Chapitre 62 – Le temps de la réflexion
Temperance et Seeley étaient sur le canapé, en train de regarder un film que Seeley avait choisi.
« C'est juste que ça n'a pas de sens. Je veux dire, sans parler du fait qu'il est impossible qu'une morsure d'araignée modifie génétiquement une personne, il ne peut pas escalader un mur comme ça à la force de ses doigts. »
« Bones… c'est juste un film. »
« Je sais, mais ils ne pourraient pas essayer de leur donner un peu de sens ? »
Il gloussa et lui embrassa le sommet de la tête, quand le téléphone sonna.
« Allo. »
Il fut accueilli par le silence.
« Allo ? »
« Seeley… »
« Vivi? Qu'est-ce qui ne va pas? »
Il s'assit doucement et Temperance le regarda avec des yeux pleins d'inquiétude.
« Je vais bien… en quelque sorte. C'est Zach. »
« Qu'est-ce qu'il y a avec Zach? »
« Il… il était là. Et quand je lui ai dit ce qui s'était passé aujourd'hui… Dieu, Seeley, il était tellement… je ne sais même pas quoi. Je le voyais. Je ne l'avais jamais vu comme ça. Il est parti. Je ne sais pas où il est. Il a dit qu'il allait prendre l'air mais c'était il y a 3 heures et il ne répond pas au telephone. »
Il pouvait entendre la panique dans sa voix.
« OK, calme-toi. Je vais le chercher. Continue à essayer de l'appeler. »
« OK… »
Il raccrocha et se leva, attrapant sa veste en se dirigeant vers la porte. Temperance était juste derrière lui.
« Où irait-il ? »
« Quoi? »
« Je suppose que Zach a disparu et je suppose que Vivian s'inquiète. On ira plus vite à 2. Qu'est-ce qui s'est passé? »
« Quand elle lui a parlé de tout à l'heure, il est sorti. Elle a dit que quelque chose n'allait pas. Ca fait quelques heures et elle n'a pas de nouvelles de lui. »
« OK. Je vais au labo, peut-être qu'il y est retourné pour penser à autre chose. »
« OK. Je vais voir à quelques endroits près de l'appartement. »
« Appelle-moi si tu le trouves. »
« Toi aussi. »
Seeley avait déjà parcouru 3 fois le voisinage de l'appartement de sa sœur quand en passant devant un bar une pensée lui traversa l'esprit.
Il ne le ferait pas… si ?
Il se gara, traversa la rue et entra dans le bar.
Si.
Il détecta une silhouette familière au bout du bar, buvant une bouteille de bière. Ca ne serait pas bien de le prendre par surprise.
Il prit le tabouret à côté de lui et demanda une bière au barman. Si Zach l'avait remarqué, il n'en dit rien. Le barman lui tendit la bouteille et il prit une gorgée.
« Qu'est-ce que vous faites là ? »
Le jeune homme regardait sa bouteille, Seeley décida donc de regarder la sienne aussi. Si Zach ne voulait pas le regarder alors il ne le ferait pas non plus.
« J'ai eu un coup de fil d'une fille qui s'inquiète pour vous. »
Il vit un éclair de culpabilité dans les yeux du jeune homme.
« Je ne voulais pas l'inquiéter… »
« Je sais. »
« J'étais en colère. Je ne voulais pas qu'elle le voie. »
« Je sais. »
« Je sais que je n'ai aucune chance si je me bats contre vous, mais j'espère que vous savez que j'essaie vraiment de ne pas vous frapper. »
« Je sais. Et j'apprécie parce que je ne pense pas que Vivian serait contente. »
Zach se tut un long moment ; puis il vida sa bouteille et se leva, laissant Seeley assis au bar.
Seeley se leva presque immédiatement et le suivit sur le trottoir vide.
« Zach. »
Peu importe ce à quoi il essayait de se raccrocher, tout lâcha quand il se tourna pour lui faire face.
« Vous l'avez laissée être blessée. »
« Je ne l'ai pas laissée être blessée, Zach… »
« Si. Vous étiez là. Vous auriez pu l'arrêter. »
« Non, je ne pouvais pas. »
« Vous étiez sniper. Vous n'étiez pas entraîné pour ce genre de choses ? »
« Est-ce que j'étais entraîné pour attaquer mon père alors qu'il est complètement à côté de la plaque et qu'il décide de gifler ma sœur ? Non, Zach, je ne pense pas que l'entraînement basique couvrait ça. »
« Vous auriez dû pouvoir faire quelque chose.
« Je l'ai fait, Zach. Je m'en suis occupé. J'ai jeté mon père hors de chez moi. Je l'ai menacé au cas où il lèverait encore la main sur elle. Tout ne peut pas être anticipé. Il y a des choses qui ne peuvent être réparées qu'après les faits. »
Seeley vit la colère s'échapper de Zach et être remplacée par de la résignation.
« Ce n'est pas rationnel… »
« Quoi ? »
« Que je puisse avoir autant de… colère... envers quelqu'un que je ne connais pas. Juste à cause d'elle. Cette nuit où elle a pleuré jusqu'à s'endormir… je ne pouvais pas m'empêcher d'être en colère contre ses parents… et vous. Elle est trop forte la plupart du temps. Mais ensuite il y a toutes ces fois où elle s'écroule et c'est comme si c'était 2 personnes différentes. Et si je ne pouvais pas les aimer toutes les 2 ? »
Seeley entendit le doute dans la voix de Zach. Le jeune homme était pris dans un piège émotionnel.
« Zach… elle a besoin de vous. Plus que de moi maintenant. Mais je pense… que vous avez besoin de mettre tout ça au clair. Voir si vous le faites avant d'aller trop loin. Je ne veux pas la voir être blessée et je pense que vous non plus. »
« Non. »
« Bien. Vous devriez rentrer chez vous et réfléchir. Je vais voir Vivi et lui expliquer pour qu'elle ne s'inquiète pas. »
Zach hocha doucement et tristement la tête et avant de s'éloigner. Il s'arrêta soudain et se retourna.
« Dites-lui… assurez-vous qu'elle sait que je l'aime… et que je ne veux simplement pas qu'elle ait mal. »
Seeley acquiesça et lui sourit tristement.
« Je le ferai. »
Seeley s'arrêta à la porte de sa soeur avant de frapper. Ca ne ferait que retarder l'inévitable discussion.
La porte s'ouvrit quelques secondes après. Il sentit son cœur se retourner en voyant son regard anxieux.
« Seeley. Tu l'as trouvé ? Il va bien? »
« Il va très bien, Vivi. »
« Où est-il ? »
« Je lui ai dit de rentrer chez lui. »
« Quoi ? Pourquoi ? Il était où? »
Il l'emmena doucement dans le living-room et s'assit à côté d'elle sur le canapé.
« Je l'ai trouvé dans un bar à quelques rues d'ici. »
« Un bar ? Zach ? Non… il ne ferait pas ça. »
« Si, Vivi. »
« Mais… pourquoi ? »
« Il était bouleversé. »
« Je le sais, ça, mais… pourquoi ? »
Il réfléchit à ses mots. Il savait que ça allait lui faire du mal, mais c'était mieux que de ne pas savoir. Il devait tout lui expliquer.
« Zach est une personne très rationnelle, Vivi. Il aime que les choses aient du sens. Il n'aime pas ce qu'il ne peut pas comprendre. Et il ne peut pas comprendre sa colère envers des personnes qu'il n'a jamais rencontrées juste parce qu'elles t'ont fait du mal. »
Vivian secoua la tête tristement et quand elle prit la parole il put entendre les larmes qu'elle combattait.
« Je n'aurais pas dû lui dire… j'aurais dû savoir que ça allait le bouleverser… »
« Vivi, c'était mieux de lui dire. Tu ne voudrais pas qu'il y ait des secrets entre vous. »
« Mais pourquoi l'as-tu envoyé chez lui ? »
« Je lui ai dit qu'il devait réfléchir… pour être sûr de pouvoir gérer ça, parce que sinon vous pourriez tous les 2 en pâtir. »
« Donc… tu l'as renvoyé chez lui pour réfléchir à notre relation. Est-ce qu'on ne devrait pas en parler lui et moi ? »
« Vivi… ce n'est pas toi qui as un problème, c'est lui, et il doit y réfléchir. »
« Mais s'il décide que nous sommes trop différents ? »
« Je ne pense pas qu'il le fera. Zach et Bones sont assez semblables. Ils aiment tous les 2 ce qui a du sens et ils aiment les faits et ne se fient pas beaucoup aux émotions. Et toi et moi, Vivi ? Nous ne sommes qu'émotions. Mais toi et Bones êtes assez semblables aussi. Vous avez différentes facettes qui ont besoin de différentes choses. Une facette est force et indépendance et confiance en soi. L'autre n'est que besoin. Besoin de réconfort, besoin d'être acceptée, besoin d'amour. Et il t'aime, Vivi. Il m'a demandé de m'assurer que tu le savais. »
« Je sais. Alors… qu'est-ce que je fais maintenant? J'attends qu'il décide s'il peut gérer les 2 facettes? Tu sais que je ne suis pas patiente. »
« Cette fois je pense que tu n'as pas le choix. »
Elle secoua la tête et se leva. Il la suivit dans la cuisine où elle prit une bouteille d'eau dans le frigo. Elle s'appuya contre le comptoir et soupira.
« Tu devrais… aller retrouver Tempe. »
« Je l'ai appelée avant de venir… je lui ai dit que je resterais avec toi si tu avais besoin de moi. Elle comprend. »
Elle lui lança un sourire mais il vit immédiatement au travers. Elle se fermait.
« Je vais bien, Seeley. »
« Tu mens. »
« Seeley, vas-t'en . Va retrouver Tempe, vous vous mariez dans moins d'une semaine. »
« Non. »
Il vit les larmes remplir ses yeux et bougea pour l'étreindre. Elle l'arrêta d'une main sur le torse.
« Je pense que j'ai besoin de m'en sortir seule, Seeley. Je dois apprendre comment gérer les choses difficiles t'appeler au secours. »
« Mais c'est pour ça que je suis là. Pour que tu m'appelles au secours. »
Elle sourit tristement.
« Et je t'aime pour ça. Mais je ne peux pas t'appeler au secours pour tout. Je dois apprendre à me gérer moi-même quelquefois. »
« Bien… fais ça alors. Mais après on regarde un film et on mange. »
« Seeley… »
« Sérieusement, je meurs de faim. Et je vois de la pizza froide. On peut la mettre dans le four ou la manger comme ça. Peu importe. »
Elle le regarda un moment avant de sourire doucement.
« Très bien… qu'est-ce que tu veux regarder ? »
« Tu as toujours la Trilogie Star Wars ? »
« Je l'ai achetée en DVD la semaine dernière. Marathon ? »
« Absolument. »
C'est au milieu du Retour du Jedi que Seeley reprit la parole le premier.
« OK, sérieusement. Je respecte tes opinions. Mais L'Empire est bien mieux. »
Alors qu'elle ne répondait pas, il jeta un regard à sa droite, où sa tête était posée sur son épaule et vit qu'elle s'était endormie.
Il ne put s'empêcher de sourire. Pendant un moment, il regarda sa petite sœur une fois de plus. Elle était souvent tombée endormie quand ils regardaient des films, c'était devenu une routine. Ils regardaient, elle dormait, il la bordait, et ils faisaient ça encore et encore plusieurs fois par semaine. Il était content de ce bref retour à une belle chose de leur passé, parce qu'il était plus inquiet qu'il voulait bien l'admettre que les choses ne se passent mal une fois de plus.
Il ne pouvait que prier que Zach lui prouve qu'il avait tort.
