Chapitre premier : la sorcière et le serpent.
Belle hésita un instant. Elle avait déjà foncé dans un mur, mais elle était bourrée et ce n'était pas elle qui conduisait la voiture. Mais là, là c'était très différent. Son iPod hurlait quelque 'give me something to believe', de The Bravery, dans ses oreilles, mais elle n'écoutait plus ni la voix sexy du chanteur, ni les accords parfaits du bassiste. Elle réfléchissait – si, si, je vous jure ! – à cette journée d'été, juste après son dernier examen. Le renvoi. La lettre. Et l'autre lettre. Celle de Poudlard. Vive les Anglais, pensait alors Belle – qui elle, était moitié-moitié, je le rappelle. Jusqu'à ce qu'elle voie ce mur.
'Ne pense pas. Fonce.'
Et elle fonça. Et elle ne sentit pas de brique s'imprimant sur sa joue. Etrangement, elle avait gardé les yeux grands ouverts. The Bravery avait laissé la place à The Classic Crime, dans son MP3, mais Belle l'éteignit aussitôt. Elle venait de mettre un pied dans le monde des sorciers, et ses occupations moldues n'étaient dès lors plus d'actualité.
Le Poudlard Express était là, juste devant ses yeux, comme un gros démon rouge qui crachait de la fumée et grinçait des dents. La jeune fille bouscula la plupart des gens qui s'éternisaient trop devant la marche pour monter à bord, et pénétra dans la machine, un sourire aux lèvres, un tambour au cœur – ou plutôt une batterie, dans son cas. Elle se rappelait d'une photo de son père et de ses amis devant le château, et espérait secrètement ne pas être déçue de la bâtisse, qui lui avait parue sublime.
Elle portait d'une main son sac de voyage, de l'autre son sac à main, et dans son dos était accroché sa guitare dont elle ne se serait séparée pour rien au monde. Elle était habillée d'un simple jean légèrement déchiré aux genoux, d'un t-shirt blanc d'une marque américaine connue et chère, d'une paire de Converses, et de son éternelle veste en cuir. Ses cheveux mi-longs, coupés à la garçonne, avaient quelque chose d'assez rock dans leur désordre ordonné, et ses yeux bleu presque blanc, soulignés de noir, farfouillaient de tous côtés en cherchant une cabine de libre.
Ce n'est qu'en arrivant à la fin du wagon qu'elle trouva une place assise, et même plus, puisqu'il n'y avait personne dans ce compartiment. Cette situation était parfaite, Belle aimait la solitude.
Mais la solitude ne dura pas. La porte coulissante coulissa, et un rire éclatant éclata.
« Oh ! »
Un ange passa.
« C'est libre ? »
Et un deuxième.
« Ouais. »
Mais quel vocabulaire de ouf ! Les deux nouvelles arrivées s'installèrent sur le siège d'en face, et Belle se renfonça dans sa veste. Elle aimait la solitude, bordel ! Pourquoi avait-il fallut que l'auteur décide de lui donner de la compagnie (eh, ne me regardez pas comme ça !) ?
Les deux jeunes filles continuèrent leur discussion – qui semblait hilarante jusqu'à l'ouverture de cette fameuse porte coulissante (six lignes plus haut) – tout en ponctuant chaque phrase d'un petit rire cristallin, joyeux. Belle détestait les rires cristallins et joyeux. Belle détestait les filles de son âge. Et elle détestait les discussions qui portaient sur les beaux gosses de l'école, encore plus quand celui-là semblait en tout point parfait, et qu'il avait un nom proprement ridicule. Quoique Belléropha, c'était pas mal non plus. C'est sur cette pensée peu rassurante que l'adolescente s'endormit, ballottée par le chancellement du train.
ooo
« Eh, on arrive bientôt. Oh, j'te parle. »
Belle papillonna des paupières. L'une des deux filles était penchée sur elle. Elles portaient toutes les deux leur uniforme, et une cravate rouge et or pendait à leur cou. Le nom de Gryffondor était inscrit sur leur écusson.
« Tu devrais te changer. Comment tu t'appelles ? »
L'adolescente sortit son uniforme, auquel il manquait encore la cravate et l'écusson, et elle se déshabilla sans gêne aucune devant les deux filles.
« Je suis Belle Brö-Waroch. »
Ses deux comparses se passèrent de commentaire, mais il était clair qu'elles avaient remarqué l'absence de signe d'appartenance à une maison sur les habits de Belle. Cette dernière releva le col de sa chemise, puisqu'elle aimait se démarquer par un quelconque détail, et le train commença à freiner. Elle était enfin arrivée.
Belle ne dit rien pendant tout le trajet en calèche, mais ses yeux brillaient d'excitation tandis qu'elle scrutait les lumières de Poudlard. Le château se dressait, là, devant elle, imposant, silencieux et pourtant presque vivant, recouvert d'une brume lugubre et cependant magique.
La confrontation se rapprochait.
ooo
La grande salle, le plafond magique, les bougies flottantes, les longues tables et les couleurs des maisons différentes, les regards intrigués des autres élèves, les premières années émerveillés devant tant de beauté, les professeurs et le directeur, à la longue barbe d'argent, et, enfin, le choixpeau. La confrontation avec le choixpeau magique. Tout la ravissait et l'inquiétait à la fois, elle n'aurait su dire pourquoi.
Elle resta en retrait, mal à l'aise, ne sachant où se poser. Dumbledore avait finit son discours annuel et les premières années passaient sous l'étrange chapeau pointu près de la table des professeurs. Belle détailla la salle et les gens pour patienter, et son regard tomba sur les cravates vert et argent. Elle parvint à décrypter le nom sur l'écusson le plus proche : Serpentard. Parmi eux, un jeune homme blond, au regard d'acier, la peau plus pâle que la mort, mais étrangement admiré de ses compatriotes, la fixait de ses deux yeux pâles. Belle eut la nette impression qu'il se mettait soudain à neiger sur sa tête, et elle du procurer un certain effort de concentration pour se rappeler que le mois d'août avait à peine prit fin. Elle détourna aussitôt le regard, non sans une certaine expression de mépris, décidée à ne pas se laisser marcher sur les pieds dès le premier jour.
Dumbledore l'appela enfin. Il prononça une courte explication pour satisfaire la curiosité des élèves :
« A présent, j'aimerais faire venir mademoiselle Belléropha Brö-Waroch, qui nous vient de BeauxBâtons et a décidé de terminer ses études à l'étranger. Veuillez venir vous soumettre au test du Choixpeau Magique, mademoiselle. »
Elle se retint d'éclater de rire, tant le mensonge était hilarant. Une étudiante étrangère ! C'était plutôt bien trouvé, il fallait l'avouer. C'était toujours mieux que la notion de renvoi et d'élève turbulente, après tout. Mais ce n'était pas pour autant qu'elle éviterait les ragots. Elle rejoignit donc le directeur et s'installa sur le tabouret, le cœur battant.
« Hmm… BeauxBâtons, hein ? Joli parcours, entre les notes maximales et les retenues permanentes… Je me disais bien qu'il y avait quelque chose de louche sous cette histoire d'étudiante étrangère.
- Arrête de causer, et dis-moi où aller, Chaputruc.
- Tss, je crois que mon choix est fait. Serpentard ! »
Et les applaudissement retentirent, tandis que Belle rejoignait la table des verts et argents, tête haute, sourire triomphant. Une idée surgit dans son esprit. Elle alla s'installer juste en face du blond aux yeux de glace, et lui lança un regard de défi. Le serpent répondit par un sourire mauvais.
« C'est Draco Malefoy. Crois-moi, à moins de vouloir finir dans son lit, tu ne veux pas avoir à faire avec lui… »
L'adolescente se retourna vers la jeune fille qui avait parlé. Une grande blonde aux yeux marrons, plutôt jolie, un brin provocante. Sourires entrecroisés.
« Je suis Terpsichore Kershaw. Bienvenue à Poudlard ».
