Il y eut un moment de silence quasi-surréaliste.

Les mangemorts avaient fui, suivis de près par leur maître adoré, et à présent, les élèves de Poudlard aux côtés des soldats de l'ordre du phénix faisaient face, en ligne continue qui occupait une largeur de l'atrium du ministère à un groupe de personnes.

Les morts. Ou plutôt, les anciens morts. Lily et James Potter, les parents londubat dont on avait appris le décès récemment des membres de l'ordre du phénix tel qu'il était dans son état premier, Cédric Diggory qui tenait dans ses bras, en train de l'embrasser : Avery Holst.

Harry cligna des yeux plusieurs fois et posa son regard sur la dépouille d'Avery, à moitié empalée sur les baguettes des statues de la fontaine, avant de le reposer sur la Avery embrassant Cédric Diggory.

-Mais alors... Qui était la personne qui te ressemblait...tant? Bégaya Avery

-Un subterfuge, comprit Lupin. Une tierce personne a prit l'apparence d'Avery pour faire passer le message. Visiblement, la métamorphose de cette personne n'était pas très au point ou disons, mal maîtrisée puisqu'il s'est transformé en Roxane et en Avery par intermittence. Les voix que nous avons entendu dans les murs étaient des souvenirs.

-Qui a prit la place de Avery?

Rémus Lupin secoua sa baguette.

Albus Dumbledore était étendu mort sur la fontaine du ministère de la magie. Et malgré toute la foi qu'ils glissèrent dans leurs regards pour scruter la foule des revenants, ils n'y trouvèrent pas le vénérable sorcier.

-Il est mort, comprit Harry.

-Oui. C'était le plan.

-Tout ça était prévu?

-Avery avait prédis que tu te précipiterais dans un piège pour sauver Sirius. Ça nous a aidé à planifier une solution. Par contre, la mort de Dumbledore n'était pas au programme.

Il y eut un long moment de recueillement durant lequel personne ne percuta rien. Fudge et ses sous-fifres firent irruption par le réseau de cheminées du ministère à cet instant. On leur expliqua grossièrement la situation, en récapitulant vite-fait-bien-fait. Fudge admit que Voldemort était bel et bien de retour, et on réintégra le 12 sqr Grimmaurd. Il y eut des festivités longues, et bien arrosées pour le retour des morts parmi les vivants. Mais étrangement, il fut impossible de mettre la main sur Avery où sur Cédric. Quand, tard dans la nuit (ou peut-être tôt dans le matin, Harry ne savait pas bien) il trouva une lettre posée sur l'oreiller de la chambre qu'il avait l'habitude d'occuper avec Ron quand il séjournait ici.

Une lettre de Avery.

Harry,

Il y a, quand nous naissons, une batterie de sorts qui régissent notre existence à notre insu. Certains sont bons, d'autres particulièrement mauvais. Ce qui les caractérisent, c'est qu'on peut leur échapper tant qu'on a pas conscience de leur existence.

Je te connais, je sais combien de fois tu t'es imaginé une vie sereine sans Trace, sans Prophétie et même...sans magie.

Il y a un sort de magie ancestrale qui ne touche que les sorciers de sangs purs et encore, très rarement. On les appelle les sorts de Destinée. Autrefois, ils choisissaient deux enfants, nés à la même période ou presque, et les unissait à tout jamais. Ça paraît débile mais c'était pour éviter les mariages consanguins entre familles de sangs-purs dont les cousins, les cousines, les grands oncles, tantes, les degrés de sang... avaient vu perdre en clarté au cours du temps.

Au cours de ce même temps, cependant, les sorciers ont commencé à intégrer leurs semblables moldus à leur communauté, diversifiant leur sang, et le sort s'est vu doté lui aussi d'une progression.

Les sorts Destinées existent toujours et ne décident pas forcément des mariages...mais ils dirigent nos amours. Ils sont devenus très rares parmi le monde des sorciers et tu verras, même dans l'ancestrale bibliothèque de Poudlard, il y a très peu de livres qui détaillent ces phénomènes. On peut parfaitement échapper aux Destinées, si on ne croise pas la personne qui partage la Destinée avec nous, le sort s'estompe, avec les années, et chacun trouve le bonheur de son côté. Mais le 1 Septembre 1991 j'ai rencontré Cédric Diggory. Et je n'ai plus pu regarder d'autres garçons à partir du moment où nos yeux se sont accrochés.

Comme tu le sais, Cédric est mort au cours de sa septième année, quand nous étions en quatrième. Je n'ai jamais été aussi malheureuse que pendant cette période, tu sais. Pourtant je t'ai rencontré, et j'ai commencé à ressentir mon cœur battre. C'était une grande sensation, Harry. Pouvoir respirer de nouveau et marcher dans la rue en se sentant vivant. C'était génial.

Mais... J'ai retrouvé Cédric, maintenant.

Je ne suis pas faite pour toi.

Pardon.

Pardonne-moi, Harry. S'il te plaît.

Avery R. Lupin.

P.S. : Je t'ai vraiment beaucoup aimé.

Le papier sur lequel elle avait écrit était gondolé de larmes, la plume avait été maladroite et même si Harry en avait mal au ventre de douleur, quelque part il se disait que c'était normal. D'abord, il savait qu'elle avait un passé amoureux. Quand elle parlait du Quidditch avec les yeux rivés vers le ciel, quand elle paraissait distraite à certains moment, quand Rogue et MacGonagall échangeaient des paroles comme « Va-t-elle mieux, Severus?-Non, je ne crois pas, Minerva. Mais elle est forte. » avec des regards soucieux. Quand elle partait des nuits entières sur son balai, pour aller où? Il respira un bon coup, pleura une bonne heure et retourna le papier.

« Ce courrier vous a été apporté par un hibou de la poste locale de Loustry Ste Chaspoule »

Ils étaient donc chez les Diggory. Pour la coupe du monde de Quidditch Cédric et les Weasley avaient pris le même portoloin, ils habitaient dans les parages. Harry respira plusieurs fois autant qu'il le pouvait, allongé sur le lit.

Il n'avait pourtant pas de raison de le faire, Sirius avait été sauvé contre toutes attentes, ses parents étaient de retour, beaucoup de monde était de retour et aucun n'était parti pendant la bataille qui avait fait rage longtemps dans les couloirs du ministère de la magie. La vie était presque belle. La guerre d'accord, mais Harry avait l'impression que les choses s'étaient considérablement simplifiée depuis le retour des membres du premier Ordre du Phénix. Que restait-il à accomplir? La prophétie, qui le concernait et qui avait un caractère inquiétant. Tuer Voldemort une bonne fois pour toute? Ok. Mais pas avant le lendemain matin, Harry n'aurait pas eu la force de lever sa baguette.

Après une douche rapide, toujours en larmes, il allait se coucher. Tout lui paraissait froid. Les murs, ses couvertures, ses vêtements... et pourtant ce n'était pas faute de chauffer grâce aux trois cheminées de la maison. Il se sentait plus faible que jamais, plus petit qu'il ne l'avait jamais été et plus fragile qu'une petite sculpture en cristal. Il tremblait beaucoup.

Non. Il fallait qu'il se ressaisisse.

-Harry? Murmura une petite voix

-Mh? Lança-t-il en tentant de sauver les apparences.

-J'ai amené Cédric à ses parents, ils font la fête. Tu as lu mon courrier?

-Ah. Avery. C'est toi.

-Oui. Tu es triste, Harry?

-Oui. Je sais que Dumbledore m'avait prévenu mais... j'ai pas pu...m'empêcher de t'attendre.

-Je comprends.

Alors qu'il ne pouvait plus parler, la gorge obstruée par un nœud d'émotion, Avery vint s'asseoir sur la couette, sur le côté du lit de Harry.

-Merci pour mes parents.

-C'est rien.

Elle le fit basculer dans ses bras et enroula sa cape autour de lui.

-Là. Ça va mieux, non?

-Oui.

Elle lui passait la main dans les cheveux et lui embrassait le front. Mais malgré la douce étreinte, l'esprit de Harry ne pouvait s'empêcher de cogner dans son crâne pour poser des questions.

-Alors, comment ça va se passer, maintenant?

-Cédric et moi allons nous marier. Tu seras notre témoin. Et nous vivrons heureux. Toi, Hermione, Ginny, les autres et moi, nous formerons un groupe de résistance qui défiera la puissance des mangemorts aux côtés de l'ordre du phénix et nous vaincrons la guerre.

-Tu me jures que ça se passera comme ça?

-Oui.

-Et on sera vraiment heureux?

-Oui. Comme des rois.

Au bout d'un moment, Harry s'endormit.

Comme si les dix sept dernières années ne s'étaient pas définitivement écoulées, chacun sembla reprendre sa place. Rémus Lupin réintégra Poudlard, désormais dirigé par Minerva MacGonagall, il était son adjoint et le directeur de la maison Gryffondor. Jamais de toute son existence, il n'aurait pu rêver plus de sécurité pour son avenir. Severus Rogue était éternellement à la même place, celle qui ne lui convenait pas, celle du professeur des potions. Cédric Diggory avait passé ses Aspic avant sa mort, ce qui facilitait la transition, comme s'il venait juste de quitter Poudlard, sans interruption, il ouvrit une boutique d'accessoires de Quidditch qui faisait sérieusement concurrence à « tout pour le Quidditch! » la boutique de renommée nationale du chemin de traverse alors même que sa boutique à lui était dans un village assez reculé, pas loin de chez les Weasley. La famille Potter s'installa à Loutry Ste Chaspoule, bientôt rejoint par la famille Granger qui décidait de quitter Londres pour ouvrir un cabinet dentaire dans une région un peu plus calme. Bien sûr, ils vivaient du côté moldu du village mais au moins le trio pouvait passer ses vacances ensemble. Sans oublier qu'Avery, vivante revenue de loin avait décidé de prendre quartier avec Cédric, (sans attendre leur mariage qui aura lieu le quinze octobre) au-dessus de leur petite boutique. Cette situation était stratégique puisque, ainsi, ni Severus Rogue (son oncle auquel elle était très attachée malgré les apparences), ni Rémus Lupin (son père auquel elle aimerait s'attacher plus facilement) ne pourrait provoquer de dispute pour savoir qui a la garde du « bambin », bambin âgé quand même de presque seize ans.

Actuellement c'était l'été, la pleine saison à vrai dire, nous étions le onze juillet et tout ce petit monde s'était organisée ainsi. Plus tard, il serait évident que les adolescents retourneraient à Poudlard et que la vie reprendrait son cours normal, celui qu'elle avait toujours eu ou presque. Celui qu'elle aurait eu si les morts avaient été en vie plus tôt.

Pour être tout à fait honnête, avec la revenue de tous ces... revenants, on en oublierait presque la guerre!

Presque parce que bien sûr, une guerre, quand même, ça ne s'oublie pas.

Le quartier de l'ordre du phénix ne bougea pas du 12 sqr Grimmaurd et les réunions se firent plus nombreuses, plus fréquentes et plus longues. Car pour le première fois depuis longtemps (presque depuis toujours), la résistance avait un espoir.

En cette période, tout semblait bien, ou tout semblait s'améliorer pour tout le monde. Les Weasley, remerciés d'avoir tenté de mettre leur ministère au courant du retour de Voldemort n'avaient pas reçu d'argent, mais on avait refait leur maison à neuf. Grâce à une dérogation faite au ministère de restriction des usages abusifs de la magie, Arthur, Molly et quelques agents du ministère, purent faire en quelques heures une rénovation complète. Oh, bien sûr, luxe n'étant pas Weasley, la villa gardait son air un peu modeste, mais avait déjà meilleure allure. La toiture n'avait plus l'air menaçant, la haie n'avait plus l'air défraîchie qu'elle avait toujours plus ou moins eue, la porte d'entrée était toute droite et les fenêtres toutes entières. Le bois de la façade et des multiples bricolages ajoutés à celle-ci fut changé en une magnifique charpente. Et le Terrier devint la Maison.

Les Potter pleins aux as avaient achetés une maison largement suffisante à la famille de trois personnes qu'ils constituaient, Sirius avait acheté un appartement côté moldu mais pour des raisons purement économique puisque, comme chacun sait, en temps de guerre, le marché de l'immobilier est toujours en crise. Et ce soir, comme à peu près tous les soirs, tout le monde se retrouvait chez Molly Weasley pour manger. Ainsi, nous étions le onze juillet et cela faisait un peu plus d'un mois que les évènements du ministère avaient eu lieu.

La guerre était dans leur têtes, programmée pour ne refaire parler d'elle qu'à partir du premier septembre. Sauf que voilà, une guerre, ça n'a pas de véritables moments de latence. Aussi, quand Rémus Lupin défonça à moitié la porte d'entrée pour hurler qu'on lui avait pris sa fille, l'ensemble de l'ordre du phénix se leva de table en un mouvement souple, dégainant déjà leurs baguettes.

-Avery … Avery a été enlevée! Geint le lycan à moitié essouflé

-Par qui?

-Vous n'allez pas me croire! … Par sa mère!