connaissais pas… maman et papa ne parlaient pas de lui… tu parlais à peine de lui. »
Il attendit alors qu'elle semblait chercher ses mots.
« Il y a quelques mois… ton ami, l'agent Kennedy, m'a donné une semaine de congés pour que j'aille en vacances. J'ai pris un train pour Barcelone. Il y avait ses ruines et j'ai dû y aller tous les jours pendant une semaine, pendant des heures. J'ai beaucoup réfléchi. J'ai pensé à toi et que je ne pouvais pas attendre de rentrer pour te voir. J'ai pensé à maman et papa et que je ne voulais plus rentrer à la maison pour être heureuse. Mais je n'étais pas heureuse. Etre loin de toi était dur et j'étais… bien… mais pas heureuse. Même quand tu étais encore à la maison et que j'étais si malheureuse… j'étais plus heureuse parce que tu étais là. »
« Mais plus que tout, j'ai pensé à l'amour. Et je me suis rendu compte que… je n'aimais pas Jared. Ca peut sembler terrible. Mais tu ne peux pas aimer ce que tu ne connais pas quelque part dans ton cœur. Il n'était pas là pour moi comme tu l'étais. Il n'était pas là la nuit quand je pleurais jusqu'à m'endormir…. Tu l'étais. Même quand tu étais parti et que tu me manquais. »
« Je t'entendais dans ma tête, me dire que tu serais bientôt à la maison et qu'on irait au parc et je m'asseyais dans la chaise à bascule dans le coin et je te voyais parfaitement dans mon esprit. Je te voyais me lancer dans les airs et tu me rattrapais et que nous faisions la course et tu me laissais prendre de l'avance. Je te voyais m'apprendre comment faire sauter un toast au fromage. Je te voyais m'apprendre à patiner sur la glace et faire du roller et monter à vélo. Et je te voyais à chaque fois que je tombais vérifier mes coupures et mettre dessus un pansement, et faire un bisou sur le bobo pour le guérir. Il n'était pas là pour ça. »
« Et c'est comme ça que je sais que je ne l'aime pas. Parce que je t'ai détesté quand tu es parti. Ce que tu sais déjà. Il est la raison pour laquelle ma vie était un enfer. Et je ne pouvais pas le détester. J'ai appris que pour détester quelqu'un tu devais l'avoir aimé à un moment. J'ai essayé. J'ai essayé de le détester. J'ai passé des heures devant ces ruines à crier au ciel, comme s'il pouvait m'entendre. Mais tout ce que je ressentais c'était une grande fatigue. Parce que je m'en fichais qu'il puisse m'entendre ou pas. Je sais que tu l'aimes, tu le connaissais. Et tu peux le détester pour tout ce qu'il a fait ou pas fait parce que tu l'aimes. Et je suis d'accord avec ça. »
Seeley regardait sa sœur. Elle le regardait dans les yeux, sans cette douleur et cette peine qu'on voyait habituellement dans les siens.
« Ce que j'ai appris aujourd'hui… c'est que j'aime maman et papa. Et je t'aime. Et Tempe et Zach et Hodgins et Angela. Tempe m'a aidée à comprendre ça. Je ne pensais pas que j'aurais assez de place pour qui que ce soit à part toi, parce que je me disais que je ne pouvais donner de l'amour qu'aussi peu que je n'en ai reçu pendant longtemps. »
Elle lui prit la main en souriant.
« Mais je n'en avais pas qu'un peu. J'en avais beaucoup. C'est ton cadeau, Seeley. Je ne pense pas qu'il y ait qui que ce soit d'autre au monde qui puisse aimer autant que toi. Tu m'as donné tout l'amour que tu pouvais et c'était plus que suffisant. J'en ai été saturée et maintenant je peux le rendre, et il y en a beaucoup à donner. J'en ai fini de regretter ce que je n'ai pas eu enfant. Maintenant, pour ce qui me concerne, j'ai eu une belle enfance. Parce que je n'aurais pas pu demander plus que toi. »
Seeley laissa échapper un soupir.
« OK… je sais que ce n'est pas juste, de sortir quelque chose comme ça. Prends quelqu'un par surprise avec quelque chose comme ça et tu récoltes des larmes. »
Elle rit et essuya quelques-unes de ses propres larmes.
« Ouais, eh bien… si tu as besoin d'aide pour écrire tes vœux… »
« Oh, tu es la première que j'appellerais. Sans aucun doute. »
Quelques heures plus tard Temperance et Seeley étaient repartis vers leur propre appartement, et Vivian se détendait sur le canapé. Elle avait passé un coup de fil une demi-heure plus tôt et attendait une livraison. Il y eut soudain un bruit à la porte. Elle ouvrit la porte et soupira.
« Deux des choses que je préfère. La pizza et toi. »
« Pas dans cet ordre j'espère. »
Elle l'attira par la veste et l'embrassa.
« Qu'est-ce que tu en penses ? »
« Je pense que non. »
« Tu suppose bien. »
Ils se dirigèrent vers le living-room et elle posa la pizza sur la table de salon, à côté des assiettes et verres qu'elle avait déjà sortis. Elle se laissa tomber dans le canapé et l'attira à côté d'elle. Elle se blottit dans ses bras et soupira.
« Ca va ? »
« Mieux maintenant qu'il y a 1 heure. Beaucoup mieux qu'il y a 2 heures. »
« C'est pas très clair. »
« Ma spécialité. »
Il la tourna doucement jusqu'à ce que sa tête soit posée sur ses genoux et elle le regarda.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Elle entrelaça leurs doigts et les regarda.
« Mon père est venu aujourd'hui. »
Ses yeux s'agrandirent.
« Tu vas bien ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Il ne m'a même pas regardée. J'ai en quelque sorte craqué. Je lui ai crié dessus, il m'a giflée. Seeley s'est interposé, il était en colère. Puis le père de Tempe est arrivé et lui et Seeley ont jeté mon père dehors. »
Zach lui caressa la joue.
« Il t'a… frappée ? »
Elle couvrit sa main de la sienne et lui sourit.
« Je vais bien, Zach. Seeley s'en est occupé. »
Il sembla réfléchir et le regard qu'il avait la perturba. Il semblait en colère. Elle ne l'avait jamais vu en colère avant.
« Zach ? Qu'est-ce qui ne va pas? »
« Il n'aurait pas dû te frapper. »
Il y avait quelque chose de sombre dans sa voix et elle s'assit et se tourna pour lui faire face. Elle prit son visage dans ses mains et le força à le regarder dans les yeux.
« Zach. Je vais bien. Je te l'ai dit, Seeley s'en est occupé. »
« Il aurait dû le faire avant que tu ne soies frappée. »
« Il ne peut pas bouger aussi vite que Flash. »
« Qui ? »
« Un personnage de BD, très rapide. »
« Mais, il… »
« Zach, tu dois laisser tomber. OK ? Tu es là et c'est tout ce dont j'ai besoin maintenant. J'ai besoin que tu oublies ça. »
Zach la regarda, les yeux sombres, et cela lui fit peur.
Il prit ses poignets et les éloigna doucement. Il la lâcha et se leva, se dirigeant vers la porte.
« Zach ? »
« Je ne peux pas laisser tomber. »
« Zach, s'il te plaît. Ne pars pas. »
« J'ai besoin… de prendre l'air. »
Il était à la porte quand il l'entendit l'appeler doucement.
« Zach ? »
Il se tourna légèrement pour la voir debout, les yeux pleins de larmes. Ses yeux le suppliaient de rester, mais il ne pouvait pas.
Dans le silence de l'appartement, Vivian murmura dans le vide.
« Je t'aime… »
